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09.05.2026 à 11:24

8 mai, ce que nous devrions commémorer

Catherine Tricot

Victoire contre le nazisme, découverte de l’Holocauste, renforcement du droit international… Le 8 mai est une date politique universelle dont le sens reste à défendre. Cette victoire du 8 mai 1945 contre un régime d’extermination ne doit pas être oubliée quand l’imbécile antisémitisme ressurgit à la faveur d’une confusion affreuse entre l’oppression coloniale d’un État,…
Texte intégral (716 mots)

Victoire contre le nazisme, découverte de l’Holocauste, renforcement du droit international… Le 8 mai est une date politique universelle dont le sens reste à défendre.

Cette victoire du 8 mai 1945 contre un régime d’extermination ne doit pas être oubliée quand l’imbécile antisémitisme ressurgit à la faveur d’une confusion affreuse entre l’oppression coloniale d’un État, l’État israélien, et un peuple, le peuple juif. La lutte des Palestiniens est politique : elle vise leur droit à un État sûr. Ce droit doit prévaloir. Ce combat ne peut être sali. L’antisémitisme ne devait pas revenir. Il doit repartir, se réenfouir dans les interdits les plus absolus.

Il faut aussi se souvenir que le nazisme défendait une « race supérieure », alors que l’eugénisme refait surface, par exemple aux États-Unis. La nomination au ministère de la Santé de Kennedy Junior est cohérente avec le suprématisme, et son refus de la vaccination est lié à l’idéologie de « la race blanche menacée », qui devrait être fortifiée par l’élimination des faibles.

Cette victoire contre le nazisme résonne lorsque la menace nationaliste se fait pressante. L’installation de régimes militaristes dans les pays les plus puissants constitue un danger immense. Le Japon se réarme ; l’Inde et Israël possèdent la bombe atomique. La Russie se réfère à son passé impérial éternisé. Les États-Unis disposent désormais d’un « ministère de la Guerre » et concentrent la moitié des dépenses mondiales d’armement. Des pays faibles voient dans la détention de l’arme ultime un moyen d’assurer leur indépendance. Cela nous conduit au désastre. Sans un droit international qui s’impose, chacun ne croit qu’en sa propre force, et celle des faibles n’est pas moins dangereuse que celle des forts.

L’ONU, créée en 1945, est notre bien le plus précieux. Elle a beaucoup changé, doit encore se moderniser et en finir avec le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité, qui la paralyse. Mais l’ONU porte la promesse d’une égalité entre les États, d’un progrès passant par le développement humain, et d’une place nouvelle pour les sociétés. Cet héritage radical est le fruit d’une longue histoire visant à domestiquer la guerre et la violence ; il ne peut être abandonné.

Il y a 81 ans s’ouvrait une nouvelle ère pour l’humanité. Elle était charpentée par l’idée que, si l’on veut la paix, il faut la préparer. C’est-à-dire, comme le dirait Bertrand Badie, non pas simplement maintenir l’ordre, mais réunir les conditions d’une vie digne. L’idée de paix s’est perdue avec la guerre froide, où les équilibres de la terreur ont assimilé la paix à la non-guerre. Après la défaite des pays socialistes, la toute-puissance américaine s’est imposée. Depuis quelques années, cet « équilibre instable » ne tient plus. Désormais, tout le monde prépare la guerre. Infamie : c’est la veille du 8 mai que l’Assemblée nationale a encore une fois augmenté de 36 milliards le budget de l’armée.

Si l’on veut la paix, il faut se battre pour la justice et la dignité.

Bon 8 mai à tous.

