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xxx Alain ACCARDO


Publié le 01.11.2018 à 08:00

Ascenseur en panne

Agone

En ce lundi 3 septembre 2018, les radios et les télés, comme il est de règle dans un monde de l’information dont l’actualité quotidienne est dictée par l’agenda institutionnel, ne bruissaient que des échos de la rentrée scolaire, reproduisant invariablement les mêmes « éléments de langage » au sujet du dédoublement des classes élémentaires et autres géniales innovations…

Ça fait quelques décennies, pour ma part, que j’assiste au rituel de la rentrée scolaire. Autrefois, ça se passait en octobre, et même en novembre pour les universitaires, et j’y participais en tant qu’enseignant en activité. Aujourd’hui, c’est en septembre et bien des années ont passé. Mais ce sont toujours les mêmes problèmes de fond qui resurgissent, aggravés, de décennie en décennie, par des difficultés inédites.

Toutes les difficultés, anciennes ou nouvelles, ont pour racine principale l’insoutenable gageure de préserver un enseignement de classe, conçu par la démocratie bourgeoise pour la reproduction de ses élites dirigeantes, sous les apparences d’un enseignement de masse conforme aux idéaux démocratiques proclamés. En réalité, le système scolaire-universitaire, comme toutes les institutions démocratiques perverties par le primat de l’Argent, n’a cessé de fonctionner à deux vitesses, en ouvrant des boulevards aux héritiers riches en capitaux économiques, culturels et relationnels, et en condamnant les nouveaux entrants à la sélection par l’échec.

Seule la reproduction des élites par elles-mêmes est restée l’objet de tous les soins, entraînant par là l’installation, à tous les niveaux du pouvoir, d’une « noblesse d’État » archidiplômée dont la mainmise sur tous les leviers de commande a pris l’allure, au fil des générations, d’un phénomène naturel voire d’une donnée anthropologique. Un précédent historique s’impose à l’esprit : celui de la monopolisation par les familles seigneuriales des postes les plus éminents de la hiérarchie ecclésiastique séculière, ou monastique, au long des siècles du Moyen-Âge, ainsi que de l’anoblissement des roturiers enrichis, à l’époque classique, par l’achat de titres de noblesse attachés aux terres.

Ce qui signifie, en d’autres termes, que la fabrique scolaire-universitaire des élites républicaines, soumise dans son principe à la volonté de donner à tous les enfants des chances égales de s’élever sur l’échelle sociale, quelle que fût leur origine, est très vite devenue une des pierres angulaires d’une oligarchie néoféodale tout aussi arbitraire que l’ancienne et peut-être plus indéboulonnable encore parce que conforme aux apparences de la raison et de l’équité.

Le parallèle avec la féodalité médiévale s’impose d’autant plus que, de même que la confiscation des postes ecclésiastiques par la noblesse laissait subsister au niveau de la formation initiale du clergé la possibilité pour un fils de paysan frotté d’un rudiment de latin de sacristie de faire une modeste carrière de curé de campagne, voire de servir de précepteur aux enfants d’un gentilhomme, de même notre système néoféodal a su ménager – héritage révolutionnaire oblige – une possibilité de réussite scolaire pour quelques enfants talentueux d’origine populaire. Dûment montés en épingle par la propagande des chantres du régime, parmi lesquels la majorité des enseignants eux-mêmes, ces cas exemplaires de mobilité sociale ascendante ont longtemps donné le change en entretenant la conviction que la réussite scolaire, concrétisée par un diplôme, était la meilleure voie pour remédier aux inégalités sociales.

Du coup, les gouvernements républicains successifs, de tous bords, ont, en toute bonne conscience, réduit la question scolaire, dans une optique strictement réformiste, à celle de savoir quels bricolages astucieux sur le plan des structures scolaires et de leurs modes de fonctionnement on pouvait agencer pour préserver la façade démocratique du système et l’illusion que l’École restait l’« ascenseur social » par excellence. Chaque ministre, de gauche comme de droite, s’en donna à cœur joie et y alla de sa réforme, avec la modeste ambition de concevoir le dispositif original censé mettre fin à un monde de privilèges.

On en vint même, il y a peu, à imaginer des politiques de discrimination ethnique « positive », avec des quotas de petits pauvres à recruter obligatoirement dans quelques établissements huppés, on encouragea les enseignants à se transformer toujours davantage en baby-sitters pour enfants déshérités, les conseils de classe et de département se muèrent de plus en plus en commissions humanitaires acharnées à sauver les cas les plus « méritants » tandis que les enfants d’enseignants, de médecins, de cadres supérieurs et de managers allaient vendre aux multinationales leurs diplômes de Polytechnique, Centrale ou HEC. Las, de CEG en ZEP, tous les raccommodages, toutes les rustines et tous les vertueux efforts pour réconcilier l’École avec le peuple des classes populaires, se sont révélés aussi coûteux qu’inopérants.

