Un odieux connard

FLUX PURGÉ DE CERTAINS VISUELS. PEUT NUIRE À LA COMPRÉHENSION DES CONTENUS.

Publié le 28.07.2022 à 09:07

Bombarder le bombardier

Contrairement à une légende tenace, non, le zeppelin n’est pas un engin qui prend feu à la première étincelle venue. Tant et si bien que durant la Première Guerre mondiale, les Allemands décidèrent de s’en servir de bombardiers. Et si les bestioles n’aimaient quand même pas trop s’approcher des forteresses bourrées de canons, ailleurs, comme par exemple à Londres ou à Paris, ces joyeuses saucisses passaient d’agréables moments, et pouffaient lorsque les avions ennemis les trouaient sans pour autant parvenir à les faire tomber.

Du moins, jusqu’à ce qu’un jeune anglais décide de se montrer taquin.

Voici donc un nouvel épisode du Petit Théâtre des Opérations, où il est question de bombes dans un sens, dans l’autre, et du fait que des fois, t’as beau être un héros, tu n’as pas de bol.

Il y a aussi des gens dans un lit, mais je vous dis ça juste pour vous faire cliquer, bande de petits pervers.

Bon visionnage.


Publié le 13.07.2022 à 09:00

Jurassic World – La suite d’après

— Patron ! Vous savez très bien que vous n’avez pas le droit de sortir, vous êtes en quarantaine !
— Ouvre cette porte, Diego ! Sinon, je te préviens, tu ne verras pas la couleur de ta paie !
— Vous ne me payez pas, patron !

L’odieux employeur de Diego avait été prévenu à de multiples reprises : ne pas payer son serviteur finirait par lui jouer des tours. Certes, ce n’était probablement pas ce à quoi les gens pensaient en le disant, mais tout de même. Dans l’immédiat, un homme était aussi ennuyé qu’enfermé.

— Diego je te préviens, je vais me fâcher !
— Inutile, patron ! De toute manière, on sonne ; le médecin vient d’arriver.

Diego introduisit en la demeure le médecin dont la chevelure aussi blanche que clairsemée annonçait une prochaine retraite. Tous deux montèrent à l’étage, en dissertant sur l’état du patient.

— Vous lui avez dit de ne pas sortir, jeune Diego ? Que c’était une épidémie ?
— Oui, mais vous savez comme il est. D’ailleurs, permettez que je vous demande de reculer, docteur, car je vais ouvrir sa porte. Et le connaissant, il pourrait tenter quelque chose. Prêt ? Un, deux et trois !

La porte s’ouvrit en grand, révélant la chambre du patient. Et si ce dernier n’avait pas bondi à la gorge de son serviteur, l’explication quant à son étonnant calme tenait dans la longue ligne de cravates nouées ensemble et jetées par la fenêtre ouverte.

— Ah ! Il s’est enfui ! s’exclama Diego avant de filer se pencher à l’extérieur. Patron ! Je vous vois en train de courir ! Je vous ai dit que vous ne deviez pas sortir : c’est une épidémie de mauvais films ! Il y en a trop, même pour votre système immunitaire !
— Jamais je ne me rendrai, tu m’entends Diego, sale petite gouape ? Jamais ! Versez-vous du brandy en attendant mon retour, docteur : moi, je file voir le bien nommé Jurassic World : le monde d’après.

Car rappelons qu’Hollywood, qui est depuis vingt ans sous perfusions de licences, n’abandonne pas et nous a donc pondu un troisième volet à la série Jurassic World, elle-même suite de la série de films Jurassic Park. Dont je me permets de vous rappeler les précédents pitchs :

Jurassic World : Après avoir eu trois fois des problèmes avec des dinosaures, de brillants esprits décident de reconstruire exactement le même parc, exactement au même endroit, et ce, avec quasiment aucune sécurité. Incroyable : les dinosaures s’échappent, mais heureusement, nos héros aussi. Le spoiler est ici.

Jurassic World – Fallen Kingdom : Après avoir eu quatre fois des problèmes avec des dinosaures, de brillants esprits décident de carrément en importer, et même d’en créer un nouveau car les dinosaures feraient des armes formidables, c’est connu. Incroyable : les dinosaures s’échappent encore, mais heureusement, nos héros aussi. Le spoiler est ici.

Sans vouloir vous spoiler – vous savez comme je suis à cheval sur le sujet – je me permets de vous indiquer que Jurassic World – Le monde d’après va impliquer de brillants esprits qui se disent que quand même, après cinq échecs, et si on refaisait encore une espèce de sanctuaire à dinosaures avec une sécurité très limitée pour voir ce qu’il se passe ?

Oooh, je sens que vous avez envie d’en savoir plus. Fort bien ! Alors…

Spoilons, mes bons !

L’affiche : on nous promet que cette fois, c’est la fin. Si seulement.

Notre film commence au large de l’Alaska, alors que de braves pêcheurs américains remontent dans leurs filets quantités de richesses comme seule la mer sait en offrir : poissons, crabes, sacs Carrefour… une bien belle régalade qui s’annonce, jusqu’à ce que jaillisse de l’eau un monstrueux mosasaure, qui agrippe gloutonnement le filet et fait chavirer le frêle esquif avec tout son équipage, ce qui est taquin, il faut bien le reconnaître.

Pendant que les marins tiennent des propos un peu secs sur ce lézard de la Meuse qui est bien loin de chez lui, prenons un peu de recul et découvrons que cet incident ne fait partie que d’une longue série que les médias commentent ardemment.

En effet, depuis les aventures du précédent films, ou des héros idiots ont libéré quantité de dangereux dinosaures parce que « Euh, ils ont le droit de vivre en liberté steuplé ! » (toi aussi, relâche des veuves noires dans la salle de bain de tes amis au nom de leur liberté), c’est la panique un peu partout dans le monde. Ces braves animaux se sont multipliés et si certains sont petits et mignons, d’autres sont gros et cons et ont une fâcheuse tendance à emboutir des bagnoles, tuer des gens, et parfois un savant mélange des deux.

Les Etats du monde entier dissertent donc afin de… euh… pardon ? Qu’ouïs-je ? Ah. Sachez que leur priorité est de, je cite, « lutter contre les braconniers« . Ah. Moi, je pensais que le problème, c’était des vélociraptors dans les rues ou un tricératops qui vient s’accoupler avec ta Twingo le soir venu, mais non : le vrai souci, ce sont donc les braconniers. Je note.

Mieux : un grand plan international a été mis en place pour tenter de rapatrier autant de dinosaures que possibles jusqu’à un grand sanctuaire situé en Italie au cœur des montagnes, où la société Pipo Inc propose d’abriter ces belles créatures et de les étudier pour faire avancer la science. Par exemple, en… euh… ou encore en… bref, eh bien, voilà, la SCIENCE. Vous savez, cette science de film américain qui fait que toute personne portant une blouse s’y connait aussi bien en reproduction des méduses qu’en aérospatiale. Voilàààà, celle-là.

En attendant, retrouvons Claire, notre héroïne moyennement charismatique des précédents films, et ex-directrice de Jurassic World, qui s’est reconvertie dans l’activisme pro-dinosaures. Et ce soir, la voici infiltrant avec une amie une ferme de dinosaures herbivores, afin de montrer qu’ils sont maltraités et qu’il faut faire quelque chose, holalala, en plus celui-là est cromignon, je le ramène avec moi, hihihihi !

— C’est vraiment affreux, ils retirent les bébés dinosaures à leurs mamans ! couine Claire.

J’espère que personne n’a jamais parlé des vaches à notre héroïne. Ou si vraiment, ce sont les dinosaures qui la chatouillent, que personne ne lui rappellera « Ah, si seulement une andouille n’avait pas relâché n’importe comment tous ces dinosaures dans la vaste monde, peut-être qu’ils ne finiraient pas dans ce genre d’exploitations !« . Accessoirement, venant de l’ex-directrice d’un parc exploitant les dinosaures, c’est intéressant.

Mais oubliez ces détails sans intérêt : Claire est conol, sachez-le.

Tellement cool que lorsqu’elle s’enfuit en voiture, poursuivie par les véhicules des gardes de la ferme, tous les dinosaures du coin viennent naturellement aider notre héroïne, puisqu’on le sait peu, mais le dinosaure sait identifier, de nuit et à cent mètres, une camionnette pleine de gentils d’une pick-up conduit par des gens aux intentions douteuses. Le dinosaure est comme ça : il peut apercevoir un cliché de bien plus loin que les gens ayant écrit ce film.

Mais au fait, en parlant de Claire et de clichés, quid d’Owen, son mec ?

Eh bien lui aussi fait honneur au manque d’inventivité du script. Il était cool et il faisait de la moto ? Sachez qu’il est toujours cool, et qu’il fait toujours de la moto, jouant les cowboys des plaines pour aller capturer et calmer des dinosaures en goguette apeurés. Et pourquoi pas, les envoyer au sanctuaire.

— Et voilà ! Un dinosaure de plus, mes amis ! Aidez-moi à la charger à bord du camion !
— Bravo chef ! Vous êtes vraiment trop fort ! Beaucoup de gens tireraient, mais pas vous.
— Eeeh non. Car vous savez, je me souviens de Jurassic Park. Les dinosaures se sont barrés et ont tué tout le monde, d’accord. Mais n’avaient-ils pas le droit à une deuxième chance ? Chance qu’ils ont utilisée pour tuer tout le monde. Mais n’avaient-ils pas le droit à une troisième chance ? Certes, ils l’ont aussi utilisée pour tuer tout le monde. Alors nous leur avons construit Jurassic World. Où ils ont tué tout le monde. Mais n’avaient-ils pas le droit à une quatrième chance ? Certes, ils se sont enfuis et ont tué tout le monde. Mais là, maintenant, cette sixième chance, je…

Bref, vous l’aurez compris : les dinosaures sont de tels multirécidivistes qu’ils sont à deux doigts d’être pris en photo avec Emmanuel Macron.

Passons, et poursuivons notre galerie de personnages charismatiques et attachants pour en venir à Reloue. Mais si, vous vous souvenez, la petite fille issue d’un clonage que nos héros sauvaient à la fin du précédent film ? Moi non plus. Sachez qu’elle est toujours fidèle à elle-même, et que donc, elle est particulièrement insupportable. Chacune de ses apparitions vous donnera envie de battre des records de vitesse avec votre main contre ses grosses joues roses.

Et justement : alors que nos héros se sont installés au fond des bois pour que personne ne retrouve Reloue et son précieux ADN de merveille de la science, Reloue n’arrête pas de filer à l’anglaise, d’aller en ville alors que c’est interdit, de sauver des dinosaures égarés, bref, dès que vous lui dites « Surtout, ne sors pas !« , vous êtes certains de la retrouver en train de sprinter à demie-nue dans la neige juste pour emmerder le monde.

Si vous ne vous souveniez plus de pourquoi elle s’appelait Reloue, c’est chose faite. De rien.

Comme le veut la tradition, sachez par ailleurs que Owen, Claire et Reloue qui habitent tous ensemble cochent tous les clichés qui vont bien, comme par exemple, l’obligation inexplicable de tous porter des chemises de bûcherons et d’avoir un break pourri comme seul véhicule.

J’imagine les scènes chez l’accessoiriste à Hollywood.

— Bonjour, je viens chercher des accessoires pour le héros de notre film.
— Okay, où vit-il ? New York ? Los Angeles ?
— Eh bien plutôt à la camp…
— JE VAIS CHERCHER LES CHEMISES CANADIENNES ET LE BREAK POURRI.

Car c’est connu : toute personne qui ne vit pas dans une grande ville s’habille obligatoirement de la même manière qu’un ouvrier forestier de 1975. Et a la même voiture. Mes lecteurs en province le savent bien. D’ailleurs, il faut que j’aille pousser mon break : mon voisin a un tronc à rentrer chez lui.

Toujours est-il qu’un jour que Reloue est reloue, mais devant la maison (il y a des variantes, c’est une écriture soignée), elle aperçoit un bébé raptor un peu bleuté. Exactement comme Blue, le raptor fétiche d’Owen. Et aperçoit même Blue peu après ! Owen, qui a tout vu, comprend alors que son raptor est venu s’installer près de chez eux, et a réussi à se reproduire. Seul.

— Mais comment est-ce possible, Owen ? demande Reloue.

Avant qu’Owen ne puisse lui expliquer les abeilles, le pollen, la grosse ruche génétiquement modifiée et la veuve poignet, il commet une terrible erreur. En effet, il déclare :

— Reloue, je vais aller voir ce que fait Blue près d’ici. Toi, surtout, RESTE ICI.

Dans la demi-seconde qui suit, on retrouve donc cet appeau à torgnolles de Reloue en train de pédaler sur son vélo à toute vitesse pour faire absolument tout sauf ce qu’on lui demandait. Il n’en faut pas plus à une bande de mercenaires qui surveillait la maison pour capturer Reloue… et le bébé de Blue, que nous appellerons bébé Blue.

Au lieu de sabrer le champagne et leur tranquillité retrouvée, Owen et Claire décident de quitter leur paisible retraite pour reprendre du service afin de retrouver leur enfant adoptif neuneu. Et commencent par aller interroger un des anciens employés de Jurassic World qui, par un heureux hasard, travaille désormais pour la CIA.

Sortez votre boîte à « Ça alors« , et prévenez-la : elle entre dans une zone de turbulences.

Un appeau à gifles les joues encore rouges de sa dernière session.

Car figurez-vous que ça tombe bien, l’ami de la CIA travaille justement (secouez votre boîte) sur un trafic de dinosaures en cours, et le dialogue ressemble peu ou prou à ceci, attention, je n’exagère même pas :

— Écoutez Claire et Owen, je vous aime bien mais je ne peux rien vous dire de plus.
— Parle ou je dabe.
— Monstre ! Bon d’accord : il y a une plateforme mondiale du trafic de dinosaures à Malte, et nous y avons des agents. Nous comptons intervenir prochainement, lors d’une grande opération ultra-secrète dont je ne devrais pas vous parler, et dont vous ne devez pas vous mêler, promis ?
— … ouiiiiii ?
— Bon alors dans le doute, sachez que ça se passera jeudi au 2 rue Corto Maltese. Mais surtout n’y allez pas, hein !

Et devinez quoi : BEN NOS HÉROS Y VONT. Oh ben non alors !

Moi aussi, quand je veux que des gens ne foutent pas en l’air un rendez-vous, je leur dis où et quand aura lieu ledit rendez-vous. Et préparez-vous, parce que des dialogues comme ça, il va y en avoir d’autres.

Faisons tout de même une pause pour nous rendre au Texas, où il se passe des choses étranges : en effet, des hordes de sauterelles géantes, le genre de la taille d’un teckel (mais en moins bêtes), ravagent la région et boulottent les récoltes, ce qui n’est pas très sympa. Plus étrange encore, les sauterelles ne s’attaquent qu’au grain des fermiers indépendants, et pas au bon grain OGM de la société Pipo Inc.

Hmmmm. Soiiiiit ces sauterelles géantes sont des sauterelles qui ne font leurs courses qu’au marché bio, portent des lunettes et fument des cigarettes électroniques, soiiiiit…

Non, attendez… y aurait-il un lien avec Pipo Inc ? Je n’ose y croire. C’est trop subtil.

C’est pourtant bien la théorie d’Ellie Sattler, héroïne du premier Jurassic Park, et qui désormais, enquête sur l’affaire des sauterelles géantes. Ah, on occupe sa retraite comme on peut. Disposant d’un doctorat, d’un très gros QI et d’un sens de l’observation bluffant, elle se demande siiii… hmm… si Pipo Inc ne serait pas mouillé !

Elle est balaise. Quelle enquête !

Cela tombe bien, son vieil ami Ian Malcolm, qui bosse chez Pipo Inc, l’a invitée à venir y faire un tour. Et parce que bon, quitte à se retrouver, autant ramener tout le monde à l’écran, elle va aussi chercher son copain Alan Grant, lui aussi héros du premier film, pour reprendre du service.

— Vous réalisez que je suis paléontologue et que je n’ai rien à voir avec la choucroute ?
— Taggle et attrape ce gros fil rouge.

Et ainsi, Alan Grant s’envole avec Ellie pour le sanctuaire à dinosaures de Pipo Inc en Italie. Et c’est un bien bel endroit ! Voici donc la séquence vue et revue des héros qui survolent cette vallée fabuleuse, aperçoivent des dinosaures en faisant « Ouah ! », pendant qu’à bord, on leur indique que le parc est super sûr cette fois : tous les dinosaures ont une puce qui permet de leur envoyer un signal dans le cerveau pour leur dire de ne pas trop s’éloigner, par exemple, ou d’attendre devant le Franprix pendant qu’on fait les courses.

AH BEN JE ME SENS RASSURÉ ALORS.

Comme le veut la tradition, le sanctuaire est quasiment entièrement dénué de gardes armés. Mais si, vous savez, ce qui a coûté la vie à des centaines de gens les cinq dernières fois ! Vous n’allez pas me dire que les dinosaures vont se retrouver hors de contrôle une sixième fois hmmm ? HMMMMMM ?

Attendez… je vais chercher le budget… 185 millions de dollars.

Pour 15€, je pense que je peux trouver quelqu’un capable d’écrire un meilleur pitch que « Oh non, pour la sixième fois, quelqu’un a encore oublié la sécurité !« .

Toujours est-il que notre fine équipe se pose enfin près du bâtiment qui se trouve au cœur du parc sanctuaire, et où l’on découvre que tout est piloté par ordinateur dans une salle qui elle aussi, ressemble à celle des précédents films. Le hasard. L’inventivité. Le 7ème art.

Le patron de Pipo Inc qui accueille nos amis est John Pipo, un riche blanc qui…

Ah ? Attendez, je regarde ma montre : oui, voilà, nous en sommes à 20% du film et je sais déjà qui est une ordure. À noter que son bras droit sur le projet, Ramsay, s’avère être noir. Vous me direz « Qu’est-ce qu’on s’en fout ? » bande de sales petits gauchistes universalistes ; mais n’oubliez pas la règle souvent répétée ici : à Hollywood, on est racistes, et en bons gros racistes, on écrit les personnages de noirs comme on écrit les personnages d’enfants : ils sont naturellement gentils, simples, et toujours du côté du bien.

Je vous laisse deviner quel personnage va en réalité s’avérer être du côté des gentils. Voiiiiilà.

Passons sur d’autres petits moments de doux racisme qui émaillent cette scène, et laissons nos héros se rendre à la conférence de leur ami Ian Malcolm, dont le discours est très profond. En effet, il se résume à « La nature, eh ben elle est forte. ». Tonnerres d’applaudissements et larmes aux yeux, moi-même, j’ai dû éponger le sang qui ruisselait sur mes joues. Sitôt qu’il aperçoit ses amis Alan et Ellie, il s’empresse d’aller les retrouver.

— Les amis, je suis content de vous voir ! Bon, pendant que personne ne nous écoute, j’ai un secret à vous dire. Les sauterelles du jurassique ? Elles sont conçues au laboratoire qui se trouve au sixième sous-sol. Tenez, prenez mon passe de sécurité, il vous y donnera accès.
— D’où vous avez un passe de sécurité pour aller dans un laboratoire super secret alors que vous n’êtes ici que pour donner des conférences à la con ?
— Eeeeh biiiiiiiieeeeeeeeen…

Ian Malcolm attrape du sable au sol et le souffle dans la gueule du docteur Grant pour faire diversion sur les problèmes de scénario. Pendant qu’il tousse, il peut causer avec Ellie.

— Voilà mon passe. Prenez-le sans commentaire, cette fois.
— Super, avec ça, je vais pouvoir aller prendre de l’ADN à ces bestioles et le comparer avec celui de celles en liberté pour prouver qu’elles sont liées !

Ah ben oui. Oui, c’est sûr, parce que sans l’ADN, ça ne serait pas facile de deviner qu’il y a un rapport : ce sont peut-être des sauterelles géantes du jurassique qui se sont réveillées là, comme ça, un matin. Qui irait faire le lien entre elles et le seul laboratoire au monde à encore bosser sur l’ADN de dinosaures et à en élever ?

C’est un peu comme faire un lien entre un T-rex sur votre pelouse et Jurassic Park : on sait pas, p’têtre que le tyrannosaure n’a aucun rapport. P’têtre que c’est votre voisine qui voulait faire des cookies, elle a mis trop de sucre, et paf, ça à fait un carnivore de plusieurs tonnes.

Vous comprendrez donc pourquoi Ellie a besoin d’ADN : sans ça, aucun lien possible.

Ce scénario n’est pas sans rappeler une rédaction de sixième.

Et figurez-vous qu’Ellie a raison ! Car, je sais, vous manquez de peu de tomber de votre chaise, mais les sauterelles viennent bien de Pipo Inc. On l’apprend en effet lors d’une scène où John Pipo et son scientifique favori, le Dr Wu, celui qui se traine de parc en parc à créer des dinosaures qui lui échappent depuis 6 films, discutent.

— Docteur Wu, vous allez être content. Les mercenaires que j’ai payés pour kidnapper Reloue ont aussi capturé un bébé dinosaure qu’une maman raptor seule a réussi à produire sans l’aide d’un papa. Voilà qui devrait exciter plus d’une personne en licence d’études de genre. Accessoirement, leur ADN cache sûrement des merveilles. Vous allez me les étudier.
— Oui euh, en parlant d’ADN chef… créer des sauterelles géantes et les lâcher dans la nature, c’était peut-être pas une bonne idée. On va se taper une pénurie mondiale de récoltes en tous genres avec nos conneries. Tout le monde n’a pas nos plantations bios.
— Eh bien ils en achèteront, AHAHAHA !
— Vous comprenez bien que même s’ils le font, le temps qu’ils les plantent et que ça pousse, entre temps, il y aura eu des famines géantes quand même ?
— … ah oui merde. Bon, on s’en fout, je suis méchant ! On l’a dit que j’étais méchant ?
— Oui mais justement, votre plan n’est pas bien clair, en fait. Que voulez-vous accomplir ?
— J… JE SUIS MÉCHANT, VOILÀ.

Oui, c’est à peu près le cœur de l’intrigue : le méchant est méchant, et a lâché des sauterelles géantes dans le cadre d’un plan un peu flou. Mais méchant.

Vous avez tout saisi quant à la situation brillamment écrite au sanctuaire de Pipo Inc ?

Ah, si seulement le Dr Wu avait pu prédire que relâcher des sauterelles géantes génétiquement modifiées dans la nature poserait problème !

Alors fonçons à Malte, où nous retrouvons les premiers arrivés sur place : les méchants mercenaires qui ont kidnappé Reloue et bébé Blue. Fraîchement débarqués d’un avion sur une piste poussiéreuse, ils livrent les deux à Santos, une vilaine trafiquante locale.

Sauf que parmi tous ces vilains se trouve une personne qui fait tache : une pilote d’un vieux coucou pourri servant à faire de la contrebande de dinosaures. Et cette pilote est… eeeeest… je suis désolé d’insister sur ce cliché, mais elle est noire. Doooooooooooonc ?

Voilà, vous avez deviné : elle est évidemment, forcément, inévitablement gentille.

Un jour, on rangera tous ces films aux côtés de Tintin au Congo et c’est à peine si on verra la différence. Et d’ores et déjà, la bonté pure filtre sous l’épiderme de notre pilote, qui aperçoit de loin Reloue, emmenée par la vilaine Santos. On sent qu’elle n’aime pas ça. Car violer les lois internationales, d’accord ! Faire de la contrebande d’animaux protégés, ok ! Travailler avec des bandits, pas de problème ! Livrer des dinosaures tueurs dans des arènes de combat illégales, aucun souci !

Mais voir une petite fille que l’on emmène de force, là, euh, ouh, mes principes !

Appelons donc ce personnage Cliché, et poursuivons.

Les trafiquants pensent être tranquilles maintenant qu’ils sont à Malte, haut-lieu du trafic de dinosaures, mais c’est ignorer qu’ils sont rejoints sur place par Claire et Owen. Qui eux-mêmes, prennent contact avec le chef des opérations locales visant à embêter les vilains marchands de dinosaures qui n’est autre que… Omar Sy, l’ancien pote d’Owen !

J’avais prévenu que vos boîtes à « Ça alors ! » seraient malmenées.

