Paris-Luttes - rubrique «À LIRE AILLEURS»

Publié le 06.08.2022 à 10:00

[Radio] Retour sur l'action de la CGT-HPE

Dans cette émission de Vive la sociale - FPP 106.3 FM - nous aurons un long échange avec Claude Levi, animateur syndical des luttes dans le secteur de la propreté et notamment dans l'hôtellerie. Bonne écoute !

Retour sur l'action de la CGT-HPE
Dans cet entretien, Claude Lévy, longtemps cheville ouvrière de la CGT-HPE, dresse un tableau de la situation de la sous-traitance dans l'hôtellerie et des activités de son syndicat. Sont également abordés ses démêlés avec l'union syndicale CGT du commerce parisienne et les brimades qu'il a dû subir, ainsi que Tiziri Kandi, ces dernières années. L'entretien se termine sur un tour d'horizon des perspectives du syndicat CGT-HPE et des projets de Claude et Tiziri.

 

Publié le 04.08.2022 à 10:00

Bureau de Désertion de l'Emploi : la brochure

Le très officiel Bureau de Désertion de l'Emploi est né du constat qu'on manque d'outils pratiques sur la sortie de l'emploi. Tu trouveras dans cette brochure des conseils par rapport à l'administration (allocs, chomage etc.) mais aussi des conseils de débrouille (récup, entraide etc.). Bonne lecture !

Le très officiel Bureau de Désertion de l'Emploi est né du constat qu'on manque d'outils pratiques sur la sortie de l'emploi. Tu trouveras dans cette brochure des conseils par rapport à l'administration (allocs, chomage etc.) mais aussi des conseils de débrouille (récup, entraide etc.). Bonne lecture !

Le très officiel Bureau de Désertion de l'Emploi est né du constat qu'on manque d'outils pratiques sur la sortie de l'emploi. Le principe de l'emploi n'est pas très critiqué en général, même dans le milieu militant de gauche radicale. C'est souvent vu comme un truc personnel et privé au contraire du capitalisme qui lui est ouvertement critiqué. Pourtant, de la critique du travail en théorie, il y en a en veux-tu en voilà ! Mais après avoir lu Bullshit Job de David Graeber, Boulots de merde de Julien Brygo et Olivier Cyran, Manifeste contre le travail du groupe Crisis ... eh ben on est pas très avancé pour sortir concrètement de l'emploi dans nos vies ! Ou plutôt sortir l'emploi de nos vies une bonne fois pour toutes ! Même l'emploi « alternatif » hein ! C'est bon quoi, les boulots ultra précaires dans l'associatif avec aucun respect du code du travail et une abnégation forcée, ça va 5min et c'est vraiment pas satisfaisant ! Pareil pour le piège de l'Économie Sociale et Solidaire qui n'est qu'une forme d'économie capitaliste sauce dem (qui vise à donner une valeur marchande à la solidarité et l'écologie et vide ces valeurs de leur radicalité en les pliant aux exigences économiques) ou encore l'auto-entrepreneuriat sauce bio qu'on veut nous imposer (exploite toi toi-même quoi !).

En vrai, on est tout plein à se démerder pour échapper le plus possible ou totalement au monde du travail. C'est pas simple et on part pas tou.te.s sur un même pied d'égalité. Selon nos origines sociales, notre santé, notre classe et race sociale, notre âge, notre situation administrative, notre genre, nos capacités etc on peut plus ou moins se le permettre. L'emploi occupe une place centrale dans notre société, cela ne se résume pas à la question économique avec le salaire comme moyen de subsistance (dans notre société, travailler pour gagner de l'argent est vu comme le seul moyen de subvenir à ses besoins). L'emploi a aussi une fonction sociale (pour certain·es le travail est le seul moment en contact avec d'autres personnes) ou d'utilité sociale (même dans une société individualiste, le besoin de se sentir utile et donner un sens à sa vie reste important) qui apporte une forme de « sécurité » en échange du temps qu'on lui donne. Sortir de l'emploi, c'est dépasser certaines peurs (la peur de ne plus avoir de logement, de ne pas manger à sa faim, de se retrouver isolé·e, de s'ennuyer ...) et la pression sociale.

À l'heure actuelle, suite aux mesures mises en place au nom du covid, de plus en plus de gens remettent en question le travail et son utilité, son sens dans une société capitaliste, individualiste et oppressive, occasionnant des démissions massives. On assiste carrément à des appels à déserter, certes de professions au statut social élevé comme les ingénieureuses d'AgroParisTech. Aujourd'hui, le gouvernement parle de 15h de travail hebdomadaire pour les allocataires du RSA, cette idée bien libérale n'est pas récente et était déjà dénoncée en 1998 par le collectif CARGO. Les choses bougent en ce moment et après 1 an et demi de travail (sic), nous sommes heureux.ses de vous présenter la brochure du Bureau de Désertion de l'Emploi !

En effet, en attendant qu'on arrive à s'organiser collectivement pour pouvoir subvenir à nos besoins hors du champ marchand, faut bien qu'on trouve des solutions. On verra dans cette brochure comment se débrouiller face à l'administration (dans la partie 1). Après tout cela n'est pas sans contre-partie. Puisque l'État n'est qu'une machine à organiser l'exploitation du peuple par les détenteurs du capital qui ont logiquement érigé le travail comme valeur, il nous met la pression via les institutions de gestion des pauvres. On va voir comment on peut se dépatouiller avec ces institutions pour leur faire cracher les miettes de leur système pourri qu'on a pas choisi et auquel on ne veut plus participer. Et quand même les miettes ne nous veulent pas, on verra comment on peut s'entraider pour que la question de la survie matérielle et économique ne soit plus qu'une question individuelle mais aussi collective (partie 2).

Alors, que tu aies besoin de ton temps et ton énergie pour militer, aider tes proches, faire ce qui te plaît vraiment et/ou simplement prendre le temps de vivre et que tu te demandes comment faire concrètement, économiquement, cette brochure est pour toi ! Et si tu ne peux pas quitter ton emploi, ne vois pas cette brochure comme une provocation et ne te rends pas malade pour lui en travaillant toujours plus, toujours plus vite. Tu peux tirer au flan, saboter, si possible... et ne pas te tuer au travail, car le travail tue. En attendant et pour se libérer du temps pour pousser vers ça, on s'organise, on s'entraide... Y'a que la solidarité qui nous sauvera.

PDF - 1.8 Mo La brochure page par page

PDF - 2 Mo La brochure en cahier

la brochure est aussi disponible en ligne sur le site du Bureau de Désertion de l'Emploi

 

Publié le 27.07.2022 à 10:00

Pôle Emploi resserre ses mailles technologiques

Pour mieux traquer ses usager.es et débusquer les moindres traces de fraude, Pôle Emploi a désormais accès aux données des fournisseurs d'énergie et de téléphonie mobile.

Article initialement paru sur Sansnom

Heureux bénéficiaires d'un compteur électrique dit « communicant » (de type Linky) branché à domicile ! Heureux possesseurs d'un traceur permanent en poche, plus connu sous le nom de téléphone portable ! Vous saviez déjà que ces dispositifs technologiques permettent aux autorités trop curieuses d'estimer, pour l'un, à quelles heures un logement est occupé (ou pas) et s'il héberge par exemple des hôtes supplémentaires. Pendant que l'autre leur offre gratos chaque déplacement par géolocalisation, en plus d'espionner les conversations de son détenteur. Mais pourquoi réserver le privilège du contrôle social aux seuls flics en uniforme, alors qu'un paquet d'autres larbins se pressent régulièrement au portillon pour en resserrer les mailles ?

