Fils grenoblois

Gre'net DL-Isère
cinematheque
16.10.2020 à 17:38

Les Midis/2 d’Hector

Jenny-Jean Penelon

LES MIDIS/2 D’HECTOR

En partenariat avec le TMG

Une fois par mois, le mardi ou le vendredi, venez passer votre pause déjeuner rue Hector Berlioz, au Grand théâtre ou à la Cinémathèque ! De 12h15 à 13h15, nous vous proposons un temps ludique et artistique avec un-e membre de l’équipe du théâtre ou de la Cinémathèque ou un-e artiste associé-e.
Apportez votre sandwich ou votre salade, à déguster ensuite ensemble après le temps de pratique si vous avez encore un peu de temps. On se charge du thé et du café !

Mar. 6 octobre
Échauffement avec Nicolas Hubert, Compagnie Épiderme

Mar. 17 novembre
Les écrits sur le vif
Atelier d’écriture express avec Pascale Henry, Compagnie Les Voisins du dessous

TMG | Gratuit
Sur inscription : audrey.pays@grenoble.fr ou 04-57-04-27-82

Ven. 6 novembre
Jeu Pause / Photo / Prose : comprendre les images en s’amusant
Venez jouer autour des images, pour mieux comprendre leur fonctionnement et leur utilisation.

Cinémathèque | Gratuit
Sur inscription : contact@cinemathequedegrenoble.fr

Ven. 20 novembre & Ven. 4 décembre
Construit en 1768, le Théâtre municipal possède une histoire riche dont le bâtiment garde encore des traces. Il continue d’accueillir le spectacle vivant dans sa diversité. Explorez ses coulisses, de l’entrée des artistes au plateau, des loges à la régie.

Midi-Visite avec l’Office de Tourisme
Tarif unique : 5€
Sur inscription auprès de l’Office de Tourisme Grenoble-Alpes Métropole

 

D’autres rendez-vous, s’ajouteront au fil de la saison. Plus d’infos sur : cinemathequedegrenoble.fr

 

TMG

 


L’extracourt !

Jenny-Jean Penelon

 

L’extracourt !

Les Petites formes des jeudi et vendredi ne peuvent avoir lieu dans la petite salle de projection de la Cinémathèque cette saison, en raison des mesures sanitaires liées à la Covid-19.
Le court métrage est au cœur de l’identité de la Cinémathèque de Grenoble, et il était essentiel de continuer à en présenter !
La Cinémathèque de Grenoble rejoint l’Extracourt, en partenariat avec L’Agence du court métrage : des courts métrages vous seront ainsi présentés régulièrement en avant-séance au Cinéma Juliet Berto !

 

L'Agence du court métrage

 


Contre-histoires du cinéma | Tarzan vous salue bien !

Jenny-Jean Penelon

 

TARZAN VOUS SALUE BIEN !

Tarzan ? Qui ça ? Il n’est peut-être pas aussi célèbre, pour un regard de 2020, que James Bond ou Batman, c’est vrai. Mais au moins a-t-il le mérite, au sein de la longue galerie des héros de papier ou de pellicule, de gagner haut la main en matière d’antériorité et de longévité. Question :  pourquoi une telle longévité, pourquoi la pérennité d’un personnage plus que centenaire qui, de par ses origines modestement feuilletonesques au début d’un siècle où le genre foisonnait, et de par le cadre géographique dans lequel il évoluait – une Afrique encore coloniale et totalement mythifiée – aurait dû depuis longtemps sombrer dans l’oubli ?  Créée en 1912 par un encore obscur feuilletoniste de 37 ans du nom d’Edgar Rice Burroughs, qui fut aventurier, cow-boy, et servit même dans le 7e de cavalerie rendu célèbre par le destin du lieutenant-colonel Custer, Tarzan of the Apes, l’histoire de cet enfant perdu élevé par des singes, les “grands anthropoïdes” selon leur auteur, et qu’on découvrira être le descendant de la noble famille anglaise des Greystoke, aurait dû rester œuvre unique. Mais le destin, à savoir la ferveur populaire devait en décider autrement. D’autres livres (il y en aura 27 jusqu’en 1949 et la mort de Burroughs l’année suivante) vont suivre, une première adaptation cinématographique dès 1916, même s’il faut attendre 1929 pour ce qui est de la bande dessinée, où entre autres un Burne Hogarth s’illustra magnifiquement… Et depuis, combien de comics (20 000, a-t-on compté !), de long-métrages, de séries, de téléfilms ?