Nos amis sont ravis de se retrouver, et là encore, le dialogue est très confus, alternant entre « Vous êtes mignons mais ne vous mêlez pas d’une opération officielle » et « EN FAIT ON VA INFILTRER CLAIRE DANS LA PLANQUE DES TRAFIQUANTS ÇA ME SEMBLE ÊTRE UNE SUPER IDÉE !« 

C’est vrai : qui pourrait reconnaître l’ancienne directrice de Jurassic World dans un milieu d’experts clandestins en dinosaures ?

Personne, donc. Je les envie presque : cela veut dire qu’eux ne se sont pas tapés les précédents films.

Claire se rend ainsi dans un repaire de trafiquants, véritable club clandestin où les vilains organisent des combats à mort entre dinosaures, ou en gardent comme petits compagnons pour se donner des airs de gros durs. Claire, qui fait complètement tache là-dedans, va s’isoler brièvement aux toilettes où elle rencontre Cliché ; toutes deux font aussitôt connaissances tant c’est un haut-lieu de sociabilisation.

— Qui êtes-vous ?
— Oh ! Vous êtes une trafiquante ? Moi, je m’appelle Claire !
— Que ? Mais putain vous êtes en train de me donner votre vrai nom alors que je n’ai rien demandé ? Vous êtes Mata Hari ou bien ?
— Ah non mais le script est finement ciselé.
— Bon, écoute, tout ce que je voulais dire c’était que tu n’avais rien à faire là, Claire. Tu devrais partir, c’est dangereux ici.
— Mais je cherche ma fille adoptive ! Tenez, regardez sa photo ! Elle s’appelle Reloue ! Vous l’avez vue ?
— … je ne peux rien dire.

N’oubliez pas les enfants : toujours balancer votre vraie identité, ainsi que les véritables motifs de votre venue au premier trafiquant que vous rencontrez aux toilettes en opération secrète, en plein au milieu de leur quartier général. C’est la base.

Mais comme les gens qui ont écrit l’intrigue avec leur morve n’ont fait aucun effort, hop ! Ça passe !

C’est peu après ce fabuleux dialogue que Santos, qui est occupée à gérer une autre transaction dans le garage du club, est surprise par l’arrivée d’Omar Sy, Owen et leurs amis, qui ont décidé d’arrêter la vilaine pour ne pas avoir payé la TVA sur les dinosaures. Et accessoirement, aimeraient bien lui poser quelques questions.

— C’est touchant, ricane Santos. Mais je m’en vais.
— Attention, on ne pourra jamais la rattraper : elle a… DES TALONS HAUTS !

En effet, Santos s’en va… en marchant sur ses talons hauts, au milieu des balles, dans une scène qui donne l’impression que personne n’a dit à l’actrice qu’on lui tirait dessus. Personne ne la touche, et elle peut filer, et même ordonner au camion transportant sa dernière cargaison de partir sous le feu. C’est donc désormais officiel dans Jurassic World : si vous avez des talons hauts, RIEN ne peut vous rattraper.

D’ailleurs, gros problèmes de direction d’acteurs toujours, je tiens à souligner tous les problèmes de l’improbable scène qui s’ensuit : Owen affronte des méchants au milieu de ce club de contrebandiers. Et évidemment, des cages s’ouvrent (sans grande explication, d’ailleurs), et en sortent d’énormes dinosaures entrainés à tuer. Vous pensez que les gens fuiraient ? Non ! On a toute une scène où l’on voit Owen et un autre gugusse se taper dessus dans un coin du club, pendant que les gens font des paris sur leur combat… alors qu’il y a des dinosaures tueurs de 5 tonnes en maraude à deux mètres d’eux.

Soit ils ont d’étranges priorités, soit la réalisation s’est plantée dans les grandes largeurs.

185 millions bien investis, une fois de plus.

Quant au camion de la mystérieuse Santos qui fuyait avec sa cargaison, il a quelques soucis avec les autorités en tentant de fuir, perd le contrôle et… rentre dans un mur qui le ramène à l’intérieur du club dont il vient de partir !

Oui, il devait fuir en tournant en rond. En tout cas, on va dire ça.

Santos, qui se retrouve elle aussi au même endroit (décidément), se trouve soudain encerclée par Omar Sy et ses amis de la police, qui la braquent. Mais elle part d’un grand rire.

— Vous pensez avoir gagné ? C’est toujours aussi touchant. Voyez ces caisses qui viennent de tomber de mon camion. Vous pensez que ce sont de simples dinosaures ? Non ! Ce sont des vélociraptors dressés pour tuer n’importe quelle cible marquée au laser ! Une arme diabolique, inarrêtable et…
— C’était pas exactement ce principe de dinosaure militarisé de merde qui avait déjà bien fait rire dans le dernier film ?
— Euh… oui ben euh imaginez ! Je vous vise avec mon petit pointeur Powerpoint, et là, paf ! Un vélociraptor vient vous tuer ! Kestuvafaire ?
— Nan c’est vrai que c’est pas bête. J’imagine une version encore plus évoluée. Avec un raptor encore plus rapide…
— Ah oui ce serait pas mal.
— Genre ultra-rapide. Et plus petit, donc passant partout, mais tout aussi mortel.
— Ah, ce serait super !
— Une fois le laser sur la personne, instantanément ou presque, il la tuerait. Et ces super raptors seraient impossibles à arrêter, à contrôler, dormiraient tant qu’on ne s’en sert pas, et des usines entières en fabriqueraient ! Des raptors qui fonceraient en ligne droite vers le laser, minuscules, et causeraient des blessures mortelles ! Voire resteraient dans la victime pour compliquer les soins !
— Mais ce serait génial, oui ! Encore plus redoutable que… aaaattendez ? Vous êtes en train de me parler de balles ? Comme dans une arme à feu ?
— Ben oui : tu pointes sur quelqu’un, tu appuies, et paf, ça tue, et t’as pas à changer sa litière.

Non, vraiment, le dinosaure comme arme, c’est une bonne grosse idée de merde. Mais Santos n’est pas au courant, et comme Omar Sy et ses amis sont neuneus, ils laissent Santos les braquer avec son gros laser Powerpoint et tous les désigner, tour à tour. Avant de lâcher les raptors.

Pauvres raptors qui foncent vers des types arm…

Que ?

Je pense qu’à ce stade, quiconque a vu le film a eu un rire nerveux : pour ne pas montrer que les pauvres raptors n’ont aucune chance face à un flingue, les agents spéciaux JETTENT LEURS ARMES ! Et se mettent tous à courir les bras en l’air.

Voilà voilà voilà. C’est vous dire si vraiment CHAQUE scène est un bijou de scatophilie.

N’oubliez pas les enfants : quand vous emmenez des armes quelque part, c’est juste pour les jeter et tenter d’arrêter l’ennemi avec des signes de la main.

Santos en profite pour se ré-enfuir, et appelle John Pipo pour lui dire qu’il y a un pépin.

— John ? Nous avons un souci : les parents de Reloue sont là.

Et elle n’en dit pas plus. Je ne sais pas, moi j’aurais mentionné, au hasard LES AUTORITÉS ? Le fait que leur trafic était visiblement connu d’organisations internationales ? Mais non : l’urgence, c’est de dire que deux couillons amateurs de chemises de bûcherons sont sur leur piste. Fabuleux.

Je vous passe les péripéties qui s’ensuivent, mais oui, Omar Sy échappe au raptor (oh non ! Cette arme aurait donc des failles ?), et oui, Santos se fait attraper et avoue que « D’accord, j’ai envoyé Reloue et bébé Blue en Italie chez John Pipo, pour qui je travaille ! »

Voilà qui devrait intéresser les organisations internatio…

Ah non, on ne les verra plus du film, pardon. Santos a cependant le temps d’utiliser une dernière fois son pointeur laser diabolique, et marque Claire et Owen. C’est bas. S’ensuit donc une longue, longue course poursuite durant laquelle Claire fuit sur les toits de Malte, alors qu’Owen fait de la moto dans les rues. Là encore, on découvre que le reste des animaux des trafiquants courent en ville et mangent des gens, mais tous les figurants n’ont pas l’air au courant et réagissent surtout à la moto. Là encore, quelles priorités.

Comme le veut la tradition des Jurassic World, quinze fois, les dinosaures sont sur le point de croquer nos héros, et quinze fois, ils leur échappent à la dernière seconde. Quant à Claire, alors qu’elle tombe d’un toit, elle est sauvée à la dernière seconde par…

— CLICHÉ ? Ça alors ! Si j’avais pu deviner que vous étiez gentille !

Dois-je commenter, mon vieux Milou ?

Et puis c’est vrai que c’est cohérent : une trafiquante internationale qui découvre que le club où elle se trouve a été infiltré par les autorités, que celles-ci interviennent et commencent à arrêter tout le monde, que les dinosaures s’échappent et commencent à tuer au hasard, que son gagne-pain est ruiné et que sa tête va être mise à prix partout…

Oui, c’est le moment parfait pour aider la nana qui vient de ruiner tes affaires, c’est évident.

Cliché emmène Claire vers l’aérodrome où se trouve sa poubelle volante, et ce, en quatrième vitesse. Puis démarre l’avion.

— Attendez ! Mon mec est resté à Malte ! s’époumonne Claire.
— Pourquoi attendre ? Il ne vous a pas vue partir avec moi, ignore qui je suis, où me trouver et…
— OH REGARDEZ C’EST OWEN QUI ARRIVE POURSUIVI PAR LES RAPTORS !

Oui, Owen a lu le script car sans jamais avoir su où retrouver Claire, il a pris directement la bonne direction et fonce vers l’avion sans l’avoir vue monter dedans, en agissant comme s’il savait. Oups, hihihi. Mais est-on encore à cela près ? Owen sème les raptors, grimpe à bord, et tout ce petit monde s’envole pour…

— Le sanctuaire !
— Hein ? Vous nous emmenez là-bas ? Mais pourquoi nous aidez-vous, Cliché ? demande Owen.
— NE POSEZ PAS DE QUESTIONS !

Oui, c’est le vrai dialogue : même le film n’arrive pas à le justifier alors « Ne posez pas de questions« . Voilà. Plus tard, il sera vaguement mentionné que Cliché n’aime pas le trafic d’enfants, mais de là à trahir tous les gens avec qui elle travaillait depuis des années, on sent que le « Ne posez pas de questions » s’adresse avant tout au spectateur qui au même moment, est probablement dans un seau à vomir son bon sens pour qu’il arrête de le tourmenter.

Pendant ce temps, au sanctuaire, Ramsay le sympathique bras droit pas du tout prêt à trahir son riche blanc de chef achève la visite des locaux avec Ellie et Alan.

— Bon, les amis, c’était bien cette visite. Je peux vous laisser 30 minutes tout seuls ?
— Oui, bien sûr !
— Alors on se retrouve aux ascenseurs là-bas… à ne pas confondre avec CEUX LÀ-BAS QUI MENENT AU NIVEAU ULTRA-SECRET INTERDIT DU SIXIEME SOUS-SOL ! CLIIIIIIN D’OEIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIL !

C’est si subtil que je pense que c’est aussi à peu près à ce niveau que se trouve l’intrigue. Ellie et Alan gloussent donc comme des débiles, et dès que Ramsay est hors de vue, foncent aux ascenseurs interdits (mais pas surveillés, vous ai-je parlé de la sécurité ?), les activent avec la clé de sécurité de Ian Malcolm, et descendent au sous-sol où ils trouvent une salle remplie de sauterelles géantes !

— J’en étais SÛRE ! Ahaha, en prenant de l’ADN sur ces bestioles, je vais grave prouver qu’elles sont liées à celles de l’extérieur !
— D’ailleurs Ellie, qu’est-ce qui nous prouve que ce ne sont pas des sauterelles de l’extérieur capturées pour les étudier, justement ?
— Ah oui merde. Je n’avais pas pensé à ça. Euh… bon en fait je crois que toute ma mission d’infiltration ne sert à rien, mais pas d’inquiétude, le script n’a rien remarqué !

Mais les sauterelles, si. Et s’énervant, elles se mettent à bondir partout, forçant nos deux pré-retraités à s’enfuir lâchement.

Un peu plus loin, au même sous-sol, il se passe d’autres choses intéressantes. En effet, on vient de livrer au Dr Wu l’amie Reloue et bébé Blue. Le docteur Wu entreprend d’expliquer à la jeune fille ce qu’elle fout là.

— Tu sais ce dinosaure que l’on a capturé avec toi ? Sa maman l’a conçu toute seule grâce à des modifications génétiques que nous lui avions faites. Ce bébé, ce n’est pas un simple bébé, c’est un clone de Blue qu’elle a produit elle-même. Un peu comme toi et ta mère.
— Hein ? Mais on m’a dit que j’étais le clone de…
— De ta mère. Elle voulait un enfant, et elle a décidé de s’en faire un toute seule. Même pas avec un donneur : non, elle a décidé d’accoucher d’un clone d’elle-même. Nous parlons là de niveaux d’onanisme que j’ose à peine imaginer.

C’est vrai qu’il faut s’aimer très fort pour tomber enceinte de soi-même, mais passons.

— Bref, tout ça pour te dire que même si je pense que les choix de ta mère étaient, discutables, c’était un génie de la génétique. Par exemple, quand tu es née, elle a découvert qu’elle avait une maladie génétique qui la condamnait. Aussi elle a réécrit tout ton ADN pour te guérir, et ainsi, t’offrir ce qu’elle n’a jamais eu : une vie complète.
— Elle a réécrit mon ADN après ma naissance ? Ça me semble un petit peu chaud patate, Dr Wu. Et quitte à réécrire de l’ADN après la naissance, pourquoi n’a-t-elle pas réécrit le sien directement ?
— … aaaaloooooooooooooors…

Le docteur Wu, qui gardait le script sous la table en cas d’urgence, s’en sert pour gifler la gueule de cette petite emmerdeuse. C’est lorsqu’il réalise qu’il vient de la frapper avec l’équivalent de deux feuilles A4 qu’il décide de changer de plan, et colle Reloue devant des vidéos qui lui expliquent tout sur les secrets de ses origines, de la génétique, et le plan secret visant à étudier son ADN.

Lorsque John Pipo débarque pour voir comment ça avance, lui-même est un peu choqué de constater ce qu’il se passe là-dessous, et s’exclame :

— Mais pourquoi lui faites-vous regarder toutes ces vidéos secrètes ? C’est un peu dangereux non ?

Oui, un personnage souligne intelligemment que c’est complètement con. Donc les gens derrière le film sont conscients que ça n’a aucun sens. Mais au lieu de rectifier le tir, le film s’enfonce, parce qu’au même moment, à cinq mètres de là, qu’est-ce que regarde Reloue ?

Une vidéo du docteur Wu où avec sa propre voix enregistrée il explique QU’IL COMPTE TRAHIR JOHN PIPO. Oui, le mec a des enregistrements de ce genre, les montre sans raison à une gamine, et laisse le tout tourner pendant que John Pipo est à cinq mètres de là. Heureusement, c’est un laboratoire bien insonorisé. Et d’ailleurs, quel est le plan du docteur Wu ?

Eh bien le bon docteur a participé à créer les sauterelles de l’enfer. Maintenant, il le regrette un peu. Car elles sont super résistantes à tout, quasi-immortelles, et risquent de créer une famine mondiale (lui pensait sûrement les créer uniquement pour faire une blague à son voisin, je suppose). Aussi, contrairement à l’avis de John Pipo, il veut réécrire leur ADN pour qu’elles puissent mourir et laisser les champs tranquilles. Et pour cela, il a besoin de Reloue.

Oui, il compte réécrire l’ADN de quelques centaines de millions d’insectes dispersés au travers du monde, comme ça, hop. Voilà qui va être facile.

Reloue, qui n’a plus été reloue depuis au moins 7 bonnes secondes, décide que c’est trop. Et en plein milieu d’une vidéo, se lève, attrape le passe de sécurité du docteur Wu et… libère bébé Blue le petit raptor, qui s’enfuit dans les couloirs du bâtiments. Et Reloue de se barrer aussi via un célèbre conduit d’aération.

Que ? Mais qu’est-ce que c’était que cette scène ?

J’aime beaucoup comment même les personnages du film n’en ont strictement rien à foutre, avec Reloue qui se lève façon « Bon allez, on s’emmerde et il faut qu’il se passe des choses, moi je libère un raptor au hasard. »

Normal.

Ce. Film. Il a été écrit pour ce blog, j’ai du mal à l’expliquer autrement.

On appréciera d’ailleurs que John Pipo ait recruté Ian Malcolm, pas du tout pour le fan service, mais juste pour avoir un type qui le contredit en permanence et le hait ouvertement.

C’est justement en prenant la poudre d’escampette ainsi que Reloue tombe nez-à-nez avec Alan Grant et l’amie Ellie, qui venaient à peine d’échapper à la pièce pleine de sauterelles. Tous trois décident de mettre les voiles, et rencontrent au détour d’un ascenseur le sympathique Ramsay. Qui leur révèle que…

— Je suis un traître ! Je trahis John Pipo, ce monstre ! Je vous ai indiqué subtilement les ascenseurs tout à l’heure pour que vous alliez accomplir votre mission ! Avez-vous pu prélever de l’ADN de sauterelles géantes ? Oui ! Parfait !
— Ouah, si j’avais pu deviner que vous étiez du côté des gentils uniquement à partir de votre taux de mélanine !

Ramsay fait mine de ne pas avoir entendu ce dernier commentaire, et fait grimper ses petits compagnons vers le système de transports souterrain de la base, constitué de petites capsules qui voyagent à forte vitesse dans de grands tuyaux (oui, un hyperloop ; à ne pas confondre avec un hyperloopé, qui désigne ce film). Puis les expédie vers l’aérodrome.

En parlant d’aérodrome, sachez qu’au même moment, voici que s’approche du sanctuaire l’avion de Cliché, avec à son bord Claire et Owen. Et qu’ils prévoient de se poser sur la base, avec ou sans autorisation. Ça commence à bien faire pour John Pipo qui se lasse de ces emmerdes volant en escadrille, et monte au centre de commandes du sanctuaire retrouver son équipe et faire le point.

— Bon ! C’est la journée des neuneus ? Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
— Un avion non-autorisé tente de se poser chez nous, M’sieur Pipo.
— Je vois. Vous vous souvenez du système de puces implantées dans nos dinosaures ? Qui permet de leur envoyer des signaux ? Vous savez qu’une partie de ces puces sert à empêcher les dinosaures volants de faire chier, n’est-ce pas ? Bien, alors désactivez-le, comme ça, ils détruiront cet avion.
— Mais chef, si on fait ça, on ne pourra plus décoller non plus en cas de problème !

Et le chef de répondre, je cite : « MMMMMMMMMMMMMRGNF.« 

Je ne sais pas si c’est l’acteur qui en a eu assez, ou le dialoguiste, mais le type se contente se hausser les épaules en grommelant façon « Je n’en ai plus rien à foutre« . Vraiment. Décidément, plus ça avance, plus on sent que même l’équipe du film n’en a rien à carrer.

Les sbires s’exécutent cependant, désactivent le système qui calme les animaux volants, et en deux minutes, l’avion de nos héros se fait déchirer la margoulette par des dinosaures un peu taquins. Comme dans les mauvais films, il se met alors à faire un bruit de stuka en piquant vers le sol, et Owen agrippe Claire.

— Claire, tu dois t’éjecter !
— Mais euh, vous aussi non ?
— Oui mais le script étant ce qu’il est, pif paf pouf, tu es la seule à avoir un siège éjectable. Alors go !

Et hop ! Claire est envoyée en l’air, et atterrit tant bien que mal dans la jungle de la vallée du sanctuaire (c’est une jungle artificielle ; l’Italie propose peu de jungles naturelles, hélas). Quant à Owen et Cliché, ils parviennent à écraser l’avion dans un lac glacé au-dessus de la vallée et alors que l’appareil coule et qu’on a vu de l’eau y pénétrer…

Eux sortent secs.

Ah non mais tout est du gros boulot. On a limite l’impression que tout a été tourné en une semaine, et encore, tant rien ne parait avoir été travaillé. Même certains effets spéciaux sont loupés. Dont, d’ailleurs, ce dinosaure qui surgit dans cette zone glacée pour courser nos héros, qui parviennent cependant à gagner des installations humaines et à s’y abriter avant de descendre dans la jungle de la vallée.

— Owen, rassurez-vous, j’ai sorti de l’épave ce petit détecteur de signal qui est branché sur la balise du siège éjectable. On va retrouver votre copine !
— On n’aurait pas plutôt dû emmener des flingues ? Vous êtes trafiquante, et apparemment, ex-militaire, vous deviez en avoir à bord, non ?
— Oui, mais ce serait trop facile.

Nos héros ont donc comme seul équipement : un traqueur de balise, un taser, un couteau, et un nombre de bites entre 0 et 2 (nous sommes en 2022, tout est possible).

Retournons au centre de contrôle, où John Pipo est content.

— Voilà, l’avion est abattu. Un problème de moins.
— On peut remettre en route le système de puces des dinosaures volants alors, chef ?
— HmmmMMmmmMMmmmnon. Sinon le film pourrait être plus court que prévu.
— Ah.
— Autre chose à me signaler ?
— Oui, nos caméras ont enregistré Ian Malcolm donnant sa clé de sécurité au Dr Grant et à sa copine.
— Okay super. Et ils sont allés fouiner je suppose, ces gros relous ? Oui ? Bien, ils en savent trop. Où sont-ils ?
— Dans l’hyperloop en route pour l’aérodrome.
— Désactivez-le.

Et hop ! Allan, Ellie et Reloue se retrouvent à l’arrêt. Préparez votre boîte à « Ça alors ! » car leur capsule s’est arrêtée… pile devant l’entrée d’une ancienne mine ! Non, leur hyperloop ne se fait pas dans des tuyaux fermés, finalement. C’est open bar, et lesdites mines sont pleines de dinosaures hostiles qui peuvent donc pénétrer dans l’hyperloop n’importe quand. C’est pratique. Déjà que la SNCF a du mal avec les sangliers sur les rails, alors là, un dimetrodon…

Non vraiment, gros travail.

Nos héros descendent et décident de se frayer un chemin dans les mines, avec évidemment, tout un tas de dinosaures qui tentent des les croquer, mais les loupent (oui, à la dernière seconde). Pendant qu’au centre de contrôle…

— Bon, trois connards en moins. Flûte, il y a Reloue avec eux, peut-être aurais-je dû y penser ? Hmmm… moui, non. On s’en fout. Vous disiez que Ian Malcolm m’avait donc trahi pour les aider ? Allez me le chercher.
— Bonjour, je suis Ian Malcolm.
— Vous êtes viré.
— Au revoir, je suis Ian Malcolm.
— Ramsay, accompagnez-le pour qu’il plie ses slips et se barre de chez moi.

John Pipo semble régler les problèmes un à un, mais hélas, il ignore que ce sombre filou de Ramsay est un gros traître du côté des gentils (il n’a toujours pas remarqué sa couleur). Ramsay, au lieu de virer Ian Malcolm, lui file donc tout le matériel dont il a besoin, lui confie une jeep, lui file les codes de la base, et l’envoie secourir Alan, Ellie et Reloue.

Boîte à « Ça alors ! » prête ? Parfait : notre bon Ian traverse la jungle sans problème, et du premier coup, tombe PILE POIL sur la sortie de la mine où nos héros avaient débouché par le plus grand des hasards (ce n’était pas leur plan, les dinosaures de la mine les avaient repoussés dans cette direction un peu par hasard). L’entrée de la mine est condamnée par une porte à code, mais avec l’aide de Ian, hop, tout s’ouvre, et en voiture Simone.

Nous en sommes donc à la situation très inventive du :

  • Il fait nuit
  • Les héros sont dans le parc avec des dinosaures en liberté
  • Les héros ne peuvent compter sur quasiment aucun soutien

Du jamais vu. D’ailleurs, si vous voulez d’autres clichés, sachez qu’Owen et Cliché justement ont tôt fait de s’enfoncer dans la jungle à la recherche du membre perdu de leur équipe (là aussi, jamais vu), et évidemment, sur qui tombent-ils, alors que le sanctuaire est GIGANTESQUE ?

Le seul T-rex bien sûr ! Et qui vient à sa rencontre – ça alors ! – pile poil quand les héros sont juste à côté ? Le grogrosaurus, un carnivore encore plus gros que le T-rex, LE nouveau dinosaure du film ! Décidément, c’est fou ! Oh, et vous ai-je parlé du moment où les héros se retrouvent avec un dinosaure à un mètre d’eux, énorme, qui les renifle et les force à ne pas bouger alors qu’ils tremblent de peur ?