Il est à cet égard significatif qu’en cette rentrée de septembre 2018 on entende se multiplier des commentaires désabusés selon lesquels « il semblerait que, non seulement l’École n’a pas remédié aux inégalités sociales, mais qu’elle les a renforcées ». Il faut toute l’inculture sociologique des médias dominants et de leur public pour redécouvrir en 2018 des phénomènes que la sociologie de l’éducation observait déjà dans les années 1960. « Si tout s’joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS / Ne laissons pas s’creuser l’fossé d’un enseignement à deux vitesses », chante Grand Corps Malade (Éducation nationale, 2010).

Ce qui fait le plus défaut, me semble-t-il, dans le débat public, c’est la conscience que si l’École est un immeuble à étages, dont certains sans ascenseur, c’est parce qu’elle est exactement à l’image du système social qui l’a engendrée et qu’elle consolide en retour, et qu’en vérité ce n’est pas au tournevis des dépanneurs d’ascenseur qu’il faudrait recourir mais au bélier des démolisseurs de bâtisses vétustes. Car l’École, la démocratie et tout le saint-frusquin ne sont plus à rafistoler par bouts et morceaux mais à reconstruire à nouveaux frais et pas pour servir de dépendances au Château.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en octobre 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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Publié le 01.10.2018 à 17:07

Lanternes magiques (Lettre à Robert Redford)

Agone

Cher Robert Redford, les gazettes nous ont informés que vous aviez décidé de prendre votre retraite du métier d’acteur de cinéma, que vous avez exercé, avec le bonheur que l’on sait, durant soixante ans, depuis l’âge de 21 ans.

Pour moi qui suis votre aîné de quelques années, je conçois sans peine que, devenu octogénaire, on ait envie de poser son sac, quelque métier qu’on ait exercé. Je ne peux donc qu’approuver votre décision, même si elle nous prive de l’espoir d’admirer un jour prochain une nouvelle preuve de votre charisme de comédien hors du commun. Vous auriez en effet donné à entendre que de vos deux casquettes, d’acteur et de réalisateur, vous aviez l’intention de ne raccrocher que la première. « Je ne jouerai plus la comédie », auriez-vous dit. Sur ce point précis, permettez-moi de vous contredire : ce que vous allez cesser de jouer, c’est un des nombreux rôles que vous avez joués jusqu’ici, celui qui a fait de vous une star hollywoodienne mondialement connue : le rôle d’acteur, dont le métier c’est précisément d’interpréter des rôles devant une caméra.

Mais, comme vous le savez, ce n’est là qu’un cas particulier des innombrables rôles que nous sommes tous appelés à jouer dans l’universelle tragi-comédie de notre « séjour involontaire sur la terre », comme aimait à dire Pirandello. Celle-ci commence à notre naissance et nous ne pouvons plus en sortir que les pieds devant, définitivement froids et désintéressés, costumés en bois de sapin pour notre ultime représentation devant un dernier parterre convoqué pour nos funérailles.

Vous allez donc continuer, bon gré mal gré, à jouer la comédie, en faisant confiance aux verdicts changeants des institutions pour vous indiquer à tout moment si vous êtes dans « la vie réelle » ou dans un film. Cela fait des siècles que le théâtre existe et que d’éminents esprits, d’Aristote à Brecht, en passant par Diderot ou Arthaud, se sont efforcés, mais en vain, de définir des critères permettant de distinguer à coup sûr le réel de ses simulacres et la vérité du mensonge. Entreprise vouée à l’échec puisque, Shakespeare nous l’a bien appris, le monde est un théâtre où de « malheureux acteurs » s’évertuent à jouer « une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot et qui ne signifie rien ». Et donc une histoire à laquelle on peut faire dire tout et le contraire.

Entre des événements et des situations tels qu’ils ont été vécus effectivement et la représentation qu’on peut en donner sur une scène (ou sur un écran) il y a à peu près autant de différence qu’entre les deux images que nous avons d’un même objet selon que nous le regardons uniquement avec notre œil droit ou avec notre œil gauche en fermant alternativement l’un puis l’autre. La parallaxe a beau être infime, elle nous donne néanmoins les deux images physiquement distinctes de notre vision stéréoscopique, dont il appartient au cerveau de décréter qu’il s’agit d’une seule et même réalité.