Il y a des raisons à cela. Tarzan est un héros atypique qui, même s’il procède lointainement de Robinson Crusoé, de Mowgli, de la légende parfois vérifiée des « enfants sauvages », c’est essentiellement un individu parti de rien, un homme surgi de nulle part et « qui s’est fait tout seul », caractérisation qui ne pouvait que séduire les lecteurs, puis les spectateurs de ce qui n’était plus tout à fait le « monde des pionniers », mais dont la mythologie avait la vie dure. Une mythologie, un mythe, qui devait  rapidement toucher le monde entier – à travers les films il est vrai plus que par des romans ayant une fâcheuse tendance à sombrer dans l’oubli – forgée sur un symbole de liberté, de justice aussi, car  il  faut souligner que Tarzan, nonobstant nombres d’analyses hâtives, n’a jamais été, bien que seul Blanc au milieu des Noirs, un représentant agissant du colonialisme, à voir son attitude envers les explorateurs, vrais colonisateurs et tueurs en masse de faune sauvage, les chasseurs d’ivoire en particulier, constante qui rejoint  après un long détour d’aventures les plus diverses, les préoccupations écologiques d’aujourd’hui quant à la préservation de la nature.

Pour faire ou refaire connaissance avec Tarzan, nous aurions pu choisir de projeter Greystoke, La Légende de Tarzan, réalisé en 1984 par Hugh Hudson, très fidèle au premier roman de Burroughs et où Christophe Lambert interprète de façon sans pareil un juvénile “Seigneur de la jungle”. Nous avons pourtant préféré, à cette œuvre magistrale mais sans doute trop connue,  un retour aux sources, en tout cas la plus célèbre d’entre elle, constituée par les 12 films en noir et blanc interprétés par Johnny Weissmuller entre 1932 et 1948, avec le premier d’entre eux, le meilleur aussi, Tarzan, l’homme-singe (Tarzan the Ape Man), qui réunit un générique exceptionnel, avec à la réalisation Woody S. Van Dyke, documentariste, coréalisateur avec Robert Flaherty d’Ombres blanches (White Shadows in the South Seas) et, dans le rôle principal, un Autrichien de naissance nommé Johan Peter Weissmüller, né le 2 juin 1904 et devenu dans sa patrie d’adoption, sous le nom de Johnny Weissmuller, un nageur olympique hors pair, vainqueur de 57 championnats nationaux, titulaire de 67 records du monde et n’ayant jamais perdu une seule course. Le cinéma qui, après une période hasardeuse de Tarzan muets cherchait, pour un premier film sonore, un Tarzan “vierge”, ce fut lui, cet inconnu d’une présence nature exceptionnelle, sa gaucherie de « sauvage » comprise et qui, pour six films, va former avec Maureen O’Sullivan, sa Jane, un couple aussi glamour qu’en parfaite osmose, avec l’attirance de la Belle pour la Bête, aux images d’une sensualité troublante ayant su s’échapper, avant l’étouffoir du code Hayes, aux standards de l’époque. Quand la magie est là, il n’y a plus qu’à se laisser porter.

Jean-Pierre Andrevon,
auteur de Tarzan, l’homme sauvage – Actualité d’un mythe (Éditions Vendémiaire)

 

 


16.10.2020 à 17:03

Festival Dolce Cinema | Hommage à Ennio Morricone et à Giuseppe Tornatore

Jenny-Jean Penelon

 

Festival Dolce Cinema

Hommage à Ennio Morricone et à Giuseppe Tornatore

Le décès d’Ennio Morricone le 6 juillet dernier ne signifie nullement sa disparition. Les fameuses notes de la Trilogie du Dollar de Sergio Leone, sur une musique d’Ennio Morricone, continueront de résonner dans l’esprit de chacun, passionné ou non de cinéma, plus encore que les images de ces trois beaux films. Et continueront d’être fredonnés dans le monde entier les thèmes musicaux de Mission, de l’anglais Roland Joffé, ou du Clan des Siciliens, du Français Henri Verneuil, sans même savoir qu’on les doit à Morricone.