La rose et le réséda
Louis Aragon (extrait)
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du cœur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat

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07.05.2026 à 14:20

Hantavirus : le prochain virus trouvera le même monde

Pablo Pillaud-Vivien

Le covid devait être un tournant historique. Six ans plus tard, hôpitaux fragilisés, prévention sacrifiée et coopération internationale affaiblie montrent qu’il n’aura été qu’une parenthèse. Une nouvelle pandémie viendra mais nous refusons toujours d’en tirer les conséquences politiques.
Texte intégral (954 mots)

Le covid devait être un tournant historique. Six ans plus tard, hôpitaux fragilisés, prévention sacrifiée et coopération internationale affaiblie montrent qu’il n’aura été qu’une parenthèse. Une nouvelle pandémie viendra mais nous refusons toujours d’en tirer les conséquences politiques.

Il suffit d’un bateau, un paquebot de croisière parti d’Ushuaia. Quelques touristes fortunés. Un virus rare venu des marges du monde. Trois morts à ce stade. Et soudain reviennent des images que l’on croyait rangées dans les archives traumatiques des années covid : les malades isolés, les frontières qui hésitent, les autorités sanitaires qui rassurent tout en tâtonnant, les chaînes d’information qui spéculent sur une future pandémie mondiale. Cette fois, c’est un hantavirus. Peut-être rien. Peut-être un épisode circonscrit. L’OMS appelle au calme. Tant mieux… mais on a déjà vu ça. Le sujet n’est d’ailleurs pas là, il est plus simple et plus terrible : six ans après le covid, sommes-nous mieux préparés ? Et la réponse est probablement non.


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Pourtant, jamais les rapports, les commissions, les plans stratégiques et les tribunes savantes n’ont été aussi nombreux. Les institutions ont travaillé sur les vulnérabilités sanitaires révélées par la pandémie. Les publications scientifiques ont multiplié les appels à une approche « One Health », c’est-à-dire une compréhension globale liant santé humaine, santé animale et destruction des écosystèmes. Les économistes et les penseurs à l’instar d’Esther Duflo ont plaidé pour des systèmes de protection capables d’anticiper les chocs sanitaires et climatiques plutôt que de les subir dans la panique. Tout le monde semblait avoir compris :

  • qu’une pandémie n’était pas un accident exceptionnel mais un produit de la mondialisation contemporaine ;
  • qu’on ne pouvait pas continuer à détruire les habitats naturels, industrialiser l’élevage, artificialiser les sols et intensifier les échanges mondiaux sans multiplier les risques de zoonoses, c’est-à-dire les transmissions de maladies de l’animal à l’homme ;
  • qu’il fallait des stocks stratégiques, des hôpitaux robustes, des capacités industrielles publiques, de la recherche fondamentale, des coopérations internationales, des services publics solides ;
  • qu’il fallait surtout sortir d’une logique absurde où la santé est pensée comme un coût à réduire plutôt qu’un bien commun à protéger.

Mais qu’a-t-on réellement fait ?

En France, contrairement aux promesses de « monde d’après », rien n’a réellement changé depuis le covid. Le nombre de lits hospitaliers baisse continuellement depuis 2014. Même après la pandémie, même après les applaudissements aux fenêtres, les politiques de flux tendus demeurent la norme. On continue à gérer les crises – sanitaires comme les autres – comme on gère une entreprise de logistique : minimiser les dépenses immédiates et improviser lorsque survient la catastrophe. La pandémie a servi de parenthèse rhétorique, pas de rupture politique.

Le covid avait révélé quelque chose d’essentiel : nos sociétés sont aussi sophistiquées que fragiles. La mondialisation néolibérale produit de l’efficacité apparente mais de l’impuissance structurelle. La panique est mauvaise conseillère. Mais l’amnésie l’est davantage encore.

À l’échelle mondiale, les choses ont parfois empiré. Le nationalisme vaccinal pendant le covid aurait dû provoquer une refonte radicale de la gouvernance sanitaire internationale. Il a surtout consacré la loi du plus fort. Les brevets pharmaceutiques restent protégés avec férocité. Les pays pauvres demeurent dépendants des grandes puissances industrielles. Les investissements massifs promis pour prévenir les futures pandémies se heurtent partout au retour de l’austérité budgétaire. L’OMS est plus faible encore qu’il y a six ans.