En vérité, c’est notre existence tout entière, c’est la totalité du monde où nous sommes, avec nos propres personnes et celles qui nous entourent, qui font ainsi l’objet de notre part, d’un jugement de réalité ou d’irréalité qui en dit plus long sur le sujet qui juge que sur l’objet jugé. C’est ainsi que, par exemple, ce qu’on appelle le « mode de vie américain » est perçu par les uns comme « un rêve enchanteur » et par les autres comme « un véritable cauchemar ». Le réel et l’imaginaire, et donc le degré de sérieux et de confiance que nous leur accordons, ne sont pas tant des propriétés objectives inhérentes aux choses elles-mêmes que des croyances subjectives colorant les lunettes à travers lesquelles nous les regardons.

Vous-même, qui devriez être un expert infaillible en matière de discrimination entre le modèle et sa représentation, le vrai et le faux-semblant, vous avez pu croire que des candidats démocrates à la présidence, comme les Clinton ou Obama, étaient des politiciens dignes du soutien des honnêtes gens alors qu’ils n’étaient – c’était évident pour beaucoup d’autres que vous – que des carriéristes retors, opportunistes et dépourvus d’envergure, tout comme leurs adversaires républicains. Comme quoi, même des experts ne peuvent jamais être assurés de n’avoir pas confondu le joyau authentique avec sa copie en toc. À plus forte raison si ces experts sont eux-mêmes des produits accomplis de la fabrique hollywoodienne du rêve, dont on sait aujourd’hui qu’elle s’est expressément donné pour tâche, dès l’origine, de façonner cinématographiquement un « peuple américain » digne d’être érigé en modèle exemplaire de démocratie et proposé à l’admiration des foules de la planète, toujours prêtes à prendre des vessies pour des lanternes et ce qui brille pour de l’or.

Ainsi donc, quand vous annoncez que vous ne jouerez plus la comédie, vous voulez dire bien sûr que vous ne ferez plus semblant de croire à ce que vous faites sur une scène de théâtre ou devant une caméra. Vous serez désormais un comédien à la retraite, mais vous n’en continuerez pas moins à prendre part à la comédie étrange qui réunit sur la planète Terre, la vaste troupe des Humains, dont personne n’a encore vraiment compris quelle pièce, de quel auteur, elle est en train d’interpréter ni surtout s’il faut applaudir ou huer les acteurs.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en septembre 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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Publié le 09.09.2018 à 08:35

La Chimère

Agone

C’est une idée depuis longtemps reçue dans la vulgate progressiste que si les rapports sociaux de domination (despotisme antique et esclavagisme, féodalité et servage, patriciat et plèbe, bourgeoisie et salariat, etc.) sont restés historiquement si stables et si largement répandus, une des raisons principales en est l’extrême difficulté des populations, du fait même de la domination subie, à acquérir le niveau de conscience nécessaire pour comprendre l’arbitraire de leur situation et leur droit d’y mettre un terme…

On considérait leur aliénation sociale comme un effet de la misère, de l’ignorance, de l’obscurantisme et des autres manques liés à leur condition sociale et on incriminait tout particulièrement l’insuffisance des Lumières, c’est-à-dire tout à la fois l’analphabétisme, la précarité des connaissances dispensées et le trop petit nombre de ceux qui en bénéficiaient. D’où la singulière fortune, de la Renaissance à nos jours, de cette idée chère à tous les réformateurs, et même à beaucoup de révolutionnaires, que l’émancipation des peuples passe obligatoirement par l’instruction de masse.

Sans vouloir récuser cette vérité apparemment bien établie, il convient au moins d’en réexaminer la portée. En effet, comme on peut le constater partout où des politiques de scolarisation massive ont été mises en œuvre, il en est résulté une incontestable augmentation du capital culturel de la population dominée et une élévation significative du niveau d’instruction de ses membres. Sans doute cet accroissement réel du capital culturel objectivé et incorporé a-t-il contribué à une reconfiguration des formes institutionnalisées ou des styles de la domination établie (dans un sens par exemple plus « démocratique »), sans mettre fin pour autant au principe même de la domination, car même si la pauvreté en capital culturel va souvent de pair avec la pauvreté en capital économique, on ne pourrait se contenter de mettre fin à l’une pour mettre un terme à l’autre. En matière d’émancipation, si l’instruction est nécessaire, elle est d’autant moins la panacée que ses effets sont doubles et contradictoires, à la fois de renforcement du consensus conformiste et de facilitation de la contestation distinctive.

