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 Alain ACCARDO


Publié le 11.01.2019 à 08:00

Mythologie scolaire

Agone

On sait bien que l'ascenseur social par l’école a toujours été bien grippé. Néanmoins, jusqu’en 2017, toute réforme scolaire affirmait au moins garder pour horizon la démocratisation. Ce n’est désormais plus le cas avec la nouvelle réforme du lycée qui, couplée à l’inepte « Parcoursup », assume d’en revenir au bon vieux temps du tri social : aux classes populaires l’orientation professionnelle précoce, aux élites les meilleures écoles et universités. Jamais les principes fondateurs d’une école publique n’ont été si menacés que depuis que la main invisible du marché dispose de son rond de serviette sous les lustres de la République.

L’échec scolaire, qui affecte surtout les enfants des classes populaires, a été rendu encore plus massif et plus évident par l’augmentation de la fraction d’origine étrangère de la population. Mais ce n’est pas un fait nouveau. Il a été sociologiquement établi et constamment vérifié depuis qu’on est en mesure d’analyser statistiquement les flux d’entrée et de sortie du système scolaire aux différents niveaux.

Alors qu’ils représentent environ 50 % des élèves de l’enseignement général, les enfants d’ouvriers, employés et inactifs forment plus de 80 % des « élèves en difficulté » regroupés dans les SEGPA (Sections d’enseignement général et professionnel adaptées). Un enfant de famille bourgeoise a six fois plus de chances en moyenne de faire des études supérieures qu’un enfant de famille populaire. Les déplorations rituelles et les rustines ministérielles successives n’y changent rien.

Pourquoi ce phénomène présente-t-il une telle inertie ? On peut répondre à la question en focalisant la problématique sur l’insuffisance des moyens, matériels, financiers et humains. C’est ce que font en particulier les syndicats d’enseignants et d’étudiants de l’Éducation nationale, les associations de parents d’élèves, les partis d’opposition, etc. Les critiques et les revendications qui en émanent ne sont certes pas dépourvues de justification. Et on peut regretter qu’elles ne donnent pas lieu à des mobilisations plus massives et plus offensives encore, en réponse à des politiques qui visent, plus ou moins explicitement, à asphyxier le service public au bénéfice d’un secteur privé commercial qui, à terme, pourrait drainer toute la demande sociale de formation, et monopoliser ainsi une source immense de profits.

Malheureusement, cette problématique centrée sur l’insuffisance de moyens – sans compter le fait qu’elle tend à laisser parfois la question des moyens éclipser celle des fins (quelles études ? pour faire quoi ? former quel type d’humain ?), devenue confuse à la mesure de l’anomie régnante – a surtout le défaut de ne pas toucher au mythe fondateur de l’« École républicaine » c’est-à-dire à la croyance illusoire à l’égalité des chances de tous les enfants en matière scolaire.

C’est là une idée, apparemment généreuse, héritée de la IIIe République, mais dont la sociologie en général et celle de l’éducation en particulier n’ont cessé, depuis quelque cinquante ans, de démontrer l’absence de fondement réel. On continue toutefois à faire comme si l’École pouvait se constituer en îlot d’égalité républicaine dans un océan d’inégalité sociale si seulement on lui assurait tous les moyens nécessaires. Mais il s’en faut de beaucoup que l’École à elle seule puisse remédier, sinon très marginalement, aux inégalités considérables qui séparent au départ les enfants d’une même classe d’âge du fait de leur appartenance à des classes sociales différentes.

La division de la société en classes très inégalement pourvues des diverses variétés de capitaux a des conséquences dans tous les domaines de la pratique sans exception, de la naissance des individus à leur mort, et donc aussi, inévitablement, sur le plan de leur formation scolaire. Les causes fondamentales de l’échec scolaire massif doivent être cherchées dans ces inégalités des héritages en capital économique et financier, et même davantage encore, s’agissant de l’École, des héritages en capital culturel, que les enfants et leurs familles peuvent investir dans une formation scolaire effectuée sur le mode de la course d’obstacles et de la compétition à outrance.

Le capital culturel, c’est l’ensemble des savoirs, savoir-faire, savoir-être, dont l’intériorisation très variable fait qu’un enfant, selon son origine familiale, est plus ou moins précocement familiarisé avec la culture dominante et plus ou moins bien préparé à répondre efficacement aux attentes de l’univers scolaire, à maîtriser les codes, les classements et les stratégies qui y prévalent.

Le mythe de l’« École libératrice » cher aux vieux « instits » d’autrefois, selon lequel tout enfant du peuple trouvait dans son cartable son bâton de maréchal – ou, si l’on préfère, une cisaille pour couper ses chaînes –, est la transposition à la compétition scolaire de la risible croyance à une concurrence pure et loyale entre les agents économiques, chère au libéralisme.