Ça valait vraiment le coup de faire un nouveau film. Je pense pouvoir prédire qu’à la fin, on aura un duel au centre de commandement du sanctuaire entre le T-Rex, le dinosaure préféré des enfants, et le grogrosaurus, le méchant désigné du film. Mais si, vous savez : comme à chaque film.

Je me demande bien qui va gagner et pousser un rugissement victorieux au-dessus de sa dépouille à la fin.

Owen et Cliché finissent par retrouver Claire, qui était parvenue à atteindre un poste avancé désert au milieu de la jungle. C’est donc la joie des retrouvailles, les bisous, mais pas encore la fin des emmerdes.

Car pendant ce temps, dans sa base, John Pipo qui sent bien qu’il n’est pas encore sorti d’affaire est sur son ordinateur et fait glisser tous ses fichiers concernant les sauterelles géantes… dans la corbeille Windows. Ahah, personne ne pensera jamais à la fouiller ! Quel génie ! Mais bon, pour plus de sûreté, il décide aussi de lancer la destruction de toutes les sauterelles encore dans la base, grâce à un habile système d’incinération de la pièce où elles se trouvent.

Sauf que…

Pardon, je m’injecte du brandy en intraveineuse. Je disais ? Ah, oui.

La pièce n’était pas prévue pour cela. Non, je ne plaisante pas. Les sauterelles étaient enfermées dans un truc dont elles pouvaient se barrer, oups. Et puisqu’incinération il y a, ce sont des sauterelles en feu qui défoncent une grille d’aération et s’échappent. Formant… un essaim enflammé. Hoooo, si vous pouviez sentir comme mes doigts sont las rien qu’à taper une merde pareille.

C’est donc une pluie de sauterelles enflammées qui tombe sur le parc et déclenche des incendies un peu partout. Une sauterelle tombe même sur le pare-brise de Ian Malcolm, envoyant sa voiture faire des tonneaux et retomber…

Pardonnez mon soupir.

ÇA ALORS ! Sur les CENTAINES de kilomètres carrés du parc, nos larrons ont eu un accident PILE là où se trouvaient Owen, Claire et Cliché ! Pas à dix mètres plus loin ou au virage juste avant, non : À LEURS PIEDS ! Tout le monde peut donc se regrouper dans le poste avancé où ils avaient trouvé refuge, malgré une brève attaque du grogrosaurus, qui évidemment, enchaîne lui aussi les petits moments de déjà vu : et que je suis myope alors je ne vois rien si on ne bouge pas, et que j’avance lentement près de la voiture retournée, que je bouscule, avant d’ouvrir la gueule à côté pour bien montrer mes dents, et que je manque de manger les héros à chaque fois à la dernière seconde…

Spéciale dédicace aux héros qui hurlent « Surtout, ne bougez pas ! » avant de tous courir, mais là encore, la réalisation l’a oublié et le gros dinosaure ne les voit donc pas.

Vexé de n’avoir pas réussi à manger les humains, le grogrosaurus s’en retourne dans la jungle, pendant que nos amis ne font aucune remarque sur le fait qu’il a démonté la moitié du poste avancé, qui n’était donc pas conçu… pour résister à des dinosaures.

Je… je n’en peux plus. C’est rude, et pourtant, vous parlez à un expert en daubes expérimenté.

Idem, il n’y a toujours aucune arme à l’intérieur du fortin, à part un fusil à seringues pour envoyer du soporododo aux gentils dinosaures. Mais pendant que tout le monde s’équipe et fait des blagues sur la chemise un peu trop ouverte de Ian Malcolm, au centre de commandes, John Pipo grommèle.

— Ah ben merde, ces sauterelles nous ont causé un feu de forêt géant, dites voir. Bon, activez le signal dans la tête des dinos pour leur dire de se regrouper au poste de commandement, ça les mettra à l’abri du feu. Et en attendant… ordonnez l’évacuation ! Oui, on abandonne la base aux dinos. Ne me demandez pas pourquoi : j’ai envie et ce film n’en a plus rien à foutre.
— Mais chef, on n’a pas réactivé la puce des dinosaures volants ? On ne peut donc pas évacuer !
— Apapapap, évacuez quand même, car j’ai un truc…

Et le truc c’est… le changement de scène !

Car POUF. Un instant, la base est remplie de centaines de travailleurs, la suivante, tout le monde a disparu (alors que c’était impossible, je vous le rappelle). Voilà. Non, à ce stade, j’ai envie de jeter ce que j’ai sous la main contre l’écran. Tenez Madame, est-ce votre fils ? Oui ? Laissez-moi le rapprocher de l’écran à bonne vitesse. Aaaah ne hurlez pas comme ça, de toute manière, il était laid. Dites, vous êtes un peu lourde pour que je vous jette, mais si vous continuez à faire des bruits porcins, je vais devoir faire intervenir ma pelle comme médiatrice de paix, hein. Dites. Bon.

Revenons au film.

Quand nos héros, désormais regroupés en une seule équipe, gagnent à leur tour le centre de commandement afin d’essayer de quitter l’île la vallée, ils découvrent donc le centre entièrement vide. Mais ne posent heureusement pas de questions. Seul Ramsay vient les accueillir, car il n’allait pas abandonner nos héros.

— Salut les amis ! Bon, comme je m’ennuyais, j’ai dit à John Pipo que je l’avais trahi. Il a décidé d’évacuer de son côté, seul.
— Vous voulez dire que même ses gardes du corps sont partis sans lui ?
— C’est vrai que c’est cocasse. Bon enfin bref, si on veut évacuer, on a besoin de réactiver le signal qui calme les dinosaures volants. Sinon on ne décollera jamais.
— Ah, c’est donc pour ça que John Pipo n’avait pas réactivé le système plus tôt. Histoire de rajouter une scène comme quoi on ne peut pas partir si facilement.
— Voilà, impossible de quitter la vallée sans cela.
— Okay, mais alors comment on fait les autres dans ce cas ?

Ramsay menace de jeter dans un trou du scénario toute personne qui répéterait cette question.

— Je disais donc, il nous faut rétablir le courant, car l’incendie a endommagé notre alimentation. Il faut par conséquent qu’une équipe aille manuellement dans la salle des serveurs appuyer sur un bouton magique qui redirigera l’énergie de systèmes de sécurité dont on se fout pour aller à celui-là.

Claire et Ellie se portent volontaires pour y aller. Et tombent dans une salle pleine de sauterelles mortes car oui, sans aucune explication, les sauterelles se sont dit « Et siiiiii on retournait là d’où on avait fui parce qu’on tentait de nous y cramer, mais pas exactement la même salle, on va aller dans une autre pièce super inaccessible au pif au quinzième sous-sol ?« . Et comment ont-elles atteint les serveurs d’ailleurs ? Mystère. Elles ont dû, elles aussi, passer par les trous du scr… bref, on s’est compris.

Nos deux héroïnes redémarrent le système, mais ça plante. Aussi, finalement… eh bien elles tapent partout à coups de hache, et paf, ça marche.

Je ne plaisante pas. Les coups de hache au hasard, ça permet de rediriger de l’énergie dans des systèmes de sécurité. Si.

Quelqu’un a vraiment été payé pour écrire ce film ou… ?

Ne me demandez pas pourquoi mais d’ailleurs, redémarrer le système excite une partie des sauterelles pas tout à fait mortes de la salle, et puis non. Sûrement le bruit du redémarrage Windows qui leur a rappelé tous ces rudes moments où Windows rebootait alors qu’elles avaient un projet Photoshop non-sauvegardé en cours. On les comprend.

D’ailleurs, finalement, pouf, toutes les sauterelles excitées un plan auparavant disparaissent le suivant sans qu’on ne sache vraiment pourquoi. Je pense savoir où elles sont passées. Vous aussi. Non, pas là, même si d’une certaine manière, c’est peut-être le même endroit.

La redirection d’énergie a aussi arrêté l’hyperloop alors que le méchant John Pipo se trouvait dedans. Il tente bien de fuir à pied, mais évidemment, sur qui tombe-t-il ? Des dinosaures ! Qui lui crachent à la gueule (ils n’ont aucun respect), puis le mangent. Là aussi, le vilain qui finit dévoré par les gentils dinosaures, c’est du jaaaaamaaaais… pardon, je baillais : jamais vu.

Owen, de son côté, parvient à aller capturer bébé Blue car « Il a promis à sa mère de ramener son enfant« . Ah, ça, quand on promet des trucs à des vélociraptors, aussi… ne me regardez pas comme ça : connaissez-vous des gens qui ont déjà menti à des raptors, vous ? Hmmm ? Non ? Eh bien, vous voyez, Owen fait comme tout le monde.

La fine équipe fuit, mais pas avant d’être tombée sur le docteur Wu, qui leur assure que lui aussi est de leur côté. Et tous foncent retrouver Cliché, qui est partie démarrer le seul hélicoptère de la base (heureusement que tout le personnel a disparu sans explication, dites voir, sinon c’eut été dur de les évacuer avec un seul appareil). Mais alors qu’elle se pose au milieu du poste de commandement pour récupérer ses amis, qui débarque ?

Mais si, vous le savez.

Le grogrosaurus ! Et le T-Rex ! Qui évidemment, se battent en duel juste devant eux. Nos héros peuvent donc en profiter pour grimper dans l’hélicoptère, le T-Rex finit par triompher, et comme il se doit, conclut le tout par un long rugissement alors que l’hélicoptère s’envole, laissant la vallée et ses installations aux indomptables dinosaures.

Comme je suis surpriiiiiis !

Personne ne fait de remarques sur la pluie tropicale qui s’est mise à tomber, typique de l’Italie, et qui ne semble pas affecter la moindre flammèche d’incendie. Trop de choses affreuses et incohérentes ont déjà eu lieu là-bas.

De retour en sécurité, nos héros peuvent donc reprendre leur vie.

Alan Grant, qui passait le film à se plaindre qu’il était célibataire, décide de manger la bouche d’Ellie, qui le demandait un peu depuis son récent divorce (on ne le voyait pas venir). Puis, ils vont devant le sénat américain témoigner de leurs aventures avec Ian Malcolm. Une décision internationale décide de faire de la vallée du sanctuaire un endroit où les dinosaures peuvent vivre en paix.

Oubliant visiblement qu’en fait, il y en a déjà partout dans le monde, hein, donc bon. Mais là c’est crédible : l’ONU qui ne sert à rien, c’est assez réaliste.

Ici par exemple, Malte. L’histoire ne dit pas si c’est devenu une réserve.

Le docteur Wu étant lui incapable d’expliquer comment il règle le problème des sauterelles géantes dont il faut réécrire l’ADN… il y parvient lors d’une scène en voix off qui dit « Nan mais c’est bon, il a géré, voilà« . Et ça règle tout. Si, si. Quand je vous dis qu’il y a du gros travail, je n’exagère pas. Les mecs ne sachant plus où ils allaient, une ellipse et c’est plié.

Cliché, qui avait perdu son avion, en récupère une copie. En mauvais état aussi, avec exactement les mêmes traces de rouille. Un peu comme si des paresseux avaient repris le même avion ? Hmmm ! Je n’ose y penser avec un budget pareil !

Owen, Claire et Reloue retournent enfiler des chemises à carreaux, montent dans un break pourri, et vont relâcher bébé Blue près de sa mère. Tout le monde s’émerveille devant la beauté d’un vélociraptor en liberté capable de se multiplier sans aide et sur cette excellente nouvelle qui promet des dizaines de randonneurs morts dans un avenir très proche…

… FIN !

Le film a tout de même des qualités non-négligeables : il n’a pas de scène post-générique.

Enfin, je crois : j’étais parti avant tant j’avais besoin de me laver les yeux.

En conclusion, je dirais bien peu de choses.

À savoir qu’il en va de Jurassic World comme du Covid : le monde d’après ressemble quand même drôlement à celui d’avant.

Et surtout, surtout…

Quand va-t-on arrêter de se manger des variants qui fatiguent tout le monde ?

Triste épidémie.


Publié le 29.06.2022 à 09:13

Treize années au compteur

Ce 26 juin, ce blog a célébré ses 13 ans.

Ce qui ne nous rajeunit pas, et nous rappelle l’époque heureuse où nous étions nous-même jeunes et fous, et où nous vivions encore dans l’innocence du monde d’avant. Mais si, vous savez : celui qui avait de la moutarde en rayon. Voilà, celui-là. Or, voici qu’une année de plus s’est écoulée, et que comme le veut la tradition, c’est le moment de faire le point.

Après 542 articles (certains êtres pervers ont décidé de tous les relire, ils savent de qui je parle) et 42 vidéos à ce jour, profitons de ce petit moment pour faire le point sur différents sujets. Aussi ni une, ni deux, en route.

La bonne nouvelle, c’est que ce blog a donc duré plus longtemps que certains chiens.

Et revenons sur l’actualité du blog de cette année.

D’abord, parce qu’alors que la tension mondiale était à son comble, qui invitait-on sur un porte-hélicoptères de la Marine nationale ?

Un odieux personnage, dont l’ego a probablement ralenti le navire alors qu’il fumait le cigare en contemplant l’océan, satisfait de sa situation : les blogs, ça mène vraiment à tout. Rappelons que durant le voyage, après moult calembours avec l’équipage sur l’Odieux Connard et la drogue, voilà que le navire a croisé… des piratins transportant schnouf et chichon. Le destin, on vous dit. Pour rappel, cela a donné une vidéo du Petit Théâtre, qui pour une fois, était plus contemporaine que jamais, puisqu’elle racontait ce petit épisode.

Petit Théâtre toujours, comment ça va ?

Eh bien, fort bien ma foi. En effet, alors que le tome 1 de la bédé n’a de cesse d’être réédité et que vous hissez le tome 2 au même niveau, on peut le dire : merci bon peuple. Rappelons que concernant le livre grand format du Petit Théâtre, sa réédition en poche est arrivée chez Perrin. Terminée, donc, la surenchère sur des éditions épuisées, non mais ho, hein, hé.

Oh, et vous ai-je parlé du tome 3 ? Et d’un projet intitulé Toujours prêtes, pour 2023 ? Non ? On en reparle, alors.

Et le spectacle ?

Il est d’actualité, et plus que jamais depuis que tout a rouvert. Le retour des festivals, comme celui des Geek Faëries, a d’ailleurs été l’occasion de remettre le couvert quant à une heure d’aventures improbables contées sur scène par un Père Castor à cravate rouge.

Bon, écoutez moi je m’en fous de vos conneries : et les spoilers ?

Mais ? Est-ce la des manières de s’adresser à votre moyennement humble serviteur ? Enfin ! Cela dit, notez que la question est bonne.

Pour les spoilers, soyons tout à fait francs : je vais beaucoup moins au cinéma. La faute à un agenda chargé, et surtout, au fait que je ne sais pas vous, mais moi, payer toujours plus cher pour me fader toujours plus de pubs avant le film, bon. Aussi j’ai tendance ces derniers temps à louer mes films (oui, louer : je… je suis un ringard), d’où un certain délai entre la sortie du film et le spoiler. Sans compter que les bouses volant en escadrille, difficile de rattraper les films loupés comme Spiderman, de tomber sur Jurassic World, et d’aller voir Top Gun, le tout entre deux déplacements et en ayant, c’est fou, un boulot. Mais cela ne veut pas dire que ces monstres passent au travers de mes filets : je me les garde pour plus tard. Ooooh oui. Même si pour Jurassic World, apparemment, ce n’est plus tirer sur une ambulance, mais passer un hôpital au lance-flammes.

Et L’Ire ensemble, hein ?

J’ai le sujet du prochain. Mais le livre n’est pas encore entre mes mains. Il arrive bientôt. Je l’espère, du moins. J’ai confiance dans la médiocrité du matériau.

Et le reste ?

Eh bien, je ne parle pas plus avant d’autres projets pour l’instant : je ne vais pas me plaindre des publicités au cinéma d’un côté tout en vous assommant de sorties de produits de l’autre. Aussi, passons à quelques-unes des plus belles recherches ayant mené cette année des âmes innocentes à ce blog.

je voudrais un film de steve s’il baisse de merde

Notez que si ça n’a aucun sens, l’auteur de cette recherche dit « Je voudrais » à Google. La courtoisie se glisse parfois dans des endroits étonnants.

représentation des femmes dans jurassic park

Les femmes, ces êtres qui ajustent leurs chemisiers pour courir plus vite devant un T-rex ?

adolf hitler roi des illuminati

Alors que tout le monde sait qu’il était empereur des reptiliens et femme de ménage de députés LFI.

culs travaillés à la cravache

Quelqu’un a balancé dans son rapport de stage.

comment fabriquer un robot qui peut te defandre en bagard

C’est facile : c’est le même modèle qui peut t’apprendre le français.

Écriture inclusive debile

À noter que la même recherche renvoie sur le site de la mairie de Lyon.

pourquoi nakamura adore le diable?

Parce que les paroles de ses chansons viennent tout droit de l’anus de l’enfer.

comment un voque detequinic ninja

En fésan demou vement traitrai vitavec lédoi.

À force de parler de boules de fumée en ces lieux, cela devait finir par arriver.

Bref.

En attendant, et pour rappel pour suivre ce blog une année de plus : la page Facebook est ICI, le compte Twitter, ,  la FAQ qui vous fera gagner du temps, est PAR ICI, quant à vos communications diverses, questions particulières et autres, c’est toujours PAR LÀ. Enfin, la chaîne Youtube est ici : Le Petit théâtre des opérations.

Et si vous vous en cognez probablement très fort de cet anniversaire – ne vous blessez quand même pas – comme toujours, la tradition sera respectée : je descendrai donc dans l’arène des commentaires aujourd’hui et les jours suivants pour tenter de répondre à tout le monde.

En attendant, c’est parti pour une année de plus de mauvais films, de monde qui va toujours plus mal, et de brandy pendant que je le regarde brûler. Et bonne journée bien sûr.


Publié le 16.06.2022 à 09:17

Spiderman – No Way José

– J’en ai assez ! ASSEZ !

Ainsi parla José, peu avant de claquer la porte de son bureau en poussant un hurlement bestial. Dans les confortables locaux de la société de production, les têtes se tournèrent vers l’homme échevelé à la chemise largement déboutonnée qui traversait les lieux d’un pas aussi rapide que bruyant. Sa main tremblante sous l’effet combiné de la colère et de la caféine allait sans cesse de son col froissé à un endroit rougi de son bras qu’il grattait nerveusement.

Des portes s’ouvrirent et des cadres étonnés observèrent, depuis une distance prudente, leur collègue en plein burn out. C’en était trop. Des années que l’on commandait à José des scénarios à écrire toujours plus vite, et avec toujours plus de contraintes. Il avait d’abord cessé de voir ses amis, faute de temps. Puis, expliqué à sa femme et à ses enfants que papa devait rester plus tard au bureau le soir. Et enfin était venu le jour où il avait reçu au travail l’annonce de son divorce. C’était le coup de trop.

Et c’était aujourd’hui.

José enfonça la porte de son patron d’un coup de pied, et pénétra dans le bureau, les yeux exorbités. À sa grande déception, son chef n’était pas là. Aussi, il décida de lui laisser une lettre de démission aussi solide qu’expressive.

– Venez voir ! s’exclama une secrétaire. Il y a José qui fait caca sur le bureau du chef !

Une exclamation mêlant dégoût et admiration répondit à la jeune femme, et on se pressa à la porte pour voir le pauvre José, le visage rouge, alors qu’il poussait en grognant. Sitôt qu’il eut laissé un petit tas odorant sur le bureau de son supérieur, José décida que sa tâche était complète : il ouvrit la fenêtre et se jeta dans le vide, les yeux fatigués mais le sourire aux lèvres à l’idée d’un repos bien mérité.

À peine avait-il disparu sans pousser le moindre cri que son supérieur rentra sur les lieux du crime.

– Eh bien, que se passe-t-il ici ? lança-t-il en écartant les curieux. Que faites-vous tous devant mon bureau ? Et qui a laissé la fenêtre ouverte ? Ah ! Mais ? Qu’est-ce que c’est que ça sur mon repose-mains ?

Un silence religieux accueillit le moment où le producteur se pencha sur le petit tas brun et fumant décorant son poste de travail. Mais à la surprise générale, il se saisit d’un étron à pleine main et s’exclama :

– Ah, je vois que José vient de me déposer le script de Spider-Man : No Way home ! Eh bien, que faites-vous tous là ? Lancez la production ! Je veux 200 millions de dollars là-dessus !

C’est alors que…

Pardon ? J’exagère avec cette histoire sur la génèse du film ? Ah. Très bien. Vous l’aurez voulu. Si vous pensez vraiment que Spider-Man : No Way Home est autre chose qu’un étron chaud surbudgetté, parlons-en.

Et pour ceux qui auraient besoin de se rafraîchir la mémoire, le spoiler de Spider-Man : Homecoming est là, et celui de Spider-Man : Far From Home ici.

Vous êtes parés ? Bien, alors…

Spoilons, mes bons !

L’affiche : Il y a des étincelles et des personnages qui regardent dans toutes les directions, ça sent bon.

Tout commence là où le précédent film s’était arrêté : alors que Spiderman se promenait romantiquement dans les rues de New York avec sa dulcinée MJ au bras, voilà que sur tous les écrans de la ville s’affichait une annonce extraordinaire : Mysterio, l’ennemi de Spiderman dans le précédent film, avait avant de mourir enregistré un ultime témoignage :

“Je… je suis Mysterio, je viens d’être gravement blessé par Spiderman. Vous vous souvenez de la gigantesque attaque de drones sur Londres ? C’était lui le responsable ! Pas moi, comme a voulu le faire croire cette sale petite araignée! Moi, je voulais l’arrêter ! D’où le fait que maintenant, j’agonise. Ahem. Bon je disais quoi ? Ah oui : avant de partir, j’envoie ce témoignage à un site complotiste en ligne, afin de faire connaître la vérité : sachez que le vrai nom de Spiderman est… PETER PARKER!”

Et toute la foule de New York de pousser une exclamation de surprise en apprenant la vraie identité du type qui sauve régulièrement la ville. Spiderman, qui aimait bien l’anonymat pour rendre la justice ou commenter sous les vidéos de Cyprien, est bien embêté.

– Ah, le scélérat ! Je le bute, et voilà comment il me remercie ! Toutes ces années à être super discret, pour rien !

C’est vrai qu’il a toujours été prudent, le Peter Parker. Tenez par exemple : là, il est dans la rue, couvert de pied en cap pour ne pas être reconnu. Qui pourrait l’identifier ainsi ? Ce n’est pas comme s’il y avait un indice, comme par exemple, sa petite amie officielle à visage découvert à son bras. C’est connu, quand vous voulez que quelqu’un ne sache pas qui vous êtes, vous commencez par lui présenter votre femme. Jamais il ne fera le lien, c’est sûr !

Mais d’autres interrogations bouleversent l’esprit pourtant supposément brillant de notre héros.


– Quand même MJ, ce que je ne m’explique pas, c’est pourquoi Mysterio a envoyé sa vidéo ultra-importante qu’il voulait diffuser au plus grand nombre… à un vulgaire site web complotiste ouvertement réac’ ?
– Tu as raison Peter. Quelle chance que la mairie de New York réquisitionne régulièrement tous les écrans de la ville pour y relayer des vidéos de sites d’extrême-droite !

C’est vrai, on le sait : la mairie de New York est comme ça. 

Enfin, voilà qui confirme au moins une chose : Mysterio était effectivement à la hauteur de Spiderman.

En attendant, notre homme-araignée est bien embêté, cela n’arrange pas ses affaires ! Car toute la foule dans les rues se met à le montrer du doigt, à l’appeler Peter, des hélicoptères de chaînes télés le poursuivent, et il est obligé de voltiger jusqu’à chez lui avec MJ dans les bras pour aller se cacher chez sa seule famille connue (soit le seul endroit où on saura aller le chercher, c’est malin), à savoir chez sa bonne tante Milf.

– Peter, que se passe-t-il ? Tu as l’air tout agité ? Tu veux ta ritaline ? Car je dois te dire que mon petit ami Happy et moi, nous nous séparons, alors tu vas avoir deux maisons et deux chambres, et…
– Raaah, je m’en cogne, tante Milf ! Les médias ont découvert ma vraie identité ! Ma vie est fichue ! regarde, notre petit immeuble est cerné par les hélicoptères des chaînes télés du coin !