Prenez Pôle Emploi par exemple, ces flics du travail toujours en quête de précieuses informations pour priver à qui mieux mieux les allocataires de leurs propres cotisations (ne serait-ce qu'en matant l'adresse IP de leur actualisation mensuelle). A l'occasion du vote de la Loi de finances pour 2021, c'est ainsi qu'un petit amendement a été glissé dans le chapitre Travail et emploi, au cours de la navette entre l'Assemblée et le Sénat. Un simple numéro anodin de départ, qui s'est finalement transformé en l'article 268 de cette loi promulguée le 29 décembre 2020, entre les rôts de Noël et du Nouvel An. Un truc de quelques lignes, dont la portée a éclaté il y a quinze jours, à l'occasion de la parution tardive de son décret d'application au Journal Officiel.

Ce décret signé le 30 juin dernier par la Première ministre et son sous-fifre du Travail, concerne en effet les « agents chargés de la prévention des fraudes » de Pôle Emploi, en leur offrant une nouvelle possibilité de contrôle, nommée droit de communication, auquel le « secret professionnel » des entreprises ne peut être opposé. Plus prosaïquement, les flics du travail vont désormais pouvoir se faire communiquer sous trente jours, à la demande et à titre gratuit, toutes « informations nécessaires au contrôle de la sincérité et de l'exactitude des déclarations souscrites, ainsi que de l'authenticité des pièces produites » par les allocataires… directement auprès des banques, mais également « des fournisseurs d'énergie et des opérateurs de téléphonie ». Ils pourront ainsi non seulement retracer ces informations personnelles sur une période de 18 mois en arrière, mais aussi les conserver pour une durée de 3 années, et même au-delà en cas de besoin, soit « jusqu'à l'épuisement des voies et délais de recours contre les récupérations d'indu, sanctions administratives ou condamnations pénales consécutives aux contrôles réalisés sur la base de ces informations ».

Mais au fait, pourquoi les « opérateurs de téléphonie » et les « fournisseurs d'énergie », en plus des habituels chacals bancaires ? Avec le concours de ces derniers, on comprend bien que les chasseurs de Pôle Emploi vont désormais pouvoir aller fouiner comme d'autres keufs dans les comptes de chaque allocataire suspect, afin d'examiner à volonté leurs « modes de paiement ou de rémunération », ainsi que les « nombre ou fréquence des opérations réalisées ou des versements reçus. »

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Publié le 26.07.2022 à 16:00

L'État contre le capital ?

Le texte « L'État contre le capital ? », extrait du premier numéro de la revue communiste Agitations, se demande s'il existe un « bon État » qui prodigue des politiques sociales, à opposer à un « État policier » uniquement répressif ? En revenant sur les différentes formes historiques de l'État, nous élaborons ici une critique de ce dernier comme élément fonctionnel du capital.

La question de l'État est au centre des théories révolutionnaires depuis la naissance du mouvement ouvrier. Structure de domination politique par excellence, sa machinerie complexe le rend difficile à appréhender. Existe-t-il un « bon État » qui prodigue des politiques sociales, à opposer à un « État policier » uniquement répressif ? Et surtout, un tel État-Providence est-il toujours possible ? En revenant sur ces différentes formes de l'État et en les situant historiquement, ce texte se propose d'élaborer une critique de l'État comme élément fonctionnel du capital.

Dans les démocraties occidentales contemporaines, l'État se trouve au cœur des luttes sociales et se positionne, dans la plupart des conflits, comme l'interlocuteur immédiat pour obtenir satisfaction. Son action politique est supposée répondre à une revendication émanant du « mouvement ouvrier », de la « société civile » voire du « peuple », selon le discours déployé par les protagonistes qui mènent la lutte. Que ce soit dans la perspec­tive citoyenniste qui vise à accorder l'action publique avec la volonté populaire qu'elle est censée représenter, ou lors des mouvements syndicaux qui s'adressent à lui comme un médiateur dans le conflit contre la classe capi­taliste, l'État est perçu comme un instrument politique neutre que chaque camp pourrait faire plier en sa faveur.

Ce qu'il y a de commun à ces différentes manières de poser la question de l'État, c'est la conception de la sphère politique comme une entité autonome qui s'éman­ciperait des contraintes économiques et géostratégiques et aurait la capacité de régir la société de manière souveraine. L'instauration d'un rapport de force, par le biais de grèves, de manifestations ou d'ac­tions plus symboliques afin de s'assurer une sympathie médiatique, s'effectue tou­jours dans le cadre du « dialogue social » avec l'institution étatique, qui est pourtant restée sourde aux millions d'opposant·es à la réforme des retraites, aux discours alertant sur la catastrophe écologique en cours ou aux dénonciations des violences policières.

Apparaît alors un paradoxe flagrant : l'État est de plus en plus sollicité dans le cycle de luttes actuel alors même que le démantèle­ment de son volet social, l'État-providence, s'approfondit chaque année davantage. En réponse aux ravages de l'austérité, le souve­nir nostalgique des Trente Glorieuses refait surface et les diverses forces politiques de gauche en appellent à un retour en arrière, du temps mythique où l'État fonctionnait correctement, c'est-à-dire dans l'intérêt des travailleur·ses.

L'État en tant que forme sociale spécifique n'est jamais questionné, comme s'il avait toujours existé et qu'il suffisait d'utiliser ses dispositifs administratifs et législa­tifs à bon escient, quitte à réformer leurs contenus, pour l'orienter vers des formes de politiques sociales redistributrices. Une certaine tradition marxiste est allée jusqu'à affubler ce même État du qualificatif de prolétarien pour donner des allures de tran­sition révolutionnaire à une nouvelle forme de capitalisme monopolistique. Prolétariat comme bourgeoisie peuvent investir l'État et se l'approprier ; il suffit pour cela de s'éri­ger en classe dominante. Cet économisme vulgaire où la superstructure politique découle mécaniquement de la domination de classe de la bourgeoisie (et pourrait donc être conquise si cette dernière est renversée) considère l'État comme un agent extérieur se contentant d'entériner par la loi, a pos­teriori de chaque conflit social, le rapport de force en faveur de la classe victorieuse.

À rebours de ces analyses anhistoriques, il importe de penser l'État en tant que catégo­rie politique du capital, élément dynamique de la lutte de classes, afin de comprendre, pour reprendre la problématique de Pashukanis dans La Théorie générale du droit et le marxisme, « Pourquoi [la domination de classe] revêt-elle la forme d'une domination étatique officielle, ou, ce qui revient au même, pourquoi l'appareil de contrainte étatique ne se constitue-t-il pas comme l'appareil privé de la classe dominante, pourquoi se sépare-t-il de cette dernière et revêt-il la forme d'un appareil public impersonnel, détaché de la société ? ». Pour comprendre ce que cette structure politique a de si particulier, nous tenterons tout d'abord d'esquisser une défi­nition conceptuelle de l'État en décrivant la fonction organique de celui-ci dans la dyna­mique du capital, puis nous tâcherons de périodiser les formes qu'il a pu recouvrir pour correspondre au cycle de luttes auquel il fait face. Une telle démarche ne peut cependant se satisfaire d'adhérer à une théorie stricte­ment instrumentale de l'État comme on peut en trouver dans la littérature anarchiste. Si l'État dérive effectivement du capital, il ne peut s'y réduire. Comme tout phénomène social, il convient de garder à l'esprit que l'État et ses institutions sont traversées par de multiples tensions et contradictions, et que c'est précisément là que se trouve la pos­sibilité d'une crise.

L'analyse que nous développerons se limite cependant aux États des pays occidentaux, et à la trajectoire historique spécifique qu'ils ont suivie – que nous ne pourrons malheureu­sement pas aborder en détail faute de place. Concernant les structures de régence poli­tique des pays des Suds, nous renvoyons à l'article thématique de cette revue consacrée aux soulèvements internationaux.

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Publié le 26.07.2022 à 13:12

Le numéro 55 du journal l'envolée interdit en prison : lisez et relayez l'article incriminé !

