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Six Mois Six Mois

L'actualité vue par la rédaction et ses collaborateurs.

Le Royaume

L’homme qui tient tendrement son cerf sous le bras se nomme Walt Driscoll. Il est le taxidermiste d’Island Point, ville déshéritée constituée d’une ribambelle de fermes, située dans une région boisée de l’Etat du Vermont, aux Etats-Unis. Dans sa communauté, la chasse à l’arc est largement répandue.

« Island Point, petit territoire à la frontière du Canada, est appelée par ses habitants The Northeast Kingdom of Vermont (« Le Royaume du Nord-Est du Vermont » en français), pour souligner le parfum d’insoumission qui flotte dans l’air de ses collines  », raconte le photographe.

Des rives méridionales du lac Memphrémagog aux pentes des Green Mountains, cette contrée surprenante à l’atmosphère lynchienne s’est révélée être un terrain d’inspiration pour Stéphane Lavoué. Il y a réalisé un reportage onirique où chaque personnage rencontré lui permet de se rapprocher un peu plus de la réponse à la question qui l’obsède et guide son voyage : « Mais où donc se trouve le roi ? »

Retrouvez l’intégralité du reportage de Stéphane Lavoué dans le livre « The Kingdom  », publié aux Editions 77 : http://www.editions77.fr/galeries/t...
Voir son site : www.stephanelavoue.fr

Jusqu’au 1er décembre, l’espace photographique Leica Store, 105-109 Rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8, exposera « À Terre », le travail de Stéphane Lavoué sur l’univers de la pêche sans partir en mer.

Au Cachemire, des corps et des larmes

Inde, région du Cachemire. Un couple pleure la mort d’un jeune membre de leur famille, Mohammad Dagga, tué un jour d’élections locales dans la ville de Srinagar.

Frères ennemis issus de l’Empire britannique, l’Inde et le Pakistan s’opposent depuis 1947 autour de la question du Cachemire. Coupée en deux, la région montagneuse revendiquée par chacun des Etats est devenue le théâtre de tensions permanentes. Côté indien, les habitants sont pris au piège entre l’armée et les rebelles séparatistes qui réclament sinon leur indépendance, le rattachement au Pakistan ou au moins un référendum d’autodétermination.

Le 8 juillet 2016, Burhan Wani, rebelle de 22 ans, est tué par l’armée indienne. Devenu symbole de l’insurrection séparatiste, sa mort est le point de départ d’une nouvelle escalade de violences. En 36 mois, les affrontements ont causé le décès de 130 combattants et de près de 100 civils. 15 000 personnes ont été blessées et des milliers d’autres arrêtées.

Le jour où il a été tué, Mohammad Dagga avait été obligé par l’armée indienne à transporter les urnes et les bulletins de vote dans son pick-up. Une pierre lancée par des manifestants lui a été fatale.

Cette photo a été prise par Cédric Gerbehaye, membre de l’agence MAPS.
Voir son site : https://www.mapsimages.com/photogra...
Son compte instagram : @cedricgerbehaye

les enfants de qaraqosh

« Qaraqosh, juillet 2018. C’est l’été dans la plus grande ville chrétienne d’Irak. Daesh n’est plus là. Les chrétiens aussi sont partis. Au début de la guerre, la cité en comptait soixante mille. La plupart sont encore en exil.

Les djihadistes ont laissé leur empreinte de mort : il ne reste rien sinon des ruines. Ville dévastée, rues bombardées, vitrines brisées, maisons pillées ou brulées. L’hôpital n’a pas été épargné. Reconstruit grâce à des fonds débloqués par l’ONU, il possède quelques salles d’opération flambant neuves. Il est le seul hôpital debout dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres. Celui de Mossoul est toujours en miettes. Quant à celui d’Erbil, on n’y parle et ne comprend que le kurde.

Pour agrandir, cliquez sur l’image : Dans les blocs de Qaraqosh, trois opérations seulement sont pratiquées : les actes chirurgicaux nécessaires pour soigner les blessures, les soins face à l’augmentation des troubles digestifs liés à l’eau contaminée par les cadavres, et enfin, les naissances. Ici, tous les accouchements se font par césarienne : sans doute le personnel, en manque de matériel de base comme les compresses ou les scalpels, voit-il cet accouchement comme un symbole de modernité.

Dans la salle de travail, je regarde cette femme sur le point d’accoucher. Elle doit avoir vingt-cinq ans, tout au plus. Elle s’apprête à donner la vie alors qu’elle n’a connu que la guerre. J’ai vécu trois naissances, celles de mes enfants, mais jamais celle d’une personne étrangère. En tant que photographe, j’ai l’impression d’assister à quelque chose d’exceptionnel. La future-mère me regarde souriante, détendue. Après Daesh, la vie continue. »

Propos recueillis par Clara Hesse