Journal de Bord Aquarius

Publié le 16.01.2019 à 16:40

[ILS PARLENT DE NOUS] BD "A bord de l'Aquarius" : un récit en images inédit

En novembre 2017, deux Siciliens embarquaient à bord de l’Aquarius, avec pour seul matériel quelques feuilles, des crayons et un appareil photo. Marco Rizzo, journaliste et scénariste, et son compagnon de plume Lelio Bonaccorso, dessinateur et auteur de BD, allaient vivre l’une des expériences humaines les plus fortes de leur carrière, et livrer un ouvrage remarquable intitulé A bord de l’Aquarius, une bande dessinée sortie en français chez Futuropolis à la mi-janvier.

 

« Depuis plusieurs années en Italie, on parle de migrants et de secours en mer bien souvent à travers la propagande ou les fake news », explique Marco Rizzo.  « Je voulais faire ce que chaque journaliste devrait faire : voir avec mes propres yeux. En même temps, je voulais recueillir les histoires des migrants mais aussi celles des secouristes pendant une période cruciale où deux ‘mondes’ se croisent pour la première fois. »

 

La bande dessinée présente l’avantage de retracer avec précision et pédagogie toutes les étapes d’une mission à bord de l’Aquarius. Des préparatifs aux entraînements, des moments de convivialité à l’intensité des opérations de sauvetage, de la vie à bord jusqu’aux adieux sur le quai, rien n’échappe à l’acuité de Marco et de Lelio. 

 

Si les deux auteurs donnent volontiers la parole aux équipes de SOS MEDITERRANEE en mer comme à terre et aux rescapés, les dessins trahissent les émotions des uns et des autres avec finesse. Des témoignages poignants, insoutenables qui décrivent l’enfer libyen que ces personnes ont cherché à fuir mais aussi la peur et tous les dangers affrontés en mer.

 

« A entendre ces histoires, on ressent une très vive émotion », continue Marco. « C’est très compliqué d’avoir les idées claires quand il faut raconter la douleur des autres. Une autre difficulté concerne le grand nombre d’histoires recueillies. Même si beaucoup d’entre elles malheureusement se ressemblent, en faire une sélection s’est révélé presque impossible ». Parmi ces histoires, celle de cette jeune femme érythréenne partie d’Asmara (Erythrée) enceinte, avec deux amies, pour rejoindre sa sœur en Allemagne, et retrouvée morte au fond d’un canot pneumatique. Celle d’un jeune homme subsaharien qui comme tant d’autres, a été kidnappé, enfermé dans des conditions inhumaines, vendu comme esclave puis poussé à la mer. Celle encore de ce fils de diplomate libyen qui, battu et dépouillé par l’une des milices qui sèment la terreur dans son pays, a perdu sa maison, son travail et s’est résigné à fuir.

 

A bord de l’Aquarius, ce sont toutes ces histoires personnelles, celles de près de 30 000 personnes secourues en 34 mois d’opérations, qui composent celle d’un navire qui a su s’imposer face à un autre naufrage, celui de l’Europe des droits de l’Homme.

 

A lire (et à voir) absolument !

 

L’un des auteurs, Lelio Bonnaccorso, sera présent au festival de la BD à Angoulême le 25 janvier pour présenter « A Bord de l’Aquarius ». 

 

L’ouvrage sera disponible en librairie dès le 16 janvier 2019 au coût de 19€.


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Publié le 15.01.2019 à 13:37

En 2019, repartir avec un nouveau navire

Suite à une campagne de harcèlement administratif, politique et judiciaire ciblant l’Aquarius, SOS MEDITERRANEE annonçait début décembre sa décision de se séparer du navire qu’elle affrétait depuis le début de ses opérations. Après s’être vu retirer son pavillon sous pressions politiques à deux reprises (Gibraltar puis Panama), puis s’être fait menacer de mise sous séquestre par les autorités judiciaires italiennes, l’Aquarius ne pouvait plus constituer une solution durable pour sauver des vies en mer. Malgré tous nos efforts, nos négociations avec plusieurs pays pour retrouver un pavillon n’avaient pas abouti. Parallèlement, une éventuelle mise sous séquestre du navire aurait signifié un arrêt de l’Aquarius pour une durée indéterminée, sans pouvoir mettre un terme au contrat de location du navire et sans possibilités matérielles et financières de continuer à agir en mer. Nous avons donc pris la décision difficile mais salutaire de nous séparer de l’Aquarius pour mieux repartir en mer car sauver des vies est et restera notre mission !