Des prisonniers et des proches nous ont informés que dans plusieurs prisons, des surveillants sont intervenus pour confisquer le dernier numéro de L'Envolée : le n°5, paru en mai 2022. Cet article, que nous republions ici, n'est pourtant que le récit du procès auquel nous avons assisté au tribunal de La Rochelle fin du novembre 2021. Sept surveillants y étaient jugés pour leur responsabilité dans la mort par étouffement de Sambaly Diabaté en août 2016 à la prison de Saint-Martin-de-Ré.

Des prisonniers et des proches nous ont informés que dans plusieurs prisons, des surveillants sont intervenus pour confisquer le dernier numéro de L'Envolée : le n°55, paru en mai 2022 ; ils sont même allés jusqu'à la fouille de cellule en cas de refus… Nous découvrons ainsi qu'une note interne de la direction de l'administration pénitentiaire (AP) interdit – au nom du garde des Sceaux – la lecture de ce numéro à toutes les personnes détenues à cause de l'article « Distribution de permis de tuer au tribunal de La Rochelle » ; il contiendrait en effet des « propos diffamatoires à l'égard de l'AP […], ainsi qu'à l'encontre des personnels pénitentiaires dont elle assure la formation ».

Cet article, que nous republions ici, n'est pourtant que le récit du procès auquel nous avons assisté au tribunal de La Rochelle fin du novembre 2021. Sept surveillants y étaient jugés pour leur responsabilité dans la mort par étouffement de Sambaly Diabaté en août 2016 à la prison de Saint-Martin-de-Ré. La note de l'AP pointe certains passages où elle voit « des propos alléguant que l'administration pénitentiaire enseigne à ses personnels des gestes professionnels portant atteinte à la dignité de la personne humaine, qualifiés par l'auteur de l'article d' « arsenal habituel » et d' « horreur tellement banale et généralisée » tels que « étranglement, pliage, pose de bâillon »… » Les auteurs de cette note s'inquiètent en outre de la gratuité du journal pour les prisonniers et prisonnières et de sa « large diffusion » qui seraient « de nature à engendrer un retentissement important auprès des personnes détenues ».

C'est la deuxième fois en deux ans qu'un numéro de L'Envolée est ainsi interdit en détention  ; le précédent – le n°52 – avait en prime fait l'objet d'une plainte pour diffamation – dont on reste sans nouvelles à ce jour. Ce qui avait alors justifié l'interdiction, c'était tout un dossier… qui portait déjà sur les violences pénitentiaires et les morts « suspectes ». C'est on ne peut plus clair : l'AP entend faire taire celles et ceux qui osent soutenir que les pratiques de ses agents mettent en danger l'intégrité physique des personnes dont ils ont la charge – alors que c'est hélas une évidence pour tous les premiers concernés –, et que cette violence est constitutive de la prison. Ces interdictions à répétition et leur pénible cortège de saisies en cellule visent également à mettre la pression aux abonné·e·s de l'intérieur et à dissuader les autres enfermé·e·s d'entrer en relation avec L'Envolée ou de recevoir le journal. Il est scandaleux que nos abonné·e·s subissent de telles intimidations, et nous étudions tous les recours envisageables avec nos avocats.

L'équipe tient à exprimer son inquiétude à propos de ces mesures « sécuritaires » : il s'agit en fait bel et bien de censurer un organe de presse qui entend servir de porte-voix aux prisonniers et aux prisonnières et leur permettre d'échanger informations et points de vue. Si le journal ne pouvait plus rentrer en détention, il perdrait toute raison d'être, et les personnes enfermées se verraient privées d'un des rares moyens dont elles disposent pour dénoncer ce qu'elles subissent derrière des murs toujours plus impénétrables.

Il n'y a pas de « diffamation » dans cet article : il montre simplement comment l'administration pénitentiaire et la justice travaillent main dans la main pour protéger les surveillants les plus violents, même quand ils tuent un homme. Nous vous demandons de le relayer le plus massivement possible. La machine d'État ne fera pas taire L'Envolée ; elle ne réduira pas au silence les prisonniers et les prisonnières, qui ont raison de se révolter.

Distribution de permis de tuer au Tribunal de La Rochelle :

Procès des surveillants responsables de la mort de Sambaly Diabaté à la centrale de Saint-Martin-de-Ré

Du 29 novembre au 1er décembre 2021, nous étions au tribunal correctionnel de La Rochelle pour soutenir la famille de Sambaly Diabaté au procès des matons responsables de sa mort à la prison de Saint-Martin-de-Ré le 9 août 2016. Sept surveillants devaient répondre de chefs d'accusation dérisoires au regard des faits, de l'homicide involontaire à la non-assistance à personne en danger. Sambaly est mort d'asphyxie après une agonie de trente-cinq minutes, les pieds entravés, les mains menottées dans le dos, bâillonné avec une serviette, écrasé sous le poids de quatre ou cinq matons en permanence quand il n'était pas transporté à l'horizontale. Le procès – inédit puisque des matons devaient pour une fois répondre de la mort d'un prisonnier – nous a confirmé une nouvelle fois qu'avant même l'arrivée d'un quelconque appareil ouvertement fasciste au pouvoir, arbitraire, déshumanisation, brutalité et permis de tuer sont déjà bien installés, et particulièrement derrière les hauts murs des prisons.

Le rendu du procès est tombé le 27 janvier 2022. Trois peines de douze à vingt-quatre mois de sursis ont été prononcées contre les surveillants qui ont directement étouffé Sambaly, reconnus coupables d'un « homicide involontaire par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence » : Pascal Rinjeonnaud, deux ans ferme avec sursis simple, Stéphane Lefebvre, dix-huit mois avec sursis simple, et Remy Cormier, dix-huit mois avec sursis simple également, peuvent continuer leur sale boulot à Saint-Martin-de-Ré. Seul accusé de « violences volontaires », Jean-Paul Ducorneau prend un an avec sursis simple assorti d'une interdiction d'exercer et de porter une arme pendant cinq ans. Les trois accusés de « non-assistance » sont purement et simplement relaxés.

Au pays de la matonnerie…

Saint-Martin-de-Ré est une très vieille prison, un ancien bagne insulaire au large de la proprette ville bourgeoise de La Rochelle. Là-bas, on est surveillant de génération en génération : dans le coin, juges, flicaille et matonnerie ont coutume de laver leur sale linge en famille. Le tribunal correctionnel de la ville, qui d'ordinaire prononce des peines purgées pour une grande part à Saint-Martin et « confie » donc en flux continu des prisonniers à ses surveillants, est aussi celui qui statue sur les affaires internes à la prison – dans l'écrasante majorité des cas, pour rajouter des peines intérieures. La détermination des proches de la victime et le suicide de deux des nombreux surveillants qui avaient assisté à l'intervention fatale ont dû contribuer à ce que la justice se saisisse de cette affaire, histoire de pas trop avoir l'air de s'en moucher du coude. Comment croire en effet que les violences commises à la centrale ne parviennent jamais jusqu'aux oreilles des flics et des juges ?

En 2011 déjà, le rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) signalait qu'une bande de matons particulièrement brutaux faisaient la loi sans se soucier de la direction ni du règlement intérieur. Dans le documentaire À l'ombre de la République sorti en 2012, on voyait Letanoux, le directeur de l'époque, déclarer face caméra qu'effectivement sévissait à Saint-Martin-de-Ré une équipe de surveillants incontrôlables. De retour en 2017, le CGLPL pointait encore « un personnel en poste violent et aux propos inadmissibles ». C'est dans ce contexte nauséabond de racisme sans fard et de toute-puissance des porte-clefs que Sambaly Diabaté a été tué.

Des chiens de garde enragés

Le 9 août 2016, extrait de sa cellule, Sambaly Diabaté refuse de passer sous le portique de sécurité. Georges Guéneau – premier surveillant, dit « Gros-Georges » par ses collègues – l'agrippe par l'épaule pour le forcer à passer. Sambaly résiste. Gros-Georges, 90 kg – contre les 73 de Sambaly à l'autopsie – le plaque au mur avant de le précipiter au sol avec l'aide de ses collègues. Tout le monde se met sur le dos du prisonnier récalcitrant. Alors que le Gros tente une clef d'étranglement, Sambaly le mord à la main pour se dégager ; c'est le point de départ d'un interminable déferlement de violence qui se soldera par la mort de Sambaly Diabaté une demi-heure plus tard.