Ce mythe a longtemps masqué le fait sociologique fondamental que l’institution scolaire, s’il est vrai qu’elle peut contribuer occasionnellement à la mobilité sociale et à la promotion de quelques dominés miraculeusement rescapés de la sélection par l’échec, reste pour l’essentiel, dans les sociétés de classes, un appareil de reproduction des rapports sociaux qui maintient dans l’ensemble les générations successives sur la même orbite sociale. Et ce n’est pas la condescendance des IEP, qui accueilleront çà et là quelques petits pauvres méritants, qui bouleversera les statistiques de la ségrégation scolaire de masse [1].

Qui pis est, non seulement l’École, dans toutes les « démocraties » occidentales, est impuissante à supprimer les avantages et les handicaps sociaux de départ, mais elle les légitime en les naturalisant en « dons » intellectuels et en « talents » certifiés, contribuant par là à transfigurer en méritocratie républicaine (célébration des « élites » de tout poil) un régime accaparé par les classes possédantes et dirigeantes. Comme Bourdieu et Passeron étaient déjà en mesure de l’affirmer, en 1964, au terme de leur grande enquête sur les étudiants et la culture : « L’efficacité des facteurs sociaux d’inégalité est telle que l’égalisation des moyens économiques pourrait être réalisée sans que le système universitaire cesse pour autant de consacrer les inégalités par la transformation du privilège social en don ou en mérite individuel [2]. »

Tel le miroir magique qui assurait à l’affreuse reine qu’elle était toujours la plus belle, le système scolaire ne cesse de présenter à la société qu’il reflète une vision enchantée d’elle-même.

Alain Accardo

Version augmentée d’un article paru en mars 2009 dans ''Convergence, mensuel du Secours populaire français, publié dans le recueil Engagements. Chroniques et autres textes (2000-2010)'', Agone, 2011.

Du même auteur, on peut lire les bases sociologiques de ses analyses dans son Introduction à une sociologie critique. Lire Pierre Bourdieu, Agone, 2006.

Notes

[1] Depuis 2001, l’IEP (Instituts d’études politiques, dit aussi Sciences-po, où se forment une bonne partie des futurs dirigeants politiques, économiques et médiatiques) recrute une petite proportion de ses étudiants dans les quartiers populaires par le biais d’une procédure d’admission spécifique. [ndlr]

[2] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, Minuit, 1964.

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Publié le 17.12.2018 à 08:00

Un certain manque de tenue

Agone

Feignant d’avoir trébuché en descendant de leur Jaguar, de jeunes parvenus chinois s’exhibent sur Internet, affalés par terre, près de leur bolide, au milieu d’objets divers qu’ils sont censés avoir perdus dans la chute.

Tous ces objets font partie de ce qu’il est convenu d’appeler des « signes de richesse » (lingots d’or, billets de banque, bijoux, fourrures, cartes de crédit, etc.), richesse toute matérielle et extérieure, cela va de soi… Ces mises en scène délibérément provocantes tendent à se diffuser, en Chine et ailleurs, sous le titre éloquent « Je me vautre dans ma fortune ». L’exhibitionnisme grossier de cette jeunesse dorée susciterait, nous dit-on, dégoût et indignation chez beaucoup de leurs aînés, peut-être trop attachés encore aux vieux préceptes confucéens. On serait tenté de partager leur réprobation si on ne s’avisait que les critiques formulées contre ces mœurs bling-bling et m’as-tu-vu se trompent d’adresse, une fois de plus, à Pékin comme à New York ou Paris.

Que leur reproche-t-on en effet sinon une outrance qui dévoile un peu trop crûment ce qu’à l’ordinaire le système préfère tenir pudiquement voilé et qui constitue les parties honteuses du capitalisme en quelque sorte ? Le culte indécent de la richesse. Non pas seulement le goût effréné du lucre et de ses consommations, mais la jouissance suprême, celle de dominer les autres par l’étalage visible, tapageur et, comme par inadvertance, de son inégalable fortune. On a l’impression d’assister à un potlatch, un de ces déploiements rituels de munificence par lesquels les caciques des sociétés amérindiennes cherchaient autrefois à écraser leurs rivaux.