Le nouveau navire que nous cherchons activement sera pour nous un nouvel outil. Plus récent que l’Aquarius, il sera paré d’un pavillon qui, nous l’espérons, résistera aux pressions politiques. À ce jour nous avons reçu de réelles propositions que nos équipes étudient méticuleusement. Ce navire doit en effet répondre à des critères techniques et des standards professionnels précis, notamment en termes de sûreté et de sécurité : être de taille sensiblement égale à celle de l’Aquarius, avec assez d’espace pour y installer une clinique, différents lieux d’accueil pour les rescapés et au moins deux canots de sauvetage semi-rigides pour nos opérations en mer.

Navires de sauvetage cherchent « lieu sûr » où débarquer

Pendant ce temps, en Méditerranée centrale, plusieurs navires d’ONG ont enfin pu retourner dans la zone de recherche et sauvetage en fin d’année 2018, après plusieurs mois bloqués au port suite à la criminalisation dont ils avaient été victimes. L’ONG espagnole Proactiva-Open Arms a secouru plus de 300 personnes au large de la Libye quelques jours avant Noël et, essuyant les refus de plusieurs pays côtiers pour débarquer les rescapés en lieu sûr, a navigué sept jours durant pour finalement accoster en Espagne.

Au même moment commençait le dernier « record » de l’attente pour les rescapés de la Méditerranée centrale à bord de deux autres navires d’ONG de sauvetage : des négociations impliquant quelques Etats européens et la Commission européenne ont plongé 49 rescapés dans une incertitude interminable, dégradante et inacceptable pendant 19 longs jours. Les navires des organisations allemandes Sea Watch et Sea Eye ont fait des ronds dans l’eau des jours durant, sans pouvoir accoster. Comble de l’indifférence européenne envers ces survivants, les côtes maltaises s’offraient tous les jours aux yeux des rescapés bloqués à bord des navires. Par désespoir, l’un d’eux a fini par sauter à l’eau pour tenter de rejoindre la terre ferme à la nage. Secouru par les équipes de sauveteurs, cet homme aura donc risqué sa vie en mer à deux reprises en quelques jours.

Les conventions maritimes internationales ont précisément été conçues pour éviter de telles situations (1). Mais, depuis sept mois et la fermeture des ports italiens, les négociations politiques ad hoc sur la répartition de rescapés sur le territoire européen se répètent inlassablement. Les solutions trouvées par quelques Etats Membres de l’UE sont réelles mais tardives, mettant chaque jour un peu plus en danger les rescapés. Ces questions de répartition des personnes secourues ne peuvent en aucun cas conditionner et mettre en péril leur débarquement. Le 14 janvier, le navire Open Arms se voit interdire son départ du port de Barcelone vers la zone de recherche et sauvetage : les autorités espagnoles invoquent justement le manque de lieux sûrs et proches où débarquer... Mais bloquer les ONG qui portent secours en Méditerranée n'est pas une solution au manque de coopération de l’Union européenne. Un mécanisme commun, prévisible et coordonné doit être créé de toute urgence, car les départs des côtes libyennes -décembre l’a montré- se poursuivent.

« Horreurs inimaginables »

Chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants continuent de risquer leur vie pour fuir la Libye et le bilan publié début janvier par le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) de l’ONU pour l’année 2018 est lourd. Au moins 2 260 personnes ont perdu la vie en mer Méditerranée l’année dernière dont 1314 (2) sur l'axe de la Méditerranée centrale. Et puis il y a les garde-côtes libyens, financés par l’Union Européenne, qui depuis le début 2017, toujours selon l’ONU, ont intercepté et ramené en Libye 29 000 personnes qui cherchent justement à fuir ce pays en proie au chaos. Un rapport onusien décrit les « horreurs inimaginables » auxquelles les personnes migrantes et réfugiées sont soumises dans le pays (3). Des conditions racontées par tant de témoignages recueillis après chaque sauvetage à bord de l’Aquarius pendant ses 34 mois d’activité.

Si les ponts de l’Aquarius pouvaient parler, ils raconteraient les près de 30 000 histoires, les douleurs, les horreurs de la Libye et de la traversée mais aussi les moments de joie retrouvée à bord de ce bateau ambulance. L’Aquarius fut un outil de sauvetage et de témoignage inoubliable et nous vous remercions infiniment pour avoir rendu cela possible.

