Hacking-Social

Le hacking social est une méthode plus qu’une doctrine, méthode qui tend à transformer les environnements sociaux vers plus d’autodétermination des personnes, plus d’altruisme, plus d’autotélisme, plus d’intelligence sociale, émotionnelle et cognitive dans les structures et systèmes, moins de souffrance, moins de domination, moins d’injustices, moins de discrimination, moins de manipulation, etc.

Publié le 19.07.2022 à 18:16

C’est moi ou c’est de la discrimination ? L’ambiguïté attributionnelle

Est-ce que comme moi vous vous êtes déjà pris la tête pendant des heures pour savoir si cette dévalorisation, ce jugement négatif subi était vraiment de votre faute ou bien que c’était plutôt l’autre qui était injuste voire discriminant à votre égard ?

Cet article est initialement un thread disponible également ici :

Untel au taff ne vous fait que des remarques désagréables alors qu’il peut être sympa avec les autres. Vous vous demandez ce que vous lui avait fait, ce que vous avez mal géré, souvent sans trouver un fait concret.

Est-ce qu’on a vraiment « mal géré » (et qu’on ne s’en rendait pas compte) ou est-ce qu’il est en train de nous discriminer parce qu’on est différent·e de lui ?
On se pose la question quand on se demande si notre genre, notre orientation sexuelle, notre couleur de peau, nos caractéristiques phys/psy, notre origine ou statut social puisse être la source d’injustice à notre égard.
Perso je le verbalise cet état d’indécision avec des trucs comme : « purée je psychote à mort » ou « je deviens parano », « c’est moi ou c’est lui ? », « qu’est-ce que j’ai fait, purée je trouve rien ».
Cet état de doute, ce n’est pas parce que vous êtes parano, délirant ou que vous psychotez, ça porte un nom que je viens tout juste d’apprendre, c’est l‘ambiguïté attributionnelle.

Sur wikipédia, c’est expliqué relativement bien : https://en.wikipedia.org/wiki/Attributional_ambiguity ; sinon j’ai eu cette info dans « Mauvaise réputations » de Croizet et Leyens, issus des recherches de Major et Croocker (1991 /1993).

On ne sait pas à qui ni à quoi attribuer les causes : une faute qu’on devrait s’imputer à soi-même ou bien une discrimination à notre égard de la part d’autrui ?

avant d’être consciente de pas mal de choses, je tranchais toujours cet état de confusion en décidant que c’était entièrement de ma faute 😀

Le fait de s’attribuer systématiquement les torts, ça peut être un biais d’internalité, c’est très commun quand on a été élevé dans un environnement occidental, la culture et les environnements sociaux poussant vers ça.

On en a parlé ici : [PE4] Accuser l’autre d’être la cause des malheurs qu’il subit est une norme sociale
et là : https://youtu.be/mrXtwcGkroI

Le fait de s’attribuer systématiquement la faute peut être aussi dû à une tendance dépressive ou à une trop forte « conscience de soi » (appelé aussi timidité sociale, anxiété sociale ; cf, toute la littérature sur le neo pi r, entre autres).

Mais ces critères « personnels » de conscience de soi / dépression sont aussi déterminés par les environnements sociaux qu’on a côtoyés, les traumatismes et autres événements insensés qu’ils nous ont légués.

Par exemple, le harcèlement laisse des traces qui nous font psychoter sur notre comportement, on se croit fauter pour tout parce qu’on a été injustement ciblé, il n’y a pas de faits concrets, donc on cherche en nous-mêmes des raisons qui donnent un sens au comportement des offenseurs.

Ça peut être aussi la conséquence du travail de l’offenseur pour garder l’emprise sur vous. Marinette a superbement bien expliqué ce phénomène ici avec le cycle de la violence :

Ça peut être aussi lié à la croyance en un monde juste (Lerner 1980) : comme on a tendance à croire que nous vivons dans un monde où chacun obtient finalement toujours ce qu’il mérite, on ne s’imagine pas être victime d’une injustice comme une discrimination. Donc on se trouve des fautes même lorsqu’on est injustement offensé, pour donner du sens aux offenses mais aussi pour maintenir une certaine illusion de contrôle (si c’est moi la cause, j’ai le pouvoir d’empêcher que cela ne se reproduise en faisant plus d’effort quant à mon comportement que je crois problématique).
Et enfin, si on parvient à mettre de côté la croyance en un monde juste, le biais d’internalité, et qu’on a obtenu suffisamment d’infos, on peut attribuer à autrui un comportement négatif et injustifié à notre égard comme une discrimination, une injustice.
Il y a objectivement des préjugés, des personnes qui discriminent sur la base de critères arbitraires (genre, origine, caractéristiques physiques, statut social, etc.) et vous jugent selon ces critères et pas du tout sur une erreur que vous auriez faite.
C’est par exemple être assise à un arrêt de bus avec une tenue de travail vraiment anti-sexy, ne rien faire d’autre qu’attendre le bus, et se faire traiter de sale pute par un cycliste qu’on ne connaît pas, comme ça, gratuitement.
Voilà, ici il n’y a pas vraiment d’ambiguïté attributionnelle, y a une offense totalement injuste et injustifiable, ouvertement misogyne, et j’y étais clairement pour rien.
Mais comme c’est mal vu d’être ouvertement raciste/sexiste/homophobe(…), la discrimination est plus souvent sournoise, discrète, se niche dans le bain du quotidien. Et c’est super dur d’attribuer pour une cible le fait que cet évènement soit effectivement full discriminatoire.

Par exemple, une fois j’étais dans le bus, tout au fond. Des contrôleurs montent à un arrêt, commencent à vérifier les premiers rangs. Ils s’arrêtent sur une femme qui semblait ne pas avoir son ticket. Je sors mon ticket, prête à être contrôlée à mon tour. Ils continuent de discuter, je ne sais pas de quoi, je n’entends pas. J’attends toujours mon tour, ainsi que les deux autres rangées qui n’ont pas été contrôlées parce que tous savent qu’ils procèdent comme ça d’habitude.
Normalement, c’est tout le bus qui est contrôlé.
J’attends un arrêt, puis un autre. Et là, les contrôleurs descendent. Je regarde mon ticket qui n’a servi à rien, confuse. Et je me rends compte que ces autoritaires n’ont contrôlé que le devant du bus, majoritairement racisé, contrairement au fond, où on n’était que des blancs…

C’était il y a quelque années en France, pas dans les années de ségrégation comme en a vécu Rosa Parks.

Rosa Parks ; son livre « mon histoire » au passage, est génial, c’est vraiment une personne admirable.

Je ne sais pas si les personnes contrôlées uniquement parce qu’elles étaient racisées ont vu ce traitement totalement inégalitaire, la configuration du bus n’étant pas très propice à permettre une vue globale, sauf en étant au fond.
Donc on voit déjà que la difficulté pour les cibles de discrimination, c’est de voir les éléments, les indices qui démontrent le traitement injuste. Parfois, ces informations sont inaccessibles.
Et ensuite, si les cibles ont perçu tout cela, notamment la personne qui n’avait pas son ticket, il s’agit de faire le tri des attributions : d’un côté elle peut se dire « bah ouais j’ai pas mon ticket, normal qu’ils m’aient ciblé, je l’ai bien cherché, c’est de ma faute » (attribution causale interne) mais ça se combat avec une attribution tout aussi vraie et que tous ont constaté qui est « ils m’ont ciblée parce que je suis racisée ».
Et il y a une question de temps : pendant tout ce temps où les inspecteurs sont restés devant à discuter, on pensait tous qu’ils allaient venir nous contrôler, parce que c’est la façon normale dont ils procédaient. Ce temps laissait à penser que la situation n’allait pas forcément être inégalitaire.
Tout ce temps, c’était un temps où j’étais suspendue, où je ne comprenais pas non plus la situation et où j’ai été donc une spectatrice inactive, ce dont je me sens vraiment coupable.

On a parlé de l’effet spectateur (ou témoin) ici :

Mais n’est-ce pas cette confusion attributionnelle qui est spécifiquement recherchée par les offenseurs dans les situations de discriminations/agressions quotidiennes ?

C’est-à-dire qu’ils font en sorte de donner un aspect de spectacle de normalité à ce qui est une situation injuste, offensante. Ça les protège eux, ça empêche les spectateurs de voir que c’est anormal.

Autre exemple, comme vous le savez @chaykahackso a fait son coming out il y a peu de temps, nous sommes donc un couple de femmes. Je l’oublie très souvent parce que pour moi ça ne me semble pas inédit dans le monde, voire banal.
Dans un environnement social qu’on fréquente depuis longtemps (avant de rendre public notre statut de femmes en couple), on a commencé après notre co avec @ChaykaHackso à sentir des regards sur nous. On a d’abord cru « psychoter » et devenir parano, on était dans une ambiguïté attributionnelle totale.
Est-ce nous qui devenions paranos ou est ce qu’il se passait quelque chose dans la façon dont ils nous jugeaient ?
Puis, un week-end, notre fille qui avait été invitée chez une copine s’est vue désinvitée à la dernière minute par ses parents. La mère nous a envoyé des SMS, expliquant qu’elle ne voulait pas qu’on vienne car elle craignait qu’on « gêne » les autres enfants et parents. Quoi ??? J’enchaîne les SMS pour être sûr d’avoir bien compris, mais oui, c’est bien confirmé : notre fille est bien ostracisée à son tour, parce que ma simple présence ou celle de @ChaykaHackso aux côtés de notre fille est désormais jugée comme »gênante ».
Selon cette personne homophobe, notre simple présence de femme en couple « perturberait les enfants » et elle veut « leur bien-être avant tout, y compris celui de notre fille ».
Donc, pour le bien-être de notre fille, elle laisse son enfant l’inviter, puis annule la rencontre au dernier moment, les sépare sous prétexte qu’on est « gênantes » alors qu’elle ne nous a jamais vu faire quoi que ce soit d’autres que d’être des parents des plus banals.
Si on poussait sa logique jusqu’au bout, étant donné que nous sommes gênantes y compris pour notre fille, nous devrions cesser d’exister, ou nous cacher et faire déplacer notre fille avec un couple non gênant (hétéro donc).
Je vous dis pas à quel point on a eut du mal à assister au spectacle de fin d’année de son école. Être mise de côté, passe encore, mais savoir qu’on te juge gênante juste
parce que tu es là, debout, à exister, ça te fout une parano de tout les instants, quand bien même je doute (enfin j’espère) que les autres parents d’élèves soient comme ça.
Nous avions au préalable pris sur nous, pensant que nous nous faisions des films, que nous interprétions mal, et ne tenant plus compte des différents indices, jusqu’à cette histoire qui nous a permis de prendre conscience que non, ce n’était pas dans notre tête, nous n’en étions pas fautives.

Bref, l’ambiguïté attributionnelle, ce n’est pas de la faute des cibles, mais bien celle des préjugés, des stigmatisations, des traitements injustes, des personnes qui discriminent, stigmatisent, jugent, ostracisent, infériorisent d’autres selon des critères totalement arbitraires, injustes, injustifiés.

Et c’est très ambigu à traiter pour les cibles, parce ces messieurs-dames à préjugés n’assument pas ouvertement leur discrimination, il la font de façon sournoise, d’une façon qui peut les dédouaner.
Pour reprendre l’exemple du bus, les contrôleurs auraient pu justifier leur attitude par le fait d’avoir du boulot ailleurs ou de suivre un nouveau processus de demi-contrôle du bus – c’est hypocrite, on est d’accord, mais souvent les rationalisations de ce type sont monnaie courante.

Dans les études sur la personnalité autoritaire, Adorno avait qualifié cela de pseudodémocrate : les gens font semblant de traiter équitablement les autres, mais en fait non, ils en stigmatisent et rejettent certains. « Je ne suis pas raciste MAIS,… »
(À noter que ça marche aussi avec des variantes comme « nonobstant » « néanmoins » selon nos dernières observations)
On en a parlé ici : https://www.hacking-social.com/2017/01/16/f1-espece-de-facho-etudes-sur-la-personnalite-autoritaire/
et là : https://youtu.be/2__Dd_KXuuU

La question que je me pose maintenant, c’est comment, en tant que potentielle cible de discrimination, on peut se prémunir d’être dans ce brouillard qu’est l’ambiguïté attributionnelle ?

J’avais un collègue qui lui avait choisi de partir du principe que de toute manière il allait être systématiquement discriminé, exploité, dupé. Parce que effectivement, il était stigmatisé par les autres quasi en permanence, parce qu’il venait de la cité, parce qu’il était arabe, parce qu’il était musulman.
Quand j’ai taffé en sa compagnie (avant je le connaissais, mais juste en tant que pote de potes) dans une formation pour les précaires que nous étions, le fait qu’il soit susceptible à toute injustice a fait que tout le groupe en a bénéficié :
Effectivement, les gens de la formation nous stigmatisaient en nous prenant pour des imbéciles et ils ont tenté de nous faire travailler 9h/par jour sans être payé (avec la carotte de l’embauche en CDI) dans une serre, en pleine canicule.
Eh bien ce collègue, direct s’est battu pour dire que c’était inacceptable, injuste, et à lui tout seul il s’est levé comme tout un syndicat et a mobilisé tout le monde, pour que non, ça n’advienne pas.
Et on a tous eu de meilleures conditions de travail. Ce collègue, je sais même pas s’il s’est rendu compte d’à quel point il avait aidé tout le monde. Parce que par ailleurs, je pense qu’il souffrait énormément.
Il souffrait de cette hyper-conscience des injustices, de la précarité, du marais sans fond dans lequel d’autres de ses potes s’embourbaient, de l’absence d’espoir.
Cette victoire, j’ai pas l’impression qu’il l’ait appréciée comme telle, même si c’en était objectivement une. Parce qu’il savait que l’injustice, il la retrouverait encore et encore sur son parcours, sans cesse, quoiqu’il fasse.
Il souffrait d’une façon existentielle, je pense que ce n’est pas imaginable de douleur pour beaucoup d’entre nous, à moins d’être dans une même configuration d’accumulation de stigmatisations par l’extérieur.
Cette attitude d’attribution directe des problèmes à la discrimination, les recherches en psycho’ sociale disent que selon les situations, ça peut aider à sauvegarder l’estime de soi, tout comme la saper totalement de façon grave, menant à la dépression. Parce que l’espoir que les choses s’améliorent peut tomber à zéro.(cf « Mauvaises réputations », Crozet et Leyens)

Que faire alors lorsqu’on se retrouve dans cette ambiguïté attributionnelle ?