Il semble difficile de rendre hommage à la renommée internationale d’Ennio Morricone sans faire appel aux « western-spaghetti » de Sergio Leone. Et pourtant, en regardant ses productions plus récentes, se distingue une longue et remarquable coopération avec un autre réalisateur italien mondialement connu, Giuseppe Tornatore. Celui-ci réalisa notamment La légende du pianiste sur l’océan, où figure un casting international et dont la musique est signée Morricone. Ils collaboreront sur une dizaine de films, dont sept en italien.

Le choix de Dolce Cinema et de la Cinémathèque de Grenoble s’est donc naturellement porté sur deux œuvres remarquables qui illustrent cette coopération :

STANNO TUTTI BENNE (ILS VONT TOUS BIEN !), 1990, avec Marcello Mastroianni
Jeudi 26 novembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

Un vieux veuf sicilien décide de rendre une visite surprise à ses cinq enfants dispersés sur le continent (c’est-à-dire le reste de l’Italie). Le voyage à travers le pays se transforme en une comparaison entre les souvenirs d’une enfance prometteuse et un présent bien plus amer.
À noter deux curiosités du film dans deux scènes différentes : Morricone interprète le rôle du directeur de l’Orchestre de la Scala à Milan et Tornatore celui d’un photographe à un défilé de mode à Rome. A chacun son rôle dans la vie comme à la scène.
Le film a remporté Le Prix David de Donatello pour la musique en 1991, et le Prix du Jury Œcuménique en 1990 à Cannes pour son contenu éthique.
En 2009, le film a fait l’objet d’un remake américain, Everybody’s fine avec Robert De Niro dans le rôle tenu par Marcello Mastroianni, et sur une chanson écrite et interprétée par Paul McCartney.

NUOVO CINEMA PARADISO (CINEMA PARADISO), 1988, avec Philippe Noiret
Vendredi 27 novembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

Que dire de nouveau sur cet hommage à la magie du cinéma et à son ancrage dans l’esprit des gens, sans prendre le risque de paraître banal pour ceux qui ont déjà vu le film et ont l’intention de venir le revoir.
A sa sortie en Italie, le film fut un échec : le directeur du cinéma Aurora à Messina en Sicile proposait notamment aux passants de rentrer gratuitement et de payer après, seulement si le film leur avait plu ! La version internationale fût écourtée et Cinema Paradiso connut par la suite un succès spectaculaire, notamment en France avec deux millions d’entrées en 1989.
Le film a remporté de nombreux prix parmi lesquels le Grand Prix du Festival de Cannes en 1989 et l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère en 1990.

Pietro Maestri
Président de Dolce Cinema

 

 


16.10.2020 à 16:57

Revus & Corrigés | Piège pour Cendrillon

Jenny-Jean Penelon

 

REVUS & CORRIGÉS | ÉVÉNEMENT

PIÈGE POUR CENDRILLON
Vendredi 12 novembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

Revus & Corrigés se consacre à l’actualité des classiques du cinéma, porté d’abord par sa revue trimestrielle papier, par ses différentes activités web et les nombreux événements organisés tout l’année. C’est maintenant à travers la distribution de films en salles, que Revus & Corrigés souhaite accompagner et valoriser la modernité de ces classiques du cinéma auprès des cinéphiles d’aujourd’hui.

Au milieu des années soixante, et à la suite de sa tétralogie judiciaire qui fit sa renommée entre 1950 et 1955 mais lui valut d’être également taxé de « cinéaste à thèse », André Cayatte cherche à renouveler son cinéma. Il est toujours aussi peu du goût de la critique française – notamment la Nouvelle vague. Lorsque Cayatte découvre le roman de Sébastien Japrisot sorti en 1962, Piège pour Cendrillon, il reconnaît l’essentiel des thématiques qui l’intéressent dans une histoire totalement extraordinaire, et en apparence éloignée du cinéma qu’il pratique d’habitude. Ceci va jusqu’à l’idée de ce personnage amnésique qui ne reconnaît plus sa personnalité. Le précédent film de Cayatte, est le diptyque conceptuel La Vie conjugale, Jean-Marc et Françoise, deux films sortis en même temps en 1964, sur le désagrégement d’un couple dont la perception est différente d’un volet à l’autre, selon qu’il s’agisse du point de vue masculin ou féminin. Ce film, comme Le Miroir à deux faces (1958) dans lequel Michèle Morgan voit changer sa personnalité après une opération de chirurgie esthétique, joue déjà sur la dualité et la double-facette de ces personnages.