 

Dans le contexte actuel, il est urgent de repartir pour poursuivre notre mission de sauvetage en mer. Ensemble, nous reprenons la mer en 2019.

 

(1) Une opération de sauvetage n’est considérée comme terminée que lorsque les rescapés sont débarqués le plus rapidement possible en un « lieu sûr » proche de l’endroit où s’est déroulé le sauvetage, c’est-à-dire un lieu où la sûreté des rescapés ne sera plus menacée et leurs besoins fondamentaux seront respectés.

(2) Chiffres de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations)

(3) « Un rapport de l'ONU met en lumière les « horreurs inimaginables » des migrants et réfugiés en Libye et au-delà », https://news.un.org/fr/story/2018/12/1032271, 20 décembre 2018


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Publié le 14.01.2019 à 11:00

[PORTRAIT] « En mer, le droit au sauvetage doit être le même pour tous » affirme Michel Tudescq, directeur du Lycée de la mer de Sète

 « Avec SOS MEDITERRANEE, nous partageons les mêmes valeurs d’humanité et de solidarité… »

 

Michel Tudesq est un homme indigné. « Au sens que donne Stéphane Hessel à ce mot », ajoute-t-il. Indigné comme citoyen, comme marin surtout. Indigné que des États foulent aux pieds les conventions internationales qui ont fait de la valeur première des gens de mer, un principe de droit : la solidarité à l’égard des naufragés. Indigné par cette « conjuration des cynismes » qui a fini par avoir raison de l’Aquarius, le navire citoyen de SOS MEDITERRANEE dont il a été l’un des premiers mécènes. Indigné mais pas résigné car il sait qu’un autre Aquarius succèdera bientôt au premier.

 

L’Aquarius est en photo sur son bureau, à côté de celle, jaunie, du « Gouverneur-général Lépine », le vieux paquebot qui, un temps, abrita l’école navale de Sète devenue aujourd’hui le lycée de la mer Paul Bousquet.

 

Michel Tudesq dirige cet établissement, le plus important des douze « bahuts maritimes » français, avec près de trois cents élèves inscrits. Sur cette pointe qui s’avance dans l’étang de Thau, on forme les personnels de pont et de machines pour la pêche, le commerce et la grande plaisance.

 

On les forme aussi à la sécurité et au secours en mer. C’est la fierté de son directeur que d’avoir équipé ce lycée de tous les moyens nécessaires à cet apprentissage en se basant sur les prescriptions de l’Organisation maritime internationale.

 

« Former, c’est refuser la fatalité »

 

« Lorsqu’on forme des marins, c’est d’abord pour qu’ils ne périssent pas au large, insiste-t-il. Comment couvrir le risque des expéditions ? Cette question est à la base de tous nos apprentissages. Former, c’est refuser la fatalité. On ne peut pas se consacrer à cette tâche et accepter que, dans le même temps, des femmes, des hommes, des enfants, disparaissent en Méditerranée alors qu’il n’y a pas de fatalité à cela ».

 

Sa route et celle de SOS MEDITERRANEE ne pouvaient donc que se croiser. Ce fut chose faite en 2016, lorsque l’Institut Français de la Mer lui remit le prix Jean-Morin et qu’il offrit à la toute jeune ONG, la bourse qui l’accompagnait. « C’était une évidence pour moi, dit-il. Ma mission au sein du lycée convergeait vers celle de SOS MEDITERRANEE. Nous partageons les mêmes valeurs d’humanité et de solidarité… ».

 

« … De fraternité plutôt », corrige-t-il. La fraternité, Michel Tudesq la place plus haut que la solidarité.

 

« La fraternité n’implique aucun retour, aucun échange. C’est un don, ce qui n’est pas le cas de la solidarité, explique-t-il. Lorsqu’un armateur envoie l’un de ses bateaux au bout du monde, il sait qu’il y aura toujours quelque part un autre bateau, d’autres marins, un autre capitaine pour venir en aide en cas de problème. Il sait cela parce que lui-même viendrait en aide en pareil cas. C’est la solidarité des gens de mer. Une sorte de contrat moral sur lequel repose la navigation et qui est devenu principe de droit avec les conventions internationales ».

 

« Les marins sont respectueux de cette règle de solidarité, alors que les Etats dont certains ont la fraternité dans leur devise, n’assurent plus les conditions de son respect ».