C’est compliqué parfois de se savoir potentiellement discriminé selon une de ses caractéristiques. J’ai constaté mon infériorisation d’abord en tant que classe sociale estimée inférieure, via le travail.
Au taff, on est plusieurs, donc ça fait plus de monde à percevoir la situation, et quand on discute, on peut prendre note de tout les mépris et les injustices qu’on se prend en pleine face.

Discuter avec les personnes qui sont dans la même situation est d’une grande aide pour faire le tri dans ce qui se passe et de voir que non, c’est pas juste nous qui psychotons, il se passe un truc global qui touche toutes les personnes stigmatisées de la même manière.
Généralement, cette discussion entre concerné·e·s est salvatrice, j’ai pu le constater pour des questions de sexisme, quand on discute et qu’on s’aperçoit que ce gars, il est ostracisant et méprisant avec toutes les meufs par ex.
La discussion avec des non concerné·e·s, voire des membres d’un même groupe (discuter de l’attitude d’un gars avec un autre gars au même statut par ex.) peut générer une seconde victimisation parce qu’on peut ne pas vous croire, vous faire douter, croire que vous affabulez, que vous sur-interprétez.
On peut vous balancer des contre arguments pour nier le fait que le type ait été discriminant envers vous à coup « ah non c’est pas ça, c’est plutôt ça », et « tu te fais des idées », « c’était juste pour rire ». En gros, on vous force à une attribution interne, c’est de votre faute ou celle de votre parano, votre irrationalité et votre mauvaise « intuition ».
Donc attention, même avec des gens sympas, des proches, ça peut arriver. Des gens de très bonne volonté vont inconsciemment défendre les membres de leur endogroupe, ne parvenant pas à saisir les problèmes et ne comprenant donc pas vos critiques et remarques .
Et ça, ça dezingue vraiment l’estime de soi, ça casse le lien de confiance avec ses proches : on se dit que s’ils ne vous croient pas sur cette offense, alors qu’ils vous sont proches, qui peut vous croire ?
À force de subir des injustices puis des secondes victimisations, on n’arrive même plus à se croire soi-même pour tout et n’importe quoi.

D’où l’importance des lieux non-mixtes, où peuvent discuter des concerné·e·s ensemble. Et j’inclus ici des groupes entre racisé·es, entre toutes les meufs, entre personnes vivant une même situation stigmatisée (obésité, handicap, précarité, LGBTQI+, etc.) tout comme des groupes syndicaux qui rassemble des travailleurs de même statut, etc.
Ça permet de lever des ambiguïté, d’avoir de l’information, de s’entraider, de restaurer ses besoins fondamentaux sapés par les injustices, d’établir des défenses et des stratégies communes. Ça apporte une clarté empuissantante qui lève l’ambiguïté attributionnelle.

Si vous vous retrouvez en solo face à ça, il peut rester le fait d’enquêter, de chercher de l’info. Ça peut consister à poser beaucoup de questions à la personne qui vous cible, trouver de l’info via Internet, en contactant d’autres personnes, etc.
Cela peut être de chercher des preuves, des documents, chercher des témoins, de l’information. Ce que j’aime bien avec cette méthode, c’est que l’offense devient comme un dossier à traiter : c’est toujours dur à vivre, mais une distance se crée, et du coup ça nous impacte moins.

De plus, quand on est militant, createurices, on peut percevoir cela comme un matériel qui pourra nourrir nos créations.
Je me dis souvent qu’il faut du fumier pour faire pousser des plantes, ainsi toute la merde qui m’arrive devient souvent de l’engrais pour mes créations. Et cette merde me fait donc moins peur, car je peux la convertir.

[ceci étant dit, c’est juste une image, ça pousserait aussi sans avoir besoin d’engrais ]

Si vous arrivez à vous fier encore à vos instincts et sentiments qui disent « purée c’est bizarre, y a un truc qui cloche », c’est génial, c’est un excellent point de départ pour envisager de clarifier la situation, collecter de l’info.
Et ce mode enquête, ça vaut aussi si on est témoin non-discriminé d’une injustice. En tant que témoin on a plus de pouvoir à disposition puisqu’on n’est pas discriminé soi-même, qu’on n’est pas cible de l’offense.
On peut observer très attentivement, prendre note de tout et on peut travailler parfois sur l’offenseur pour tenter de neutraliser ses discriminations.
Perso, j’ai fait ça souvent au boulot. Je prenais note de la dégueulasserie raciste, sexiste, classiste (…) d’untel, mais conservait un lien minimal pour tenter de le transformer. N’étant pas cible directe, c’était possible.
Parfois devant des remarques racistes débiles sur la non-consommation de porc j’ai pu m’emporter et gueuler parce que c’était ça qu’il fallait faire avec tel profil raciste.
D’autres fois, c’est l’indifférence massive qui est plus efficace (le silence de mort à une blague raciste, ça fait son effet) : là tout le groupe doit être fermement antiraciste pour avoir cet instinct au bon moment.
Beaucoup de gros racistes que j’ai connu l’étaient parce qu’ils étaient incapables de gérer leurs émotions négatives. Un peu de stress ou d’angoisse et PAF ils sortaient un discours fasciste violent pour retrouver du pouvoir sur la situation (du moins en avoir l’illusion), pour dominer, faute de pouvoir s’avouer être stressé ou angoissé personnellement.
J’ai donc travaillé sur eux dans des moments de calme, via l’écoute, à les faire attribuer correctement leur mauvaise humeur à leur stress/angoisse et non sur tel exogroupe sur lesquels ils s’acharnaient.
Ce n’est pas pour ça que ce sont devenus mes potes. Ils venaient me chercher pour lâcher leur sac de problèmes avec l’alcool, la peur du chômage etc, je recadrais leurs attributions discriminatoires. C’était une relation de travail social, point.
J’estime ne pas avoir réussi. Mais tant qu’il me parlait de leurs vrais problèmes de santé, de couple ou d’angoisse existentielle, au moins c’était ça de moins à s’acharner sur une cible ou à débiter des trucs fascistes.
Ceci étant dit, évidemment, le travail de fond est de changer les environnements sociaux qui permettent encore à ces injustices de régner. La militance est une voie qui aide, tout comme la désobéissance altruiste, le lancement d’alerte ou la construction d’environnements sociaux non-sapants.

Pour ces derniers points, j’en ai parlé ici : https://www.hacking-social.com/2021/09/17/en-toute-puissance-manuel-dautodetermination-radicale/Les militants et activistes du passé (et du présent), sont aussi d’extraordinaires soutiens quand on est dans une ambiguïté attributionnelle, quand bien même ils ne seraient accessibles que dans des livres, des documentaires et vidéos.
Ce sont des soutiens qu’on peut internaliser comme modèles et ça nous donne de la force. Parfois des proches peuvent aussi être des modèles de résistance.
Le côté de ma famille racisée et métisse avait parfois des stratégies de gestion des racistes extrêmement inspirants, avec un calme légendaire face à des discours hautement fascistes débités pendant des heures. Je ne connais pas leur secret, ça n’a pas transformé le fasciste en question, mais cette attitude, waouh, j’en garde encore des souvenirs empuissantants.
Il y a de la fierté à gagner dans nos résistances communes, qu’importe si le résultat n’est pas directement épique, c’est au moins notre psychisme qui n’est pas ravagé, ce sont des hontes en moins. Et petit à petit, ce sont des forces de plus pour agir.

En tout cas le brouillard de l’ambiguïté attributionnelle n’est pas évident, mais on peut éclairer parfois les situations, grâce à l’enquête, au soutien entre concerné·e·s, aux témoins actifs autour. Force à vous  !

Sources citées

En photo d’entête, il s’agit d’Elizabeth Eckford, l’ une de premières femmes noire à aller dans un lycée réservé aux blancs (sous les huées…) à Little Rock en 1957; son histoire est racontée ici :

• Rosa parks, Mon histoire 
• JC Croizet et JP Leyens,  Mauvaises réputations 
• Major, Crocker,  Social stigma : the consequences of attributional ambiguity 1993
• Crocker, Voelkl and coll, Social stigma : the affective conséquences of attriutionnal ambiguty 1991
• Jean-Léon Beauvois, Nicole Dubois, Psychologie de la personnalité et évaluation, 2016.
• Jean-Pierre Rolland, L’évaluation de la personnalité, 2004.
• Lerner The Belief in a Just World, 1980
The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1 T.W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel J. Levinson and R. Nevitt Sanford, Harper & Brothers, Copyright American Jewish Committee, 1950. Disponible intégralement ici : http://www.ajcarchives.org/main.php?GroupingId=6490
• Études sur la personnalité autoritaire, T.W Adorno ; Il s’agit de la traduction française, mais attention c’est amputé des travaux des autres chercheurs.
Strength And Weakness: The Authoritarian Personality Today By William F. Stone; Gerda Lederer; Richard Christie
• Social Dominance, Felicia Pratto, Jim Sidanius, 2004

L’article C’est moi ou c’est de la discrimination ? L’ambiguïté attributionnelle est apparu en premier sur Hacking social.


Publié le 27.06.2022 à 16:08

Des arguments anti-trans sous couvert d’esprit critique

Ceci est initialement un thread disponible également ici : https://twitter.com/ChaykaHackso/status/1541426181672771585

Les discours anti-trans sont malheureusement très nombreux, sont parfois formulés sous couvert d’esprit critique et de scepticisme. Le dernier numéro de Sceptiques du Québec en est un nouvel exemple :

Le détail du sommaire ici : https://www.sceptiques.qc.ca/ressources/revue/archive/numero-107

Fort heureusement la FIDESS, fédération sceptique francophone, a su y répondre : https://twitter.com/FIDESSorg/status/1541304139174535169

Je profite de cette annonce de la FIDESS pour illustrer quelques arguments typiques que l’on retrouve dans ce type de discours préjudiciable contre les personnes trans se faisant passer pour scientifique, critique et/ou sceptique.

  • 1.La transidentité serait un « phénomène de mode », une contagion sociale amplifiée par les réseaux sociaux ; et les enfants/ados qui se disent trans ne feraient que sur une courte période, finiraient par accepter leur genre assigné.

On a là un argument qui reprend l’hypothèse du ROGD (Rapid-onset gender dysphoria) = sous-type de dysphorie de genre (=vécu douloureux d’inadéquation entre son genre assigné et son identité de genre) qui serait un état provisoire imputable à une « contagion sociale ».

Pour le dire très rapidement, la transidentité chez les enfants et ados trans serait pour certains une sorte de « mode passagère »,  s’expliquant par les effets des RS, ainsi que par une plus grande représentativité des personnes LGBTI+ dans l’espace public, voir un lobbying LGBTI+, etc.

D’où vient cette hypothèse ? De parents d’enfants trans qui ne peuvent/veulent pas accepter la transidentité de leurs enfants. Vous trouverez ici la généalogie de cette hypothèse pseudo scientifique via @JuliaSerano : http://juliaserano.blogspot.com/2019/02/origins-of-social-contagion-and-rapid.html

Sur le plan scientifique, cette hypothèse n’a jamais été reconnue, les associations professionnelles (médecin, psy, etc.) s’étant prononcées pour éliminer de leur pratique le concept de ROGD (par exemple https://www.caaps.co/rogd-statement )

Des études récentes n’ont en effet trouvé aucun soutien à cette hypothèse [ Ashley 2020 ; Bauer 2021 https://www.jpeds.com/action/showPdf?pii=S0022-3476%2821%2901085-4 , Bustos 2021, etc…]

Sur ces questions de ROGD et de contagion sociale, je vous invite à aller voir de plus près cette vidéo passionnante de @pedrosanchau https://www.youtube.com/watch?v=YVxJNhR9U4g

En complément, je peux vous inviter aussi à voir la vidéo de @jack0tte_1 https://www.youtube.com/watch?v=BDZaxdsjZeI

Cet argument du ROGD et de contagion sociale est bien pratique pour les discours anti-trans, car il permet par ex de justifier les thérapies de conversation : puisque que l’enfant/ado aurait été « influencé » et/ou parce que sa transidentité ne serait qu’un moment provisoire qui devrait passer,

il faudrait alors « l’aider » à réintégrer la norme ; c’est extrêmement dangereux car cela peut aboutir à de véritables drames, ce n’est pas pour rien si ce genre de thérapies est désormais interdit dans de nombreux pays, dont la France https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9rapie_de_conversion

Mais ce type d’argument sert aussi à militer contre la représentation des personnes LGBTI+ dans l’espace public, les médias, à l’école, etc.

C’est un véritable cheval de Troie qui sert à promouvoir le rejet et l’intolérance envers les personnes trans, et plus globalement des personnes LGBTI+.

Il ne sera pas étonnant d’entendre souvent l’expression « épidémie », comme s’il s’agissait d’une maladie infectieuse.

  • 2. La transidentité serait une menace pour les enfants, il serait nécessaire de les protéger de tout cela.

En ce moment, il est fort probable que vous entendiez parler de la transidentité uniquement sous le prisme des enfants/ados trans. Cela n’est pas sans lien avec l’argument du ROGD et de la contagion sociale.

Il y a toute une entreprise de désinformation par des militants anti-trans : l’idée par exemple qu’il y aurait un forcing à faire des chirurgies sur des enfants par ex, ce qui est complètement faux.

C’est pourtant un argument récurrent, car forcément ça interpelle : qui serait contre le bien-être et la protection des enfants ? Personne.

Le souci, c’est que ces discours vont justement a contrario du bien-être des enfants/ados trans, par exemple en promouvant les thérapies de conversion comme évoqué plus tôt, ou encore en militant pour interdire à tout mineur un changement de prénom d’usage au lycée, en ne lui permettant pas sa transition sociale (pourtant sans conséquence d’un point de vue médical, et complètement réversible).

Parmi les tenants de ces propos contre la transidentité, on retrouve en France des organismes proches de la manif pour tous, comme l’observatoire de la petite sirène.

