Lignes de Crêtes Lignes de crêtes

Site d’analyse et d’opinion collectif, internationaliste. Lignes de Crêtes s’assume politiquement bienpensant, antiraciste, antifasciste, spirituel, international, féministe et résolument contre l’antisémitisme et l’islamophobie.

Publié le 06.06.2019 à 07:30

Entretien avec Nicolas Hénin, démocratie, droits humains et djihadistes

Nadia Meziane

Nous avons rencontré Nicolas Hénin quelques jours après le procès de Mehdi Nemmouche, reconnu coupable de l’attentat au Musée Juif de Bruxelles du 24 mai 2014. Nicolas Henin y a témoigné et fait face à celui qui fut son geôlier en Syrie, dans les prisons de Daech Lignes de Crêtes: Dans ce procès, finalement, Nemmouche a eu un moment de vérité, un seul. Un sourire, inattendu, au rappel d’une « plaisanterie » pendant votre détention. Un moment où il s’est trahi, où il a dit, sans parler: « Oui, j’étais là, oui, c’est moi ». Nicolas Hénin: Oui, tout à fait. Parce que c’est un joueur, parce que ça lui rappelait des moments trop intimes, trop personnels. Ca lui rappelait un moment agréable, le moment où nous étions son petit jouet et où il se moquait de nous. Et où il était dans la supériorité et dans la provocation permanente vis à vis de nous. Donc il n’a pas pu réprimer son sourire. Juste après son sourire, quand moi j’ai ancré ce moment et dit “ah il sourit, il se souvient”, son visage se fige, il reprend son masque impassible et il me fusille du regard dans le genre « Tu m’as bien eu tu me le paieras ». On en reparlera quand il sort. Dans quelques décennies, au moins… LDC: Parlons de ses avocats. Nemmouche a choisi des personnages très particuliers liés aux sphères dieudonnistes d’extrême-droite. Ce choix a-t-il un sens particulier et comment se sont-ils comportés avec toi,… Continuer la lecture
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Publié le 29.05.2019 à 13:35

Trump is Death, Abortion is Life.

Lignes de Crêtes

J’ai avorté. Pourquoi, ce n’est l’affaire de personne, sauf la mienne. La semaine dernière, j’ai participé à un rassemblement local de la Journée d’action pour défendre le droit à l’avortement. Parallèlement aux demandes de dons et à la participation sur le terrain, les organisateurs ont demandé à celles qui avaient bénéficié d’un avortement de partager leurs histoires. Les organisateurs ont théorisé qu’en parlant de nos expériences, nous pouvions personnaliser l’acte, l’humaniser. Comme pour la sexualité ou le genre, peut-être, devions-nous nous définir par nos avortements. Mes fils d’actus de réseaux sociaux sont remplis d’histoires d’âmes courageuses offrant leurs traumatismes en sacrifice à la justification de l’avortement. Pour beaucoup, il y a un élément émotionnel profond dans la décision d’avorter. Elles confessent toutes les raisons de leur décision comme si elles demandaient pardon. Victimes de viol. Victimes d’inceste. Victimes d’abus. Foetus non viables. Complications potentiellement mortelles pour la mère ou l’enfant. Mon coeur a mal pour elles , vraiment. Je crois que leurs motivations sont nobles. Mais leurs histoires détournent l’attention de la manière dont cet argument devrait vraiment être encadré. Qu’en est-il de celles d’entre nous qui ne sont pas victimes? Qu’en est-il de celles qui se sont simplement retrouvées enceintes? L’avortement ne doit pas nécessairement être motivé par un traumatisme. J’ai avorté. Je ne vais pas vous dire quel âge j’avais, ou quelle était ma situation à l’époque. Je ne vous dirai pas si j’avais utilisé ou pas une autre méthode de contraception. Je ne vais pas vous dire… Continuer la lecture
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Publié le 21.05.2019 à 08:08

La guerre d’Assad est la continuation de la solution politique par d’autres moyens

Antonin Grégoire

La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. C’est grâce à cette définition de Clausewitz que l’on peut répondre à tous les partisans d’une « solution politique » en Syrie, que l’offensive actuelle du régime d’Assad et de ses alliés n’est rien d’autre que la continuation de la “solution politique” par d’autres moyens. Cette posture, en opposant solution politique et solution militaire laisse croire qu’il y aurait une séparation claire et nette et mythique entre guerre et paix. Une façon pour les « réalistes » de constituer leur réalité alternative, une « solution politique » dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’elle serait l’exact inverse de la situation actuelle. Cette inversion stricte entre les deux états permet ainsi aux « réalistes » d’en appeler à leur fameuse solution politique sans jamais identifier dans le réel le point où se rejoindraient les « solutions militaires » et la « solution politique » et qui permettrait de comprendre comment passer de l’un à l’autre. Or il n’en est rien, les frontières entre guerre et paix sont de plus en plus brouillées pour le meilleur mais aussi pour le pire et le cas de la Syrie est exemplaire à ce titre. Le droit de la guerre s’étend, il y a de plus en plus de zones de désescalade, de cessez le feu, de zones tampons, de négociations pour l’accès des ONG, de couverture médiatique, tout ceci étant des logiques de « paix », de droit des civils qui viennent réguler les logiques de guerre. Mais le brouillage des frontières produit… Continuer la lecture
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Publié le 14.05.2019 à 17:45

