Virtuel(s)

Le blog de François Houste

Publié le 28.01.2022 à 17:10

⌚ Asynchrone

Virtuel(s) explore de manière irrégulière les imaginaires et notre relation au numérique.
À chaque billet on réfléchit, on imagine et on n’a pas forcément de réponses. Vous êtes aujourd’hui bientôt une soixantaine à suivre cette aventure. Bonne lecture ! 
😉

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Biarritz : marée basse / marée haute (High tide / low tide) - YouTube

📅 Éphéméride

Ce bout de papier ne quitte plus la poche de son blouson. Il est froissé, déchiré à certains endroits comme l’étaient ces vieilles cartes routières que l’on trimballait d’un été à l’autre sur la route des vacances.

Ce bout de papier, Anne le consulte plusieurs fois par jour. Parfois compulsivement. Il lui est devenu indispensable. C’est tout ce qui la rattache à quelques anciens amis, à quelques contacts professionnels indispensables, au monde en général.

Ce bout de papier, c’est un éphéméride. À l’instar d’un calendrier des marées, il liste les heures de mise à jour des plateformes sociales qu’utilise encore Anne.

Car oui, le Net est devenu asynchrone.

Fini le direct. Chacun dispose désormais, sur chaque réseaux, de deux créneaux : l’un pour recevoir ses notifications et un autre pour expédier ses messages. Un peu comme il y avait une marée haute et une marée basse par jour, il y avait un flux ascendant et un flux descendant de messages chaque vingt-quatre heures, et jamais à heure fixe. On reçoit ses mises à jour, et en général quatre à six heures plus tard, les réponses que l’on a préparées sont envoyées.

Ce bout de papier, que Anne consulte à nouveau, lui dit qu’il ne restait que cinq minutes avant que ses messages de la journée ne partent. Il lui faut maintenant choisir ce qui vaut la peine d’être écrit pendant ces quelques instants.

👑 Ridicule.

Il y a quelques jours, je voulais vous parler d’Éric Zemmour, et plus précisément de cette interview où il avouait assez naturellement ne rien comprendre aux notions de Python, de PHP… et vouloir plutôt rétablir l’enseignement du latin et du grec [🐤].

Je voulais vous dire que, si la culture technique est importante dans un monde de plus en plus informatisé et régi par des systèmes numériques, elle n’a de sens que si elle se mêle à une culture plus vaste [📰] - et pourquoi pas la connaissance du latin - et que science sans conscience n’est que ruine de l’âme [📰], etc .

Je voulais vous dire tout ça, et après quelques jours à ne pas l’écrire, je me suis dit… à quoi bon ? [💿] Le temps de trouver le temps d’ouvrir mon compte Substack [💻], de rassembler mes idées, il n’y avait finalement plus grand chose à dire. L’émotion de la citation était passée. Les réseaux sociaux s’étaient acharnés sur un autre fait d’armes d’un autre candidat. La remarque, la leçon, semblait finalement hors-du-temps.

Dieu ! CQFD ou presque... - YouTube

L’analyse est facile : les réseaux sociaux et l’instantanéité du Net nous poussent à l’urgence, à la réaction immédiate, à la surréaction immédiate, à l’envolée, à l’escalade. Il n’y a rien de nouveau à cela. On avait inventé depuis longtemps le FOMO - Fear Of Missing Out [📰] - la peur de manquer quelque chose. Il existe également un FORO - maladroitement, une Fear Of Reacting Out - la peur de ne pas sortir la bonne répartie, la bonne réaction, la bonne indignation au bon moment [🎥].

Les réseaux sociaux se nourrissent de cela.

Seulement, nous avons besoin du temps long. Pas des siècles, bien entendu… même pas celui de Richard (lisez sa newsletter !) Fisher [📧], mais de suffisamment de temps pour créer des liens entre nos sources, nos réactions et nos réflexions. Il est quasiment impossible, sauf peut-être pour certains esprits particulièrement brillants ([🐤] ou [📺]), de construire une réflexion dans l’instant, de l’étayer et de la rendre nourrissante. Et pourtant, notre époque a besoin de ces réflexions, de ces reculs.

Sans ce temps long, ni Jane Birkin, ni Patrice Leconte ne seraient apparus dans ce billet. Ce qui aurait déjà été dommage en soi. Et cette réflexion n’aurait sans doute tenu qu’en deux tweets mal orthographiés (humm humm! [🐤]).

❌ Renoncement.

Ces réflexions sur l’instantanéité ont croisé en cours de route une lecture. Celle du Plutôt couler en beauté que couler sans grâce [📕] de Corinne Morel Darleux [🐤] aux éditions Libertalia [💻].

Coup dur pour La France insoumise : l'écolo Corinne Morel-Darleux quitte le  parti

Dans un très beau texte inspiré des aventures marines de Bernard Moitessier [📰], des lucioles de Pier-Paolo Pasolini [📰] et des éléphant de Romain Gary [📘], elle raconte une histoire de dignité et de renoncement. Corinne Morel Darleux nous suggère que pour retrouver une dignité au présent, il nous faut renoncer à certaines des contraintes qui nous sont imposées par la société. Abandonner pour mieux se révéler. Fuir pour mieux se retrouver.

Lisez, tout cela est bien mieux dit dans les pages de ce petit livre que je ne pourrais jamais l’exprimer dans les lignes de cette lettre.

Le lien n’est pas anodin. Dans une démarche similaire à celle du renoncement prôné par Corine Morel Darleux, on imagine que pour mieux réagir à l’actualité, il nous faut renoncer à y réagir, et plutôt se servir de celle-ci pour construire des liens - oui, vous savez, j’aime les liens - et des réflexions, des temps long.

Pour construire, il nous faut donc renoncer à l’instantanéité des réseaux pour occuper le décalage, le format long, l’irrégularité de la prise de parole. La réflexion n’a rien d’anodin et rejoint celle de l’esprit brillant dont je vous parlais tout à l’heure : Olivier Ertzscheid qui s’excusait il y a quelques mois sur son blog de n’avoir le temps de faire court [📰] :

Le format aujourd'hui c'est la pulsation. C'est pourquoi il importe de savoir comment en contrôler la vitesse.

Cette réflexion sur le temps trouve un écho tout particulier ici, sur Virtuel(s), une lettre à laquelle je me refuse depuis sa création à donner une fréquence régulière, contrairement à de nombreuses excellentes newsletters qui occupent nos boîtes emails et nos réseaux sociaux. C’est simplement parce que je ne peux imaginer savoir à quel moment une idée mérite d’être déployée et combien de temps les liens qui l’illustreront mettront à se tisser.

Pour bien construire et profiter des outils numériques, ne faudrait-il pas s’affranchir justement de leur cadence ?

💌 La levée du jour.

D’où l’idée de cet Internet asynchrone présenté dans cette courte fiction d’introduction. Un Internet régit par le temps qui laisse le temps - justement - de lire, de prendre connaissance, de créer des liens. Un Internet dans lequel il n’est pas nécessaire, il est même inutile de répondre rapidement… puisque ces réactions ne seront au final publiées que dans quelques heures, et ne seront peut-être connues que le lendemain. Un Internet qui mettrait fin à la dictature du FORO.

Certains systèmes proposent déjà ce type de fonctionnement. Certains forums par exemple - notamment ceux d’institutions publiques - demandent une validation systématique de chaque message avant publication. Un temps de pause qui permet de se libérer l’esprit. À quoi bon se presser, la réponse n’arrivera que dans quelques heures. Certains clients mail, comme Pony Messenger [📰] usent également de cette astuce - une levée asynchrone des messages, comme sur nos bonnes vieilles boîtes aux lettres jaunes - pour ralentir et assainir notre relation au Net.

Image

Une réflexion qui se rapproche de l’étude menée pendant deux par le journal The Atlantic auprès de ses lecteurs [📰]. Parmi les demandes de ceux-ci, il y a notamment cette demande de créer des meaningful breaks. Ce que les équipes de The Atlantic interprètent de la façon suivante :

It’s just as valuable for our readers to have a way to decompress, to follow us down new paths of curiosity, and to have a reading experience that’s fun but not vacuous.

Créer des contenus qui soient des respirations dans le flux et le flot des actualités - particulièrement tendu en ces périodes de pandémie et d’échéances électorales. Des contenus qui explorent, qui interpellent, qui émeuvent et qui amusent. Des formats qui referaient du Web autre chose qu’une chaîne sans fin de réactions.

Le Web manque de format que ne soient pas instantanés, qui sont imprévus, qui sont des surprises, qui prennent à rebroussent poils notre relation au temps.

Le Web manque de recul, parce que les algorithmes en ont fait un moteur à réactions.

Le Web manque d’une nouvelle relation au temps.

Le Web manque, assez paradoxalement, de déconnexion.