Ce n’est pas étonnant de voir autant de passerelles entre les paniques contre le mariage pour tous et les paniques morales autour des enfants trans, car dans les 2 cas les arguments fonctionnent de la même manière : comme avec la manif pour tous on considérait la parentalité de couple du même genre comme une menace pour le développement des enfants (voire de la civilisation), aujourd’hui c’est la transidendité. Homophobie, transphobie, same energy.

Comme pour l’opposition au mariage pour tous, ce sont encore des psychanalystes qui sont invités sur les plateaux TV, dans les pages de journaux ou magazines, présentés comme des « experts » et autorité scientifique (alors qu’ils s’opposent à ce que dit la littérature scientifique ).

Encore ce week-end mes parents m’ont prévenu que dans un journal local (@LeTelegramme), il y avait ce genre de discours trompeur et préjudiciable. Ils en sont sortis chamboulés, peinés de ne pas avoir pu m’accompagner quand j’étais enfant : https://twitter.com/LeTelegramme/status/1540636449573412864 ]

Parallèlement, les psychologues, psychiatres, chercheurs spécialisés sur la transidentité, on les entendra moins, les études sérieuses seront peu mises en avant par les grands médias.

Ces discours peuvent aussi avoir des conséquences sur les enfants de parents trans, enfants qui peuvent alors subir de la discrimination, être ostracisé. Tout ça parce que ses parents ne seraient pas conformes au genre et couple tradi.

Notre enfant en a fait récemment les frais, d’où ma colère quand je lis ce genre de discours qui prétend lutter pour la protection des enfants, pseudo protection qui n’est pas seulement un leurre, tout au contraire, elle participe à faire souffrir, à silencier, à ostraciser.

Pour aller plus loin sur ce discours « protection des enfants », ce recyclage de discours homophobes version transphobes, ses tenants idéologiques, je ne peux que vous conseiller cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=S0t2XbCvV1I

Vous pouvez aussi suivre @Petite_Core qui fait notamment un travail de veille quant à ces organisations anti-trans sous couvert d’une pseudoprotection des enfants : https://twitter.com/Petite_Core/status/1509921709381591057

  • 3. Les détransitions exploseraient !

C’est un argument souvent employé pour signifier que la transition ne marcherait pas, que de nombreuses personnes auraient des regrets, qu’il serait donc nécessaire de rendre difficile l’accès aux traitements et soutien (voire de l’en empêcher).

Alors oui, les détransitions existent. La question devrait être : selon quelle proportion ? Là encore je vous invite à voir la vidéo de @pedrosanchau qui permet de voir l’exagération qu’il y a sur cette question https://www.youtube.com/watch?v=YVxJNhR9U4g

Concernant le risque de regret des transitions, selon les études et méta-analyses à notre disposition, on a en moyenne un taux de regret inférieur à 1% ! De plus, comme l’explique la vidéo de @perdosanchau, ces regrets tiennent très souvent des problèmes sociaux (rejets, discriminations, etc.)

  • 4. Le genre serait une notion floue utilisée pour justifier notamment la transidentité.

C’est un argument fort utile pour les activistes anti-trans, car cela leur permet de mettre à la poubelle tout une partie de la littérature scientifique au prétexte que celle-ci serait influencée par une « idéologie du genre ».

On retrouvera notamment ce type de discours anti-trans du côté des tenants des Genders Criticals = vision essentialiste du sexe comme caractéristique biologique binaire et immuable, discours qui rejette ou remet en question le concept d’identité de genre.

Par conséquent, les tenants du Gender Critical voient les personnes transgenres comme appartenant au sexe qui leur a été assigné à la naissance, en pensant en particulier que les femmes trans ne sont pas des femmes et / ou ne devraient pas être incluses dans les espaces réservés aux femmes, et que les hommes trans ne devraient pas faire la transition, mais être des femmes non conformes au genre [définition emprunté à Wikipedia : https://en.wiktionary.org/wiki/gender-critical_feminism ]

Ainsi, via ce prisme, les tenant des Gender Critical s’autoriseront par exemple à mégenrer les hommes et femmes trans au nom de cette vision dogmatique, sans prendre en compte les conséquences préjudiciables d’un tel mégenrage.

Par ex, c’est exactement ce qu’on aura pu entendre de la part de plusieurs membres des SdQ, quand des membres de la FIDESS leur ont expliqué que le mégenrage était violent pour les personnes trans, ceux-ci se sont réfugiés derrière ce type de discours Genders Criticals, et ont d’ailleurs explicitement reconnu et assumé être sur cette ligne. Ils ont ainsi justifié une sorte de droit au mégenrage selon ce type de vision essentialiste (via des caractéristiques biologiques rigides et éjectant la question du genre), reprenant d’ailleurs les expressions typique : « épidémie transgenre », « épidémie de narcissisme », etc.

  • 5. Il y aurait une idéologie trans, ou woke, ou LGBT, ou du genre (au choix) qui s’immiscerait dans la société et finirait par détourner les individus, plus particulièrement les enfants qui seraient en danger.

Je considère que là on frise vraiment dans du complotisme, et pourtant ce type de discours d’une sorte de lobbying, puissance, trans/LGBT/WOKE qui manipulerait de manière cachée les politiques et les scientifiques est bien invoquée.

Pour ne citer qu’un seul exemple, on retrouve cela plusieurs fois du côté des Sceptiques du Québec ( dans leurs articles et réponses à la plainte de membre de la Fidess).

Ce type de rhétorique permet de masquer les préjugés, du type : « nous n’avons rien contre les personnes trans, ce que nous condamnons c’est l’idéologie trans, les activistes ». Le soucis, c’est qu’en tant que catégorie discriminée, n’importe quelle personne trans qui se contente ne serait-ce que de témoigner peut très vite se retrouver sous l’étiquette « activiste trans ».

Je suis persuadée que le simple fait de faire ce thread suffit amplement à ce qu’on me colle cette étiquette d’activiste trans ou d’idéologie du genre/woke (au choix) de la part des tenants des Gender Criticals.

A la base, je me serais bien passée d’intervenir, de parler, de prendre la parole pour expliciter les problèmes de ce genre de position. Mais c’est très difficile de me taire dès lors que ce genre de discours à des répercussions concrète sur ma vie et celle de ma famille, comme toutes les autres personnes trans.

De plus, le fait d’invoquer un lobbying, d’activisme trans tout puissant ou que sais-je, est très pratique car permettant de sortir la carte : « on ne peut plus rien dire », « on nous cancel », etc.

Cela s’agence très bien avec les discours réactionnaires, cela peut être très séducteur et attirant. C’est le fameux levier de la réactance : https://www.youtube.com/watch?v=hZueeA9b1xY

Cela permet aux militants anti-trans de balayer les critiques, en accusant celles-ci d’être une tentative de censure. Et forcément, à force de balayer la critique, cela peut aboutir par exemple à des exclusions (comme pour la FIDESS), ce qui peut permettre à ces militants de présenter cela comme une preuve !

Face tu perds, pile tu perds.

Je m’arrête là, bien consciente que je n’ai pas fait le tour des arguments anti-trans que l’on retrouve de ci de là sous couvert d’esprit critique, ni d’avoir pu de manière complète présenter tous les problèmes que cela pose.

L’idée ici était de faire un thread synthétique, cela n’a nullement vocation à être un article complet, c’est davantage une invitation à mieux saisir et reconnaître ce type d’arguments préjudiciables.

Ce qui me paraissait aussi important était de partager différents liens, afin que vous puissiez prendre connaissance de tout cela, car les études scientifiques et leur vulga ne manquent pas (mais sont malheureusement si peu mis en avant médiatiquement par rapport à la désinformation qui circule).

Pour ce qui s’est passé avec les SdQ, je ne peux que vous inviter à consulter les documents joints aux communiqués de la FIDESS, qui vous apporteront plus d’éléments de débunkage sur des discours potentiellement anti-trans.

J’en profite pour rajouter d’autres liens. Par exemple, le classique et indispensable @wiki_trans https://wikitrans.co/intro/

Ici vous pourrez retrouver une FAQ de @ToutesDesFemmes sur les mythes et mensonges sur les personnes trans, nombreux points que je n’ai pas évoqué ici : https://toutesdesfemmes.fr/faq-mythes-et-mensonges-sur-les-personnes-trans/

Et en fonction je rajouterai d’autres liens ultérieurement sur ce thread (car je sais que j’en ai oublié plein, le thread étant déjà long je vais me faire une petite pause, je compléterai éventuellement plus tard).

Merci à la @FIDESSorg et à leurs membres pour avoir su écouter, se renseigner sur ces questions, et agir en conséquence face à un discours contraire aux valeurs et principes de leur fédération (soit la lutte contre la désinformation, la discrimination, et pour l’inclusion).

 

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Publié le 24.06.2022 à 10:20

Bashing, tous concernés

Ce qui vient d’être publiquement révélé par Mediapart (voire vidéo ci-dessous) m’incite à inviter chacun et chacune à la plus grande précaution concernant ces rumeurs sur les RS qui participent à nuire à la réputation de nombreuses femmes.

Ce schéma de bashing sur des meufs me semblent tristement récurrent, et très souvent quand les faits sont dévoilés (comme présentement) on voit apparaître les effets destructeurs que cette entreprise de dénigrement a pu avoir sur elles.

Plus encore, ce type de bashing participe à silencier la parole de celles ayant été abusées, à les isoler, à les empêcher de contacter d’autres femmes qui auraient pu être abusées, ne leur permettant pas de trouver ne serait-ce qu’une oreille pour les écouter avec bienveillance.

C’est une arme redoutable, perfide, lâche, que les agresseurs peuvent utiliser dès lors qu’ils ont un peu de notoriété et d »influence sur la toile.

Et à ceux qui encore posent la question « pourquoi elles en ont pas parler plus tôt? », voilà un exemple très concret.

Ce type de bashing, ce n’est pas un phénomène isolé, et il est tout à fait possible que cela se réitère encore dans ce milieu des vidéastes/créateurs sur le web (comme ailleurs).

Ainsi, si vous voyez sur les RS des femmes très précisément ciblées par des rumeurs dénigrantes comme pour délégitimer leur parole, leur création, leur travail, via des rumeurs, des discours méprisants les faisant passer pour incompétentes, manipulatrices, « folles »(etc.)

SVP, n’y participez pas ! Et si vous rétorquez: « oui mais on ne peut pas savoir, comment distinguer le vrai du faux? », eh bien c’est simple, la question du vrai du faux n’a même pas à se poser, il suffit tout simplement de ne pas participer à ce dénigrement.

A titre très personnel, quand je vois ce type de bashing disproportionné que ce soit sur les RS, mais aussi en interne sur, par ex, des discords de créateurs, j’ai plutôt le réflexe d’y voir un indice d’alerte, surtout quand je vois les dynamiques sociales qu’il y a derrière, surtout quand je vois les mêmes discours infondés et que ceux qui les propagent ne savent même pas pourquoi ils le font (et avouent, quand je les interroge, ignorer ce qu’il y a derrière), je redoute d’être là face à une entreprise de bashing du même type.

Ce qui vient d’être publié hier doit donc collectivement nous alerter, tout autant pour les vidéastes/créateur·rices que pour les viewers et n’importe qui sur les RS: quand il y a tant de dénigrement sur une femme, où tout est flou, où les personnes qui propagent eux-mêmes ces rumeurs peinent à savoir pourquoi ils le font, c’est là un gros indice que quelque chose ne va pas. Vraiment !

Lors d’une intervention récente à un évènement où je parlais de la croyance en un monde juste, j’évoquais ce qu’on nomme la  » victimisation secondaire »: « Réactions négatives envers la victime d’une agression de la part des personnes à qui elle parle de l’agression, se confie ou demande de l’aide. » [Joane Turgeon, 2003].

Le bashing orchestré par le ou les agresseurs vient comme enclencher ce type de réactions négatives avant même que la victime n’ait pu pleinement se faire entendre, en lui accolant une « mauvaise réputation », ce qui ajoute à sa crainte de ne pouvoir publiquement en parler y voyant déjà les conséquences négatives. Plus encore, cela mène la victime à internaliser cette réputation, finir par croire qu’elle en est responsable, ce qui est destructeur.

Tout le monde sur les RS peut jouer un rôle quant à la parole des victimes, à la possibilité pour elles de prendre la parole. Quelques conseils en vrac :

  • Ne pas participer à ce type de bashing très facilement identifiable (souvent une meuf qui quoiqu’elle dise sera dévalorisée)
  • Suite à un témoignage, bien avoir à l’esprit que les réactions négatives à l’encontre de la victime sont destructrices (=victimisation secondaire), que vos commentaires seront potentiellement lus, repris, et participeront à s’empiler avec d’autres.
  • Vous ne savez pas que faire quand ces témoignages sortent publiquement ? Un petit mot de soutien c’est déjà pas mal, et quand ces soutiens s’empilent, ça donne de la force aux victimes, et ça contrebalance la victimisation secondaire.
  • Vous ne voulez pas prendre part, en mode « c’est parole contre parole », « on ne sait pas ». Ok. Alors assumez le, ne prenez pas part. Soyez neutre jusqu’au bout si vous le souhaitez en vous abstenant d’intervenir.

J’ai vu passer aussi des commentaires du type « présomption d’innocence », ce qui m’incite à vous partager ce récent Thread de @Lawphilisee :
https://twitter.com/Lawphilisee/status/1540075718104727554

Soutien à nouveau aux personnes qui ont pris la parole, et soutien (par avance) à toutes les autres personnes concernées par ce type de violence, aujourd’hui comme demain.

Ceci était initialement un thread, disponible également ici : https://twitter.com/ChaykaHackso/status/1540249849840472064

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Publié le 20.06.2022 à 17:43

La psychologisation, WTF ?!?

Je suis triste de l’emploi du terme « psychologiser » dont la valence est super négative et accusatrice. D’une part, c’est réduire la psychologie à une perspective qui ignorerait le poids des environnements sociaux sur les problèmes individuels.