Des prisonniers témoins de cette première scène ont décrit les nombreux coups portés à Sambaly déjà immobilisé au sol tandis que Gros-George était emmené à l'infirmerie. Aucun d'entre eux ne sera entendu à la barre. Il n'y a que la parole des agents de la pénitentiaire qui vaille ; c'est la seule respectable, forcément vierge de tout mensonge. Les bandes vidéo qui auraient permis d'y voir plus clair ont commodément disparu – malencontreux incident des plus fréquents dans ce genre de circonstances. À la barre, les matons nient tout naturellement avoir porté le moindre coup, préférant insister sur la peine qu'ils ont eu à maîtriser un prisonnier déchaîné – si, si, même a plusieurs contre un ! Et puis surtout, surtout, la hantise de se faire mordre à leur tour ; ils ne voient plus en lui qu'un enragé. On va pas se mentir : ce n'est évidemment pas la trouille qui les animait, mais bien la rancune corporatiste. Il fallait venger George Guéneau, supérieur hiérarchique dont il vaut mieux se faire bien voir, d'autant qu'il est vraiment pas commode et foutrement balaise. Soit dit en passant, on aurait bien aimé l'entendre, « le gros Georges », mais personne n'a jugé bon de le convoquer au tribunal pour qu'il donne sa version… C'est un des – nombreux – grands absents de ce procès.

Pour bien faire comprendre à Sambaly que mordre, c'est mal, l'ingénieux surveillant Pascal Rinjeonneaud, genou planté entre les omoplates de Sambaly, prend une initiative : il ordonne qu'on lui ramène des chiottes une serviette sale qui sert d'essuie-mains ; il la passe dans la bouche du prisonnier, fait le tour de sa tête et la tire à deux mains jusque derrière sa nuque. Il ne relâchera son emprise que quelques dizaines de minutes plus tard à cause des crampes, le temps d'essayer de remplacer par du scotch ses pauvres mains endolories. Mais il renonce vite à son bricolage, et serre de plus belle. Non seulement il ne conteste pas les faits, mais quand chacune des parties présentes lui demande de répéter, il confirme, tenant toutefois à préciser qu'il préfère qu'on parle de « mors » plutôt que de « bâillon » ; drôle de nuance, comme pour bien préciser qu'il traite en animal le détenu dont il a la charge. Grand naïf, il ignorait alors que le bâillonage était interdit. Et à la question : « comment pouviez-vous être certain que M. Diabaté pouvait encore respirer ? », il répond sans se démonter qu'il vérifiait régulièrement, par « contrôle visuel », que les narines n'étaient pas obstruées. Il va jusqu'à prétendre que s'il a bien pris soin de lui enrouler la serviette autour de la tête, c'était pour le protéger contre les chocs éventuels. Ni regrets, ni excuses – même feintes. Sale type. Médiocre et glaçante incarnation du fascisme.

Les surveillants Rémi Cormier et Stéphane Lefebvre qui comparaissent avec lui, se sont quant à eux « occupés des mains et des jambes » de Sambaly et l'ont transporté à l'horizontale après lui avoir passé les entraves, accentuant d'autant sa suffocation. Ils l'ont trimballé comme un vulgaire sac de gravats un étage plus bas pour le jeter dans la tristement célèbre lingerie de Saint-Martin : une pièce dépourvue de caméras de surveillance, éloignée des regards et des oreilles, où nombre de prisonniers racontent avoir subi des tabassages en règle. Plutôt que de le relever, ils le remettent à terre et l'y maintiennent de tout leur poids. On peut supposer sans mal qu'ils en profitent pour faire pleuvoir les coups – mais en experts, sans laisser trop de traces. Le surveillant Sébastien Lété, qui avait prêté la main à Rinjonnaud dans sa tentative de scotchage, s'est donné la mort quelques temps après avoir été mis en cause par l'instruction.

Un coup de pompe en passant

C'est là qu'intervient Jean-Paul Ducorneau. Il bosse aux UVF. Son bureau est au même niveau que la lingerie ; appelé pour emmener Gros-Georges aux urgences pour sa morsure, il dit être passé par là parce que c'est un raccourci. Mais la pièce est exiguë, et l'espace est presque entièrement occupé par le corps du prisonnier et ses bourreaux accroupis sur lui. Ducorneau doit enjamber la tête de Sambaly. Tout le monde soutient mordicus qu'il lui assène alors un violent coup de pied, ce qu'il n'a cessé de nier tout au long de la procédure. C'est le seul à comparaître pour « violences volontaires », et on comprend bien vite que la clique s'est mise d'accord pour le charger dans les heures qui ont suivi, quand personne ne savait encore exactement de quoi Sambaly était mort. Si les autopsies avaient conclu à un décès consécutif à des coups, la Rangers de Jean-Paul aurait pu commodément porter le chapeau. En plus, il n'appartient pas au même syndicat que le reste de l'équipe.

On va pas se mentir : il a bien dû lâcher un coup de pompe en passant, façon de montrer patte bien blanche aux collègues « du terrain », ou du moins de les assurer de sa discrétion. Ce qui est certain, c'est que Sambaly n'est pas mort des coups qu'il a reçus. Et que Ducorneau est le seul à avoir fait l'objet d'une sanction administrative. Il n'a plus jamais bossé depuis sa suspension. Dépression, arrêts maladie… et il a encore l'air bien cachetonné. C'est aussi le seul à faire appel du jugement, et bien que la défense des accusés veuille en faire un lâche qui crie au complot pour mieux fuir ses responsabilités, il maintient ses accusations : les tueurs ont bricolé une version commune, ils l'ont choisi comme bouc émissaire, et leur syndicat a pesé de tout son poids pour avaliser leur version. Si la mise en cause de Jean-Paul est réglée comme du papier à musique, le reste des témoignages s'avère beaucoup plus approximatif. Entre contradictions, trous de mémoire et mensonges manifestes, chacun fait de son mieux pour minimiser sa propre implication. Il s'agit quand même de faire avaler au tribunal qu'il n'y avait pas moyen d'imaginer que Sambaly était en train d'agoniser entre leurs mains, et que c'est un prisonnier bien vivant qu'ils ont ensuite « remis » à l'équipe du mitard.

Une macabre mise en scène

À Saint-Martin, le quartier disciplinaire (QD), se trouve dans « La Citadelle », un bâtiment situé à 500 mètres de la détention « normale ». Les transferts doivent en théorie se faire en fourgon cellulaire. Ce coup-là, ce sera en véhicule utilitaire – une pratique hors cadre de plus. L'équipe attend donc l'arrivée du véhicule pendant un bon quart d'heure à la lingerie. Ils y poursuivent leur vengeance, maintenant leur prise fatale sur Sambaly : les membres entravés et sans cesse tirés en arrière, le thorax compressé, la bouche déchirée par le « mors ». Il ne vient jamais l'idée à personne, pendant ces longues minutes, de faire retirer le bâillon ou de desserrer l'étau. Une gradée – finalement acquittée – est dépêchée sur place par le chef de détention pour « garantir la régularité de la procédure ». Elle témoigne de la brutalité de la scène, qui l'a choquée sur le moment. Mais elle a vite été rappelée à l'ordre : « Remue-toi, la gradée, bouge tes fesses ! Va chercher les clés, mérite tes galons ! » Elle bosse au greffe de la prison, normalement… elle rapporte qu'elle n'aurait eu aucune autorité si elle avait voulu interrompre l'opération ; mais elle n'a rien tenté. Elle se rappelle juste avoir croisé le regard de Sambaly sans parvenir alors, prétend-elle, à comprendre l'effrayante lueur qu'elle a vue dans ses yeux, et qui continue à la hanter cinq ans plus tard : ce qu'elle prenait pour de la fureur, sans doute était-ce de la détresse. Peut-être même qu'il l'appelait à l'aide ? Alors elle se dit traumatisée… mais elle a continué à bosser à la prison. Et décidément impuissante, elle a trouvé le moyen de foirer ses deux suicides.