Le roman de Sébastien Japrisot s’ouvre par un « Il était une fois… » préfaçant une ambiance de conte fantastique (d’où le titre, évidemment) que Cayatte et Anouilh, qui adapta à ses côtés le roman, conservent relativement peu. Le film s’inspire surtout de Sueurs froides (1958) d’Alfred Hitchcock, et de la nouvelle D’entre les morts (1954) de Boileau-Narcejac dont il est tiré. Cayatte amène dans l’œuvre de Japrisot ses thématiques fétiches, dont le contraste social entre Do et Mi, les deux jumelles-cousines-amies d’enfance bientôt confondues. De plus, Piège pour Cendrillon est certainement l’un des films les plus visuels de Cayatte pour lequel il s’entoure du chef-opérateur Armand Thirard (collaborateur de Maurice Tourneur, Anatole Litvak, Henri Verneuil…). Le visuel de Piège pour Cendrillon est sombre et torturé – jusqu’à un plan d’escalier vertigineux à la résonance largement hitchcockienne. Enfin, Cayatte et Thirard réfléchissent à des astuces esthétiques pour distinguer les facettes des personnages interprétés par Dany Carrel : plans truqués et doublures sont soigneusement calculés. En dépit de toute son originalité, Piège pour Cendrillon a été un échec de plus dans la carrière d’André Cayatte, critique – seuls quelques journalistes ont loué l’inventivité du film et son côté hitchcockien ou clouzoesque – et commercial. Il n’est passé qu’une unique fois à la télévision, en juin 1973, avant d’être définitivement bloqué par Sébastien Japrisot.

Nous avons découvert Piège pour Cendrillon au festival Lumière, en 2019 ; coup de foudre avec le film, alors que grâce au travail de l’Institut Lumière, on était en pleine découverte d’André Cayatte – ses grandes et plus petites œuvres. Après sa séance, Piège pour Cendrillon divise avec vivacité. Cayatte fait de nouveau débat ! C’est un film dont on a envie de montrer la singularité au cinéma sous l’égide Revus & Corrigés, profitant de sa quasi invisibilité depuis sa sortie en salle. Pour Revus & Corrigés, c’est l’occasion parfaite de profiter de notre expérience événementielle de ces deux dernières années et en poursuivant également notre logique éditoriale.

Eugénie Filho,
Directrice de publication à Revus & Corrigés

 

 

 


16.10.2020 à 16:46

Ida Lupino, réalisatrice

Jenny-Jean Penelon

 

Ida Lupino : itinéraire d’une pionnière à Hollywood

Après une première partie de carrière où elle fut une actrice convoitée, elle est devenue une cinéaste et productrice engagée : la Britannique Ida Lupino a embrassé une trajectoire singulière qui a ouvert la voie aux femmes au sein du patriarcal Hollywood de l’après-guerre. Elle a d’abord tourné avec quelques-uns des plus éminents réalisateurs du très codifié – et masculin – Hollywood des décennies 1930 à 1950, avant de s’en détacher progressivement, las d’un système qui laissait à l’évidence trop peu de place aux femmes et à leur créativité.

Si Ida Lupino est aujourd’hui considérée comme une pionnière de l’histoire du cinéma américain à bien des égards, c’est avant-tout parce qu’elle fit preuve d’une opiniâtreté sans faille pour mener, à l’écran comme hors-champ, un combat féministe chevronné contre les stéréotypes véhiculés par toute une industrie.

Paradoxalement, cette Britannique au tempérament frondeur, qui endossa plus d’une centaine de rôles au cinéma et réalisa six longs métrages de 1949 à 1953 – devenant ainsi la première actrice cinéaste -, fut l’une des grandes oubliées des récits consacrés jusqu’ici à l’âge d’or hollywoodien.

C’est le réalisateur américain Allan Dwan qui offrit en 1933 à cette jeune actrice issue du théâtre britannique – née en 1918 de parents comédiens – son premier rôle au cinéma dans Her First Affair.

Après avoir quitté la Paramount pour la Warner, cette brune aux yeux pourpres se révéla en 1939 devant la caméra de William A.Wellman, dans le mélodrame La lumière qui s’éteint (The Light That Failed).