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On complète avec quelques bricoles trouvées çà et là sur le Net ?
Trois petits liens de plus pour alimenter votre vision du monde numérique…

  1. 📺 À l’opposé des réseaux sociaux, il y a le Web lent. Celui des vidéos YouTube qui font moins de 100 vues, des morceaux de musiques qui ne sont jamais écoutés… un exploration d’un Web de surprise et de sérendipité qu’on déguste dans un article de CNet ici : https://www.cnetfrance.fr/news/a-l-oppose-des-influenceurs-et-des-algorithmes-la-contre-culture-du-web-solitaire-39936143.htm

  2. 👦 Non, les jeunes ne sont pas à l’aise sur le Net. Le Monde démonte un mythe et aborde la question de l’incapacité des jeunes à être indépendants sur les plateformes administratives. Une catastrophe humaine à l’heure où les institutions ne misent que sur la digitalisation. A lire dans le Monde : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/01/28/les-jeunes-francais-victimes-insoupconnees-de-la-precarite-numerique_6111324_4355770.html

  3. 🤖 [Autopromo] La belle agence Plan.Net, dans laquelle j’officie au quotidien, s’est livré à un exercice d’exploration des imaginaires. Chefs de projets, développeurs, commerciaux… chacun a partagé le temps d’un séminaire ses imaginaires numériques, ces livres, ces films, ces jeux qui ont fait sa relation propre au monde numérique. Un cinquantaine de références à explorer, avec le témoignage de chacun, ici même :

    https://nosimaginaires.plan-net.fr


Et pour finir, un peu d’images et de musique ? 

  • 💿 La musique qui a accompagné ce billet ? Oh, il y en a eu beaucoup… avec peut-être un coup de cœur pour l’album Fous à lier des Innocents que j’ai redécouvert entre deux paragraphes. L’un des premiers CD que j’ai acheté, il y a 30 ans déjà. En écoute ici : https://www.deezer.com/fr/album/40786951

  • 🎥 Le travail de Bruce Conner - cinéaste d’avant garde des glorieuses sixties et seventies américaines - est passionnant à plus d’un titre. Par la maîtrise de l’image, mais également par les techniques employées pour trouer, gratter, donner de la matière à la pellicule. Le Museum of Contemporary Art de Los Angeles a consacré une exposition à ce visionnaire il y a quelques années. Quelques documentaires autour de cette exposition sont toujours consultables sur YouTube, ici notamment :


Un petit mot à propos de l’auteur ? François Houste est consultant au sein de la bien belle agence digitale Plan.Net France et auteur des Mikrodystopies, de très courtes nouvelles qui interrogent sur la place des technologies numériques dans notre quotidien.


Merci de votre attention et à la prochaine fois pour parler d’autres choses !

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Publié le 08.01.2022 à 15:50

😱 Netskam

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🔥 Global Warning

Netskam (n. m.) : sentiment de honte lié à l’utilisation d’outils numériques.

Netskam. Le terme a commencé à se populariser au printemps 2022, il devient réellement tendance au mois de mai en France. Il prend ses racines dans deux phénomènes distincts, mais finalement très proches.

Le premier, c’est le flygskam [📰], terme suédois désignant la honte de prendre l’avion et de contribuer ainsi individuellement et fortement au dérèglement climatique. Ce phénomène, apparu à la fin des années 2010, s’est accentué à partir de 2020 en parallèle de la crise de la Covid-19 et des mouvements de l’industrie aérienne pour assurer sa propre survie. On se souvient des vols à vide opérés par la Lufthansa début 2022 [📰] : 18.000 liaisons réalisées par des avions sans passagers dans le seul but, pour la compagnie, de conserver ses créneaux aéroportuaires en vue d’une hypothétique reprise du trafic mondial. L’impact écologique de cette opération a fait scandale, et de manière concomitante à la diffusion de plusieurs fictions [🎥] sur les plateformes de streaming, a contribué a augmenter la prise de conscience populaire de l’urgence de l’action face à la dépense carbone.

Le second, c’est la Crise du Bitcoin, qui a débuté au Kazakhstan en janvier 2022 [📰]. Crise économique plus qu’écologique, elle est la réponse violente d’une population pauvre face à la confiscation de l’énergie par une élite technophile. Le bannissement des fermes de minage de Bitcoin de Chine en octobre 2021 [📰] et leur déménagement massif a Kazakhstan à la fin de la même année a provoqué dans une pénurie d’énergie sans précédent, lors d’un hiver rude comme en connait traditionnellement l’Asie Centrale. Mêlée à la précarité immense de la population kazakhe, la situation a provoqué un renversement du régime politique du pays, pourtant soutenu par Moscou et la mise en place d’un nouveau gouvernement - fantoche et lui aussi soutenu par Moscou. Mais, en mesure d’apaisement, le bannissement du minage de cryptomonnaie a lui aussi été décrété au Kazakhstan. De nombreux pays ont suivi, votant les mêmes lois et dévoilant enfin le scandale écologique des cryptomonnaies au plus grand nombre.

La prise de conscience dans les pays occidentaux a dépassé les seules cryptomonnaies et a provoqué une vague de techno-critiques très dure, et surtout plus populaire que jamais. Le Netskam a fédéré plusieurs mouvements. L’écologie bien entendu, mais également les critiques politiques vis-à-vis de ces réseaux sociaux qui provoqueraient la radicalisation des populations [📰] ou permettraient la manipulation de masse à la veille d’échéances démocratiques majeures [📰]. Mais aussi le ras-le-bol d’une partie de la population qui, depuis quelques années, avait le sentiment d’être laissée de côté par la numérisation à marche forcée des services publics [📰].

Moins d’octets, plus de vie !” a sonné comme un cri de ralliement de tous les lassés du numériques, de tous les opposants à une vie qui ne passerait que par le smartphone et les Intelligences Artificielles. Le gouvernement, même s’il a fustigé dans un premier temps le comportement de quelques ‘Amish‘ [📰], ne pouvait pas ne pas réagir devant l’ampleur de la fronde. Il a voté en urgence un Principe de précaution numérique obligeant les grands fournisseurs d’outils et de solution à prévenir des travers de leurs plateformes et matériels. Un système qui, l’assurait-il, avait déjà fonctionné avec l’industrie du tabac, de l’alcool et était en cours d’expérimentation contre les ravages écologiques de l’industrie automobile [📰].

Alors, on a vu se multiplier les messages de prévention un peu partout : sur les emballages des appareils électroniques - “Les émissions de données de cet appareil sont autant d’émissions de CO₂ pour l’environnement, gardez-en un usage modéré.” - sur les écrans d’accueil des logiciels - “Avant d’utiliser ce logiciel, pensez à préparer votre travail hors-connexion, vous économiserez de l’énergie et contribuerez à préserver la planète” -, dans les interfaces des messageries électroniques - “Chaque octet compte. Pour la protection de la planète, utilisez de préférence des messages courts”. Ce fut d’abord des recommandations, des propositions d’usages alternatifs.

Puis ce furent des incitation à moins utiliser certaines applications - “Le stockage d’information sur le cloud consomme de l’énergie et dégrade le climat. Pour la santé de la planète, utilisez un support de stockage local chaque fois que possible.” - à nettoyer ses fichiers régulièrement - “Vous n’avez pas écouté ces morceaux depuis plus de deux ans. Pour le bien de la planète, pensez à supprimer régulièrement les fichiers inutiles.” - voire à supprimer ses comptes sur certains réseaux.

Ce furent enfin des images culpabilisantes montrant des banquises en train de se fendre - “Les outils numériques contribuent fortement à la crise climatique et à la fonte des calottes polaires” - des feux de forêt gigantesques ou des ours polaires affamés.

Tout l’armada de la prévention fut très vite déployée. Ces messages de prévention, on en était certain, contribueraient à changer les mentalités, pour le bien de tous.

Restait à savoir… en combien de temps.

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  1. 🚀 La SF molle, vous connaissez ? C’est celle qui ne remet pas en cause l’état du monde, fait des projections toujours optimistes et ne se pose pas la question des problèmes induits par le progrès technologique. Cyril Rimbaud vous apprend à la repérer facilement ici : https://www.cyroul.com/anticipation/prospective/comment-identifier-rapidement-la-sf-molle/

  2. 👨‍💼 Dans la série “on imagine le futur”, Noémie Aubron a une longueur d’avance. Pour Welcome to the Jungle, elle a imaginé le futur du télétravail. C’est là : https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/fiction-anticipation-monde-tout-le-monde-teletravail

    Et pour ceux qui ne connaissent pas, sa newsletter Futur(s) est un must-read.

  3. 📉 [Autopromo] Pour Usbek & Rica, on a imaginé que le Net avait une date de fin. C’est le 19 janvier 2054. Une courte nouvelle à lire ici : https://usbeketrica.com/fr/article/19-janvier-2054-fin-de-l-ere-numerique
    Vous avez encore un peu de temps devant vous, mais tout de même, on s’est posé la question, s’il ne restait qu’une seule heure d’Internet devant vous, que feriez-vous ? C’est là pour répondre : https://usbeketrica.com/fr/debat-imaginez-qu-il-vous-reste-une-heure-avant-que-l-internet-mondial-ne-saute-a-jamais-que-feriez-vous


Et pour finir, un peu de lecture et de musique ? 

