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Accès libre Organisme national, l'OPC travaille sur l’articulation entre l’innovation artistique et culturelle, les évolutions de la société et les politiques publiques au niveau territorial

▸ les 50 dernières parutions

03.12.2021 à 15:30

Estelle Zhong Mengual : Que peut l’art face à la crise écologique ?

Estelle Zhong Mengual : Que peut l’art face à la crise écologique ?Estelle Zhong Mengual est historienne de l'art, titulaire de la chaire « Habiter le paysage – l’art à la rencontre du vivant » aux Beaux-Arts de Paris. Dans cette interview, l'historienne décrypte ce qu'elle nomme "crise de notre sensibilité au vivant" et évoque la place de l'art dans la crise écologique.


03.12.2021 à 14:56

Ce que les tiers-lieux posent comme défis aux politiques culturelles

Ce que les tiers-lieux posent comme défis aux politiques culturellesUne véritable « tiers-lieu mania » s’est emparée de l’action publique, notamment dans le domaine de la culture. État et collectivités territoriales s’efforcent de structurer leur soutien à ce mouvement qui, sous bien des aspects, met à l’épreuve les frontières et les fondements des politiques culturelles. Afin d’y voir plus clair et de nourrir la construction de ces nouveaux programmes publics, l’Observatoire des politiques culturelles propose une note synthétique sur le sujet.

Lire la note

Lire la veilleuse consacrée aux tiers-lieux


03.12.2021 à 12:04

Le POC #numérique #1

Le POC #numérique #1
Les youtubeurs, nouveaux médiateurs culturels... Godard sur Netflix... Toutes les œuvres en haute qualité sur Google... Pour ou Contre ? Voici le premier POC de l'OPC !
Merci à la promo 16 du Master DPC, d'avoir joué les premiers de cordée. 

 

03.12.2021 à 11:39

Les politiques culturelles en Europe face au défi de la démocratie participative

Les politiques culturelles en Europe face au défi de la démocratie participativeJournée d'étude internationale organisée par Astrid Chabrat-Kajdan (Université Lumière Lyon 2, Passages arts & Littératures XX-XXI), Bérénice Hamidi (Université Lumière Lyon 2, Passages arts & Littératures XX-XXI), Séverine Ruset (Université Grenoble Alpes, Litt&Arts), en partenariat avec l'OPC.

Date et Lieu : 3 décembre 2021 - Université Lumière Lyon 2, Campus Berges du Rhône, Bâtiment CLIO, salle 036

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Programme :

10h-10h20 : Introduction des organisatrices et de Vincent Guillon, codirecteur de l’Observatoire des politiques culturelles.

10h20-10h50 : Milena Dragićević Šešić, Université des Arts de Belgrade, "Les politiques culturelles urbaines : entre néolibéralisme, politiques populistes et demandes des citoyen.ne.s et des artistes-activistes".

10h50-11h20 : Jean-Gilles Lowies, Conservatoire Royal de Bruxelles et Université de Liège, “Une culture de tous, par tous, pour tous ? Instituer la participation aux politiques culturelles en Belgique francophone".

11h20-11h30 : Pause

11h30-11h50 : Lluis Bonet, Université de Barcelone (intervention en visioconférence), “Politiques culturelles et participation : expériences et défis dans le cas espagnol”.

11h50-12h30 : Discussion collective.

12h30-14h30 : Pause déjeuner

14h30-15h : Fanny Bouquerel, Institut d’études européennes, Université Paris 8, "Objectifs, dispositifs et effets des processus participatifs de l’UE pour la culture : beaucoup de bruit pour rien ?".

15h-15h30 : Pierre Brini, Le LABA et Institut d’études politiques de Grenoble, "Enjeux participatifs dans les programmes culturels de l'UE : Focus sur ERASMUS+ et Europe Créative 21-27".

15h30-16h : Félix Dupin-Meynard, CEPEL-CNRS, "Expériences participatives et résistances à la démocratie dans le spectacle vivant : que partage-t-on, comment, pourquoi ?".

16h-16h30 : Discussion collective.

16h30-16h45 : Pause

16h45-18h : TABLE RONDE "Enjeux de la démocratie participative pour les institutions culturelles", avec les intervenant.e.s de la journée.


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Entrée libre dans la limite des places disponibles

05.10.2021 à 17:33

La gouvernance culturelle des villes

La gouvernance culturelle des villesTable ronde autour de l’ouvrage de Guy Saez De la gouvernance culturelle des villes. De la décentralisation à la métropolisation

Visioconférence Le 5 octobre 2021 de 10h à 12H30

L’ouvrage de Guy Saez (directeur de recherche émérite au CNRS PACTE) retrace la trajectoire des politiques culturelles des villes depuis la création du ministère des Affaires culturelles jusqu’aux années 2020. Cette gouvernance se déploie en trois régimes d’action publique successifs. La décentralisation culturelle (1960-1980) jette les bases d’une grammaire politique partenariale État-villes bien avant que n’intervienne la réforme de décentralisation des compétences de 1982-1983. Les villes s’engagent alors sur la voie de la territorialisation des politiques publiques, épaulées par leurs puissantes ressources financières et la professionnalisation de leurs cadres (1980-2000). Depuis le début du XXIe siècle, l’emprise des références intellectuelles puisées dans la mondialisation telles que l’économie politique culturelle, la ville créative, les droits culturels, entraîne une métropolisation de la culture.

La récente publication de l’ouvrage à la Documentation française offre l’occasion de poursuivre la réflexion et le débat avec les acteurs de cette gouvernance, élus comme responsables d’institutions culturelles.

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Programme

Sous la présidence de Maryvonne de Saint Pulgent, présidente de section honoraire au Conseil d’État, présidente du Comité d’histoire du ministère de la Culture ;

animée par Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique (université de Paris X Nanterre), en présence de Guy Saez, directeur de recherche émérite au CNRS ;

Avec :

Juliette Bompoint, co-Présidente de  Mains d’œuvres à Saint-Ouen,

Marie-Pia Bureau, directrice de l’Espace André Malraux à Chambéry,

Nicolas Cardou, directeur général adjoint à la Culture de Nantes-métropole,

Stéphane Frioux, adjoint à la culture, aux universités et à la vie étudiante, Ville de Villeurbanne

Bernard Sevaux, directeur du projet Capitale française de la Culture 2022, directeur Général Adjoint à la Culture, Jeunesse et Prospective, Ville de Villeurbanne.

Revoir la web conférence



Voir l'interview d'Emmanuel Wallon sur l'ouvrage

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Une table ronde organisée conjointement par le Comité d’histoire de la Culture, l’Observatoire des politiques culturelles et la Fondation des Treilles.

07.09.2021 à 12:36

#24 La veilleuse de l'OPC : politique culturelle numérique

#24 La veilleuse de l'OPC : politique culturelle numériqueAprès un an et demi de transformation digitale accélérée et un déplacement de la vie culturelle sur Internet, où en sont les acteurs culturels avec le numérique ? Au-delà de la crise, qu’est-ce que les pratiques en ligne peuvent avoir d’inspirant pour le secteur culturel ? En quoi certains artistes nous montrent-ils des chemins de traverse pour regarder Internet autrement qu'au prisme des GAFAM ? La revue l’Observatoire consacre son nouveau numéro au numérique, l’occasion de s’y attarder dans cette newsletter.

En matière de consommations culturelles, notamment sur écran, le premier confinement a réduit les clivages sociaux et générationnels. C’est l’une des curiosités que souligne une enquête du DEPS. Pour autant, si de nombreuses personnes ont découvert des formes de pratiques numériques à cette occasion, vont-elles les « poursuivre et en faire des habitudes culturelles » ? Un questionnement à explorer dans les années à venir. De leur côté, que retirent les acteurs culturels de ce moment inédit ? Interrogés sur le sujet, deux directeurs d’équipements culturels exposent des visions contrastées : tandis que Laurent Sellier voit dans le numérique l’opportunité d’inventer « de nouveaux modes de narration numérique », Benoît André « ne considère pas le numérique comme une solution pérenne pour les spectacles eux-mêmes », si ce n’est pour des projets pensés dès le départ pour le numérique. Franck Bauchard prend appui, pour sa part, sur l’exemple du théâtre américain. Il relate une ruée des auteurs et des acteurs sur Internet « avant même les metteurs en scène et les théâtres » qui a généré une « floraison de propositions » et des formats inédits.

Au-delà de la crise, la revue rapporte un certain nombre de positions critiques au sujet des rapports de domination qui structurent le numérique contemporain. « La régulation des GAFAM n’a marqué que de bien timides progrès ces dernières années. Leur capacité de surveillance et de traçage est plus grande que celle des États », déplore Jean-Pierre Saez. Fred Turner expose l’étendue des défis et dresse un parallèle entre les géants du pétrole et ceux du numérique : « [Les réseaux sociaux] sont à notre paysage social ce que la Standard Oil a été à notre paysage naturel. » L’artiste Lauren Huret dénonce, de son côté, le mythe d’un numérique immatériel, à partir d’une enquête menée auprès des « nettoyeurs du Web ». Elle décrit un « prolétariat numérique » dont le métier est de trier et d’effacer les images violentes et traumatisantes qui circulent sur le Web.

« Face à ces nouvelles formes d’asservissement, est-il possible de développer une stratégie émancipatrice adaptée à l’ère numérique ? » s’interroge Pierre Lévy. Le philosophe Achille Mbembe plaide pour faire entendre la voix de l’Afrique sur le digital et l’obsolescence des technologies. Il rappelle qu’en Afrique la réparation est omniprésente et « constitue le moteur de la vie ». Il juge ainsi indispensable « une critique renouvelée de la technologie s’appuyant sur d’autres archives que celles de l’Occident ». Les acteurs culturels inventent, quant à eux, des résistances.Stéphanie Aubain décrit le déploiement d’un réseau social alternatif aux GAFAM dédié à une communauté de spectateurs à la Maison des métallos. Ce dispositif a nécessité de réinventer les « émoticônes usuelles » et des « filtres moins stéréotypés ». Pour l’artiste Rocio Berenguer : « ces outils, hypertechniques […], qui nous incitent à un comportement de consommateurs, doivent être détournés, piratés.» Valéry Cordy, intervenante à l’école d’art de La Cambre, plaide pour un « apprentissage du code et une culture technique la plus large et approfondie possible » afin de sortir d’un usage passif.

Ce tour de piste des enjeux numériques ne saurait être exhaustif sans évoquer les arts numériques. Lisa Pignot et Emmanuel Vergès écrivent à leur propos qu’ils « brouillent les frontières et les balises académiques de notre conception de l’art ». Et Clément Thibault de préciser : « L’obsolescence qui touche les hardwares comme les softwares contraint les artistes à une posture d’expérimentation permanente ».

Et si certains usages développés sur le Web se révélaient stimulants pour les problématiques culturelles ? Les chercheuses Camille Jutant et Sarah Cordonnier décrivent les échanges d’une communauté en ligne consacrés au tricot comme inspirants pour la médiation : « Les nombreuses formes de médiation hétérogènes observables sur ravelry.com ont pour point commun la tolérance et l’hospitalité. L’ignorance est toujours accueillie avec bienveillance et s’expose donc très régulièrement ». Loup Wolff, chef du DEPS, se questionne, quant à lui, sur les nouveaux modes de recommandation culturelle qui émanent des réseaux sociaux. Il note « l’indifférence aux prescriptions culturelles des institutions » d’une partie de la jeunesse qui s’est tournée vers « des mécanismes de recommandation horizontale, de fonctionnement communautaire ». « Autant de bouleversements qui réinterrogent la mission des politiques culturelles quant à l’élargissement des publics, la priorité donnée à la fréquentation des établissements culturels ». Dès lors, en quoi consisterait une politique culturelle numérique ? In fine, Vincent Guillon et Emmanuel Vergès proposent d'y répondre en identifiant une série de dilemmes que les politiques culturelles posent au numérique(et inversement).


Carnet d'étonnements

dentifier les députés distraits lors des séances plénières, c'est l'idée de Dries Depoorter, un artiste numérique belge. A partir des vidéos de la chaîne youtube du Parlement flamand, l'intelligence artificielle « The Flemish Scrollers » repère les élus déconcentrés par leurs smartphones. Les vidéos sont alors postées sur les réseaux sociaux, les politiciens tagués. Une façon de questionner des thèmes comme l'exercice de la représentation politique, la surveillance, la vie privée, l’intelligence artificielle et les médias sociaux.

« Avenue de Hongkong libre », « Avenue du dalaï-lama », « Route des martyrs ouïghours »… : le maire de Budapest a décidé de renommer le nom de plusieurs rues de la ville pour montrer son opposition à l’installation d’un campus chinois. Un pied de nez pour contester le projet défendu par Viktor Orban.


27.07.2021 à 11:08

Le secteur culturel à l'épreuve des discriminations

Le secteur culturel à l'épreuve des discriminationsLe secteur culturel s’interroge lui aussi sur la place des personnes non-blanches et la diversité des récits, des imaginaires et des appartenances dans ses institutions et ses politiques publiques. Comment dépasser l'antagonisme et la binarité des positions actuelles entre universalisme et antiracisme ?

Une interview de Mame-Fatou Niang, maîtresse de conférence en littérature française et francophone (Université Carnegie-Mellon, Pittsburgh), pour enrichir et dépassionner le débat.

« Et si antiracisme et universalisme, loin d'être des entités irréconciliables, (…) traduisaient en réalité une seule et même exigence vis-à-vis de la République ? » (Slate)


16.07.2021 à 12:59

Hommage à Robert Abirached 1930-2021

Hommage à Robert Abirached 1930-2021Notre ami Robert Abirached est parti ce jeudi 15 juillet à l’âge de 90 ans. Magistral homme de théâtre auquel il a consacré une oeuvre d’une grande richesse, il fut professeur d’Université, journaliste au Nouvel Obs, Directeur du Théâtre et des Spectacles au ministère de la Culture dans les années 80. Convaincu par la grande ambition que représentait la décentralisation des politiques culturelles au-delà de celle, pionnière, du théâtre, il fut aussi de 1991 à 2002 un président concerné de l’Observatoire des politiques culturelles durant le mandat de directeur de René Rizzardo. Il accompagna quelque temps encore l’OPC tandis que Michel Fontès prenait sa suite. Il n’avait de cesse de faire entendre sa voix et son exigence en faveur du service public. D’un caractère enjoué, pétulant - parfois volcanique - Robert était profondément attachant. Il suivait toujours avec attention le parcours de l’Observatoire et ne manquait pas lui manifester sa solidarité et de lui apporter son soutien. Dans ce moment de tristesse et de peine, nos pensées vont à son épouse, à ses enfants et sa famille ainsi qu'à ses nombreux ami.e.s.

Jean-Pierre Saez, Vincent Guillon, Emmanuel Vergès


Pour Robert Abirached.

Au décès d'un ami, les images se bousculent… Souvenirs de réunions dans son bureau de directeur du théâtre au ministère de la culture, avec Augusto Boal, âpres négociations… ses interventions sur l'éducation artistique dans plusieurs rencontres de l'ANRAT (association nationale théâtre et éducation) que je dirigeais et qu'il avait soutenu dès sa création… notre collaboration à l'édition des quatre tomes sur l'histoire de "la décentralisation théâtrale" (Actes sud Papiers) qui demeurent une référence… la préface qu'il accorda à mon livre "Théâtre, éducation, jeunes publics : un combat peur en cacher deux autres" (Lansman)… l'hommage à Philippe Avron, notre ami commun, à la Maison Jean Vilar… son intérêt pour Jacques Lecoq dont il reconnu, avant bien d'autres, l'importance sur le théâtre contemporain… et ces très nombreux moments plus personnels, à Avignon, à Limoges, à Paris dans son petit bureau ou dans son restaurant chinois familier… très récemment encore un déjeuner, un coup de fil, des messages… Robert fut pour moi, comme pour tant d'autres, une rencontre essentielle, franche, sans concession, parfois bouillante et excessive mais toujours sincère et fidèle. Bref, une amitié profonde née de combats communs et d'intérêt marqué plus pour les personnes que pour les idéologies ou les postures. Cet homme-là manquera au monde théâtral. Cet homme-là manquera, oh combien, à ses amis !