À l'arrivée du fourgon, Sambaly est une nouvelle fois transporté à l'horizontale et « chargé » à même le sol. Il n'y a que quarante centimètres pour manœuvrer entre les rangées de sièges, mais trois des bourreaux parviennent à s'y caler pour que la pression ne se relâche jamais sur le prisonnier. Pendant le transport, il leur est apparu « plus calme » qu'auparavant. Certains l'ont même cru « endormi », parce qu'il « avait l'air de ronfler ». Arrivés à la Citadelle, ils « déchargent » Sambaly du Transit et le « déposent » sur la coursive. Certains surveillants de l'équipe du QD qui devait prendre le relais ont témoigné au cours de la procédure du « calme extrême » du prisonnier, qui contrastait avec l'intense agitation de la bande du fourgon. Avant un placement en QD, le prisonnier est systématiquement fouillé par les tauliers du mitard. Nouvelle anomalie : ce sont ses transporteurs qui vont assurer la fouille. Sambaly est inerte. Ils lui baissent son froc. Ils constatent la présence de matières fécales le long de ses cuisses. Ils traînent une nouvelle fois son corps jusque dans la cellule du QD. Rejouant une procédure vicelarde mais habituelle, ils l'allongent face contre terre, la tête sous le lit scellé : si le « détenu » tente de se rebiffer quand on le désentrave, il s'assomme tout seul contre le sommier de béton. Ils retirent les entraves qu'ils remplacent par du scotch. Mais tout ça n'est qu'une sinistre farce, puisque Sambaly est déjà mort.

Et la mise en scène continue. Ce n'est qu'une demi-heure après le « placement en cellule » du prisonnier que la nouvelle équipe en charge s'inquiète enfin de son immobilité et appelle les secours. Côté tueurs, ça commence à claquer des genoux, d'autant qu'ils se font salement remonter les bretelles au débriefing – d'usage : « Les mecs, va falloir trouver un truc, sinon ça pue les assiettes [les assises]. » Alors ça torche une version commune à l'arrache. Christophe Monier était un de ces nombreux fonctionnaires du QD qui ont assisté à la macabre « fouille à nu ». Il s'est donné la mort la veille de sa convocation par le juge d'instruction.

Réunion de famille

D'ordinaire, les tribunaux n'ont pas à gérer les morts de la prison, pas plus que ceux de la police. Les instructions judiciaires sont vite closes, quand il y en a. Dans l'écrasante majorité des cas, c'est au sein même des détentions que ça se règle : un « suicide » de plus. Alors c'est peu dire qu'on n'a pas l'habitude d'assister au théâtre judiciaire sur le banc des parties civiles : il a fallu aux proches de Sambaly, et à sa sœur Oumou en particulier, des années de bagarre acharnée pour qu'un procès leur soit concédé – fait rarissime, on le répète. Mais pas un procès pour meurtre, faut pas exagérer. Pas question de porter l'affaire devant les assises ou de dépayser l'instruction. Des audiences calibrées pour que les protagonistes encore en vie s'en tirent à bon compte, tout en perpétuant la fiction d'une Justice impartiale au service des victimes. On allait gérer ça en famille. Plus élargie que d'habitude certes, mais en famille tout de même, puisque le tribunal de La Rochelle n'est en fait qu'une annexe de la prison de Saint-Martin-de-Ré (ou l'inverse ?). Au point que la procureure est déjà celle qui avait envoyé Sambaly à Saint-Martin il y a quelques années. Un temps, elle donne le change, fait mine de traiter les accusés avec sa sévérité habituelle et surjoue son empathie pour les parties civiles. Quant au juge et à ses assesseurs, ils somnolent sévère en singeant paresseusement la quête de la vérité…

On va pas se mentir : on n'a décidément rien à attendre des tribunaux. Ni justice – si le terme a un sens –, ni vérité. La vraie mission du tribunal est limpide : reconduire la puissance de l'institution pénitentiaire et son droit de vie et de mort sur ceux et celles qu'elle nomme – pas pour rien – ses « détenus ». Quitte à gronder un peu certains de ses agents trop enthousiastes, pour la forme. Alors dans ce procès, c'est à nous de débusquer la vérité sous les mensonges criants des tueurs en réunion. Une fois n'est pas coutume, le seul raté de la machine sera venu des expertises (et même des contre-expertises réclamées par une défense insatisfaite des premières conclusions de la science). Aucun doute pourtant : Sambaly est mort d'un étouffement, dû à l'effet conjoint de l'obstruction des voies respiratoires, de l'extension vers l'arrière des membres entravés et de la compression du thorax ; les ronflements qu'il émettait dans le fourgon étaient des râles agoniques ; les traces sur ses cuisses prouvent que ses sphincters s'étaient relâchés avant son arrivée à la Citadelle. L'expert se montre inflexible malgré les tentatives de déstabilisation de Winter, avocat spécialisé dans la défense des matons et des flics violents : Sambaly est bien mort dans le fourgon. Les surveillants du QD ont assisté à la fouille d'un défunt, et c'est un cadavre qui a été placé au mitard.

Défense des tueurs et proc main dans la main

Les tueurs le savent, et leurs avocats aussi ; alors ils ne s'attardent pas trop sur les étranges pièces à conviction fournies à la gendarmerie dans un premier temps, mais qui n'apparaissent dans quasiment aucun témoignage : des « pages de Coran » qu'aurait brandies le prisonnier et un « pic » dont il aurait tenté de faire usage. Inventer des preuves de dangerosité et d'agression, c'est une pratique habituelle dans ce genre d'affaires mais cette fois, c'était vraiment trop mal fait…

Le ténor Winter préfère donc ergoter sur l'heure de la mort. C'est le gros caillou dans les Rangers de la défense, alors il faut à tout prix jeter le doute sur les conclusions de l'expert. Brushing impeccable et œil bleu marine pour grand numéro de flûte : « J'ai vu dans une vidéo YouTube… un ami réanimateur m'a dit… » Selon sa petite enquête perso pour contrecarrer l'avis de trois experts, impossible de savoir à quel moment exact le prisonnier est mort. Et puis il manque du monde dans la procédure (ça, en revanche, c'est pas faux…) : où sont les innombrables surveillants qui ont été témoins de la scène ? Où sont les matons du QD qui ont fini par récupérer Sambaly – toujours vivant selon le baveux –, les médecins de la prison qui ont mis si longtemps à arriver, les pompiers intervenus bien trop tard pour tenter de le ranimer ? Il est formel : ses clients n'ont pas tué. Et si certains de leurs gestes peuvent sembler disproportionnés aux yeux des profanes, ils sont à mettre sur le compte de « l'effet tunnel » bien connu des professions soumises au stress : le temps s'est comme accéléré, et ils étaient tellement obsédés par « l'exécution de leur mission » (sic) que leur discernement a pu s'altérer au point de les empêcher de percevoir la dangerosité de leurs actes. En bon défenseur de syndicalistes, il charge au passage l'encadrement déficient, le manque de moyens et de personnels, les procédures trop floues et inadaptées aux « réalités du terrain », le manque de formation continue… Devant le péril, livrés à eux-même, ses clients ont dû improviser pour sauver leur peau, contraints d'utiliser un bâillon de fortune faute de mieux. Et puis,chacun d'eux ne s'est occupé que d'une partie du corps : un bras, une jambe, la tête… Cynique tour de passe-passe : d'ordinaire retenue comme facteur aggravant, la réunion devient dans sa plaidoirie une circonstance atténuante… Si tout le monde tue un peu, personne ne tue vraiment. Il demande évidemment la relaxe ; et surtout, par pitié, que ces fonctionnaires exemplaires déjà durement atteints par ce terrible accident ne se voient pas privés de poursuivre leur sacerdoce à la prison de Saint-Martin-de-Ré…