Et en effet. Tante Milf constate tristement qu’elle va peut-être devoir commencer à arrêter de se promener chez elle à poil (une nouvelle qui fait chuter les prix de l’immobilier dans le quartier), mais la vie continue tout de même : Peter va devoir assumer sa nouvelle célébrité. 

Une célébrité que le FBI, taquin, vient saluer via une petite descente chez Peter, qu’il arrête, ainsi que tous ses amis, car eux croient les allégations de Mysterio : et si Peter était bien derrière l’attaque de Londres avec des drones ?

– Avoue, petite crotte ! Mysterio tentait de tous nous sauver et toi, tu l’as tué !
– Mais non !
– Avoue, l’araignée ! Ou je sors le Baygon !
– Monstre ! Mais pourtant, j’insiste, ce n’est pas moi !
– Ah oui ? Pourtant, ce sont bien des drones Stark Industries qui ont attaqué la capitale britannique ! Or, n’es-tu pas mouillé à fond avec l’empire Stark, Tony Stark ayant été ton mentor jusqu’à sa mort ?

Peter baffouille, bredouille, et…

Non mais vraiment : il a plus probablement été mordu par un blaireau que par une araignée. Puisqu’avec dix secondes de réflexion, il devrait pouvoir souligner un truc ou deux. Par exemple, comme ça :

– Bon, écoutez-moi les connards, ça fait combien de films que je sauve le monde de la destruction ? Ca ne vous met pas vaguement la puce à l’oreille sur qui était l’enfoiré ? Hmmm ? En plus c’est facile de vérifier qui pipeaute. Dois-je vous rappeler que Mysterio, qui se faisait passer pour un justicier interdimensionnel, était en fait un ancien employé de Stark Industries, ce qui se vérifie en environ 10 secondes de recherches ? Et que par un heureux hasard, ce gros menteur était… ooooh, ben ça alors ! Celui qui a conçu la technologie des drones qui ont attaqué Londres ! Mais quelle coïncidence, décidément ! ! Non ? Ça ne vous intrigue pas vaguement ? Sinon, vous avez pensé à vérifier la mémoire des drones en question pour voir qui donnait les ordres ? Non plus ? Ah non vraiment, je sens que j’ai affaire à des champions. Bon, j’appelle le Président tout de suite pour lui rappeler qui sauve le monde toutes les vingt minutes ou vous préférez continuer à baser toute votre enquête sur la vidéo d’un mec dont on peut vérifier que c’était un imposteur en moins de deux minutes ?

Mais non, car sinon, le film s’arrête. Spiderman se contente donc de baver en faisant des bruits de bouche suspects, et le FBI lui répond en termes équivalents. Peter tente tout de même un truc :

– Euh… ben appelez Nick Fury, du SHIELD sinon, il vous dira tout.
– Il n’est pas dispo.
– AH BEN S’IL N’EST PAS DISPO ALORS J’IMAGINE QU’IL N’Y A PERSONNE D’AUTRE. OH NON JE SUIS FOUTU !

Diego ? Tu te souviens de ce jeune homme qui voulait faire son stage de troisième ici ? Tu peux le rappeler, j’ai une soudaine envie de briser une nuque.

Mais allons.

Peter se retrouve à engager un avocat, que nous appellerons Maître Daredevil, qui rassure notre héros. Maître, c’est à vous.

– Peter, j’ai une bonne nouvelle : j’ai obtenu l’abandon de toutes les charges contre toi.
– Super ! Comment ?
– Entre deux scènes.

Non, vous n’en saurez pas plus. Même le scénariste n’arrive pas à justifier où il va, ni comment. Il n’empêche que par la magie des trous du scénario, Peter qui était au trou dix minutes avant est libre comme l’air.

Ou presque, car désormais, il doit affronter l’opinion publique.

La moitié des gens l’adulent comme le héros qu’il est, l’autre moitié le hait comme le monstre qu’on le soupçonne d’être. Notez que même si la fausse information de Mysterio est facile à démonter, nous savons que nous vivons dans un monde de larrons prêts à croire que la Terre est plate, les missions lunaires un canular, ou encore que Marine Le Pen ferait une bonne présidente. Aussi, finalement, cette partie du film est presque crédible.

En attendant, Peter Parker passe désormais son temps à se faire emmerder où qu’il aille.

– C’est nul, MJ ! Je ne peux plus sortir sans qu’on me lance des insultes : “Eh gazelle !” “Vazy réponds !” “Sale pute !”… j’en ai assez, MJ, c’est invivable !
– Je… Peter, ça, ce n’est pas parce que tu es célèbre. C’est parce qu’ils te prennent pour une fille.

Peter découvre alors avec stupeur ce que l’on appelle dans le jargon “La vie au sein du quartier Chapelle”. Mais tout de même, il est aussi emmerdé pour sa célébrité, et à l’école comme dans les commerces, on le poursuit, on le photographie, bref…

– Tu as noté comme personne n’emmerdait Captain America comme ça alors que tout le monde savait que c’était Steve Rogers ?
– Oui, ou le Faucon, pareil.
– Et le Soldat de l’Hiver !
– Il n’y a pas eu une série entière sur Hawk Eye qui bien que connu et membre des Avengers, peut se promener partout à New York sans jamais qu’on l’aborde ou presque ?
– Si ! Comme Natacha Romanov.
– Ou, tiens, Tony Stark !
– Et…

Peter, ici se demandant ce qui a permis de faire le lien entre Peter Parker et Spiderman.

MJ et Peter commencent donc à se demander si ce ne serait pas un peu du foutage de gueule puisque visiblement, il est le seul super-héros de l’univers Marvel à être emmerdé comme ça. Mais là encore, l’univers Marvel s’écroule sur lui-même et oublie ce genre de détails, car toutes ces incohérences ne sont là que pour amener l’intrigue jusqu’au point souhaité par le scénario, et tant pis si ça n’est pas crédible : lorsque Ned, MJ et Peter, qui prévoyaient de partir tous les trois étudier au MIT, reçoivent leurs réponses à leurs demandes d’admission, tous trois… sont refusés.

Motif : « Puisque vous connaissez Spiderman (voire que vous êtes Spiderman vous-même) et que ça crée un peu trop de controverses, l’université préfère se passer de vous. Cordialement, bisous, le MIT. »

C’est en effet connu : quelle université voudrait recruter un super-héros et scientifique de génie dans ses rangs, surtout si les complotistes ne l’aiment pas ? Hein ? 

Encore, Peter Parker aurait été refusé de Sciences Po Grenoble pour avoir mégenré une table de chevet, d’accord. Mais là, bon. 

Et parce que c’est festival d’incohérences pour tout le monde, MJ mentionne aussi que c’est très embêtant car étant pauvre, pour elle, il est impossible d’aller à la fac si elle n’est pas prise dans un programme impliquant une bourse universitaire. Comme ce qu’elle avait demandé au MIT. Peter partage sa douleur.

– Je suis désolé MJ. Si seulement je pouvais t’aider… si seulement je connaissais un jeune homme qui aurait été le fils spirituel de Tony Stark, et qui aurait accès à toutes les ressources de son empire…  un jeune homme qui pourrait te faire entrer dans n’importe quel fac et te payer toutes tes études en un coup de fil…
– Mais Peter, c’est t…
– JE NE T’ENTENDS PAS, MJ ! MA COMBINAISON À PLUSIEURS MILLIARDS DE DOLLARS ISSUE DE STARK INDUSTRIES ME BOUCHE LES OREILLES !

Ce. Foutage. De. Gueule.

Non, vraiment, quelle intrigue ; le film aurait dû s’appeler Spiderman contre Parcoursup. Surtout que bon, c’est vrai : comment est-ce qu’un type avec accès à des milliards de dollars, ami avec les gens les plus influents de la planète et avec des compétences scientifiques hors du commun va-t-il pouvoir rentrer en première année de fac avec ses amis ? 

Eh bien, Peter étant un génie, je vous le rappelle, il ne voit qu’une solution, à savoir rendre visite à l’un de ses bons amis : le Dr Strange. Qui habite lui aussi à New York. À peine rentré dans le manoir du légendaire magicien, Strange accueille aimablement notre homme-araignée.

– Ah, Peter ! Quel plaisir de te revoir. Tu peux m’appeler Stephen : après tout, n’avons-nous pas sauvé le monde ensemble ?
– Merci, c’est gentil Stephen. D’ailleurs j’y pense : c’est votre vrai nom, Stephen Strange, non ?
– Oui, c’était même l’objet d’une blague dans un précédent film.
– Et vous ne portez pas de masque ?
– Non, non, comme tu le vois.
– Donc tout le monde sait qui vous êtes ?
– Ben oui.
– ALORS POURQUOI PERSONNE NE VIENT VOUS EMMERDER VOUS ALORS QU’EN PLUS VOUS ÊTES LA PREUVE QUE LA MAGIE EXISTE CE QUI DOIT VAGUEMENT INTÉRESSER LES GENS ?
– Eeeeeeeeeeeeeeeeeeeh biiiiiiiiiiiiiiiiiieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeen….

Parce que le scénario est à chier, mon p’tit Peter.

Mais attendez, ça peut aller encore plus loin. En effet, Peter n’est pas simplement venu là pour souligner à quel point il a des amis célèbres qui rendent la situation encore plus absurde. Non, il est là pour demander de l’aide à son ami magicien de niveau 3. Voire 4.

– Je me demandais si vous pouviez m’aider, Stephen.
– En utilisant moi aussi mes montagnes de pognon et mon réseau pour t’avoir une place à la fac ?
– Hmmm… non.
– En me demandant de t’enseigner la magie, ce truc qui a l’air d’être la science sans les contraintes ? Surtout que faire fac de science quand tu sais que la magie existe et que par déduction, les lois scientifiques ne sont pas si vraies, bon.
– Non plus.
– Tu voudrais peut-être que j’utilise ma magie pour convaincre un président d’université de te prendre ?
– Nan, utiliser son fric, son réseau ou son pouvoir à des fins personnelles, c’est un peu de droite. Je suis un héros du progrès.
– Très bien, que proposes-tu ?
– Est-ce que vous pourriez faire oublier au monde entier que Spiderman est Peter Parker ?
– Ah. Donc utiliser ma magie sur un gars, c’est mal, mais lobotomiser près de 8 milliards de personnes juste pour que toi et tes deux potes puissiez aller à la fac, c’est cool ?
– Voilà.

Bon, je ne sais pas vous, mais moi le brandy, je suis en train de me l’enfiler à la seringue pour essayer de brûler mes neurones plus rapidement que ce film : je veux abréger mes souffrances.

Surtout que nous n’en sommes qu’au début. Aussi, profitons de cette scène où Stephen Strange n’insiste pas et dit que aucun problème mec, je vais droguer magiquement l’ensemble de la planète, je ne vois aucun souci : je le fais souvent le soir au Macumba, et le lendemain matin, personne ne vient m’emmerder. Tout de même, notre bon docteur précise une chose :

– Ah oui, détail : ce sort peut plus ou moins détruire la réalité en cas de problème.

Ah. Donc non seulement ça revient à lobotomiser le monde entier, mais en plus, ça risque de détruire le monde. Tout ça, je le rappelle pour ENVOYER PETER À LA FAC. Un crime contre l’humanité ainsi que la fin potentielle de ladite humanité, qu’est-ce par rapport aux résultats parcoursup de notre héros ?

Ce film est extraordinaire. C’est comme se faire vomir dessus durant 2h30. J’espère que Spiderman & Docteur Strange et le tribunal international de La Haye sera plus court.

Le docteur Strange, qui lui ne voit pas le souci, emmène donc Peter dans sa cave (une pratique courante quand les adultes croisent le milieu étudiant), et débute son sort en expliquant quelques règles.

– Eh bien Peter, on va se dire au revoir. Car moi aussi je vais oublier que tu es Spiderman avec ce sort.
– Hein ? Mais alors tous les gens que j’aime aussi ? Non euh… ma meuf j’aimerais qu’elle s’en souvienne !
– Okay, je bidouille le sort, mais là je suis en pleine incantation, donc arrête de causer steuplé.
– Et mon meilleur pote, lui aussi on peut l’intégrer comme exception ?
– Grmbl… bordel…okay, mais maintenant, chut, c’est dangereux.
– Et ma tante Milf ? On peut épargner ma tante Milf ?
– Mais puuutaaaain tu vas la fermer ?

Sauf que non seulement Peter – un génie, je vous le rappelle – continue à causer en pleine incantation à ne surtout pas déranger (sous peine de détruire le monde, j’insiste), mais en plus, le docteur Strange, pas plus malin, continue à modifier le sort en cours de route pour y faire toutes sortes d’exceptions.

Ça doit être un concours de qui est le plus neuneu. Et je suis en train de le gagner en regardant ce film, notez.

Et non, à aucun moment Peter ne se dit “Sinon, ce que je peux faire, c’est laisser le sort se lancer puis aller manuellement révéler ma vraie identité à qui j’ai envie par la suite.” Mais non : c’est trop subtil. Et nos deux zozos continuent donc de modifier le sort au beau milieu du lancement.

Au point qu’à la fin, le sort risque de partie en cachou, et Strange qui est sur le point d’en perdre le contrôle le scelle dans une espèce de boule magique.

Un grand pouvoir implique de grandes responsab… nan, utilisez-le pour laver le cerveau du monde entier pour votre petit plaisir.

– Okay, heureusement qu’on est deux des plus brillants esprits de la Terre mon petit Peter, car là, on vient un peu de faire de la merde. Le sort a failli m’échapper et détruire notre réalité, hahaha, la boulette ! Heureusement que l’on faisait tout cela pour une raison majeure !
– Oh oui alors !
– Bref, tu vois la petite boule magique, là ? On n’y touche plus, hein. Le sort est encore dedans. Mieux vaut ne pas le libérer.
– Okay super, et pour la fac, alors ?
– Ah ouais donc on vient de manquer de peu de détruire l’univers, mais toi tu as tes priorités. Ben je ne sais pas : appelle-les.
– Ah bon, on peut faire ça ?
– Pardon ? Tu n’as pas essayé d’appeler avant de me faire lobotomiser la Terre entière ?

Cette dernière réplique est la véritable réponse de Strange dans le film : il est donc conscient qu’il allait faire un truc vraiiiiiiiiiment limite, mais attention, si c’est APRES un coup de fil à la fac, ça passe. Avant, là, euh, non, Peter, c’est pas très éthique. Comme quoi, droguer magiquement le monde entier tient à peu de choses.

Un crime contre l’Humanité ? C’est simple comme un coup de fil.

Peter remercie le docteur Strange pour cet excellent conseil, puis se barre pour tenter de joindre une patronne du MIT afin de lui dire, en substance « Vazy steuplé fépataput’ prenmoi chuis Spiderman vazy là wallah », un argumentaire qui saura la toucher à n’en point douter. Sauf que celle à qui il veut parler n’est pas à son bureau, mais par un heureux hasard, à New York et en route pour l’aéroport.

– Zut, s’exclame Spiderman. Bon, je pourrais demander son numéro de portable mais… et siiii j’allais plutôt la chercher directement dans sa bagnole pour insister lourdement sur mon admission ?

Ah ben oui, tiens, c’est connu : si une femme vous dit “Non” à ce que vous attendez d’elle, visiblement, vous avez le droit de venir la harceler dans sa bagnole parce que votre tentative de lui laver le cerveau au GHB magique a échoué : c’est cool.

Marvel & Disney vantent dans leur marketing leur progressisme : que serait-ce sans ?

Heureusement, le progrès cinématographique se limitant souvent au Bon Racisme, lorsque Peter rattrape la voiture de la doyenne de la fac, bloquée dans les embouteillages sur un pont new-yorkais, il découvre une femme noire, donc qui va forcément être gentille. Elle est cependant un peu agacée quand même, au début, lorsqu’elle découvre un Peter Parker frappant à son carreau.

– Mais ? Dites donc mon petit Monsieur, que faites-vous à ma fenêtre de voiture ?
– Madame la doyenne, c’était pour vous dire que me refuser à la fac, c’est déjà pas très cool, mais refuser mes amis juste parce qu’ils me fréquentent… c’est dur. Pourriez-vous les prendre s’il-vous-plait ?
– Ah ben oui, si on envoie des courriers de refus, c’est justement parce qu’on a envie que vous veniez insister de vive voix. C’est non, espèce de p’tit bâtard.
– Écoutez Madame, vous êtes noire dans un film Disney. Vous ne le savez pas, mais vous êtes déjà gentille car…

Brololololom !

Au même moment, voilà que le pont est secoué par ce qui ressemble à un tremblement de terre. Mais en y regardant de plus près, Peter découvre que ce n’est pas ça : un drôle de monsieur avec quatre immenses tentacules mécaniques est en train de taper sur les voitures et de s’amuser à tout casser. 

C’est le docteur Otcopus, issu de vieux films Spiderman des années 2000 (c’est loin). Et en voyant Spiderman dans sa belle combi rouge, il sourit.

– Peter ! Je te cherchais !
– Euh… qui êtes-vous, monsieur bizarre ? On ne se connait pas ? s’étonne le jeune Peter.
– Si ! Allons, tu es Peter Parker, mon ennemi juré, alias Spiderman !

Et les deux de faire la bagarre en cassant tout, à commencer par la voiture où se trouve la doyenne que le vilain docteur promène dans tous les sens, menaçant de la tuer. Heureusement, Spiderman l’en empêche, et parvient même à stopper le docteur Octopus en… attendez. Asseyez-vous. Prenez une grande inspiration. Vous êtes prêts ?

Spiderman prend le contrôle des tentacules du docteur Octopus, qui étaient en bluetooth.

– Aha docteur Octopus ! Désormais, j’enroule vos tentacules autour de vous, et vous voilà fait !
– Mais d’où tu as piraté mes tentacules ?! Ils sont directement reliés à ma colonne vertébrale, ce sera en plus redit dans le film, alors tu les as piratés comment ? En passant par le Wifi ? Tu crois que j’ai une SFR Box insérée au bas du dos ou bien ?

Mais si, si. Spiderman appaire les tentacules à son assistant personnel, et zou, c’est plié.

Un scénariste a donc vraiment écrit cette scène. C’est effrayant.

Spiderman ayant cependant sauvé les gens sur le pont (les méchants adorent attaquer les ponts chez Marvel, quand même), il retourne voir la doyenne de la fac dans sa voiture ravagée. Qui a bien évidemment changé de ton.

– Oh, Spiderman ! Vous êtes donc bien un héros malgré ce qu’en disent les sites complotistes ! Je vais tout faire pour que vous et vos amis soyez pris à la fac !
– Eh ben voilà. Je vous avais bien dit que vous finiriez par vous ranger aveuglément derrière les gentils : vous êtes noire, c’est pas comme si votre personnage pouvait avoir la nuance d’un blanc.

Mais avant que la doyenne ne puisse le traiter de petite raclure raciste, ce que le film désapprouverait, des explosions retentissent sur le pont, qu’un étrange personnage vert survole… mais le docteur Strange apparait avant que ça n’aille plus loin et téléporte Peter comme le docteur Octopus dans les entrailles sûres et obscures de sa demeure. 

Oubliez le personnage vert : visiblement, on s’en fout pour l’instant, et tant pis pour les gens sur le pont qui se mangent des bombes sur la gueule. Eux-mêmes profitent d’un trou entre deux scènes pour se sortir du pétrin, selon la technique de Maître Daredevil évoquée plus tôt dans ce film.

Le docteur Octopus se retrouve en tous les cas dans la cellule d’une prison magique, aux côtés d’un homme-lézard (lui aussi issu d’un autre film Spiderman), alors que Peter est lui libre et peut discuter en paix avec Strange.

– Stephen ? Qui était ce type sur le pont ? Pas le bonhomme vert, visiblement, lui on s’en fout. Mais le gars avec les tentacules en bluetooth que l’on vient d’enfermer ? Il avait l’air de me connaître alors que moi je ne l’ai jamais vu. D’ailleurs, depuis que j’ai retiré mon masque, il gueule que je ne suis pas Peter Parker. Il est con ou bien ?
– Oui alors ça je peux te l’expliquer. Pas la partie sur la connerie, avant. Tu sais le sort que j’ai jeté ? Avant que je ne décide de le contenir, je l’avais tellement merdé qu’au lieu d’effacer la mémoire de tous les gens de la Terre… ça a a attiré vers notre Terre tous les gens qui te connaissaient dans des univers parallèles. Donc lui, là, M. Poulpe…
– Docteur Poulpe steuplé !
– Oui, donc lui et le gros lézard à côté viennent d’autres univers, où ils connaissent d’autres Peter Parker. Ils ont réussi à se glisser jusqu’ici avant que je ne scelle la magie dans la bouboule vue plus tôt dans le film.
– Ah. Alors que fait-on ?
– Eh bien en attendant que je ne bricole un moyen de les renvoyer chez eux, tu vas devoir traquer tous les égarés dimensionnels attirés par le sort et les amener ici pour les retenir prisonniers. Tiens, je t’ai fait un brassard magique qui tire un rayon qui téléporte ici tout ce qu’il touche. Pratique !
– Okay, je peux m’en charger et les isoler avant qu’ils ne causent le chaos dans notre monde. Mais pour cela, je vais avoir besoin d’aide !

Thor ? Hulk ? Les agents du Shield ? Daredevil ? Le Punisher ? Pepper Stark ? War Mach…

– Mon ami obèse Ned et ma copine reloue MJ !

Ça valait bien le coup de passer des années à monter tout un univers Marvel pour ne surtout pas s’en servir. C’est sûr que ton pote rigolo et ta copine moralisatrice vont être d’une bien plus grande aide pour sauver le monde de méchants interdimensionnels que, je ne sais pas, des super-héros ou une armée d’agents spécialisés.

Bientôt deux décennies de films introduisant de nouveaux héros, et voilà sur qui repose le sort de la Terre.

– Et vous docteur Strange ? Non parce que vous êtes balaise quand même.
– Oui, mais je dois faire caca. 

Non, vraiment : il décide qu’il a mieux à faire.

Et non, il ne donne aucune excuse. Le vrai souci étant que si Strange aide Spiderman, là encore, le film s’arrête. Donc il laisse la place à ses amis inutiles. Ned et MJ sont donc invités dans les souterrains du manoir de Strange et découvrent son joli donjon SM et ses prisonniers. Spiderman a donc désormais non pas un, mais deux personnages tout nuls pour l’épauler.

Ensemble, ils détectent tout de même des pics d’énergie suspects dans la pampa, et Spiderman s’y rend pour faire la bagarre avec les responsables, eux aussi issus de précédents films Spiderman : un monsieur noir qui contrôle l’électricité (il sera donc gentil à la fin, si vous ne vous en doutiez pas) et un type fait de sable et qui le contrôle. Nous les appelerons donc Ohm noir et Dune. Si le premier fait de la résistance, le second se montre plus malléable ; Spiderman finit cependant par les envoyer tous deux d’un coup de rayon magique dans la prison enchantée de Strange. Spiderman rentre donc vainqueur.

– Bravo Peter ! Tu penses qu’il y a beaucoup d’autres prisonniers à envoyer au trou ?
– J’espère que non, Ned : le trou magique du docteur Strange n’est pas extensible à l’infini.
– …
– Oooh, je crois que je suis allé un peu vite. Oublie cette phrase. Je voulais dire qu’on n’a non plus 150 cellules.

Alors qu’il papote, Spiderman reçoit cependant un appel : c’est tante Milf qui lui dit qu’elle a recueilli un étrange vagabond qui dit le connaître. Un certain M. Osborn. Ce qui provoque un cri de stupeur chez l’un des prisonniers.

– Osborn ? Le Bouffon Vert ?!
– Que dites-vous depuis votre cellule, docteur Poulpe ?
– Je dis que c’est le Bouffon Vert ! Vous vous souvenez du type qu’on a vu causer des explosions sur le pont quand vous m’avez arrêté ? C’était lui ! C’est l’ennemi juré du Spiderman de mon univers !

Peter ne demande pas plus d’explications : il fonce immédiatement voir tante Milf, qu’il trouve en train de boire le thé avec ce fameux M. Osborn. Qui s’avère être tout calme. Mais étonné en voyant Peter.