Jean-Gabriel Carasso. 16 juillet 2021



Pour moi, Robert a représenté une sorte de « grand frère », bien plus savant et calé que moi, sur tous les sujets concernant le Théâtre. Il était déjà une référence quand j’étais étudiant à l’Institut d’Etudes théâtrales…Et j’avais lu avec joie ses critiques dans Le Nouvel Observateur : sa façon de parler des oeuvres et de la scène était une « pédagogie en acte », engagée et passionnée, ouvrant les débats.

J’ai connu Robert plus tard, juste après 1981, car il a toujours défendu la place des artistes et du partenariat dans l’Education. Et je me souviens que, jeune prof d’Ecole normale, j’avais pris rendez-vous avec lui et André Cabanis à « La Direction du Théâtre et des Spectacles » pour lui demander s’il accepterait la mise en place à titre expérimental d’un « Atelier Théâtre » pour de futurs enseignants dans l’Ecole normale où j’enseignais. Le « partenariat » se ferait, s’il en était d’accord, avec le Théâtre du soleil (Gérard Hardy, Georges Bonnaud, Lucia Bensasson…) et on y inviterait d’autres comédiens venant d’autres compagnies (comme ceux du Théâtre de l’Opprimé, des Arts de la Marionnette ou du Campagnol). Après avoir relevé ses lunettes sur le front, après m’avoir rappelé que son champ d’intervention était soit les Lycées, soit l’Université, il se leva et marcha dans le bureau quelques instants…Et il donna son accord pour que ses services se mettent en contact avec le Rectorat de Créteil et la Direction de l’Ecole normale. On allait mettre en place le premier "Atelier de formation Théâtre en partenariat » au sein d’une Ecole normale ! Je suis sorti rue Saint-Dominique en trouvant la rue bien plus large qu’en vendant : la joie communicative de Robert pour ouvrir l’avenir écartait les murs !

C’est cette image de la « réflexion active » et de l'ouverture d’esprit qui me reste de ce premier accueil, pour moi forcément très intimidant !

Et Robert fut ensuite, tout au long de ces années partagées, le compagnon de route fidèle. Lui qui avait fondé l’ANRAT pour que les deux professions Education et Culture se parlent enfin (selon le voeu de Jack LANG) fut attentif au développement des Ateliers Théâtre dans les collèges et les Lycées, à l’expérimentation du futur Bac Théâtre conduit en partenariat, au développement de tous les outils pédagogiques capables d’aider les pratiques et de renouveler l’approche du théâtre auprès des élèves.Et il initia les premières universités d'été conjointes (Education Culture) qui furent des lieux de brassage de tous les talents et de co-formation à la fois pédagogique et artistique.

Et puis, ce fut la belle aventure des quatre tomes de La Décentralisation théâtrale que nous eûmes le grand bonheur, Jean-Gabriel CARASSO et moi de coordonner dans les « Cahiers de l’ANRAT » publiés avec Actes Sud Papiers…C’est toujours avec le sourire et l'engagement qu’il acceptait d’intervenir dans des séminaires de l’Association pour transmettre cette histoire du théâtre public et ses valeurs.

Et c’est vers Robert que je me suis tourné en tout premier quand Jack LANG, mettant en place la Mission pour le Plan des Arts à l’Ecole, me demanda si j’acceptais de devenir Conseiller pour le Théâtre…Sarns l’avis de Robert, sans les échanges que nous avons eus alors autour d’un repas partagé dans son quartier, je n’aurais jamais eu le courage (ou l’audace) d’accepter cette « mission » et ce poste.
Je savais qu’en cas de doute et d’insuffisance, je pourrais toujours l’appeler ou le voir. Sa bonhommie, son goût de la discussion, son souci de faire progresser la lourde machine administrative : tout cela était ma bouée de sécurité et mon repère rassurant pour de vrais partages, sans autres enjeux que le bien commun à rechercher.

Nous nous sommes souvent revus, croisés, appelés, retrouvés (pour la Légion d’Honneur de Michel Vinaver à la SACD) ou plus récemment pour échanger sur la difficulté à maintenir une place digne et suffisante pour le Théâtre dans la politique du nouveau Lycée « Blanquer »...

J’ai beaucoup de peine, comme vous tous. Nous sommes nombreux à perdre un ami, un initiateur et un sourire de complicité enjouée.

Mais le Théâtre nous rassemble au-delà des séparations et des douleurs : ses livres, sa pensée, son goût de l’action nous relient pour longtemps à lui et nous engagent à poursuivre la route en pensant à ce qu’il dirait, à ce qu’il ferait….
La force d’une pensée et d’un esprit reste en nous, comme un promesse. A sa famille, à ses proches, à ses amis si nombreux j’adresse ce petit message, témoin d’un parcours fraternel et fidèle.


Jean-Claude LALLIAS
Conseiller Théâtre
Réseau canope / Education nationale
Membre d’Honneur de l’Association nationale de recherche et d’action théâtrale (ANRAT





02.07.2021 à 14:53

#23 La veilleuse de l'OPC : prix unique du livre - loi Lang - Amazon

#23 La veilleuse de l'OPC : prix unique du livre - loi Lang - Amazon« La loi Lang est le principal totem de notre métier, notre ADN. Sans elle, le tissu le plus dense de librairies indépendantes au monde aurait été réduit de moitié ou davantage », témoigne dans Libération Matthieu de Montchalin, ancien président du Syndicat de la librairie française.

Acheter le même livre au même prix dans n’importe quel commerce, tel est le principe de la loi sur le prix unique du livre votée au début du premier mandat de François Mitterrand. Avec pour ambition de protéger les librairies indépendantes, menacées à l’époque par les pratiques discount des grandes surfaces et chaînes de magasins spécialisées dans la distribution de produits culturels. Jack Lang, interviewé dans L’Obs, qualifie cette loi de « première loi d'écologie culturelle » assurant « la prééminence de la création sur l'esprit de lucre et de rentabilité à court terme ». Si cette loi fait date, « elle fut aussi l’aboutissement d’un long chemin de croix » peut-on lire dans Le Monde. « Jack contre Fnac » : dans un article pour Libération, Frédérique Roussel revient sur les multiples résistances à l’application d’une loi jugée liberticide et inflationniste.

La loi fait partie aujourd’hui du paysage français. Selon Pierre Dutilleul, interrogé sur France Culture, elle « a permis à des librairies de s'installer dans les coins les plus reculés du territoire » et favorisé la diversité éditoriale et littéraire en évitant une trop forte « best-sellerisation ». Si Henri Causse dans Le Monde voit un effet pervers lié à une « surproduction de livres, qui asphyxie le marché », Jack Lang interviewé dans Libération « préfère une surproduction à une sous-production. […] C'est ça l'esprit de la loi, c'est de donner leur chance à des livres qui ne rencontrent momentanément pas leur public. Il a fallu trente ans à Marguerite Duras avant qu'elle ne triomphe. » D’autres pays ont suivi, comme l’Allemagne, la Belgique, la Grèce… Son introduction est actuellement débattue en Suisse et au Québec.

Pour autant, la pandémie a mis un coup de projecteur sur les pratiques de concurrence déloyale des grosses plateformes de vente en ligne comme Amazon qui proposent des frais d’envoi quasi nuls. Pour Nathalie Silbert dans Les Echos, Amazon « mérite mieux que sa réputation » en améliorant globalement « le service au lecteur ». Mais les librairies indépendantes ne peuvent pas s'aligner face à de telles pratiques, « sauf à vendre à perte et à menacer une économie déjà fragile » peut-on lire dans Télérama. 40 ans après la loi Lang, le gouvernement se positionne une nouvelle fois en faveur des librairies indépendantes. Le projet de loi adopté au Sénat le 8 juin dernier prévoit, entre autres, la mise en place d’un tarif minimum pour les frais d’expédition. Clément Solim dans ActuaLitté y voit une façon de « préserver l’écosystème de la librairie, et lui offrir une opportunité de développer la vente à distance ». La loi a été accueillie favorablement par le secteur, notamment par le Syndicat de la librairie française. Xavier Martinet dans France Culture se demande cependant si cette « réplique » de la Loi Lang est « le bon rempart » face au marché numérique. De son côté, Franck Gintrand faisait remarquer il y a quelques mois dans Slate : « Amazon fait peur mais ce sont les grandes surfaces qui font mal aux librairies », le géant du commerce en ligne ne détenant au final que 10% des parts de marchés.

« Que serait le monde sans la loi Lang ? » S’il est possible d’imaginer divers scenarii tels que ceux proposés par l’association des Librairies Indépendantes en Nouvelle-Aquitaine (livres vendus au poids, distributeurs automatiques de livres, monde littéraire uniformisé…), répondre à cette question est difficile tant l'écosystème est complexe. Dov Alfon dans Libération constate qu’il « reste encore dans la chaîne du livre bien des choses à améliorer » comme le sort des artistes-auteurs. Toujours est-il que « les Français ne sont pas de grands lecteurs, mais ils adorent leurs librairies ». Affaire à suivre…


Carnet d'étonnements

Qu’est-ce qu’un saut de loup, une ronde-bosse, une échauguette ? Vous trouverez les réponses à ces questions dans le dictionnaire du patrimoine élaboré par PAJ Patrimoine Architecture Jardins, magazine virtuel de l’association Vieilles Maisons Françaises. Ce dictionnaire en ligne permet de découvrir/redécouvrir des notions de patrimoine en accédant à des illustrations de qualité. Une façon originale d’explorer le patrimoine de chez soi.

En panne d’idées pour dépenser les 300 € du pass Culture ? Le designer Geoffrey Dorne a lancé un pass (contre) Culture. Créé dans le sillon du pass du ministère de la Culture, ce générateur d’idées propose des films et des livres sur les thèmes de la liberté, de la politique, du féminisme, de l'égalité sociale... Des pistes "d'usage" dans la perspective de la généralisation du dispositif ?

04.06.2021 à 12:21

#22 La veilleuse de l'OPC : Artiste-auteur - Rapport Racine - Vocation/travail

#22 La veilleuse de l'OPC : Artiste-auteur - Rapport Racine - Vocation/travailL’artiste est-il un travailleur comme un autre ? s’interrogeait l’Observatoire à l’occasion d’un numéro consacré aux statuts de l’artiste. « L’artiste n’est plus cet individu hors du monde social, figure issue d’une vision réductrice du romantisme, mais il est souvent un travailleur précaire » pouvait-on lire dans l'introduction au dossier.

La déception des artistes-auteurs quant aux suites données au rapport Racine par le ministère de la Culture et la fronde contre les affiches de la Ville de Bordeaux « Artiste c’est un métier ? » sont l'occasion de donner un coup de projecteur sur la situation des artistes-auteurs.

Ces derniers constituent une catégorie complexe à cerner, tant le terme regroupe des métiers et des statuts différents définis par le code de la sécurité sociale. Le rapport de Bruno Racine, remis au ministère de la Culture en janvier 2020, situe les artistes-auteurs dans l’« angle mort » des politiques publiques. Il souligne leur précarité et la dégradation de leurs rémunérations ces dernières années. Salué par une partie de la profession, le texte propose 23 mesures, avec notamment la prise en compte de la demande de statut et la considération du temps passé à créer une œuvre. Il envisage également des solutions face au faible poids politique de la représentation des artistes-auteurs sur un plan national. Une interview de Samantha Bailly, ex-présidente de la Ligue des auteurs professionnels, dans AOC détaille les espoirs déçus par le plan du ministère de la Culture. Cette feuille de route, rendue publique en mars, ne retient qu'une partie du rapport Racine. Les organismes de gestion collective qui collectent et répartissent les droits d’auteurs ont, quant à eux, plutôt bien accueilli le plan ministériel. Un article du Monde ne manquait pas de souligner les tensions entre les 2 parties, source d’embarras pour la rue de Valois.

« D’où vient donc, en un siècle aussi éclairé que le nôtre paraît l’être, le dédain avec lequel on traite les artistes, prêtres, peintres, musiciens, sculpteurs, architectes ? », s'interrogeait Honoré de Balzac dans le texte « Des artistes » ? Deux siècles plus tard, Stéphanie Le Cam, directrice de la Ligue des auteurs, voit encore dans cette marginalisation l'héritage d’une vision romantique de l’artiste : « au XIXe siècle, Balzac et Sainte-Beuve s’affrontaient déjà sur la question de savoir si l’on pouvait mêler art et argent. Dans l’imaginaire collectif, nous avons continué à faire vivre cette idée de l’artiste passionné et désintéressé qui ne vit que pour son art. ». Pierre Estève confiait d'ailleurs dans l’Observatoire n°44 « j'ai moi-même cru des années durant qu'un bon artiste était un artiste pauvre ». Il questionnait la formation reçue au conservatoire qui ne l’avait pas préparé à la gestion d’une carrière.

Face à ce problème, de nouvelles mobilisations collectives prennent forme autour de mouvements comme #payetonauteur ou ©Non aux créations gratuites qui revendiquent une reconnaissance et une juste rémunération du travail de création. Une difficulté supplémentaire concerne le droit d’exposition qui permet à l'auteur d'être rémunéré en exposant son œuvre, un droit qui est peu appliqué par les lieux de diffusion. Comme le rappelle Agnès Tricoire dans l’Observatoire 55, la gratuité du droit d’exposition ne se présume pas mais ce principe est rarement respecté. Pascal Neveux, président du CIPAC, poursuit dans le même numéro : « il est donc assez fréquent d’entendre dire qu’un artiste qui expose ses œuvres n’a pas besoin d’être rémunéré pour cette exposition puisqu’il peut vendre ses œuvres. Or (…) cette économie vertueuse ne touche que très peu d’artistes aujourd’hui. »

Alors comment rémunérer l’acte de création ? Entre vocation et travail, Pierre-Michel Menger s’est questionné sur la nature de l'engagement qu'il induit. L’artiste-auteur est une profession où la rémunération n’est pas liée au temps passé à réaliser une création, mais à son succès. Ainsi, certaines œuvres prennent très vite une valeur folle et inversement commente-t-il à l'occasion d'une web-émission de la Ligue des auteurs professionnels. Outre l’intérêt des préconisations avancées par le rapport Racine, faut-il de ce fait envisager de faire entrer les artistes-auteurs dans un régime similaire à celui de l’intermittence comme évoqué dans une tribune signée par un collectif d'auteurs et d'artistes indépendants dans Libération ? Interviewé par Olivia Gesbert sur France Culture, Pierre-Michel Menger se montre sceptique sur ce point puisque le basculement dans un statut régi par le code du travail implique un lien de subordination à un employeur difficilement concevable avec l’acte de création.


Carnet d'étonnements

Et si l'art pouvait déjouer la surveillance numérique ? Des artistes créent des œuvres pour rendre les outils de reconnaissance faciale inopérants. Du maquillage, des bijoux, des coiffes sont ainsi destinés à se camoufler dans l'espace public. Des créations qui tentent d'alerter le grand public sur les dangers de ces technologies.

Construire « avec » plutôt que « pour », continuer à concevoir ensemble tout en construisant, c’est le défi de ConstructLab, pratique de construction collaborative. Praticiens de divers champs (charpentiers, architectes, designers, conservateurs, cinéastes, écrivains, enseignants…) sont invités sur différents projets à explorer ensemble une « intelligence constructive », éco-responsable, de bon sens et utilisable par tout le monde.