Comme le notait déjà Thomas More dans son Utopie, à quoi bon s’enrichir s’il ne vous « reste plus de malheureux à insulter et à traiter en esclaves » ? On croit que la richesse sert à bien vivre. Sans doute, mais bien vivre ne se réduit pas à jouir d’un bien-être personnel et d’un confort total, c’est aussi et même surtout, atteindre une forme de bonheur socialement conditionné dont le luxe réclame, pour être pleinement apprécié, d’« être relevé par les angoisses de la misère » accablant les autres. À quoi bon nager dans l’opulence si le spectacle de ses ébats, « si l’étalage de ses richesses ne devaient plus torturer l’indigence et allumer son désespoir » ? C’est cela la domination sociale. À tous ceux qui froncent le sourcil devant leurs débordements, les nouveaux Muscadins et leurs Merveilleuses pourraient rétorquer :

« Ben quoi, commencez par balayer devant votre porte avant de venir nous chercher des poux, soyez un peu cohérents pour une fois ! De qui donc sommes-nous les héritiers et les disciples ? Qui donc nous a incités à suivre cette voie, qui nous a payé des années de formatage dans les universités et les grandes écoles, avec des profs qui nous suggéraient d’aller préparer “un mastère aux States” ? Ah les pitres ! Pour faire de nous des winners accomplis, des entrepreneurs de start-up, des pragmanagers, des DRH, des traders, des communicants, des top executives, des créatures ne vivant que par et pour le bizness et le cash, le clergé de l’Église du Fric, à l’image des élites américaines.

» Nous, vos enfants, nous assumons franchement la logique de l’ordre que vous, nos parents et vos parents avant vous, avez accepté, soutenu et reproduit depuis des décennies, avec une aveugle obstination. Vous et les sépulcres néo-libéraux indéfiniment reblanchis à qui vous confiez les clés de l’État, vous n’avez eu de cesse que vous n’ayez partout libéré les capitaux et asservi les peuples. Ce que dans votre tartuferie de petits-bourgeois vaniteux, de classes molles et invertébrées tant politiquement que moralement, vous avez toujours rêvé de faire sans oser vous l’avouer, nous le faisons pour vous : nous nous vautrons dans notre fortune carrément, voluptueusement, ignoblement, au sens propre (si l’on ose dire) et nous nous affichons sur Internet !

» Et à bas les pauvres, et tous ceux qui ne sont pas contents ! Ne comptez pas sur nous pour emboîter le pas à cette bande d’étudiants français qui, au lieu de se préparer à monnayer au plus haut prix leurs diplômes de HEC, de l’X, de Normale Sup ou de l’ENA, ont publié récemment dans des médias (eux-mêmes vendus au Capital, comme le reste) une charte engageant ses signataires à ne pas mettre leurs talents au service d’activités ou d’entreprises insuffisamment attentives à une économie éthique et responsable et soutenable et équitable  et bla-bla-bla.

» Ah, les braves ahuris ! ah les gentils analphabètes ! ah les touchantes marionnettes ! ils ne se rendent pas compte qu’ils se mettent eux-mêmes au ban des élites modernes et se condamnent à aller grossir les rangs des gagne-petit qui “clopent et qui roulent au diesel”.

» Que ces bons apôtres ne démissionnent-ils en bloc de leurs écoles ? que n’en dénoncent-ils les enseignements toxiques ? que n’en font-ils des asiles pour migrants et SDF ? Laissons-les macérer dans leur culpabilité, ces larbins malheureux ! Nous, les nouveaux riches de Chine qui nous vautrons sur Internet, nous sommes une fois de plus à l’avant-garde de la civilisation universelle, nous sommes la nouvelle génération exactement façonnée par et pour le capitalisme mondialisé. C’est nous les vrais transhumains : nous ne savons déjà plus nous tenir debout. Nous sommes les mutants, les post-humains rampants. Regardez-nous, cessez de vouer une admiration fascinée aux Américains ! Tant qu’à être aliénés par le mode de vie capitaliste, choisissez sa version chinoise, imitez-nous, enrichissez-vous, jetez l’argent par les fenêtres, polluez à mort, étalez-vous à côté de votre Jaguar et entonnez en chœur cette variante de la ritournelle de Gavroche [1] :

T’as tout foutu en l’air,  
Bravo grand Jupiter,  
Hourra pour les patrons,
Merci, ô grand Macron !

» Ainsi deviendrez-vous, chers petits Français, tout à fait vains, vides et vils, mais heureux de l’être, abjects mais justifiés et prêts à prendre la relève. »

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en décembre 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

Notes

[1] Sur l'air de « Je suis tombé par terre, / C'est la faute à Voltaire, / Le nez dans le ruisseau, / C'est la faute à Rousseau. » Victor Hugo, Les Misérables. [ndlr]

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Publié le 30.11.2018 à 08:00

La violence

Agone

Depuis quelque temps le thème de « la violence », faufilant les commentaires médiatiques de l’actualité, tend à se faire plus prégnant et plus angoissé. Signe des temps ? Assurément…

L’époque n’est pas précisément à la fraternité universelle. Il semble même qu’on redécouvre chaque jour davantage combien les êtres humains s’exècrent les uns les autres en même temps qu’on vérifie leur incapacité à se passer les uns des autres et leur obstination à tisser des liens de toutes sortes, eux-mêmes destinés à être rompus tôt ou tard.