Le covid avait pourtant révélé quelque chose d’essentiel : nos sociétés sont aussi sophistiquées que fragiles. La mondialisation néolibérale produit de l’efficacité apparente mais de l’impuissance structurelle. Alors, quand surgit aujourd’hui ce foyer inquiétant de hantavirus transmissible entre humains, les autorités répètent qu’il ne faut pas paniquer. Elles ont raison. La panique est mauvaise conseillère. Mais l’amnésie l’est davantage encore.

Le vrai scandale n’est pas qu’un nouveau virus apparaisse : les scientifiques nous disent depuis des années que cela arrivera régulièrement. Le vrai scandale est qu’après des millions de morts, des confinements mondiaux et une sidération historique, le logiciel politique dominant reste presque intact. Nous continuons à considérer la prévention comme une dépense inutile, les services publics comme des charges, la coopération internationale comme une naïveté et l’écologie comme une contrainte secondaire. Le covid devait être un tournant historique. Il risque de n’avoir été qu’une parenthèse… qui pourrait, qui va, un jour, se rouvrir.

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07.05.2026 à 12:02

🔴 BREAKING NEWS DU JOUR

Pablo Pillaud-Vivien

Séisme au centre (lol) : Borne quitte Renaissance Dans le grand théâtre des ambitions macronistes, la démission d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance ressemble à une péripétie de courant. L’ancienne première ministre ne quitte ni le parti ni le logiciel du macronisme : elle tente surtout de rappeler qu’il existait, à l’origine, une promesse…
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Séisme au centre (lol) : Borne quitte Renaissance

Dans le grand théâtre des ambitions macronistes, la démission d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance ressemble à une péripétie de courant. L’ancienne première ministre ne quitte ni le parti ni le logiciel du macronisme : elle tente surtout de rappeler qu’il existait, à l’origine, une promesse de centre technocratique et libéral qui ne se réduisait pas aux punchlines et aux glissements droitiers de Gabriel Attal. Derrière les petites manœuvres d’appareil et les rivalités personnelles, cet épisode dit surtout l’épuisement d’un macronisme qui, faute de bilan social et démocratique, se fragmente désormais en micro-machins sans véritable prise sur la réalité de notre société.

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07.05.2026 à 01:45

Des enfants : pour qui, pour quoi ?

Pablo Pillaud-Vivien

Alors que la France a désormais un solde naturel négatif, les appels à « relancer » les naissances se multiplient. Le commissaire au plan vient de rendre un rapport ; Bruno Retailleau en fait un sujet de campagne présidentielle. Une question préalable se pose : pour qui, pour quoi faisons-nous des enfants ?
Texte intégral (719 mots)

Alors que la France a désormais un solde naturel négatif, les appels à « relancer » les naissances se multiplient. Le commissaire au plan vient de rendre un rapport ; Bruno Retailleau en fait un sujet de campagne présidentielle. Une question préalable se pose : pour qui, pour quoi faisons-nous des enfants ?

La France pensait faire exception. Pendant des décennies, face à l’Italie, l’Allemagne ou le Japon, elle pensait résister, portée par une politique familiale relativement solide. Les femmes françaises étaient parmi les plus actives sur le marché du travail et les plus fécondes. Cette époque est révolue et il y a aujourd’hui plus de morts que de naissances chaque année. Le taux de fécondité est largement sous le seuil de renouvellement des générations.

Le Haut-Commissariat au Plan, présidé par Clément Beaune, tire la sonnette d’alarme dans un rapport publié cette semaine. Comment faire pour que les Français refassent des enfants ?

Deux raisons affleurent. La première renvoie à une logique qui domine jusqu’au milieu du 20ème siècle : produire des corps pour la nation, des bras et des soldats. Emmanuel Macron l’a réactivée et suggérée en janvier 2024, en évoquant un « réarmement démographique ». La seconde raison invoquée est celle du financement de notre modèle social, en particulier du système de retraites.