 

Homme de mer, le directeur du lycée de la mer de Sète rend hommage au patron du navire de pêche espagnol, le « Nostra madre de Loreto » qui, en novembre dernier, refusa de débarquer douze naufragés en Libye et les garda à bord dix jours durant dans des conditions de grande précarité ; il rend hommage également aux garde-côtes italiens, rebelles aux injonctions de leur gouvernement qui cadenasse les ports au mépris des vies sauvées et de celles qui ne le seront pas.

 

« En mer, le droit au sauvetage doit être le même pour tous, quels que soient la couleur de la peau et le port d’embarquement. Or ce n’est plus le cas aujourd’hui en Méditerranée centrale » s’indigne Michel Tudesq.

 

 

Photo : Michel Tudesq au lycée de la mer de Sète

Crédits photo : Jean-Pierre Lacan / SOS MEDITERRANEE 

 


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Publié le 11.01.2019 à 12:44

Meilleurs Vœux 2019

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Publié le 10.01.2019 à 11:05

[TÉMOIGNAGE] « L' Aquarius nous a vite récupérés. Ils nous ont dit de nous calmer, que personne n'allait mourir. »

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Publié le 09.01.2019 à 17:09

[COMMUNIQUE] Les personnes secourues par Sea-Watch et Sea-Eye autorisées à débarquer après plusieurs jours en mer

« Ceci n’est pas une victoire : un mécanisme de débarquement commun, coordonné et prévisible doit être établi de toute urgence » martèle SOS MEDITERRANEE.

 

A la suite de l'annonce par les autorités maltaises du débarquement imminent, à Malte, de 49 personnes secourues par les navires des ONG Sea-Watch et Sea-Eye en décembre dernier, SOS MEDITERRANEE exprime son soulagement quant à la sécurité des rescapés mais condamne les contraintes inhérentes à un processus de négociation ad hoc entre les Etats membres européens, soumettant les naufragés à une attente interminable, dégradante et injustifiable.

 

L'équipe de SOS MEDITERRANEE salue le dévouement des équipages et des équipes de sauvetage des navires Sea-Watch 3 et Professeur Albrecht Penck suite aux soins dispensés avec professionnalisme jour et nuit aux survivants des naufrages de fin décembre.

 

Aujourd'hui, cette attente inutile en mer de plusieurs jours, aussi indigne qu’illégale, de 49 hommes, femmes et enfants, touche enfin à son terme. A aucun moment cette solution ne doit être considérée comme une victoire de l'Europe et des Etats membres de l'UE”, a déclaré Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE. "Pour chacun de ces 19 jours, le manque de cohésion entre les États membres de l'UE a mis en danger la vie de personnes en détresse. C'est inacceptable !”.

 

Depuis sept mois maintenant, les navires qui sauvent des vies se retrouvent dans l’impasse, bloqués en mer, dans l'attente de négociations politiques relatives au débarquement. Les personnes vulnérables, après avoir passé des mois ou des années à craindre pour leur vie en Libye, ont connu le comble du mépris de l'Europe  vis-à-vis de leurs droits et de leur humanité.

 

Aujourd'hui, une solution ad hoc commune mais tardive a été trouvée par huit États membres de l'UE. SOS MEDITERRANEE exhorte aujourd’hui tous les Etats membres à établir un mécanisme commun, prévisible et durable pour le débarquement des rescapés, et ainsi éviter ce type de situation.

 

Depuis juin 2018, SOS MEDITERRANEE appelle les Etats européens à mettre en place un mécanisme efficace, coordonné et prévisible garantissant l’attribution de ports sûrs de débarquement pour les personnes sauvées en mer. Les résolutions prises en ce sens par la Commission européenne en juin n'ont jamais été mises en vigueur.

 

Les négociations politiques des États membres de l'UE sur les conditions de débarquement et de répartition des rescapés sur le territoire européen ne doivent jamais avoir lieu tant que les hommes, les femmes et les enfants sont en mer. En vertu des conventions maritimes internationales, les opérations de sauvetage ne sont considérées comme achevées que lorsque les survivants ont été amenés dans un lieu sûr, où leurs besoins fondamentaux et leurs droits humains sont respectés. En toutes circonstances, les États ont l'obligation de se coordonner et de coopérer pour faire en sorte que les personnes secourues en mer soient débarquées le plus rapidement possible dans le port sûr le plus proche.