La réflexion des observateurs du quotidien a depuis longtemps abdiqué devant la prolifération des manifestations de « la violence » dont les médias font leur miel et leur fiel. Comme toujours en face d’une réalité – en l’occurrence celle des rapports sociaux et des relations humaines – dont l’inépuisable diversité empirique semble défier l’entendement, l’intelligence journalistique, mal armée pour conceptualiser vraiment le réel, se réfugie dans le verbalisme ordinaire, pour penser le monde aux moindres frais.

Ainsi donc, à en croire les tam-tams de guerre, notre actualité serait-elle remplie, en tous lieux et en toutes circonstances, d’une inextinguible « violence ». Nous devrions être reconnaissants à la presse pour une information aussi instructive si cette catégorisation des événements n’était privée de toute signification véritable par le trop-plein même de ses significations.

« Violence » est en effet une étiquette ultra-extensive dont on peut recouvrir les phénomènes les plus variés dès lors qu’il importe plus de disqualifier ce dont on parle que de le qualifier exactement. Il suffit de constater l’usage qu’en font les médias (et les « réseaux sociaux ») pour comprendre que le mot « violence » sert non pas à analyser mais à stigmatiser. Il vise surtout à dénoncer, à émouvoir et à mobiliser. « La violence » est d’ailleurs toujours imputée à l’autre, celui d’en face, l’étranger, le critique.

Plus grave : on punit la violence des faibles, on s’accommode de celle des puissants, voire on l’approuve. Si un flic cogne sur un manifestant, on lui donne une médaille ; si un manifestant se défend contre des brutalités policières, on lui passe les menottes. Ne parlons même pas des criminels en col blanc qui prospèrent dans les banques d’affaires, les cabinets ministériels, et autres lobbies. Ils peuvent voler, tuer, violer, impunément, c’est de bonne gouvernance !

Là comme partout, deux poids, deux mesures. C’est une très vieille histoire, commencée sur l’Olympe, ou au Valhalla, vieille comme les mythologies antiques, ou les récits bibliques, comme le monde et ses iniquités. Aussi laisserai-je aux amateurs de spéculations théologiques et métaphysiques le soin de trancher la question de savoir si les Hommes sont plus « méchants » que « bons », naturellement épris de paix ou congénitalement enclins à s’étriper.

Je préfère pour ma part m’en tenir aux enseignements des sciences sociales. Précédées sur ce terrain par la longue lignée des moralistes de l’humanisme classique qui, de Montaigne à Montesquieu, ont contribué à forger une vision mieux étayée du genre humain, les sciences sociales n’ont cessé de mettre en lumière le rôle des intérêts, tant symboliques que matériels, dans la genèse des conflits individuels et collectifs. Mais en matière d’analyse de ce fait social total, « la violence », c’est au travail de Marx et Engels et, plus près de nous, d’une partie du courant bourdieusien que nous devons d’avoir compris que, au-delà du tohu-bohu entretenu par le choc incessant des cultures, des affects et des intérêts en tous genres, le ressort principal de la guerre de tous contre tous devait être recherché, en dernière analyse, dans les oppositions de classes dont la logique structurelle se concrétise à travers les médiations les plus diverses. Le cheminement des contradictions emprunte des voies et des formes empiriques souvent inattendues et originales, ce qui permet aux dominants d’entretenir, par un discours toujours à la croisée du mythique et du mystique, des dons et des dieux, le gloubi-boulga favorable à leurs appétits.

Heureusement, nous avons désormais, grâce aux travaux historiques les plus sérieux, les moyens de penser les contradictions fondamentales autrement qu’en termes de « violence » abstraite et indifférenciée. Nous sommes en mesure de discerner le fait essentiel que toute violence et donc toute souffrance, mais aussi toute volonté de résistance et toute espérance de libération sont enracinées dans les rapports de classes et les inégalités sociales. Les humains, nous devrions le savoir aujourd’hui, sont en tous temps et en tous lieux à peu près aussi « bons » que « méchants ».