07.05.2021 à 15:55

#21 La veilleuse de l'OPC : culture et santé

#21 La veilleuse de l'OPC : culture et santé« Semblable à une rencontre humaine, parfois capable de déclencher un sentiment presque amoureux, une œuvre agite quantité de neurotransmetteurs et d’antidouleurs dans notre cerveau. Oui, l’art fait du bien » note Christophe Averty dans Le Monde. Influence positive tout au long de la vie ou compléments thérapeutiques dans les soins de santé, le rôle des arts et de la culture dans le bien-être et la santé est reconnu par l’OMS depuis 2019. Ses vertus sont nombreuses : l'art nous offre du beau, de l'émerveillement, il régule nos émotions en nous stimulant ou en nous apaisant, il nous interpelle, nous fait réfléchir, nous ouvre sur le monde et sur soi, il nous relie à une « commune humanité », avec l’art on se sent moins seul…

S’il y a de multiples façons de fréquenter l’art, la musique a l'avantage d’être accessible de chez soi et se révèle un soutien précieux en temps de crise. Dans The Conversation, Diana Derval nous explique comment la musique nous fait vibrer et peut correspondre à un massage. Sabine Bachut dans L’Influx observe comment, dans le contexte du confinement, « la musique ambient devient aussi une forme de prescription musicale ». Emmanuel Bigand va jusqu’à défendre que « la musique a une importance fondamentale dans l'évolution de l'humanité ». Auteur de « La symphonie neuronale - Pourquoi la musique est indispensable au cerveau », il explore les effets de la musique sur le cerveau, ses bénéfices en termes de santé et d’éducation. La musique influence les êtres humains tout au long de la vie : « les petits ne parlent pas encore, mais ils chantent déjà, et les âgés ne parlent plus mais chantent encore ».


Mais alors comment la fermeture des lieux culturels peut-elle affecter notre santé psychique ? Le neurologue Pierre Lemarquis, auteur de « L’Art qui guérit », s’inquiète sur France Musique d’une vague de troubles psychiatriques : « en limitant l’accès à l’art, on tue ce qui donne envie de vivre ». Anne-Marie Dubois, directrice scientifique du Musée d'Art et d'Histoire (Hôpital Sainte-Anne), explique que l’accès à la culture permet de prendre du recul sur ce qui nous arrive, de nous inscrire dans une histoire et mieux surmonter des difficultés. Marine Raimbaud, psychiatre au GHU Paris Saint-Anne et invitée au colloque « Culture : essentielle ? » du Théâtre 14 restitué par News Tank Culture, indique l’importance du « rituel » dans la consommation culturelle (s’habiller, retrouver ses amis, fréquenter des lieux culturels chargés d’histoire…). « Regarder des séries en chaîne favorise la dépression », ajoute-t-elle. Thibaud Croisy dans Lundi matin note qu'il « est déconcertant d’être seul, exclusivement seul pour la première fois face à une œuvre d’art, une musique, un poème, des mots, et de vivre l’expérience esthétique sans la présence rassurante des autres. Ça fait frémir parce qu’on est seul devant soi. »


Cela n’est pas sans résonner avec le concept de « ©Santé Culturelle » développé par la psychanalyste Sophie Marinopoulos en 2019 dans un rapport pour le ministère de la Culture. Depuis une vingtaine d’années, elle observe que les enfants « présentent des signes de malnutrition culturelle », ainsi qu’une détérioration des liens parents-enfants. « Nos relations humaines se sont appauvries, nous parlons peu, moins ou alors sur un mode informatif. La narrativité a disparu des liens familiaux ». « Ce n’est pas avec des objets que le bébé veut communiquer, mais avec d’autres sujets, lesquels doivent lui proposer une véritable nourriture culturelle. » D’où l’importance d’une politique d’éveil culturel et artistique des jeunes enfants, telle que celle engagée par le ministère de la Culture. Prendre soin de la relation parents-enfants, « c’est prendre soin de l’humanité », indique Sophie Marinopoulos, invitée récemment outre-Rhin par la Fondation Genshagen. Elle défend l'idée que la santé culturelle, porteuse d’apaisement personnel et de pacification sociale, doit prendre sa place dans les programmes de l’OMS.


Carnet d'étonnements

Du théâtre livré à domicile. L’initiative de Teatro Delivery a été lancée par le comédien Ippolito Chiarello, invitant à créer en Italie des Unités spéciales de continuité artistique (Usca) pour faire face à la fermeture des théâtres. Roberta Paolini et Marica Mastromarino ont été les premières à se saisir de cette idée. Le public choisit un menu, passe commande, puis les 2 comédiennes délivrent à domicile des pilules de théâtre. Un acte qu’elles décrivent comme une forme de désobéissance civile.

S’élancer dans les airs et survoler les toits d'un Palais avec trois adeptes de freerun, ressentir l’immensité des fresques d'un Forum par des mouvements de danse aux influences hip hop, parcourir la richesse graphique des mosaïques d'un Hall d’honneur lors d'une balade poétique... C'est ce que propose la 4e édition du Festival « L’envers du décor » 100% numérique du Palais de la Porte Dorée. Une série de courtes vidéos réalisées à partir de créations d'artistes in situ et accessibles en ligne permet de découvrir ce chef d'œuvre art déco sous un angle sensible et décalé.


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06.05.2021 à 12:05

Vincent Guillon et Emmanuel Vergès, un binôme pour relever les nouveaux défis de l’Observatoire des politiques culturelles

Vincent Guillon et Emmanuel Vergès, un binôme pour relever les nouveaux défis de l’Observatoire des politiques culturellesC’est un duo – Vincent Guillon et Emmanuel Vergès – qui a pris la direction de l’Observatoire des politiques culturelles, le 5 avril 2021. Leurs trajectoires professionnelles se sont rencontrées à l’OPC il y a quelques années où ils ont arpenté ensemble les sujets de la coopération, des cultures numériques et des nouveaux modèles de politique culturelle. De cette expérience commune est né le désir de porter un projet de codirection.

Ce duo arrive à un moment important pour les politiques culturelles. D’abord en raison de la crise sanitaire qui a accéléré les effets de certaines transformations de fond des pratiques culturelles : leur digitalisation, bien sûr, mais aussi le fléchissement de la fréquentation de l’offre publique de culture parmi les générations les plus récentes.

En cela, la sortie de crise ne saurait se réduire à la relance d’un héritage de politique culturelle dont il est nécessaire d’accompagner l’évolution. Nécessaire en raison de la dimension profondément culturelle des questions politiques actuelles : qu’il s’agisse de transitions écologique et numérique, de réinvention de la vie démocratique ou de rapports de domination dénoncés par les nouvelles mobilisations sociales de ces dernières années.

Le projet porté par Vincent Guillon et Emmanuel Vergès défend un principe « d’observation dans l’action » : c’est-à-dire une observation partagée et réalisée en coopération avec l'État, les collectivités, les réseaux professionnels, les citoyens, les artistes, le monde universitaire…, où la production de connaissances s’accompagne d’expérimentations de terrains et dont le renouvellement des formes doit renforcer le rôle de passeur ou de traducteur joué par l’OPC.

Vincent Guillon est politologue. Il était depuis 2015 directeur adjoint de l’OPC. Ses travaux de recherche à Sciences Po Grenoble l’ont amené à explorer différents aspects et contextes de la fabrique territoriale de l’action publique culturelle. Mais auparavant c’est en tant qu’acteur culturel qu’il a débuté sa vie professionnelle, principalement dans le giron des lieux intermédiaires, des arts dans l’espace public et de l’urbanisme culturel.

Emmanuel Vergès est ingénieur et docteur en information et communication. Il a commencé à oeuvrer à la Friche la Belle de Mai à l’époque des premiers Cyber-C.A.F.É.S. Il développe depuis 10 ans à l’office des projets et des dispositifs de coopération pour accompagner les transformations culturelles actuelles et penser la convivialité des outils numériques.


13.04.2021 à 16:12

#20 La veilleuse de l'OPC : Opéra, diversité, traduction, universalisme, décolonialisme

#20 La veilleuse de l'OPC : Opéra, diversité, traduction, universalisme, décolonialismeLe rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris commandé par son directeur Alexander Neef pour « mettre en phase l’opéra avec la société française » n’a pas manqué de soulever intérêts et controverses. Le texte préconise, entre autres, de faire évoluer le concours d’entrée à l’école de danse et d’adapter les productions jugées trop stéréotypées. Qu’ils défendent leur attachement intellectuel et politique à l’universalisme ou au mouvement décolonial, beaucoup s’entendent au moins sur un point : celui de condamner le document. L’universitaire Isabelle Barbéris, dénonce ainsi « l’entrisme des positions décolonialistes » et une vision racialiste de la diversité, tandis que l’association Décoloniser les arts critique une approche trop restreinte qui ne permet pas une remise en question plus systémique des problèmes. Salariés et danseurs de l’opéra, à l’origine des discussions sur la diversité au sein de la maison, tiennent à préciser ne pas s’inscrire dans une démarche académique mais pratique, qui se veut créatrice et non destructrice. De son côté, le journaliste Frédéric Worms s’interroge sur les liens entre diversité et discrimination : l'absence de diversité à l’opéra pourrait-elle être le symptôme d’une discrimination ? S’appuyant sur un autre exemple, celui de l’Orchestre national de Paris, Constance Rivière pose le problème en amont du recrutement de ces grandes institutions culturelles : « comment se fait-il qu'en France, dans les conservatoires de musique classique, on constate si peu de diversité ? ». Le sociologue Bernard Lehman insiste pour sa part sur les effets de l’habitus, car « une imprégnation familiale favorise grandement l’accès à la musique savante (…). Ces distinctions sociales sont tellement marquées qu’elles existent même au sein de l’orchestre où certains instruments sont jugés plus prestigieux que d’autres. ». Le numéro 56 de la revue de l’Observatoire révélait une multitude d’expériences d’acteurs de terrain qui mettent en œuvre des stratégies de petits pas, d'affirmative action, pour tenter d’agir concrètement en faveur d’une plus grande égalité et diversité. Dans un autre contexte, aux États-Unis les colorblind casting, cherchent à éviter que le public ne s'enferme dans des représentations très datées et trop monochromes de nos sociétés. « Ils affûtent notre œil, stimulent notre sens critique », argumente La Süddeutsche Zeitung. Léonora Miano accuse, quant à elle, la tentation d'assigner l'autre à un rôle particulier en raison de son apparence et souligne l’importance, notamment pour les institutions, d’être conscientes de ce regard pour pouvoir le transformer.

« Cinq minutes de grâce, des semaines de polémique » résumait un article dans Médiapart à propos de la traduction du poème qu’Amanda Gorman, a déclamé lors de l’investiture de Joe Biden. Aux Pays-Bas, l’éditeur néerlandais du poème avait choisi Marieke Luca Rjineveld pour le traduire. Celle-ci s'est finalement retirée suite à une tribune de la journaliste Janice Deul qui soulignait l’occasion manquée de faire appel, pour cette traduction, à une écrivaine noire « dans un monde où les femmes noires sont si souvent marginalisées ». Un renoncement qui a généré son lot de réactions condamnant les dérives d’une « traduction identitaire ». Guillaume Erner partageait son incompréhension dans un billet sur France Culture : « l’exercice même de la traduction est la désidentification – traduire cela suppose d’accepter de quitter une identité pour une autre (…) traduire c’est parier sur l’idée même de l’universalité du genre humain. ». Lise Wajeman dans Médiapart notait que la polémique affecte particulièrement des pays avec une histoire coloniale. « En France, des postures qui peuvent plaider, de façon vindicative parfois, pour une ouverture à la diversité sont réinterprétées en tentatives d’assignations identitaires. Il y a là un point aveugle qui doit être interrogé ». Sans aucun doute faudrait-il surtout questionner le manque de diversité dans le monde l’édition, comme le déplore l'autrice Alice Zeniter.

On ne peut manquer de souligner, dans ces deux affaires, la polarisation des débats et leur cacophonie accentuées par les réseaux sociaux. Dès lors, comment trouver un autre chemin que celui de l’opposition binaire ? La politologue Justine Lacroix plaide pour s'interroger à nouveau sur ce que représente l'universalisme. « Quand je suis le débat français on a souvent le sentiment qu'on aurait le choix entre d'un côté un universalisme républicain, invoqué comme un argument d'autorité et de tradition (…). Et puis d'autre part une sorte de relativisme culturaliste, un enfermement dans les cultures. En réalité ce n'est pas comme ça que les choses se passent. L'universel ne relève pas d'une sorte de dogme surplombant, d'un ensemble de principes qu'on accepte tels quels. L'universel c'est une aspiration qui est toujours en construction. Qui est traversé d'une réflexion sur les façons de faire progresser ces aspirations universelles ».


Carnet d'étonnements

« Ce poème est un remède ». À l’hôpital de Lyon Sud, la psychologue Laure Mayoud propose à ses patients « des prescriptions de beauté ». Les personnes hospitalisées peuvent choisir dans une artothèque un tableau ou un poème qui leur parle et va les accompagner le temps de leur séjour.

Et si aujourd'hui, vous étiez « commissaire d'exposition » ! Avec Lizellba, outil de médiation culturelle, la Criée centre d'art contemporain à Rennes propose de s'amuser à monter sa propre exposition à partir d'œuvres extraites d’expositions récentes. Le jeu circule actuellement à Rennes hors des murs de la Criée et est accessible à toutes et tous en ligne.


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09.04.2021 à 11:13

Les dépenses culturelles des collectivités territoriales ont-elles décroché avec la crise du covid-19 ?

Les dépenses culturelles des collectivités territoriales ont-elles décroché avec la crise du covid-19 ?En dépit d’un contexte tendu pour le monde culturel, notre enquête constate le prolongement de la tendance à la hausse des dépenses culturelles des collectivités en 2020 et prévoit une stabilité des efforts financiers pour une majorité d’entre elles en 2021.

En savoir +


16.03.2021 à 12:35

Vers une politique de la Relation ?

Vers une politique de la Relation ?Evénement en direct sur le web sur la page YouTube de l'OPC
23, 24, 25 et 26 mars 2021.

Télécharger le programme

Le monde semble engagé dans une série de changements concomitants qui dessine à la fin une grande transformation : révolution numérique, crise écologique, nouvelle donne économique mondiale, montée des nationalismes, crise de la démocratie…

Tandis que le thème de la diversité ne cesse d’être investi de nouveaux enjeux, bien des questions qu’il pose demeurent en suspens. L’individualisme conteste le besoin de coopération tout en se conjuguant aussi avec lui. Le désir d’expression de soi, soutenu par les facilités qu’accordent les réseaux sociaux, adresse en filigrane une demande de reconnaissance plus globale.
Les fractures sociales, territoriales, numériques, fragilisent le vivre ensemble, c’est-à-dire l’assurance de faire partie d’une communauté de destin par-delà les différences ou les divergences.

Quelles issues inventer à la crise de civilisation qui se cristallise sans cesse ? Quel rôle les arts et la culture peuvent-ils jouer pour nous éclairer sur le sens des changements qui nous affectent ? Et si la réponse aux défis qui nous sont opposés résidait dans l’invention d’une politique de la Relation ? Comment un tel projet pourrait-il prendre appui sur les arts et la culture ?

La Rencontre de Grenoble associera les participants des ateliers et un public local et national. Elle mobilisera des compétences locales, nationales et internationales (artistes, philosophes, sociologues, élus, acteurs culturels, acteurs du champ social, économique, environnemental, ...).

Rencontre avec le parrainage exceptionnel d'Edgar Morin

23 mars

17h-19h Ouverture en direct depuis la MC2  Visionnez

Accueil Arnaud Meunier, directeur de la MC2
Introduction générale à la rencontre Jean-Pierre Saez, directeur de l'Observatoire des politiques culturelles

Le mot des partenaires
Éric Piolle, maire de la Ville de Grenoble
Christophe Ferrari, président de Grenoble-Alpes Métropole
Jean-Pierre Barbier, président du Département de l’Isère
Florence Verney-Carron, vice-présidente chargée de la culture, Région Auvergne-Rhône-Alpes (sous réserve)
Noël Corbin, délégué général à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle, ministère de la Culture

Dialogue avec...
Patrick Chamoiseau, écrivain
Léonora Miano, auteure, femme de lettres






21h-23h Une nuit avec... Visionnez
Une série de grands entretiens enregistrés en amont de la rencontre sera diffusée lors de rendez-vous nocturnes. Au programme ce soir :
Dialogue avec...
Patrick Viveret, philosophe et essayiste
Émilie Le Roux, metteuse en scène, compagnie Les veilleurs
Alexandros Markeas, compositeur, musicien





24 mars

13h-15h Les ateliers Visionner
Des ateliers ont été organisés en amont de la rencontre autour de plusieurs thématiques, par différentes structures :
Apardap et Migrants en Isère : Comment prendre soin de l'Autre dans le monde d'aujourd'hui ?
La Chimère citoyenne : Qu’est-ce que les arts nous disent de l’état de la démocratie ?
Détours de Babel et Musée dauphinois : Comment les cultures peuvent faire dialoguer les arts et le patrimoine ?
Médiarts et Université Grenoble Alpes : La médiation culturelle est-elle un plus ou en trop ?
Observatoire des politiques culturelles : Pourquoi et comment dynamiser la présence des artistes sur les territoires ?
Patrimoine Aurhalpin : Comment le patrimoine peut-il contribuer au lien social ? Quels problèmes de transmission soulève-t-il aujourd’hui ?
Le Prunier sauvage : Pourquoi et comment mieux inscrire les arts et la culture dans les parcours de vie des jeunes ?