 

Malgré les tentatives de l’Europe visant à empêcher les personnes qui fuient la Libye d’être mises en sécurité, elles continuent de prendre la mer sur des embarcations impropres à la navigation au péril de leur vie", a déclaré Francis Vallat, président de SOS MEDITERRANEE France. "Les États membres de l'UE, au mépris total des conventions maritimes, ont été en mesure d'assurer une coordination efficace afin de financer et de former des garde-côtes libyens qui interceptent des bateaux et ramènent les survivants dans des conditions difficiles en Libye. Désormais, ils doivent coordonner efficacement le débarquement dans des lieux sûrs, conformément à leurs obligations juridiques en vertu du droit maritime international".

 

CREDITS PHOTO : Yann Levy / SOS MEDITERRANEE


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Publié le 07.01.2019 à 18:46

[3 QUESTIONS A] Pia, 16 ans, à l'origine de la bière « La Traversée », au profit de SOS MEDITERRANEE

« Il faut agir face aux événements qui nous indignent. Nous pensons que tout est possible dès que l’on est motivé et que l’on y croit ensemble.  Chacun à son échelle peut agir, même un peu, pour rendre le monde meilleur »

 

Originaire d'un petit village de Haute-Saône, Pia, 16 ans, s'est investie dans un projet original en soutien aux opérations de sauvetage des personnes en détresse en Méditerranée. Avec l'appui de son père, brasseur bio, et la collaboration d'une petite bande d'amis, elle a mis en vente une bière, « La Traversée », au profit de SOS MEDITERRANEE. 

 

1. Comment t'est venue l’idée de « La Traversée » ?

Le projet de « La traversée » s’est construit un samedi soir. Nous évoquions l'action de SOS MEDITERRANEE et nous nous demandions ce que nous pourrions faire à notre échelle pour contribuer à cette mobilisation citoyenne.  Et Papa - brasseur de métier -  nous a proposé de faire une bière à sa façon, qui serait  vendue deux euros, reversés à SOS MEDITERRANEE.  Cette aventure nous donnait aussi l’occasion de parler de l’association et de la situation des migrants. On répondait à trois objectifs : soutenir SOS MEDITERRANEE, parler positivement des personnes exilées et faire plaisir aux gens car ils allaient boire de la bonne bière !!! C’est Rose, une amie, qui a eu l’idée du nom et tout le monde a avoué qu'il était parfait : « La Traversée » était née.

 2. Comment as-tu mis le projet en place?

Comme pour tout projet, c’est toujours mieux d’être accompagné et soutenu. J’ai passé plusieurs coups de téléphone pour motiver une bande de bons copains et leur donner rendez-vous. C’est ainsi que quelques jours plus tard, nous nous sommes retrouvés autour d’un bol de cacahuètes à discuter de choses sérieuses.

Nous étions très motivés, plein d’envies mais il fallait d'abord un nom et un logo pour notre association ainsi qu'un dessin pour l’étiquette de la bière . Le nom a été vite trouvé : « Médi » comme Méditerranée et « boat » comme bateau. Mediboat donc. Mon oncle s’est ensuite occupé de notre logo  en s’inspirant de celui de SOS MEDITERRANEE. Enfin, Gaspard, l’artiste de la bande, a dessiné une jolie illustration pour l'étiquette. Un vrai travail d' équipe !

 Nous avons aidé mon père à mettre en bouteille la bière, nous l’avons étiquetée, mise en carton et avons communiqué sur sa vente. Nous avons eu un solide appui extérieur du MRJC (1) Haute-Saône qui encourage les projets de jeunes.

On a aussi reçu un vrai soutien de la part des réseaux engagés auprès des migrants qui nous ont invité à participer à leurs événements et par des commerçants  locaux  qui nous ont réservé une place pour vendre notre bière locale et solidaire sur les marchés. 

3. Y a-t-il d’autres initiatives que tu as lancées pour sensibiliser le public?

Avant de lancer le deuxième brassin pour 2019, mes amis et moi avons conduit des actions de sensibilisation sur la question des migrations et plus particulièrement dans les collèges.  Nous avons commencé auprès de classes de quatrième. Cette expérience nous a beaucoup plu et nous avons eu un bon retour autant des élèves que des professeurs.  Le personnel éducatif nous a mêmes invités à renouveler cette opération. Nous avons aussi monté notre radio de rue : l’idée est de donner la parole à tout le monde sur les questions d’immigration et d’en finir avec cette thématique taboue. Nous interviewons des citoyens engagés ou non, des migrants, des artistes comme « Disiz la peste » ou « HK et les saltimbanques »… Et nous essayons de faire passer un message d’espoir grâce à cette radio.
 