Quand c'est le tour de la proc, les maigres illusions qu'auraient pu susciter son attitude s'envolent aussi sec : elle n'est pas là pour défendre la partie civile, mais bien l'institution. Reprenant sans trop se fouler l'essentiel de l'argumentaire de la défense, elle va donc tout faire pour réhabiliter la sainte trinité police-justice-prison. Et elle n'hésite pas pour ça à dérouler un raisonnement des plus pervers. Car accrochez-vous bien : elle commence par nous dire sans trembler que « la prison tue » ! Si Sambaly est mort, c'est la faute à la prison. S'il a été traité comme un chien tout du long, c'est parce que l'institution carcérale déshumanise ; les prisonniers, mais aussi les surveillants. Les accusés ont traité un problème. Pas un être humain, et pas en êtres humains, mais c'est parce qu'ils sont formatés ainsi. Alors à moins de remettre la prison elle-même en question, le tribunal ne doit pas les punir trop durement… La proc' se félicite d'ailleurs que l'instruction ait choisi de juger l'affaire en correctionnelle ; prêter à ces fonctionnaires une quelconque intention de donner la mort – et même leur attribuer la moindre « violence volontaire » au-delà du « lâche » coup de pompe de Ducorneau – aurait été odieux. Tout au plus peut-on leur reprocher de ne pas avoir su prendre le temps, à chaque étape, de réévaluer la situation pour adapter leurs gestes en conséquence. Mais ils étaient hélas aveuglés par le fameux « effet tunnel ».

Dans les tribunaux : ni vérité, ni justice

On ne va pas se mentir : ces gestes, certes proscrits, leur ont tout de même été enseignés à l'école de la matonnerie de Fleury ; ils font partie de leur arsenal habituel à Saint-martin comme ailleurs : étranglement, pliage, pose de bâillon, transport menotté à l'horizontale. Bref, c'est l'horreur, mais une horreur tellement banale et généralisée qu'il est bien normal qu'elle se répète là aussi. Et rien de surprenant non plus à ce que tout le monde dans ce tribunal travaille dans le même sens pour innocenter des meurtriers : dilution de la responsabilité, altération du jugement, automaticité des pratiques ; un homme a trouvé la mort, c'est malheureux, nouvelle couche d'écœurante compassion pour ses proches… mais au fond personne ne l'a tué.

L'avocat des parties civiles ne peut plus faire grand-chose. La mécanique a ronronné trop tranquillement les jours précédents pour prétendre encore lui opposer une quelconque résistance à ce stade. La famille de Sambaly espérait entendre de la bouche même des tueurs quelques bouts de vérité, et trouver là un peu d'apaisement. Elle n'aura eu droit qu'à la litanie de leurs mensonges, encouragée par un tribunal nécessairement complice. Les rôles ont pu sembler inversés : pour une fois, ce sont les matons qui sont accusés, c'est la famille du prisonnier qui est partie civile. Mais ça s'arrête là. Pour la justice, un prisonnier reste un prisonnier, c'est-à-dire pas tout à fait un être humain : sa dignité, son intégrité, et jusqu'à sa vie ne pèseront jamais grand-chose face à l'institution et à ses agents ; pas question d'en faire une victime.

Quand la parole est accordée à la sœur de Sambaly, elle fixe les tueurs l'un après l'autre, cherchant à accrocher leur regard fuyant, et dit son plus grand souhait : « Je voudrais que ces gens n'aient plus jamais le droit de travailler. Je suis dame de cantine, j'ai peut-être même nourri certains de vos enfants ; si un petit tombe malade à cause de la nourriture que je lui ai donnée, je suis renvoyée le jour même, et c'est normal. Je ne peux pas comprendre que vous ayez tué mon frère et que vous soyez encore à Saint-Martin. »

Texte déjà paru sur L'envolée

Pour le récit détaillé des audiences, écouter notre série de podcasts enregistrés à La Rochelle au cours du procès : https://lenvolee.net/delibere-des-matons-tueurs-de-samba/

 

Publié le 21.07.2022 à 09:30

Coup à EDF au Mexique ! La communauté autochtone de unión hidalgo et prodesc obtiennent l'annulation définitive du méga-projet éolien gunaa sicarú

Des nouvelles du projet de parc éolien d'EDF au Mexique : la lutte paie !

Le ministère de l'Énergie en Mexique a décidé d'annuler la consultation indigène avec la communauté d'Unión Hidalgo après que la Commission Fédérale d'Électricité (CFE) a annulé les contrats de fourniture d'énergie à Eólica Oaxaca, une filiale de l'entreprise française Électricité de France (EDF). Cette décision intervient après que ProDESC et la communauté d'Unión Hidalgo aient demandé à la CFE, en avril, d'annuler les contrats de fourniture d'électricité pour ce parc éolien, l'un des plus grands d'Amérique latine. Cette annulation constitue une pierre angulaire pour la défense de la terre, du territoire et des ressources naturelles des communautés agraires et autochtones au Mexique et en Amérique latine.

Après cinq ans de défense de leur droit à la terre et au territoire, la communauté autochtone zapotèque d'Unión Hidalgo, accompagnée par le Projet des droits économiques, sociaux et culturels (ProDESC), a annoncé que la Commission fédérale de l'électricité (CFE) a définitivement annulé le contrat de fourniture d'électricité signé avec le géant français de l'énergie Électricité de France (EDF), ce qui signifie que le méga-projet éolien Gunaa Sicarú est définitivement annulé.

La décision a été annoncée la semaine dernière par le tribunal du premier district de Oaxaca, où ProDESC est en procès depuis des années concernant la construction de ce parc éolien. À cet égard, le Ministère de l'Énergie mexicain (SENER) a informé de la décision de la CFE d'annuler les contrats de fourniture signés avec EDF, ainsi que le contrat d'interconnexion correspondant.

Ces annulations démontrent, selon SENER, que la centrale éolienne de Gunaa Sicarú est techniquement irréalisable, “puisqu'elle [la centrale éolienne de Gunaa Sicarú] était directement liée au projet annulé”.

Après cela, SENER a signalé que la procédure de consultation menée à Unión Hidalgo “est restée sans objet”, puisque le projet n'existe pas et qu'il n'y a pas “d'objet de la consultation”. En conséquence, SENER a demandé au tribunal de district de rendre une décision sur les procédures d'amparo relatifs à la consultation.

C'est ainsi que le processus de défense promu par ProDESC et la communauté de Unión Hidalgo fait de l'annulation de Gunaa Sicarú une pierre angulaire dans la défense du droit à la terre, au territoire et aux ressources naturelles des communautés indigènes et pour la responsabilisation des entreprises au Mexique et en Amérique latine.

Lire la suite sur Prodesc.org.mx

 

Publié le 18.07.2022 à 18:00

Notre antifascisme

Remettre les pendules à l'heure et le monopole institutionnel de la lutte en cause. Sortir de la mythologie réformiste et renouer avec la perspective de l'abolition de l'État.

« Dans la domination réelle totale, il n'y a plus aucun endroit où l'ouvrier puisse entamer sa propre vie, parce que ce qu'il y a partout, c'est la vie du capital. »

Renato Curcio & Alberto Franceschini, Gouttes de soleil dans la cité des spectres, 1983

I. Reconnaître nos lacunes

Le texte qui suit ne cherche pas nécessairement à produire une définition théorique de l'antifascisme révolutionnaire. À ce sujet, nous nous contenterons de dire que la lutte antifasciste, au même titre que les autres, n'a rien de révolutionnaire si elle se contente de rester sectorielle : un antifascisme révolutionnaire doit embrasser la totalité de la vie, c'est-à-dire combattre partout et en tout temps la barbarisation des rapports humains dans l'économie capitaliste. Les personnes visées par nos critiques se reconnaîtront et seront reconnues.