La restitution de l'ensemble de ces ateliers prend la forme de courtes vidéos.




17h-19h Table ronde 1 Visionner

(S') éveiller, transmettre, prendre part / en direct depuis la MC2
Avec Anne Courel, metteuse en scène et directrice de l’Espace 600, Grenoble
Emmanuel Demarcy-Mota, directeur Théâtre de la ville Paris
Sophie Marinopoulos, psychologue, psychanalyste
Sarah Mattera, directrice de Mille Formes, Clermont-Ferrand
Brahim Rajab, directeur du Prunier Sauvage, Grenoble
Animation Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique, Université Paris Ouest-Nanterre

La table ronde sera suivie d'un moment musical avec : Goran Bregović, en complicité avec le Festival Détours de Babel.





21h-23h Une nuit avec... Visionner

Une série de grands entretiens enregistrés en amont de la rencontre sera diffusée lors de rendez-vous nocturnes. Au programme ce soir :
Dialogue avec...
Boris Cyrulnik, neurologue, psychiatre
Carole Karéméra, actrice, danseuse et musicienne
Robin Renucci, acteur, metteur en scène, directeur des Tréteaux de France



25 mars

13h-15h Webinaire Visionner
Coopérer, irriguer les territoires

Avec la contribution des réseaux artistiques et culturels et des fédérations de collectivités suivants :
AADN (Arts et Cultures Numériques)
ABF (Association des bibliothécaires de France)
ASN (Association des Scènes nationales)
CIPAC (Fédération des professionnels de l'art contemporain)
FEDELIMA (Fédération des Lieux de Musiques Actuelles)
ROF (Réunion des Opéras de France)
France Festivals
FNADAC (Fédération Nationale des Associations de Directeurs des affaires culturelles)
FNCC (Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture)
FNAR (Fédération nationale des Arts de la rue)
Ligue de l'enseignement
Assitej (Association internationale du théâtre pour l'enfance et de la jeunesse)
Régions de France
ADF (Association des départements de France)
France Urbaine
Avec la participation d'Arnaud Meunier, directeur de la MC2
Animation Cyrille Planson, rédacteur en chef de La Scène, codirecteur du festival Petits et Grands

Le webinaire sera suivi d'un moment musical avec : Ballaké Subramaniam (Lakshminarayana Subramaniam / Ballake Sissoko) en complicité avec le Festival Détours de Babel.





17h-19h Table ronde 2 Visionner

Reconnaître, relier, soigner l'hospitalité / En direct depuis la MC2
Avec Olivier Cogne, directeur du Musée dauphinois
Frédéric Lafond, directeur de la coopération et de l'innovation culturelle pour le Département de la Haute-Garonne, ancien président de la FNADAC
Carole Karemera,
actrice, danseuse, saxophoniste (Belgique / Rwanda)
Marie Moreau
, plasticienne, réalisatrice, co autrice des œuvres du bureau des dépositions.
Moïse Touré, metteur en scène, Compagnie Les Inachevés
Animation Bérénice Hamidi-Kim, professeure des arts de la scène, Université Lyon 2, membre de l’Institut Universitaire de France

Cette table ronde sera suivie d'un entretien avec Benoît Thiebergien, directeur du Festival Détours de Babel, puis d'un moment musical avec Kogoba Basigui (Ève Risser / Naïny Diabaté).





21h-23h  Une nuit avec... Visionner

Une série de grands entretiens enregistrés en amont de la rencontre sera diffusée lors de rendez-vous nocturnes. Au programme ce soir :
Dialogue avec...
Marielle Macé, essayiste, directrice d'études de l'EHESS, directrice de recherche au CNRS
Moïse Touré, metteur en scène, Compagnie Les Inachevés
Joëlle Zask, philosophe



26 mars

13h-15h Table ronde 3 Visionner
Comment les arts et la culture peuvent-ils nourrir une politique de la Relation ? Pourquoi et comment construire une telle politique ?

En direct depuis la MC2
Avec Paul Ardenne, critique d’art, historien de l’art contemporain
Céline Berthoumieux, Directrice de ZINC, Marseille, présidente de HACNUM réseau national des arts hybrides et des cultures numériques
Vincent Guillon, directeur adjoint de l'Observatoire des politiques culturelles
Alexis Moati, acteur et metteur en scène
Lisa Pignot, rédactrice en chef de l'Observatoire
Et aussi :
Aurore Bergé, députée
Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand, président de Clermont Auvergne Métropole
Pascal Clouaire, conseiller municipal de la Ville de Grenoble et vice-président de Grenoble-Alpes Métropole chargé de la culture, de l'éducation et de la participation citoyenne
Patrick Curtaud, Vice-président, chargé de la culture, Département de l’Isère
Marc Drouet, directeur régional des affaires culturelles de la région Auvergne-Rhône-Alpes
Lucille Lheureux, adjointe aux Culture[s] de la Ville de Grenoble

Présentation des rapports d’étonnement du tour des territoires Jean-Pierre Saez
Animation de la table ronde Vincent Guillon et Emmanuel Vergès, directeur de l’office, Marseille





17h-19h Clôture Visionner

Conférence de clôture du Tour : " Fabriquer de la relation par les arts et la culture " / En direct depuis la MC2
Jean-Pierre Saez, directeur de l'Observatoire des politiques culturelles
Cette séquence sera introduite par Arnaud Meunier, directeur de la MC2.

Concert en direct
Archères (Élisabeth Renau / Violaine Soulier)
Un duo mêlant cordes, crins, voix et peaux.





19h Concert Visionnez
Retransmission en direct du Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas
"Les Voies de l’Oyapock" de No Tongues
(Matthieu Prual / Ronan Prual / Ronan Courty / Alan Regardin)
Avec la complicité des "rendez-vous numériques" du Festival Détours de Babel.


En collaboration avec la MC2 Grenoble
En partenariat avec le Ministère de la Culture et la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, La Région Auvergne-Rhône-Alpes, le Département de l'Isère, Grenoble Alpes-Métropole, La Ville de Grenoble, la Ville de Clermont-Ferrand, L'Université Grenoble-Alpes, le Festival Détours de Babel et le Crédit Coopératif


02.03.2021 à 10:19

#19 La veilleuse de l'OPC : écoles d'art - morale, œuvre et artiste- droits culturels

#19 La veilleuse de l'OPC : écoles d'art - morale, œuvre et artiste- droits culturelsSi les artistes autodidactes existent, il est « hautement improbable d’atteindre la consécration artistique […] sans passer par une école supérieure d’art », relate Jérémy Sinigaglia, auteur de l’enquête Artistes plasticiens : de l’école au marché, dans Le Journal des Arts. Filières d’excellence et attractives, les écoles d’art publiques sont actuellement soumises à diverses critiques : forte sélectivité privilégiant les étudiants déjà favorisés, manque de diversité, difficulté d’insertion professionnelle, modèles économiques des écoles difficiles à soutenir, offre de formation hétérogène et peu lisible… Dans un récent rapport, « la Cour des comptes appelle à refondre la carte des écoles d’art » et à définir une stratégie nationale impliquant les différentes parties : culture, enseignement supérieur, éducation nationale. Eric Nunès dans Le Monde observe que « si de nombreux acteurs du secteur reconnaissent la nécessité d’une reprise en main, ils craignent une réforme comptable, éloignée des spécificités d’un secteur à part. » Dans son article « A quoi peut (bien) servir une école d’Art ? » paru dans Profession Audiovisuel, Marc Sagary se demande si « une école d’art doit devenir plus professionnelle, s’adapter davantage à la demande ou rester un lieu de débats esthétiques, loin du monde économique et des marchands ». Selon Emmanuel Tibloux dans une tribune du Monde, « la priorité n’est pas de former des génies solitaires, mais de contribuer à l’émergence de collectifs capables de réinventer nos façons de vivre et d’habiter ». Et si les artistes et designers avaient « vocation à mettre en œuvre le grand souci écologique de notre temps » ?

Le devenir des œuvres de Claude Lévêque dans l’espace public pose des questions inédites aux institutions. Les réponses apportées à cette situation embarrassante ont d’ailleurs été multiples : préservation des œuvres, consultation des habitants, attente, démontage, extinction des néons. La crise est délicate à gérer et mêle plusieurs enjeux : respect de la présomption d’innocence, du droit d’auteur, responsabilité morale de l’institution, droit de propriété, gestion de la colère des réseaux sociaux. « Une œuvre ne peut pas être modifiée de façon substantielle par une collectivité » précise le juriste Patrick Lopasso dans La Gazette des Communes. « Sans doute est-ce la première fois que l’époque juge une œuvre plastique qui lui est contemporaine au regard des soupçons pesant sur son auteur, et relevant d’un tabou absolu. Au point que l’on peut parler "d’un moment historique pour l’art" », avance dans Le Journal des arts Paul Lang. Sandra Hegedüs confie dans Le Monde « qu’est-ce qui serait cohérent ? Enlever les œuvres maintenant ? Les réaccrocher dans quelques années ? Accepter les œuvres des artistes morts mais pas celles des vivants ? ». Après chaque révélation, le débat sur la distinction entre l’homme et son œuvre revient inlassablement. Un statut singulier de l’artiste ironisé par l’humoriste Blanche Gardin aux Molières 2019. « Est-il moralement admis de regarder une œuvre de Claude Lévêque ? » s’interroge Marie Sorbier en convoquant l’expertise de Carole Talon Hugon. Dans les années 70 le monde de l'art se situait en situation d'extraterritorialité morale, explique cette professeure de philosophie. Aujourd’hui le contexte est tout autre. Elle dénonce « une chaîne de contamination de l’œuvre » qui se communiquerait de l’auteur à l’œuvre, puis à ceux qui l‘exposent, voire ceux qui la regardent. Gisèle Sapiro s’est attaquée à la controverse dans un récent ouvrage commenté par Marc Porée. À partir du moment où elle est mise entre les mains du public, l’œuvre vit une vie qui est la sienne, détachée de l’auteur ; elle ne peut néanmoins se tenir à l’écart de la trace laissée par l’auteur dans le monde. « Ainsi donc, seul un régime mixte, fait de séparation et d’inséparation, rendra compte de la nature inextricablement mêlée de ce qui unit, à la manière des jumeaux siamois, auteur et œuvre, œuvre et auteur ».

L’actualité éditoriale sur le thème des droits culturels s’emballe. En quelques mois, au moins quatre nouvelles publications leur sont consacrées. Signalons, une publication du Comité d'histoire, un ouvrage de Culture et Démocratie, un dossier du dernier numéro de Nectart consacré au sujet. Un débat assurément complexe qui suscite des points de vue variés. Sauver le secteur culturel peut-il tenir lieu de politique ? s'interroge Philippe Teillet dans Nectart. « En réponse à la crise majeure actuelle, les politiques culturelles semblent se borner aux limites du secteur professionnel qu’elles ont fait naître, alors qu’elles auraient l’occasion, comme à la Libération, de repenser le sens politique de leurs interventions à partir des droits culturels. » Les droits culturels, un changement de paradigme pour le moins clivant, comme en témoigne la tribune que publie Éric des Garets. « Si je ne remets pas en cause la prise en compte des droits culturels, je considère qu’ils dépassent le champ culturel et doivent infuser toutes les politiques publiques. Les réduire à la culture au prétexte qu’ils portent le mot culturel est, pour le moins, excessif et rudimentaire. »


Carnet d'étonnements

Un unique spectateur pour assister au Festival international de cinéma de Göteborg. Lisa Enroth, lauréate d’un concours lancé par le GFF, a vécu cette drôle d'aventure. Isolée pendant 7 jours sur une île en pleine mer du Nord, cette infirmière a visionné seule les 60 films sélectionnés pour l’évènement, loin du tumulte de la covid-19. Un exil temporaire documenté par un journal de bord. Deux autres gagnants ont assisté aux projections dans une ambiance tout aussi solitaire, au Draken, le grand cinéma de Göteborg ou dans le stade de hockey de 12000 places.

« Transformer les déchets récoltés sur l’Everest en oeuvres d’art », c’est le projet d’un Suédois résidant au Népal pour remédier au désastre écologique provoqué par le tourisme de masse. Les détritus récoltés serviront de support et d’inspiration aux créations d’artistes locaux et internationaux, dans l'objectif de sensibiliser à la préservation de l’environnement.


L’OPC sélectionne et éditorialise des informations sur les arts, la culture, la société et les politiques publiques. Pour y voir plus clair dans le bruissement des politiques culturelles. Vous pouvez vous abonner ici


22.02.2021 à 15:20

Pour un autre récit de la diversité

Pour un autre récit de la diversité
Evènement web avec une diffusion live sur la chaîne Youtube du ZEF.
 
Au cours des trois dernières décennies, nos représentations de la diversité ont beaucoup évolué. Cette notion renvoie désormais à une pluralité de questions. Pourquoi et comment protéger et mettre en valeur les expressions et les droits culturels des minorités ? Comment faciliter la prise de conscience de la diversité culturelle à travers la diversité artistique ? De quelle manière prendre soin de la mémoire des habitants comme d’un patrimoine à transmettre au plus grand nombre ? Pourquoi prendre en considération les revendications de genre ?… Ces questionnements s’appuieront largement sur le territoire marseillais, tout en sollicitant d’autres situations.

Au coeur de la région Sud, Marseille porte l’imaginaire d’une ville cosmopolite et le mythe d’un laboratoire du vivre-ensemble, dans l’entrelacs de ses villages urbains. Les expérimentations et aventures artistiques qui y sont menées permettent-elles d’articuler diversité et identités de manière apaisée ? Comment les « noyaux villageois » de Marseille, ses quartiers populaires, conjuguent-ils reconnaissance de la diversité et unité de la cité ? À la lumière de la crise sanitaire qui nous bouleverse, quels seraient les exemples à suivre d’une politique de la relation à l’Autre, qui prennent en compte l’universalité des droits de l’être humain, tout comme la réappropriation du vivant ?

Des ateliers et tables rondes discuteront de ces questions, des prestations artistiques seront également présentées lors de la rencontre proposée par le ZEF et l’Observatoire des politiques culturelles à l’occasion de son 30e anniversaire, avec le soutien de la DRAC PACA et le ministère de la Culture, la Ville de Marseille, la Région Sud, l’Université d’Aix-Marseille, en partenariat avec Arsud et Marcelle Media.

Date et lieu de de la rencontre : 9 mars 2021 au ZEF à Marseille

Consulter le programme

Un cahier spécial Marseille, réalisé en partenariat avec le ZEF, dédié au thème de la diversité est paru dans l'Observatoire n°56.

12.02.2021 à 14:34

Égalité H/F dans la culture : « On est toujours dans des rapports 80/20 »

Égalité H/F dans la culture : « On est toujours dans des rapports 80/20 »Anne-Lise Vinciguerra est directrice de l’Association toulousaine La Petite qui défend la création artistique des femmes. La structure forme et accompagne les organisations culturelles pour réagir, cocréer et diffuser de bonnes pratiques en matière d’égalité professionnelle. Comment développer un réseau professionnel de sororité ? Comment redonner aux femmes du pouvoir d’agir ? Comment déconstruire les stéréotypes et l’illusion de l’égalité ?...

Dans cet entretien, Anne-Lise Vinciguerra fait le point sur les inégalités F/H dans le secteur culturel. Comment dépasser la prise de conscience, les discours pour faire réellement bouger les chiffres ? Pourquoi à La Petite défend-on un management féministe et pas féminin ?