Ces deux logiques sont déjà très présentes dans le débat public. Bruno Retailleau vient de publier ses propositions pour un plan de repeuplement de la France. À qui s’adressent ces discours ? Qui décide de faire un enfant pour remplir des bataillons ou équilibrer un régime de retraite ? Les discours visent peu les citoyens et davantage une politique publique nataliste. Problème : l’État ne fait pas d’enfants. Or ces discours contournent la question plus intime des motivations.

Depuis des décennies la naissance relève du choix. Faire un enfant, aujourd’hui, c’est souvent rechercher un prolongement de soi, s’inscrire au-delà de notre finitude. Pas forcément un prolongement narcissique, mais une manière de transmettre – des valeurs, une histoire, une sensibilité au monde. C’est inscrire dans le temps long. Cette aspiration à transmettre ne passe plus uniquement par la filiation biologique. Elle peut prendre mille autres formes : l’engagement professionnel ou politique, la création artistique, l’attention portée à ses proches, à ses neveux, à ses filleuls. Il y a une pluralité de façons de faire héritage.

L’ignorer, c’est se tromper de focale. Bien sûr, les conditions matérielles comptent : modes de garde, revenus et statuts, logement… Bien sûr aussi, l’état du monde pèse, entre crise climatique et instabilité géopolitique. Sur ces leviers la puissance publique peut et doit agir. Permettre à celles et ceux qui veulent faire des enfants d’accéder à ce désir profond est un objectif que l’on peut assigner aux politiques publiques : aides financières, crèches, aides médicales, rythme du travail, etc. Mais tout cela ne suffit pas, comme le montrent toutes les études internationales. Nulle politique ne décrète une naissance, ni ne planifie un désir. Tant que le débat restera prisonnier d’une vision utilitaire, il passera à côté de l’essentiel : ce qui fait qu’une vie mérite d’être transmise. C’est là que se joue la question démographique. Non dans des injonctions à procréer, encore moins dans des calculs d’état-major.

Pour le paiement des retraites, franchement, d’autres moyens existent comme la répartition des richesses et l’équitable gestion des gains de productivité. Les migrations qui joueront aussi un rôle. Quant à la guerre, il semblerait que les drones remplacent les soldats. Faire des enfants, c’est super… si on veut. Mais ce n’est pas « nécessaire ». Et si la puissance publique veut le faciliter, c’est d’abord en contribuant à rendre l’avenir désirable. Si la France veut que les enfants reviennent, elle devra d’abord s’assurer que le monde dans lequel ils naîtront donne envie d’y croire.

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07.05.2026 à 01:42

🔴 INSOUMISSION DU JOUR

la Rédaction

Quand c’est carré, c’est pas rond « C’est carré ». C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon a qualifié, dimanche soir sur TF1, la stratégie de La France insoumise. « Regardez mon équipe, ce sont les visages de notre futur gouvernement ». 100% insoumis, donc. Depuis, le mouvement a lancé l’offensive appelant les autres forces de gauche…
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Quand c’est carré, c’est pas rond

« C’est carré ». C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon a qualifié, dimanche soir sur TF1, la stratégie de La France insoumise. « Regardez mon équipe, ce sont les visages de notre futur gouvernement ». 100% insoumis, donc. Depuis, le mouvement a lancé l’offensive appelant les autres forces de gauche à se ranger derrière eux pour la présidentielle, les législatives et les sénatoriales. Le cadre insoumis est fixé… et quand c’est carré, c’est pas rond. Pas le genre de la maison.

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05.05.2026 à 14:39

Primaire : une autre gauche est possible ?