L’histoire entière du capitalisme est là pour en fournir l’illustration. Mais il suffit de considérer la situation qui prévaut aujourd’hui dans pratiquement toutes les sociétés avancées ou en émergence, qui se caractérisent par l’existence, entre le pôle inférieur populaire et le pôle supérieur bourgeois des rapports de domination, d’un conglomérat de classes moyennes engendrées, ou développées, par la croissance économique, le progrès technologique, la marchandisation, etc. Tous ces groupes intermédiaires ont en commun de posséder un fort capital culturel, globalement considérable, obtenu par le biais de cursus scolaires et universitaires de plus en plus longs. De sorte que les classes moyennes, et spécialement leurs fractions petites-bourgeoises les plus diplômées, sont désormais un peu partout en position de négocier, à un niveau de salaire matériel et symbolique le plus élevé possible, leur indispensable collaboration au fonctionnement et à la reproduction du système de domination capitaliste. Les vicissitudes de cette négociation ont pour effet de focaliser les luttes sur les revendications économiques et de faire fluctuer le jeu des alliances et oppositions politiques autour de l’axe du consensus « républicain » bourgeois, ce jeu parlementaire électoraliste à quoi se réduit la vie « démocratique » présentant le double avantage pour le système d’entretenir un accord de fond sur l’essentiel tout en permettant la contestation sur l’accessoire.

Mais la petite-bourgeoisie de promotion, scolairement anoblie, rechigne à (s’)apparaître pour ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire comme une armée de mercenaires carriéristes dont le sort est étroitement dépendant de la prospérité des entreprises qui les emploient. D’où la diffusion, ces dernières décennies, de la fiction selon laquelle il n’y aurait plus « ni droite, ni gauche » et le système capitaliste moderne échapperait désormais à la logique qui a si longtemps structuré la lutte entre classes dominantes accapareuses et classes dominées dépossédées. Plus de classes, donc plus de luttes et plus de reniement. Que chacun, réduit à ses seules forces, se débrouille comme il peut, avec une seule devise : « L’enrichissement ou la mort sociale ».

Avec l’avènement de la Macronie, bien préparé, il faut le souligner, par la désastreuse « alternance » entre gauche de gouvernement et droite républicaine, la France s’est installée dans cette fiction-là, qui équivaut à un véritable recul de civilisation. Dans un monde crétinisé par l’appât du gain et l’obsession du rendement, l’élévation du niveau d’instruction et l’augmentation du nombre des diplômés ne sauraient faire illusion : loin de progresser en humanité, nous sommes tombés sous la férule d’une « élite » que le capitalisme a éduquée dans ses ateliers d’ingénierie sociale (petites et grandes écoles, universités, IEP, grandes entreprises, médias, etc.), comme les généticiens fabriquent des chimères dans leurs laboratoires. La chimère que nos classes moyennes fécondées par l’ADN capitaliste ont enfantée, c’est le diplômé-analphabète, le nouvel Homo œconomicus dont nos filières de formation déclinent les versions à la mode. À grand renfort de brevets, de certificats, et autres peaux d’âne, le capitalisme ne cesse d’instruire ses troupes en leur enseignant que ''Fiat Lux' n’a qu’une seule traduction possible : « Que la volonté du Capital soit faite ! »

Jamais salariés ne furent à la fois aussi savants, et aussi incultes et vides. Le monde du travail est désormais régenté par une petite bourgeoisie sur-scolarisée, pire que la grande à bien des égards, en tout cas son admiratrice la plus aveugle et sa servante la plus zélée. Ne pouvant vivre qu’en symbiose, elles continueront à prospérer, c’est-à-dire à se déshumaniser, de concert.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en juillet 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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Publié le 09.06.2018 à 08:55

Marche funèbre

Agone

Le macronisme – j’entends par là l’émergence d’un acteur politique et l’ensemble des facteurs plus ou moins contingents qui lui ont permis d’accéder à la tête de l’Etat – bien loin d’être le phénomène original et porteur d’avenir que veulent y voir ses partisans, n’est, somme toute, que l’aboutissement d’un long processus qui était déjà en germe dans l’effondrement sans gloire de la IVe République.…

En dehors de quelques journalistes octogénaires et de quelques historiens spécialistes de cette période, qui se souvient vraiment de Félix Gouin, de Paul Ramadier, de René Pleven, de Pierre Pflimlin, Joseph Laniel, Henri Queuille, Maurice Bourgès-Maunoury, René Mayer, Félix Gaillard, Edgard Faure, Guy Mollet, qui parle encore des partis dont ils étaient les caciques, qui s’intéresse à la politique des gouvernements éphémères et cafouilleux dont ils furent les chefs respectifs ? Tous furent portés au pouvoir par les circonstances, les péripéties d’un jeu politicien douteux et le soutien d’une presse d’argent. Tous étaient imbus de leur importance, tous se sentaient l’âme d’un sauveur de la République. Tous ont géré sa décomposition. Il en ira de même pour la clique macronienne.