  • 💿 Côté musique, ce billet a été réfléchi principalement en écoutant la playslist de FIP. Et plus particulièrement quelques excellents morceaux de Bertrand Belin. Vous reprendrez bien un peu d’Hypernuit ?

  • 📚 Cela fait longtemps que l’on n’a pas parlé de Marcel Proust ici ? Non ? Sur la Lecture, court texte et préface que Proust écrivit en 1905 pour sa traduction de Sésame et les Lys de John Ruskin, est une petite merveille. Par son écriture légère tout d’abord… et par sa thèse qui veut que la lecture soit un catalyseur de la mémoire. Un outil qui aide à garder une trace des moments pendant lesquels nous avons lu, et des endroits dans lesquels nous avons lu.
    On en reparlera, c’est certain.

  • 🎥 Pas vraiment un film, mais le compte Twitter de @Jaythechou s’amuse à incruster l’ours Paddington dans différents films, jours après jours. Oui, ça vaut le coup d’oeil.


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Publié le 27.12.2021 à 10:57

🌴 Calimeta Dream

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Laurel Canyon, Los Angeles
Laurel Canyon, Los Angeles.

Californian Dream is a myth constructed - or recycled - by people who come to LA in search of the Californian Dream.

« Le rêve californien est un mythe construit - ou recyclé - par des types débarqués à Los Angeles à la recherche du rêve californien. ».

C’est pas moi qui le dit. C’est Barney Hoskyns [🐤], dont je détourne très légèrement les propos, dans Waiting for the Sun, son anthologie de la musique angeleno des premières heures du Bop à l’explosion du Hip-Hop californien (aux éditions Allia en version française [📙] pour les plus curieux).

Hoskyns y raconte, comme dans tous ses nombreux livres, les cycles de migration et de création qui ont donné naissance au mythe musical de la Californie. L’arrivée des jeunes de la Beat Generation, puis ceux du Summer of Love ou de Laurel Canyon du début des seventies et leurs rituelles déconvenues.

Ainsi, le mythe solaire du surfeur blanc - porté à son paroxysme par les Beach Boys [💿] et la production Wall-of-Sound de Phil Spector [💿] - disparaîtra à peu près en même temps que les émeutes du Watts en 1965. L’utopie hippie - plus présente à San Francisco qu’à Los Angeles - portée par The Byrds [💿] ou Buffalo Springfied [💿] s’effondrera dans un déchaînement de violence en 1969, sous les coups de couteau de la famille de Charles Manson et des Hells Angels lors du festival d’Altamont - lisez donc le récit de la tournée américaine des Rolling Stones de 1969 par Joël Selvin, en français aux éditions Rivages [📘], c’est glaçant. Et les idéaux folks des Crosby, Stills, Nash & Young [💿] ou de Joni Mitchell [💿] ne résisterons que difficilement à la montée du music-business et aux overdoses à répétition des années 70.

Los Angeles, Babylone Moderne, est un roller-coaster de rêves et de cauchemars, de hype et de dive, de musique et de sang.

Ce qui est presque flippant, c’est que ce rêve californien dont Barney Hoskyns parlait tout au début de cet article n’a pourtant été que très peu terni entre les années 40 et l’émergence d’Hollywood et la fin des années 90 - fin de l’histoire racontée dans Waiting for the Sun - et a continué à attirer des milliers de jeunes convaincus que la vie est bien plus belle sous le soleil du Pacifique. Car oui, les rockers dont Hoskyns dresse le portrait sont canadiens, new-yorkais, originaires de l’Alabama ou de l’Illinois… rares sont les californiens pure-souche à avoir alimenter réellement le rêve californien.

On y reviendra.

Blade Runner' Making-Of Documentary on the Tech-noir Classic | IndieWire
Blade Runner. Ridley Scott. 1982.

Ce n’est peut-être pas totalement un hasard si le sud de la Californie, et Los Angeles en particulier, est devenu l’épicentre de notre imaginaire techno-centré. Et pour plein de raisons.

D’abord, parce que les liens entre notre quotidien connecté et la communauté hippie de San Francisco et Los Angeles de la fin des années 1960 sont nombreux. On relira, encore et toujours, la vie de Stewart Brand entre trips sous acide et investissements technologiques des années 1960 à nos jours dans le toujours indispensable Aux sources de l’utopie numérique (par Fred Truner, en français chez C&F Éditions [📕], comme il se doit). On se penchera également sur les liens entre le groupe californien des Grateful Dead et l’émergence des réseaux d’échange dans les années 80… et leur utilisation à outrance par les fans du groupe pour échanger anecdotes et bootlegs [📰]. Les liens entre culture hippie et digitale ne sont pas que géographiques. Je radote, mais c’est toujours important de se le rappeler.

Ensuite, parce que deux des plus grands créateurs de nos imaginaires numériques sont… oui, très liés à la Californie.

Philip K. Dick, auteur sans doute le plus structurant pour nos fantasmes technophiles actuels, et auteur - vous le savez - du Do androids dream of electric sheep? [📘] qui donnera naissance à Blade Runner [🎥], Minority Report ou Total Recall [📗], est un pur produit de la culture californienne des sixties : soleil, rock’n roll et drogues inclus. William Gibson, inventeur du genre Cyberpunk avec l’iconique Neuromancien [📕], de la même façon, s’immergea fortement dans la contre-culture californienne de la fin des années 60 avant de s’enfuir au Canada pour éviter l’incorporation et l’envoi au Viet Nam où la guerre fait rage. Si vous êtes d’ailleurs curieux, tout ce que le Cyberpunk doit à la culture hippie et au LSD est très bien expliqué dans le hors-série dédié des éditions Pix’n Love paru en 2020 [📘].

Les romans dystopiques majeurs des deux auteurs prennent place dans un Los Angeles futuriste et malsain (et dans lequel nous mangeons tous des ramens [📰]). Les cultures hippie, business et technocrate s’y mêlent. Hollywood - toujours la Grande Babylone - s’emparera tout naturellement de ces univers pour leur donner vie dans le Blade Runner de Ridley Scott en 1982. Los Angeles y est dépeint comme une ville noire, tentaculaire, livrée au crime et aux trafics et dans laquelle la culture asiatique et pacifique s’est mêlée aux canons américains. Les écrans publicitaires Atari y partagent, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les fantasmes technologiques de la Tyrell Corporation, la fabrique hégémonique des androïdes. Dans Neuromancien, Los Angeles est devenu la Conurb, la plus grande mégalopole du monde recouvrant la Californie et le nord du Mexique, et étouffe les personnages en proie à la misère et à la précarité face aux multinationales tyranniques. Neal Stephenson, quelques années plus tard, dans L’Âge de diamant [📗] ou dans Le Samouraï virtuel [📘], étendra cette ville-univers jusqu’aux rivages opposés du Pacifique.

Le Clos Guibert, programme neuf à Bussy-Saint-Georges | Peterson.fr
Bussy-Saint-Georges (77), vue d’architecte.

Pas étonnant qu’aujourd’hui encore, nos rêves de modernité soient des voitures volantes [📰], des Smart Cities ou encore des robots humanoïdes. Près de quarante ans d’images du futur nous ont pré-configurés pour cela : des milieux urbains étouffants et des villes tentaculaires.

En réaction à l’hégémonie américaine, on pourrait se demander à quoi ressemblerait un cyberpunk-à-l’européenne. Quel véhicule deviendrait le totem du futur de Bussy-Saint-Georges en Seine-et-Marne ? Quelle dystopie à Cergy-Pontoise ? Quel paysage projectif à Villeneuve d’Ascq ? Nos imaginaires sont secs sur ces futurs géographiquement proches, peut-être parce que les imaginaires ont besoin de distance, ou qu’Hollywood est une machine à rêves trop puissante pour laisser de la place à d’autres alternatives.

Sylvain Grisot [🐤] de l’agence d’urbanisme Dixit [💻] pourrait peut-être imaginer ces paysages.

Take Two | Homegrown Homelessness, Idling Ban, Undecided Voters | 89.3 KPCC
Los Angeles, 2020.

Mais revenons en Californie. Depuis 2019, la pauvreté a explosé dans le Golden State et le paysage cyberpunk actuel comporte bien plus de tentes Quechua que d’écrans LCD géants (même si le gens fantasment toujours sur les écrans LCD géants [📰]). À tel point que, pour la première fois peut-être de son histoire, on parle d’un exode californien : il y a aujourd’hui plus d’habitants qui quittent l’état que de nouveaux venus en Californie [📰].

Et pourtant, le mythe californien fonctionne encore à plein tube dans nos imaginaires européens, comme en témoigne la façon dont Renault utilise soleil et palmiers dans ses dernières publicités [📺]. Après tout, le propre des mythes est qu’ils survivent à la réalité qui les a fait naître.

Alors quoi ?

Si la Californie, décriée par les dystopistes, boudée par les jeunes, n’inspire plus, qu’on me permette de hasarder une hypothèse :

Meta » : Voici à quoi ressemble le projet de « metaverse » de Mark  Zuckerberg
Metaverse, early days.