Mais ce constat est un poncif dont la seule utilité est d’inviter à préciser au prix d’une véritable investigation, pour chaque époque historique, quelles forces sociales exercent quelles violences, contre quelles résistances, à quelles fins. Un travail comme celui de l’historien Gérard Noiriel, par exemple, qui a consacré beaucoup de temps à l’étude des péripéties et des modalités à travers lesquelles, du Moyen-Âge à nos jours, la société capitaliste s’est édifiée sur l’exploitation continue de la force de travail des prolétaires des campagnes et des villes par des possédants disposant des forces nécessaires pour assujettir (et réprimer) les classes populaires paysannes puis ouvrières, « la merdaille » comme disait élégamment la poétesse Christine de Pisan [1].

Évidemment, quand on examine le cours de l’histoire sous l’angle de la lutte des classes, on en a une autre vision que celle des journalistes de TF1 ou de France-Info, même si ceux-ci tendent à prendre Macron pour Jeanne d’Arc. Comme le note sobrement Noiriel, « ce qui différencie les êtres humains, ce n’est pas le fait d’avoir ou non des préjugés mais de pouvoir ou non les imposer aux autres ». Voilà donc une lecture qu’il faudrait d’urgence inscrire au programme des écoles de journalisme, pour aider leurs diplômés à comprendre en quoi consiste exactement la violence symbolique qu’ils exercent et à qui elle profite.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en novembre 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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Publié le 01.11.2018 à 08:00

Ascenseur en panne

Agone

En ce lundi 3 septembre 2018, les radios et les télés, comme il est de règle dans un monde de l’information dont l’actualité quotidienne est dictée par l’agenda institutionnel, ne bruissaient que des échos de la rentrée scolaire, reproduisant invariablement les mêmes « éléments de langage » au sujet du dédoublement des classes élémentaires et autres géniales innovations…

Ça fait quelques décennies, pour ma part, que j’assiste au rituel de la rentrée scolaire. Autrefois, ça se passait en octobre, et même en novembre pour les universitaires, et j’y participais en tant qu’enseignant en activité. Aujourd’hui, c’est en septembre et bien des années ont passé. Mais ce sont toujours les mêmes problèmes de fond qui resurgissent, aggravés, de décennie en décennie, par des difficultés inédites.

Toutes les difficultés, anciennes ou nouvelles, ont pour racine principale l’insoutenable gageure de préserver un enseignement de classe, conçu par la démocratie bourgeoise pour la reproduction de ses élites dirigeantes, sous les apparences d’un enseignement de masse conforme aux idéaux démocratiques proclamés. En réalité, le système scolaire-universitaire, comme toutes les institutions démocratiques perverties par le primat de l’Argent, n’a cessé de fonctionner à deux vitesses, en ouvrant des boulevards aux héritiers riches en capitaux économiques, culturels et relationnels, et en condamnant les nouveaux entrants à la sélection par l’échec.

Seule la reproduction des élites par elles-mêmes est restée l’objet de tous les soins, entraînant par là l’installation, à tous les niveaux du pouvoir, d’une « noblesse d’État » archidiplômée dont la mainmise sur tous les leviers de commande a pris l’allure, au fil des générations, d’un phénomène naturel voire d’une donnée anthropologique. Un précédent historique s’impose à l’esprit : celui de la monopolisation par les familles seigneuriales des postes les plus éminents de la hiérarchie ecclésiastique séculière, ou monastique, au long des siècles du Moyen-Âge, ainsi que de l’anoblissement des roturiers enrichis, à l’époque classique, par l’achat de titres de noblesse attachés aux terres.

Ce qui signifie, en d’autres termes, que la fabrique scolaire-universitaire des élites républicaines, soumise dans son principe à la volonté de donner à tous les enfants des chances égales de s’élever sur l’échelle sociale, quelle que fût leur origine, est très vite devenue une des pierres angulaires d’une oligarchie néoféodale tout aussi arbitraire que l’ancienne et peut-être plus indéboulonnable encore parce que conforme aux apparences de la raison et de l’équité.

Le parallèle avec la féodalité médiévale s’impose d’autant plus que, de même que la confiscation des postes ecclésiastiques par la noblesse laissait subsister au niveau de la formation initiale du clergé la possibilité pour un fils de paysan frotté d’un rudiment de latin de sacristie de faire une modeste carrière de curé de campagne, voire de servir de précepteur aux enfants d’un gentilhomme, de même notre système néoféodal a su ménager – héritage révolutionnaire oblige – une possibilité de réussite scolaire pour quelques enfants talentueux d’origine populaire. Dûment montés en épingle par la propagande des chantres du régime, parmi lesquels la majorité des enseignants eux-mêmes, ces cas exemplaires de mobilité sociale ascendante ont longtemps donné le change en entretenant la conviction que la réussite scolaire, concrétisée par un diplôme, était la meilleure voie pour remédier aux inégalités sociales.