Le dernier demi-siècle en effet aura été marqué par l’irréversible liquéfaction (qui fut aussi une liquidation) d’une société française, assez représentative en cela de l’ensemble du monde occidental et en particulier de sa composante européenne. Cette dissolution a été en fait la conséquence de l’engloutissement de la France (et des autres pays « alliés » des États-Unis) sous le flot hégémonique de la puissance américaine. Les pays européens, sortis exsangues de la Seconde Guerre mondiale, n’ont pu redémarrer qu’avec l’aide intéressée du capitalisme yankee. Au prix d’une abdication progressive, sous couvert d’« indéfectible amitié », de toute volonté de résistance à ses visées impérialistes. De Gaulle fut sans doute le dernier des grands hommes d’État européens assez lucides pour comprendre à quoi conduisaient la soumission à la suprématie du dollar et l’acceptation enthousiaste par les pendus de la corde qui les soutenait. Mais de Gaulle était un irréductible idéaliste convaincu que les valeurs qui aimantent les consciences humaines étaient plus fortes que celles qui se négocient à la corbeille. En l’occurrence il sous-estimait gravement la séduction que le matérialisme économique américain pouvait exercer sur un peuple européen où la croissance faisait monter en puissance socialement et politiquement les classes moyennes, porteuses d’un idéal médiocre de gaspillage ostentatoire et d’hédonisme sans frein. Ces populations jeunes, avides, jouisseuses et narcissiques renvoyèrent finalement de Gaulle et autres vieux birbes à la rédaction de leurs mémoires, pour s’adonner sans retenue à cette américanolâtrie qui n’a cessé d’être le corrélat politique, économique, culturel et moral de la mondialisation capitaliste, en occident comme ailleurs.

En quelques décennies le processus s’est emballé. Il n’y a plus désormais de digue pour le contenir. Depuis ces dernières décennies, ce que nous vivons, c’est le déploiement sur le plan conjoncturel et événementiel, à l’échelle nationale ou continentale, des choix structurels fondamentaux que le système capitaliste a imposés au monde occidental et au-delà. Il ne s’est passé quasiment rien d’autre que cette éclosion successive des germes fécondés par la copulation continue des sociétés européennes avec l’étalon économique et politique américain, à telle enseigne que pour certains penseurs de la modernité, le triomphe planétaire de ce modèle marquerait la « fin de l’Histoire ». En d’autres termes, l’Occident ne serait plus qu’une vaste fabrique de mannequins interchangeables.

La seule réelle nouveauté, c’est que les dégâts causés par le capitalisme dans tous les domaines sont devenus tels, si visibles et si effrayants, qu’il y a de moins en moins de gens pour s’en faire les zélateurs inconditionnels, comme en témoigne, entre autres indices, la diffusion de la posture écologiste (du type, en France, d’EELV) qui demande à être comprise comme l’expression ambigüe à la fois d’une opposition de principe aux seuls « excès » du capitalisme et d’un refus de le combattre à sa racine. Cette contradiction éclate partout, pas seulement chez les écologistes petits-bourgeois. Les classes populaires s’y sont laissé enfermer sans recours. Quant à la bourgeoisie dominante, elle ne sait plus comment s’en dépêtrer. C’est là un vrai danger pour l’oligarchie qui découvre qu’elle a réchauffé une vipère en son sein, un être reptilien qui se prosterne devant la puissance de l’argent, au nom de l’efficacité, tout en pinaillant sur la pureté des moyens d’en gagner, au nom de la moralité. Mais où va-t-on si on se met à mélanger l’eau et le feu, les affaires et le respect de l’environnement humain ou naturel ?

Le macronisme, c’est cela : le miroir du siècle, l’expression, parmi d’autres, d’une civilisation en panne, vidée, à bout de souffle, enlisée, qui ne peut plus que s’exhorter elle-même, à coups de vains slogans, à se remettre « en marche », qui ne sait plus enseigner à ses enfants que la vieille antienne « enrichissez-vous », en se gardant bien de préciser qu’on ne peut jamais accroître son capital qu’aux dépens des autres, au détriment de la nature et au mépris de soi-même, comme toute l’Histoire, des individus et des peuples, en porte témoignage.