Ceci est également un thread que j’ai posté ici :

Je m’exerce à l’exercice du thread non pas pour valoriser twitter, mais parce que ça me cadre et m’incite à faire plus court que des articles-dossier de 100 pages 🙂

https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/psychologisation/
https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/psychologisation

 

Même en psycho clinique on voit le social et ses articulations avec les troubles. Les troubles individuels sont profondément sociaux, les problèmes sociaux causent des problèmes individuels. Tout ça peut être perçu en interaction, en interdépendance, en superposition.

Je trouve que la chaîne de psychocouac montre extraordinairement bien à quel point le bon psychologue clinicien va d’abord explorer toutes les causes possibles pour saisir le problème du patient, et voir comment tout ça s’entremêle, ici par exemple sur l’hypersensibilité :

Issue de : https://www.youtube.com/watch?v=7r7KZyjGhoE

 

D’autre part, je sais aussi que ce terme « psychologisation » renvoie un à problème néolibéral où les structures/phénomènes sociaux sont complètement éludés des réflexions.

Par exemple, on « psychologiserait » quand on dit que le stress c’est uniquement parce que les gens n’arrivent pas à le gérer, tout en ignorant que les environnements sociaux, les situations le causent. (J’en ai parlé ici : Comment la pleine conscience peut-elle être néolibéralisée ? McMindfulness, Travail, Google  )

Mais ce n’est pas faire de la psychologie que d’émettre de tels jugements si réducteurs et erronés. C’est faire une erreur d’internalité allégeante, c’est être dans une norme néolibérale typiquement occidentale.

J’ai fait un résumé de l’erreur d’internalité allégeante ici : https://www.hacking-social.com/2019/02/04/mqc-la-norme-dallegeance-une-forme-de-soumission/ ; en gros, c’est lorsque face à un problème, on met la responsabilité de celui-ci sur l’individu et on exclut toute responsabilité des environnements sociaux.

Les erreurs d’internalité, c’est donc aussi ignorer les facteurs situationnels, des facteurs d’adversité pour qui personne ni quoique ce soit n’est responsable. C’est grave parce qu’à cause de ça, on s’empêche de trouver des solutions efficaces aux problèmes.

Par exemple, un soignant dans l’internalité allégeante, face à un patient aux troubles psychiques qui se plaint d’avoir mal au ventre, va mettre tout sur le dos de ses troubles psy’.

Le soignant n’engage donc aucun soin autre que de demander à se calmer ou dire au patient de se détendre et que c’est rien du tout.

Il s’économise du temps et des efforts au passage, et on peut difficilement lui en vouloir car il est possible que la structure, le manque de moyens l’amène à « optimiser » de cette façon le temps disponible.

Le patient a de plus en plus mal, se plaint encore et encore, l’équipe en a marre de ses « caprices », râle, et finalement après des heures cède à l’envoyer faire des examens approfondis.

C’est trop tard.

Comme il y a eu internalité, l’appendicite a eu le temps de s’aggraver, comme le patient n’était toujours pas cru au « il m’arrive un truc » ça a fini en péritonite puis en septicémie, bref il était aux portes de la mort.

Voilà la gravité où mènent des jugements internes allégeants, aux portes de la mort.

À cette internalité se rajoute les préjugés : par ex. quand vous êtes une femme on peut vous attribuer ce même mal de ventre à une incapacité à gérer la douleur de vos règles ou votre faiblesse supposée face à la douleur (LOL).

Si vous êtes gros, tous les problèmes seront mis sur le compte de votre poids : dans la norme d’internalité allégéante, le surpoids est perçu comme étant de votre responsabilité alors qu’il y a des tas d’autres causes possibles sur lesquelles il serait plus efficace de travailler.

Et vous voyez le drame arriver : si on met tous les problèmes sur une même cause erronée, et bien la maladie qui n’a rien à voir avec cette fausse cause peut évoluer encore et encore jusqu’au drame.

Le jugement interne allégeant dit « c’est de ta faute, c’est pas de ma responsabilité de m’investir plus à enquêter sur ce problème ».

ça vaut aussi pour les problèmes hors médical, j’en ai fait tout un dossier sur la question du chômage, de pôle emploi (full interne allégeant), des missions locales  : [PE1] Pourquoi le Pôle emploi nous déprime et comment y remédier ? 

Et les gens ne sont pas des crétins d’émettre cette internalité allégeante : c’est ainsi qu’ils sont acceptés dans leur environnement social, c’est comme ça qu’ils doivent penser pour être socialement validés, les conditions et des structures poussent à ce raccourci, ils étaient conditionnés à ne pouvoir formuler que des jugements de la sorte.

Donc, nommer ce phénomène d’internalité allégeante « psychologisation », c’est attribuer le problème au fait de chercher dans la psychologie des gens la cause, donc que la psychologie serait une discipline dépolitisée et allégeante.

C’est paradoxalement dépolitiser ce problème que de le foutre sur la responsabilité d’une discipline scientifique qui, vraisemblablement, n’est pas comprise ou qui est encore confondue avec la psychanalyse.

Peut-être que je me trompe et que ce terme de psychologisation désigne une «  psychologie naïve » (cad qu’on pratique sans être expert de la discipline, entre gens lambdas), mais là aussi c’est faire preuve d’internalité allégeante d’accuser les individus de pratiquer un truc nul.

Autrement dit, parler de « psychologisation » pour désigner l’internalité allégeante, que ce soit pour désigner une « psycho naïve » ou la discipline, c’est être interne allégeant, parce qu’on met la cause du problème sur les individus (ou une discipline) qui penserait mal.

Or c’est un problème politique, d’environnements sociaux et de leurs normes. Pas un problème individuel.

Autrement dit, on pourrait dire que le terme psychologisation est psychologisant, ce qui est un sacré paradoxe 😀

Parler d’internalité allégeante, c’est repolitiser le problème : oui, l’internalité est une norme sociale occidentale et l’allégeance est full néolibérale. Les écrits de Beauvois et de Gangloff sont très explicites à ce sujet.

Alors oui, je sais c’est pas pratique du tout à dire internalité allégeante, c’est pas sexy. Je milite pas spécialement pour son introduction dans le langage commun, je cherche juste à partager la connaissance cette norme.

Je comprends tout à fait les collègues qui parlent de psychologisation, je vois ce qu’ils veulent dire. Mais je crains qu’à employer ce mot on masque le politique que porte ce phénomène :

Attribuer toutes les responsabilités à l’individu (internalité) et ignorer des discours/sa réflexion les responsabilités des environnements sociaux (allégeance) c’est jouer les règles du jeu néolibéral, s’y soumettre.

Dire que ça, c’est de la psychologie, c’est se tromper de coupable et être allégeant en masquant involontairement qu’il s’agit d’un problème néolibéral et occidental.

Et, à ce lendemain d’élections totalement déprimantes, où copinent neolibéralisme et autoritarisme, je me dis qu’il est peut-être temps d’appeler un chat un chat.

De dégager toute internalité allégeante de nos discours, réflexions. De ne plus jouer cette règle du jeu.

(sauf si vous avez besoin de vous infiltrer dans un milieu néolibéral, là il s’agit d’apprendre à imiter leurs normes sans s’y soumettre ou s’y conditionner ;D, mais ça c’est une toute autre histoire) .

Donc, si le terme interne allégeant ne vous sied pas, peut-être qu’on pourrait dire que c’est toute simplement une norme néolibérale. Et on pourrait décider d’arrêter de la suivre et de jouer le jeu de la néoliberalisation.

Vous pouvez faire l’inverse de cette définition et j’avais mis d’autres pistes dans cet article : [MQC] La norme d’allégeance : une forme de soumission

J’en ai mis d’autres ici aussi, à la fin du dossier : [PE8] Que faire contre l’allégeance au travail et en général ?

Et évidemment, à fond ici puisque c’est plus de 600 pages qui tentent de trouver des soluces contre l’autoritarisme et le néoliberalisme, sans internalité allégeante : En toute puissance, manuel d’autodétermination radicale – Hacking social (hacking-social.com)

 

Des sources au sujet de l’internalité allégeante et de la néolibéralisation  :

(liste non exhaustive) 

  • Ronald Purser,  « McMindfulness »
  • L’allégeance : un principe des logiques d’aide à l’insertion professionnelleLionel Dagot and Denis Castra https://osp.revues.org/3362
  • Les illusions libérales, individualisme et pouvoir social. Petit traité des grandes illusionsJean-Léon Beauvois
  • La soumission librement consentieRobert-Vincent Joule, Jean-Léon Beauvois
  • Psychologie du travail et des organisationsClaude Lemoine
  • Des attitudes aux attributions, sur la construction de la réalité sociale,  J.C Deschamps et J.L Beauvois

Source de l’image d’entête : https://www.amazon.com/Mugua-Glass-Handmade-Bedroom-Garage/dp/B08DCQW6M4

 

 

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Publié le 14.06.2022 à 14:11

La joie et la fécondité de l’erreur

Vous savez quoi ? Je suis en train d’exulter parce que j’ai fait une erreur, et j’ai envie de vous partager ça. Je trouve qu’on parle pas assez souvent du kiff qu’il y a avec la science, les connaissances, de découvrir qu’on a fait une erreur.

Ceci était initialement un thread que j’ai posté là (je vais tenter de faire plus de billet de ce genre à l’avenir non pas pour obéir à  twitter, mais parce que ça me cadre et m’incite à faire court, ce qui est un défi pour moi 😀 ) : https://twitter.com/HViciss/status/1536684231467880448

J’ai l’impression qu’on ne vous partage qu’une vision autoritaire de l’erreur, notamment à travers les debunkages et autres « CECI EST FAUX ! C’EST CA QUI EST VRAI ! ». Ce genre de truc, moi je le vis en mode « tu as été une espèce de sous merde, avoue le !!! ». C’est vachement sapant.

Alors que parallèlement, lorsque j’étudie des articles ou recherches scientifiques, je vis mes erreurs (ou celles présentées) comme un big bang dans ma tête, c’est d’une kiffance absolue. Quel contraste !

Donc voilà. J’étudie depuis un certain temps le game design, la gamification (transposer les mécaniques du jeu dans des choses qui ne sont pas du jeu) etc. Je suis très critique de la gamification qui s’avère être un domaine quasi totalement approprié par le marketing et le management manipulateur pseudolibre.

J’en ai déjà parlé un peu ici : Changer le(s) système(s) : La Gamification [1] 

A force de lectures et de réflexion, je commence à réfléchir à une façon de « gamifier » qui serait plus saine, et l’un des critères qui me semblait important d’inclure serait d’enlever les souffrances. Le jeu est plaisant parce qu’on risque pas des douleurs, ni sa vie. Rien n’y est grave.

(je met « gamifier » entre guillemets parce que ce que je bidouille est plus de l’ordre de la playification, c’est-à-dire qu’on met un élan ludique dans la vie, ce qui amène à changer les mécaniques des activités vers des choses similaires au jeu).

En conséquence, il me semblait donc logique qu’une « playification » serait d’enlever la gravité de la vie à certaines activités.

ERREUR.

Mais avant ça, je suis passée par plein d’étapes.

Je rangeais mes notes, je triais et je me dis « tiens si j’allais re-fureter chez Mihaly ». J’ai déjà eu un premier big bang dans ma tête en redécouvrant que la notion de flow est venue parce qu’en gros Mihaly respectait (trop à mon sens) les classifications du jeu et du play.

Mais le flow, c’est du play. Donc quelqu’un qui est en kiff total, concentré au max dans son activité est dit en flow, mais ça aurait du être nommé du play, ce qui fait une passerelle de malade avec le domaine du game design, moi ça me rend ouf de joie.

Et là, je continue de fouiner dans son ouvrage, et je me rappelle qu’il a étudié les personnes pratiquant l’escalade. Je me plonge dans leur témoignage, sans doute plus profondément que la première fois, et ça me rappelle mes expériences de bodysurf avec une pote quand on était ado.

Cette pote était vraiment une tête brûlée, excessive en tout, je l’adorais pour ça, on se retrouvait souvent dans des situations incongrues. Son obsession du moment c’était le bodysurf, et on en faisait toute la journée, puis toutes les vacances, et dans toutes les conditions.

On l’a fait même en pleine tempête, on arrivait sur la plage à une vitesse folle, c’était ultra dangereux. Mais quel kiff, et même en se foirant totalement, c’était merveilleux d’être sous l’eau mousseuse, la lumière qui perçait ses milliers de bulles.

C’est encore plus beau que ça dans mes souvenirs, quand bien même je pouvais en même temps boire la tasse, c’était mémorablement beau. Source image : https://www.patagonia.ca/stories/pointless-beauty-the-art-of-bodysurfing/story-117564.html

Ok donc voilà un play et un game absolument dangereux, où il y a eut des souffrances (ma pote s’était pris je ne sais combien de fois des rochers, sans compter des piqures de bestioles et les coups de soleils), et qui était pourtant totalement mémorable tellement c’était bien.

(j’exclus l’idée de sport à ce qu’on faisait, on suivait aucune règle logique si ce n’est de tester encore et encore l’activité sous toute les coutures, c’était vraiment pris et vécu comme un jeu)

Et les témoignages d’escalade de Mihaly rapporte encore davantage ce lien entre élan ludique dans une activité pourtant hautement dangereuse. C’est même du genre épique voire transcendant, notamment parce qu’il y a la nature dans l’équation.

Voici la merveilleuse erreur qui me fait sourire ici : pour une raison que j’ignore, j’avais oublié cette dimension très étrange qu’on peut avoir un kiff total avec des activités qui mettent nos vies en danger, qui nous laisse des blessures. Des blessures physiques, des dangers physiques.

On peut totalement être motivé par faire face à de l’adversité parfois violente, que ce soit le risque du vide, la violence d’une vague. L’humain est formidablement tête brûlée face à l’adversité de la vie, si ça lui permet de découvrir d’autres choses.

Vouloir diminuer les souffrances n’est pas une erreur totale de ma part, mais une imprécision : la souffrance qui est diminuée dans ces activités dangereuses (mais bien cadrées), c’est celle sociale. Pas d’ostracisation, d’humiliation, d’oppression, de harcèlement, etc.

Personne ne se fout de vous dans l’activité dangereuse que vous décidez de poursuivre encore et encore. Peut-être en dehors, mais cela se voit qu’ils ne saisissent pas l’enjeu ni l’expérience, donc il y a quelque chose qui annule cette souffrance sociale : l’autre est vraisemblablement ignorant de ce qui se joue réellement.