Anne-Lise Vinciguerra a aussi été interviewée dans le numéro 56 de l'Observatoire : Les petits pas de l’action positive en faveur de l’égalité des genres


02.02.2021 à 16:13

#18 La veilleuse de l'OPC : art et crise climatique - nuit confinée

#18 La veilleuse de l'OPC : art et crise climatique - nuit confinéeLes artistes « sont très en avance sur la perception (même scientifique) de la nouvelle situation matérielle du monde » témoignait Bruno Latour lors d’une rencontre en octobre à Bordeaux. D’éclaireur à lanceur d’alerte : que peuvent les artistes face à la crise climatique ? Pour Jean-Pierrre Saez « L’art n’a jamais transformé le monde, du moins directement. Mais il peut nous transporter, et changer notre regard sur le monde. » Maud Le Floc’h est de celle qui croit au rôle de l'art dans la transformation de nos affects : « On ne changera pas le monde en mobilisant seulement le cerveau gauche. Il est nécessaire d'avoir recours à d'autre registres. La force de l'art est à mobiliser. ». Le Polau, qu'elle dirige, déploie Le Parlement de Loire, une démarche relatée dans l’Observatoire, qui propose de doter le fleuve d’un statut juridique et de moyens d'expression pour faire valoir ses droits. Pourquoi le vivant est-il le parent pauvre de notre univers mental ? se désole Estelle Zhong Mengual dans le même numéro. Dans le prolongement de cette question, nombre de penseurs des « humanités écologiques » remettent en cause le dualisme nature/culture et suggèrent une « coconstruction indissociable » à instar de Donna Haraway. « Pour renouer avec le vivant, il faut (…) entendre des idées d’eau, des phrases de bêtes, des pensées d’arbres et de forêts ». Aussi, pourquoi ne pas reconnaitre aux poètes leur expertise en plein désastre écologique ? propose Marielle Macé.

Avec la fermeture des bars, des clubs, des espaces festifs et de culture, puis la mise en place du couvre-feu, la nuit est la première confinée. Si la nuit n’est pas « propice au respect scrupuleux de la distanciation physique », Michaël Fœssel fait remarquer dans Le Monde que le couvre-feu renvoie à « une défiance traditionnelle des autorités à [son] égard. » Les professionnels regrettent de ne pas être assez pris en compte par les pouvoirs publics. Dans une lettre adressée à la ministre de la Culture en octobre, Laurent Garnier se présente comme un « artiste du spectacle mort ». Au final, faute d’alternatives légales et de propositions politiques, les fêtes sont « condamnées à la clandestinité », observe Romain Geoffroy. Sur France Culture, Alexia Colone rappelle que « les rassemblements interdits sont nombreux dans l’histoire et ont tous participé à leur manière à l’expansion de courants artistiques, et même politiques. » Yann Lagarde prolonge l'analyse : et si le contrôle de la fête allait transformer la musique que nous écoutons ? Le livre blanc des Etats Généraux du droit à la fête affirme le rôle de la nuit dans la vie sociale et lance un « appel à la confiance » vers les pouvoirs publics et les territoires. 170 préconisations sont énoncées, avec comme priorité l'installation d’un Conseil national de la vie nocturne et de cellules d’appui Covid. L’école anthropocène de Lyon imagine le « Dancefloor comme ring politique » et invite à penser une politique redonnant « à la nuit son rôle d’effervescence démocratique. »


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« Oser parler à un inconnu », c’est ce que propose l’Agence de rencontre sans risque en partenariat avec Mains d'Oeuvres. Pendant une vingtaine de minutes, des inconnus sont mis en relation au travers d'une discussion téléphonique dont les contenus sont en partie scriptés et théâtralisés. L'Agence propose de robotiser les relations sociales : contrôler nos émotions, réduire l’empathie, prendre de la distance… et donc de mieux maitriser ces rencontres. Mais l'Agence de rencontre sans risque existe-t-elle vraiment ? Que nous raconte-t-elle sur les interactions humaines ?

A Miami Beach, des spectacles se jouent dans les vitrines des magasins fermés. Le metteur en scène Michel Hausmann a imaginé ce dispositif pour faire revivre le théâtre dans une rue où une soixantaine de magasins ont tiré le rideau. Ainsi, les comédiens jouent sur une scène/vitrine tandis que les spectateurs s’assoient dans la rue et suivent le spectacle avec des écouteurs. Des scènes écrites pour un ou deux acteurs, en concurrence « avec les sirènes d’ambulance, le passant en skate-board, ou le chien qui aboie », comme s’en amuse le metteur en scène.


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11.01.2021 à 15:14

#17 La veilleuse de l'OPC : incertitude de réouverture et pratiques culturelles

#17 La veilleuse de l'OPC : incertitude de réouverture et pratiques culturellesL’incertitude sur la date de réouverture des lieux culturels a suscité des réactions contrastées. Jean-Michel Frodon, regrette dans Slate des attitudes corporatistes, la pandémie accélérant « la réduction de chacun·e à une seule fonction, et la défense des intérêts de cette fonction ». Didier Rykner dans La Tribune de l’Art évoque une inversion de l’exception culturelle pour commenter la stratégie du gouvernement. Sébastien Thiéry regrette ardemment que le monde de la culture ait renoncé à son impertinence et son indiscipline : « Il fut un temps où il était évident que la société entière dépendait de votre audace ». A y regarder de plus près, la mobilisation a rassemblé de nombreux acteurs du théâtre, secteur connu pour son militantisme soulignaient plusieurs journalistes dans un live du Monde. Michel Guerrin remarque, lui, le silence d’une partie du monde culturel, notamment des musées : « La France (…) est le pays au monde qui aide le plus la culture en ce moment. Nombre de responsables le savent, d’où leur discrétion et leur malaise ». La décision rendue par le Conseil d'Etat, qui « a repris une bonne partie des arguments des représentants s'estimant victimes d'une atteinte grave à leurs libertés » (sans pour autant invalider la fermeture des lieux culturels) avait redonné quelques espoirs aux professionnels, mais l’expectative est toujours d’actualité aujourd’hui.

« Comment le confinement a rendu l’accès à la culture moins inégalitaire » titre Sophie Rahal dans son article pour Télérama. L'étude du DEPS sur les pratiques culturelles lors du premier confinement, fait ressortir des pratiques culturelles numériques en forte hausse, en particulier chez les séniors. Les Français ont aussi profité de cet épisode pour s'adonner aux pratiques culturelles en amateur, un engouement qui a rajeuni les pratiquants et réduit les écarts sociaux. Côté spectacle vivant, aux prises avec le défi du streaming, Eric Ruf estime qu'avec le confinement, la Comédie-Française « n’a jamais été aussi proche du public » qu'en ligne. Le comédien Jean-Pierre Darroussin dénie quant à lui toute vertu à la démocratisation de l’art par le streaming. « Je ne crois pas que le streaming puisse créer un désir de théâtre. Il encourage à être fainéant, en restant chez soi. Il faut que le théâtre reste un événement unique et privilégié où l’on se retrouve dans une salle pour partager un moment. » Par ailleurs, de nombreux artistes s’alarment de la propension à déverser des captations vidéos sur les plateformes. Le live streaming menacerait-il le spectacle vivant ? s’interroge Jean-Pierre Saez qui relativise cette crainte « il constituera une option complémentaire au live, et non une alternative ». Et de préciser : « La culture a d’abord besoin d’espaces physiques pour se vivre pleinement. Mais l’espace virtuel représente une plus-value qui ne peut être laissée aux seules logiques marchandes. Gardons-nous néanmoins d’idéaliser l’interactivité numérique ou de nier l’effet addictif des écrans : le chantier de la médiation numérique reste largement à construire ».


Carnet d'étonnements

Un « art de l’esquive des technologies de surveillance », une formule appropriée pour désigner la nouvelle performance de l’artiste chinois Deng Yufeng. Ce dernier sensibilise ses concitoyens aux menaces sur la vie privée que fait peser l’omniprésence de caméras de surveillance à Pékin. L’artiste a imaginé un parcours dans les rues de la ville, destiné aux habitants pour échapper aux caméras. En 2018, il avait acheté et exposé publiquement les informations personnelles de plus de 300 000 chinois afin de les interpeller sur les risques d’usurpation d’identité.

Quelles odeurs circulaient dans les rues de Paris ou Londres au XVIe siècle ? C’est à ce projet un peu fou d’encyclopédie olfactive que s’est attelé un groupe d’historiens, chimistes, chercheurs en IA réuni dans le projet Odeuropa, financé par l’UE. Parfums d’épices, odeurs de tabacs, viandes, effluves liées aux usines de la révolution industrielle… les chercheurs reconstitueront les parfums que respiraient les habitants d’Europe il y a 100 à 500 ans. Ces odeurs pourront être mobilisées dans plusieurs musées européens pour une expérience sensorielle authentique.



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08.01.2021 à 10:17

Intercommunalité culturelle : quels nouveaux enjeux ?

Intercommunalité culturelle : quels nouveaux enjeux ?Comment définir un territoire ? Quelles sont les étapes d’un projet culturel de territoire ? Que dire des nouveaux enjeux de l'intercommunalité culturelle ? François Pouthier, professeur associé à l’université Bordeaux Montaigne, s’est prêté au jeu de l’interview pour l’OPC, lors de son intervention à la formation "Nouvelles tendances de l’intercommunalité culturelle"


04.01.2021 à 17:13

La coopération peut-elle sauver les politiques culturelles ? Les Actes des Assises DAC 2019, plus que jamais d’actualité

La coopération peut-elle sauver les politiques culturelles ? Les Actes des Assises DAC 2019, plus que jamais d’actualitéPourquoi coopérer est-il un acte culturel ? La coopération peut-elle sauver les politiques culturelles ? Comment coopérer davantage ? Podcasts, verbatims, articles et vidéos ont été rassemblés dans un pdf interactif pour composer les Actes des Assises DAC 2019 produits par la FNADAC et l’OPC.

Des travaux qui éclairent les réalités auxquelles le secteur culturel est confronté aujourd’hui. Coopération et solidarité sont, en effet, plus que jamais, des thèmes d’actualité au regard de la crise que traverse le secteur culturel.

Les Assises nationales des DAC ont été organisées les 10 et 11 octobre 2019 à Rennes et ont réuni plus de 500 participants.

Retrouvez le reportage réalisé lors des Assises.


08.12.2020 à 16:29

#16 La veilleuse de l'OPC : regard international et passions autour du livre

#16 La veilleuse de l'OPC : regard international et passions autour du livreLa crise sanitaire affecte différemment les arts et la culture selon la structuration des systèmes nationaux et les mécanismes de soutien. « Dans la tempête du Covid-19, aucun pays ne protège autant la culture que la France et l’Allemagne », titre Michel Guerrin sa chronique dans Le Monde. Il pointe un décalage entre les modèles culturels subventionnés, comme celui de la France ou de l'Allemagne, et les modèles anglo-saxons basés principalement sur les ressources propres, les incitations fiscales et l’argent privé. Les acteurs peu aidés par les pouvoirs publics font face à des situations difficiles. Aux Etats-Unis, « tout l'écosystème qui soutenait la culture a été touché » témoigne Catherine Baumann pour France Culture. Les artistes ne bénéficient pas du régime d'intermittence du spectacle et cumulent souvent plusieurs emplois, notamment dans la restauration, secteur aussi affecté directement par la crise. Plusieurs institutions culturelles ont même fermé leurs portes pour toute la saison. Roxana Azimi rapporte dans Le Monde que des musées américains « cèdent des bijoux de famille » en vendant des œuvres de leur collection. « Sauve-t-on une structure en mettant en péril le cœur et le sens de sa mission ? » s’interroge à ce propos Cécile Debray. Lors d’un référendum, les habitants de Jersey City, ville située à proximité de New York, ont voté pour l’établissement d’une « taxe en faveur des arts », apprend-on dans Le Journal des Arts. Pour un meilleur soutien aux acteurs culturels durant la pandémie, l’Unesco a publié un guide qui recense des bonnes pratiques repérées dans plusieurs pays membres et explore les mesures pour préparer la reprise d’activité. En Europe, le budget du programme « Europe Créative » a été revu à la hausse pour la période 2021-27, sous réserve que les blocages de la Hongrie et de la Pologne soient levés.

La levée de boucliers suite à la fermeture des librairies pendant le second confinement est l’occasion de prendre de la hauteur sur les passions qu’ont suscité cette fermeture. Le livre est-il un bien essentiel ? Géraldine Mosna-Savoye rejette ce statut, qui « prive du plaisir, accessoire, accidentel, particulier d’y goûter ». La position ferme du gouvernement français a pu paraître surprenante. En effet, « l’idée d’exception culturelle à la française, soutenue par des subventions, rend d’autant plus tangible ce lien privilégié à la Culture en général et au livre en particulier ». Pour autant, la dernière étude sur les pratiques culturelles des Français révèle que nous lisons de moins en moins. Christine Laemmel dans Slate, non sans provocation, titre un article « La fermeture des librairies est-elle un problème de bourges ? ». La journaliste déplore la concentration des librairies sur quelques territoires et notamment certains arrondissements parisiens. Olivier Ertzscheid parle, lui, de batailles bourgeoises (comme celles des restaurants et jogging). Michel Guerrin, de son côté, décrit le soutien aux petites librairies comme un acte militant, « une défense du petit contre le gros ». « Ce débat sur la fermeture des librairies est le symptôme d’autre chose que d’un manque de livres ». Il symbolise chez « certains autant la défense des petits commerçants que l’identité culturelle française tout entière » commente un collectif d'auteurs dans The Conversation.


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Qu'est-ce qu'une bibliothèque vivante ? Une bibliothèque d'êtres humains, où vous pouvez emprunter une personne pendant une demi-heure et écouter son histoire. Une manière de lutter contre les préjugés, d'encourager l'ouverture à l'autre. Ces « livres vivants » sont des personnes conscientes d'appartenir à des minorités soumises à des stéréotypes et à des préjugés. Elles souhaitent discuter de leurs expériences avec d’autres. « Leurs titres » sont volontairement très directs, comme « fille lesbienne », « obèse » « femme voilée », « émigré albanais » », « réfugié », « bipolaire » précisément pour susciter les réactions émotionnelles des lecteurs potentiels en activant leur curiosité et réflexion.

Le précédent dispositif n’est pas sans rappeler le Musée de l’empathie qu’ont imaginé l’artiste Clare Patey et le philosophe Roman Krznaric. Le principe : une installation itinérante qui voyagera dans le monde pendant dix ans, dans laquelle les visiteurs sont invités à se projeter dans la vie d’une autre personne. Calquée sur l’expression anglaise « walking in my shoes », métaphore illustrant le fait de se mettre dans la peau d’un autre, la première installation du musée de l’empathie intitulée A mile in my shoes est un magasin de chaussures dans lequel le visiteur emprunte la paire de son choix. C’est donc chaussés d’escarpins, de sandales ou de baskets… et munis d’un casque audio, où l’on entend le porteur des chaussures raconter son histoire, que les visiteurs commencent ce voyage intérieur dans les pas de l’autre.

Comment les rêves aident-ils à mieux supporter la crise sanitaire ? Museum of London appelle les Londoniens à raconter leurs rêves en temps d’épidémie. Le projet Gardian of Sleep s’inspire de Sigmund Freud qui voit dans les rêves un moyen de préserver « l’intégrité d’esprit » et d’intégrer ses propres expériences. Réalisé en partenariat avec Museum of Dream, ce projet permettra de collecter les témoignages oraux de volontaires et de documenter une période inédite de l’histoire de la ville.


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19.11.2020 à 17:37

Enquête dépenses culturelles des collectivités : derniers jours pour participer

Enquête dépenses culturelles des collectivités : derniers jours pour participerL’intérêt suscité par la note de conjoncture sur les dépenses culturelles des collectivités territoriales et de leurs groupements réalisée les 4 années précédentes encourage l’OPC à reconduire cette enquête menée en partenariat avec le ministère de la Culture (Secrétariat général, DEPS).