Un antifascisme révolutionnaire reconnaît dans l'État la matérialisation politique du pouvoir économique, l'institutionnalisation de sa logique d'exploitation et d'accumulation du capital. L'État, quelle que soit sa forme, est le garant collectif de la société de classe. Le fascisme n'est jamais autre chose que le prolongement de la forme politique du capital par d'autres moyens en temps de crise. La crise est un moment de déclin de l'hégémonie de la bourgeoisie et de son appareil d'État, qui voit les catégories de base de la société capitaliste se radicaliser. L'extrême-droitisation du champ médiatique traduit cette radicalisation, qui se présente à nous dans les délires sur l'immigration et les frontières, le « laxisme » de la justice et la « délinquance », le « communautarisme » et l'islam, la souffrance des policiers et la présomption d'innocence des dominants, l'émancipation par le travail et la fainéantise des chômeurs, etc. Cette radicalisation accompagne le durcissement de l'exploitation, du tri aux frontières, de la répression policière quotidienne, etc.

Tous ces phénomènes pointent le caractère lacunaire de l'antifascisme cantonné à la lutte contre l'expression des groupes fascistes : la lutte antifasciste n'est véritablement féconde que dans le prolongement de la critique de l'économie politique. C'est là qu'elle permet d'anticiper la menace, de la confronter sur le terrain sur lequel elle s'avance, de déconstruire les mensonges sur lesquels elle s'appuie et d'identifier le fascisme tel qu'il est : le « visage dévoilé » d'un système nécessitant déjà d'importantes doses de massacres et d'injustices, fonctionnant bien avant la volonté subjective de nuire et de dominer de quelques autocrates ou généraux ; bien avant que les logiques économiques mutilantes ne deviennent incontrôlables et obligent à recourir aux forces d'exception du système pour garantir sa sauvegarde.

Évidemment, le travail d'information sur les groupes fascistes, de harcèlement sur leurs militants et d'autodéfense face à leurs violences, est légitime et indispensable. Mais ce travail ne doit pas nous dédouaner du reste. L'agitation culturelle, l'intervention dans les luttes sociales et la participation aux initiatives d'auto-organisation sur nos lieux de vie et de travail, font partie intégrante du combat antifasciste. Les délaisser au profit unique de la violence de rue, c'est ouvrir la porte aux comportements claniques et aux logiques de bandes armées ; c'est neutraliser les perspectives du mouvement antifasciste en l'enfermant dans un combat d'arrière-garde et dans des logiques à la limite du féodal ; c'est, enfin, saper notre capacité collective à identifier concrètement les catégories de base de l'État-nation moderne structurantes, et avec elle notre capacité de réaction face à leur radicalisation.

Ces travers nous enferment dans des protestations domestiquées et sans lendemain, auprès d'acteurs politiques choisis par l'État et son dialogue social. Notre positionnement vis-à-vis de ces acteurs politiques est sans doute le dernier marqueur significatif permettant d'évaluer, en surface du moins, le degré de radicalité – ou a contrario de bêtise politique – des militantes et des militants se revendiquant de l'antifascisme. Mais la radicalité, c'est-à-dire la volonté de prendre le mal à la racine et de fonder sa pratique sur une critique totalisante de l'état actuel des choses, n'est pas toujours sincère. Elle ne peut pas non plus se mesurer à la radicalité de la violence assumée dans la rue face aux fascistes. Du reste, on trouve toujours des groupes antifascistes pour « tenir la rue » d'une main et interpeller la Préfecture de l'autre. Notre première tâche devrait être de rompre avec cette conception de l'antifascisme – et donc avec les groupes qui s'en réclament.

Seulement, les groupes autour desquels le mouvement antifasciste se polarise depuis plusieurs années ont eu tendance à cacher la merde sous le tapis et à instaurer un statu quo nocif aux dynamiques qui leur échappaient. Le problème de la représentation et de la spécialisation, tel qu'il est posé aujourd'hui dans le mouvement antifasciste, doit être résolu. La lutte hégémonique que se livrent les tenants de l'antifascisme dit « autonome » et de l'antifascisme que nous dirons « para-syndical » ne mènera à rien sinon à la multiplication des tensions, des accrochages et des règlements de comptes. La rupture doit être politique avant d'être « militaire », et doit permettre de rendre leur voix à toutes les forces antifascistes dépossédées de leur capacité d'expression par le statu quo qui mine le mouvement. Alors nous pourrons choisir notre camp ; un camp qui ne soit pas celui d'un supérieur hiérarchique en compétition avec son voisin, mais bien le camp de toutes celles et ceux qui le composent.

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Pour toute réclamation, écrire au Groupe Révolutionnaire Charlatan Twitter : https://twitter.com/GRC WordPress : https://lacharlatanerie.wordpress.com/ Mail : contact_grc@protonmail.com

Pour télécharger la brochure : https://lacharlatanerie.wordpress.com/notre-antifascisme/

 

Publié le 07.07.2022 à 16:00

L'Actu des Oublié.e.s • Saison II • Episodes 17-18 : Abolir la police

Tous les deux lundis, l'Actu des Oublié.e.s évoque les luttes dans le monde. Cette semaine, épisode spécial en deux parties « Abolir la police »

L'Actu des Oublié.e.s • Saison II • Episode 17 : Abolir la police 1/2
Le mouvement Black Lives Matter a ravivé les mouvements pour l'abolition de la police. Même si à Minneapolis, ville de Georges Floyd, un référendum a rejeté le démantèlement de sa police à 53%, l'engouement nouveau que provoque l'idée née dans les mouvements anti-racistes des années 70 est détonant et dépasse désormais les franges de la gauche radicale. Les deux derniers épisodes de la saison II de l'Actu des Oublié.e.s est consacrée à cette proposition : vivre sans police ni prisons, qui ouvre des possibles et s'inscrit dans le concret en de nombreux endroits du monde.
L'Actu des Oublié.e.s • Saison II • Episode 18 : Abolir la police 2/2
Après avoir évoqué les mouvements pour l'abolition de la police et les grandes lignes théoriques de cette perspective, nous partons cette semaine en différents endroits du monde pour découvrir des mouvements en lutte qui développent un autre rapport les un.es aux autres. Intimement liée au lien social, à la confiance entre les êtres et à une forme élaborée de démocratie directe, la justice transformatrice fait partie intégrante de ces sociétés qui ont jugé nécessaire, de part leur histoire, de remettre en cause les institutions policières et judiciaires patriarcales, voire l'état nation dans son ensemble.

SOURCES 1e partie Urgence notre police assassine / Désarmons-les / Abolir la police.org Abolir la police par le collectif Matsuda. Sur Cairn, l'article « Foucaud et la société punitive » L'Aventure abolitionniste En anglais : For a World Without Police / Critical Resistance / 8toAbolition Assata's Daughter / Prodject Nia / Transform Harm.org

2e partie Défaire la Police / L'Aventure abolitionniste Sur des méthodes de justice transformatrice : A World Without Prison / Revolution Starts at Home Mexique : Revue Mouvement n°4 : Autodétermination et police communautaire au Guerrero Cahiers de la « Petite école zapatiste », disponibles en français sur https://ztrad.toile-libre.org/ Radio Zapatista Rojava : La Commune du Rojava & Nous vous écrivons de la révolution, Syllepse. ALA Info.net : Venezuela, el Horizonte comunal

MUSIQUES 1e partie No justice no peace de Cocoa Brovaz Cypher Circles avec Dost et Geronimo 2e partie Amor e Sangue en Chiapas de Garcia MC Rojava du rappeur kurde Hassune Abuso de poder de la rappeuse vénézuelienne Gabylonia

VISUEL 1e partie 8toAbolition - Les étapes à suivre pour parvenir à un monde sans police ni prison où nous pouvons être en sécurité. 2e partie Femmes brandissant drapeau et foulard kurdes à la fenêtre d'un bus. Auteur : Sunrise Odyssey (wikimedia commons)

Tous les épisodes de l'Actu des Oublié.es à écouter ici !!