Le Metaverse dont Mark Zuckerberg et quelques autres technophiles californiens - justement - ne cessent de rêver n’est-il pas la dernière émanation du rêve Californien ?

Après tout, si on met dans un grand sac tous les imaginaires des mondes virtuels, les discours ambiant sur la liberté portés par le Web3 et la promesse d’une fortune rapide grâce aux NFT, on retrouve le même trio magique Sun-Freedom-Fortune qui a fait la notoriété de Los Angeles depuis les années 30. Une version à peine pixelisée de la promesse hippie-yuppie du sud de la Californie. Un monde identique à celui promis par les studios de cinéma des années 40 ou les maisons de disque des années 70 : un monde qui promet le meilleur aux WASP, aux middle-class blanches de l’Amérique.

Un monde qui ne parle finalement qu’aux américains et à ceux que le mythe californien de la start-up nation fait encore rêver.

Oui.

C’est sûrement ça : la prochaine mue de la Californie sera virtuelle.


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Et pour finir, un peu de lecture et de musique ? 

  • 💿 La majorité de la rédaction de ce billet s’est fait au son du Laurel Canyon de Los Angeles, et plus particulièrement de l’album Déjà Vu de Crosby, Stills, Nash & Young sorti en mars 1970.

  • 📚 Difficile de compléter ce billet avec des lectures, tant elles sont déjà nombreuses à être citées au fur et à mesure des paragraphes. Pour toutefois continuer à dépenser vos étrennes, on peut suggérer l’ensemble de la bibliographie de Barney Hoskyns, dont sa chronique des années psychédéliques de San Francisco en français aux éditions Castor Astral.

    Pour les plus aventureux, on tentera le petit recueil Rock’N’Roll Altitude, recueil de nouvelles de SF autour d’Elvis ou Janis Joplin, paru en 2000 chez Denoël/Présence du Futur.
    Enfin, on plongera avec déli.r.c.e dans le Substance Mort de Philip K. Dick dont la schizophrénie latente n’est pas sans rappeler nos errances et dédoublements d’identité dans le cyberespace.

  • 🎥 Enfin, un dernier petit tour dans l’univers Cyberpunk. La série-anime Blade Runner: Black Lotus, réalisée par Shinji Aramaki et Kenji Kamiyama, et disponible sur le site de streaming Crunchy Roll revisite à merveille le thème du réplicant et repose la question de sa place dans notre société.
    (Et dépêchez-vous de mater Don’t Look Up sur Netflix, c’est sans doute la satire la plus juste de notre époque actuelle qu’on a pu voir récemment.)


Un petit mot à propos de l’auteur ? François Houste est consultant au sein de la bien belle agence digitale Plan.Net France et auteur des Mikrodystopies, de très courtes nouvelles qui interrogent sur la place des technologies numériques dans notre quotidien.


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Publié le 26.11.2021 à 08:53

🔗 Il n'y a pas un web, il y a des Webs

Virtuel(s) explore, de manière irrégulière, les imaginaires et notre relation au numérique. À chaque billet, on réfléchit, on imagine et on n’a pas forcément de réponses. Vous êtes aujourd’hui presque une cinquantaine à suivre cette aventure écrite. Bonne lecture* ! 😉

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Billetterie et concerts de The Police en 2021 2022 | Wegow France

Massively parallel culture

La discussion débute avec une bête question de vocabulaire, sur la façon dont on peut annoncer à ses collègues qu’on est en congés loin de toutes préoccupations professionnelles à l’heure où le terme “Out of Office” (le OoO) peut finalement signaler une période de télétravail [🐤]. Bêtement et sémantiquement.

Et puis, la discussion déraille doucement sur la culture Web. Existe-t-il une culture Web de base, une sorte de socle de vocabulaire et de connaissance qui serait le langage commun de l’ensemble des personnes qui évoluent dans les contrées numériques depuis suffisamment d’années pour s’y sentir autochtones ?

Vaste débat qu’on ne tranchera peut-être pas immédiatement, mais qui m’a permis de ressortir de ma bibliothèque The Long Tail [📗] de Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine Wired [📰], un texte fondateur, légèrement décrié depuis, de ce qu’est le Net et de la façon dont il a révolutionné l’accès aux biens et à la connaissance.

The Long Tail (book) - Wikipedia

Publié en 2006, The Long Tail est le premier bouquin a avoir formalisé cette loi stipulant que vos 80% d’articles les moins populaires pouvaient vous rapporter autant que vos 10% de top sellers. Le modèle même qui pousse Amazon à proposer tout et n’importe quoi, y compris une place de marché pour livres d’occasion, ou encore qui engage Netflix à conserver dans son catalogue des vieux films français ou des comédies musicales indiennes.

Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse ici. Dans The Long Tail, il n’y a qu’un passage que j’ai bookmarké d’un délicat post-it. C’est celui qui parle de GOATSE. Vous savez ce qu’est GOATSE ? Mmmh ? Pour faire vite - ce n’est pas le sujet principal ici - GOATSE est un site choc datant de 1999 et affichant la photo d’un homme écartant de ses mains son anus et son rectum ( je cite la Wikipedia [📰] ). L’adresse du site a énormément circulé sur les Internet à partir de 1999, comme blague, piège aux nouveaux internautes, comme de nombreux autres clichés tout aussi choquant.

On a la culture potache qu’on peut. ;-)

Anil Dash on Twitter: "Ten years ago, I wore a Goatse t-shirt in the NY  Times. A year later, I reflected on the absurdity that followed:  http://t.co/PEHk5MYaQP" / Twitter

Chris Anderson raconte une anecdote autour de cette image :

In July 2005, Anil Dash, an executive at the blog technology company SixApart, “hacked” the New York Times by wearing a T-shirt that read “GOATSE” in a photo shoot for an otherwise innocuous article about how hard it is to change what Google says about you. Marveling over his mad skilz, I was amazed to find that almost none of my staff (and obviously no New York Times editors) knew what GOATSE refers to. […] Yet many of my geek friends drop a reference to it into their writing as a sort of shared-contexte joke.

Comment un éditeur du New York Times peut-il laisser quelqu’un arborer ostensiblement le mot GOATSE dans les colonnes du journal ? Pourquoi cette tenue n’est-elle pas passée à la censure ? Chris Anderson se l’explique finalement très bien : GOATSE est une sous-culture.

I hadn’t realized that I was part of a subcultural tribe, but apparently I was. And knowing about GOATSE appears to be one of its secret membership codes, which is what Anil was demonstrating when he cheeckily wore the word on his T-shirt in the Times shoot.

Plus loin encore, GOATSE est une sous-culture parmi d’autres. D’après Anderson, seuls 10% de ses contacts pro et perso de l’époque connaissent GOATSE. Il interroge ces mêmes contacts autour d’autre memes (le terme n’existe pas à l’époque, Anderson parle de clichés) et constate… que seuls 10% de ses contacts connaissent également chacun de ses clichés, mais… pas les mêmes 10%. Chris Anderson est aux croisements de plusieurs tribus :

What does this show? It shows that my tribe is not always your tribe, even if we work together, play together, and otherwise live in the same world. Same bed, different dreams.

Et d’en conclure que la diffusion rapide de l’information sur le Net a provoqué l’éclatement de la culture de masse - comprendre celle qui était issue des médias de masse comme la télévision, la radio et le cinéma - en une masse de cultures parallèles.

In short, we’re seeing a shift from mass culture to massively parallel culture. Whether you think of it this way or not, each of us belong to many different tribes simultaneously, often overlapping (geek culture and LEGO), often not (tennis and punk-funk).

En vrai, Chris Anderson n’invente rien. Oui, il n’y a pas UNE CULTURE - ce serait une vision bien élitiste - mais une multitude de cultures qui cohabitent. Le phénomène est plus flagrant encore depuis l’émergence de ce qu’on appelle la POP Culture, de sa diffusion mondialisée et de la popularisation des mass-media dans les années 1960. Fans de jazz et fans de rock se croisent peu mais peuvent avoir des idoles communes ( je ne sais pas, comme Miles Davis peut-être ?). Les amateurs de cinéma d’art et d’essai et ceux de blockbusters peuvent se retrouver le temps d’une séance commune. etc.

Les mondes culturels, contrairement à ce que pourraient faire penser certains scénarios, ne sont jamais totalement isolés les uns des autres.

https://laregledujeu.org/files/2019/12/marcel-proust-et-le-sionisme.jpg

Mais il n’y a là rien de vraiment nouveau sous le soleil. La vie mondaine décrite par Marcel Proust - il faut toujours chercher des parallèles avec La Recherche du Temps Perdu, c’est important - est déjà faite de ces recoupements, de ces croisements, de ses superpositions de cercles mondains, et donc culturels, même si les acteurs de ces cercles s’en défendent.

On repense aux moments où le narrateur réalise que le monde des Guermantes et celui des Verdurin se rencontrent et s’interpénètrent, et que souvent les acteurs de l’un des cercles (Charlus, Odette [📰]…) passent volontiers dans l’autre cercle.