Négationnisme: des députés offrent une tribune à l’Assemblée au néo-nazi Benedetti

Nadia Meziane

Le 25 avril dernier, des propos négationnistes ont pu tranquillement être prononcés dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale. Ces propos sont restés en ligne sur le site de l’Assemblée et ont été mis en lien par des articles de presse, avant d’être retirés un peu tard ce 14 mai, une fois que la plus grande publicité leur aura été faite (1). Ca a bien existé et c’est un peu plus qu’une erreur 404 contrairement à ce que proclame désormais la page internet vers laquelle le lien renvoie, comme le montrent nos captures d’écran. C’est évidemment une victoire pour l’ensemble des tenants de ce courant, quelques mois après la mort de Robert Faurisson, lui même cité par Yvan Benedetti, un des militants les plus tenaces et les plus actifs de la mouvance ouvertement néo-nazie en France lors de son audition par la commission parlementaire chargée d’enquêter sur « la lutte contre les groupuscules d’extrême-droite ». A vrai dire, peu de gens auraient été au courant, si le 10 mai, soit plus de deux semaines après l’audition de Benedetti, deux députés, dont la présidente de la commission, Muriel Ressiguier de la France Insoumise et Adrien Morenas de LREM n’avaient décidé de proclamer par communiqué de presse qu’ils avaient courageusement signalé au procureur les propos tenus par Yvan Benedetti, parce qu’ils tombent sous le coup de la loi. Certes. On aura beaucoup de mal à s’en étonner. Yvan Benedetti occupe la majeure partie de sa vie à prononcer des propos qui tombent sous le coup des… Continuer la lecture
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Publié le 12.05.2019 à 14:07

L’extrême droite chez Daimler en Allemagne

Sonia

Oliver Hilburger est un salarié de longue date des usines Daimler de la région de Stuttgart (environ 22 000 salariés sans compter les intérimaires), sur le site d’Untertürkheim. L’histoire de cette entreprise automobile n’est pas sans lien avec le nazisme. À partir de 1937, Daimler-Benz produit de plus en plus de matériel d’armement notamment pour la Marine, le Heer et la Luftwaffe. En 1944 la moitié des 63.610 travailleurs à Daimler-Benz est soit travailleur forcé, prisonnier de guerre ou prisonniers KZ (camps de concentration). Après la guerre Daimler-Benz reconnait sa collaboration avec le régime nazi et s’engage dans la fondation «Erinnerung, Verantwortung und Zukunft» (mémoire, responsabilité et avenir). Daimler tente de se racheter des crimes commis durant la Shoah, mais en 2005 le mémorial des travailleurs forcés intitulé «Tag und Nacht» (jour et nuit) par Bernhard Heilinger (1988) a mystérieusement disparu devant le site de Untertürkheim. Ceci indique que le travail sur la mémoire n’y est plus autant à la mode. D’ailleurs, depuis l’entrée de l’AfD au Bundestag, réclamer l’arrêt du «culte de culpabilité» (Schuldkult, terme très rependu à l’extrême droite allemande depuis 1945) est devenu présentable. Oliver Hilburger ne les connait que trop bien, ces néo-nazis souhaitant que les Allemands cessent le travail sur la mémoire de la Shoah – ils s’appellent Höcke, Maier, Kalbitz, Poggenburg (AfD) pour en citer juste quelques-uns. En effet, Hilburger milite à l’extrême-droite depuis 1987. L’ancien bassiste du groupe de Rock néo-nazi «Noie Werte» a dû quitter son groupe après avoir été suspendu de… Continuer la lecture
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Publié le 09.05.2019 à 08:46

En Marche et la Fake News

Antonin Grégoire

Le fait de voir le parti présidentiel, la République en Marche, s’essayer avec succès à la Fake News permet de mieux analyser les ressorts politiques de ce phénomène et aussi, plutôt que de nier son existence ou l’usage du terme, d’en esquisser quelques contours. Ce sont en effet, coup sur coup, le ministre de l’Intérieur délirant sur une « attaque » d’hôpital par des black blocs et la secrétaire d’Etat à l’égalité femme homme Marlène Schiappa, qui publie avec la ministre des transports Elisabeth Borne un communiqué sur l’affaire islamophobe du chauffeur de bus qui aurait refusé une jeune fille en jupe. Ces deux Fake News et surtout leur usage par le parti au pouvoir permettent de mettre le phénomène sous une nouvelle lumière. La « Fake News » apparaît en effet comme la diffusion d’un mensonge qui va en retour déclencher une accusation de « Fake News », mais qui permet de poser un clivage politique entre l’auteur et le dénonciateur et surtout d’équilibrer les deux positions. Qu’on soit auteur d’une Fake News ou qu’on en dénonce une, chacun sa vérité et ainsi les deux se valent. C’est avec l’élection de Trump que le phénomène apparaît sous sa forme actuelle. Trump, le fasciste anti-système est devenu le système grâce à cet usage des Fake News et à leur dénonciation. Etre à la fois l’auteur de Fake News tout en reprochant à ses opposants d’en être eux les auteurs, voilà la caractéristique principale de la Fake News. C’est Trump, le pape de la Fake News qui… Continuer la lecture
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