Bref, le macronisme, ce n’est que cela : le reflet d’une époque sans principes et sans substance, quelque chose comme l’apogée de la médiocrité, l’acmé de la culture moyenne, celle d’une petite bourgeoisie enfoncée dans son égoïsme incurable, son infantilisme prolongé et sa vanité risible, une population qui, depuis des décennies, s’aveugle et se ment sur tout, y compris sur elle-même, sur son passé, son présent et son avenir, et dont l’existence est d’ores et déjà vouée à l’Insignifiance et à l’Oubli.

Le macronisme : une marche triomphale ? Non, plutôt un convoi funèbre.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en juin 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme, (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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Publié le 06.05.2018 à 08:57

Crésus, président

Agone

L’animateur d’une émission télévisée a lancé à François Hollande : « On a dit que Macron était le “Président des riches”. Qu’en pensez-vous ? »…

Alors Hollande a répondu, d’un air pince-sans-rire : « Non ce n’est pas vrai, Macron n’est pas le “Président des riches”… », puis il a marqué une courte pause. L’animateur et le public, quelque peu interloqués, retenaient leur souffle. Hollande a poursuivi, sur un ton égal, « … pas le Président des riches, mais des très riches ». L’animateur et tout le public ont éclaté de rire, soulagés et ravis. Ce Hollande alors, quel humour féroce, quel sens de la répartie qui fait mouche, enfoncés Laurent Gerra, Stéphane Guillon et autres amuseurs publics !

Ainsi va la bouffonnerie politique en France, en cette fin de Ve République exténuée et inane.

Ayons la charité de ne pas rappeler à François Hollande qu’il fut, lui, comme tous les autres socialistes avant lui et avec lui, de ces élus de « gauche » qui n’avaient rien de plus pressé, une fois élus par les petites gens, que d’aller faire allégeance au Medef et de faire des cadeaux au patronat sous couvert d’« aider les entreprises », de « défendre l’emploi » et de « lutter contre le chômage ». Politique dont on a pu par ailleurs mesurer l’extraordinaire efficacité… N’insistons pas non plus sur le fait que sans la courte échelle de Hollande, Macron serait encore un anonyme.

Arrêtons-nous plutôt sur l’affirmation même que Macron est le « Président des très riches ». Plutôt que d’en rire, il conviendrait de la prendre au sérieux et même au pied de la lettre. En voulant faire un mot piquant, Hollande à proféré une de ces vérités profondes dont la portée va bien au-delà de la signification immédiate.

En effet, quiconque s’est intéressé à l’histoire des sociétés occidentales et spécialement des plus développées d’entre elles, sait que leur modèle économique et politique s’est constitué en Europe à partir des XVe-XVIe siècles et que depuis lors, l’évolution de ces sociétés a été dominée par une idée fixe, une obsession quasi névrotique : s’enrichir ! s’enrichir !! s’enrichir !! tant sur le plan individuel que collectif. Cette maladie, que l’occident tout entier a fini par contracter, n’a cessé de s’aggraver. Jusqu’à la Renaissance, ce qu’on n’appelait pas encore l’économie, ne constituait pas un champ autonome ; toutes les représentations concernant cet aspect de la réalité, ressortissaient, comme les autres, à la théologie. Celle-ci répétait : « Beati pauperes », et pour les consciences chrétiennes les plus imbues de la doctrine officielle, il allait de soi qu’il était « plus difficile à un riche d’entrer au Royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille », selon le mot de l’Évangile. Et puis progressivement, à partir du XVe siècle, pour une foule de raisons nombreuses et complexes bien connues des historiens, le monde européen occidental a commencé à se sentir un appétit grandissant pour les biens de ce monde. Dès lors, ce que l’Antiquité latine appelait déjà l’auri sacra fames, la soif exécrable de l’or, que l’on tenait jusque-là pour une espèce de malédiction dégradante, devint toujours davantage le souci des populations, du haut en bas de la pyramide sociale. Une économie nouvelle fondée sur le profit et par conséquent sur l’accumulation de monnaie, se développa impétueusement, dont les principes, théorisés par les premiers mercantilistes devaient fournir bientôt les bases du libéralisme économique du XVIIIe siècle. Ainsi commença le règne de l’Argent-roi qui devait transformer de fond en comble l’existence humaine en devenant le bien par excellence, l’étalon de toute réussite, la mesure de toute chose. Jusqu’au XVe siècle, le monde chrétien féodal conserva le mépris de l’Antiquité gréco-latine pour les activités commerciales. La Renaissance tira les marchands de l’ombre et de l’opprobre, y compris les plus méprisés, ceux qui faisaient commerce de l’argent et inventaient la banque. L’argent fit des mieux nantis d’entre eux les interlocuteurs privilégiés et bientôt les égaux des souverains, comme les Fugger en Allemagne ou les Medicis en Italie. Les bourgeois du négoce, devenus les plus industrieux et les plus entreprenants, s’introduisirent partout, y compris dans les lits des aristocrates et finalement s’emparèrent de tous les capitaux, le foncier, le financier, le culturel, le symbolique, de tous les pouvoirs, y compris celui de légiférer et de gouverner à leur guise. Dès lors, l’hégémonie des nouveaux princes fut totale. Et que l’on sache, il n’y a guère eu de changement notable depuis plus de cinq siècles, si ce n’est que l’écart entre les plus riches et les moins riches n’a cessé de s’accroître pour devenir proprement abyssal, quelle que soit la forme du régime.