Mon erreur était d’avoir oublié que l’humain peut être téméraire, joueur, pour des trucs risqués pour sa vie, y compris le risque de souffrance physique. Par contre, tout élan volontaire et joueur cesse s’il y a souffrance sociale à l’activité.

Certain dépassent cette peur de la souffrance sociale pour agir, parfois le font avec cet élan ludique (certains témoignages ici : [PA1] La personnalité altruiste), mais les blessures sociales sont anti-play.

Un gamer peut continuer à jouer pour contrer les humiliations des compétiteurs, parfois avec acharnement, mais il n’est plus dans le play (élan ludique), il se débat, se venge, s’acharne. ça devient une affaire sérieuse où son honneur est mis en question.

AH mais quelle merveilleuse erreur, je suis tellement contente de l’avoir faite.

Donc voilà, c’était juste pour vous partager le bonheur de se gourer, de découvrir pourquoi, puis de se réajuster en conséquence : c’est un bonheur total parce que ça ouvre des portes, des horizons à explorer, débloque une inspiration et des espoirs futurs de nouvelles erreurs ou découvertes.

C’est pour cela que j’ai beaucoup de mal à comprendre des collègues sceptiques, d’esprit critique ou zététicien avec leur version du doute. Pour moi l’erreur en science, c’est d’une fécondité qui fait apparaître un nouveau territoire. C’est la joie de l’explorateur qui se rend compte qu’il s’est gouré de direction, qu’il a fait n’importe quoi, mais qui découvre autre chose au passage. C’est d’une motivation incroyable à continuer encore et encore. S’il n’y a pas de territoire lorsqu’on montre l’erreur, à quoi bon ?

Et la subjectivité, nos émotions, nos expériences sont importantes : me rappeler de ces expériences de bodysurf m’a permis de comprendre profondément le flow décrit par Mihaly chez les amateurs d’escalade, m’a permis de déceler des erreurs dans mes hypothèses.

C’est pourquoi j’ai aussi du mal à comprendre cette guerre contre la subjectivité, les émotions, le vécu d’une personne face au « Savoir », comme si c’était un poison. Au contraire, cela peut se compléter avec force pour apprendre plus.

Ce n’est pas parce que j’ai raccroché un savoir à une de mes expériences que pour autant je vais généraliser, le projeter ou en faire une prescription. Ça me permet juste de comprendre, d’intégrer un savoir plus pleinement.

Ne vous supprimez pas vous et vos expériences dans l’espoir d’être « rationnel », la rationalité fonctionne AVEC les émotions (cf Damasio). Intégrez les avec régulation et tout ira merveilleusement bien dans un océan de kifferies 🙂

Il ne s’agit là juste que d’un petit partage d’expérience. En vous souhaitant de faire des erreurs aussi joyeuses que j’en ai pu avoir ce matin 🙂

Les livres dont je parle dans ce fil : 

  • Beyond Boredom, Mihaly Csikszentmihalyi
  • L’erreur de Descartes, Antonio Damasio
  • Spinoza avait raison, Antonio Damasio

Sur la définition du jeu, du game, du play, de la gamification (liste non exhaustive de mes inspirations) : 

  • Des jeux et des hommes, Caillois
  • Homo Ludens, Huizingua
  • Le jeu, Colas Duflo
  • L’art du game design, Jesse Shell
  • Rules of play, Eric Zimmerman, Katie Salen
  • Glued to games, Deci et Rigby
  • Gamer psychology and behavior, Barbaros Bostan
  • Rethinking Gamification, Fuchs Mathias, Fizek Sonia, Ruffino Paolo, Schrape Niklas
  • Designing games, Tynan Sylvester
  • Recipe for a meaningful gamification, Nicholson

Source image d’entête : https://www.holdsurf.es/bodysurf/

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Publié le 25.05.2022 à 15:04

De retour aux geek faëries pour le forum IRL !

C’est avec une immense joie qu’on retourne aux geek faëries pour vous retrouver !

Comme d’habitude, on animera le forum IRL qui est un lieu de discussion, d’échange et de co-construction sur un sujet, ensemble. C’est extrêmement enrichissant pour nous à chaque fois, car des tonnes d’idées émergent, on refait le monde en mieux, on s’apporte les uns aux autres.

On espère que cela sera inspirant pour vous aussi <3

Si vous ne connaissez pas les Geek Faëries, Tracks avait fait un documentaire sur le festival, disponible ici :


Le programme du Forum IRL


Et voici le programme :

♥ Samedi matin 10h-12h : discussion libre

C’est la matinée croissant à la chocolatine !

On sait que généralement le samedi matin, c’est le grand moment de la découverte de tous les lieux et activités du festival ; le forum IRL s’ouvre aussi en douceur, on ne planifie pas un sujet en particulier, nous verrons tous ensemble où nos échanges nous mènent 🙂

♦ Samedi après midi 14h30-16h30 : les autoritaires

On discute autour du thème des autoritaires, c’est-à-dire un sujet que nous avons traité ici :

Le forum IRL, c’est une opportunité de construire ensemble avec les idées de chacun, de tout rassembler et de voir des zones d’empuissantement et de développement social se dessiner plus clairement : ainsi sur le sujet des autoritaires, en comprenant ces profils et comment ils émergent, nous pourrons, peut-être échanger nos trucs qui ont fonctionné pour diminuer l’autoritarisme chez nous, notre entourage ou notre environnement social. Autrement dit, comment on peut réussir à diminuer (chez nous/autrui/dans les environnements sociaux) l’agressivité autoritaire, la soumission à l’autorité, et comment sortir des geôles du conventionnalisme.

♣ Samedi soir 20h : la projection interdite

C’est la projection sur place de notre épisode sur la réactance ! À la fin, on aura un petit moment avec vous pour en discuter et on pourra poursuivre la discussion en dehors de la grande tente.

Vous pouvez venir assister à la projection sans cagoule, cela est exceptionnellement autorisé, mais pour une durée limitée (le temps de la projection).

♦ Dimanche matin 10h-12h : Autodétermination et jeux vidéo

On parlera d’autodétermination, c’est le sujet qui a été au cœur de notre dernier livre : En toute puissance, manuel d’autodétermination radicale

J’emmènerais un exemplaire sur place (ainsi que L’homme Formaté), mais sans Grifouille 🙂

Et  voici un article qui résume la théorie de l’autodétermination : Se motiver et motiver autrui : une histoire d’autodétermination.

Après avoir expliqué rapidos ce qu’est la théorie de l’autodétermination, on va discuter de ce qui dans les jeux (vidéos ou non) a nourri nos besoins fondamentaux et nous motive. Il s’agit d’en extirper les éléments, mécaniques kiffantes pour bien voir ce qui nous fait du bien, pourquoi c’est vraiment quelque chose qu’on adore. Peut-être aussi qu’on pourra y voir les trucs repoussants, énervants, méchamment manipulatoires.

Puis on verra si c’est possible de transposer IRL les facettes positives (et d’évincer les négatives ou les contrer) dans des activités qui n’ont rien d’un jeu voire qui sont pénibles. Il est possible qu’on découvre des parallèles étonnants ensemble.

Évidemment, cet exercice peut potentiellement nous donner des tas d’idées pour être plus autodéterminé, autodéterminateur, développer nos environnements sociaux. Cela pourra peut-être être mis en lien avec l’atelier précédent sur les autoritaires.


 

Pour d’autres renseignements


Vous trouverez tous les participants, événements, ateliers, conférences et informations utiles à cette adresse : https://www.geekfaeries.fr/

L’article De retour aux geek faëries pour le forum IRL ! est apparu en premier sur Hacking social.


Publié le 02.05.2022 à 10:39

Ce qu’on peut faire face à Cambridge Analytica

Précédemment, nous avions vu que le scandale CA en était bien un, et que les arguments avançant que la prédiction de la personnalité ne fonctionnait pas ou n’avait pas d’intérêt ne tenaient pas. Il y avait bien eu manipulations et opérations psychologiques par CA/SCL, sur différentes populations du monde, pour 200 élections. On termine aujourd’hui avec les différentes réponses à ce problème, d’un point de vue politique, hygiène numérique et sécurité à la fois numérique et psychologique.

Les articles précédents de ce dossier : 

La totalité du dossier ici en PDF : CA.pdf  ; ou en epub : CA.epub


Que faire : la réponse politique


Globalement, cette affaire a amené les législateurs (étasuniens, anglais, européens) à demander plus de contrôles et de régulations concernant Facebook, plus de possibilités de transparence et d’informations. Cette transparence leur permettrait de mieux enquêter mais aussi pour les utilisateurs d’avoir plus accès au refus du traitement de leurs données. Ils ont également demandé plus de moyens pour des organismes comme l’ICO (l’équivalent en Angleterre de notre CNIL) et de futurs régulateurs indépendants pour prévenir les tentatives de désinformations. L’indépendance de ces régulateurs a été particulièrement soulignée, afin d’éviter les dérives gouvernementales/politiques de censure. Ils ont demandé de changer les politiques afin de donner des amendes aux plateformes impactantes en cas d’illégalité et d’investir davantage dans l’éducation au numérique à l’école. Les législateurs européens ont également appelé à plus de transparence, de régulations non seulement des plateformes mais également des partis politiques. Ils ont aussi adopté des punitions contre la mauvaise utilisation de données par les partis1.

À noter que bien qu’il ait eu des désaccords entre sénateurs américains lors des auditions en général, j’ai été assez étonnée de voir que face à Facebook démocrates et républicains étaient assez raccords sur une même ligne accusatrice. En Angleterre aussi, on voit une même direction accusant Facebook prioritairement. Tout le monde, y compris des politiciens de partis opposés, en ont eu marre d’entendre une énième fois Facebook s’excuser après s’être conduite avec un irrespect des lois. Depuis des années, la plateforme se permet tout jusqu’au scandale, s’excuse, promet de bien faire, dit oui à tout ce qu’on lui demande, puis se re-permet d’aller plus loin jusqu’au futur scandale. Entre-temps, les gens sont tout le temps lésés, exploités, et d’autres entreprises tel que Cambridge Analytica en profitent pour saisir les opportunités de manipulations permises par la plateforme.

Pour plus d’informations et de détails sur les régulations, les appels à transparence et aux nouvelles règles politiques proposées, voici les liens :


Que faire pour lutter contre la désinformation : la réponse des chercheurs


Je m’attarde ici davantage, non pas que je dénigre les solutions politiques et/ou distales, mais tout simplement parce qu’il s’agit de notre ligne éditoriale qui est davantage centrée sur les perspectives de psychologie sociale.

Tout d’abord, les chercheurs Linden, Roozenbeek, Compton, Lewandowsky2 proposent de qualifier le problème de désinformation :

« – 2.1 : Les termes « fake news », « désinformation », « propagande » et « désinformation » sont souvent utilisés de manière interchangeable pour décrire des informations fausses ou trompeuses.
– 2.2 : « Fake news » n’est pas le terme idéal, car une information ne doit pas nécessairement être fausse (ou d’actualité) pour être trompeuse. Le terme que nous préférons est donc « désinformation ».
– 2.3 : Nous définissons la « désinformation » d’un point de vue psychologique comme « une information fausse ou trompeuse destinée à tromper son public ». Cela peut inclure un programme politique mais n’est pas exclusivement lié à des acteurs étatiques ou non étatiques. »

Written evidence submitted by Dr. Sander van der Linden, Mr. Jon Roozenbeek,Mr. Ruurd Oosterwoud (DROG),Associate Professor Josh Compton, Professor Stephan Lewandowsky, The Science of Prebunking: Inoculating the Public Against Fake News https://data.parliament.uk/WrittenEvidence/CommitteeEvidence.svc/EvidenceDocument/Digital,%20Culture,%20Media%20and%20Sport/Disinformation%20and%20%E2%80%98fake%20news%E2%80%99/Written/79482.html

Et ils rappellent que c’est un problème :

« – 3.1 : La désinformation peut saper le processus démocratique en semant la confusion, en induisant en erreur ou en polarisant les gens, et entraver la prise de décision fondée sur des preuves, ce qui pose des risques, par exemple pour la santé publique, la confiance dans le gouvernement et les relations internationales3
– 3.2 : Les rapports d’opinion publique montrent qu’une majorité du public ne comprend pas les faits essentiels et a du mal à savoir quelles informations croire et à quoi se fier, notamment en ligne4.
– 3.3 : Il est important de noter que les croyances fondées sur la désinformation, une fois acquises, sont difficiles à corriger, même lorsque les gens reconnaissent qu’ils ont été mal informés5».

Written evidence submitted by Dr. Sander van der Linden, Mr. Jon Roozenbeek,Mr. Ruurd Oosterwoud (DROG),Associate Professor Josh Compton, Professor Stephan Lewandowsky, The Science of Prebunking: Inoculating the Public Against Fake News https://data.parliament.uk/WrittenEvidence/CommitteeEvidence.svc/EvidenceDocument/Digital,%20Culture,%20Media%20and%20Sport/Disinformation%20and%20%E2%80%98fake%20news%E2%80%99/Written/79482.html

Ils proposent de s’appuyer sur un nouveau domaine interdisciplinaire qui mêle technologie et psychologie :

« – 4.1 : Étant donné l’ampleur du problème, nous demandons des solutions technologiques fondées sur des principes psychologiques, un domaine interdisciplinaire connu sous le nom de « technocognition »6.