 

Pour en savoir plus sur la bière La Traversée.

Contacts : mediboat70@gmail.com

 

(1) Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne

Crédits Photo :  L'Est Républicain


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Publié le 03.01.2019 à 14:03

[LES MOMENTS FORTS 2018]

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Publié le 31.12.2018 à 12:14

[ILS NOUS SOUTIENNENT] Votre soutien, notre force pour repartir

 

« Merci d’avoir porté avec conviction le droit de chacun à vivre libre et protégé, merci de ces étincelles que vous avez allumées et qui continueront de briller »

 « Tant que des gens se noieront en Méditerranée, vous pourrez compter sur ma participation »

 « Plus que jamais je suis à vos côtés »

« Des milliers de personnes vous soutiennent et trouvent magnifique les actions que vous mettez en place. Ne laissez pas ces événements entamer votre moral et votre passion, nous sommes derrière aujourd'hui et pour le futur! Bon courage! Merci ! »

« Merci de nous faire sentir un peu humain au milieu de ce monde déshumanisé »

 « De tout cœur avec vous, battez-vous ! »

« Je reste solidaire. Vous sauvez des vies, c’est formidable »

 « Ce n’est probablement qu’un combat perdu mais pas la guerre. Courage pour la suite. On est derrière. » 

 

Ces phrases de Paul, Yves, Michel, Benedicte, Marie, François … font partie des centaines de messages de soutien et d’encouragement reçus ces derniers jours. Des étudiants, retraités, acteurs, marins, chanteurs, infirmiers…. Personnalités, anonymes, tous des citoyens partageant un point commun : les valeurs d’humanité et le respect de la dignité.

 

Ces derniers mois, nous avons surmonté de nombreuses difficultés. Notre navire, l'Aquarius, a fait l'objet de deux dépavillonnements, suite à des pressions politiques, notamment de la part du gouvernement italien, sur les États où il était immatriculé. Nous avons renoncé à l'affréter après l'attaque portée sur le plan judiciaire avec une demande de saisie par le procureur de Catane sur des fondements fallacieux. L’obstacle qui se dresse aujourd’hui devant nous, nous le surmonterons aussi.

 

Grâce à vous, aujourd’hui nous sommes plus forts que jamais, et nous avons une certitude : ensemble, nous repartirons très vite en mer. Tant que des personnes risqueront leur vie en Méditerranée, nous serons présents, pour toujours exercer notre devoir moral de sauvetage à toute personne en détresse en mer. 

 

Car SOS MEDITERRANEE est avant tout une association citoyenne. Si aujourd’hui nous avons sauvé 29 523 femmes, enfants et hommes au cours de plus de 200 opérations de sauvetage, c’est parce que cette cause vous tient à cœur. Ensemble, nous formons une grande chaîne dont vous êtes les maillons. Maillons solides qui, depuis 2016, nous ont permis d’affréter un bateau et de partir en mer secourir ces personnes qui fuient l'enfer libyen, mettant ainsi leur vie en péril.

 

Depuis la création de l’association, nous recevons énormément de soutien au quotidien. Celui de ces dernières semaines a été plus qu’essentiel.  Il nous a rappelé à quel point cette mission est importante, pour vous comme pour nous. Vous êtes le fuel du bateau, la dose d’énergie et de courage nécessaire à chaque membre de l’équipe, qu'elle œuvre à terre ou en mer. C’est pour cela qu’à notre tour nous voulions vous dire MERCI. 

 

L’équipe de SOS MEDITERRANEE.

 

Photo : Virginie R. / SOS MEDITERRANEE


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Publié le 28.12.2018 à 12:02

[TÉMOIGNAGE] « Tu ne peux pas rentrer dans ton pays, tu ne peux pas rester en Libye, alors il n’y a pas de choix. »

Jamais Albert* n’avait songé à rejoindre l’Europe, et encore moins par la mer. Lorsqu'il quitte la Guinée, son pays natal, à même pas 20 ans, c'est d'abord pour trouver de quoi faire vivre sa famille. Jusqu’à ce qu’il tombe sous le joug des trafiquants libyens et se retrouve au pied du mur, sans autre issue possible que la traversée de la Méditerranée.