 

Publié le 06.07.2022 à 15:00

Angers : attaque fasciste sur une librairie associative dans un contexte local de soft-power d'extrême droite

À Angers, le « 21 », local qui accueille une librairie associative, subversive et militante, et un atelier vélo a été dégradé pour la 2e fois en deux semaines. Les militants néo-nazi de l'Alvarium, structure fasciste locale, sont largement pointés du doigt. Malgré leur dissolution il y a quelques mois, ils bénéficient de la complicité et de la bienveillance de structures, groupes et politiciens locaux.

Nouvelles dégradations des fascistes contre le « 21 » (Librairie Les Nuits Bleues et l'atelier de réparation de vélos La Tête dans le Guidon).

Dans la nuit du 02 au 03 juillet 2022, des membres de l'extrême droite locale s'en sont pris à notre lieu. Un lieu pour eux symbolique de ce qu'ils n'aiment pas, un lieu qu'ils détestent même.

Pourquoi ? Nous sommes un lieu avec une librairie qui diffuse une littérature ouvrière, des ouvrages de classes, de théories et/ou pratiques politiques et syndicales émancipatrices. Nous sommes concerné·es par les luttes du passé, du présent et de l'avenir. Engagé·es, nous pouvons intervenir dans les luttes féministes, écologistes, antiracistes et contre toutes les formes de totalitarisme (religieux, politiques…), à la recherche d'alternatives à la société capitaliste actuelle. Et puis, dans notre lieu, réparer des vélos, souvent à petit prix pour les plus précaires, est quelque chose qu'iels ne peuvent sans doute pas faire, ni même imaginer … Pensez donc, être attentif·ve à l'Autre en essayant de se faire respecter...

Pendant que les militant·es nationalistes, issu·es ou proches de l'Alvarium et de son prête-nom actuel le Rassemblement des Étudiants de Droite, soutiennent le dictateur de Syrie aux côtés de SOS Chrétiens d'Orient (accusé de complicité de crimes de guerre), nous, nous soutenons et informons sur les luttes contre Daech et le clan Assad. Pendant que nous envoyons de l'argent aux syndicalistes et aux anti-autoritaires ukrainien·nes, eux·elles soutiennent des groupes nazis ukrainiens comme le montrent certaines communications de leur part, tout ça après avoir longtemps soutenu·es les nationalistes séparatistes pro-russes. Si la cohérence n'est pas leur fort ; la mythomanie, la violence, la stupidité sont une « Trinité » récurrente chez eux.

Nous sommes ce qu'ils·elles ne sont pas, comme nous le disions déjà voici pas mal de temps. Nous sommes des militant·es syndicalistes, politiques, sociaux·ales. En face ? Pour beaucoup des rejetons de la bourgeoisie locale, de « grands » propriétaires fonciers et/ou immobiliers. Nous, nous nous battons pour une société libérée d'un tas de carcans moraux et/ou religieux, pour une société se basant sur la liberté de toutes et tous et dans le respect de tous et toutes ; nous aspirons à une société reposant sur l'égalité économique et sociale ou chacun·e pourrait produire et consommer en fonction de ses capacités et besoins. Eux ? Ils·elles ne rêvent que de liberté, mais pour eux·elles-mêmes. Ils·elles ne sont capable, à l'instar de leur « guide suprême », que de petites magouilles et de minables arnaques… Ils·elles veulent que tous et toutes travaillent mais qu'eux·elles seul·es en profitent. Ce sont des parasites sociaux. Et ces gens, en plus, se croient supérieurs en raison de leur foi, de leur couleur de peau, de leur naissance.

[...]

.lire-ailleurs { text-align: center;font-weight: 800; } .lire-ailleurs a { background-color:#f5f5f5; color:black; display: block; padding: 0.5rem 0; margin-bottom: 0.5rem; text-decoration: none !important; } .lire-ailleurs a:hover { background-color: #a30005; transition-property: background-color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a:hover span { color: white; transition-property: color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a span { color:#a30005; }

 

Publié le 02.07.2022 à 16:00

Les poids et les mesures

Le 28 février 2017, les socialistes votaient la dernière loi sécuritaire du quinquennat Hollande. Une série d'articles qui étendaient à l'ensemble des forces de l'ordre les règles d'ouverture du feu, jusque là dévolues aux gendarmes, qui leur permettaient d'allumer tout contrevenant pour refus d'obtempérer. Un genre de permis de tuer qui les autorisait à tirer sur un véhicule en fuite qui aurait pu, dans cette dimension ou une autre, mettre en danger la vie d'un quelconque pandore. (Article paru sur Rebellyon)

Depuis, les simples flics ont commencé à prendre leurs marques, ce qui a fait quelque bruit après l'assassinat au fusil d'assaut, fin avril, des deux passagers avant d'une voiture garée en contresens près du Pont-Neuf. Le 4 juin, un véhicule cherchant à échapper à trois agents en VTT se retrouvait bloqué boulevard Barbès ; le conducteur qui avait plein de trucs à se reprocher comme avoir bu, fumé et déjà perdu son permis tente de s'esquiver. Neuf tirs plus tard, il est expédié aux urgences, puis en détention provisoire, et sa passagère à la morgue avec une balle dans la tête. Le lendemain à Vienne un autre conducteur, sans-papier, tente le rodéo de la mort, pour échapper encore une fois à un contrôle de police. Il est finalement appréhendé et transporté à l'hôpital. Le 8 juin, à Montélimar, un homme mal garé s'enferme dans sa voiture, moteur éteint, pour empêcher la fourrière de l'embarquer. Devant son refus de sortir, un policier municipal se met à imaginer un délit(-délire) ; et si la voiture démarrait soudainement, fonçait sur lui, ses collègues, les passants, etc. Il sort alors son arme de service et met en joue le conducteur, qui finit par obtempérer et sortir de son véhicule.

Avec ces histoires la rubrique fait divers semble bien remplie avant les législatives. Mais pas que. Ces incidents constituent en effet, au-delà des flaques de sang en train de sécher sur le bitume ça et là, d'épineux problèmes métaphysiques et politiques, qui nous obligent à prendre toute la mesure du tournant totalitaire attaché aux transformations du métier de policier, au cours de ces dernières années. Tout se passe un peu comme dans ces films de science-fiction un peu ronflants et un peu récents, genre Tenet, où les balles partent à l'envers, où les personnages forcément torturés finissent flingués par des échos du futur. Prenons donc la mesure de cette torsion des lois physiques, introduites par la loi de 2017.

Un conducteur ou une conductrice refuse d'obtempérer : c'est-à-dire de s'arrêter pour un contrôle ; si les flics tirent, prenant le risque de tuer et blesser les occupant-es du véhicule, le conducteur (ou la conductrice) est immédiatement accusé, comme par rebond balistique, de tentative d'homicide sur agent de forces de l'ordre. Bien souvent, après ralentissement dû à l'enquête, on passe à une simple violence avec arme par destination (genre une twingo). Mais il arrive que la scène se torde parfois davantage quand on découvre que des fonctionnaires de police mentent comme des arracheurs de dents quand il s'agit de se couvrir. Comme à Nantes (juillet 2018) où un CRS admet avoir « fait une déclaration qui n'était pas conforme à la vérité » après avoir tué un jeune homme dans une voiture qui tentait (selon lui) de se soustraire à un contrôle en marche-arrière. Ou comme à Sevran (mars 2022) où un policier est mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner [sic] » après avoir exécuté un automobiliste au volant d'une camionnette présentée dans les médias comme volée.

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