Cette nouvelle observation s’appuie sur les budgets primitifs 2019 et 2020 des collectivités territoriales et EPCI de plus de 20 000 habitants. Ses résultats agrégés donneront lieu à la présentation d’une note de conjoncture permettant d’appréhender les évolutions majeures des budgets culturels territoriaux. Elle rendra également compte des perspectives d’évolution de cet effort en 2021.

Fidèle à sa politique d’information, l’Observatoire rendra publique la note de conjoncture sur les dépenses culturelles des collectivités territoriales et de leurs groupements via son site internet. La note constitue un outil d’intérêt général que chacun peut utiliser dans les débats d’orientation budgétaire.

L’enquête s’appuie en priorité sur les directeurs des affaires culturelles ou les directeurs généraux qui pourront en assurer la coordination auprès des services de leur collectivité.

Participez pour votre collectivité ou EPCI en remplissant le formulaire d’enquête avant fin novembre 2020.

17.11.2020 à 15:01

#15 La veilleuse de l'OPC : Sacrifier ou réinventer la culture et Restitution du patrimoine

#15 La veilleuse de l'OPC : Sacrifier ou réinventer la culture et Restitution du patrimoine Le second confinement menace sévèrement le secteur culturel déjà gravement touché par la mise à l’arrêt du printemps, puis les restrictions de jauges et le couvre-feu. Dans France Culture, Mathieu Potte-Bonneville s’inquiète pour « la culture du milieu », celle située entre les grandes institutions soutenues et les micro-initiatives habituées à faire avec peu. Outre ses craintes pour la profession, Sophie Dulac, distributrice et exploitante de salles de cinéma à Paris, s’indigne dans Le Monde que la culture ne soit pas considérée comme essentielle. C’est « retirer aux gens tout ce qui fait le sel de la vie ». Dans La Gazette des communes, Hélène Girard se montre plus optimiste : « si le public est complètement absent des salles, en coulisses, les professionnels vont activement préparer la future reprise d’activité. » Laurent Carpentier dans Le Monde relate la présentation d’un spectacle au Monfort proposée à « huis-clos » aux diffuseurs. Marie Gicquel dans France Musique a rencontré de son côté des musiciens amateurs qui répètent « dans l'ombre », les répétitions n'étant autorisées qu'aux professionnels. L’opérateur de billetterie Ticketac observe dans Culture Matin que « la pratique du report n’est plus systématique. […] La tendance semble être d’attendre janvier. » Selon Arthur Frydman dans Le Point, ce confinement est « l’occasion de voir [les acteurs] qui ont tiré des leçons du premier » et développé leur présence sur le net. En l’absence de représentations, les propositions numériques se développent. La société Bridgi répond à une demande croissante de captations vidéo d'artistes destinées aux programmateurs de lieux. Le musicien Dan Tepfer explique pour MGB Mag qu’il a récolté avec le livestream des revenus à la hauteur de concerts en format classique. « Avec une offre culturelle limitée et en yo-yo » soumise aux règles sanitaires, Mario d’Angelo appelle à « songer à des voies innovantes pour concilier le présentiel et le numérique dans un ancrage local. » Dans sa chronique du Monde, Michel Guerrin regrette que l’Etat n’ait pas plus investi la question du numérique pour développer une offre de qualité et chercher un public auprès des jeunes. Le reconfinement « risque de creuser une fracture numérique que l’Etat s’est jusqu’ici révélé impuissant à prendre en compte ».

Le projet de loi relatif au retour de biens culturels au Bénin et au Sénégal vient d’être adopté par le Parlement. Un vote qui ranime des controverses, déjà engagées lors de la publication en 2018 du rapport Sarr/ Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain préconisant « le retour définitif et sans conditions ». Faut-il voir dans la remise d’une couronne ces jours-ci à Madagascar, sans consultation du Parlement, « la tentation du gouvernement de faire systématiquement prévaloir les enjeux diplomatiques sur l’intérêt culturel, scientifique et patrimonial » comme le fustige la Commission Culture du Sénat ? La restitution pose des questions juridiques complexes comme la dérogation au principe d’inaliénabilité du domaine public que décrypte l’avocat Philippe Hansen. Les universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy reconnaissent « des avancées sur le plan du débat » mais déplorent le peu de restitutions concrètes. La loi a une portée réduite et ne fixe pas de restitution automatique. Si les auteurs regrettent que les chefs d’état africains, à l’exception du Bénin, soient peu volontaristes en la matière, ils réfutent l’argument pointant les insuffisances des musées en Afrique. Un point de vue nuancé par des témoignages d’artistes comme celui du béninois Romuald Hazoumé qui dressait en 2016 un bilan accablant de l’état des établissements de son pays. Les musées et marchands d’art ont-ils des difficultés à regarder leur histoire coloniale en face ? « Les musées ne doivent pas être otages de l’histoire douloureuse du colonialisme », dénonce Stéphane Martin, ancien président du Musée du quai Branly. Pour J-Y Marin, muséologue, les nouvelles générations de professionnels de musée en Afrique comme en Europe, s’investissent davantage dans les restitutions et en comprennent les enjeux. Felwine Sarr pronostique, lui, « le début d’un âge de « l’intranquillité » pour les musées » avec « l’irruption de militants réclamant de manière spectaculaire le retour des objets ». Pascal Ory, de son côté, décrit cette loi comme un compromis « contrairement aux apparences (…) le plus courageux, puisqu’il mécontente les deux parties ».
 


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Faut-il passer par l’activisme pour faire avancer une cause ? Des artistes du collectif Frankfurter Hauptschule ont mis en scène le vol d’une œuvre exposée dans un théâtre à Oberhausen en Allemagne et sa restitution à un musée en Tanzanie (une ancienne colonie allemande). L’œuvre volée était en fait une réplique, et l’action menée avec la complicité du musée tanzanien pour encourager les débats sur le processus de restitution.

Une trentaine de femmes issues de quartiers prioritaires de Clichy-sous-Bois ont assisté pendant un an à des spectacles afin de choisir celui qui serait joué dans leur ville. Un groupe baptisé les Clameuses monté avec la complicité de la compagnie L’Île de la Tortue. Une série de podcasts ont été tirés de leurs échanges qui montrent au fil des discussions des paroles de plus en plus affirmées.

« Dealer de livres ». C'est de cette manière que se décrit l'autodidacte Luc Pinto Barreto qui a monté sur le parvis de la gare de Saint-Denis une librairie-conteneur. Le libraire a imaginé un espace type food truck « pour ceux qui n'osent pas franchir la porte ». Un projet soutenu par la municipalité dans un département peu pourvu en librairies.

A Plaine Commune, intercommunalité de Seine-Saint-Denis, les projets urbains sont accompagnés par des interventions artistiques. Une façon d’impliquer les habitants plus fortement que lors d’une concertation publique. Friches théâtre urbain a ainsi initié un parcours pour découvrir les traditions agricoles d'Aubervilliers sur un espace appelé à accueillir des habitations. Les artistes proposent des ateliers : balades, observation de plantes, jardinage collectif, théâtre, reportage, fabrication de costumes, d’épouvantails et autres objets de la culture agraire.

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26.10.2020 à 17:26

Communiqué du C.A. de l’Observatoire des politiques culturelles

Communiqué du C.A. de l’Observatoire des politiques culturellesLe Conseil d’administration de l’Observatoire des politiques culturelles a décidé, sur proposition unanime du jury de sélection des candidats à la direction de l’Observatoire, de retenir la candidature de Vincent Guillon au poste de directeur, en duo avec Emmanuel Vergès en tant que directeur associé. Ils prendront leurs fonctions à compter du 5 avril 2021.

Grenoble, le 26 octobre 2020
Pour le C.A.,
Jean-Louis Bonnin 
Président de l’Observatoire des politiques culturelles

16.10.2020 à 17:51

Comment faire parler les données issues de l’observation pour servir l’action culturelle ?

Comment faire parler les données issues de l’observation pour servir l’action culturelle ?Les travaux et les outils d’observation permettent d’objectiver, de « prouver des situations » face à certaines « illusions collectives fortes », comme en témoignent plusieurs interventions sur les questions de genre et d’égalité femmes/hommes lors de la rencontre « L’intervention publique pour la culture : quels outils d’observation, moyens d’action et perspectives ? ».

En quoi l’observation de l’effort public, des nouveaux modèles économiques, de l’emploi et des coopérations territoriales peut-elle donner aux élus et aux responsables publics, aux acteurs et à la société civile, des atouts pour l’élaboration de politiques culturelles adaptées aux enjeux actuels ? Cette question a été débattue à l’occasion d’un rendez-vous public à Toulouse le 26 novembre 2019.

La synthèse restitue la richesse des interventions et des échanges des 3 tables rondes :
- Entre contraintes budgétaires, mutations territoriales et ambitions politiques : quelles priorités pour les dépenses culturelles ?
- Financements de la culture : quels modèles innovants pour demain ?
- Comprendre les dynamiques culturelles dans les territoires : quels outils pour quels enjeux ?

Les témoignages soulignent la complexité des problématiques d’observation et d’évaluation. Les travaux et les outils d’observation peuvent prendre des formes multiples, qualitatives et quantitatives : données chiffrées et statistiques, indicateurs, cartographies… Si les limites de certains outils sont pointées, l’intérêt de ces travaux est souligné. L’analyse peut être objective mais elle n’est pas neutre, et l’un des enjeux réside dans la construction d’objets qui « font débat ».

Plusieurs pistes d’approfondissement sont évoquées en matière d’observation, notamment une meilleure prise en compte des évolutions démographiques, de la complexité des pratiques territoriales, des « multi-appartenances » et des transformations sociétales.


Cette rencontre nationale a été initiée par l’Observatoire des politiques culturelles et le Département des études, de la prospective et des statistiques du Ministère de la Culture, en partenariat avec Toulouse Métropole et la Mairie de Toulouse, la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, le Département de Haute-Garonne, la DRAC Occitanie et la participation d’Occitanie en Scène.


05.10.2020 à 13:07

#14 La veilleuse de l'OPC : Censure - Crise - Pratiques culturelles

#14 La veilleuse de l'OPC : Censure - Crise - Pratiques culturelles« Vous êtes tous des censeurs potentiels » lançait Agnès Tricoire à un parterre de professionnels de la culture aux BIS de Nantes 2020. « Vous, qui dirigez un cinéma et qui, sous la pression d'un groupe de protestataires, annulez une projection de J'accuse. Vous, le Maire qui validez la déprogrammation du même film (...). Vous, qui sélectionnez les artistes pour un festival et qui vous voyez opposer un retrait de subvention car vous programmez Bertrand Cantat… » Mais alors comment sensibiliser à la protection de la liberté d'expression et de création ? Y a-t-il besoin de pédagogie ? Dansl’Observatoire n°56, Maxime Cervulle argumente, par exemple, en faveur du dialogue « avec les publics qui perçoivent certaines images et certains discours comme l’expression d’une violence à leur encontre. » A l'heure où se tient le procès des attentats de janvier 2015, plusieurs journaux s'interrogent sur l'état de la liberté d'expression et de création, au point de lancer « une lettre ouverte à nos concitoyens » en faveur de la liberté d'expression. « Cinq ans après, sommes-nous toujours Charlie ? », questionne un chroniqueur du Guardian dans Courrier International.« L’autocensure galope (...) La transgression s’efface des œuvres dès qu’il est question de politique, de religion, de sexe, de couleur de peau » commente Michel Guerrin dans Le Monde. « Quel musée se risquerait à raconter en images la saga de « Charlie » ou de son ancêtre « Hara-Kiri » ? » En outre, la cabale portée par des ultraconservateurs américains contre le film français Mignonnes paru sur Netflix et les réactions de la plateforme (qui a présenté ses excuses et retiré le visuel choisi) font craindre à Sonia Devillers une pression croissante. « Un jour peut-être, on retirera carrément le film. Les plates-formes achetant les droits à vie, ça ferait des œuvres qui disparaîtraient complètement ». Les cinémas, mis à terre par la crise sanitaire, attendent une participation des plateformes américaines, et notamment la transposition de la directive européenne SMA qui pourrait obliger les géants américains à plus investir en France. « Une aubaine, oui. Mais à quel prix ? »

Les principes de l’économie sociale et solidaire permettraient-ils de trouver des solutions à la crise ? C'est ce que défend Luc de Larminat, codirecteur d’Opale, qui préconise des politiques publiques davantage tournées vers l’ESS. Jean-Michel Lucas plaide, quant à lui, pour un soutien fort à la vie associative, l'un des piliers d'une société solidaire. Cette préoccupation de la solidarité est largement partagée par les acteurs culturels. Ainsi le théâtre du Châtelet et les Magasins généraux se sont associés pour lancer une série de conversations filmées TchatActivisme qui consistent à aborder les problématiques du futur et des changements au sein de la création, face aux différentes crises – sanitaire, économique, sociale.

La crise sanitaire a repoussé à juillet la publication tant attendue de l’enquête sur les pratiques culturelles des Français du ministère. Traditionnellement, cette enquête suscite passions et controverses. Comment regarder les résultats dans la complexité des informations que nous livre cette étude ? Dans son éditorial au titre provocateur « 50 ans pour rien ? » Jean-Christophe Castelain dans Le Journal des Arts retient de son côté que plus de deux Français sur trois ne vont toujours pas au musée malgré « cinquante ans de modernisation, de construction de nouveaux équipements dans tous les territoires, de profusion d’expositions ». Bonne nouvelle cependant, l’étude révèle une « société de plus en plus culturelle » avec principalement l’essor du numérique et malgré tout une hausse de fréquentation des lieux de manière générale. Globalement, la culture occupe une place croissante dans le quotidien des Français. Michel Guerrin dans Le Monde relève une « rupture » de deux mondes qui « se côtoient sans vraiment se croiser, celui du patrimonial et celui du numérique. » Les baby-boomeurs, gros consommateurs de culture « classique », sont remplacés par un public plus éclectique qui invente une autre culture. « L’Etat peut-il continuer à concentrer l’essentiel de ses efforts sur une culture patrimoniale dont le public se réduira et oublier le mouvement en marche ? » Loup Wolff, interviewé dans Soft Power, suggère que les institutions culturelles jouent davantage un rôle d' « espaces de discussion sur ce qui fait patrimoine et récit commun » dans un contexte où les défis environnementaux et sociaux préoccupent les jeunes générations. Si le bilan de l’expérimentation du Pass Culture confirme, à l’exception du livre, l’attrait des jeunes pour le numérique et la musique, l'outil demeure controversé. Fausse bonne idée pour certains, point d'appui de relance ou de réduction des inégalités pour d'autres, la généralisation du Pass, voire son optimisation restent en question. Pour Chantal Dahan, interviewée par l’OPC, le Pass Culture raconte la vision que des décideurs politiques se font de l'univers culturel des jeunes, pas la réalité des pratiques. Les jeunes ont accès directement à un savoir via le numérique, « la question de la transmission du spécialiste à celui qui ne sait pas n’existe plus, on est (...) dans une transmission (...) horizontale ».


Carnet d'étonnements

Avec l'installation Pourquoi ici ? , dans le cadre de l'évènement Paysage-Paysages, Jean-Pierre Brazs détourne les codes visuels de la signalétique routière. Tandis que les panneaux de signalisation indiquent les dangers ou les directions, ceux de l'artiste annoncent avec beaucoup d'humour des détails négligés du paysage : nuages, truites, lignes d’horizon….

« Attention travail d’Arabe » est une exposition qui s’attaque avec humour aux stéréotypes du racisme dans la société française. Drôle et dérangeante, l’exposition proposée par la Maison des combattants de Paris présente une trentaine de panneaux publicitaires aux slogans et chartes graphiques détournés pour déconstruire les clichés de l’étranger vu comme source de problèmes et souligner l’apport historique des Français venus d’ailleurs.

« Le renversement d'une statue n'est pas un acte irréversible », c'est ce que nous apprend le Musée de la citadelle de Spandau à Berlin qui expose des « statues déboulonnées » mises au rebut lors de changements de régimes (vestiges du IIIe Reich, de la RDA…). Un espace sécurisé de mémoire et de discussion sur les excès de l’homme est possible. Avec les débats actuels sur le colonialisme et les évolutions de société, le musée s'attend à accueillir des œuvres qui ne collent plus avec l'air du temps.