Du coup, les gouvernements républicains successifs, de tous bords, ont, en toute bonne conscience, réduit la question scolaire, dans une optique strictement réformiste, à celle de savoir quels bricolages astucieux sur le plan des structures scolaires et de leurs modes de fonctionnement on pouvait agencer pour préserver la façade démocratique du système et l’illusion que l’École restait l’« ascenseur social » par excellence. Chaque ministre, de gauche comme de droite, s’en donna à cœur joie et y alla de sa réforme, avec la modeste ambition de concevoir le dispositif original censé mettre fin à un monde de privilèges.

On en vint même, il y a peu, à imaginer des politiques de discrimination ethnique « positive », avec des quotas de petits pauvres à recruter obligatoirement dans quelques établissements huppés, on encouragea les enseignants à se transformer toujours davantage en baby-sitters pour enfants déshérités, les conseils de classe et de département se muèrent de plus en plus en commissions humanitaires acharnées à sauver les cas les plus « méritants » tandis que les enfants d’enseignants, de médecins, de cadres supérieurs et de managers allaient vendre aux multinationales leurs diplômes de Polytechnique, Centrale ou HEC. Las, de CEG en ZEP, tous les raccommodages, toutes les rustines et tous les vertueux efforts pour réconcilier l’École avec le peuple des classes populaires, se sont révélés aussi coûteux qu’inopérants.

Il est à cet égard significatif qu’en cette rentrée de septembre 2018 on entende se multiplier des commentaires désabusés selon lesquels « il semblerait que, non seulement l’École n’a pas remédié aux inégalités sociales, mais qu’elle les a renforcées ». Il faut toute l’inculture sociologique des médias dominants et de leur public pour redécouvrir en 2018 des phénomènes que la sociologie de l’éducation observait déjà dans les années 1960. « Si tout s’joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS / Ne laissons pas s’creuser l’fossé d’un enseignement à deux vitesses », chante Grand Corps Malade (Éducation nationale, 2010).

Ce qui fait le plus défaut, me semble-t-il, dans le débat public, c’est la conscience que si l’École est un immeuble à étages, dont certains sans ascenseur, c’est parce qu’elle est exactement à l’image du système social qui l’a engendrée et qu’elle consolide en retour, et qu’en vérité ce n’est pas au tournevis des dépanneurs d’ascenseur qu’il faudrait recourir mais au bélier des démolisseurs de bâtisses vétustes. Car l’École, la démocratie et tout le saint-frusquin ne sont plus à rafistoler par bouts et morceaux mais à reconstruire à nouveaux frais et pas pour servir de dépendances au Château.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en octobre 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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Publié le 01.10.2018 à 17:07

Lanternes magiques (Lettre à Robert Redford)

Agone

Cher Robert Redford, les gazettes nous ont informés que vous aviez décidé de prendre votre retraite du métier d’acteur de cinéma, que vous avez exercé, avec le bonheur que l’on sait, durant soixante ans, depuis l’âge de 21 ans.

Pour moi qui suis votre aîné de quelques années, je conçois sans peine que, devenu octogénaire, on ait envie de poser son sac, quelque métier qu’on ait exercé. Je ne peux donc qu’approuver votre décision, même si elle nous prive de l’espoir d’admirer un jour prochain une nouvelle preuve de votre charisme de comédien hors du commun. Vous auriez en effet donné à entendre que de vos deux casquettes, d’acteur et de réalisateur, vous aviez l’intention de ne raccrocher que la première. « Je ne jouerai plus la comédie », auriez-vous dit. Sur ce point précis, permettez-moi de vous contredire : ce que vous allez cesser de jouer, c’est un des nombreux rôles que vous avez joués jusqu’ici, celui qui a fait de vous une star hollywoodienne mondialement connue : le rôle d’acteur, dont le métier c’est précisément d’interpréter des rôles devant une caméra.

Mais, comme vous le savez, ce n’est là qu’un cas particulier des innombrables rôles que nous sommes tous appelés à jouer dans l’universelle tragi-comédie de notre « séjour involontaire sur la terre », comme aimait à dire Pirandello. Celle-ci commence à notre naissance et nous ne pouvons plus en sortir que les pieds devant, définitivement froids et désintéressés, costumés en bois de sapin pour notre ultime représentation devant un dernier parterre convoqué pour nos funérailles.