Aussi, comme un principe fondamental, quoique non écrit, de la démocratie, veut que le pouvoir soit dévolu de préférence aux plus gros détenteurs de capitaux, toutes les démocraties occidentales sont-elles devenues en réalité des ploutocraties, où ce sont les plus riches (ou leurs fondés de pouvoir) qui font la loi.

Comme quoi, en croyant faire de l’esprit, Hollande n’a fait qu’énoncer une propriété caractéristique des démocraties bourgeoises, dont il fut lui-même, avant Macron, et après tous les autres, une édifiante illustration politique : la confiscation de souveraineté au profit des riches par le biais d’un faux suffrage universel masquant un vrai suffrage censitaire. Se faire élire par les pauvres pour gouverner avec les riches, c’est un procédé déjà ancien et bien éprouvé, qui a permis d’élargir considérablement le chas de l’aiguille !

Mais si ce qu’il faut bien qualifier d’escroquerie éhontée est aussi massivement accepté par des populations qui n’ont même plus conscience d’être flouées et bafouées, c’est pour une raison essentielle et accablante : le citoyen modal façonné par le moule médiatico-politico-scolaire, ou si l’on préfère, l’électeur basique de classe moyenne ou populaire, qui fut peut-être naguère habité par un idéal républicain, ne se soucie plus tellement de liberté, très peu d’égalité et moins encore de fraternité. La seule motivation qui lui reste, pour lui-même ou pour ses enfants, c’est : devenir riche, toujours plus riche ! Et c’est ce désir fou d’enrichissement attisé, hier par les reniements du PS, aujourd’hui par les scélératesses de LREM, qui achèvera demain l’écrasement, déjà très avancé chez nos élites, des valeurs humanistes européennes sous le rouleau de la néo-barbarie friquée.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en mai 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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Publié le 08.04.2018 à 08:06

Refus de célébration

Agone

— Eh bien, ai-je dit à mon vieux collègue Bergeret, les cheminots sont en train de nous faire une bien belle grève, vous devez être content, non, vous qui déploriez la léthargie sociale… On dirait que le pays est en train de se réveiller et de se mobiliser un peu partout. Une espérance nouvelle semble se lever… On croirait assister à une réédition de Mai 68.

— Excusez-moi, m’a coupé sèchement Bergeret, je ne suis pas de ceux pour qui Mai 68 serait un moment faste dans l’histoire des luttes politiques et sociales. Plutôt qu’un épisode révolutionnaire, j’y vois surtout le début de la marée contre-révolutionnaire qui, sous couvert de modernité sociétale et sous un masque libertaire, a substitué à la conduite des luttes par le mouvement ouvrier, qui était seul capable d’inquiéter les classes dominantes, la conduite par les inoffensives élites petites-bourgeoises, singulièrement les plus jeunes, propulsées par la croissance productiviste, alléchées par les attraits de la consommation, étourdies par les ivresses hédonistes, et donc entièrement acquises au système néolibéral et à son économie de marché, si prodigieusement efficace et permissive. On a vu ensuite à quoi menaient leurs déboutonnages.

— Mais la grève des cheminots justement…

— Votre grève des cheminots finira, je le crains, comme les précédentes, en eau de boudin, comme en 95, pour une foule de raisons : insuffisance d’effectifs, soutien trop versatile d’un public qui réagit tantôt en client mécontent, tantôt en usager éclairé, faible conscience de classe, défaut d’unité syndicale… sans compter le formidable travail de sape des médias institutionnels.

— Il me semble pourtant que le mouvement a retrouvé une assez large assiette syndicale…

— Une convergence de façade, prête à se fissurer à la première concession consentie par le Pouvoir, s’il est assez malin pour lâcher des miettes. Écoutez donc ce que disent la CFDT, l’Unsa et autres syndicats « oui-ouistes » qui sont entrés à reculons dans la lutte, comme d’habitude, de sorte que tout en faisant mine de s’y engager, ils sont déjà en position de déserter.