Rien n’est unique, rien n’est isolé.

Plus sérieusement, et avec moins de madeleines, on pense également aux idées de Christophe Masutti et à sa façon de ré-expliquer le concept de Village Global de Marshall McLuhan.

On a souvent imaginer le Net, concrétisation la plus poussée du Village Global, comme une agora, une place de marché sur laquelle tout le monde pourrait librement échanger avec tout le monde. Christophe Masutti préfère à cette vision de l’agora celle du village de cases [📰]. Personne n’a l’envie d’échanger avec tout le monde, mais chacun a envie d’échanger avec des personnes affinitaires, dont il se sent proche culturellement - puisque ce sont les cultures qui nous intéressent ici. Chacun a envie de trouver sa case : une case dédiée à la politique, une case dédiée à la science-fiction ou aux films des années 40, ou au logiciel libre…

Ces cases sont des communautés plus ou moins grandes qui fonctionnent selon leurs propres règles et créent leur propre sous-culture. Mais qui entretiennent également des liens avec les cases proches d’elles.

Cette vision d’un Internet-Case aide à comprendre énormément de choses, et notamment des concepts de collision, d’hybridation et de construction de ce qu’on nommerait à tort la Culture-Web.

Cette Culture Web - ou plus globalement cette culture numérique - existe-t-elle réellement ? Existe-t-il une sorte de noyau commun du Net ?

Au vu de la (re)lecture de Chris Anderson et de Christophe Masutti, j’ai envie de répondre que… non. D’ailleurs, combien d’entre vous connaissez GOATSE avant de parcourir de billet ?

Aux sources de l'utopie numérique De la contre-culture à la cyberculture,  Stewart Brand, un homme d'influence - broché - Fred Turner - Achat Livre ou  ebook | fnac

D’abord parce que le Web n’est qu’une sous-culture des cultures de masse. N’oublions pas que le Net s’est construit dans un monde universitaire déjà exposé à l’importante culture pop des sixties. Le Net est, culturellement, un enfant du monde hippie, de la science-fiction et de la culture télévisuelle. Il faut relire les ouvrages de Fred Turner (dont le magnifique Aux sources de l’utopie numérique [📕] chez les copains de C&F Éditions) pour comprendre cet héritage et ne pas oublier qu’une bonne partie du vocabulaire du Net n’a pas spawné naturellement dans notre bouche mais provient d’autres cultures. Qui a oublié qu’on nomme Spam les mails non-désirés à cause d’un sketch des Monty Pythons ?

Il faut ensuite admettre qu’aujourd’hui, à l’heure où le Net touche des milliards d’individus, il est lui aussi devenu une pop-culture au même titre que la Télévision, la musique ou les littératures de genre. Le paysage décrit pas Chris Anderson en 2006 s’est démultiplié et fragmenté et il est de plus en plus facile de se perdre entre le vieux vocabulaire des grandes heures de l’IRC, les mêmes qui circulent sur TikTok et les codes instaurés par les échanges sur Fortnite. Il y a aujourd’hui autant d’Internets qu’il y a de sphères d’usages.

Gerald Adams And The Variety Singers – Daisy Bell (A Bicycle Made For Two)  / Break The News To Mother (1931, Shellac) - Discogs

Mais plus important encore, en se propageant dans les mains de tous, le Net est devenu aujourd’hui un territoire de collisions. Le village de cases de Christophe Masutti donne régulièrement naissance à de nouvelles cases créées par la collision de deux cultures existantes.

Un éminent directeur d’agence (il se reconnaîtra) me racontait récemment le premier visionnage de 2001 l’Odyssey de l’Espace de Stanley Kubrick avec son fils de 12 ans, et notamment la scène de la mort de HAL [📼]. Attention, petit spoiler.

Au moment d’être désactivé, l’intelligence artificielle HAL entonne une chanson enfantine - Daisy Bell [📰]- et replonge en enfance. Cette chanson n’est pas inconnue des enfants de 12 ans, puisqu’elle est devenu un meme sur le réseau TikTok [🎥]. Une des composantes donc d’une sous-culture Net dont on parlait plus haut est bel et bien l’une des composantes d’une sous-culture Pop. Une collision.

Les sous-cultures du Net sont en mutation permanente, et ne sont comme nous que le résultant d’une somme de collisions. “I am a D.J, I am what I play” chantait David Bowie [💿]. Collisions, memes, mash-ups, contribuent à l’édification d’autant de sous-cultures qu’il y a de cases sur le Net, et il est difficile de prétendre que nous sommes exposés à la totalité d’entre elles et encore moins que certains comptent plus que d’autres. Il est encore plus difficile de penser qu’il existe une culture unique, une pierre angulaire du Web… simplement parce que personne, au fur et à mesure que le réseau grandit, ne peut être exposé à tout.

L’important, c’est la vivacité de ces cultures, et leur capacité à s’hybrider… On re-découvre Balzac parce qu’un film sort au cinéma [🎥]. La culture Punk nait, en partie, du croisement du rock et des cultures jamaïquaines {💿]… Une culture qui ne s’hybride pas est vouée à l’oubli.

De secrètes injustices - broché - Xavier Hanotte - Achat Livre | fnac

Et pour finir par de belles lettres, c’est l’écrivain belge Xavier Hanotte qui en parle mieux et de manière plus émouvante que quiconque dans De Secrètes Injustices [📘] de 1999 :

Car l'oubli travaille. Les hommes meurent, les noms s'effacent, les injustices s'estompent - même et surtout les plus monstrueuses. Et chaque fois que cela se produit, c'est aussi un peu de sens qui meurt.
Jusqu'au sens des mots. Ainsi Passendale. Aujourd’hui, ce nom n'évoque plus le jalon final d'une offensive dérisoire, l'océan de boue sanglante où se noyaient pêle-mêle vivants et morts. Non, Passendale, dans l'esprit des gens, ce n'est même plus un village...
C'est une marque de fromage.

C’est pour lutter contre cet oubli qu’il nous faut accepter les collisions.

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Un petit mot à propos de l’auteur ? Je suis François Houste, consultant au sein de la bien belle agence digitale Plan.Net France et auteur des Mikrodystopies, de très courtes nouvelles de fiction qui interrogent sur la place des technologies numériques dans notre quotidien.


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Publié le 23.10.2021 à 10:09

👨‍⚖️ Le procès Zuckerberg (#10)

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L'audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès américain a révélé un PDG  déconcerté, le patron de Facebook aurait-il trompé les élus américains ?

Il y a quelques mois, j'avais donc commencé à imaginer un début d'histoire de procès de Mark Zuckerberg, façon polar. Un commencement de récit qui n’a aboutit nulle part et qui, à sa façon, s’est laissé doucement rattrapé par la réalité. Alors plutôt que de le laisser trainer sur un disque dur, le voilà livré à vos humeurs de lecteurs. Sans aucune prétention.

1.

— Merde !

La voix de James Baldwin résonnait dans les couloirs du bâtiment. Plus encore que d’habitude, les jeunes employés du bureau et les quadras en costard s’écartaient devant ce mètre quatre-vingt-quinze de muscles à la démarche enragée. Personne ne souhaitait traîner dans ses pattes. Quand Baldwin était d’une humeur aussi noire, tous savaient que rien ne le détournait de sa destination.

— Merde ! Merde ! Merde !

Son poing rencontra la fontaine à eau. Elle tangua mais ne se renversa pas. Les remous à l’intérieur de la bombonne mettraient quelques minutes à se calmer. Le flic en faction devant le bureau du procureur général s’écarta d’un pas, pour ne pas être la prochaine victime. Baldwin ouvrit la porte d’un geste sec et n’attendit même pas un bonjour.

— Il est mort.

Bobby Lloyd était l’un des procureurs spéciaux de Washington. Il avait à peine relevé la tête.

Assis derrière son grand bureau moderne, il avait entendu Baldwin venir de loin. Mais il était depuis longtemps insensible aux accès de colère de ce premier assistant qu’il côtoyait depuis bientôt vingt ans. Il échangea un regard rapide avec sa secrétaire, présente elle aussi dans le bureau. Regard qu’elle comprit aussitôt. Elle sortit en prenant soin de refermer la porte que Baldwin avait laissée grande ouverte, laissant les deux hommes seuls dans la pièce.

— Quand ? demanda Lloyd, sans plus de fioriture.

— Il y a une quarantaine de minutes, à peu près.

— Comment ?

— On ne sait pas encore. On a dépêché des légistes sur place, pour éviter les remous. Ils doivent m’appeler d’ici dix minutes pour leur premier rapport.

— Merde…

La réaction de Lloyd montrait moins de la colère que de la frustration. Alors que Baldwin se braquait, explosait, quand l’un de ses plans déraillait, Lloyd lui se contenait. Il intériorisait et mettait immédiatement en marche ses cellules grises.

Les implications de cette mort étaient gigantesques. C’était sans doute la pire des choses qui pouvait arriver. Et au plus mauvais moment. Tout ce boulot réduit quasi à néant à deux semaines à peine de la mise en accusation.