 

« La vie était difficile en Guinée, et à la mort de mon père, j’ai dû trouver une solution pour aider ma mère et mes quatre sœurs. Au départ, mon projet était de rester en Afrique. J’ai donc quitté la Guinée pour le Mali mais c’était la même chose, les mêmes problèmes de misère, alors je suis parti pour l’Algérie. J’y suis resté deux mois, j’ai travaillé dans la maçonnerie mais j’ai connu le racisme, les problèmes de papiers, et j’étais toujours embêté par les policiers.

 

Je ne savais pas que c’était comme ça en Libye...

 

J’ai entendu dire qu’il était possible de passer en Europe à partir de la Libye. Sauf qu'en Libye, c’était l’horreur. J’y suis resté six mois. Je ne savais pas que c’était comme ça en Libye. On était toujours en groupe, par sécurité, car dormir ou être seul était trop risqué. Dans ce pays, ils ne nous considèrent pas comme des êtres humains.

 

Une nuit, des policiers sont venus, ils ont tout cassé. On était nombreux et ils nous ont tous envoyés en prison pendant un mois. Il y avait beaucoup de monde. Hommes et femmes sont séparés, mais tous subissent les tortures et les viols. On nous frappe, on nous envoie dans les champs chaque journée pour nous exploiter. C’est comme ça que j’ai pu me sauver.

 

La deuxième fois que j'ai été emprisonné, j’étais dans un taxi. On m’a demandé mon passeport mais [comme je n’en avais plus], on m’a renvoyé en prison et on m’a forcé à travailler dans un chantier. Le jour je travaillais, la nuit on m’enfermait. Je ne pouvais pas quitter la Libye ni même Tripoli. Il fallait se cacher tout le temps. Tout le monde était armé, même les enfants nous jetaient des pierres.

 

Je n’avais d’autre choix que d’aller au-devant de la mer.

 

On est partis dans un autre quartier mais une fois encore, ils nous ont embarqués pour la prison. Là, j’ai rencontré un Ghanéen qui m’a conseillé de fuir la Libye. Il avait lui-même essayé deux ou trois fois déjà, sans succès. Je sais aujourd'hui qu’il a réussi à se sauver. Il survivait dans cet enfer depuis quatre années.

 

Je n’avais d’autre choix que d’aller au-devant de la mer. Tu ne peux pas rentrer dans ton pays, tu ne peux pas rester en Libye, alors il n’y a pas de choix. J’ai payé 500 dinars, soit 300 euros. Un dimanche vers 21 heures, on a mis le bateau sur la mer. Les passeurs étaient là, ils nous ont « classés » pour monter dans le pneumatique ou sur le flotteur, et un des passeurs a demandé qui savait conduire un bateau. C’est un Gambien qui a endossé ce rôle car il connaissait le moteur, et ils lui ont remis un téléphone.

 

On était 115 personnes serrées, tout le monde pleurait. On est restés 15 heures en mer en tout. Ils nous avaient dit que lorsqu'on quitterait la mer libyenne de couleur noire pour arriver sur la mer bleue, ça voudrait dire qu’on était dans les eaux internationales et qu’on devait utiliser le téléphone pour appeler les secours. C’est ce qu’on a fait. Et on a attendu. L’eau rentrait partout, tout le monde pleurait. Au bout d’un certain temps, un avion est passé au-dessus de nous, et à son troisième passage, il était suivi d’un gros bateau.

 

Quand j’ai vu l’antenne du gros bateau, j’ai retrouvé espoir.

 

Deux petits bateaux sont arrivés vers nous pour nous remettre des gilets de sauvetage et nous emmener sur le gros bateau. On s’est occupés de nous : on nous a donné à manger, des vêtements secs...

 

J’avais tellement peur ! Même si tu sais nager tu ne peux pas survivre dans cette eau. Personne ne peut arriver en Italie, pas sur un pneumatique. Les passeurs nous avaient dit qu’il fallait sept heures, que ce n’était pas loin. La réalité est bien différente. On sait que la mer est dangereuse, mais nous n’avons pas d’autre choix. Si nous n’avions pas eu le gros bateau, tout le monde serait mort.

 

Malgré tout, je ne peux pas regretter ce que j’ai fait, je ne serais plus en vie si j’étais resté là-bas. »

 

*le prénom a été modifié

 

Témoignage recueilli par le Pôle témoignage de SOS MEDITERRANEE France

Photo : Kevin Mc Elvaney


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