– Et vous dites que ce garçon est Peter Parker, Madame ? Mais c’est impossible ! Je connais Peter, il ne ressemble pas à ça !

Par contre, le fait que tante May ressemble plus à une playmate qu’à la Mère Poulard n’a pas l’air de le choquer, ce coquinou.

– C’est parce que vous venez d’une autre dimension, Osborn ! Je suis le Peter Parker de cette dimension ! Et vous, l’abominable bouffon vert !
– Oui alors déjà, j’aimerais des majuscules quand on parle de moi, sinon ça désigne la mairie de Lyon. Et ensuite, non, le Bouffon Vert est mon autre personnalité, causée par un sérum que j’ai absorbé. Mais j’ai réussi à le faire taire.
– Comment ?
– Eh bien plus tôt dans le film, il y a eu une brève scène où l’on m’a vu entendre la voix du Bouffon, et l’envoyer paître en détruisant le casque que je portais en forme de Bouffon avec un gros caillou.
– Votre casque résiste aux explosions mais pas à un jet de gros caillou ?!
– On sous-estime trop souvent le pouvoir des gros cailloux.

J’imagine que le docteur Osborn, ingénieur militaire de formation, doit donc développer des trébuchets en secret, mais passons. Car il a beau être gentil, lorsque Spiderman le ramène chez le docteur Strange, Strange ne fait pas de chichis et le téléporte par sécurité directement dans une cellule, gentil ou non.

– Non parce qu’à un moment, je m’en fous de vos histoires les enfants. Moi, je dois tous vous renvoyer chez vous pour rétablir l’équilibre de l’univers, explique Strange.

Les méchants grommèlent et se mettent à discuter entre eux, de cellule en cellule.

– Ah, tu fais moins le malin, Bouffon Vert ! Tu pensais ne pas finir comme nous, pas vrai ?
– Raaah, silence, docteur Poulpe. Vous êtes un personnage tout naze.
– Tout naze, mais pas mort, contrairement à toi ! Dans ta dimension d’origine, tu es mort !
– Hein ? Mais pas du tout ! Toi tu es mort !
– Non, toi !

Et les méchants de soudainement comprendre que leurs derniers souvenirs de leur dimension… sont lorsque Spiderman s’apprêtait à les balancer dans une situation mortelle. Et qu’après, ils se souviennent juste s’être réveillés ici.

Le docteur Strange les interrompt.

– Apapap, on s’en moque de vos histoires de qui est mort ou non, c’est pas mon problème. De toute façon, je viens d’insérer la boule magique de mon sort raté dans cet artefact en forme de cube qui permet d’inverser les sorts. Il va me permettre de tous vous renvoyer chez vous.

Peter bondit alors, horrifié.

– Mais euh… non ! Vous ne pouvez pas faire ça, docteur Strange !
– Ah ben si, en fait.
– Non mais… éthiquement !

Dit le mec qui demandait à son pote de lancer un sort de GHB mondial.

Mais en effet : Peter refuse de renvoyer ces gens chez eux, puisque visiblement, ils ont été téléportés ici au moment de leur mort. Ce qui signifie que les renvoyer les tuerait !

– Et je ne peux pas laisser faire cela ! s’exclame Peter. Car la mort, c’est vilain !

Et avant que Strange ne commente cette puissante réflexion ou n’utilise son artefact pour renvoyer tout ce petit monde, Spiderman décide de lancer un bon coup de toile pour piquer la machine à inverser les sortilèges, et s’enfuit avec. 

C’est très intelligent.

Strange le poursuit, c’est la bagarre, et finalement, le magicien décide de se téléporter avec Peter dans la dimension miroir, une dimension parallèle qu’il contrôle et où Peter pourra rester au frais le temps de se calmer. Sauf que la dimension miroir étant basée sur la symétrie, Peter s’exclame “C’est de la géométrie, et j’adore ça !” (ce garçon est vraiment un pervers).

Et comme il adore ça, sans explication, il parvient soudain à prendre le maître de ladite dimension de vitesse et à le piéger dans une toile. Il lui pique alors sa bagouze à téléportation et son cube magique à inversion de sortilèges et merci bonsoir, il quitte la dimension miroir en laissant Strange prisonnier dedans. Comme quoi, avoir un niveau de troisième en géométrie, ça sert.

Bon, visiblement, Peter n’a pas l’air de se souvenir qu’il n’a aucune idée de comment revenir dans cette dimension plus tard, ni qu’il ne sait pas utiliser l’artefact du bon docteur, mais le scénario non plus donc ça va.

Car pif pouf, Spiderman revient au manoir du docteur Strange, victorieux, et retrouve ses amis.

– C’est bon, j’ai enfermé Strange dans sa dimension parallèle, je suis sûr que c’est une super idée. En attendant, tiens, Ned, je te confie sa bague de téléportation, fais le con avec, ce n’est sûrement pas dangereux.
– Ok !
– Et toi MJ, je te confie le cube magique inverseur de sortilèges. Je vais tenter d’aider les méchants plutôt que de les tuer, mais si ça part en sucette, tu appuies sur ce bouton ici et paf, ça les renverra tous chez eux.
– Où as-tu appris comment te servir de cette relique enchantée ? Et es-tu sûr qu’un artefact magique complexe contenant un sort merdé destructeur de réalité fonctionne sans la moindre incantation et avec un pauvre bouton ?

Spiderman feuillette le script en suant très fort, puis finit par le jeter au loin.

– MJ, ferme-la. 

MJ hoche donc la tête en bavant un peu, pendant que Peter se tourne vers les méchants.

– Bon, les méchants, je vous explique : je suis contre le fait de vous tuer. Je préfère vous aider. Alors que diriez-vous de me suivre gentiment pendant que je vous emmène jusqu’à un endroit où je pourrai vous guérir de vos problèmes respectifs de… mi-homme, mi-sable, mi-homme, mi-lézard, mi-ohm, mi…

Mi-bluetooth.

Les méchants lui disent de la fermer : ils ont compris. Et vu que c’est leur meilleure options, ils acceptent de suivre Peter. Qui décide d’emmener tout ce cirque ambulant avec lui, et d’aller se planquer avec eux dans un appartement de l’empire Stark à sa disposition où il a accès à toutes sortes de gadgets bien utiles, comme un fabricateur qui peut reproduire n’importe quel objet dont il pourrait avoir besoin. il y est rejoint par tante Milf, qui lui assure qu’aider les méchants, c’est gentil. 

– Tu as bon cœur, Peter. C’est bien. Comment vas-tu t’y prendre ?
– Eh bien je vais trouver comment guérir chacun de ces méchants. Ohm noir ? Son corps est chargé d’électricité, je vais trouver comment l’en libérer. Dune ? Je vais remettre ses particules dans le bon ordre et il redeviendra normal. Le docteur Poulpe ? Il est méchant car les tentacules reliés à sa colonne sont gérés par une IA qui devait l’assister ; la puce sur sa nuque qui devait l’aider à contrôler l’IA a grillé, et maintenant, c’est l’IA qui le contrôle, lui.
– Mais ? Ses tentacules n’étaient pas en bluetooth ?
– Ah merde oui.
– Et si ses tentacules le contrôlent, et que toi tu contrôles les tentacules, tu ne pourrais pas le contrôler l… Peter ? Peter que fais-tu avec ces boules de fumée ninja dans la main ? Attention mon garçon, si tu les jettes au sol, tu seras puni dans ta chambre !
– MaiiiiiiiIIIIIiiiIIIIIiiis chuis Spiderman quand même !
– Oui ben Spiderman ou pas, tu vas m’expliquer autre chose : une fois guéris… si tu les renvoies dans leur dimension…ils vont crever quand même, puisqu’ils vont revenir au moment de leur mort, non ? Sauf que là, ils n’auront plus leurs pouvoirs pour se défendre vu que tu leur auras retirés. Tu es donc techniquement en train de faciliter leur mise à m…
– BOULE DE FUMÉE NINJA !

Et pendant que tante Milf tousse, Peter se met au travail et développe des solutions pour tous ses prisonniers, qui tous, sont ravis de rencontrer un Peter qui veut les aider et non les tuer. Le premier servi est le docteur Poulpe, qui reçoit une nouvelle puce qui lui permet de reprendre le contrôle de ses tentacules au lieu d’être contrôlé par eux, voire de miner des Bitcoins (dans sa dimension, ça vaut encore le coup). Il devient donc gentil.

Sauf que peu après, le docteur Osborn commence à s’exciter et à dire que perdre ses pouvoirs, c’est nul : il est redevenu le Bouffon Vert, et il incite ses copains à prendre une autre direction : péter la gueule de Peter et reprendre leur liberté. Et suite à diverses tensions, cela finit par marcher et tout le monde se dit que c’est vrai que frapper Peter est très tentant. La bagarre éclate donc.

Ohm noir s’enfuit avec un mini-réacteur Stark qui le rend encore plus puissant, le docteur Poulpe met les voiles, le gros lézard commence à bastonner, et c’est donc la guerre entre Peter et les méchants. Avec pour principal adversaire pour Spiderman, le Bouffon Vert qui envoie des explosifs partout : dans l’immeuble, sur les bâtiments voisins, sur les voitures de police qui arrivent en bas, les ambulances, les journalistes qui traquaient Spiderman…

Et finalement, c’est tante Milf qui se mange une grenade dans la mouille.

Spiderman se retrouve donc avec sa tatie dans les bras, mourante, qui lui dit des choses palpitantes.

– Tu as voulu les aider…ne regrette rien…
– Oui enfin ils viennent de tuer des dizaines de gens quand même, dont toi. Ça valait le coup ?
– Je n’entends rien… sache plutôt qu’un grand pouvoir… implique de grandes responsabilités…
– Genre ne pas laisser des gens tuer des civils, comme ça, au pif ?
– Je… gaaargl… je meurs…
– Non ! Tante Milf ! Ne pars pas ! J’arrêterai de t’envoyer des boules de fumée ninjas à la gueule !
– …. alors…. ah…dis-moi… réponds cette fois… à quoi ça sert de les guérir… si c’est pour les renvoyer mourir ?
– BOULEDEFUMÉENINJA !

La blessure et la fumée dans la gueule sont fatales à tante Milf. Bouleversé, Spiderman s’enfuit pour aller méditer (ou plutôt, bouder) dans un coin tranquille de la ville. On peut donc le dire : l’homme-araignée a le cafard. Hohoho. Je… bon. Écoutez, je me mets au niveau du film, aussi.

Peter peut donc réfléchir en paix à la vie, à la mort, et à la vacuité du script.

Pendant ce temps, dans le manoir du docteur Strange, MJ et Ned sont inquiets : ils n’ont aucune nouvelle de Peter. Mais Ned consulte les internets, véritables autoroutes de l’information où il y a en ce moment un gros bouchon de nouvelles au sujet d’explosions dans l’immeuble où se planquait Spiderman. Ned fronce les sourcils.

– Hmmm… MJ ? Je crois que les méchants ont arrêté de suivre docilement Peter. Il y a eu des explosions et des morts.
– Okay, donc comme prévu, je renvoie ces petits rascals chez eux en appuyant sur le gros bouton de l’artefact magique inverseur de sort et…
– Non, attends ! D’accord, ces gens sont en train de trucider des innocents et on peut les arrêter avec un seul bouton, mais ne devrait-on pas plutôt laisser le massacre se poursuivre en attendant que Peter nous donne son avis ?

Le progrès continue : MJ, pourtant présentée comme brillante et soucieuse d’aider les autres, laisse une boucherie se poursuivre tant qu’elle n’a pas reçu d’ordres de son mec. Non vraiment : le progrès.

En attendant, l’absence de Peter se fait sentir si fort que Ned marmonne « Ah, si seulement Peter était là ! » en remuant les mains, et comme il a la bague du docteur Strange au doigt… voilà que ça fait des étincelles dans l’air. Oh ? MJ lui dit d’insister, de refaire ça en s’exclamant « Je veux voir Peter Parker ! », et pif pouf, avec un peu de bonne volonté et l’aide du script, Ned ouvre un portail magique au travers duquel il aperçoit bien Spiderman !

Vous vous souvenez du film Docteur Strange, où il faut des plombes à un génie comme Strange pour maîtriser les portails ? Bon ben là, il a fallu vingt secondes à un petit joufflu un peu con. Non vraiment, ça vaut le coup de sortir cinq films par an pour nous dire à quel point l’univers est complexe et au final démouler un gros étron dessus toutes les deux minutes. Se prendre autant de matières fécales sur la tête à la minute, on dirait presque la vie d’une Instagrameuse à Dubaï.

Le portail ouvert, Spiderman s’y engouffre pour rejoindre ses amis ! Sauf que lorsqu’il retire sa cagoule… ce n’est pas le Peter Parker que nos amis connaissent. C’en est un autre, d’un autre univers. Tout le monde est un peu perplexe, mais allez ! On réessaie et… hop ! C’est encore un nouveau Peter Parker qui rejoint nos amis ! Ces deux Peter avaient eux aussi été téléportés dans cette dimension par le sort merdouillé de Strange sans comprendre pourquoi. Tout comme les méchants de leurs dimensions respectives. Tout le monde peut donc commencer à discuter lorsque soudain…

– Un instant !
– Oh ! Mais qui êtes-vous, là, accroché au plafond ? s’exclame MJ.
– Je suis Spider-Roudoudou ! Moi aussi j’ai été attiré dans votre dimension. Après avoir été mordu par un une araignée qui avait mangé un roudoudou, moi, le caporal Peter Parker, je suis devenu…
– Accélérez Monsieur Roudoudou.
– Oui, alors je suis venu vous aider. Parce que là, vous faites n’importe quoi. Jeune Ned ! Si vous avez soudain le pouvoir d’ouvrir des portails vers Peter Parker en vous exclamant « Je veux voir Peter Parker », pourquoi ne le faites-vous pas jusqu’à tomber sur le bon ? Non parce qu’au mieux, vous le trouvez, au pire, vous invoquez au fur et à mesure une armée toujours plus grande de Peter Parker pour triompher des vilains.
– Vous avez raison, Monsieur Spider-Roudoudou ! Je veux voir… Peter Parker !
– Schlibiding ! C’est moi, Peter Parker, de la dimension où j’utilise des armes à feu !
– Ah c’est pratique ! Allez, on recommence : je veux voir… Peter Parker !
– Schlibiding ! Je suis Peter Parker de la dimension où j’ai appris la magie !
– Fabuleux ! Je veux voir… Peter Parker !
– Schlibiding ! Guten Tag !
– Ah ben merde, vous êtes qui, vous ?
– Mais ? Che suis Pjëter Parker ! Sur le front de l’Est, chai été mordu par un officier SS radioactif, et depuis, che suis Speed-Herman, le nazi le plus rapide de…
– ALLEZ PCHHHHT, ÇA SUFFIT, DU BALAI ! DEHORS LES ARAIGNÉES !

MJ et son balai foutent donc tout le monde dehors : Spiderman, Spiderman, Spider-Roudoudou, Speed-Herman, alors que Ned n’a même pas eu le temps de tenter le « Je veux voir le Spiderman de la dimension où c’est une fille à gros seins avec un faible pour les gros nerds ! ». C’est vous dire si elle ruine tout.

Donc non : Ned n’essaie pas plusieurs fois la même formule, ce serait intelligent. Le script lui a susurré à l’oreille que pour le fan service, on n’avait besoin que de ces deux Spiderman, donc hop, nos personnages savent instantanément qu’il n’y en a aucun autre à aller chercher.

Mais le leur, d’ailleurs, où est-il ? Peter, Peter, Ned et MJ réfléchissent, et notre amie finit par se souvenir que quand il est triste, son Peter aime à méditer depuis le toit du CDI du lycée. Tout le monde va donc le chercher, et Peter est très surpris de découvrir deux autres Spiderman (ou spidermen, ça dépend) qui le serrent dans les bras lorsqu’il leur apprend l’horrible nouvelle :

– Tante Milf… elle est morte ! Dans mes bras ! Bouhouhou snif snouf !
– Mon pauvre, nous savons ce que c’est. Moi, c’est oncle Ben qui est mort dans mes bras.
– Et moi, tante May a… attends, comment ça « tante Milf » ? C’était pas une petite vieille qui sentait le cookie ?
– Ah non, c’était une espèce de bombasse, pourquoi ? Tenez, voici sa photo.

Et les deux autres Peter de se dire qu’ils ont été bien roulés vu leur tantes May, mais pas autant que celle-là. Avant que quelqu’un ne commence à parler du fait qu’ils lui auraient bien mangé les cookies, tout le monde bat en retraite pour reprendre la lutte : il faut arrêter les méchants de ce bas monde.

– Et comme tante Milf l’aurait voulu, même après être morte comme une merde à cause précisément de cette décision, nous allons encore essayer de soigner ces vilains, non de les tuer ! explique Peter 1, notre héros.

Avant de les renvoyer vers leur dimension où ils sont morts, mais ça, le scénario n’en fait plus mention, pas plus que Peter 2 et Peter 3, qui sont pourtant ceux qui ont tué lesdits méchants lors de leurs aventures. Il est comme ça, Spiderman : il oublie vite les gens qu’il tue, et ce, dans toutes les dimensions où il existe.

Rappelez-moi : c’est lui le gentil ? Non, je voulais juste être sûr. Merci.

Peter, Peter et Peter concoctent donc ensemble tout un arsenal pour vaincre les méchants :
– Un sérum qui rendra l’homme-lézard plus homme et moins lézard (même si son identité de lizard-gender sera respectée)
– Un gaz qui fera passer Dune de l’état de petit sablé à celui de gros boudin (grâce à un truc très simple, les charcutiers le détestent)
– Un cocktail à injecter au Bouffon Vert pour qu’il ne soit plus vert, mais un simple bouffon
– Un gadget pour vider l’Ohm Noir de son électricité
– Et pour le docteur Poulpe…

Mais attendez ? Il était guéri, le docteur Poulpe ! Personne n’a pas pensé à lui faire signe ? À l’appeler en renfort ? Ou à se renseigner sur où était un type avec des tentacules géants en acier ?

Eh bien non : nos héros s’en cognent. Voilà.

Ne reste plus qu’à attirer tous les méchants au même endroit. Et pour ce faire, Peter a un truc très simple : envoyer un message au fameux site complotiste à qui la ville de New York prête gentiment ses écrans géants, pour y diffuser son message : il attend les méchants pour la bagarre à la Statue de la Liberté (mais non, la police, l’armée, ou autre organisation n’iront pas y aider, merci).

Statue de la Liberté qui est à ce moment-là en travaux et couverte d’échafaudages métalliques, ce qui est une excellente idée quand on veut affronter, au hasard, un homme électrique. Personnellement j’aurais choisi un endroit isolé à tous les sens du terme, mais bon, je n’ai pas le génie de notre héros. Pardon : de nos trois héros.

Peter, Peter et Peter se pointent comme convenu à la Statue, et les méchants les y retrouvent : la bagarre commence donc. Et plutôt mal pour nos héros, qui ne sont pas habitués à travailler en équipe. Mais sitôt que Peter 1 leur dit « Et siiii on travaillait en équipe, mais genre vraiment ? » hop, ça y est, c’est bon. C’est juste qu’il fallait leur dire, voyez-vous.

Trois génies, donc.

Bon, ils auraient aussi bien pu traquer les méchants en groupe et tomber dessus à 3 contre 1 à chaque fois, mais c’était visiblement un peu subtil.

L’un après l’autre, nos héros parviennent à guérir les vilains, de plus ou moins bon gré, et ce avec l’aide du docteur Poulpe qui débarque pour les aider… sauf que suite à de petits problèmes de pièges impliquant de la téléportation, Ned et MJ se sont retrouvés au beau milieu des combats, et que le Bouffon Vert en a profité pour détruire l’artefact contenant le sort à annuler qui les renverrait chez eux !

Bouffon Vert qui manque d’ailleurs de se faire tuer par Peter 1, qui lui en veut pour la mort de tante Milf, mais Peter 3 l’en empêche. Et ce faisant, se prend quand même un coup dans le dos de Bouffon Vert, qui est décidément surtout un gros rabouin. Mais ce n’est pas grave, car il a quand même droit à sa dose de cocktail qui le rend gentil et détruit sa personnalité de Bouffon Vert.

Ainsi, le Bouffon Vert n’est plus que le sympathique docteur Osborn. Le docteur Poulpe est toujours le docteur Poulpe, mais gentil. L’homme-lézard est redevenu un homme, ohm noir n’a plus d’électricité à balancer, quant à Dune, il n’a plus de problèmes de sable dans le slip.

– Au fait, pourquoi je m’appelle Dune, moi ? C’est naze comme nom. Je ne suis pas vraiment une dune. C’est un peu comme si on avait appelé l’homme-lézard « crocodile » parce que c’était proche.
– C’est pourtant intéressant comme nom, crocodile, Dune, dis.

Si vous relisez la phrase précédente à voix haute, on se retrouve à la remise des prix des calembours les plus longs à mettre en place pour un résultat inversement intéressant. Merci public.

Mais bref : puisque tout le monde est guéri, tout se termine bien ?

Non ! La situation dégénère. Car la destruction de l’artefact magique et du sort dedans ont libéré des forces qui commencent à déchirer le tissu de la réalité lui-même, et d’une infinité d’univers, une infinité de personnages connaissant Peter Parker approchent.

– Ça veut dire que je vais mourir étouffée sous un nombre infini de Peter Parker ?

Le tissu de la culotte de MJ est lui aussi en train d’avoir quelques problèmes, mais là n’est pas le sujet. La fin du monde causée par une pluie de personnages débiles, c’est quand même moche, aussi ce serait bien que le docteur Strange soit là pour réparer tout cela… et puisque c’est ce que souhaite Ned en agitant ses bras, paf ! Le docteur Strange jaillit d’un portail de téléportation.

– Docteur Strange !
– Docteur Ex Machina pour l’occasion, les enfants. Ooooh, je vois ce qu’il se passe ici. Le multivers risque de se déverser dans notre monde, et nous risquons de nous taper une invasion de personnages de l’univers Marvel.

Hmmm. N’est-ce pas la définition du cinéma depuis la fin des années 2000 ? Mais pardon, docteur, je vous ai interrompu.

– Peter ! lance le docteur. Je peux contenir la faille avec mes grands pouvoirs, mais pas longtemps ! Tous les gens qui connaissent Peter Parker sont attirés vers notre dimension !
– Ça marche aussi avec les homonymes ?
– PETER !
– Oui, bon… ça va… oh mais j’y pense, et si vous lanciez le sort original à nouveau ? Le sort qui ferait oublier à tout le monde qui je suis, est-ce que ça ne fonctionnerait pas ?
– Peter, tu n’y penses pas ? Cela marcherait et sauverait le monde, oui… mais cela modifierait aussi la mémoire de gens du monde entier ! Même moi je t’oublierais !

Ah. Oui. Alors.

Quelqu’un pour dire quelque chose ? Non ? Bon, je me dévoue :

D’où est-ce que ça vous choque alors que c’est PRÉCISÉMENT ce que vous vouliez faire au début du film sans vous poser aucune question ? Hmmm ? Donc quand c’est pour faire rentrer Peter à la fac, c’est cool, mais si c’est pour sauver la Terre, voire l’univers, non, c’est trop risqué ?

Encore une fois : ce film se vautre en boucle avec un tel brio, c’en est fabuleux.

Accessoirement, c’est très bien un sort qui modifie la mémoire des gens. Mais cela veut dire qu’il restera des tonnes de vidéos en ligne de Peter Parker. Ou bien le sort efface-t-il aussi les vidéos ? Les textes ? Les photographies ? Et au fait, quid des événements causés par le fait que les gens traquaient Peter Parker ? Ils sont supprimés aussi ? Mais comme c’est suite à ces événements que le sort est lancé, est-ce que…

Vous savez quoi ? À ce stade, faisons acte de générosité, et disons : c’est magique. Voilà.

Et donc c’est ainsi : le docteur explique que très bien, il va lancer le sort de GHB mondial, et cette fois-ci, sans exception. Peter va donc faire ses adieux à Ned et MJ.

