Journal de Bord Aquarius

Publié le 19.10.2019 à 21:22

J'ai couru pieds nus à travers les flammes dans les décombres

« J'ai couru pieds nus à travers les flammes dans les décombres du centre de détention. »
Peter, 16 ans

En cette chaude journée du mois d’août 2019, un petit groupe de jeunes rescapés est rassemblé sur le pont de l’Ocean Viking. Plusieurs sont Soudanais et cette seule présence d’autres jeunes de leur pays contribue à les apaiser un instant. Epuisés à leur arrivée, les voilà qui, après avoir dormi et mangé, commencent à discuter entre eux et avec des membres de l’équipage. Ils racontent leur histoire, des récits parfois très difficiles à raconter – et à entendre.

« Lors d'une attaque contre mon village par un groupe armé, j’ai vu mon père se faire tuer devant moi. J'ai rapidement quitté le Soudan. Ma mère et mes frères vivent maintenant dans un camp de réfugiés. J'ai un frère aîné qui est allé en Libye avant moi, mais il a disparu. Je voulais venir en Europe pour trouver du travail afin d'améliorer les conditions de vie de ma famille. »

« Il a fallu sept jours pour traverser le Sahara. »

« Il a fallu sept jours pour traverser le Sahara. [Durant tout ce temps], nous n'avons eu du pain à manger que deux fois, et chaque soir nous recevions un litre d'eau à partager pour 33 personnes. J'ai vu un homme, avec qui je voyageais, tué par balle sans raison.

J'ai vécu et travaillé en Libye pendant plus d'un an. J'ai été arrêté plusieurs fois et à chaque fois j’ai dû payer pour qu’on me libère. J'ai déjà essayé de traverser [la mer] à deux reprises. J'ai été arrêté par les garde-côtes libyens la première fois, mais j'ai réussi à ne pas être renvoyé en centre de détention. Mais la deuxième fois, on m'a emmené au centre de détention de Tadjourah. C’est là que je me trouvais quand il a été bombardé. Beaucoup de personnes sont mortes. »

« J'ai réussi à m'échapper avec un groupe d’autres détenus. Vous pouvez voir les cicatrices sur mes pieds de cette nuit-là. J'ai couru pieds nus à travers les flammes dans les décombres du centre de détention. Moi, je veux aller en Europe où les droits de l'Homme sont respectés, où je serai traité comme un être humain et où je pourrai trouver du travail pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. »

Témoignage recueilli à bord de l’Ocean Viking pas MSF

*Le prénom a été modifié afin de sauvegarder l’anonymat de ce jeune rescapé

 

Photos : Hannah Wallace Bowman


Continuer la lecture

 

Publié le 18.10.2019 à 19:35

[ILS NOUS SOUTIENNENT] Une nouvelle écharpe solidaire par agnès b., styliste et mécène

« Engagez-vous, faites des choses pour les autres, c’est ce qui fait le plus plaisir dans la vie. »

 

Citant sa grand-mère, agnès b. répète à qui veut bien l’entendre que « les linceuls n'ont pas de poches » et incite ainsi les plus fortunés à partager. « Engagez-vous, faites des choses pour les autres, c’est ce qui fait le plus plaisir dans la vie. »

 

Mécène de nombreux artistes, engagée auprès d’une quarantaine d'associations œuvrant pour la préservation de l’environnement, le social ou l’humanitaire, fondatrice du fonds de dotation agnès b., agnès b. donne l’exemple. Aujourd’hui, elle réitère son soutien à SOS MEDITERRANEE en créant une écharpe dont les bénéfices seront intégralement reversés pour financer les missions de sauvetage en mer de l’association.

 

Sur l’écharpe aux couleurs marine, blanc et oranger, un seul mot, brodé à la main : « humanité ? ». Ce rappel d’une valeur fondamentale du sauvetage en mer, ainsi affublé d’un point d’interrogation, nous questionne sur ce qui reste de notre propre humanité dans cette Méditerranée devenue « une fosse commune ».