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05.10.2020 à 13:01

En quoi la crise sanitaire a transformé les tiers-lieux ?

En quoi la crise sanitaire a transformé les tiers-lieux ?Pendant le confinement, les tiers-lieux ont montré leur capacité à être dans le tiers-usage. Une tendance qui devrait se poursuivre après la crise, explique Arnaud Idelon, spécialiste des tiers-lieux.

Journaliste indépendant et fondateur d'Ancoats, structure qui accompagne les lieux intermédiaires, Arnaud Idelon brosse dans cette interview un portrait des tiers-lieux aujourd'hui. S'il souligne la fragilité des structures, il remarque que cette épreuve a aussi contribué à mettre en visibilité les actions des tiers-lieux dans les territoires. Il constate que les pouvoirs publics ont pris conscience de l'utilité sociale de ces lieux hybrides et de leur impact sur des périmètres qui échappent parfois à la puissance publique. La période a en outre permis d’expérimenter d’autres manières de faire comme le tiers-usage. Il s’agit de faire évoluer un lieu vers d’autres fonctions que son activité initiale, comme par exemple, la transformation des grands voisins en centre d’urgence alimentaire pendant le confinement. Une tendance amenée à se développer selon le journaliste.

Découvrir notre formation sur les tiers-lieux : Réinventer les équipements culturels à l'heure des tiers-lieux.


21.09.2020 à 16:25

Ce que les arts nous disent de la transformation du monde

Ce que les arts nous disent de la transformation du mondeDans un monde en profond bouleversement technique, politique, écologique et culturel, l’époque semble mouvante, instable, anxiogène. Dans un tel contexte, comment parvenir à une lecture lucide et distanciée de notre environnement ?

Les arts, comme les hommes qui les conçoivent, sont perméables aux phénomènes de mutations et de métamorphoses sociétales et culturelles que nous traversons. Dès lors, que nous disent-ils de cette transformation du monde ? Par l’imagination dont ils sont le fruit et les imaginaires qu’ils font naître, quel rôle jouent-ils dans ce monde en mutation ? Agitateurs de sensibilités, les arts posent parfois un regard décalé sur le monde, interrogent les valeurs qui le régissent. En d’autres termes, comment les arts accompagnent-ils notre compréhension du monde ?

Visionner le live de la rencontre

Consulter le programme


Date et lieu de la rencontre : 9 octobre 2020, La Méca, Bordeaux

20.09.2020 à 11:54

Innover dans les arts et la culture. Humaniser la civilisation numérique

Innover dans les arts et la culture. Humaniser la civilisation numériqueVisionner les vidéos de la rencontre :
Matin  / Après-midi

 La crise sanitaire a mis les usages du numérique au centre des questionnements sur les arts et la culture. De nombreux organismes culturels ont engagé dans l’urgence leur transition digitale, multipliant les offres en ligne par crainte de perdre le lien avec une population dont l’activité expressive et d’échange sur les réseaux sociaux a atteint des niveaux sans précédent. Un nouvel agenda de travail s’est ainsi imposé en l’espace de quelques mois visant à faire émerger de véritables « politiques culturelles 2.0 » : autrement dit, des politiques plus en phase avec la manière dont nos sociétés produisent, partagent et utilisent aujourd’hui les connaissances, les références culturelles et les imaginaires. Ces évolutions ne posent pas moins d’enjeux culturels publics que le monde d’après-guerre qui a vu naître les politiques culturelles modernes. Car les implications des technologies digitales dépendent de la façon dont la société se les approprie, des choix politiques et individuels que nous faisons, des stratégies collectives que nous déployons. Humaniser la civilisation numérique, c’est œuvrer dans le sens d’une appropriation culturelle du numérique que chacun peut interroger, enrichir et faire évoluer. C’est aussi promouvoir les expériences esthétiques, critiques et symboliques qui utilisent le numérique comme outil ou sujet de la création artistique.

La grande transformation numérique oblige à reconsidérer un certain nombre de thèmes qui ont jalonné l’histoire des politiques culturelles : des questions de création et d’imaginaires, d’accès et de participation, de comportements et de pratiques, de démocratie et de démocratisation, d’éducation et de médiation, d’économie et de coopération, d’équipements et de projets de territoire… En redéfinissant ce que nous entendons par service public et intérêt général en matière de culture, les réponses qui y seront apportées constitueront le socle des politiques culturelles à venir. Celles des sociétés numérisées du 21e siècle.

Cette rencontre vient conclure une démarche de plusieurs mois ponctuée par l’organisation d’un webinaire, d’ateliers de discussion et de co-production à l’échelle du Grand-Est réunissant adolescents, amateurs, acteurs culturels, artistes, contributeurs et animateurs de communautés en ligne…

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Date et lieu de la rencontre : 14 octobre 2020, l'Arsenal de Metz

10.09.2020 à 13:52

#13 La veilleuse de l'OPC : Bilan de l'été et rentrée pour la culture

#13 La veilleuse de l'OPC : Bilan de l'été et rentrée pour la cultureSi le bilan de l'été culturel reste sombre, la saison « n'a pas été aussi vide que redouté en avril », peut-on lire dans Le Figaro. De nombreuses initiatives ont germé, les artistes ont occupé l'espace public. « Dans ce contexte de résistance, la notion de surprise chère à la rue ressurgit, ainsi que des rendez-vous non annoncés » analyse Rosita Boisseau dans Le Monde qui s'étonne aussi que les professionnels des arts de la rue n'aient pas été plus sollicités. Fred Rémy, directeur du Festival d'Aurillac, souligne un mouvement de fond : « Il y a depuis quelques temps chez les artistes travaillant dans les théâtres un véritable appétit pour la rue qui permet de sortir des conventions scéniques ». De nombreuses fêtes techno non autorisées ont vu le jour questionnant aussi l'espace public et les cultures de la nuit. « Les gens ont besoin d’un exutoire, il est impossible de les empêcher de faire la fête » peut-on lire dans Le Monde. Frédéric Hocquard, adjoint à la Mairie de Paris chargé du tourisme et de la vie nocturne, défend la mise en place d’un cadre légal « pour trouver des alternatives en plein air aux boîtes de nuit ».

Les nouvelles aides annoncées par le gouvernement ont été diversement reçues par le secteur partagé entre soulagement et inquiétude grandissante sur le prix que la culture est en train de payer. Si on a pensé pendant un temps que les règles sanitaires s'éclaircissaient, l'évolution de la Covid-19 semble vouloir nous replonger dans l'incertitude à cet égard. L'avenir reste flou avec l'éventualité de passage en zone rouge conditionnant les jauges et les modèles économiques, explique Hélène Girard dans La Gazette des communes. Dans le Monde, Laurent Bayle, directeur général de la Philharmonie de Paris interroge : « Quand [le public] aura déjà mis un masque toute la journée pour aller travailler, supportera-t-il aussi de l’avoir le soir pour aller au spectacle ? ». Faut-il redouter, comme Françoise Benhamou, une affectation inégale des budgets entre Paris et le reste du pays ? Dans la revue Esprit, cette économiste va plus loin, dresse le bilan d'une crise plus profonde du monde de la culture et avance que « la collection de mesures du gouvernement ne saurait dessiner une politique publique [...] L’urgence doit se conjuguer avec une vision de long terme. » En parallèle, des expériences sont menées pour l'organisation de grands événements culturels. L'Allemagne teste un concert grandeur nature afin d'étudier les risques de propagation du virus, un concert de 2 500 personnes est organisé au Royaume-Uni en respectant les distanciations physiques.

La culture était peu présente dans les programmes des municipalités écologistes qui ont pris la tête de huit villes, ce que ne manque pas de relever Guillaume Tion dans Libération « Chez les Verts, on parle davantage de permaculture que de culture ». « Les milieux de l'art ont souvent la fibre verte dans l'isoloir, mais pour leur métier, la fébrilité les gagne alors que les écologistes veulent mettre l'accent sur une culture populaire et participative » décrypte Michel Guerrin dans Le Monde. Dans Le Figaro, Christophe Dupin, délégué à la Culture et à l'éducation populaire à Tours annonce que « certaines traditions culturelles seront modifiées car elles sont dépassées par rapport aux enjeux climatiques actuels. La « culture écologiste », si elle existe, est plus sobre mais créatrice de lien social ». « Pendant des années l'accent a été mis sur la diffusion culturelle, aujourd'hui nous voulons aussi impulser un mouvement de création dans la ville », indique Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la culture à Lyon.

Le Think Tank The Shift Project a publié en juillet un document de travail donnant une première vision d'une économie de la culture décarbonée et plus résiliente. Parmi les objectifs discutés : relocalisation des activités, ralentissement bénéfique à la création, mutualisation des diffusions, réduction des échelles, éco-conception des oeuvres, développement de ressourceries, renoncement à la croissance des jauges et aux outils numériques, formations aux enjeux énergie-climat... Selon leurs estimations, « à nombre de spectateurs égal, la représentation d'un spectacle en centre-ville ou en live HD a un bilan carbone similaire ».


Carnet d'étonnements

Intégrer l'écologie à la gestion d'une compagnie préoccupe Rebecca Lasselin, directrice exécutive de la compagnie du chorégraphe Jérôme Bel. Avec un casting d'amateurs et de chorégraphes propres à chaque ville du monde où elle a été jouée, la pièce Gala a été pensée en 2015 en mode « tournée verte ». En 2019, la compagnie a décidé de renoncer à l'avion pour ses déplacements.

S'opposer à un projet par un chantier d'écriture. Telle a été la démarche originale menée par un collectif d'habitants à Nantes, mobilisé contre la conversion d'une ancienne carrière en espace de tourisme urbain. Une œuvre collective a vu le jour réunissant des matériaux hétéroclites : inventaire botanique, microfictions, poésie, paroles d’habitant·es mais aussi données économiques, compte rendu de réunions, analyses de données chiffrées, photos ou dessins...

Dans l'Oise, le Festival des forêts concocte des « bains de forêts musicaux ». Des balades dans les bois jalonnées de concert en plein air.

« Vent des Forêts » est une résidence artistique originale dans la Meuse, en territoire rural. Elle repose sur une forte proximité entre les acteurs du territoire : les artistes sont logés chez l'habitant et sont accompagnés par les artisans locaux pour rendre visible leur pratique créative. Dans une perspective éco-touristique, ce partenariat a donné lieu à la création de maisons sylvestres, ainsi qu’à la réalisation d’une collection d’objets et de mobiliers en bois.



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17.07.2020 à 17:29

Podcast de l'été / Myriam Marzouki : artiste et coopération

Podcast de l'été / Myriam Marzouki : artiste et coopération"La plupart des coopérations qui mettent des artistes au cœur d'un projet consiste à ne financer que la partie visible de l'iceberg, les heures réelles d'intervention. Or, ce qui est le plus précieux, ce qui prend le plus de temps, c'est le travail d'approche, de rencontres, d'interconnaissances mutuelles, un travail qui n'est jamais rémunéré" plaidait Myriam Marzouki à l'occasion de sa conférence introductive aux Assises DAC 2019.

La FNADAC et l'OPC diffusent les podcasts des conférences introductives des Assises, en attendant les actes de la rencontre qui seront disponibles à l’automne.



Les 5es Assises DAC ont réuni plus de 500 professionnels les 10 et 11 octobre 2019 autour du thème de la coopération.


17.07.2020 à 17:18

Podcast de l’été / Cédric Paternotte : comment coopérer davantage ?

Podcast de l’été / Cédric Paternotte : comment coopérer davantage ?

Restitution des Assises DAC 2019


"La meilleure coopération en termes de résultats est celle qui est la plus difficile pour les gens", c'est le paradoxe que souligne Cédric Paternotte en conclusion de sa conférence aux Assises DAC 2019.

La FNADAC et l'OPC diffusent les podcasts des conférences introductives des Assises, en attendant les actes de la rencontre qui seront disponibles à l’automne.




Les 5es Assises DAC ont réuni plus de 500 professionnels les 10 et 11 octobre 2019 autour du thème de la coopération.


16.07.2020 à 13:19

#12 La Newsletter de l'OPC spéciale Diversité, discrimination, domination

#12 La Newsletter de l'OPC spéciale Diversité, discrimination, domination

Diversité, discrimination, domination : la culture doit-elle aussi revoir sa copie ?


Depuis près de 4 décennies, le sujet de la diversité bouscule les sociétés démocratiques. Avec le temps, la question n'a cessé de se pluraliser, révélant la demande de nouveaux droits et s'entremêlant avec la problématique des discriminations. Aujourd'hui, dans le sillage de #MeToo ou du mouvement #BlackLivesMatter, des voix s'élèvent contre des formes de domination toujours présentes. Malgré les efforts que les pouvoirs publics et les acteurs de terrain ont consacré à la promotion de la diversité et à la lutte contre les discriminations, des inégalités demeurent. Le champ culturel n’est pas exempt de ces controverses. L’Observatoire n°56 fait écho à l’actualité et consacre son dernier numéro aux nouvelles manières d’agir contre toutes les formes de domination et de discriminations dans la culture.

Comment discerner ce qui relève aujourd'hui d'une problématique de diversité ou de discrimination ? s'interrogent en ouverture de numéro Lisa Pignot et Jean-Pierre Saez. Un article de Michel Wieviorka permet de prendre la mesure de l'évolution du débat des années 60 à aujourd'hui et de saisir les soubassements des différentes thématiques mises en valeur au cours du temps au nom de la diversité. Pour Laure Bereni, le terme est devenu une norme consensuelle des démocraties. Son succès auprès des élites tiendrait à sa capacité à masquer les hiérarchies entre groupes sociaux. Sous ce vocable de « diversité », précise Damien Saverot, les sociétés occidentales évoquent pudiquement des problématiques embarrassantes : les questions d’immigration, d’intégration ou les banlieues.

Cette notion de diversité est-elle toujours opérante pour comprendre des questions de société qui traversent le monde actuel ? L’Observatoire est allé à la rencontre d’acteurs de terrain qui racontent leurs expériences. Ces paroles mettent en valeur des stratégies de petits pas, d'affirmative action pour bousculer le système et tenter d’agir concrètement en faveur d’une plus grande égalité et diversité. Arnaud Meunier relate le succès de la création en 2014, à la Comédie de St-Etienne, d’un programme « Egalité des chances » destiné à favoriser l’accès aux écoles supérieures d’art dramatique de jeunes gens issus des minorités. « J’ai trop vu de projets où les artistes arrivent soit comme des pompiers soit comme des sachants » commente de son côté Alexis Moati. Le metteur en scène restitue dans une interview son approche de la diversité : une aventure théâtrale extraordinaire de 3 ans avec de jeunes marseillais des quartiers nord et du centre-ville consistant à les associer à la vie d’une compagnie de théâtre. Il est question aussi de nouveau militantisme avec le mouvement Décoloniser les arts qui rejette le terme de diversité par la voix de Leïla Cukierman. Le monde culturel récupère les inventions artistiques des minorités en les vidant de leur substance condamne-t-elle et de préciser, « ainsi procède le marché du rap. Ainsi le secteur public intègre, en l’apaisant, la danse hip-hop ».

Le numéro aborde également les discriminations envers les femmes. Anne Grumet fait le point sur le sexisme à l’œuvre dans le secteur culturel « qui entretient une "illusion de l’égalité" ». Elle décrit le principe d’éga-conditionnalité, une piste pour encourager la transition égalitaire. Avec l’association La Petite, Anne-Lise Vinciguerra propose, quant à elle, entre autres, des ateliers pour redonner du pouvoir d’agir aux femmes artistes et les aider à lever les freins à leur carrière. Si Si les femmes existent, fondée par Anne Monteil-Bauer, contribue à l’écriture d’une Histoire égalitaire et agit pour redonner leur place à des femmes confinées dans l’oubli et qui ont pourtant compté.

Le dossier de l'Observatoire apporte un éclairage particulier à une actualité foisonnante, le débat sera prolongé lors d'une rencontre proposée par le ZEF et l'OPC à Marseille le 3 novembre. L'analyse de la presse permet, en outre, de compléter l'approche de l'OPC.