– Ned tu es mon meilleur ami… je te retrouverai…
– Mec, tu sais où j’habite, c’est pas un exploit. Tu as juste à te présenter. En plus, au pire, je suis un gros nerd : tu me prouves en deux minutes que tu sais plein de trucs sur moi, tu me révèles être Spiderman, et paf, ça va repartir comme en quarante.
– Tu oublies quelque chose Ned…
– Quoi ?
– Je suis un personnage complètement idiot. Je n’y pense pas. Maintenant, à toi MJ.
– Mouais. J’allais mourir sous un nombre infini de Peter Parker, mais non, il faut que tu pourrisses tout. Tu parles d’un petit ami ! En plus, je suis sûr que tu vas profiter que je t’oublie pour aller coucher avec d’autres filles !
– … non ? Non, plus sérieusement MJ, tu sais, je suis sûr que le pouvoir de l’amour est plus fort que la magie et que quand je vais te retrouver, tu te souviendras.

Oui alors non : toute personne ayant déjà joué à une partie de jeu de rôles vous le dira, le pouvoir de l’amour ne peut rien contre la magie. Sauf, éventuellement, à jeter l’être aimé devant la boule de feu qui vous arrive dans la gueule.

Peter s’en va triste et pensif, et le docteur Strange achève de jeter son sort.

La réalité se répare, et les méchants, enfin guéris, disparaissent l’un après l’autre pour retourner dans leurs dimensions d’origine. Oh, et rassurez-vous, Ohm Noir est devenu gentil une fois qu’on lui a retiré son électricité du corps. Non, ça n’a aucun rapport, ou alors la méchanceté n’est en fait que du 220V. Mais comme vous l’aurez deviné, en fait, Ohm noir était… naturellement gentil. On ne l’entend pas crier au racisme alors qu’il disparait.

Pas plus que quelqu’un ne fait remarquer que, oups, en les renvoyant dans leurs dimensions d’origine où ils sont morts, on vient de tous les buter, non ?

Eh bien si. Voilà, cette jolie scène ne rime à rien, puisque ça veut dire que les mecs ont passé tout le film à guérir les méchants… pour qu’en fait, ils meurent. Exactement comme si… ben comme si Strange les avait renvoyés chez eux dès le début. Ah si : sans ce plan foireux, tante Milf serait encore en vie. Mais visiblement, ça n’effleure pas notre héros neuneu.

Quant à la faille dans la réalité, elle se referme et… nous sautons quelques semaines plus tard dans le temps.

Nous retrouvons Peter Parker, qui peut à nouveau se promener dans la rue sans être emmerdé comme une vulgaire donzelle sortant du métro, puisque plus personne ne sait qui il est. Il débarque au café où travaille MJ, et y trouve Ned papotant avec elle (un scénariste coquin les aurait fait sortir ensemble juste pour pourrir Peter, mais même pas), s’y présente à sa douce, il y a un peu de tension rrrrr entre les deux, mais Peter ne veut pas la brusquer et aller trop vite. Il la salue donc et s’en va.

Ainsi, Peter Parker est à nouveau Spiderman sans que personne ne le sache, MJ ne sort pas avec lui, toute sa vie peut reprendre de zéro, et ce troisième film permet donc de rebooter, encore, les aventures de notre héros. Le public peut donc commencer à sangloter tant ça devient lourd et…

… FIN !

Peut-on prendre un instant pour résumer ce film ? Spiderman décide de trouver le docteur Strange pour pratiquer une lobotomie à l’échelle mondiale afin de faciliter son entrée à la fac. Le sort échoue et emmène dans notre monde des méchants, que Spiderman décide de guérir avant de les tuer. Puis, il relance le sortilège de lobotomie, et continue sa vie avec le sourire. Fin.

Et pour ceux qui aiment les séquences post-générique, allez, c’est cadeau : on voit juste que Venom est aussi brièvement passé par cette dimension, merci, bonsoir. Super.

Le docteur Strange, réalisant que depuis le début, il pouvait faire oublier des trucs à ses ennemis et sauver des milliards de vies ce faisant mais que non, hihi, c’est plus rigolo sans.

– Tuez… moi…

José peinait à parler. Le respirateur à ses côtés faisait plus de bruit que le pauvre homme qu’il maintenait en vie contre son gré. Et de toute façon, l’infirmière dans la pièce secoua vigoureusement la tête.

– Non, Monsieur José, je ne vous tuerai pas. Vous savez bien que je n’ai pas le droit. Je ne suis ici que pour votre petit laxatif. Allez, on se cramponne, j’injecte.

D’un geste assuré, la jeune femme inséra sa seringue dans un des nombreux tuyaux reliés à son patient, et un liquide transparent glissa jusqu’à lui. Il ne fallut pas plus de quelques minutes pour que José grogne, souffle, et finalement, joue le premier acte du Barbier de Séville bien malgré lui de ses organes les moins nobles. Penchée sous son lit, l’infirmière récupéra sa production dans un petit sachet d’aluminium.

La porte s’ouvrit alors en grand, et le patron de José se frotta les mains.

– Ah, José ! Je vois que j’arrive au bon moment ! Pas de repos pour les braves ! Alors voyons voir…

L’infirmière lui tendit le petit sac dont émanait une odeur méphitique, et le producteur jeta un œil à l’intérieur avant de sourire largement. Oui, il était satisfait.

– Messieurs, dit-il à deux assistants qui se tenaient à la porte, préparez 185 millions de dollars.

Il se pencha à nouveau sur le sachet, et hocha la tête avec une joie non-dissimulée.

– José vient de nous rendre le script de Jurassic World 3.


Publié le 03.06.2022 à 08:57

Le cinéma en 2022

Vous souvenez-vous de votre jeunesse ?

Vous étiez jeune et fou. L’avenir semblait infini, et c’est à peine si l’âge vous effleurait quand aujourd’hui il n’hésite plus à se faire sentir de son gros doigt taquin. Dans la lumière orangée de fins d’après-midi, alors que par la fenêtre entrouverte se faufilaient les embruns de l’automne, vous aviez plaisir à appeler vos amis pour leur proposer de se retrouver au cinéma pour visionner la dernière grosse licence. Et tant pis si l’un d’entre vous n’avait pas vu le volet précédent : il avait le temps, d’ici l’heure des retrouvailles, de rattraper son retard.

Ce temps-là est pourtant bien révolu. Et désormais, regarder une licence tient de la consultation du Nécronomicon tant les préquels, séquels et autres poubelles s’accumulent sur les plateformes en ligne et tentent d’aspirer un peu du précieux temps de vos vies, ainsi que quelques-uns de vos neurones.

Aussi, résumons le problème en une image. Cliquez donc.

Une histoire palpitante comparant le cinéma de 2012 à celui de 2022 et ses trilogies de trilogies avec séries préquels et autres bouses tirant sur la ficelle.Cliquez, vous dis-je !

Voilà.

Maintenant si vous vous demandiez pourquoi je ne spoile pas les derniers Marvel dès leur sortie, vous savez : ces monstres ne pouvant repousser les spoilers avec de la qualité tentent de me noyer sous la quantité.

C’est vil.

Mais je ne m’avoue pas vaincu. Oui, c’est toi que je regarde, homme-araignée.


Publié le 19.05.2022 à 08:49

Bir Hakeim : le crossover ultime

Cette année, nous fêterons les 80 ans de la bataille de Bir Hakeim, qui débuta le 27 mai 1942.

Si pour vous, il ne s’agit qu’un pont à Paris et d’une station de métro, voici l’occasion d’apprendre d’où vient ce nom qui sent bon le sable chaud. Et si vous avez connaissance des précédentes vidéos du Petit Théâtre des Opérations que sont Dixmude 1914 : lâchez les Bretons, Prière de ne pas énerver le légionnaire, et 1870 : Jusqu’à la dernière cartouche !, voici donc l’épisode crosser ultime entre ces trois-là.

Où comment le célèbre général Rommel, au fin fond du désert, avait un excellent plan pour rouler sur les Anglais.

Hélas pour lui, il tomba sur des Français. Et joueurs, avec ça.

Je vous laisse donc visionner la bête, hop.

J’attends que Disney propose de reprendre le concept du Armée Française Cinématique Univers.


Publié le 05.05.2022 à 09:42

Avez-vous un Haut Potentiel Émotionnel ?

Lecteur, lectrice, permettez-moi d’être un peu sérieux – et serviable – un instant.

Depuis quelques temps, internet et magazines grouillent de tests afin de déterminer si vous êtes HPE, à savoir, une personne dotée d’un Haut Potentiel Émotionnel. Livres et autres instituts vous proposent, pour quelques dizaines ou centaines d’euros, de découvrir votre potentiel méconnu et de vous aider à mieux le comprendre.

Aussi, et puisque ces tests coûtent souvent un rein, permettez-moi, parce que je suis comme ça, de vous proposer un test gratuit basé sur les 10 signes qui indiquent un Haut Potentiel Émotionnel, du site bilan-psychologique.com, qui ressort en premier lors de moult recherches sur le sujet.

Aussi, ne perdons pas plus de temps et en route pour ce petit test ; on se retrouve juste après.

Avez-vous un Haut Potentiel Émotionnel ?

Rassurez-vous : ce n’est pas la taille du potentiel émotionnel qui compte.

1 – Vous sentez-vous parfois en décalage avec les autres ?

A – Oui
B – Non

2 – Ressentez-vous parfois des émotions particulièrement fortes ?

A – Oui
B – Non

3 – Êtes-vous indigné par les injustices ?

A – Oui
B – Non

4 – Vos idées s’enchaînent-elles parfois en nombre ?

A – Oui
B – Non

5 – Arrivez-vous à ressentir ce que d’autres ressentent ?

A – Oui
B – Non

6 – Êtes-vous capable de vous concentrer sur vos émotions ?

A – Oui
B – Non

7 – Comprenez-vous parfois des choses « avec vos tripes » ?

A – Oui
B – Non

8 – Êtes-vous sensible aux messages non-verbaux ?

A – Oui
B – Non

9 – Êtes-vous perfectionniste dans les domaines qui vous passionnent ?

A – Oui
B – Non

10 – Êtes-vous capable d’inspirer autrui ?

A – Oui
B – Non

C’est bon ? Vous avez répondu à tout ? Alors passons aux résultats.

Résultats

Si vous avez un maximum de « Oui », félicitations ! Vous êtes une personne parfaitement normale ! Pardon ? Vous pensiez que cela faisait de vous une personne avec un Haut Potentiel Émotionnel ? Justement, non. En fait, c’est même si vous avez répondu par la négative à la plupart des questions qu’il faut commencer à vous inquiéter, et éviter de rester à proximité du tiroir à couteaux.

François était dégoûté : normal et en bonne santé, qu’allait-il bien pouvoir mettre dans sa bio Twitter ?

Puisque vous l’aurez compris, ce test n’était qu’un piège – odieux – visant à nous amener à notre sujet du jour. Car si souvent, en ces lieux, nous nous moquons des sites de drague et leurs concepts foireux, il est temps de s’attaquer au marché florissant de la psychologie et des vautours du mal-être (on en parlait déjà ici il y a bientôt dix ans – le coup de vieux est gratuit). Et pour convaincre ceux qui se seraient déjà diagnostiqués HPE, voyons plutôt les fameux 10 signes qui indiquent un Haut Potentiel Émotionnel, du site bilan-psychologique.com

Alors, quel est le premier signe ?

1) Le vécu de décalage avec les autres. Le vécu de décalage avec la plupart des autres personnes est un signe très commun aux personnes avec un Haut Potentiel Emotionnel. Elles se sentent souvent différentes des autres.

Vous ne voyez pas le problème ?

C’est que tout le monde se sent différent des autres. Prenons un exemple tout simple : mettons dans une même pièce Jean-Eudes de la Proutinière et Roger le routier. Les deux vont se regarder et se sentir très différents.

Maintenant, question : lequel est celui qui est différent ?

Voilà. Je pense que vous voyez le problème. Et nous sommes ici sur le premier symptôme, ce qui promet quant au sérieux du reste.

Certes, petites langues de putes, je vous vois venir, m’accusant d’avoir pris un exemple extrême. Soit ! Mais mettons que je vous mette dans la même pièce que dix personnes partageant vos centres d’intérêt, vous allez quand même vous sentir différent d’elles de bien des manières : c’est le principe d’être un individu, et pas une spore de ruche tyranide. D’ailleurs, tout au fond de vous, vous vous sentirez différent sur quantité de points quoiqu’il arrive. Par exemple, ce n’est pas parce que vous êtes avec vos meilleurs amis, dont vous vous estimez très proches, que vous pensez qu’ils seront très compréhensifs et parfaitement en accord avec vous en voyant votre historique internet (nous sachons !).

Quant au décalage, c’est le principe de ne pas être dans les pensées d’autrui : vous vous êtes probablement déjà posé la question : « Mais comment les autres font-ils pour être aussi à l’aise dans tel truc alors que moi non ? » « Mais bordel, qu’est-ce qu’ils écrivent tous dans leurs copies alors que moi j’ai le nez en l’air ? » ou encore « Et si j’étais la seule personne consciente et que tous les autres n’étaient que des figurants ? » (ce dernier point étant vrai : c’est moi qui paie les figurants, et le soir je me passe les pires moments de votre journée en sirotant un brandy).

Eh bien bravo : cela fait de vous quelqu’un de tout à fait normal. Je sais, c’est décevant.

Par ailleurs, plus une personne est malheureuse, plus elle va soupirer en regardant les autres qui ont l’air plus heureux. Et donc, plus elle va se sentir en décalage.

Bref, plus la personne est malheureuse – et donc du gibier à charlat… ahem, experts – plus on lui demande « Tu n’as pas l’impression que les autres sont plus heureux que toi ? Viens passer mon test à 500€ pour découvrir que c’est un signe que tu es trop formidable pour le reste du monde ! ». C’est bien fait, quand même !

Allez, passons au point deux.

2) L’hypersensibilité émotionnelle. On retrouve souvent une sensibilité émotionnelle vive chez les personnes HPE. Certaines sont même hypersensibles. Elles sont dotées d’une richesse émotionnelle particulière.

Une sensibilité émotionnelle vive.

Alors pour rappel, si vous ne ressentez aucune émotion ou alors des émotions pas bien vives, il faut consulter. Alors qu’à l’inverse, c’est plutôt bon signe. Récemment, votre serviteur a même vu passer quelqu’un expliquant avoir découvert son hypersensibilité émotionnelle en… pleurant devant des films tristes. Mais attention, hein : beaucoup.

Bordel, c’est vrai que pleurer quand on est triste et rire quand on est content (mais attention, beaucoup !) c’est ouvertement le signe que l’on est un être humain qui sort complètement du lot. C’est avec ce genre de raisonnement qu’on finit dans des soirées où l’on croise tellement d’hyper-ceci et de supercela qu’on se croirait à un entretien d’embauche des Avengers.

Là encore, reprenons Jean-Eudes de la Proutinière et Roger le routier. Jean-Eudes pleure lorsqu’il entend jouer du Bach à l’orgue, alors que Roger s’en bat les roudoudous. Roger a lui pleuré pour les funérailles de Johnny, alors que Jean-Eudes, ce monstre, a souri en coin en voyant la foule en larmes. Lequel est hypersensible ?

Comment ? Ils ont simplement des réactions différentes à des stimuli différents, puisqu’eux-mêmes différents ? Ooooh. Revenez au point 1 pour voir ? Voilà.

Je ne sais pas si je suis émotionnellement hypersensible, mais ce test me donne envie de me jeter d’un pont. Ou d’en jeter quelqu’un, j’hésite. Mes sentiments sont un peu confus : je dois être débordé par mes émotions, preuve que je suis hypersensible.

3) Le sens de la justice. Il y a fréquemment chez les personnes à Haut Potentiel Emotionnel une sensibilité particulière à certaines formes d’injustices.

… je…

Nous n’en sommes qu’au point trois, et j’ai déjà envie de faire graver cette brillante analyse sur la tombe de Monsieur de la Palisse.

Je vous reformule le truc : « Quand vous voyez une injustice, vous trouvez ça injuste« .

C’est brillant.

Et par corollaire, si vous ne trouvez pas que quelque chose est injuste, alors vous n’appelez pas ça une injustice. Résultat : 100% de ce que vous qualifiez d’injustice vous apparait comme injuste. Et comme des gens ne sont pas d’accord avec vous sur ce qui est juste ou non, paf ! Vous avez l’impression qu’eux ignorent certaines injustices ! Alors que vous, non, puisque ce qu’ils qualifient d’injuste et vous non… ben vous ne trouvez pas ça injuste. Donc, vous êtes persuadé d’avoir un sens de la justice plus prononcé.

Vous commencez à entrevoir sur quoi repose le diagnostic ? Oh oui, on va devoir parler d’effet Barnum.

4) La pensée en arborescence. La multitude des connexions neuronales des personnes surdouées se traduit par une pensée en arborescence : c’est une pensée foisonnante, une idée entraînant une autre, puis encore une autre et encore une autre… Cette forme de pensée neuro-atypique est particulièrement créative.

Ah, la pensée arborescente !

Vous avez l’impression que vos idées s’enchaînent à toute allure ? Qu’une seule peut en faire jaillir une dizaine ? Bravo ! Vous êtes parfaitement normal ! À tel point que par un heureux hasard – décidément ! – la pensée en arborescence n’existe que dans le vocabulaire des gens qui vous vendent des tests à 200€. C’est vraiment une incroyable coïncidence.

S’il existe plusieurs façons de penser, il faut aussi rappeler qu’elles dépendent des moments.

Si je vous demande de dessiner dix animaux, vous allez avoir plusieurs idées à la fois et ne pas forcément savoir par lequel commencer, ni comment. Si je vous demande de remplir votre feuille d’impôts, votre imaginaire va aller se pendre, se tirer une balle, puis par sécurité mettre les pieds dans une bassine avant d’y jeter une batterie de R19. Et votre imaginaire va autant s’éclater qu’un cochon d’Inde mort. Le seul moment un peu créatif sera, à la limite, les insultes destinées au Monsieur de l’URSSAF que vous marmonnerez au moment de remplir la case des bénéfices non-commerciaux laissée vide, mais c’est bien tout.

Après, tout le monde a sa propre approche. Par exemple, certains parviennent à se montrer très inventifs au moment de faire de l’évasion fiscale. Alors que d’autres, comme Roland Emmerich, ne vont pas faire preuve de beaucoup de créativité même au moment de faire un film.

Bref, nos experts pointent quelque chose que tout le monde connait (partir dans tous les sens, ne pas savoir se décider devant quelque chose) et vous disent « Ça vous arrive ? Oooh, c’est clairement un signe ! »

Personnellement, en lisant ça, mes pensées ne forment pas un arbre, mais un pentacle qui tente d’invoquer un flagelleur mental.

5) L’empathie. Souvent les personnes surdouées arrivent à savoir ce que d’autres personnes ressentent (empathie cognitive), ressentent ce qu’elles ressentent (empathie émotionnelle) et agissent en fonction (bienveillance). Elles sont souvent très empathiques.

Bon.

On reprend : même les candidates de télé-réalité sont persuadées d’être « bienveillantes », quand bien même elles tueraient leur meilleure amie pour deux minutes d’antenne de plus. C’est même le principe : à l’exception de quelques blogueurs aux pseudonymes douteux, personne ne pense être une grosse ordure. Et tout le monde est plus ou moins persuadé que ce qu’il fait est bien (sinon, il ne le ferait pas).

Quant au fait de ressentir les émotions d’autrui… là encore, si vous trouvez absolument extraordinaire de ressentir de la tristesse pour votre ami qui vient de perdre toute sa famille dans un accident de robot-aspirateur (ce fut sale), vous avez clairement un problème.

Voire, si quand votre ami débarque chez vous en larmes, vous lui riez au nez et allez vous resservir des moules, il va peut-être falloir rentrer dans cette cellule capitonnée. Ne bougez pas, je vous apporte une jolie robe de chambre avec des manches rigolotes.

Donc là encore, ces symptômes… sont ceux d’une personne normale.

« Bienveillance » est par ailleurs rentré dans le dictionnaire des termes utilisés pour tout qualifier, du candidat de télé-crochet au plat cuisiné, avec « générosité », et « il me raconte une histoire »

6) La conscience de soi émotionnelle. Les HPE ont souvent une conscience fine de leurs propres émotions et une capacité développée à les comprendre.

Ah. Bon, un exemple : si vous riez sans savoir pourquoi, vous êtes probablement le Joker.

Car sinon, si vous avez envie de répondre « Quand je suis triste, je sens que je suis triste, et des fois je sais même pourquoi je suis triste », bravo, vous êtes un péquin lambda.

Non parce que si de temps à autre, vous avez des poussées de sentiments inexpliqués comme par exemple, la colère, laissez-moi vous proposer de poser ce fusil pendant que je vous présente votre nouvelle amie, Pikopiko, la seringue qui fait faire dodo.

7) La pensée intuitive. La pensée intuitive développée est l’un des soubassements d’une intelligence émotionnelle très élevée. Elle permet une compréhension immédiate et rapide, automatique de certaines situations.

C’est vrai que certaines situations nécessitent une profonde réflexion pour être comprises : quand un 4×4 vous fonce dessus par exemple, tout le monde sait qu’il faut 30s pour calculer sa vitesse, son poids, et déterminer si le choc pourrait faire bobo.

Ou bien, sans réfléchir, vous vous écartez.

Et c’est valable pour quantité de situations sociales où vous pouvez vous dire « Hmmm, je pense qu’il ne vaut mieux pas parler à Gérard aujourd’hui. », après avoir habilement observé que Gérard avait l’écume au bord des lèvres et tenait des propos un peu secs sur les mamans de ses rares interlocuteurs.

On appelle aussi ça l’instinct, et même un vieux teckel en a. Après, c’est peut-être un teckel surdoué, allez savoir.

8) La compréhension des messages non-verbaux. Il y a souvent une capacité à comprendre la communication non-verbale des autres (mimiques, langage du corps…) et à avoir conscience des messages non-verbaux qu’elles envoient.

Je rappelle que même les singes en sont capables, et que votre chien peut venir poser sa tête sur votre genou quand vous êtes triste alors que vous ne lui avez rien dit (il faut dire qu’il n’est pas de bon conseil, puisqu’il vous propose toujours de résoudre les situations sociales par un bon reniflage de cul). Certes, certains coachs en séduction ne comprennent pas ce que signifie un regard fuyant, voire une course éperdue en sens inverse, mais tout ce qui a un QI supérieur à 21 est capable de comprendre des messages non-verbaux basiques.

Quand Léa, 13 ans, regarde son téléphone pendant que son géniteur lui parle, même sans voir la scène, je pense que vous pouvez d’ores et déjà deviner que Léa n’a pas grand chose à carrer des propos de son paternel.

Vous avez vu comme vous êtes forts ? Vous avez réussi à analyser du langage corporel sans même voir la personne. Vous êtes vraiment super balaises. Ce sont vraiment des signes qui ne trompent pas, houlala.

9) Le souhait de faire les choses au mieux ou de mieux en mieux. Nombreux sont les HPE qui dans au moins un domaine de leur vie cherchent à faire les choses au mieux, de mieux en mieux ou même de façon parfaite. Il y a souvent un perfectionnisme chez les HPE.

Alors que c’est connu : dans les domaines qui vous intéressent (votre carrière, la guitare, etc), vous cherchez à stagner, voire à faire de moins en moins bien.

Par exemple, lire ce test me donne envie de continuer à progresser dans l’art de la torture asiatique. Mais je dis ça comme ça, hein. Aucun rapport, mais est-ce que Jardiland aura du bambou à cette heure-ci ?

10) La capacité à motiver les autres (leadership). Il y a souvent une capacité à motiver les autres, à les pousser à faire des choses, grâce à une bonne compréhension de leur façon d’être et de réagir.

Votre serviteur tient à souligner que même les managers qui postent sur LinkedIn, soit l’une des espèces les moins charismatiques de la Création, sont persuadés qu’ils sont de formidables meneurs alors que toute leur équipe leur souhaite une mort lente impliquant des Powerpoints imprimés enfoncés dans le rectum (ils pensent en arborescence, ils sont très créatifs et aiment perfectionner leur art de la proctologie : sûrement des hauts potentiels émotionnels).

Et donc ?

Si après l’exposé des points précédents, repris comme symptômes majeurs dans quantité de publications à destination des cibl… pig… HPE qui s’ignorent, vous ne voyez pas le problème, laissez-moi vous faire moi-même une démonstration de mes grands pouvoirs de docteur Connard.