 

« On ne peut pas laisser des êtres humains se noyer ! Ce sont des êtres uniques, comme on l’est tous - pas cette espèce de masse informe qu’on appelle les migrants. » C’est ce qu’elle rappelle dans la vidéo qu’elle a accepté de tourner à l’occasion du retour en mer de SOS MEDITERRANEE, en juillet dernier avec son nouveau navire, l’Ocean Viking.

 

Cet engagement ne date pas d’hier : en 2018, agnès b. avait déjà créé une première écharpe vendue en boutique au profit de SOS MEDITERRANEE afin d’alerter l’opinion publique quant au drame des naufrages de milliers de personnes qui meurent chaque année en Méditerranée centrale.

 

La nouvelle écharpe solidaire créée pour SOS MEDITERRANEE est disponible à la vente dans toutes les boutiques agnès b.. Comme pour tous les produits solidaires de la marque, les bénéfices sont intégralement reversés à l’association.

 


Continuer la lecture

 

Publié le 17.10.2019 à 18:33

[VIDÉO] Retour sur les 2 sauvetages du 12 et 13 octobre 2019 à bord de l'Ocean Viking

Cet article contient une vidéo
Continuer la lecture

 

Publié le 14.10.2019 à 10:45

[COMMUNIQUÉ] L’Ocean Viking sauve 176 personnes. Où vont-elles débarquer ?

Marseille, le 14 octobre 2019 - L'équipage de SOS MEDITERRANEE a secouru 176 personnes lors de deux opérations distinctes, l'une dans la nuit du 12 octobre et l’autre le 13 octobre. Tous les rescapés sont actuellement en sécurité à bord de l'Ocean Viking, le navire de sauvetage affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré avec MSF (Médecins Sans Frontières).

 

Le premier sauvetage a eu lieu après que l'Ocean Viking ait été mis en copie d'un e-mail d'alerte envoyé par l'ONG Alarm Phone aux autorités maritimes dans la soirée du 12 octobre. L’embarcation en détresse dérivait près de la plate-forme pétrolière au large d'Al Jurf. La plate-forme pétrolière a appelé notre navire pour l’autoriser à entrer dans la zone d’accès restreint qui s'étend sur 3 milles nautiques autour de la plate-forme. Ayant été autorisées à s'approcher à 1 mille nautique de la plate-forme, les équipes ont procédé à l'opération de sauvetage et sauvé 74 personnes, tous des hommes dont des mineurs non accompagnés. Menée de nuit, l'opération s'est achevée à 00h03.

 

À 00h25, l'Ocean Viking a reçu une communication des autorités maritimes libyennes l’informant d’une embarcation en détresse, indiquant sa position approximative et demandant au navire d’entamer une opération de recherche et sauvetage. L’Ocean Viking a suivi ces instructions mais, après plus de 9 heures de recherche, n'a pas trouvé l’embarcation en détresse. Interrogées par notre coordinatrice de recherche et sauvetage à bord, les autorités libyennes n'ont fourni aucune information supplémentaire. C'était la première fois que l'Ocean Viking recevait une demande écrite des autorités libyennes pour participer à une opération de recherche et sauvetage.

 

Au matin du 13 octobre, l’Ocean Viking a été alerté de la présence d'une embarcation pneumatique en détresse et s'est rendu sur les lieux. A 13h50, nos équipes ont terminé le sauvetage de 102 personnes dont 4 femmes enceintes et 9 enfants de moins de 16 ans, depuis une embarcation pneumatique impropre à la navigation et en situation de détresse.

 

L'Ocean Viking, conformément au droit maritime, a demandé au JRCC libyen la désignation d’un lieu sûr pour y débarquer les 176 rescapés. Les autorités libyennes ayant indiqué Tripoli comme port de débarquement, nous avons décliné en vertu du droit international et des conventions, selon lesquels aucun endroit en Libye ne peut actuellement être considéré comme un lieu sûr.

 

"Alors que l'Ocean Viking se dirige vers le nord et que les Centres de coordination les plus à même d’assister ont été informés, nous exhortons les États membres de l'UE et les autorités compétentes de nous assigner rapidement un lieu sûr afin que les 176 rescapés puissent être débarqués en toute sécurité. Ces hommes, femmes et enfants ont vécu une terrible et effrayante traversée de la mer ; leur présence sur le pont arrière est une solution d'urgence, mais un sauvetage ne peut être considéré comme terminé qu'une fois que les rescapés auront atteint un rivage où ils peuvent être pris en charge ", explique Frederic Penard, Directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE.