— Il n’en reste qu’un seul, commenta Baldwin, juste pour la forme.

Il connaissait aussi bien que son supérieur tous les tenants et les aboutissants du dossier. Cela allait faire trois ans qu’ils bossaient ensemble l’instruction de ce qu’on aurait pu appeler Le Procès du Siècle. Une enquête gigantesque. Des milliers d’heures d’enregistrement, de documents compromettant, des pièces à conviction. Un dossier énorme. Une affaire d’ampleur mondiale, aussi bien politique que médiatique…

— Ouais. Tu le sais comme moi. Si on veut avoir une chance que le procès aille jusqu’au bout en tout cas. Sur nos trois coupables – Lloyd ne prenait guère de pincette avec son vocabulaire quand il était en comité restreint – il n’en reste qu’un seul qu’on puisse présenter au juge. Il va falloir le surveiller de près. C’était vraiment pas le moment. À deux semaines près…

Baldwin savait déjà tout ça.

— Merde ! s’énerva Baldwin.

Son poing gauche était de nouveau serré, blanc aux articulations. S’il y avait eu quelque chose sur lequel se défouler dans le bureau, il l’aurait sans doute déjà fracassé.

Le vibreur de son téléphone coupa net ce nouvel accès de rage. Desserrant le poing, il sortit de sa poche un vieil appareil à clapet et décrocha.

— Baldwin.

Bobby Lloyd n’entendait rien de la conversation, en dehors des Oui  et des Mmmh affirmatifs de son assistant. Mais vu sa tête, il se doutait que c’était le coroner de Seattle qui était à l’autre bout de la ligne et qu’il détaillait son tout premier rapport.

James Baldwin raccrocha d’un clac vif, rengaina son téléphone dans la poche extérieure de sa veste et fixa son supérieur dans les yeux.

— C’est le cœur qui a lâché. Le coroner cherche des causes plus précises, mais ça va demander du temps – Baldwin marqua une pause, le temps d’un soupir – Décidément, Bezos aura toujours eu un coup d’avance sur les autres, aussi bien en affaire que quand on cherche à l’inculper…

Quelque part à Medina, dans la banlieue luxueuse de Seattle, le corps du milliardaire Jeff Bezos était en cours d’autopsie, sans doute par le médecin-légiste le plus expérimenté de l’état de Washington. L’ancien patron d’Amazon, qui avait régné plus de vingt-cinq ans sur un empire commercial titanesque avait fini ses jours dans le luxe, quelques mois seulement après sa retraite officielle. Celui dont le monde entier avait copié les morning routines était mort dans son lit un matin de juillet.

Ça ressemblait à une blague. Dans quelques années, on en ferait sans doute un scénario de film. Quelque chose dans la veine du Citizen Kane d’Orson Welles.

Pourtant, pour Barry Lloyd, tout cela n’avait rien d’une blague. Avec Jeff Bezos, c’était une branche complète de son plus gros dossier judicaire qui disparaissait. Un dossier de Crime contre l’Humanité qu’il avait, lui seul, l’audace de porter à bout de bras malgré les intimidations et les influences politiques.

Oui, l’ex-patron d’Amazon aurait dû répondre, d’ici deux semaines, de Crimes contre l’Humanité, devant un tribunal constitué spécialement pour l’occasion. Rien que ça. Le chef d’accusation qui concernait généralement les chef d’état génocidaire ou généraux adeptes de la torture avait été requis contre le géant du numérique à différents égards. Tout d’abord, pour l’impact qu’avaient ses services numériques sur l’environnement. La consommation électriques de ses datacenters à travers le monde, la production de matériel informatique gourmand en terres rares et l’occupation des sols par des milliers d’entrepôts disséminés partout sur la planète étaient autant de preuve de la contribution d’Amazon à la dégradation du climat terrestre. Et par là, à la disparition de milliers de personnes au cours des catastrophes climatiques qu’avait connu la planète ces dernières années. Canicules, inondations, tempêtes… Si on avait bien creusé, on aurait sans doute pu mettre également la pandémie de 2020 sur le dos du milliardaire de Seattle.

Mais le crime écologique n’était pas le seul. Jeff Bezos avait également été accusé de favoriser la paupérisation d’importantes populations. Le dossier constituait par Lloyd parlait en vrac des magasiniers aux cadences infernales, des livreurs obligés de baisser leurs prix pour se faire concurrence entre eux, des travailleurs du clic forcés de commenter ou valider des images à longueur de journée pour un salaire symbolique... Sans compter l’impact du géant du e-Commerce sur les petits commerces à travers le monde. L’emprise mondiale de l’entreprise de Jeff Bezos n’était plus à prouver, Barry Lloyd était bien décidé à prouver une fois pour toute son impact négatif sur la planète et sa population humaine, même si ces accusations rentraient dans les cases de la justice traditionnelle.

C’est pourquoi, dans un élan d’audace, il avait recouru à la terminologie de Crime contre l’Humanité pour qualifier les actions d’Amazon et les décisions de son grand patron. Une action inédite, mais qu’il pensait pleinement justifiée.

Lloyd sortit de son mutisme :

— La presse est au courant ?

— A priori non. Pas encore. Mais t’imagines bien que si j’ai eu l’info, un de ces fouinards va l’avoir dans pas longtemps également. J’ai quelqu’un dans l’équipe qui guette les réseaux sociaux et les sites de presse en permanence. On saura dans très peu de temps si ça a fuité, et ce qui a fuité. En attendant, j’ai expressément demandé à ce qu’un premier examen approfondi soit effectué dans la propriété de Bezos, pour ne pas déplacer le corps. Faire le moins de bruit possible.

— Bien, répondit Lloyd avec un petit hochement de tête d’approbation.

Son cerveau cherchait déjà les prochaines actions à mener. Le procureur spécial pesait le pour et le contre. Le dossier Bezos n’avait peut-être pas besoin d’être clôturé immédiatement. Sans chercher la condamnation posthume, les éléments rassemblés dans le dossier pouvaient toujours servir à manipuler l’opinion publique.

Dans quelques heures, la presse et les millions de personnes connectées aux réseaux sociaux pleureraient le grand homme qui venait de mourir. Ce pape du capitalisme, cet homme d’affaire visionnaire qui avait révolutionné le commerce. S’ils fuitaient habilement, les quelques éléments à charge pourraient toujours servir à ternir la légende dorée de l’ex dirigeant d’Amazon. Mieux valait garder quelques cartouches, car de toutes façons la bataille qui venait de se terminer faute d’adversaire était loin d’être la dernière dans la guerre que Barry Lloyd entendait mener contre les géants de l’industrie numérique.

2.

C’est tout sauf une mort naturelle, je suis formelle.

Alors que les messages de deuil et les premier articles de fond pleuvaient sur tous les réseaux digitaux du monde, James Baldwin n’avait d’yeux que pour les moniteurs de la salle de conférence dans laquelle il se trouvait. En face de lui, à près de trois mille miles de là, la jeune Trinity Gomez lui détaillait les premières conclusions de l’examen.

Cela faisait trois heures maintenant que Jeff Bezos avait été déclaré mort par la scientifique de Seattle, et deux heures que son corps avait été déplacé dans les locaux de la police. Malgré les plaintes de sa famille. On avait donné à Trinity tout pouvoir pour mobiliser les équipes locales et faire procéder à l’autopsie la plus méticuleuse possible, dès la nouvelle de la mort connue. Trinity n’avais pas hésité à user de ses influences et du nom de ses patrons pour arriver à ses fins.

Aussitôt dans les locaux de la morgue, c’est une équipe complète qui s’était mise au chevet du corps, procédant à l’analyse la plus poussée qu’on avait vue de mémoire de médecin légiste dans la ville. Rien n’avait été laissé au hasard. Examen de la peau, des organes internes, analyses toxicologiques et neurologiques… jusqu’à ce qu’on trouve le petit détail qui choque.

Jeff Bezos était le modèle même du milliardaire qui s’entretenait. Un corps sain abritant un esprit des plus brillants, auraient dit les latins. Une morning routine à toute épreuve, qui avait inspiré des millions d’internautes et d’entrepreneurs. Difficile d’imaginer qu’à soixante ans son cœur puisse lâcher comme ça, du jour au lendemain.

C’est une micro-écographie qui révéla l’anomalie : une brûlure à l’intérieur du myocarde, dans le ventricule gauche. C’était tout sauf normal. Et la seule conclusion possible était que cette brûlure était la trace d’un choc électrique ayant arrêté le corps du milliardaire.

Un choc électrique à l’intérieur du cœur, s’écria Baldwin. Vous vous foutez de ma gueule, on nage en pleine science-fiction !

Vous n’êtes pas au bout de vos surprises, répondit Trinity en baisant les yeux de sa caméra pour regarder quelques notes étalées sur son bureau. On a cherché ce qui pouvait provoquer ce type de choc, vous vous en doutez. Et on a filtré la quasi-totalité du sang de Bezos. Vous n’imaginez pas à quel point c’est dégueulasse de voir ce genre d’opération.