Pablo Pillaud-Vivien

Deux jours après l'annonce de Jean-Luc Mélenchon, la gauche unitaire veut relancer sa primaire. Elle tient meeting ce soir à la Bellevilloise.
Texte intégral (802 mots)

Deux jours après l’annonce de Jean-Luc Mélenchon, la gauche unitaire veut relancer sa primaire. Elle tient meeting ce soir à la Bellevilloise.

Ce mardi 5 mai à la Bellevilloise, la gauche célèbre les 90 ans du Front populaire. Avec un aréopage réuni pour l’occasion, de Clémentine Autain à Marine Tondelier, de François Ruffin à Olivier Faure, en passant par Lucie Castets et Benjamin Lucas. Tous se veulent les héritiers d’une gauche capable de dépasser ses divisions pour s’opposer au fascisme et gouverner. Et ils ont un plan pour la présidentielle 2027 : une primaire en octobre.


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Pourtant, à ce stade, la primaire a peu de chances d’aboutir. Non pas parce qu’elle serait inutile – what else ? – mais parce que le Parti socialiste reste profondément divisé sur le sujet, malgré le soutien affiché de son premier secrétaire. Une vieille maladie de la gauche française : savoir ce qu’il faudrait faire mais ne pas parvenir à le faire ensemble. La primaire n’est pas une lubie d’appareil. Elle est devenue une nécessité politique.

D’un côté, Jean-Luc Mélenchon est, depuis dimanche, officiellement candidat. Les insoumis pensent sincèrement incarner seuls la gauche de rupture, seuls capables de transformer en profondeur le pays pour aller vers un avenir meilleur. D’ailleurs, ils rappelleront que c’est écrit noir sur blanc dans leur programme L’Avenir en commun. Ils avancent avec cohérence.

D’un autre côté, toujours à gauche, il existe d’autres projets, d’autres stratégies et d’autres ambitions. Certains ne se reconnaissent pas dans la quatrième candidature de Jean-Luc Mélenchon. Et quoi qu’en disent les insoumis, cela ne veut pas dire qu’ils auraient renoncé à l’ambition de changer la vie. Ils ont d’autres priorités à faire valoir, d’autres idées sur la méthode. Eux aussi ont droit au combat politique. Mieux : ils le prendront.

Sur qui se fera ce « vote utile » à gauche ? Si la droite est la mieux placée pour battre le RN, alors une partie des Français et des Françaises, y compris de gauche, voteront pour elle…

La question n’est donc pas de savoir s’il y aura une offre politique multiple. La question est de savoir si cette multiplicité sera organisée ou subie. C’est le paradoxe à résoudre et la primaire se veut un chemin pour ce faire. Parce que la gauche est à la fois multiple et traversée par une aspiration unitaire, la primaire s’impose comme l’outil capable de tenir ensemble ces deux réalités. Elle permettrait une clarification. Vous en connaissez d’autres ? Elle permet la confrontation, elle oblige à des choix. Et elle permet de s’unir sans avoir à renoncer par avance à convaincre. Advienne que pourra.

L’histoire récente devrait nous servir de leçon. En 2017 comme en 2022, une large part de l’électorat de gauche a fini par se rassembler, dans l’isoloir, derrière le candidat jugé le mieux placé pour accéder au second tour : Jean-Luc Mélenchon. Non pas par adhésion totale, mais par nécessité stratégique. Rien n’indique que 2027 échappera à cette logique. La nécessité impérieuse d’avoir un candidat progressiste face aux idées dégueulasses du RN l’imposera.

Mais sur qui se fera ce « vote utile » à gauche ? Ce sera le fruit d’une capacité à apparaître comme celui ou celle qui peut battre l’extrême droite au second tour. Et alors, l’identité politique et le projet porté ne seront pas des détails. Imaginons même que si la droite est la mieux placée pour battre le RN, alors une partie des Français et des Françaises, y compris de gauche, voteront pour elle… avec des conséquences importantes pour les années à venir.