 

"C'est maintenant la quatrième fois depuis le début des opérations de l'Ocean Viking que nous attendons qu’un lieu sûr pour débarquer les rescapés nous soit attribué. Jusqu'à présent, les gouvernements de l'UE ont échoué à mettre en place un mécanisme de débarquement prévisible conforme au droit maritime. Les accords ad hoc ne peuvent être la solution. Nous appelons les gouvernements à mettre fin à cette situation inacceptable." - Fabienne Lassalle, directrice générale adjointe de SOS MEDITERRANEE.

 

Voir la vidéo des 2 sauvetages.

Crédit photo : Julia Schaefermeyer / SOS MEDITERRANEE


Continuer la lecture

 

Publié le 09.10.2019 à 17:54

[ILS NOUS SOUTIENNENT] SOS MEDITERRANEE sur la cime du Mont Blanc

"Ce qu’il se passe en Méditerranée me fait mal au ventre" Julien Viroulaud

 

"Je suis Julien Viroulaud. Je suis un fervent supporter de la diversité et un amoureux de défis sportifs sur les océans ou en haute montagne notamment. 

 

J’ai décidé de soutenir SOS MEDITERRANEE parce que je crois en l’Homme. Je suis intimement convaincu que chaque individu sur cette planète est une pièce essentielle du puzzle au-delà de toute considération de couleur de peau, de frontières, de nationalité ou de religion... Ce qu’il se passe en Méditerranée sous les yeux du monde entier me fait clairement mal au ventre et va à l’encontre des valeurs que je diffuse à travers chacune de mes aventures. Secourir ces personnes est une obligation collective !

 

J'ai passé quatre années à bord du voilier de course au large team Jolokia (lors duquel nous avons réalisé de tour de la Méditerranée sous pavillon SOS MEDITERRANEE en 2017), avec un équipage "basé sur la diversité". Un défi sportif mais d'habord humain!

 

Julien porte "haut" les couleurs de SOS MEDITERRANEE

Après quatre ans de course au large à la voile autour du monde, j’ai décidé de miser "plus haut" en constituant la première cordée de la diversité de l’histoire.  Avec quatre femmes, quatre hommes, handicapés, valides, toutes couleurs de peau, toutes origines sociales, tous âges, toutes religions, nous sommes donc partis à l’assaut du Mont Blanc en septembre 2019. Notre message était clair : nous avons tout à faire ensemble et les singularités de chacun font la force du collectif. 

 

Après 8 mois d’entraînement, l’équipe sur laquelle personne ne misait a relevé le défi ! Nous avons atteint le sommet du Mont Blanc ensemble et envoyé un message au plus grand nombre : ENSEMBLE TOUT EST POSSIBLE!

 

J’emmène le drapeau SOS MEDITERRANEE à peu près partout avec moi pendant mes aventures. La communication est une arme puissante pour sensibiliser l’opinion. Et la cause du sauvetage en mer vaut la peine d'être portée très haut!

 

Mon prochain défi, WE ARE Diversi’team 2020, est encore tenu secret pour le moment mais ce que je peux dire d’ores et déjà, c’est que le drapeau (et avec lui toute l’équipe de SOS MEDITERRANEE) fera partie du voyage."

 

Crédit photo : Julien Viroulaud / Pierre Bouras / WE ARE Diversi’team


Continuer la lecture

 

Publié le 08.10.2019 à 22:13

[COMMUNIQUÉ] SOS MEDITERRANEE déçue du manque de clarté concernant un mécanisme européen de débarquement

Conseil Justice et Affaires intérieures au Luxembourg "Où allons-nous débarquer à l’avenir?"