Attention, voici une description :

Vous appréciez vos amis, mais avez besoin de moments de solitude. Vous avez des passions que les autres ne comprennent pas toujours. Vous avez un secret que vous ne pourrez jamais dire à personne. Souvent, alors que tout va bien, vous ressassez soudain des événements malheureux ou humiliants. Lorsque vous pensez, il vous arrive de vous égarer dans votre propre monde intérieur. Vous rêvez de voyages et regrettez de ne pouvoir tous les faire. Vous aimeriez vous améliorer dans un domaine, mais ne prenez jamais le temps de vous y pencher suffisamment alors que cela vous apporterait du plaisir d’enfin maîtriser ledit domaine.

Vous vous reconnaissez dans cette description ? Si vous deviez lui donner une note de 1 à 10 pour dire à quel point elle vous correspondrait – en toute honnêteté – combien lui donneriez-vous ?

Si vous lui avez donné plus de 5, mon diagnostic est posé :

Vous avez un Haut Potentiel d’Embabouinage. Puisque visiblement, on ne vous a jamais parlé de l’effet Barnum. À savoir ce que je viens de vous exposer ci-dessus : une description générique de la personnalité, dans laquelle des individus vont se reconnaître spécifiquement. Alors que ça colle à tout le monde.

Eh bien, relisez ce qui a été dit plus haut pour les HPE : bravo, c’est du bel effet Barnum. Raison pour laquelle, il y a dix ans, avec les mêmes « symptômes », on diagnostiquait un Haut Potentiel Intellectuel (mais sans trop le mesurer, hein). Si vous demandez aux experts comment il est possible que des symptômes similaires donnent deux diagnostics différents, tous vous répondront que « les deux sont très proches, et les HPE sont souvent HPI et inversement ».

Parce que c’est sûr que répondre « On a réutilisé l’effet Barnum pour revendre des livres et des tests tant on aime le pognon », ce serait moins vendeur.

Lecteurs, lectrices, mes moyennement semblables, si vous vous pensiez HPE, alors quitte à être émotionnellement vif, il va peut-être falloir ressentir un peu de colère, tant on s’est foutu de votre gueule.

Sinon, douce ironie, cela ferait de vous quelqu’un de finalement assez peu sensible à l’injustice qu’est l’abus de la crédulité d’autrui, non ? Et pas vraiment HPE, donc.

Et si vous pensez que j’exagère, je vous laisse maintenant découvrir le vrai questionnaire de dépistage du Haut Potentiel Émotionnel disponible sur le site. Allez, je sélectionne quelques questions tout à fait innocentes et qui n’orientent pas du tout (ce qui est preuve de sérieux), pour achever de convaincre ceux qui y croiraient encore :

Certaines situations vous font-elles ressentir des émotions fortes ?
En particulier, êtes-vous sensible aux injustices ?
Vous attendez-vous à ce qu’il vous arrive des choses positives dans la vie ?

Non, je ne ressens aucune émotion forte, j’aime regarder des vidéos où l’on tue des chiots, et j’espère que ma vie va être de la merde.

Arrivez-vous à savoir ce que d’autres personnes ressentent en regardant leur visage ?
Arrivez-vous à savoir ce que d’autres personnes ressentent au ton de leur voix ?
Arrivez-vous à savoir pourquoi vous changez d’humeur ?

Non. L’autre jour, j’ai vu quelqu’un tout rouge avec les sourcils froncés qui parlait fort en disant des gros mots, j’ai supposé qu’il voulait m’offrir des fleurs. Et puis l’autre fois, j’étais triste durant l’enterrement de ma tata : impossible de savoir pourquoi.

« Mais si, j’ai fait le test, c’est exactement moi ! Ressentir des émotions quand c’est émouvant, trouver que c’est injuste quand c’est pas juste, savoir dire que quelqu’un en colère n’est pas content… c’est TROP moi ! J’crois qu’on peut dire que je suis surdoué. »

Est-ce important pour vous d’essayer de faire les choses au mieux, voire de mieux en mieux ?

Non, j’adore faire de la merde.

Avez-vous l’impression de réfléchir beaucoup ?
Avez-vous l’impression qu’une pensée peut générer plusieurs pensées, qui à leur tour peuvent générer plusieurs autres pensées ?

Non, je suis particulièrement con. Et par ailleurs, entre deux pensées, j’ai toujours un entracte avec un singe qui joue des timbales.

Recherchez-vous des activités qui vous rendent heureux(se) ?

Non. Le weekend, je me plante des clous dans les orteils tout en regardant du cinéma français.

Est-ce important pour vous de contribuer au bien-être des autres ?
Aimez-vous partager vos émotions avec d’autres personnes ?

Non, j’adore pourrir autrui, et je l’affirme publiquement. Et quand il m’arrive un truc génial, je m’enferme aux toilettes pour que surtout, personne ne le sache.

Est-ce que ressentir des émotions est une chose que vous appréciez particulièrement dans la vie ?

Non, j’aime être mort intérieurement : j’ai l’impression d’être une sorte de Nicolas Cage émotionnel.

Voilà.

C’était donc les principes avec lesquels on diagnostique les HPE. Si malgré tout, vous continuez à trouver cela très sérieux, mon diagnostic est sans appel : vous avez un Haut Potentiel d’Egocentrisme, et vous préféreriez crever que de devoir admettre que vous n’êtes pas un petit être naturellement extraordinaire.

Auquel cas, je vous préconise :

  • L’ouverture d’un compte sur Twitter et/ou Instagram
  • De préciser dans votre biographie, d’entrée de jeu, que vous êtes « Haut-Potentiel » (ou autre pipeau-diagnostic). Vous pouvez aussi ajouter vos pronoms histoire de compléter l’affaire.
  • De faire des vidéos dédiées en expliquant que vous les faites « à titre informatif, pour aider les autres » (évidemment, puisque vous êtes bienveillant et pas du tout égocentrique) dans lesquelles vous soulignez innocemment à quel point c’est dur d’avoir un potentiel bien plus haut que celui d’autrui, avec le même aplomb que Jean-Connard qui en plein entretien d’embauche vous dit « Mon plus gros défaut ? Le perfectionnisme ».

Vous devriez suffoquer sous le poids de votre propre ego d’ici 10 à 15 ans.

Pour les autres, quitte à ressentir une émotion forte pour ces gens, je vous recommande une seule :

Le mépris.


Publié le 20.04.2022 à 09:11

Adam à travers la trame

Avec le retour des beaux jours et le changement d’heure, voici que le soleil se couche désormais bien plus tard que ces derniers mois. Par la fenêtre, on aperçoit le bon peuple qui se prend à baguenauder, respirant à pleins poumons l’air du printemps enfin revenu et… mais ?

— Diego ?
— Patron ?
— As-tu bien réglé les horloges, petit paresseux ? Je veux bien qu’il fasse jour plus tard, mais là, tout de même, si j’en crois la stagiaire-pendule du salon, voici qu’il est 23h30 et on y voit pourtant comme à midi.

Diego, posant le plateau à cigares, file à la fenêtre inspecter la situation céleste.

— Ce n’est pas le soleil, patron. C’est le spoil signal. Il y en a des dizaines allumés en même temps.
— Raaah… je vois ce que c’est. Bon, allez, plus une minute à perdre : pousse le buste de Nicolas Cage qui déverrouille l’accès à la Spoil Cave, il est temps d’aller rendre la justice !

En effet, ces dernières semaines ont été généreuses en mauvais films. Entre Moonfall qui appelle votre serviteur de sa petite voix fluette, Morbius dont les affiches laissent deviner un nanar d’un fort beau gabarit, et bien sûr les plateformes de streaming qui se battent pour savoir qui mettra en images le pire scénario, il n’y a plus de repos pour les braves. À vrai dire, m’est avis que puisque faire un bon film semble trop dur, Hollywood a décidé d’en finir avec votre serviteur en le noyant sous les mauvais.

Mais parmi cette nuée de sauterelles de l’intellect, il y a un film qui a retenu l’attention du maître des lieux (et accessoirement, vos messages de petits harceleurs ont dû aider, monstres). Puisque non seulement le pitch repose entièrement sur les voyages dans le temps, mais en plus, sur le fait qu’un voyageur temporel s’en va faire coucou à son lui-même du passé, ce qui fleure bon les incohérences. Et comme vous le savez : s’il y a des voyages dans le temps, il y a 99% de chances que le film se vautre, et ce, à environ trente reprises, laissant ainsi une impression de déjà vu des plus ironiques. Autant dire que le tout a peu ou prou la même odeur de réussite qu’un bilan de campagne d’Anne Hidalgo. Il n’en faut pas plus pour que ces effluves de brûlé n’attirent le monstre que je suis.

Mais, je vous connais : à défaut de brûlé, vous voulez du sang. Aussi, passons aux choses sérieuses : avec Adam à travers le temps, a-t-on affaire au nouveau Looper ?

Spoilons, mes bons !

L’affiche : voyages dans le temps, lens flare et pluie de cendres, je dis oui.

Notre film commence en 2050, alors qu’un petit vaisseau joue les fugitifs au-dessus de notre belle planète, poursuivi par un second appareil qui distribue généreusement du pruneau au fuyard.

À bord de l’aéronef endommagé, mais bien décidé à ne pas s’arrêter, se trouve Adam, un pilote en pleine conversation radio avec sa cheffe qui le houspille et lui fait les gros yeux, du moins autant qu’une radio le permet.

— Allons Adam, cessez ces enfantillages, revenez sur Terre et rendez ce vaisseau !
— Non, je sais bien que si je rentre, vous allez me plomber la truffe !
— Roooh, Adam, qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
— Je ne sais pas, peut-être le fait que le pilote qui me course est DÉJÀ en train de me plomber sévèrement ?

En effet, c’est un bon indice. D’ailleurs, le vaisseau d’Adam reçoit tellement de balles qu’il est lui-même éraflé par l’une d’entre elles. Pardon ? Oui, des balles volent dans le cockpit, mais apparemment, ça ne pose pas plus de problème que ça (vous savez ce que c’est dans l’espace : les trous dans la coque, ce n’est pas si grave). Et puis vous savez ce que c’est : se faire toucher par des balles conçues pour traverser un vaisseau dans le sens de la longueur, ça ne fait pas si mal que cela. C’est d’autant plus vrai que malgré tout, le vaisseau continue à voler sans problème (l’ennemi a visiblement juste endommagé le lave-glace) jusqu’à ce qu’Adam utilise l’arme secrète du bord : un canon à trou noir pour voyager dans le temps.

Son poursuivant à beau lui hurler de ne surtout pas faire ça car ça ne va pas manquer, ça va générer un mauvais film plein d’incohérences, hop : Adam appuie sur le bouton, crée un trou de ver, passe dedans et zou, disparaît loin de l’année 2050.

Mais où est-il donc passé ? Tenez, prenez du brandy. Oh, et mordez dans cette balle de tennis, vous allez en avoir besoin. Prêts pour la douleur ?

Alors direction 2022.

Et retrouvons-y Adam, collégien de 12 qui a deux passions : se faire tabasser par le tout venant, et être parfaitement insupportable, le second justifiant le premier. Pardon, la violence sur les enfants, c’est mal ? Une seconde : ici, nous parlons de cet enfant de film américain qui parle comme un adulte, fait de la psychologie sur tous les personnages et à un doctorat dans toutes les matières possibles et imaginables tout en étant con comme une brique lorsque le scénario en a besoin. Vous voyez de quoi je veux parler ?

Voiiiilà. Eh bien voici Adam.

Je suis satisfait que vous rejoigniez mes arguments, mais lâchez cette batte maintenant.

Oh, et si Adam n’était pas suffisamment insupportable, le film lui rajoute une couche de « Mais ce n’est pas sa faute s’il gonfle tout le monde  » en nous expliquant que son père, brillant scientifique, est mort dans un accident de voiture 18 mois plus tôt. Une tentative de nous faire ressentir de la compassion pour ce jeune héros. Alors que non. Adam est la recette magique du personnage que vous vous surprendrez bien plus souvent à appeler par un synonyme de « trou du cul » que par son prénom.

Dire que nous avons 1h45 à passer avec ce héros : nous voilà gâtés.

Oui, mais voilà : une nuit qu’Adam est seul à la maison pendant que sa mère est partie à un rendez-vous, voilà qu’il entend un grand bruit dans la forêt qui borde sa maison isolée. Adam se tourne vers son chien :

— Tu as entendu Skippy ? Qu’est-ce que cela pourrait bien être ?
— Wouf.
— C’est vrai Skippy, c’est probablement un truc dangereux, mais n’est-ce pas une EXCELLENTE raison pour partir seul au fond des bois au milieu de la nuit seulement armé d’une lampe de poche et sans prévenir personne ?
— Wouf.
— Skippy ? Où as-tu appris ce synonyme de « trou du cul » ?

Et notre héros de partir nocturnement à l’aventure dans les bois jolis, pour y trouver que des arbres ont l’air d’avoir mystérieusement brûlé autour d’un endroit précis. Sûrement une soirée pétard qui a dégénéré. Mais… rien de plus. C’est donc broucouille que notre ami s’en retourne vers chez lui, lorsqu’il aperçoit quelque chose : la dépendance où son papa aimait à travailler est ouverte. 

— Vite Skippy, allons voir ! 
— Wouf.
— Mais non Skippy, ce n’est pas risqué ! Toi, tout de suite, tu imagines des cambrioleurs ! Et pourquoi parles-tu « de se faire éviscérer comme une merde » ? 

Car c’est connu : quand tu es seul dans une maison au fond des bois, que des phénomènes étranges commencent à s’y produire, et que tu retrouves des portes verrouillées mystérieusement ouvertes, c’est le moment d’aller voir par groupes de un ce qu’il s’y passe.

Ne mordez pas si fort dans la balle de tennis quand même, vous allez vous faire mal.

Adam, malgré ses décisions dignes d’un candidat de Marié au Premier Regard, sera cependant, tout le long du film, présenté comme un enfant très intelligent. Hmmm. Oui, d’accord. Un peu comme les marmots qui sont présentés comme surdoués par leurs mamounes parce que « Il a quatre de moyenne, c’est bien la preuve qu’il est trop intelligent pour l’école« .

Mais passons.

Car en s’aventurant dans la remise, quelle n’est pas la surprise d’Adam de tomber nez à nez non pas avec un type armé d’un pied de biche, mais avec un adulte en combinaison de pilote qui est en train de mettre du sang partout, ce gros cochon, blessé au ventrou qu’il est. Notre héros a donc aussitôt la bonne réaction.

Pardon ? Paniquer un peu ? Courir ? S’exclamer « Aaaah qu’est-ce que vous branlez là ? » en secouant les bras ?

Ohoho. Non : Adam est parfaitement à l’aise, et se met même aussitôt à tutoyer le nouveau venu et à le traiter comme un ami. N’est-ce pas ce que l’on fait lorsque l’on trouve un inconnu chez soi au milieu de la nuit ? Personnellement, je demande toujours à Diego de laisser des cookies dans une assiette au milieu du couloir. Couloir dans l’angle de tir de la MG-42, mais si vous commencez à chipoter, hein, bon.

Revenons à Adam, l’ami des messieurs étranges qui rentrent chez vous la nuit.

— Eh, bonjour monsieur ! Moi c’est Adam ! Tu fais quoi, là ?
— Je perds mon sang comme une merde. Ça ne te dérange pas si je fouille ta maison pour me servir en objets utiles ?
— Ah mais fais-toi plais’ mec.

Et Adam de joyeusement suivre l’inconnu alors qu’il fouille sa maison et récupère de quoi se soigner. Adam est noté 4,7 sur 5 sur le TripAdvisor des cambrioleurs je suppose, au vu de son accueil chaleureux, de son incapacité à paniquer et de son désintérêt complet pour sa propre sécurité.

Ce dernier point étant aussi fort positif d’après moi, tant je souhaite sa mort à chaque fois qu’il ouvre la bouche.

Cependant, rapidement Adam constate qu’il y a un truc bizarre avec le cambrioleur : il sait tout de lui, donne sa date de naissance exacte ou le nom de son collège, connaît tout de sa maison, sait comment se ferme la porte du frigo qui a pourtant un petit défaut, etc. 

— Attends mystérieux intrus, je crois comprendre… tu es…
— Oui Adam, tu as compris. Dis-le.
— Oui c’est ça : tu es un gros pervers !

Une taloche dans la gueule informe Adam que sa réponse laissait à désirer.

— Mais non, bougre de con ! Je suis toi ! Toi du futur !
— Ouiii c’est ça, et dans deux minutes vous allez me dire « On peut aller dans ma vieille chambre ensemble ? »
— Je t’en remets une dans la gueule ou bien ? Non, je suis toi ! Nous sommes nés en 2010, nous allons au collège Valérie Pécresse de Melun, nous avons un micro-pén…
— Haaaaaaaaaaalte-là, c’est bon, tu m’as convaincu. Salut, moi du futur !

Afin de mieux distinguer nos deux héros, nous parleront désormais d’Adam, pour désigner le plus jeune des deux, et de Ryan Reynolds pour le plus vieux, personne n’ayant mentionné à l’acteur qu’il avait le droit de jouer autre chose que lui-même.

— Mais alors quand je serai grand, je serai Ryan Reynolds ?
— Oui.
— Mais je voulais être Nicolas Cage !
— Je… bon sang, je ne me souvenais plus que l’âge bête l’était autant.

Ryan prend tout de même le temps d’expliquer à Adam ce qu’il fout là. À savoir qu’il vient de l’année 2050, où il a volé un vaisseau avec un canon à trous de ver pour voyager dans le temps, avec le projet de retourner sauver quelqu’un en 2018. Mais que son appareil ayant été quelque peu malmené, il a atterri en 2022 par erreur. Pour preuve de son histoire, Ryan emmène Adam au fond des bois et appuie sur l’équivalent de ses clés de bagnole, à savoir celles de son vaisseau, et celui-ci jusqu’alors invisible apparaît là où Adam avait remarqué les arbres calcinés.

— Ouah, c’est drôlement pratique ce système de camouflage !
— Dans le futur, Cyber-Macron a doublé le nombre de pervenches. Tu n’imagines pas ce que l’on est prêts à faire pour se garer en double file.
— Mais au fait, si tu n’es pas à la bonne époque Ryan, pourquoi ne prends-tu pas ton vaisseau pour repartir et aller en 2018 sauver je-ne-sais-qui, là, tout de suite ?
— Parce que je suis blessé. Et que le vaisseau refuse de démarrer si le pilote est blessé.

Je… ah oui, quand même.

Adam et Ryan sont contents de savoir que dans le futur, on conçoit des vaisseaux d’exploration qui s’arrêtent de fonctionner en cas de situation dangereuse.

Alors encore, qu’il refuse de démarrer quand tu as l’équivalent du bar du Macumba dans chaque bras, d’accord. Mais quand on parle d’un appareil conçu pour des missions dangereuses (voyager dans le temps), le bloquer quand le pilote est blessé, et donc en a le plus besoin, c’est complètement con. Je pense que cette sécurité s’intitule « quelqu’un à posé le scénario sur les commandes, ce qui nous bloque ici, c’est ballot« .

Puisque Ryan ne peut repartir, il va donc rester un peu et s’installer dans la dépendance de son paternel en attendant de guérir. Lorsque Maman Adam rentre à la maison, elle ne remarque donc rien, et non, Ryan n’a pas saigné sur le tapis, il est vraiment sympa (il sait que ça ne part pas en machine). Quant à Adam, il se comporte toujours comme un rectum surmonté d’un toupet blond, sa mère ne constate donc rien d’inhabituel à son sujet.

En tous les cas, sachez que nos deux héros ont quand même quelques échanges intéressants. Comme le célèbre :

— Mais au fait, Ryan, qu’est-ce que je suis dans le futur ?
— Tu veux vraiment savoir ?
— Oh oui !
— Dans le futur, tu es un pédophile.
R… Ryan ? Pourquoi verrouilles-tu la porte ?

Pardon, non. En fait, Adam pose une vraie question presque intelligente.

— Ryan, attends ! Si tu viens du futur, alors tu dois te souvenir de ce moment, là, maintenant ! Et donc savoir comment ça se finit ! Ou alors ce qu’il se passe maintenant influence ta mémoire en ce moment-même ? Ou bien est-ce un multivers et tu n’es en fait qu’un type d’une dimension parallèle qui…
— Tututut. Écoute-moi bien. Voilà comment ça fonctionne : il n’y a qu’une seule ligne temporelle. Mais pour autant je n’ai aucun souvenir de notre situation actuelle. C’est à mon retour dans le futur, dans mon temps normal, que tout va s’harmoniser et que j’aurai donc le souvenir de tout cela.

Attention, c’est important : le film prend le temps de nous dire comment fonctionne le voyage temporel et ses conséquences. Vous avez bien retenu ? Il n’y a qu’une seule ligne temporelle (le choix le plus difficile à gérer sans se planter, rappelons-le) MAIS il y a joker : rien de ce qui n’arrive dans le passé n’influence les gens du futur, du moins, tant qu’ils ne sont pas retournés dans ledit futur.

C’est noté ?

Bien. Nous savons pourtant pertinemment que comme le veut la tradition, le film va oublier ses propres règles à peu près à chaque fois que cela l’arrangera.

Mais passons, et laissons nos amis aller se reposer un peu après ces échanges hauts en futures (hoho, suis-je drôle) incohérences.

Le lendemain, Ryan et Adam profitent de l’absence de l’autorité maternelle pour aller en ville acheter quelques médicaments pour le bidou troué du plus vieux d’entre eux. L’occasion de croiser quelques-uns des bourreaux du collège d’Adam, qui après avoir tatané leur cible habituelle, sont étonnés de se faire mettre en déroute par un Ryan Reynolds. Les rues ne sont plus sûres, ma bonne dame.

Seulement voilà. De retour à la maison, voici qu’à nouveau, des bruits suspects se font entendre dans les bois. 

— C’est le moment pour sortir en slip et avec une lampe de poche !
— Mais ? Bon. Ta gueule, Adam. 
— Hein ? C’est ce que je fais pourtant toujours dans ce genre de situation !

Justement. Ryan lui fait remarquer que cela flaire bon la grosse embrouille, et sort donc son arme du futur : une espèce de gros sabre en plastique. Ce qui tombe bien puisqu’au même moment, des soldats du futur, jusqu’alors invisibles, apparaissent un peu partout autour de la maison et la prennent d’assaut ! Les gens de 2050 ont retrouvé notre fuyard !

Adam, qui s’apprêtait à les accueillir avec des fraises Tagada, est quelque peu surpris lorsque la baston éclate.

Mais comme Ryan est le héros, et même s’il est armé uniquement d’une arme de corps à corps, il parvient sans problème à vaincre des types armés de gros fusils d’assaut, principalement grâce à leur incroyable capacité à ne surtout pas tirer et à s’approcher en courant du héros par groupes de un.

Quel combat palpitant. La dernière fois que j’ai vu autant de suspens, c’était dans un épisode des Power Rangers.

Finalement, tout semble perdu lorsqu’un gros vaisseau similaire à celui de Ryan apparaît au-dessus du champ de bataille après être sorti de son champ d’invisibilité. Et se met à menacer tout ce petit monde de ses gros canons. Et à bord se trouve une femme d’âge mûr qui pose son regard menaçant sur Ryan.

— Maya ! C’est elle, la vilaine qui me poursuit ! s’exclame Ryan.
— Ouuuuh, je t’entends en bas, Ryan ! J’ai des micros sur mon appareil, chenapan ! C’est moi la vilaine ? Moi, l’ancienne associée de ton père ? Moi qui t’ai toujours bien traité, et toi, tu me voles un de mes vaisseaux pour aller faire un tour dans le passé ? Tu croyais que j’allais te laisser faire ? Que nenni ! Je suis venue te ramener à la maison !

Ryan se gratte le menton.

— Mais… ce n’est pas possible, Maya.
— Comment ça ? 
— On a annoncé plus tôt dans le film qu’il n’y avait qu’une seule ligne temporelle. Donc, logiquement, quand je suis parti dans le passé, j’ai instantanément modifié le futur. Ce qui veut dire que tu arrives d’un futur où j’ai déjà terminé ma mission. Mission qui, nous le verront plus tard dans ce film, devrait t’empêcher de revenir du futur.

Attendez, vous voulez dire que le film a oublié que la méchante ne pouvait tout simplement pas exister ? Rhooo. Va-t-on chipoter sur ce genre de petits oublis ? Maya, elle pense, que non.


— Tu sais quoi Ryan ? Tu es chiant : FEU À VOLONTÉ !