Vous allez donc continuer, bon gré mal gré, à jouer la comédie, en faisant confiance aux verdicts changeants des institutions pour vous indiquer à tout moment si vous êtes dans « la vie réelle » ou dans un film. Cela fait des siècles que le théâtre existe et que d’éminents esprits, d’Aristote à Brecht, en passant par Diderot ou Arthaud, se sont efforcés, mais en vain, de définir des critères permettant de distinguer à coup sûr le réel de ses simulacres et la vérité du mensonge. Entreprise vouée à l’échec puisque, Shakespeare nous l’a bien appris, le monde est un théâtre où de « malheureux acteurs » s’évertuent à jouer « une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot et qui ne signifie rien ». Et donc une histoire à laquelle on peut faire dire tout et le contraire.

Entre des événements et des situations tels qu’ils ont été vécus effectivement et la représentation qu’on peut en donner sur une scène (ou sur un écran) il y a à peu près autant de différence qu’entre les deux images que nous avons d’un même objet selon que nous le regardons uniquement avec notre œil droit ou avec notre œil gauche en fermant alternativement l’un puis l’autre. La parallaxe a beau être infime, elle nous donne néanmoins les deux images physiquement distinctes de notre vision stéréoscopique, dont il appartient au cerveau de décréter qu’il s’agit d’une seule et même réalité.

En vérité, c’est notre existence tout entière, c’est la totalité du monde où nous sommes, avec nos propres personnes et celles qui nous entourent, qui font ainsi l’objet de notre part, d’un jugement de réalité ou d’irréalité qui en dit plus long sur le sujet qui juge que sur l’objet jugé. C’est ainsi que, par exemple, ce qu’on appelle le « mode de vie américain » est perçu par les uns comme « un rêve enchanteur » et par les autres comme « un véritable cauchemar ». Le réel et l’imaginaire, et donc le degré de sérieux et de confiance que nous leur accordons, ne sont pas tant des propriétés objectives inhérentes aux choses elles-mêmes que des croyances subjectives colorant les lunettes à travers lesquelles nous les regardons.

Vous-même, qui devriez être un expert infaillible en matière de discrimination entre le modèle et sa représentation, le vrai et le faux-semblant, vous avez pu croire que des candidats démocrates à la présidence, comme les Clinton ou Obama, étaient des politiciens dignes du soutien des honnêtes gens alors qu’ils n’étaient – c’était évident pour beaucoup d’autres que vous – que des carriéristes retors, opportunistes et dépourvus d’envergure, tout comme leurs adversaires républicains. Comme quoi, même des experts ne peuvent jamais être assurés de n’avoir pas confondu le joyau authentique avec sa copie en toc. À plus forte raison si ces experts sont eux-mêmes des produits accomplis de la fabrique hollywoodienne du rêve, dont on sait aujourd’hui qu’elle s’est expressément donné pour tâche, dès l’origine, de façonner cinématographiquement un « peuple américain » digne d’être érigé en modèle exemplaire de démocratie et proposé à l’admiration des foules de la planète, toujours prêtes à prendre des vessies pour des lanternes et ce qui brille pour de l’or.

Ainsi donc, quand vous annoncez que vous ne jouerez plus la comédie, vous voulez dire bien sûr que vous ne ferez plus semblant de croire à ce que vous faites sur une scène de théâtre ou devant une caméra. Vous serez désormais un comédien à la retraite, mais vous n’en continuerez pas moins à prendre part à la comédie étrange qui réunit sur la planète Terre, la vaste troupe des Humains, dont personne n’a encore vraiment compris quelle pièce, de quel auteur, elle est en train d’interpréter ni surtout s’il faut applaudir ou huer les acteurs.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en septembre 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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Publié le 09.09.2018 à 08:35

La Chimère

Agone

C’est une idée depuis longtemps reçue dans la vulgate progressiste que si les rapports sociaux de domination (despotisme antique et esclavagisme, féodalité et servage, patriciat et plèbe, bourgeoisie et salariat, etc.) sont restés historiquement si stables et si largement répandus, une des raisons principales en est l’extrême difficulté des populations, du fait même de la domination subie, à acquérir le niveau de conscience nécessaire pour comprendre l’arbitraire de leur situation et leur droit d’y mettre un terme…

On considérait leur aliénation sociale comme un effet de la misère, de l’ignorance, de l’obscurantisme et des autres manques liés à leur condition sociale et on incriminait tout particulièrement l’insuffisance des Lumières, c’est-à-dire tout à la fois l’analphabétisme, la précarité des connaissances dispensées et le trop petit nombre de ceux qui en bénéficiaient. D’où la singulière fortune, de la Renaissance à nos jours, de cette idée chère à tous les réformateurs, et même à beaucoup de révolutionnaires, que l’émancipation des peuples passe obligatoirement par l’instruction de masse.