 

Marseille, le 8 octobre 2019 - Aujourd’hui, le Conseil Justice et Affaires intérieures des Etats européens a annoncé que ses Etats membres ont discuté d’un “projet pilote” concernant un mécanisme de débarquement en lieux sûrs en Méditerranée centrale. Cependant, aucune modalité n’a été indiquée. Bien que SOS MEDITERRANEE salue la volonté de plusieurs pays européens de trouver des solutions pour éviter que des navires de sauvetage ne se retrouvent à nouveau bloqués en mer, l’ONG est déçue qu’aucun élément plus concret et pratique, nécessaire à la mise en œuvre immédiate d’un tel mécanisme, n’ait été clairement exposé.

Où allons-nous débarquer à l’avenir ? 16 mois après le premier blocage de l’Aquarius, nous regrettons qu’aucun moyen concret pour un mécanisme de débarquement coordonné, prévisible et rapide n’ait été mis en place aujourd’hui ” explique Frédéric Penard, directeur des opérations à SOS MEDITERRANEE. “Il est absolument essentiel de mettre fin aux accords ad hoc concernant les navires de sauvetage humanitaires, inutilement bloqués en mer pendant des jours avec des survivants à leur bord” ajoute Frédéric Penard. 

 

SOS MEDITERRANEE rappelle également que les Etats européens doivent agir davantage afin d'éviter que des tragédies humaines ne se reproduisent en Méditerranée centrale, en amont de la phase de débarquement. La situation en Méditerranée centrale est en effet actuellement catastrophique, en raison du manque total de coordination dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne et du manque de capacités dans cette zone, qui mènent à de plus en plus de morts en mer.

Au cours des deux premières missions de l’Ocean Viking, à chaque fois que nous avons cherché à informer les autorités maritimes libyennes et européennes de bateaux en détresse, les réponses étaient soit inexistantes soit très tardives. Les autorités maritimes libyennes ont à plusieurs reprises assigné un port libyen à l’Ocean Viking pour procéder au débarquement des survivants - ce que nous ne pouvons pas accepter selon le droit maritime, ces ports ne pouvant pas être considérés comme des lieux sûrs” ajoute Frédéric Penard. “Faudra-t-il à nouveau faire face à de longs blocages ajoutant encore plus de souffrance aux personnes secourues, dans l'attente qu’un lieu sûr soit assigné ?”

 

Nous apprenons que la mission Sophia reprend pour six mois, sans pour autant qu’elle soit équipée de navires pour patrouiller. Les garde-côtes libyens, financés par l’Union européenne, continuent quant à eux à ramener systématiquement en Libye les personnes qu’ils interceptent sur des embarcations en détresse. Renvoyer ces êtres humains dans l’enfer libyen qu’ils ont tenté de fuir est tout simplement inadmissible”, s’exclame Sophie Beau, directrice générale de SOS MEDITERRANEE France. “Nous exhortons les États membres européens à mener à bien des discussions qui ont déjà pris beaucoup trop de temps au prix de vies humaines ».

 

Crédit photo : Stefan Dold / MSF


Continuer la lecture

 

Publié le 05.10.2019 à 20:18

[L'OEIL DU PHOTOGRAPHE] Yann Lévy expose à Honfleur

RESCAPÉS DE L'ENFER
Derniers jours pour profiter de l'exposition photo de Yann Lévy à Honfleur

En ce début octobre, quelques rayons de soleil distillent une lumière tamisée sur les clichés de Yann Lévy, photographe embarqué avec SOS MEDITERRANEE. Accompagnée de Christian-Jacques Bourgeon, président du festival Les Focales du pays d'Auge, Bérengère, pilier de la mobilisation citoyenne sur toute la côte Ouest pour l'association de sauvetage en mer, profite des derniers moments pour revoir l'exposition, qui s'achève ce 15 octobre.

- Plus d'informations sur cette exposition
- Réserver l'exposition pour vos événements
- Photos pour cet article : C-J Bourgeon, B Matta et Yann Lévy / SOS MEDITERRANEE

L'expo

Erythrée, Soudan, Nigéria... En mars 2018, les naufragés secourus dans les eaux internationales au large de la Libye sont, pour la plupart, originaires d’Afrique subsaharienne. Ils ont fui un conflit armé, une dictature, le terrorisme, une grande instabilité politique ou économique, une situation de maltraitance ou un mariage forcé.

Avant d'arriver en Libye, ils ont parcouru des milliers de kilomètres à travers le continent africain, traversé le désert du Sahara sous une chaleur accablante, dans des camionnettes surchargées....