— Les syndicats réformistes, peut-être, mais pas la CGT, et c’est elle qui pèse le plus lourd à la SNCF…

— Mon cher ami, quelle belle fraîcheur d’âme que la vôtre ! Le temps aurait-il cessé de s’écouler pour vous ?

— Que voulez-vous dire exactement ?

— Que par la force des choses, la CGT aussi est devenue un syndicat « réformiste ». Nous ne sommes plus au temps de Georges Séguy et de Georges Marchais, encore moins de Frachon et de Thorez, quand la CGT, adossée à un puissant PCF, n’avait pas encore renoncé à la finalité révolutionnaire des luttes sociales ni érigé les améliorations matérielles et financières des conditions de travail, et la « sauvegarde de l’emploi », en buts exclusifs de toutes les mobilisations, comme si les travailleurs n’avaient d’autre destin que d’être à perpétuité les serviteurs salariés d’un Capital plus ou moins bienveillant. Des décennies de co-gestion social-démocrate et de calculs électoralistes ont noyé la lutte des classes dans l’eau trouble des alliances « républicaines » et ôté aux travailleurs la capacité de se projeter dans un autre monde que celui de l’american way of life et de son alternance mensongère. La CGT aussi, ses dirigeants et ses militants ont participé, bon gré mal gré, de cette immense translation objective de l’ensemble des structures du mode de production capitaliste, mouvement d’autant plus difficile à maîtriser qu’il ressortit davantage à l’action réciproque des infrastructures et des superstructures, à cette causalité circulaire de l’économie et des mentalités, que l’analyse marxiste s’efforçait naguère de discerner au cœur des processus. Les classes populaires ont payé le prix fort de la croissance productiviste, alors que les classes moyennes en étaient les grandes bénéficiaires sur le plan politique et socioculturel. Nous n’en finissons plus de toucher les dividendes empoisonnés de la moyennisation du monde.

— J’entends bien, mais votre dialectique rattache tout à des causes de plus en plus englobantes et génériques, de sorte que si on tire sur le moindre fil qui dépasse, toute la nappe vient avec.

— Oui, mais connaissez-vous un autre moyen d’en saisir toute la trame ? Tout se tient, c’est vrai. Les bons esprits le répètent, mais peu en tirent les conséquences. Quand on prétend se battre contre le système capitaliste, on ne peut pas se permettre, par incompétence ou par paresse intellectuelle, de faire comme si certains événements avaient un rapport avec le système et les autres, aucun. La bonne démarche, c’est de poser que tout s’inscrit, directement ou non, dans la logique de reproduction systémique et de chercher ensuite toutes les médiations qui relient, à un degré de nécessité variable, le fait considéré à sa matrice structurelle en lui donnant sa coloration spécifique.

— Je vous vois venir, vous allez critiquer le travail des intellectuels, puisqu’apprendre à tirer les conséquences, et analyser les rapports, ce sont bien là leurs tâches essentielles ?

— Je ne saurais mieux dire. Mais pourquoi faudrait-il exonérer les intellectuels de toute critique alors que justement ils ne font pas leur travail, ou plutôt ils le font très mal, en s’accommodant trop facilement de l’emprise corruptrice des médias sur le champ intellectuel.

— Pourtant on n’a jamais vu autant d’intellectuels, dont certains très éminents, se presser dans les studios et sur les plateaux.

— Justement, hic jacet lepus, là est le nœud du problème. Les intellos auxquels vous faites allusion, sont pour la plupart des universitaires. Mais nous en parlerons une autre fois, si vous voulez bien, car c’est un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire. Je me bornerai pour l’instant à remarquer que là aussi le temps a fait son œuvre et que nous ne sommes plus au siècle des Lumières, ni même au XIXe où l’élévation du niveau scientifique était encore compatible avec une vision généraliste des rapports sociaux et un engagement véritable dans les luttes progressistes. Aujourd’hui, sous l’effet conjugué de l’inflation des diplômes, de la concurrence implacable pour les postes et de la spécialisation ultra-pointue, on fabrique en série de nombreux docteurs très savants et très formatés, mais peu d’humanistes capables d’analyser ce qu’ils font pour l’idéologie dominante et ce qu’elle fait d’eux. Les Lumières, de nos jours, ne servent plus tant à éclairer et émanciper les esprits qu’à encadrer et domestiquer les forces de production et assurer le pouvoir technocratique du Capital contre les exigences démocratiques du Travail.

Alain Accardo

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Chronique parue dans La Décroissance en avril 2018.

Du même auteur, dernier livre paru, Pour une socioanalyse du journalisme (Agone, coll. « Cent mille signes », 2017).

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