Baldwin imaginait très bien. Son passé dans les forces spéciales, en Irak et en Afghanistan, lui avait sûrement fait vivre des expérience pire qu’une ponction sur un cadavre. Au moins Bezos était mort pendant qu’on lui tirait son sang.

Bref, on filtré le sang du corps de Bezos et on a trouvé ça.

Trinity tenait un petit sachet en plastique devant la caméra de son ordinateur, avec dedans une plaque de verre transparente.

Qu’est-ce que c’est ? s’énerva Baldwin. On ne voit rien avec la caméra.

C’est un microrobot, une sorte de drone si vous voulez, qui devait circulait dans le corps de Bezos. Ce truc est totalement mort lui aussi, inerte. Mais on va le faire analyser pour savoir s’il pourrait être la cause de la défaillance cardiaque.

Un microrobot dans les artères ? Il aurait dût mourir d’un AVC ou d’une thrombose si c’est ça…

Pas nécessairement, on peut tout imaginer…

Voilà, ça ne va pas plus loin. En espérant que ça vous a plus 😉

Bon week-end et à la prochaine.


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Publié le 20.10.2021 à 09:47

🔢 On peut débattre de tout, sauf des chiffres*

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Cybersyn / techno-socialisme

Cybernétique

L’écran de contrôle central de la crèche permettait de suivre en permanence l’humeur des enfants qui y étaient gardés. Et ce matin, ils n’avaient pas spécialement l’air heureux…

« Ajoutez plus de jouets ! » commanda la surveillante en chef.

[📼]

Santiago du Chili. Novembre 1972. On installe dans une des salles de la Compagnie Nationale de Télécommunications sept sièges en fibre de verre et différents écrans de contrôle dont le design n’est pas sans rappeler les séries de science-fiction américaines qui hantent alors les écrans du monde entier. Cette salle, ou plutôt son image ⬆, c’est tout ce qu’il reste du projet Cybersyn, qui mérite bien qu’on s’y arrête quelques instants.

Cybersyn, c’est une tentative de pilotage centralisé de l’économie, à l’échelle d’un pays entier. C’est la première, et sans doute la seule, mise en application concrète de la théorie de la cybernétique à l’échelle d’une société.

Si l’on devait résumer très succinctement le fonctionnement de Cybersyn, on procéderait sans doute de la façon suivante. Cybersyn repose, physiquement, sur un réseau de Telex - un système de communication à distance datant des années 30 - disséminé dans les principaux lieux de production du pays. Grâce à ce réseau, les centres de production les plus stratégiques - nationalisées par le gouvernement de Salvador Allende, arrivé au pouvoir en 1970 - peuvent communiquer au quotidien leur chiffres de production à un ministère central de l’industrie. En fonction de ces chiffres, les membres de gouvernement peuvent réagir en direct en redéfinissant les objectifs de production de chaque usine. Ce fonctionnement théorique devait permettre un pilotage rapide et efficace de l’économie.

Dans une version rêvée, Cybersyn se voyait complété d’un réseau Cyberfolk. Un réseau installé cette fois chez les habitants du pays - à la façon d’un boîtier d’Audimat pour ceux à qui l’objet évoque encore quelque chose - et permettant de faire remonter en direct, toujours, l’opinion du peuple sur une décision ou son niveau de satisfaction. Le pilotage de la société par la force des chiffres [📕].

Cybersyn ne sera en réalité jamais opérationnel. La salle de contrôle du système est donc inaugurée en novembre 1972. Le président Allende y fait une visite officielle en décembre. Les grèves à succession qui secouent le pays à partir de cette période empêchent tout déploiement réel du dispositif. Le coup d’état de septembre 1973, et le bombardement du palais présidentiel, mettent un coup final à l’expérience. La salle de commande est d’ailleurs détruite à cette occasion.

Anthony Stafford Beer | SpringerLink

Ce dispositif révolutionnaire, imaginé par le cybernéticien anglais Anthony Stafford Beer ⬆ - aidé du designer allemand Gui Bonsiepe - est donc une application concrète des théories de la cybernétique. On aimerait définir rapidement ces théories, mais la fiche Wikipedia qui en parle [📰] est très bavarde, et complète, sur le sujet.

Si je tente un raccourcissement, la cybernétique entend utiliser les systèmes informatiques naissant - nous avons remonté le temps à la fin des années 1940 / début des années 1950 - pour rassembler un maximum d’information sur le monde, y appliquer des actions - des ordres, des changements - et mesurer la réaction qui en découle. Et faire évoluer une situation donnée, ainsi, une action après l’autre, une réaction après l’autre, une mesure après l’autre.

Cybernétique vient du grec kubernân, gouverner, piloter. La cybernétique, c’est donc la science du pilotage, de la navigation [💿].

Sa première mise en application sera dans le domaine militaire. À l’heure où les Etats-Unis cherchent à prévenir une attaque surprise des Soviétiques, la cybernétique assistera à la conception d’un modèle de stations-radars disséminé sur tout le pays et à concevoir les réactions armées face à une attaque aérienne ennemie.

La cybernétique hantera toute la science-fiction des années 1950, jusqu’à cette trace ultime dans le premier recueil des Robots d’Issac Asimov. Dans un récit final - The Evitable Conflict [📗] - l’auteur détaille comment un ordinateur central contrôle désormais les relations et les actions humaines, parfois pour le pire mais souvent pour le meilleur.

Dites plutôt quelle merveille ! Pensez que désormais et pour toujours les conflits sont devenus évitables. Dorénavant seules les Machines sont inévitables !

Faire le bien de l’humanité malgré elle, voilà le but ultime de la cybernétique.

Une intelligence artificielle inspirée de HAL 9000 pour gérer les futures  bases planétaires

Et plus loin, on peut également considérer le célèbre HAL du 2001 L’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick comme une machine cybernétique. Peut-être même sa première incarnation maligne [📼]. En 1968, alors que la guerre du Viet Nam s’enlise et que la contestation contre le complexe militaro-industriel bat son plein dans la jeunesse, 2001 sera peut-être la première fiction à faire douter des robots. Et donc… de la cybernétique.

Mais où atterrit-on avec cette histoire de Chili, de robots et d’espace ?

La cybernétique est héritière des prémisses de l’informatique et donc du langage binaire qui la structure. La cybernétique, c’est la réduction de tout état, de toute action, de toute réaction - rétroaction - à une simple somme de chiffres. L’informatisation du monde rend la cybernétique très actuelle même si le mot a disparu de notre vocabulaire. Comme Monsieur Jourdain fait de la prose, nous faisons de la cybernétique sans le savoir [📕].

À en croire certains, et non des moindres, nous sommes désormais réductibles à un ensemble de chiffres. On peut mettre dans le même tonneau sans fond la tendance au Quantified Self - cette manie que nous avons presque tous de compter nos pas, nos calories, nos emails non-lus, nos amis, nos likes et nos heures de sommeil [📰] - et le cynisme avec lequel les équipes projet de Facebook accueillent les dernières statistiques sur la dépression des adolescentes [📰].

Piloter son régime alimentaire en fonction des données d’une application pour smartphone qui traque à la fois les calories, les allergènes et les arômes opaques - même s’il manque un autre retour chiffré que celui de la balance - c’est quelque part un héritage de la cybernétique.

Poster un récit antivax pour espérer voir augmenter l’engagement de ses posts sur Instagram [📰], c’est malsain mais c’est également un comportement hérité de la cybernétique.

Les Stylos Rouges -... - Les Stylos Rouges - Page Nationale

Clamer que l’on peut débattre de tout, sauf des chiffres, et que ceux-ci font loi et justifient le bien fondé de n’importe quelle décision politique et/ou sanitaire (que je ne remet pas en cause, ici, ce n’est pas le sujet), c’est encore une fois un héritage de la cybernétique et de la réduction du monde aux chiffres.

Vous voyez ? L’héritage de la cybernétique - par le truchement de l’ordinateur roi et forcément de la promesse de l’intelligence artificielle [📰] - est partout autour de nous et pilote à la fois notre quotidien (nos vies connectées) et notre environnement.

Mais peut-on tout réduire à une suite de chiffre et à une boucle de rétroaction ?
Une reductio ad numeros si on me permet du mauvais latin. (corrigez-moi, les lettrés, au passage)

Deux choses sont certaines en tout cas.

La première c’est que l’on peut quasiment tout mesurer. Ou qu’en tout cas on imaginer qu’on peut. Les smartphones mesurent notre rythme cardiaque et nos quantités de pas, les réseaux sociaux mesurent nos vitesses de réaction et nos scores d’affinité, les objets connectés mesurent les mouvements, les températures, les usures et les degrés de pollution, les satellites mesurent les mouvements terrestres et les impacts atmosphériques et climatiques de l’activité humaine. Tout se mesure ou presque.

La seconde, c’est que cette mesure aide à la connaissance et à la compréhension du monde. Sans mesure, sans chiffre, sans mathématique, pas de science, pas de théorisation, pas de théorie et très peu d’explication. Croire en la science, c’est forcément croire aux chiffres.