Une fois arrivés en Libye, beaucoup sont  kidnappés et enfermés pendant des mois dans des centres tenus par des milices et bandes armées reconverties dans le juteux trafic d’êtres humains. Ils y sont réduits au travail forcé, torturés pour obtenir une rançon de leur famille, affamés et, parfois, vendus comme esclaves. La grande majorité des femmes et des filles sont  victimes d’agressions sexuelles et de viols.  On le sait moins, mais beaucoup d'hommes et de garçons le sont aussi….

Tous n'ont pas, au départ, l'intention de se rendre en Europe mais, pour quitter cet enfer, ils n’ont souvent qu’une issue : la Méditerranée. Ils savent que la traversée sera périlleuse mais préfèrent prendre le risque de mourir en mer que de rester en Libye. Alors ils embarquent sur ces canots pneumatiques surnommés « les bateaux de Dieu ».

« Le sauvetage est terminé. Les rescapés sont rassemblés sur le pont arrière de l'Aquarius. Assis parmi cette foule compacte et anonyme, je cherche à me faire oublier et bien plus encore à m'oublier. Je m'interroge. Je veux comprendre et traduire ce qu'il se passe, ce que ces hommes et ces femmes peuvent ressentir. Personne ne fait attention à moi, personne sauf cet homme qui me fixe et me renvoie ma propre interrogation. Avec cette photo ce n'est plus moi qui raconte une histoire, c'est cet homme, qui, en me fixant droit dans les yeux, fait de son image notre miroir»

Yann Lévy, mars 2018

 

 


Continuer la lecture

 

Publié le 04.10.2019 à 16:22

[TÉMOIGNAGE] "Durant le sauvetage, on entendait un bébé pleurer!"

Cet article contient une vidéo
Continuer la lecture

 

Publié le 02.10.2019 à 11:55

[L'OEIL DU PHOTOGRAPHE]

WELCOME ONBOARD!

Cette photo a été prise à bord de l’Ocean Viking par Laurence Bondard, chargée de communication à bord, peu de temps avant le débarquement des 182 naufragés à Messine en Italie le 24 septembre 2019.

"Welcome Onboard!" Tels sont les deux mots inscrits en couleurs sur le mur aux reflets métalliques de l’abri réservé aux femmes et aux enfants à bord de l'Ocean Viking. Un message qui semble résonner d'une manière irréelle dans l'esprit de cette mère et de ses deux fils, ici sur la photo.  Tous trois portent en eux une mélancolie pressante, comme un bagage. Mais les enfants sont bien debouts, toujours prêts à recevoir de l’affection, et la mère est bien là, toujours disposée à en donner.


Continuer la lecture

 

Publié le 25.09.2019 à 13:55

Vers plus d'humanité en Méditerranée centrale ?

L’actualité de ces dernières semaines a été marquée par une succession d’opérations de sauvetage réalisées par l’Ocean Viking et la réouverture des ports italiens pour débarquer les rescapés en lieu sûr. Avec le retour de l’Italie à la table des négociations, il est à espérer que l’Europe amorce enfin une nouvelle ère dans les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale.

La réouverture des ports en Italie, un tournant positif

La nouvelle est tombée le dimanche 22 septembre dans la soirée : pour la deuxième fois en une semaine, les autorités italiennes ont décidé d’ouvrir un port aux personnes secourues par l’Ocean Viking. Les 182 rescapés, parmi lesquels des femmes enceintes et de très jeunes enfants, ont ainsi pu être débarqués le mardi 24 septembre dans le port de Messine en Italie.

La veille, la France, l’Italie, l’Allemagne et Malte annonçaient, à l’issue d’un mini-sommet tenu à la Valette, avoir trouvé une « base d’accord » en vue de la création d’un mécanisme de répartition automatique des personnes secourues par les navires humanitaires en Méditerranée centrale. Ce texte doit encore être soumis à l’approbation des 24 autres Etats membres de l’Union européenne, lors d’un Conseil européen des « Affaires intérieures » qui se tiendra le 8 octobre au Luxembourg.