On écoutera ce soir, à la Bellevilloise, Lucie, Clémentine, François, Benjamin, Marine et Olivier porter les arguments qui donneront la chance à la gauche d’être au rendez-vous dans ce fracas du monde politique.

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05.05.2026 à 14:36

🔴 RÉFLEXION DU JOUR

Pablo Pillaud-Vivien

Audiovisuel public : refonder, au-delà du brûlot Il y a des rapports qui éclairent et d’autres qui obscurcissent à dessein. Celui du député d’extrême droite Charles Alloncle sur l’audiovisuel public appartient sans conteste à la seconde catégorie : accumulation d’approximations, recyclage de fake news, volonté de tout casser. La réaction de Delphine Ernotte a le…
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Audiovisuel public : refonder, au-delà du brûlot

Il y a des rapports qui éclairent et d’autres qui obscurcissent à dessein. Celui du député d’extrême droite Charles Alloncle sur l’audiovisuel public appartient sans conteste à la seconde catégorie : accumulation d’approximations, recyclage de fake news, volonté de tout casser. La réaction de Delphine Ernotte a le mérite de la clarté. En nommant la visée destructrice du texte et son inconsistance, la PDG de France Télévisions a raison. Mais elle dit aussi, et c’est peut-être l’essentiel, que l’audiovisuel public doit être repensé. C’est là tout le paradoxe : derrière un rapport inutilisable se cache une question bien réelle, celle d’un service public à refonder pour mieux remplir ses missions démocratiques. Encore aurait-il fallu un travail sérieux pour en faire le point de départ.

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04.05.2026 à 14:01

Sans surprise, Mélenchon

Catherine Tricot

Personne n'ayant réussi à « faire mieux » depuis 2022, c'est Jean-Luc Mélenchon qui s'y recolle. Pour la quatrième fois.
Texte intégral (1030 mots)

Personne n’ayant réussi à « faire mieux » depuis 2022, c’est Jean-Luc Mélenchon qui s’y recolle. Pour la quatrième fois.

La candidature de Jean-Luc Mélenchon est désormais officielle. À défaut d’être une surprise, c’est une étape importante dans la campagne présidentielle qui commence. L’annonce a été anticipée, non parce que la situation de guerre, la détérioration du climat et la crise sociale se seraient subitement aggravées, mais parce que le timing propre de la campagne le commande : ne pas laisser le terrain à ceux qui sont déjà partis, Ruffin, Retailleau, Philippe et Villepin. L’annonce contraste avec le cafouillage de la gauche dite « non-mélenchoniste » qui tarde à s’accorder sur le périmètre, le projet et une candidature. Jean-Luc Mélenchon l’a redit : « C’est carré », les insoumis avanceront « sur leur programme, avec leur équipe et leur candidat ».


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On n’extrapolera pas à l’excès sur les douze petites minutes d’entretien accordées au 20 heures de TF1 hier soir. Tout n’a pu être dit par le candidat. Relevons quelques premiers points dont on verra comment ils seront confirmés et approfondis, parce que, évidemment, rien n’a été laissé au hasard.

Le personnage « Jean-Luc candidat » est de retour et il cherche à désamorcer les sujets les plus clivants ou sur lesquels les insoumis ne se sont pas fait comprendre. Interrogés sur l’usage de termes qui ont fait polémique comme « racisés », « nouvelle France » ou « grand remplacement », le sage Mélenchon a donné une lecture tirée des sciences sociales, sans portée polémique. Le terme « racisé » ne fait qu’affirmer que le racisme est dans le regard de celui qui regarde l’autre à partir de sa couleur de peau ou de sa religion supposée. « Nouvelle France » n’est qu’un constat des transformations sociales profondes de notre pays (urbanisation, place des femmes, formation…). Le « grand remplacement » est une évidence, celle du renouvellement des générations.