Mais c’est après Une femme dangereuse (They Drive By Night), long métrage de Raoul Walsh sorti en 1940 et où elle incarne une femme autoritaire, qu’elle fut élevée au rang de star de sa génération.

Tantôt femme fatale, vulnérable ou indépendante, Ida Lupino enchaîna les partitions et se bâtit une réputation d’actrice au caractère bien trempé, dont la présence physique à l’écran contrasta avec le charme noble de Greta Garbo ou le glamour charnel de Marylin Monroe.

Reconnaissable à sa voix rauque et son regard mélancolique, elle symbolisa alors au sein de l’industrie hollywoodienne l’archétype de l’actrice d’apparence « dure, fermée, avec des allures de garçon », dont « les yeux sombres étaient des fenêtres ouvertes sur une passion brûlante », dira d’elle Martin Scorsese.

Le cinéaste américain fut l’un des seuls, ces dernières années, à rappeler son « essentiel » travail de réalisatrice.

Les années se succèdent et avec elles, les aspirations de la jeune femme changent. Au milieu des années 1940, la carrière d’Ida Lupino est à un tournant : sur les plateaux, celle qui possède déjà une quarantaine de films à son actif verbalise son ennui et rêve de réalisation. Au point de refuser plusieurs rôles qui lui vaudront les foudres des patrons de la Warner.

Aux côtés du producteur et scénariste Collier Young, rencontré en 1947 et qu’elle épouse, elle décide de créer une société de production qu’ils baptisent The Filmmakers. Une autre voie s’ouvre à elle.

En 1949, c’est dans la peau d’une productrice qu’elle s’attelle à l’écriture d’un scénario dont elle souhaite confier la réalisation à Elmer Clifton. L’histoire de Avant de t’aimer (Not Wanted, 1949) et de son héroïne tranche avec le traditionnel romanesque hollywoodien pour narrer le passé d’une jeune fille arrêtée pour un vol de bébé.

Mais à quelques jours du tournage, Elmer Clifton est victime d’un infarctus et Ida Lupino saisit cette malheureuse opportunité pour se lancer, enfin, derrière la caméra. Un an plus tard, elle intègre le prestigieux Director’s Guild of America, le Syndicat des réalisateurs américains. Elle réalisera cinq autres films qui seront tous des échecs commerciaux.

Ces réalisations sont toutefois autant d’opportunités pour Ida Lupino d’explorer frontalement des thématiques qui n’épousent alors pas les codes de l’industrie du cinéma américain. Inspirée par Roberto Rossellini, qui l’invite lors d’un dîner « à faire des films ordinaires sur des gens ordinaires » et à ne pas suivre l’exemple des studios hollywoodiens, elle porte à l’écran la maladie (Never Fear, 1949) ou encore l’adultère (Bigamie, 1953).

Avec Le voyage de la peur (The Hitch-Hiker, 1953), son avant-dernier long métrage, elle devient la première femme à réaliser un film noir. « Elle montre des mâles dangereux et irrationnels, semblables en cela aux femmes telles qu’elles sont représentées dans la plupart des films noirs d’Hollywood dirigés par des hommes », dira à propos du film l’écrivain Richard Koszarski.

En 1954, The Filmmakers met la clé sous la porte faute de moyens. La fin de carrière d’Ida Lupino, qui s’achèvera à l’aube des années 1980, est marquée par la réalisation de nombreux épisodes de séries télévisées parmi les plus célèbres de l’époque, d’Alfred Hitchcock présente à Ma sorcière bien-aimée ou La Quatrième Dimension.

Elle décédera en 1995, laissant derrière elle un héritage aujourd’hui encore trop sous-estimé. « A l’heure où le mouvement #MeToo se cherche des symboles, il est temps d’attribuer enfin à Ida Lupino la place qu’elle mérite », écrit Antoine Sire, auteur de l’ouvrage Hollywood, la cité des femmes (Éditions Actes Sud-Institut Lumière).

Benoit Pavan, journaliste

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SÉANCES

AVANT DE T’AIMER de Ida Lupino
Jeudi 3 décembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

FAIRE FACE de Ida Lupino
Vendredi 4 décembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

VOYAGE DE LA PEUR de Ida Lupino
Jeudi 10 décembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

BIGAMIE de Ida Lupino
Vendredi 11 décembre à 20h au Cinéma Juliet Berto