Ces différentes avancées sont-elles le signe d’un sursaut d’humanité de la part des Etats européens ? Force est de constater que la première réouverture d’un port italien, le 14 septembre 2019, pour débarquer les 84 rescapés présents à bord de l’Ocean Viking a marqué un tournant positif quinze mois après la fermeture des ports italiens aux navires de sauvetage humanitaires. Pour rappel, le 9 juin 2018, l’Italie avait refusé d’accueillir les 630 rescapés qui se trouvaient à bord de l’Aquarius. En rouvrant l’un de ses ports à l’Ocean Viking, l’Italie fait son retour à la table des négociations européennes.

En mer, les opérations de sauvetage se succèdent et se multiplient

Ces négociations doivent absolument aboutir à la mise en place d’un mécanisme de débarquement prévisible, coordonné et pérenne et ainsi mettre fin au système du « cas par cas » et à l’attente interminable pour les rescapés à bord des navires qui ont effectué des opérations de sauvetage.

Cela est d’autant plus crucial que la situation en Méditerranée centrale ne cesse de se dégrader : l’Ocean Viking a été quasiment le seul sur la zone de recherche et de sauvetage ces dernières semaines. En outre, les rares navires humanitaires sont obligés d’opérer en dépit du manque de coordination et de partage d’information des garde-côtes libyens d’une part, et malgré le manque de collaboration de la mission européenne d’autre part. Une absence de coordination internationale qui rend de plus en plus complexe l’action des navires de sauvetage humanitaire.

Pourtant, les opérations de sauvetage se succèdent et se multiplient en mer. Pour sa deuxième mission en Méditerranée, l’Ocean Viking avait quitté le port de Marseille le 2 septembre 2019. Le dimanche 8 septembre il portait secours à 50 personnes lors d’une première opération de sauvetage. Deux jours plus tard, dans des conditions météo difficiles, l’Ocean Viking devait procéder au transbordement de 34 personnes précédemment secourues par le voilier Josefa, affrété par l’organisation ResQship. Parmi les rescapés se trouvaient une femme enceinte et un enfant d’un an.

Le lendemain, l'Ocean Viking contactait les autorités italiennes et maltaises pour demander l'évacuation médicale d’une femme enceinte de neuf mois, secourue au cours de la dernière opération et dont la situation médicale mettait en danger ses jours et ceux du bébé. Dans l’après-midi, cette femme et son mari furent évacués vers Malte par hélicoptère.

Les 82 rescapés restés à bord de l’Ocean Viking purent finalement être débarqués à Lampedusa via une opération de transbordement vers des vedettes des garde-côtes italiens quatre jours plus tard.

La semaine suivante, l’Ocean Viking effectuait quatre opérations de sauvetage en seulement trois jours, portant à 217 le nombre de rescapés présents à son bord. 35 d’entre eux, qui avaient été sauvés dans la zone de recherche et de sauvetage maltaise, furent transférés sur un navire militaire maltais le 20 septembre. Quant aux 182 rescapés restants, ils furent débarqués en lieu sûr mardi 24 septembre, à Messine, en Italie.

Depuis le début de sa mission, l’Ocean Viking a déjà secouru 656 personnes. Au total, depuis sa création, SOS MEDITERRANEE a porté secours à 30 179 personnes. Derrière ces chiffres, ce sont des femmes, des enfants, des mineurs non accompagnés, des hommes et leur histoire.

Le lendemain de son évacuation de l’Ocean Viking par hélicoptère, une jeune femme a donné la vie à un petit « Good Luck ». Ange, un nouveau-né camerounais d’à peine quelques jours à son arrivée à bord, a vécu ses premiers moments de répit en famille avec sa mère et ses frères à bord de l’Ocean Viking, en pleine mer…

Face à cette situation tragique en Méditerranée centrale, nous, marins-sauveteurs et citoyens, refusons de baisser les bras. Nous continuerons de tendre la main tant que des personnes risqueront de perdre la vie en mer. Il est urgent que les Etats européens agissent également, pour plus de solidarité et d’humanité en Méditerranée centrale.

Crédit photo : Hannah Wallace Bowman / MSF

#TogetherForRescue 

 

 


Continuer la lecture