Jean-Luc Mélenchon se veut le candidat qui rassemblera la France en entier, promeut le tous ensemble contre le chacun pour soi. Il n’a pas tort de commencer dès maintenant cette nouvelle explication de texte. Le moins que l’on puisse dire est que, jusqu’à présent, les insoumis n’ont guère été compris. C’est un gros problème quand on veut se faire élire par la majorité des Français qui n’apprécient pas être classés dans la « vieille France ». 

Mélenchon ne veut pas que la question du RN soit l’alpha et l’oméga de la campagne. Sûrement parce qu’elle bloque tout débat et empêche la progression de ses idées et de ses propositions. Mais surtout, il ne veut pas que l’ombre portée du second tour détermine trop fortement le premier tour.

Le second point est l’absence totale de référence au rassemblement de la gauche. Ce n’est pas son sujet. Ainsi, il recommande de regarder les visages des membres de son équipe. « Ce sont eux qui constitueront le futur gouvernement. » Il est audacieux de penser que, non seulement Jean-Luc Mélenchon peut être élu, mais que les Français voudront un gouvernement 100% insoumis. Entre cohérence et rassemblement, le réglage n’est peut-être pas encore trouvé. 

Enfin, troisième élément marquant de son intervention, son scepticisme sur l’arrivée au second tour du Rassemblement national. Si nombreux sont les Français à douter que le RN soit élu à la présidence de la République, rares sont ceux qui voient le RN éliminé dès le premier tour. La force du RN ne se dément pas, se structure et s’enracine. Il entend tirer profit de la progression des idées d’extrême droite à l’échelle internationale. Pourquoi Jean-Luc Mélenchon émet-il ce doute ? Qui peut vraiment imaginer que cet homme avisé le pense vraiment ? Le candidat insoumis ne veut pas que la question du RN soit l’alpha et l’oméga de toute la campagne. Sûrement parce qu’elle bloque tout débat et empêche la progression de ses idées et de ses propositions. Mais surtout, Jean-Luc Mélenchon ne veut pas que l’ombre portée du second tour détermine trop fortement le premier tour.

Évidemment, empêcher l’élection du candidat RN pèsera dans le choix des électeurs dès le premier tour, comme on vient de le voir à Marseille. Pour que les insoumis aient un espace élargi, ils doivent être premiers à gauche et assez largement pour battre toute candidature de droite. Bref, Jean-Luc Mélenchon peut réussir l’exploit d’une qualification au second tour, soit parce que le RN est éliminé (pardon d’en douter), soit parce qu’il aura prouvé pendant la campagne qu’il peut rassembler la majorité des Français. Difficile équation : mobiliser les siens, gagner des abstentionnistes et ne pas cliver avec les autres. 

Dans un débat avec Frédéric Lordon, il a commencé à exposer sa vision : il sera le président qui fera les changements que veut la société. Bref, Jean-Luc Mélenchon veut le changement mais ne brutalisera pas le pays. C’est sûrement cette ligne qu’il va tenir, tentant de faire oublier ou de reléguer au second plan les griefs accumulés ces dernières années. Qui vivra verra.

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04.05.2026 à 14:00

Les Portugayz. Épisode 5 : on se quitte au Portugal

Arthur Vacher

« Les Portugayz » est un podcast documentaire mensuel en cinq épisodes, raconté à la première personne et réalisé en partenariat avec la revue Regards. Arthur Vacher y retrace l’histoire d’une amitié singulière entre trois garçons à la fois gays et Portugais. Un récit intime, tendre et politique, qui explore la force et la fragilité des liens. Épisode 5…
Texte intégral (640 mots)

« Les Portugayz » est un podcast documentaire mensuel en cinq épisodes, raconté à la première personne et réalisé en partenariat avec la revue Regards. Arthur Vacher y retrace l’histoire d’une amitié singulière entre trois garçons à la fois gays et Portugais. Un récit intime, tendre et politique, qui explore la force et la fragilité des liens.