Written evidence submitted by Dr. Sander van der Linden, Mr. Jon Roozenbeek,Mr. Ruurd Oosterwoud (DROG),Associate Professor Josh Compton, Professor Stephan Lewandowsky, The Science of Prebunking: Inoculating the Public Against Fake News https://data.parliament.uk/WrittenEvidence/CommitteeEvidence.svc/EvidenceDocument/Digital,%20Culture,%20Media%20and%20Sport/Disinformation%20and%20%E2%80%98fake%20news%E2%80%99/Written/79482.html

Ils précisent que le debunkage (traduit ici en « démystification ») est peu utile :

« – 4.2 : Notre connaissance de la cognition humaine suggère que le développement de meilleures techniques de démystification (c’est-à-dire la correction des idées fausses après coup) ne sera probablement pas suffisant et que même lorsque des corrections sont émises, le mal est souvent déjà fait. En fait, l' »effet d’influence continue » suggère que les corrections sont souvent inefficaces car les gens continuent souvent à se fier à la désinformation démystifiée7. »

Written evidence submitted by Dr. Sander van der Linden, Mr. Jon Roozenbeek,Mr. Ruurd Oosterwoud (DROG),Associate Professor Josh Compton, Professor Stephan Lewandowsky, The Science of Prebunking: Inoculating the Public Against Fake Newshttps://data.parliament.uk/WrittenEvidence/CommitteeEvidence.svc/EvidenceDocument/Digital,%20Culture,%20Media%20and%20Sport/Disinformation%20and%20%E2%80%98fake%20news%E2%80%99/Written/79482.html

À la place, il propose une « inoculation », qui est un pré-bunking, une démystification préventive, des « anticorps mentaux » :

 » – 4.4 : L’inoculation suit une métaphore biologique : tout comme les injections contenant une petite dose affaiblie d’un virus peuvent déclencher des anticorps dans le système immunitaire pour conférer une résistance contre une future infection, on peut raisonnablement obtenir la même chose avec l’information, en cultivant des « anticorps mentaux ».

Ils parlent aussi de vaccin contre la désinformation :

« – 4.5 : L’inoculation8trouve son origine dans l’étude psychologique de la manière dont la propagande influence l’opinion publique et de nombreuses études ont démontré que les attitudes publiques peuvent être inoculées contre la persuasion (non désirée)9.
– 4.6 : Des études menées par deux des auteurs montrent que l’inoculation des publics contre la désinformation s’est également avérée efficace dans le contexte de questions hautement politisées telles que le changement climatique10.
– 4.7 : Une étude pilote réalisée par deux des auteurs suggère la possibilité de développer un « vaccin » général contre la désinformation11. Nous avons émis l’hypothèse qu’au lieu de simplement recevoir passivement des informations, le fait d’inciter les participants à réfléchir activement à la manière dont les fake news sont produites et à la façon dont les publics peuvent être trompés pourrait avoir des effets bénéfiques sur la capacité des participants à reconnaître les fake news et à y résister.
– 4.8 : Les résultats de cette étude pilote relativement modeste ont été provisoires mais positifs, et nous ont incités à explorer davantage cet angle en ligne ».

Written evidence submitted by Dr. Sander van der Linden, Mr. Jon Roozenbeek,Mr. Ruurd Oosterwoud (DROG),Associate Professor Josh Compton, Professor Stephan Lewandowsky, The Science of Prebunking: Inoculating the Public Against Fake Newshttps://data.parliament.uk/WrittenEvidence/CommitteeEvidence.svc/EvidenceDocument/Digital,%20Culture,%20Media%20and%20Sport/Disinformation%20and%20%E2%80%98fake%20news%E2%80%99/Written/79482.html

Ils ont aussi créé un jeu en ligne « Bad news » qui est comme une inoculation générale contre la désinformation :

« – 5.3 : Dans le jeu, les joueurs apprennent à reconnaître six techniques courantes utilisées dans la création de désinformation : l’usurpation d’identité, l’utilisation de l’émotion, la polarisation, les théories du complot, le discrédit des adversaires et le trolling. Ces techniques sont basées sur une revue de la littérature académique sur les techniques de désinformation12 et sur le rapport « Digital Hydra » du NATO StratCom COE sur la désinformation en ligne13.
– 5.4 : Un élément important du jeu est qu’il n’est pas chargé idéologiquement. Le jeu permet aux citoyens de tout l’éventail politique d’apprendre sans se sentir visés.

[…] 5.7 : Afin d’évaluer son efficacité, nous avons mené une expérience d’enquête en ligne, dans le jeu, qui a testé le jeu  » Bad News  » en tant qu' » inoculation  » généralisée contre la désinformation. L’enquête a testé la capacité des participants à reconnaître les fausses nouvelles et la tromperie.

– 5.8 : Les résultats complets de l’étude seront publiés dans les prochains mois. Les premiers résultats (avec un échantillon de 751 participants) montrent que le jeu est efficace pour transmettre une résistance aux techniques courantes utilisées dans la diffusion de la désinformation. Après avoir joué, les gens étaient nettement plus aptes à reconnaître l’usurpation d’identité, le contenu conspirationniste et la déviation intégrés dans des faux titres inédits.

– 5.9 : Il est important de noter que, tout comme la désinformation peut se propager rapidement, le « vaccin » peut également être partagé socialement14, ce qui offre la possibilité d’une immunité collective contre la désinformation, qui pourrait également protéger ceux qui n’ont pas reçu directement l’inoculation. »

Written evidence submitted by Dr. Sander van der Linden, Mr. Jon Roozenbeek,Mr. Ruurd Oosterwoud (DROG),Associate Professor Josh Compton, Professor Stephan Lewandowsky, The Science of Prebunking: Inoculating the Public Against Fake Newshttps://data.parliament.uk/WrittenEvidence/CommitteeEvidence.svc/EvidenceDocument/Digital,%20Culture,%20Media%20and%20Sport/Disinformation%20and%20%E2%80%98fake%20news%E2%80%99/Written/79482.html

Plus généralement face à des affaires de désinformation, ils recommandent :

«  – 6.1 : Familiariser les publics avec les techniques communes utilisées dans la diffusion de la désinformation pourrait responsabiliser le public de manière proactive, en réduisant potentiellement l’adhérence et l’efficacité de la désinformation avant qu’elle ne soit rencontrée.

– 6.2 : En se concentrant sur les techniques plutôt que sur les antécédents des personnes et des organisations responsables de la diffusion de la désinformation, on évite un certain nombre de pièges courants présents dans de nombreux efforts de lutte contre la désinformation. Par exemple, il n’est pas nécessaire d’avoir un « ministère de la vérité » qui détermine ce qui est et ce qui n’est pas une « fake news ». Au contraire, on peut donner aux gens les moyens, au niveau individuel, de discerner les vraies des fausses nouvelles.

– 6.3 : Nous recommandons donc au Parlement de ne pas s’attacher à « corriger » la désinformation après le « fait », mais plutôt à l’empêcher de prendre racine en premier lieu.

– 6.4 : Compte tenu de l’efficacité de l’inoculation en tant qu’outil pour promouvoir la résistance aux fake news et aux tentatives de persuasion (de masse) indésirables, nous recommandons la mise en œuvre de stratégies de prébunking et d’interventions inspirées de la « technocognition » similaires au jeu des « Bad news » dans les milieux éducatifs, civils et professionnels »

Written evidence submitted by Dr. Sander van der Linden, Mr. Jon Roozenbeek,Mr. Ruurd Oosterwoud (DROG),Associate Professor Josh Compton, Professor Stephan Lewandowsky, The Science of Prebunking: Inoculating the Public Against Fake News https://data.parliament.uk/WrittenEvidence/CommitteeEvidence.svc/EvidenceDocument/Digital,%20Culture,%20Media%20and%20Sport/Disinformation%20and%20%E2%80%98fake%20news%E2%80%99/Written/79482.html

On voit qu’ici les chercheurs se sont concentrés sur la façon d’être davantage immunisé face à la désinformation. Mais on peut aussi s’aider en contrôlant son usage et ses pratiques numériques plutôt que d’être contrôlé par les plateformes. Tout comme des gestes d’hygiène protègent d’attraper des virus, ici des solutions de sécurité et/ou libriste évitent d’être exposées à divers « virus » de désinformation.


Qu’est-ce qu’on peut faire d’ores et déjà : pratiques de sécurité, pratiques libristes


On le précise tout de suite, les pratiques de sécurité et libristes n’empêcheront pas les partis, les entreprises type CA, les réseaux sociaux d’exploiter tout de même les données, de surveiller, de tenter de manipuler. Si on part dans l’optique d’abattre les GAFAM (cf image ci-dessous) ou la surveillance de masse avec ces pratiques, on risque d’être très frustré des résultats et de s’énerver contre ceux qui ne les suivent pas, ce qui sera improductif à les convaincre d’opter pour nos pratiques (j’en ai parlé ici https://framablog.org/tag/viciss/).

Tout comme cela ne servait à rien d’hurler sur les non-vaccinés/non-porteurs de masques pour les convaincre à une hygiène sanitaire, il en va de même pour les pratiques d’hygiène numérique : on ne motive pas à une nouvelle pratique par l’humiliation, l’attaque, l’injonction, le mépris, la condescendance etc15.

On en avait parlé ici : https://www.youtube.com/watch?v=0JA09O59qWY

GAFAM est l’acronyme pour Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.

On ne sera jamais pleinement sécurisé et anonyme non plus – même si on peut aller très loin dans la sécurité pour des raisons militantes et/ou de lancement d’alerte. Souvent, même lorsqu’on pratique une haute sécurité pour certaines activités qui le requièrent, on a parallèlement et surtout séparément un usage lambda d’Internet. Internet est devenu essentiel à notre vie quotidienne pour des démarches administratives, professionnelles, achats en ligne, rendez-vous, etc. Or, cet usage lambda s’oppose intrinsèquement à des pratiques de haute sécurité pour la simple raison qu’on y est forcé de donner son nom et données personnelles, parfois même les services administratifs forcent à avoir des pratiques faillibles (par exemple, empêcher d’avoir un mot de passe compliqué).

Cependant, on peut avoir des pratiques de protection/libristes qui aident non seulement contre des exploiteurs comme CA ou les GAFAM, mais aussi contre les tentatives de hacks ou d’arnaques (phishing, ingénierie sociale), cela peut aussi aider à protéger sa vie IRL lorsqu’on est cible ou potentiels cibles de cyberharcèlement (si par exemple l’adresse du domicile demeure inconnue, cela peut éviter d’être attaqué chez soi). Ces pratiques sont aussi intrinsèquement anti-pub (puisque ça les supprime du paysage internet), visent un empuissantement et une autonomie de ses pratiques numériques, quelque soit leurs perspectives.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les compétences techniques requises pour les mettre en œuvre ne sont pas forcément élevées : tout dépend aussi du pourquoi il y a mise en place des mesures de protection, et de ce que vous avez à gérer. Il est évident que si vous gérez techniquement la sécurité d’une entreprise, la liste présentée ci-dessous ne vous sera d’aucune utilité, mieux vaut préférer d’autres sources spécialisées en cybersécurité. Idem si vous êtes dans une situation à la Snowden, avec de forts risques, le niveau de sécurité devra être beaucoup plus élevé. Une règle générale qu’on peut se donner, c’est de contrôler sa vie numérique plutôt qu’elle nous contrôle, et ce contrôle doit augmenter en fonction du niveau de menaces. En tant qu’usager lambda ne faisant rien d’illégal, le contrôle / la sécurité peuvent être assez légers ; si vous êtes lanceur d’alerte révélant des secrets sous le sceau du confidentiel, avec risque d’arrestation, là il va falloir techniquement s’organiser de façon pointue ne serait-ce que pour transporter les informations de façon sécurisée. Entre les deux, être salarié de n’importe quelle entreprise, être créateur de contenus, être militant, demande un niveau de sécurité tout de même sérieux : même un salarié qui ne s’occupe pas de documents confidentiels possède des clefs d’accès à des informations potentiellement précieuses (ne serait-ce qu’un mot de passe ouvrant son poste/ses sessions sur tel environnement numérique professionnel), idem pour tout rôle exercé sur Internet. Internet reste encore un Far-West, pour le meilleur comme pour le pire.

Ici, je vais me concentrer sur des conseils de base qui permettent de se protéger légèrement et que j’ai sélectionnée parce qu’ils ont un avantage psychologique voire hédonique : globalement, ça fout la paix à nos processus cognitifs et nous simplifie la vie, contrairement à un usage sans aucune de ces protections et usages.

  • Se libérer de la pub partout prend une minute et c’est tout, ne demande aucune connaissance et compétence.

Selon votre navigateur préféré, cliquez sur le lien :

Puis vous cliquez sur « ajouter »/ « installer ».

Et voilà.

Si vous cherchez à bloquer la pub ailleurs, ce tuto de Résistance à l’agression publicitaire et de la Quadrature du net est extrêmement bien fait et simple : Bloque la pub

Un exemple d’un site sans bloqueur puis avec bloqueur. On avait parlé plus longuement du problème que posait la pub dans cet article : les résistances du net : bloqueur de pubs https://www.hacking-social.com/2016/03/21/3-les-resistances-du-net-bloqueur-de-pub/

Je pense que je n’ai pas besoin d’argumenter pendant 150 ans pour montrer les avantages qu’il y a à prendre une demi-minute pour installer un bloqueur de pub, les images au-dessus parlent d’elles-mêmes. Il y a un gain de confort évident pour la lecture, l’attention n’est pas capturée par les contenus sexuels (le couple et les grosses voitures partout).

Au sujet de la sexualisation des voitures : https://www.youtube.com/watch?v=1JQE4YZS1Cg

Et si vous culpabilisez de la crainte que vos sites/vos chaînes préférées perdent en rémunération, maintenant la plupart des créateurs ont des dispositifs type Utip, Tipeee, Liberapay ou des chaînes Twitch qui leur permettent de recevoir des dons, on peut les aider en s’abonnant, en achetant leurs goodies ou leurs productions matérielles, etc.

À noter que pour nos contenus sur YouTube, nous vous conseillons de garder vos bloqueurs de pubs car nous sommes volontairement démonétisés, la pub parfois forcée par YouTube n’est pas du tout notre choix et nous n’en touchons aucun bénéfice ; idem pour les cookies, on en a très peu sur le site, vous pouvez les refuser complètement sans que cela nous porte préjudice.

  • installer des extensions rassurantes sur ses navigateurs, là encore ça prend une minute et après on est plus tranquille :
    • HTTPS Everywhere est une extension qui chiffre vos communications sur de nombreux sites majeurs, ça rend la navigation plus sûre. Ici vous trouverez tous les liens selon votre navigateur : https://www.eff.org/fr/https-everywhere

 

  • Faire de son navigateur internet son pote ; on peut prendre une minute pour le configurer afin qu’il soit un allié d’un point de vue sécurité. Tout comme un ami garde vos secrets que vous lui confiez et ne va pas cafter au premier venu ce que vous avez fait la nuit dernière, le navigateur bien configuré « oublie » ce que vous avez fait sur le net, donc ne le répétera pas aux curieux.