Sans vouloir récuser cette vérité apparemment bien établie, il convient au moins d’en réexaminer la portée. En effet, comme on peut le constater partout où des politiques de scolarisation massive ont été mises en œuvre, il en est résulté une incontestable augmentation du capital culturel de la population dominée et une élévation significative du niveau d’instruction de ses membres. Sans doute cet accroissement réel du capital culturel objectivé et incorporé a-t-il contribué à une reconfiguration des formes institutionnalisées ou des styles de la domination établie (dans un sens par exemple plus « démocratique »), sans mettre fin pour autant au principe même de la domination, car même si la pauvreté en capital culturel va souvent de pair avec la pauvreté en capital économique, on ne pourrait se contenter de mettre fin à l’une pour mettre un terme à l’autre. En matière d’émancipation, si l’instruction est nécessaire, elle est d’autant moins la panacée que ses effets sont doubles et contradictoires, à la fois de renforcement du consensus conformiste et de facilitation de la contestation distinctive.

L’histoire entière du capitalisme est là pour en fournir l’illustration. Mais il suffit de considérer la situation qui prévaut aujourd’hui dans pratiquement toutes les sociétés avancées ou en émergence, qui se caractérisent par l’existence, entre le pôle inférieur populaire et le pôle supérieur bourgeois des rapports de domination, d’un conglomérat de classes moyennes engendrées, ou développées, par la croissance économique, le progrès technologique, la marchandisation, etc. Tous ces groupes intermédiaires ont en commun de posséder un fort capital culturel, globalement considérable, obtenu par le biais de cursus scolaires et universitaires de plus en plus longs. De sorte que les classes moyennes, et spécialement leurs fractions petites-bourgeoises les plus diplômées, sont désormais un peu partout en position de négocier, à un niveau de salaire matériel et symbolique le plus élevé possible, leur indispensable collaboration au fonctionnement et à la reproduction du système de domination capitaliste. Les vicissitudes de cette négociation ont pour effet de focaliser les luttes sur les revendications économiques et de faire fluctuer le jeu des alliances et oppositions politiques autour de l’axe du consensus « républicain » bourgeois, ce jeu parlementaire électoraliste à quoi se réduit la vie « démocratique » présentant le double avantage pour le système d’entretenir un accord de fond sur l’essentiel tout en permettant la contestation sur l’accessoire.

Mais la petite-bourgeoisie de promotion, scolairement anoblie, rechigne à (s’)apparaître pour ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire comme une armée de mercenaires carriéristes dont le sort est étroitement dépendant de la prospérité des entreprises qui les emploient. D’où la diffusion, ces dernières décennies, de la fiction selon laquelle il n’y aurait plus « ni droite, ni gauche » et le système capitaliste moderne échapperait désormais à la logique qui a si longtemps structuré la lutte entre classes dominantes accapareuses et classes dominées dépossédées. Plus de classes, donc plus de luttes et plus de reniement. Que chacun, réduit à ses seules forces, se débrouille comme il peut, avec une seule devise : « L’enrichissement ou la mort sociale ».

Avec l’avènement de la Macronie, bien préparé, il faut le souligner, par la désastreuse « alternance » entre gauche de gouvernement et droite républicaine, la France s’est installée dans cette fiction-là, qui équivaut à un véritable recul de civilisation. Dans un monde crétinisé par l’appât du gain et l’obsession du rendement, l’élévation du niveau d’instruction et l’augmentation du nombre des diplômés ne sauraient faire illusion : loin de progresser en humanité, nous sommes tombés sous la férule d’une « élite » que le capitalisme a éduquée dans ses ateliers d’ingénierie sociale (petites et grandes écoles, universités, IEP, grandes entreprises, médias, etc.), comme les généticiens fabriquent des chimères dans leurs laboratoires. La chimère que nos classes moyennes fécondées par l’ADN capitaliste ont enfantée, c’est le diplômé-analphabète, le nouvel Homo œconomicus dont nos filières de formation déclinent les versions à la mode. À grand renfort de brevets, de certificats, et autres peaux d’âne, le capitalisme ne cesse d’instruire ses troupes en leur enseignant que ''Fiat Lux' n’a qu’une seule traduction possible : « Que la volonté du Capital soit faite ! »

Jamais salariés ne furent à la fois aussi savants, et aussi incultes et vides. Le monde du travail est désormais régenté par une petite bourgeoisie sur-scolarisée, pire que la grande à bien des égards, en tout cas son admiratrice la plus aveugle et sa servante la plus zélée. Ne pouvant vivre qu’en symbiose, elles continueront à prospérer, c’est-à-dire à se déshumaniser, de concert.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en juillet 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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