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(désolé, la blague était trop tentante [📼])

Mais tout est-il solvable dans les chiffres ? Et ne doit-on plus imaginer les choses que par les chiffres ? C’est en fait là que tout devient plus compliqué…

Cynthia Fleury, philosophe, évoquait il y a quelques jours sur France Inter l’épuisement que provoque la société du chiffre [📰].

Nous sommes à la fin d'un rouleau compresseur [...] une idée qu'il y a une seule manière de faire performance dans ce monde, c'est le quantitatif.

Beaucoup des discussions autour de la crise écologique et d’un recentrement forcé de notre culture et mode de vie vont dans ce sens également : la société de la performance a la peau dure - le Capitalisme triomphe de tout, comme l’Allemagne au football - mais il semble évident qu’il ne peut être la réponse globale aux défis qui arrivent.

Mais cette société a les chiffres avec elle.

La vraie question, c’est peut-on sortir d’une société guidée par des modèles mathématiques, par la croyance que tout se modélise et s’analyse, par le mythe de la mesure ? Peut-on sortir de 60 années d’informatisation et de cybernétique ?

Peut-on ré-injecter de l’irrationnel dans notre société ?

De l’imaginaire ?

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On complète avec quelques bricoles trouvées çà et là sur le Net ?
Trois petits liens de plus pour alimenter votre vision du monde numérique…

  1. 🥽 C’est, en tout cas sur la sphère digitale française, ce que vous lirez de plus complet sur l’avènement du Métavers et son impact sur le monde des médias et de la publicité. C’est dans La Réclame et c’est ici : https://lareclame.fr/dossier-metaverse-254865

  2. 📈 Dans l’un des derniers numéros de Climax - la newsletter plus chaude que le climat - on trouve plein d’infos comme d’habitude, mais on trouve surtout une petite histoire de la notion de PIB et du pourquoi il est devenu central à nos politiques actuels jusqu’à devenir l’alpha et l’oméga de toute décision publique. On y apprend notamment que Robert Kennedy disait, avec une certaine poésie, que “le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue”. On s’y demande également s’il ne serait pas temps de changer de boussole.

  3. 🧷 Merde, il y a des gens qui ont imaginé un GiscardPunk !


Et pour finir, un peu de lecture et de musique ? 

  • 📖 Metal Hurlant revient dans les kiosque après au moins tout ça d’absence. Le magazine qui a introduit la culture SF en France dans les années 1970 se penche, pour ce premier numéro de sa nouvelle formule, sur notre futur proche et sur les dystopies du Cyberpunk. C’est riche de quelques analyses, bondé de pas mal de bandes-dessinées, nourri de beaucoup d’inspirations. Certains regretterons qu’on illustrant la technologie de notre quotidien, Metal Hurlant ait perdu les aspirations métaphysiques de sa première incarnation hippie. Certes. Ce reste tout de même un excellent kif !

  • 💿 Chiffres ? Ordinateur ? Kraftwerk. The Man Machine.

  • 📼 Pressé par l’enthousiasme de la publication, j’ai totalement oublié la semaine dernière de commenter la photo qui accompagnait le billet Les 5 étapes de Facebook… Les amoureux du cinéma auront reconnu Frank Sinatra et Kim Novak dans L’Homme au Bras d’Or d’Otto Preminger. L’histoire d’un batteur de jazz accroc à la cocaïne… comme nous le sommes aux réseaux sociaux.


Un petit mot à propos de l’auteur ? Je suis François Houste, consultant au sein de la bien belle agence digitale Plan.Net France et auteur des Mikrodystopies, de très courtes nouvelles de fiction qui interrogent sur la place des technologies numériques dans notre quotidien.


Merci de votre attention et à la prochaine fois pour parler d’autres choses !

PS1. Si vous avez aimé cette première expérience, n’hésitez pas à la partager sur les réseaux sociaux ou avec vos contacts :

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À la prochaine !


Publié le 06.10.2021 à 10:59

😱Les 5 étapes de Facebook...

Virtuel(s) explore, de manière irrégulière, les imaginaires et notre relation au numérique. À chaque billet, on réfléchit, on imagine et on n’a pas forcément de réponses. Vous êtes aujourd’hui presque une quarantaine à suivre cette aventure écrite. Bonne lecture* ! 😉

Man With the Golden Arm / Network On Air

Tout le monde le sait. Facebook a subit une panne géante rendant inaccessibles les services du réseau social, mais également ceux d’Instagram et de Whatsapp. Suite à un appel à contribution d’Usbek & Rica, on a imaginé ce que donnerait cette nuit d’indisponibilité, sans doute la plus longue de l’année… Fiction :

21h53. Le Déni.

Cela fait maintenant plus d'une heure que le réseau social est en panne. "Application introuvable" annonce en boucle le smartphone d'Elena. Au début, elle avait pris ça avec philosophie : "Pas grave, je vais faire la vaisselle et je réessaierai plus tard". "L'occasion de lire quelques pages de ce bouquin que j'ai commencé il y a des semaines !". Et puis, ses coups d'œil à son smartphone se sont faits plus fréquents. Plus frénétiques. Jusqu'à ce qu'elle tappe en continu l'icône bleue sur l'écran d'accueil, pour n'afficher qu'un seul message, en boucle. "Application introuvable".

22h45. La Colère.

Elena a tout essayé. Elle a désinstallé l'application de son smartphone et l'a réinstallée. Sept fois. Le même message apparaît toujours. "Application introuvable". Elle a essayé d'accéder à la version "Web" du réseau social. Pas plus de résultat. Elle a même ressorti ce vieil ordinateur portable qu'elle n'utilisait plus depuis près de deux ans et qui prenait la poussière sous une pile de magazines tendance, dans un coin de son salon. Rien à faire. L'énervement a pris le dessus. Le laptop a volé au travers de l'appartement, emportant avec lui ce vase que lui avait offert sa mère. De toutes façons, elle ne l'aimait pas ce vase. Les voisins doivent se demander la raison de la volée de jurons qui a accompagné ce geste... De toutes façons, elle ne leur parle jamais.

00h32. Le Marchandage.

Des réseaux sociaux, il y en a plein d'autres. C'est de ça qu'Elena essaie de se convaincre depuis une bonne demi-heure. Il y a celui avec l'oiseau, qu'elle n'utilise jamais parce que ses ami.e.s n'y sont pas et qu'on n'y voit que des discours politiques ou des nouvelles déprimantes. À minuit passé, Elena s'y connecte quand même. Elle retente l'expérience, mais sans vraiment y croire. Ce ne sont pas les mêmes contenus, pas les mêmes amis. L'humour est différent. Les photos de destinations lointaines qu'elle a pris l'habitude de liker le matin, pour rêver de ses prochaines vacances, ne sont pas là. Ce truc, c'est un réseau de substitution. Ça ne remplace pas l'"Application Introuvable" qu'elle tente d'activer encore une fois.

03h24. Dépression.

Elena n'a pas dormi une minute. Prostrée sur son canapé, les bras entourant ses genoux, elle fixe le smartphone posé sur la table basse devant elle. Il n'a plus de batterie depuis longtemps, et Elena n'a même pas pris la peine de le brancher. À quoi bon de toutes façons ? Il ne va plus lui servir à grand-chose maintenant. À part peut-être à appeler sa mère... Mais sa mère dort à trois heures du mat'.

Appeler d'autres copines ? Comment ? Elena n'avait leur contact qu'à travers les réseaux sociaux et les applications de messagerie. Elles sont toutes injoignables. Elena se sent seule, sous la lumière jaunâtre du lampadaire qui éclaire la pièce depuis la rue. Elle ne s'est jamais sentie aussi seule, depuis la fois où dans la cour de l'école...

07H17. Acceptation.

Les premiers rayons du soleil ont commencé à frapper les vitres de l'appartement. C'est l'avantage d'un appart' au quatrième étage orienté plein ouest, il est lumineux dès les premières heures du jour. Éblouie, Elena est sortie de sa torpeur. Elle n'a pour ainsi dire pas fermé l'œil de la nuit. Elle en est certaine, elle a une mine à faire peur.

Laissant son téléphone là où il est, elle simplement pris ses clés, son imperméable et ses ballerines pour sortir un peu dans la rue. Machinalement, elle s'est dirigée vers la boulangerie du coin, pas loin de son immeuble. Elle a retrouvé quelques pièces dans la poche de son trench-coat, assez pour un pain au chocolat. En lui rendant la monnaie, la boulangère l'a regardée et lui a dit "Ohlala, ça n'a pas l'air d'aller. La nuit a dû être compliquée ! Tenez, je vous offre le café !" et elle a mis en route le percolateur qui trône à côté de la caisse-enregistreuse. Elena a souri en articulant un tout petit "Merci". La journée ne sera peut-être pas si mauvaise que ça.

Est-ce que votre nuit sans Facebook a ressemblé à ça ? N’hésitez pas à partager votre expérience sur le site d’Usbek & Rica.

Voilà.

C’est tout pour aujourd’hui. 😉

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