Épisode 5 : on se quitte au Portugal

Dans ce cinquième et dernier volet, Arthur Vacher invite son ami Adrien Deleu pour raconter ensemble la fin de leur trio et leur voyage au Portugal. C’est un épisode porté par la musique originale du guitariste Samuel Hecker.

En seconde partie, vous entendrez la conférence enregistrée à la Gaîté Lyrique à Paris le 18 mars 2026 autour des amitiés queer. Elle est animée par l’auteur et illustrateur Florent Manelli, en présence de la journaliste autrice et podcasteuse Johanna Cincinatis Abramowicz, de l’ami portugay et scénariste Adrien Deleu et d’Arthur Vacher.

Mention spéciale : la vignette de l’épisode final est réalisée par la peintre Rachel Marsil.

Épisode 4 : la dépression

Dans cet épisode, Arthur Vacher raconte une période de dépression. Il parle des médicaments, de l’écriture qui n’avance plus, du sentiment d’échec et de l’impression de tourner en rond. Au cœur de cette traversée, il y a l’amitié des Portugayz, un trio né alors que personne n’allait vraiment bien.

Épisode 3 : nos premières fois

Dans cet épisode, Arthur Vacher raconte trois premières fois vécues au cœur de son amitié avec Adrien et Joseph. Se maquiller ensemble dans un Sephora, regarder un match de foot dans un bar portugais, dormir à trois lors d’une soirée pyjama. Des moments simples, drôles et doux. Trois instants où il a osé essayer, sans peur d’être jugé.

Épisode 2 : le pacte

Pour devenir amis, Arthur Vacher a eu besoin de poser un cadre : un pacte pour ne pas glisser dans la séduction, pour apprendre à être présent sans vouloir plaire. Avec Adrien, ce pacte prend la forme d’un serrement de main après des semaines d’ambiguïté. Avec Joseph, il est plus silencieux, plus instinctif une confiance immédiate qui le désarme. Dans cet épisode, Arthur Vacher raconte comment ces accords, explicites ou non, ont façonné leur amitié à trois.

Épisode 1 : la rencontre

Dans ce premier épisode des « Portugayz », Arthur Vacher raconte sa rencontre avec Adrien et Joseph dans le grand magasin où ils travaillent à Paris. Ils partagent la même langue secrète : un humour queer, un accent portugais, une manière de se protéger du monde. Au détour des rayons, entre les pauses déjeuner et les confidences, naît une amitié improbable et puissante.


Logo : Madeleine Pereira
Jingle : Samuel Hecker

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04.05.2026 à 13:48

🔴 DÉMOCRATIE DU JOUR

Pablo Pillaud-Vivien

La fin du droit de veto dans l’UE, bonne nouvelle ? Après la défaite de Viktor Orban en Hongrie, Ursula von der Leyen veut restreindre le droit de veto au sein de l’Union européenne. La présidente de la Commission européenne relance un débat décisif mais piégé : celui de la majorité qualifiée. Sur le papier, l’outil peut…
Lire + (176 mots)

La fin du droit de veto dans l’UE, bonne nouvelle ?

Après la défaite de Viktor Orban en Hongrie, Ursula von der Leyen veut restreindre le droit de veto au sein de l’Union européenne. La présidente de la Commission européenne relance un débat décisif mais piégé : celui de la majorité qualifiée. Sur le papier, l’outil peut sembler utile – il permettrait de contourner les blocages de certains États comme, par exemple, une suspension de l’accord d’association UE/Israël, aujourd’hui verrouillée par l’unanimité. Mais dans les faits, cet outil sert surtout à accélérer des politiques largement contestées : c’est cette mécanique qui a permis de faire avancer l’accord de libre-échange UE/Mercosur, malgré des oppositions sociales, écologistes et paysannes massives. Moins de veto, ici, ne signifie pas nécessairement plus de démocratie. La question, comme toujours, c’est qui décide et où se situe le pouvoir.

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