Oui, Maya est mauvaise perdante.

Heureusement, au moment où elle tente de trouer notre héros, voici que débarque du fond des bois une mystérieuse damoiselle avec un gros pétard dont chaque tir fait de gros bobos à l’appareil de Maya, obligeant la vilaine à se replier. Ryan, agréablement surpris par cette apparition (les femmes avec des lance-grenades au fond des bois, c’est quand même plus sympa que les donzelles qui distribuent des épées au fond des mares mon p’tit Arthur), se jette dans les bras de la nouvelle venue.

Nos héros se font des câlins de tête, ces fameux câlins que tout le monde se fait après avoir été séparé des années durant.

— Laura ! Tu es vivante ! Adam, viens là trouduc’. Je te présente Laura, ma femme venue du futur. Laura, tu te souviens quand tu avais dit que tu aurais bien voulu me rencontrer plus jeune ? Voici Adam. C’est moi-même à 12 ans.
— Enchantée, Adam.

Adam, voyant ce qu’il épouse dans le futur, sent son slip mystérieusement rétrécir.

— Bon, il n’est pas très causant ton toi-même de 12 ans du passé, Ryan.
— Je sais. Mais attends, attends… Laura, que fais-tu ici ?
— Eh bien comme tu le sais Adam, dans le futur, j’ai décidé de retourner dans le passé, et plus précisément en 2018. Où mon vaisseau a été détruit. 
— Oui je sais ma chérie, c’est pour cela que j’étais venu te chercher ! Pour tenter de te sauver ! Maya m’avait dit que tu avais eu un accident lors du retour vers 2050 et que tu étais morte ! Sauf qu’en venant te chercher, Maya a justement tenté de me stopper, m’a tiré dessus, et paf, j’ai atterri en 2022 au lieu de 2018.
— Bon ben comme tu l’auras deviné, Maya est une truie des bois. Tu le sais, dans le futur, elle est la patronne de la société qui gère le voyage dans le temps, est super riche, et a obtenu quantité de pouvoir en investissant au meilleur moment dans quantité d’entreprises encore inconnues.
— C’est vrai qu’elle a toujours eu le nez creux pour dénicher les bons plans ! Comme si elle savait à l’avance quelle entreprise allait décoller, ou quelle campagne présidentielle allait tourner à la blague.

Tout en le disant, Ryan commence à comprendre que PEUT-ÊTRE qu’une méchante disposant d’une machine à voyager dans le temps aurait pu s’en servir, pour, je ne sais pas, ses intérêts personnels ?

C’est fou.

— Tu as tout compris, Ryan. En fouillant les archives de 2050, j’ai découvert que Maya avait effectué un mystérieux voyage vers 2018 dans le plus grand secret. Or, comme tu le sais, c’est juste avant que ton père n’invente le voyage dans le temps avec elle, comme par hasard ! J’ai donc compris que Maya était retournée dans le passé pour se filer toutes les bonnes infos pour s’emparer du projet, s’enrichir, et devenir une personne surpuissante dans le futur. Je suis allée en 2018 confirmer ma théorie. Sauf qu’au moment de retourner vers 2050… mon vaisseau a été détruit par une mine qu’elle avait laissé sur sa trajectoire ! Je me suis donc retrouvée bloquée en 2018. Alors, en attendant, j’ai veillé sur ta petite famille, de loin…

Ryan plisse les yeux si fort qu’il peut voir l’âme de tout être vivant dans un rayon de trente mètres : il est en effet très dubitatif.

— Oui mais attends Maya, dans ce cas, j’ai deux questions.
— Bien sûr Namour. 
— La première, c’est pourquoi tu as eu l’air surprise de rencontrer Adam à l’instant si tu as plus ou moins veillé sur lui ces dernières années ?
— Euh… ah merde, attends, laisse-moi consulter le script.
— Laisse tomber, car j’ai une question bien plus emmerdante : si tu étais bloquée dans le passé, pourquoi n’en as-tu pas profité pour changer le futur ? Par exemple en prévenant mon père que son associée était une truie ? Ou en agissant contre Maya avant qu’elle ne devienne trop puissante ?
— Parce que…. eeeeeeeeh bien…

Mais oui : parce que sinon, il n’y aurait pas de film. 

N’oubliez pas les enfants : à partir du moment où vous écrivez une histoire où les personnages ont le pouvoir de voyager dans le temps, ils risquent de s’en servir. Par exemple, et au hasard, pour résoudre l’intrigue du film.

Heureusement, alors que Ryan, Laura et cette andouille d’Adam comprennent que le scénario n’a aucun sens, voici que revient le vaisseau de Maya, visiblement bien décidé à leur plomber la truffe.

Ryan se met à gesticuler.

— Mais attendez, ça aussi, c’est pareil ! Si nous venons tous d’un futur modifié par Maya grâce à un voyage en 2018, comment cette même Maya peut-elle être ici avec nous, alors qu’elle devrait désormais venir d’un futur que NOUS avons modifié ?

BLAMBLAMBLAM font les canons en tirant sur nos héros pour les empêcher d’appuyer sur le fait que Maya est une incohérence volante et surarmée. Tout le monde doit donc fuir en voiture, lors d’une course-poursuite palpitante avec l’aéronef de Maya remplie de ces moments magiques où un ordinateur de bord du futur à besoin de 15 secondes pour verrouiller une cible à dix mètres (soit 14,5 de plus qu’en 2022) et mieux encore, quand la cible est verrouillée, les tirs partent quand même à côté. Ne me demandez pas à quoi servent ces séquences, à part à rajouter des trucs absurdes, je ne me l’explique pas non plus. Ou alors…

* * *

Hollywood, 2020

— Et là, le vaisseau tire sur la voiture des héros, mais la rate.
— Attends Roger, j’ai une meilleure idée : si on rajoutait une séquence avec des gros plans sur l’ordinateur de bord du vaisseau qui fait plein de calculs et de machins pour bien verrouiller la cible ?
— Mais il la rate quand même ?
— Ben oui.
— Michel, est-ce que tu es vraiment en train de demander à ce que l’on rajoute une scène, donc du budget, avec des effets spéciaux et des accessoires qui coûtent du pognon – genre un ordinateur du futur et son interface – donc encore plus de budget, tout ça pour obtenir un résultat exactement inverse à ce que la scène montre ? À savoir que le vaisseau n’a pas du tout verrouillé la cible ?
— Oui.
— Michel, tu sais, ta capacité à coûter des millions tout en faisant de la merde contre-productive m’épate.
— Merci. L’histoire retiendra le nom de Michel McKinsey.

* * *

Finalement, les héros parviennent quand même à mettre Maya en déroute…

Ah non pardon : Maya laisse temporairement tomber. Oui, elle est comme ça : elle se lasse de tirer sur les héros. Oui, vraiment. Après avoir envoyé deux soldats tenter de les tuer, et puisqu’ils ont encore échoué, elle décide de les laisser prendre la fuite alors qu’elle pourrait les suivre.

Vraiment, elle est trop sympa. Laura, Adam et Ryan vont eux se cacher dans une petite bicoque où Laura a vécu ces quatre dernières années. L’occasion de mettre sur pied un plan.

— Les amis, je pense que puisque nous venons d’un futur où Maya contrôle tout, de l’économie mondiale à l’espace-temps, le mieux à faire serait d’empêcher directement la découverte du voyage dans le temps. Plus de voyage temporel, plus de Maya qui devient surpuissante ! Malin, non ?

À ce stade, si votre serviteur était autour de la table, il s’allumerait un cigare, en tirerait une bouffée, puis l’écraserait sur le visage poupin d’Adam qui ne mérite que cela. Avant d’expliquer que là encore, c’est impossible. Ou au mieux, la mission va échouer.

Comment je le sais ?

Parce que si la mission était un succès, Maya n’aurait pas pu revenir du futur les emmerder. Plus amusant encore : en empêchant le voyage dans le temps, comment pourraient-ils revenir dans le passé pour le mettre à mal avant qu’il ne soit inventé ?

Vous me direz « Apapap ! Le héros au début du film a bien dit que les conséquences de ce qui était modifié dans le passé n’arrivaient qu’une fois le voyageur temporel revenu dans son futur !« 

Oui, sauf que Maya vient dudit futur, où techniquement, ils sont rentrés d’une manière ou d’une autre (soit par voyage, soit en passant les 28 années suivantes sur Terre). Comme toujours, le film annonce une règle, et n’arrive pas à la suivre. C’est prévisible comme les opinions politiques d’une personne qui précise ses pronoms dans sa bio Twitter.

Ignorant ce script qui se pète la gueule, nos puissants personnages décident donc d’un plan.

— Ryan, tu vas retourner en 2018 et empêcher l’invention du voyage dans le temps.
— Mais Laura ? Je ne risque pas de te croiser sur place ?
— Euh… ah merde, attends… le scriiiipt….
— Okay, j’ai compris, ça aussi ils ont oublié. Bref, okay, je vais en 2018 et j’empêche mon propre père d’inventer le voyage temporel. Mais attends ! Je ne peux pas piloter mon vaisseau ! Je suis encore blessé, et tu te souviens, les vaisseaux sont étrangement conçus pour ne surtout pas accepter un pilote blessé.
— Oui mais la détection est basée sur l’ADN ! Tu n’as qu’à emmener Adam avec toi : il pourra déverrouiller l’appareil puisqu’il a le même ADN mais n’est pas blessé !

Oui : apparemment, le vaisseau peut détecter un changement d’ADN quand quelqu’un est blessé – ne me demandez pas comment – par contre il n’arrive pas à détecter que les cellules de son pilote ont 12 ans au lieu de 40. Un peu con, ce vaisseau, surtout quand il s’agit d’un truc pour voyager dans le temps.

Alors que nos héros en sont à ces réflexions, et que Ryan pleure que bouhouhou, mais sans voyage dans le temps, jamais je ne rencontrerai l’amour de ma vie à la fac des voyageurs temporels, voici que Maya, son vaisseau et sa gentillesse proverbiale reviennent avec une nouvelle escouade de soldats du futurs, qu’elle a probablement sortis de son chapeau.

Le chapeau de Maya.

Oui, elle était partie juuuuste le temps de laisser nos héros papoter : elle est vraiment super arrangeante. Vous êtes sûrs que c’est la méchante ? 

Laura se sacrifie pour retarder l’ennemi, pendant que Ryan et Adam retournent au vaisseau de Ryan. Qui refuse de s’allumer tant qu’Adam n’en fait rien, comme prévu par ce raccourci scénaristique qui oblige Ryan à emmener l’insupportable rectum ambulant avec lui. Le vaisseau, lui, s’est automatiquement réparé pendant son petit temps de repos, ce qui est pratique.

Ryan décolle, mais se retrouve poursuivi et mitraillé par le vaisseau de Maya, lors d’une course-poursuite où l’on appréciera le moment où Ryan coupe et rallume les moteurs pour disparaître brièvement des capteurs ennemis, dans une séquence où le spectateur attentif à envie de s’exclamer « Mais ? Ne fallait-il pas Adam il y a une seconde pour allumer les moteurs ? »

Non, vraiment, à ce stade, c’est volontaire. Du moins, j’espère.

L’appareil de Ryan se retrouve juste assez endommagé, là encore par un fabuleux hasard scénaristique, pour ne plus pouvoir faire qu’un seul saut temporel : allez, à la guerre comme à la guerre, direction 2018 !

Et pouf, nos héros débarquent quatre ans plus tôt.

Ils se rendent aussitôt à la faculté où enseigne leur papounet, lors d’une séquence émotion car pour eux, cela fait longtemps qu’ils ne l’ont plus vu vivant. Papounet est un scientifique et enseignant de génie, mais son QI chute d’environ 160 points sitôt que ses enfants du futur apparaissent, puisqu’il ne les laisse pas parler.

— Vous êtes Adam à 12 ans ? Et à 40 ans ? Et j’ai inventé le voyage temporel ? Formidable ! Mais ne m’en dites pas plus, car sinon, vous risquez de déstabiliser le temps.
— Attends, on…
— LALALALA JE N’ENTENDS RIEN !
— Mais il…
— LALALALALALALALALALA !

Car non, à aucun moment il ne lui passe par la tête qu’entre ce qu’il sait du voyage temporel, et ce qu’en sait son fils, voyageur temporel, peut-être que ce dernier est vachement plus au courant des règles. Et donc, qu’il devrait peut-être l’écouter.

Non, à la place, il fait chier.

Je vous passe toutes les séquences sur « Je ne dois surtout pas vous écouter, vous risquez de perturber l’espace-temps« , répétées en boucle, ou le sentimentalisme à deux sous du type « Papa, tu dois surtout t’occuper de moi, Adam, car ces moments seront perdus à jamaiiiiis !« 

Puisque bon : honnêtement, qui ça intéresse ? Oui, vous au fond ? Je vous laisse prendre la porte et aller regarder Outlander, si vous voulez des voyages dans le temps foireux, de sentiments qui le sont tout autant, et une douzaine de viols par épisode pour faire bonne mesure. Mais ça, c’est cadeau.

Finalement, Ryan et Adam comprenant que leur père est au mieux inutile, au pire complètement con, décident de se passer de ses services et d’aller faire sauter sa machine expérimentale et tous ses travaux dans le centre de recherches financé par son associée, la jeune Maya. 

Les deux compères s’y rendent, mais à peine arrivés sur place, voilà qu’ils sont attaqués par des soldats du futur ! Il faut croire que Maya du futur les attendait…

Mais là encore, les soldats oubliant d’utiliser leurs armes – c’est palpitant – nos héros peuvent les tataner sans problème. Le tout dernier vilain est même vaincu par l’arrivée impromptue d’une voiture en travers de sa mouille, conduite par… 

— PAPOUNET !
— Eh oui les enfants, c’est moi. Vous vous souvenez de tout ce que j’ai dit sur le fait de ne pas modifier le futur ?
— Oui ?
— En fait, balec’.

Vous nous le dites si on vous emmerde, amis scénaristes. Tenez d’ailleurs, ils en sont au stade où ils ne se relisent plus au point de laisser passer ce dialogue de Ryan :

— Eh bien, il aura fallu 44 ans pour que je vienne sur le lieu de travail de mon père.

Oui. Sauf qu’au début du film, mon bon, tu dis bien être né en 2010. Et que tu reviens de 2050. Donc tu as 40 ans, pas 44. Mais même ce truc basique qu’un élève de CE1 aurait vu passer, hop ! Ça passe sans souci dans une production à… attendez…

116 millions de dollars.

Je ne me lasserai jamais de ces chiffres. Vous savez, hein, pour un petit million de plus, je suis prêt à rendre service et à vous relire, amis d’Hollywood. Je suis comme ça. Le cœur sur la main.

Papounet, se demandant comment avec un seul enfant, il a pu produire deux cons.

Mais revenons à nos idiots qui ne connaissent ni leur âge, ni pourquoi ils agissent comme ils le font.

C’est donc Papounet et deux versions de son fils qui infiltrent les locaux de la société de Maya. Et gagnent sans encombre, grâce à la carte d’accès de Papounet, la salle où se trouve l’énorme accélérateur de particules qui un jour, permettra le voyage dans le temps.

Bon, je dis « énorme » mais il est gros comme un camion, hein. Mais par rapport à nos héros, c’est très gros.

Hélas, au moment où nos amis s’apprêtent à tout détruire avec confiance, Papounet expliquant qu’il a le bon goût de ne jamais garder trop de copies de ses travaux (c’est vraiment pratique quand même), une voix les interpelle.

— Pas si vite !

C’est Maya qui arrive accompagnée de soldats du futur… et de sa jeune et jolie elle-même du présent ! Appelons-la Maya-la-Belle.

— Maya ! Ah, si on avait pu se douter que tu débarquerais, alors que tu as envoyé des hommes nous tuer il y a seulement quelques minutes !
— Oui, et notez comme je vous ai ensuite laissés parvenir jusqu’à la salle où je savais que vous vous rendriez sans encombre ! Même pas un garde à l’entrée ou près de la machine dont dépend toute ma carrière, tout mon futur, toute ma vie : rien ! 
— Vous êtes vraiment sympa.
— Je sais. Mais bon, là, tout de suite, je vous demande d’arrêter les conneries. Ce pourquoi, mon cher Ryan, laissez-moi prendre en otage votre cher Adam de 12 ans et lui braquer une arme sur la tête. Si vous n’obéissez pas à ce que je vous dis, je le tue, et paf, ça vous tue aussi. Là, tout de suite.
— Mais ? Je croyais que les conséquences de tout ce que l’on faisait n’avaient lieu que lors de notre retour dans le futur ? 
— … nan mais vous savez bien que ça change à chaque scène maintenant.
— Ah oui, c’est vrai.

Mais Ryan a un plan. Un plan élaboré. Il fait… un clin d’œil.

Et comme dans tous les films, où un type lève un doigt, remue un orteil ou opine du chef, la personne à qui il s’adresse comprend instantanément ce que cela veut dire. Soit dans le cas présent :

« Adam, pendant qu’elle me parle, mets-lui un coup de tête, puis tape dans son bras, et force-la à tirer vers le réacteur qui alimente l’accélérateur de particules ! »

C’était pourtant évident.

Ce qui est dit est fait, et hop ! Le réacteur au milieu de la pièce, qui est mi-turbine, mi-trou-noir, s’emballe et se met à attirer à lui tout ce qui est métallique. Les méchants soldats du futur en armure se retrouvent donc collés aux vitres du réacteur, des objets volent dans tous les sens mais…

Attendez, tous ?

Nenni ! En effet TOUS les objets dont les héros ont besoin ne sont eux pas affectés par ce mystérieux phénomène magnétique : ordinateurs, armes ou disques durs restent donc bien en place. On va supposer qu’ils n’étaient pas en métal, mais en scriptonium.

Papounet peut ainsi lancer sur un ordinateur la procédure de verrouillage de la salle du réacteur avec un gros compte à rebours, les gentils se passer tranquillement le seul disque dur contenant les recherches de Papounet, et la méchante menacer tout le monde de son gros fusil sans aucun problème.

Jusqu’à ce qu’enfin, elle ne parvienne à tenir en joue nos trois compères.

— Vous voilà faits ! Moi et mes balles capables de transpercer un char, je vais vous transformer en pulpe, petits emmerdeurs ! Écarte-toi, Maya-la-Belle, pendant que je les tue !

Papounet se prend alors à sourire, ce qui étonne ses enfants. Mais lorsque Maya tire… sa balle se retrouve instantanément aspirée vers le réacteur, et en chemin, transperce Maya-la-Belle ! Et puisqu’elle meurt, cela fait instantanément disparaître son double du futur !

— Mais bordel ! Je ne comprends jamais comment ça marche cette merde ! Alors ça y est, dans cette scène, toute action sur le passé se répercute instantanément sur le futur sans aucun délai ? 
— Voilà, mon petit Adam.
— Mais dans ce cas, si Maya est morte, jamais elle n’a pu revenir en 2018 se donner plein d’infos sur le futur, et donc tout ce que l’on vit n’a jamais pu arriver !
— Ah euh… héhé… il faut croire que maintenant les règles changent d’un plan à l’autre !
— Accessoirement Papounet…
— Oui Adam ?
— Comment as-tu su que la balle de Maya serait attirée par le réacteur ?
— Elle a dit que sa balle pouvait transpercer un tank. Donc, elle contenait beaucoup d’acier. Et serait donc attirée par l’accélérateur.
— Oui enfin c’était un pétard du futur : comment pouvais-tu savoir que ça fonctionnait toujours avec un noyau d’acier ? Mieux : comment savais-tu que la balle serait aspirée AVANT de tous nous tuer ?
— Ahaha hé euh… ta gueule fils d’imbécile et sortons d’ici !

Et tout le monde de sortir de la salle à la dernière seconde, comme de bien entendu, avant que tout ne pète et que les travaux de Papounet ne soient détruits. Papounet et ses deux fils peuvent donc rentrer dans leur maison familiale, pendant qu’Adam de cette époque et sa maman sont partis.

— Mais au fait, Ryan et Adam, pourquoi n’avez-vous pas disparu, vous ?
— Oh euh… l’espace-temps a besoin de temps pour se corriger !

Véridique : une scène plus tôt, Maya disparaissait instantanément en tuant Maya-la-Belle, par contre, là, alors que le voyage dans le temps n’existe plus, nos amis peuvent encore glander quelques heures. Mais êtes-vous vraiment étonnés ?

À ce stade, je pense que l’on peut ouvertement supposer que toute la fin du film a été écrite un vendredi soir par un stagiaire. Faisant sa découverte d’entreprise de troisième.

Mais passons.

Adam profite du calme enfin revenu pour glisser quelques mots à son papa :

— Papounet, je dois te dire que tu devrais être prudent sur la route. En effet, dans quelques mois, tu…
— Non, tu ne dois rien me dire ! Et si cela modifiait le futur ?

Ah ben oui : modifier tout le futur et l’histoire de l’humanité en détruisant le voyage dans le temps et Maya, future patronne du monde ou peu s’en faut, d’accord. Mais garder papa en vie quelques années de plus ? Non, ça, ce serait trop beaucoup !

Notons qu’aucun de ces deux couillons ne fera remarquer à Papounet l’incohérence de son propos.

Non mais quel travail.

Finalement, alors que Papounet a le dos tourné, pif pouf : le temps se corrige, et Adam comme Ryan disparaissent. Et le temps peut reprendre son cours. On peut ainsi voir Papounet qui décide de passer plus de temps à la maison avec sa femme… sauf que même cette scène est ratée.

Oui, même ça, c’est trop dur.

En effet, on voit Papounet dire « Aujourd’hui, femme et enfant, je ne vais pas au travail, je reste à la maison avec vous. » Sauf que la réponse de sa femme est « Super ! Bon allez je te laisse, je vais au travail ! ». Oui, le dialoguiste n’a pas remarqué, à deux lignes d’écart, que si sa femme a un boulot auquel elle se rend, alors Papounet ne peut pas passer la journée avec, mais va juste manger des chips devant Plus Belle la Vie.

Mais quid de ses enfants ?

Retrouvons quatre ans plus tard, Adam de 12 ans qui n’a aucun souvenir de son aventure, et qui a encore perdu son père (c’est con) mais qui désormais, grâce à un « écho » de leur épopée, est plus gentil avec sa maman, ou Ryan du futur qui rencontre quand même Laura à la fac, parce que l’amour, il prend l’espace-temps et il lui pète la colonne sur le genou. 

Tout le monde est heureux – à part Maya, qui est plutôt morte, tuée par des gens qui n’ont pas pu revenir dans le passé – plus personne ne se souvient d’à quel point rien de tout cela n’a strictement aucun sens et…

… Fin !

Eh bien une fois de plus, le voyage dans le temps montre qu’il est gage de scénario raté.

— Bravo patron ! Un des spoil signals vient de s’éteindre !
— Combien en reste-t-il ?
— Hmmm… eh bien à vue de nez… entre les sorties cinéma, Netflix, Amazon Prime, Disney…
— Salto ?
— Allons patron, arrêtez de me faire rire, j’ai du mal à compter. Voilà, je dirais environ 132 films. Et encore, c’est sans compter les séries. Et le retour de Nicolas Cage.

Je tire sur mon cigare avant de soupirer un nuage de fumée en direction du ciel illuminé.

— Ma mission est sans fin, Diego. C’est une croisade éternelle.
— Allons vous n’êtes pas seul, patron. Vous, vous êtes de mauvaise foi, mais il y a des critiques qui eux aussi, soulignent à quel point ces scénarios sont idio…

Le silence tombe sur Diego en même temps qu’un magazine le fait en travers de sa mouille. Il le ramasse, et s’aperçoit que taquin, je lui ai jeté un Télérama.

— Diego, tu te souviens de comment je viens d’expliquer que c’était un film spectaculaire à gros budget, mais où chaque dialogue était idiot ? Bien, maintenant, lis en bas de page.

Diego s’éclaircit la voix, puis lit :

« Sur la dimension spectaculaire, Adam déçoit un peu. (…) C’est, au contraire, quand il ménage des plages de silence, des moments d’observation entre personnages qu’il se révèle le plus réussi. »

Si le magazine officiel des intellectuels de la culture trouve que les dialogues sont plus réussis que les effets spéciaux, je crains que tout ceci ne soit finalement qu’un coup de trompette de plus des cavaliers de l’apocalypse.


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