Avec Firefox, c’est ultra simple. Vous allez dans outils, puis paramètres, et vous cochez « protection stricte » ; vous pouvez aussi supprimer l’enregistrement automatique des mots de passe. Retenir tous ses mots de passe différents et compliqués peut avoir pour avantage de stimuler sa mémoire et/ou de s’empêcher d’aller se déconcentrer sur les réseaux sociaux : généralement, se rajouter des étapes ou des choses ennuyantes à faire pour accéder à tel truc dont on est accro et dont on veut décrocher permet d’arriver à mieux contrôler son propre comportement grâce à la flemme16.

Ceci étant dit, si vous n’avez pas besoin de vous canaliser à ce niveau-là, un gestionnaire de mots de passe peut aussi tout à fait convenir.

Puis, toujours dans les paramètres de Firefox, vous pouvez configurer l’historique pour qu’il ne soit jamais enregistré. À la place pour se rappeler, on peut faire des marque-pages des liens, on peut les organiser en dossier bien rangé, etc. Mieux vaut favoriser la collection d’hyperliens qui vous transportent directement là où vous voulez aller, que de signaler à google – ce cafteur – chacune de vos activités routinières en lui demandant de vous envoyer ici ou là. De plus, c’est plus rapide de faire un clic sur votre hyperlien mis en valeur que de taper le mot-clef sur google.

Un exemple de marques-pages organisé en dossier pour faciliter la navigation, sur firefox – je pense que les usages du pourquoi de la sécurité y sont suffisamment explicite:D ; un clic et hop on va directement sur le site plutôt que de dire à ce cafteur de Google où on veut aller.

La CNIL a fait des tutos à ce sujet, ils sont très accessibles et clairs :

 

  • Apprendre à fermer la porte quand on sort d’une pièce et qu’on passe à une autre. Autrement dit, avec votre navigateur super sécurisé, il suffit de tout fermer pour « clôturer » une activité (votre historique est effacé par exemple), puis rouvrir le navigateur pour passer à une autre activité. J’aime bien cette idée parce que psychologiquement parlant ça marque le coup, ça permet d’être au clair avec ses activités et de se canaliser si on a une attention chaotique comme moi : là je m’amuse, là j’ai fini, donc je ferme la porte, là je re-ouvre et je passe en mode travail – puis, j’ai fini donc je ferme la porte, etc.

Je ne sais pas si ça aidera. Ici on est vraiment sur quelque chose de subjectif. Personnellement j’ai besoin d’encadrer – même symboliquement – mes activités, sinon je vais être tentée de faire tout à la fois et je vais faire n’importe quoi : fouiner dans les recherches scientifiques puis être capturée par des vidéos d’animaux parce que je me demande soudainement comment s’entendent les chats avec les renards, tout en voulant écouter une millième fois ce nouveau son, puis me rappeler soudainement que je dois faire cette démarche administrative, me battre avec le site administratif, échouer à faire la démarche, puis enfin ne plus me rappeler ce que je cherchais quand je fouinais sur lib gen. À la place, je fais des recherches, je sais que je suis sur tel navigateur sécurisé + un VPN, que si je veux me distraire avec des vidéos d’animaux, va falloir d’abord couper le VPN, fermer le navigateur, puis ouvrir un autre. Du coup, rien que ces étapes font que je reste sur le travail en cours avant de passer à l’étape distraction : chaque activité est à sa place, les unes après les autres, mon attention est davantage sous mon contrôle.

  • Des navigateurs-potes configurés différemment. C’est un truc que je fais pour sauvegarder mon attention et pour gérer notre activité. Cela peut peut-être un peu aider à maintenir de la sécurité en canalisant son propre comportement, mais je pense que ça peut servir davantage à ne pas tomber dans la captation par les réseaux sociaux.

Concrètement, personnellement j’ai configuré un navigateur spécifique pour les réseaux sociaux, je consulte au besoin, mais pour tous mes autres usages, j’en utilise un autre qui ne se connecte jamais à un réseau social, qui est beaucoup plus sécurisé. J’aime bien parce que ça clarifie les activités, c’est comme IRL, on utilise tel moyen de transport pour faire tel truc. Selon les moments aussi, la fréquentation des réseaux sociaux peut devenir toxique (parce que chronophage, ou parce que l’humeur générale est à la bagarre, y a des sales nouvelles, la bulle de filtre dans laquelle on est devient déprimante pour une raison ou une autre, parce qu’on est harcelé/en bad buzz, etc), ça permet de s’aider à tenir à se distance d’eux ou qu’ils n’envahissent pas notre espace mental (et numérique).

  • Prendre le contrôle de son smartphone. Là tout va dépendre de vos usages habituels. Personnellement, je suis assez sédentaire, donc j’ai décidé que mon smartphone serait déconnecté d’Internet les 3/4 du temps (du coup je peux me permettre un abonnement pas cher du tout), il n’y a pas de réseau social dessus, j’y utilise firefox focus pour la sécurité/l’antipub).

J’ai aussi supprimé toutes les notifications provenant des applications parce que chaque bip me foutait une pression et un stress que je n’arrivais pas à supporter, ça cassait ma concentration aussi . Au final, la plupart du temps ce smartphone me sert de lecteur de musique, d’appareil photo et de téléphone, mais pas grand-chose d’autre. Mais c’est parce que j’ai la chance d’avoir un PC et une bonne connexion à disposition et que je n’ai pas de contraintes de déplacement.

Ce n’est parfois pas possible de se passer de l’usage intense d’un smartphone : on peut avoir une vie impliquant beaucoup de déplacements, parfois c’est le seul moyen de choper un accès internet rapide. Cela peut être une raison culturelle – dans de nombreux pays, toute la vie numérique pro et perso passe via smartphone parce que ça peut être plus accessible. Dans ce cas, il suffit de le sécuriser comme un PC : les VPN y sont possibles, on peut aussi utiliser plusieurs navigateurs, etc.

Des guides et tutos très simples de la CNIL à ce sujet :

 

  • Gérer plusieurs mails pour chaque usage. Cela peut prendre un peu de temps à construire, mais une fois que c’est bon, hop il suffit d’allumer thunderbird qui les gère tous, puis d’installer une routine mentale (« ah, voici un site acheteur, je vais lui donner ce mail là » « ah voici un service administratif, donc c’est tel mail »). Avec l’habitude, cela devient automatique on n’y pense plus. Au contraire, on a du mal à revenir en arrière et les multiples adresses mails sont comme de jolis tiroirs où tout est bien rangé par catégorie, contrairement à l’adresse mail unique qui mélange tout. L’adresse mail unique, ce serait comme une armoire dans laquelle vous mettriez tous vos objets, que ce soit des vêtements, de la vaisselle, des bulletins de salaire et de la nourriture : ça rend l’organisation difficile, c’est compliqué de retrouver ce dont vous avez besoin, c’est très démotivant de s’y rendre. Les multiples adresses mails permettent de s’éviter de chercher pendant 99 ans tel mail de telle administration.
Exemples de multiples mails et leurs usages à chacun, une illustration par la CNIL https://www.cnil.fr/fr/pourquoi-securiser-au-maximum-le-mot-de-passe-de-votre-boite-email ; à noter que personnellement, je serais d’avis de ne jamais utiliser la connexion via un compte Facebook pour préférer une connexion par mail par exemple, ou un compte google dédié à juste se connecter à tel ou tel service, si c’est possible. Ça me semble d’office très louche si un service exige uniquement une connexion via facebook.

Les avantages sont nombreux : si comme moi vous avez du mal à dire non ou à mentir aux commerçants IRL qui veulent à tout prix votre mail, vous pouvez donner un mail actif mais qui sera en quelque sorte une poubelle inutilisée. Vous pouvez avoir un mail administratif jamais donné en public, qui ne servira qu’à des services administratifs, ça permet de ne pas louper les choses, et d’éviter les phishings. Vous pouvez avoir une adresse qui sert à la connexion aux applications/site. Une adresse familiale, une pro, etc., ce qui permet d’y voir clair et de mieux s’organiser au quotidien, donc de gagner du temps et surtout plus de plénitude. Perso, dans une optique d’optimisation de mon attention – ou pour m’éviter d’être happée par des trucs pas urgents-, je ne gère jamais les mails sur smartphone et j’ai viré partout les notifications. Je consulte les mails quand je décide que j’ai le temps et l’attention à disposition, pas sous la pression d’une énième notification stressante.

À noter que les manipulateurs type Cambridge Analytica peuvent vous cibler avec votre mail en lien avec Facebook + d’autres sites, donc si votre mail de connexion à Facebook n’est relié à rien d’autre, cela leur donnera moins d’emprise sur vous. Cependant, on peut aussi faire plus simple en arrêtant Facebook (ce qu’on verra dans un point plus bas).

Évidemment, mieux vaut éviter les mails google parce que google cafte tout, regarde tout. C’est comme si votre facteur, en plus de vous donner votre courrier ouvert, vous rappelait tout sourire de ne pas oublier le départ de votre train, le jeudi 15 à 7h44 à destination de Toulouse. Il n’a même pas de complexe à ouvertement vous faire comprendre qu’il lit ce que vous recevez et qu’il a chopé et retenu cette information précise vous concernant.

Cependant, Google peut vous servir pour faire des mails-poubelles ou encore juste pour un usage donné (par exemple un pour la connexion à Youtube en tant que créatrice ou créateur, un autre pour la connexion à youtube en tant qu’utilisateur, etc.) ; ça permet de générer un gros bazar d’activités qui serait difficile à démêler pour quelqu’un qui voudrait vous cibler.

Pour la sécurité, protonmail est un bon service qu’on teste depuis quelques années avec satisfaction. Ça n’empêche pas les tentatives de phishing – quoique le service en repère pas mal automatiquement -, mais c’est aussi parce qu’on partage ce mail en public.

Vous pouvez aussi installer des clefs de chiffrages via d’autres services, mais c’est plus compliqué, mais ça peut être fun si vous vous testez ça comme un jeu entre amis ou entre collègues.

Un tuto ici : https://lehollandaisvolant.net/tuto/gpg/

Évidemment, les mails sont liés à des pseudos, identifications et mots de passe différents. Quant au mail dont l’identifiant est son nom/prénom, personnellement je trouverais ça hyper angoissant (mais je suis une vieille d’Internet, de mon temps c’était une faute grave d’utiliser son nom/prénom), mais si on n’y lie pas le reste de son activité, ça peut être sécurisé ; si votre travail vous force à faire cela, n’oubliez pas que vos seconds prénoms sont tout aussi légaux que celui que vous utilisez de façon commune, cela peut constituer une petite protection.

Des liens-tutos de la CNIL :

 

  • Arrêter Facebook. On peut aussi tenter de le supprimer ( https://framablog.org/2017/01/23/si-on-laissait-tomber-facebook/ ), ou laisser à l’abandon son profil, ou l’alimenter au minimum. C’est très simple, il suffit d’avoir la flemme, être plus motivé pour faire n’importe quoi d’autre. C’est ce que beaucoup ont fait, pour des raisons ergonomiques, sociales, parce que d’autres réseaux sociaux sont justes plus efficaces pour partager, échanger, rigoler.

Et s’il y a bien un réseau social malsain à abandonner en priorité pour des raisons de manipulation, d’exploitation des données, de désinformation, de captation d’attention malsaine, c’est bien celui-là. Ils n’ont fait quasiment aucun effort après le scandale Cambridge Analytica en comparaison de Twitter par exemple qui refuse de diffuser des publicités politiques (récemment ils ont rappelé à l’ordre Macron par exemple https://www.huffingtonpost.fr/entry/macron-a-retire-sa-lettre-aux-francais-de-son-compte-twitter_fr_622b1d2be4b0fe0944d4127c ; de plus Twitter commence à publier en toute transparence des études qui pourtant montrent ses aspects négatifs, comme la tendance de leur algorithme à privilégier davantage les contenus de droite (on en a parlé ici) . Certes, les autres réseaux ont leurs problèmes, mais Facebook est vraiment le pire à tous les niveaux.

Personnellement, ça fait des années que je n’utilise Facebook que pour informer les internautes de nos nouvelles productions sur la page hacking social, je ne fais strictement rien sur mon profil pseudoperso, je n’ai rien rempli, rien n’y est connecté avec ma vie réelle.

On est davantage sur Twitter (via HackingSocial | Viciss | Chayka), Mastodon, YouTube, Peertube quand on y poste une vidéo, et enfin Twitch dont je commence à sérieusement kiffer les échanges sociaux tellement plus détendus et funs (en tant que spectatrice et dans des moments qu’on a eut ensemble sur notre premier react). Je ne parle pas de la politique de Twitch qui est clairement discutable, mais de la question « où échanger avec les gens de façon sympa » : clairement, sur Facebook, je n’y arrive plus comparé à Twitch ou Twitter par exemple. On répond aussi aux mails .

À noter que nous n’avons absolument rien contre les usagers de facebook. On comprend que cela puisse être nécessaire pour beaucoup d’utiliser cette plateforme, et personne ne devrait vous juger négativement sur ce critère. Parfois, on n’a pas le choix, parfois les habitudes sont trop fortes.

  • Voyager avec les VPN. Pas besoin de vous expliquer ce que c’est, c’en ait devenu un running gag tellement il y a de pubs pour les VPN sur YouTube.

Notre VPN à nous (sur notre chaîne secondaire) : https://www.youtube.com/watch?v=cblBdDgJR-g&t=1s

Cependant adopter la pratique d’un VPN demande de changer de perspective. Il s’agit d’envisager le VPN comme l’un des moyens de faire une expédition pour aller vers un lieu particulier qui requiert des pratiques particulières. On ne part pas au pôle Nord sans des vêtements chauds (le VPN), mais il serait ridicule de préparer ces mêmes vêtements dans votre valise si vous allez en Espagne en été. Il s’agit de penser les outils en fonction des usages, de ne pas tout mélanger, et c’est votre compartimentation qui va assurer un peu de sécurité. Le VPN n’est pas magique. Autrement dit, votre identité de « chercheur de contenus qui ne sont pas autorisés en France » ne doit pas être associé à la consultation de votre mail pro, sinon vous êtes potentiellement repéré. Personnellement, je serais d’avis aussi de ne pas prendre les services les plus connus, c’est-à-dire ceux dont vous voyez des pubs partout chez les vidéastes, jusqu’à vous faire perdre le nord, et surtout pas les services gratuits connus pour tout cafter de vos activités ou vendre vos données personnelles.

A savoir aussi que contrairement aux publicités que vous pourrez entendre, un VPN permet d’afficher une nouvelle IP, mais ne vous protège pas comme un anti-virus, firewall, anti-malware, et j’en passe. En soi, un VPN ne protège pas vos données.

***

Ce ne sont que des micro-astuces, encore une fois j’en parle juste parce que ce sont des pratiques de sécurité ultra simples à mettre en place, qu’elles ont beaucoup de bénéfices pour une meilleure attention, une meilleure organisation au quotidien, plus d’hédonisme et de confort, et qu’elles peuvent permettre de rendre votre ciblage plus difficile (que l’attaquant soit une entreprise type CA, comme un arnaqueur, un harceleur, un proche oppresseur, etc). Ce n’est en rien un idéal éthique, technique, ni de sécurité ; encore une fois si c’est votre quête, je vous conseille d’aller plutôt chercher l’information chez les spécialistes du numérique et de la cybersécurité.

D’autres liens qui peuvent aider à se sécuriser

Voici des outils, des logiciels, alternatives aux GAFAM qui peuvent même se révéler plus confortables aux usages (je cite ceux-là en particulier car je les utilise très souvent, donc c’est non-exhaustif) :

  • DeepL traduction à la place de google translate plus efficace en tout cas sur mes tests de traduction d’ouvrages scientifiques (oui j’avoue j’ai la flemme de lire directement en anglais les livres car je suis trop lente)
  • Libre office à la place de Word. J’ai rompu ma relation avec Word, car j’en étais venu à le haïr tellement, il était devenu insupportable à la fin de ma rédaction de l’homme formaté. Je préfère la clarté, la légèreté de libreoffice encore une fois pour des raisons de concentration.
  • Framapad pour le travail collaboratif à la place des trucs google ou microsoft (je dis truc car je connais pas vraiment les usages de travail collaboratif via les gafam). On peut tout faire par pad, c’est comme cela par exemple que j’ai organisé la correction collective des 600 pages de mon dernier ouvrage.
  • Un outil pour s’organiser hors de facebook, Mobilizon v2 : la version de la maturité ? – Framablog
  • Ici plein d’autres outils/services frama : https://framasoft.org/fr/full#topPgcloud
  • Et plein d’autres outils libres grâce à l’annuaire frama : https://framalibre.org/
  • Ici des tutos, des explications, des conseils, des cours :
  • CNIL, 10 conseils de sécurité, qui peuvent être aussi compris par des enfants : https://www.cnil.fr/fr/10-conseils-pour-rester-net-sur-le-web
  • Bloque ta pub : Bloque la pub
  • Un cours de protection et de sécurité, qui s’inscrit dans des problématiques de harcèlement en ligne : Cours | IWMF_KP_FR | Totem (totem-project.org)

Des liens un peu plus pointus :

***

Ceci étant dit, même si on atteignait un idéal de pratiques numériques, avec anonymat, totalement libriste, une haute sécurité, ce ne serait en rien une garantie contre quelque chose qu’on n’a pas encore abordé qu’est la manipulation sur la base de votre personnalité.

Or, quant bien même CA se vantait d’être innovante sur le fait de détecter la personnalité et de pouvoir cibler là dessus, c’est ce que font déjà tous les manipulateurs, les arnaqueurs, les fouineurs, les exploiteurs. Sans même avoir besoin d’algo de détection, très clairement, la personnalité est quelque chose qui se saisit chez l’autre très aisément : vous savez quand untel est très extraverti ou introverti, ça crève les yeux, et la clarté de cette information n’est d’ailleurs pas un problème au quotidien. Ça permet de sociabiliser, de s’adapter à l’autre et à l’interaction qui se tricote d’une certaine manière, de choisir ses amis et que faire avec eux selon leur personnalité singulière. C’est un GPS social super utile pour vivre de bonnes expériences avec les autres. Mais ça permet aussi de les manipuler, de les contrôler, voire de les empêcher de s’émanciper. On a eu par exemple l’occasion de voir une étude de cas d’ingénierie sociale17 avec un vol se chiffrant en centaines de milliers d’euros, qui se basait simplement sur le fait que le manipulateur avait saisi à la fois la haute conscienciosité de la cible + son introversion et adaptait ses techniques en fonction, il n’y avait même pas d’exploit technique autre.


Surmonter les manipulations se basant sur la personnalité ?


En début de dossier, je disais que mon but de ce dossier serait à terme de vous donner de quoi vous permettre d’auto-analyser votre personnalité, car plus on se connaît, plus on peut décider et se refuser d’être entraîné dans un courant de manipulation ou de désinformation, ou potentiellement d’en sortir. J’ai cette hypothèse un peu folle que si on pouvait s’approprier les connaissances propres à sa personnalité, alors peut-être aurait-on plus de latitude de décision et d’autonomie quant à céder ou non face à une manipulation se basant sur ces mêmes connaissances. Plus encore, au cours de l’écriture et de la recherche sur le dossier, bien que les courants théoriques de l’autodétermination n’aiment pas vraiment le champ de la personnalité, je pense qu’on pourrait rendre la personnalité autodétermination-compatible, autrement dit qu’on pourrait tendre à auto-contrôler, flexibiliser sa personnalité pour la rendre plus autodéterminée. Et si elle est autodéterminée, elle est résistante aux manipulations et aux exploitations, elle peut devenir une énorme force contre des oppressions, y compris majeures. Je pense par exemple aux profils altruistes durant la Seconde Guerre mondiale (dont j’ai parlé ici et ) : beaucoup de sauveteurs ayant pris d’énormes risques pour aider autrui semblaient avoir des traits haut agréables. La perception de la souffrance d’autrui leur était par exemple totalement insupportable, ce qui a pu déjà constituer une force à agir de façon altruiste. L’autodétermination a été encore plus loin concernant leur personnalité : on voyait par exemple une très grande introvertie, de plus timide, qui rapportait s’être vue aller faire un scandale mensonger chez un préfet pour tenter de sauver une personne qu’elle connaissait à peine. Elle n’aurait jamais pensé être capable d’une telle audace, parce que sa personnalité ne tendait pas à se comporter comme cela habituellement. Mais elle a pu avoir cette flexibilité pour aider autrui dans ces circonstances dangereuses.

Beaucoup de résistants et sauveteurs semblaient hautement consciencieux, respectueux des règles, et pourtant pour sauver autrui, ils sont allés contre ce trait en falsifiant des papiers, en ne suivant pas les normes, voire en devenant très désorganisé. On peut se dépasser, se surprendre soi-même. La personnalité n’est pas une détermination absolue, on peut « négocier » avec ses traits, s’en servir comme d’une force, les flexibiliser si besoin.

Mais tout ceci me demande encore énormément de recherches, de réflexion sur la façon dont je présenterai ceci, en termes d’écriture et de bidouillage. Cela constituera peut-être un autre dossier j’aimerais vous donner les moyens de vous tester et que vous puissiez avoir les clefs d’une analyse suffisamment complète pour saisir vos forces et comment les empoigner pour résister altruistement aux manipulations et exploitations. Je sais que les tests accessibles des big five sur le Net peuvent déjà vous donner les grandes lignes de votre personnalité (mais penser à protéger vos données, refuser de faire ceux connectés à facebook), mais je ne sais pas si cela suffit à comprendre comment vos traits interagissent entre eux, leur impact sur vos attentes politiques et la façon dont on peut en faire de ces traits des alliés – y compris sur ceux qui paraissent négatifs en premier lieu– dans la vie quotidienne.

En attendant, nous avons déjà laissé à disposition la facette autodétermination que vous pouvez trouver ici et qui permet de s’aider à construire des motivations et buts que je pense suffisamment puissants pour surmonter des manipulations en tout genre : https://www.hacking-social.com/2021/09/17/en-toute-puissance-manuel-dautodetermination-radicale/

Dans la bibliographie de tout le dossier ici présent, j’ai mis un glyphe sur celles qui m’ont marquées qui me semblent aussi contenir des solutions, n’hésitez pas à les consultez car si elles m’ont passionnées, cela peut aussi potentiellement vous intéresser.

A bientôt pour de nouvelles aventures !


Bibliographie


Image d’entête : la série Mr. Robot, https://www.geekwire.com/2016/mr-robot-rewind-analyzing-fsocietys-hacking-rampage-episode-8/


Note de bas de page


2 Ce sont des chercheurs en psychologie (sociale ou cognitive) ; Compton est spécialisé dans la communication.

3[références données par les chercheurs] van der Linden, S. (2017). Beating the hell out of fake news. Ethical Record: The Proceedings of the Conway Hall Ethical Society 122(6), 4-7. ; van der Linden, S., Maibach, E., Cook, J., Leiserowitz, A., & Lewandowsky, S. (2017). Inoculating against misinformation. Science 358(6367), 1141-1142. ; [3] Lewandowsky, S.; Ecker, U. K. H.; Seifert, C.; Schwarz, N. & Cook, J. (2012). Misinformation and its correction: Continued influence and successful debiasing. Psychological Science in the Public Interest 13, 106‐131. ; [4] Lewandowsky, S., Ecker, U. K., & Cook, J. (2017). Beyond misinformation: Understanding and coping with the “post-truth” era. Journal of Applied Research in Memory and Cognition, 6(4), 353-369. ; [5] Poland, G. A. & Spier, R. (2010). Fear misinformation, and innumerates: How the Wakefield paper, the press, and advocacy groups damaged the public health. Vaccine, 28, 2361‐2362. ; [6] van der Linden, S., Leiserowitz, A., Rosenthal, S., & Maibach, E. (2017). Inoculating the public against misinformation about climate change. Global Challenges 1(2), 1600008.

4[références données par les chercheurs] Barthel, M., Mitchell, A., & Holcomb, J. (2016). Many Americans believe fake news Is sowing confusion. Pew Research Center. http://www.journalism.org/2016/12/15/manyamericans-believe-fake-news-is-sowing-confusion/

5 [références données par les chercheurs]Lewandowsky, S.; Ecker, U. K. H.; Seifert, C.; Schwarz, N. & Cook, J. (2012). Misinformation and its correction: Continued influence and successful debiasing. Psychological Science in the Public Interest 13, 106‐131

6 [références données par les chercheurs]Lewandowsky, S., Ecker, U. K., & Cook, J. (2017). Beyond misinformation: Understanding and coping with the “post-truth” era. Journal of Applied Research in Memory and Cognition, 6(4), 353-369

7[références données par les chercheurs] Lewandowsky, S.; Ecker, U. K. H.; Seifert, C.; Schwarz, N. & Cook, J. (2012). Misinformation and its correction: Continued influence and successful debiasing. Psychological Science in the Public Interest 13, 106‐131. ; Nyhan, B. & Reifler, J. (2010). When corrections fail: The persistence of political misperceptions. Political Behavior, 32, 303‐330.

8 [références données par les chercheurs] McGuire, W. J., & Papageorgis, D. (1961). The relative efficacy of various types of prior belief-defense in producing immunity against persuasion. Journal of Abnormal and Social Psychology, 62, 327–337

9 [références données par les chercheurs] Banas, J. A., & Rains, S. A. (2010). A meta-analysis of research on inoculation theory. Communication Monographs, 77(3), 281–311 ; Compton, J., & Pfau, M. (2009). Spreading inoculation: Inoculation, resistance to influence, and word‐of‐mouth communication. Communication Theory, 19(1), 9-28. ; [16] Compton, J., & Ivanov, B. (2013). Vaccinating voters: Surveying political campaign inoculation scholarship. Annals of the International Communication Association, 37(1), 251-283.

10 [références données par les chercheurs] van der Linden, S., Leiserowitz, A., Rosenthal, S., & Maibach, E. (2017). Inoculating the public against misinformation about climate change. Global Challenges 1(2), 1600008; Cook, J., Lewandowsky, S., & Ecker, U. K. H. (2017). Neutralizing misinformation through inoculation: Exposing misleading argumentation techniques reduces their influence. PLOS ONE, 12(5): e0175799

11 [références données par les chercheurs] Roozenbeek, J., & van der Linden, S. (2018). The fake news game: Actively inoculating against the risk of misinformation. Journal of Risk Research. Doi: 10.1080/13669877.2018.1443491

12 [références données par les chercheurs] Roozenbeek, J., & van der Linden, S. (2018). The fake news game: Actively inoculating against the risk of misinformation. Journal of Risk Research. Doi: 10.1080/13669877.2018.1443491 ;

13 [références données par les chercheurs] NATO StratCom. Digital Hydra: Security implications of false information online. https://www.stratcomcoe.org/digital-hydra-security-implications-false-information-online

14 [références données par les chercheurs] van der Linden, S., Maibach, E., Cook, J., Leiserowitz, A., & Lewandowsky, S. (2017). Inoculating against misinformation. Science 358(6367), 1141-1142. ; Compton, J., & Pfau, M. (2009). Spreading inoculation: Inoculation, resistance to influence, and wordofmouth communication. Communication Theory, 19(1), 9-28.

15 Voir la revue d’expériences à ce sujet dans Self-determination Theory, Deci et Ryan 2017 ; j’en ai consacré aussi plusieurs chapitres dans notre dernier livre accessible gratuitement ici : https://www.hacking-social.com/2021/09/17/en-toute-puissance-manuel-dautodetermination-radicale/

16Cf B. J. Foggs, «tiny habits »

17Je ne peux pas donner la source pour des raisons de sécurité et de confidentialité. Cependant, vous pourrez trouver des exemples similaires dans L’art de la supercherie de Kevin D. Mitnick.

L’article Ce qu’on peut faire face à Cambridge Analytica est apparu en premier sur Hacking social.


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