La Scène consacre un dossier au thème « Liberté, égalité, diversité », avec « un état de lieux de l’expression de l’ensemble de la population dans le spectacle vivant aujourd’hui, sans optimisme forcené ni pessimisme à outrance ». Le Monde décrypte les origines et le sens du nouveau vocabulaire de l’anti-racisme tels que « Privilège blanc », « racisé », « décolonial ». Dans The conversation, Alice Krieg-Planque explique que « tout engagement est inextricablement lié à des mots, dont les acteurs politiques et sociaux s’emparent pour promouvoir leur cause et défendre un point de vue ». Ary Gordien analyse la question de l’appropriation culturelle : « ce ne sont pas l’imitation et les emprunts qui posent problème en soi, mais plutôt la domination sur laquelle elle se fonde ». « Aux États-Unis et au-delà, le rock and roll est-il bien plus souvent associé au nom d’Elvis Presley qu’à celui de ses prédécesseurs et contemporains noirs ». Dans Slate, Lucie de Perthuis s’intéresse au déboulonnage de statues à La Réunion où les évènements « font écho à des problématiques plus larges liées à l’identité et la culture créole ». L’héritage colonial a laissé des traces avec une culture créole sous-valorisée et des inégalités raciales qui perdurent dans une société métissée.

Iris Brey, interviewée par Victoire Tuaillon, décrypte l’importance des images de cinéma dans la constitution de notre imaginaire et notre manière de regarder le monde. Si 80 % des films français sont réalisés par des hommes, il est préoccupant de recevoir si peu d’images issues d’un point de vue féminin. Dans Slate, on lit que le Louvre compte seulement une trentaine de peintures signées de femmes artistes. « Plus le budget d’un musée est important, plus les chances d’y trouver une femme directrice se réduisent » déplore l’anthropologue Johnnetta Betsch Cole citée dans un texte d’Alexia J. Casanova.

La même anthropologue questionne l’inclusion de personnes de couleur dans les postes décisionnaires des institutions culturelles. « Un visiteur entrant dans un musée où personne (…) ne lui ressemble (…) sera certainement moins enclin à revenir » explique-t-elle. Dans le Quotidien de l’art, Audrey Gouimenou, commente la gêne à parler de couleur de peau concernant le recrutement du personnel des musées français : « le secteur culturel semble frappé de color blindness. Ne pas voir les couleurs, c’est aussi ne pas voir quand il n’y a pas de diversité ».

Le domaine de la philanthropie est rarement convoqué dans la discussion sur la diversité. L’exemple de L’Abbe Museum est intéressant dans la mesure où le musée a fait évoluer le concept de mécène pour sortir des stéréotypes de l’homme blanc et riche. L’institution accueille et valorise d’autres types de dons comme le don de temps ou le partage de connaissances.


Carnet d'étonnements


« Questionner la place des femmes dans l'histoire et la culture (...) telle est la mission de Feminists in the City ! » L'association propose des parcours dans plusieurs grandes villes françaises pour redécouvrir les femmes qui ont fait l'histoire d'une ville avec des visites de musées, jardins, une redécouverte de l'espace public...

Deux doctorantes en histoire de l’art ont créé le compte et hashtag #Accrochées dans le but de « participer à la plus grande diffusion d’œuvres réalisées par ou attribuées à des femmes. » Chacun.e peut contribuer.

La Fondation pour la mémoire de l’esclavage apporte notamment une expertise aux collectivités qui souhaitent mettre en place une politique de réévaluation des personnages à qui il est rendu hommage dans leur cité. Sur la base de différentes expériences conduites en France, l’organisme travaille à la réalisation d’un vade-mecum sur la politique de mémoire de l’esclavage dans l’espace public.


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12.07.2020 à 12:21

La crise sanitaire a-t-elle déconfiné les arts et les cultures numériques ?

La crise sanitaire a-t-elle déconfiné les arts et les cultures numériques ?La crise du Covid-19 a accéléré la numérisation des pratiques culturelles d’une population privée de sorties, créant un espace inédit d’expérimentation, de production, de partage et de consommation de contenus numériques dans lequel tout le monde s’est engouffré : industries culturelles, bien entendu, mais aussi protagonistes de la culture subventionnée, artistes et amateurs. Entre désir d’expressivité, conquête de parts de marché, crainte de l’invisibilité et digitalisation dans l’urgence de missions de services publics, les raisons des uns ne sont pas forcément celles des autres. Mais pour tous ces acteurs, il faudra tirer le bilan de cette séquence historique, de ce qu’elle a modifié de notre conception de la culture et du numérique.

L'OPC a organisé un webinaire sur ces questions le 25 juin 2020. Vous pouvez visionner l'ensemble des échanges : 







Pour prolonger le débat, rejoignez-nous à la rencontre de Metz le 14 octobre 2020 Innover dans les arts et la culture, humaniser la civilisation numérique


Les invités du webinaire : 






30.06.2020 à 20:55

#11 La Newsletter de l'OPC

#11 La Newsletter de l'OPCL’OPC sélectionne et éditorialise des informations sur les arts, la culture, la société et les politiques publiques. Pour y voir plus clair dans le bruissement des politiques culturelles. N’hésitez pas à nous écrire à cette adresse.


Observatoire de l'info


« Nous sommes seuls donc nous devons être ensemble ». Cet appel des acteurs culturels et médias indépendants, lancé par Arty Farty, fait le pari de la solidarité « pour imaginer un monde d’après qui tienne compte de nos vulnérabilités ». Un autre appel, « Pour une écologie de la musique vivante », décrit le paradoxe pour les artistes : « Réduire sa mobilité pour diminuer son impact écologique induirait […] de s’invisibiliser professionnellement ». Relocalisation de l’art et sortie de l’obsolescence programmée des créations esquissent des pistes pour résoudre l’équation. « Et si la crise du coronavirus avait du bon pour l'art contemporain » avec la suspension des flamboyantes foires ? ironise un article paru dans Courrier international. Comment produire de la culture de manière soutenable ? C’est ce à quoi propose de réfléchir l’Observatoire dans l’une de ses prochaines formations « Intégrer les enjeux environnementaux à son projet culturel ». Benoît Labourdette développe le concept d’antifragilité des projets culturels pour les rendre plus résistants face à l’incertitude. Un argumentaire qui repose sur la capacité à tirer profit de l’erreur et du bricolage.

« En soi, je n'ai rien contre le fait de déboulonner des statues, sauf qu'il faudrait les déboulonner toutes » commente Laurent Sagalovitsch dans Slate. Un collectif d’historiens dénonce dans Le Monde la tentation d’anachronisme qui consiste, « à partir de nos certitudes du présent, à plaquer sur les personnages d’autrefois un jugement rétrospectif ». Eve Beauvallet rebondit sur le plan de commande publique lancé par le président : les jeunes artistes « se feraient certainement un plaisir de répondre à un grand appel à projets, sur les façons de dialoguer – par statues interposées – entre héros d’hier et valeurs d’aujourd’hui. Statues : plutôt que le grand déboulonnement, le grand détournement ? » L'artiste Dorcy Rugamba plaide pour que ces monuments changent de statut et passent « d’objets de mémoire ou d’hommage à vestiges d’une époque ». Étienne Achille et Lydie Moudileno interviewés dans Médiapart sur leur ouvrage Mythologies postcoloniales. Pour une décolonisation du quotidien proposent de créer des cimetières pour statues déboulonnées exposées comme dans un musée.

Corinne Caillaud rapporte dans Le Figaro que les « tiers-lieux » seront au centre du plan de relance du gouvernement. Pendant le confinement, « en redéployant leur activité de façon flexible et rapide, ils ont prouvé qu'ils pouvaient apporter une solution au besoin de production locale. » Néanmoins, une enquête récente de France tiers-lieux met en lumière les difficultés économiques de structures déjà fragiles avant l'épidémie. « Il y a donc fort à parier qu’avant de récolter les fruits de cette nouvelle politique de décentralisation, l’État va d’abord devoir (re)mettre la main au portefeuille pour soutenir ces structures privées en mal de fonds », avertit Géraldine Russel dans Maddyness. Avec la réouverture des cinémas, un éditorial du Monde affirme l’urgence d’impliquer les plate-formes de streaming dans le financement de la création française et de retranscrire la directive européenne SMA (services de médias audiovisuels) dans le droit français. Roxana Azimi signale, elle, un déplacement du mécénat de la culture vers « d’autres urgences, sanitaires et sociales » et, au sein du monde culturel, un intérêt croissant pour les questions de médiation et démocratisation culturelles. Or, « pour qu’il y ait accès à la culture, encore faut-il qu’il y ait une production culturelle ». De son côté, Nectart consacre un dossier sur la notion d’indépendance dans un monde sous emprise économique (emprise de grands groupes privés sur les médias, le secteur musical ou Internet) et met en lumière les résistances. « L’autonomie artistique, revendiquée de tout temps par les créateurs, a-t-elle encore un sens dans un monde à ce point interdépendant ? »

Sur les nouveaux dispositifs d’éducation artistique et culturelle mis en place par le gouvernement, en particulier la plateforme EAC, Suzana Kubik sur France musique souligne que les professionnels de l’éducation artistique « appellent à soutenir des dispositifs déjà existants, avant d'en rajouter de nouveaux ». La FNAMI déplore une méconnaissance du rôle des musiciens intervenants dans les écoles, tandis que l’ANRAT demande une concertation sur le sujet. « Ce geste artistique partagé ne peut pas être occasionnel, en dehors de tout vrai projet. Il doit être réalisé par les artistes dans le cadre du respect du statut qui leur est propre. » Côté ministère de la Culture, on argumente : « les artistes et les acteurs culturels ne se substituent pas aux enseignants. Ils peuvent accompagner les jeunes à découvrir leur propre créativité. Et c'est complémentaire. »


Carnet d'étonnements


Durant le confinement, l'artiste Patrick Quérillacq a rempli chaque jour un carnet avec des poèmes composés à partir du « Libé » du jour. Un résultat que publie le journal autant littéraire que graphique.

Au théâtre de la Criée, « Le spectacle du plateau » met un coup de projecteur sur les techniciens du lieu : « pour une fois, ce sont (…) les stars, chargés de révéler les secrets des coulisses ». Une proposition pour l’été dédiée à la jeunesse marseillaise.

La plateforme Net Art Anthology, créée en 2016, offre un libre accès aux œuvres les plus emblématiques et visionnaires du net art. Le contexte est propice à revisiter aujourd’hui cet espace avec le développement accéléré des expositions virtuelles.

Galerie virtuelle collaborative, Quarantaine.fun a vu le jour pendant le confinement. Le site se présente comme « un protocole de création pour jeunes artistes confinés dans le but de produire un maximum par temps d'isolation forcée ». L’ensemble des œuvres recueillies est visible en ligne et donnera lieu à une exposition et une édition limitée.

« C-o-n-t-a-c-t » est la première pièce distanciée jouée dans les rues de Paris. Cette expérience théâtrale propose au public depuis le 12 juin de suivre deux comédiens dans les rues, à l’aide d’une application, tout en respectant la distanciation sociale.

Les drive-in ont refleuri avec le confinement, mais connaissez-vous le bike-in ? En Italie, le concept a été inventé pour combiner déplacement doux et évènement. Ainsi, le spectateur se déplace en vélo pour assister à un concert ou un cinéma en plein air.

Laurence est de retour en présentiel à l'Etanol/scène nationale en préfiguration et cherche à renouveler sa présentation de saison. Le personnage, campé par le comédien Thomas Poitevin, est mis en scène dans de courtes vidéos hilarantes qui parodient le secteur culturel.


16.06.2020 à 11:46

#10 La Newsletter de l'OPC

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Alors qu’un sondage BVA souligne que les Français ne sont pas pressés de retourner au cinéma ou au spectacle, Michel Guerrin pose la question « comment inciter le public à revenir ? » « Pour la plupart des gens, […] la culture n’est ni utilitaire ni vitale mais un plaisir qui tutoie le loisir ». Une vision confirmée par l’État : « par le biais d’un décret paru le 1er juin : un cinéma ou un théâtre devront garder vide un siège sur deux alors qu’un train pourra être plein ». Une tribune portée par un collectif d’artistes fustige le 2 poids, 2 mesures : pourquoi impose-t-on une distanciation sociale stricte au spectacle vivant et autorise-t-on la promiscuité dans les transports ? La FEDELIMA et le SMA et de son côté le PRODISS réclament, quant à eux, une reprise de la diffusion et des spectacles en revenant à la norme usuelle.

« Un semi déconfinement ne suffit pas pour la culture. Nous ne pourrons pas résoudre la crise tant que nous ne serons pas sortis de la crise sanitaire », estime Françoise Benhamou dans Challenges. Martine Robert note dans Les Echos que la culture subventionnée « va jouer un rôle amortisseur » dans la crise alors que « la culture privée, marchande est en grand danger […]. L'Allemagne alloue 75 % de son plan « nouveau départ pour la culture » de 1 milliard au privé. » Dans une lettre ouverte au gouvernement, 12 organisations professionnelles plaident pour que les festivals occupent une « place à part entière dans les politiques publiques de la culture ». Dans une tribune du Monde, Thomas Schlesser propose que les commandes publiques annoncées par Emmanuel Macron s’appuient sur l’expérience des Nouveaux Commanditaires, un dispositif associant citoyens et artistes pour une création originale répondant à un besoin défini par les citoyens. « Si l’on veut que la commande soit bien l’avenir de l’art, il faut désormais la rendre vraiment démocratique. »

Sébastien Magro dans Slate interroge le peu de réactions des musées français au mouvement #BlackLivesMatter. « Ce silence est le symptôme de quelque chose de plus général en France où la tentation est grande de ne pas relier l'histoire des musées à ce qui se passe dans le monde aujourd'hui », peut-on lire dans l’article qui relaie les propos de l’historienne de l’art Anne Lafont. Jean-Marc Proust se moque de la démagogie d’HBO et du retrait temporaire D’autant en emporte le vent de la plateforme : « Chaque censure nie mon libre arbitre et ma capacité à me distancier ». Philippe Bernard commente le mouvement de déboulonnage des statues, figures de la traite négrière. Entre transmission du passé et refus de célébrer les promoteurs d’épisodes honteux, un débat serait nécessaire pour faire le tri.

Un collectif d’auteurs et d’artistes indépendants dans une tribune de Libération interpelle l’Etat pour élargir le régime de l’intermittence aux arts et aux lettres. Il prend appui sur la polémique opposant Joann Sfar à la SGDL. « Qu’un auteur en vienne à critiquer une association censée le défendre et que celle-ci ne trouve pas d’autre parade que de lui intenter un procès est hélas un symptôme criant de cette division. » Pour Andy Battentier dans Le vent se lève, l’intermittence constitue « un exemple réussi de flexibilisation d’un marché du travail avec une insécurité de l’emploi limitée [...] la politique n’est pas qu’une affaire de comptabilité et la définition des priorités d’une société ne peut se limiter au calcul localisé des entrées et sorties. Le Covid-19 est une cruelle démonstration de ce à quoi mène une politique qui réduit les dépenses publiques pour réduire les recettes publiques. » Patrick Viveret, que nous avions interviewé en novembre 2019, évoquait des pistes de sortie d’une logique purement comptable pour le monde culturel.

2 doctorantes ont analysé 78 pratiques muséales pendant le confinement et constaté des tendances récurrentes : ludification des contenus, détournement, démystification du musée. Une esquisse du musée « post-covid ». Dans la même veine, le 25 juin prochain, l’OPC propose un webinaire pour questionner le bilan des arts et cultures numériques pendant le confinement. Julia Laïnae et Nicolas Alep ont publié une charge contre les tentatives d’alternative numérique que commente Hubert Guillaud dans Usbek et Rica. Notre volonté à voir advenir un autre numérique achoppe à définir des limites à son extension sans fin, à interdire des pratiques. « La perspective de services publics 100 % dématérialisés d’ici 2022 nous adresse un futur numérique sans alternative ».


Carnet d'étonnements

« Ami noir, loc. Généralement utilisé comme gilet pare-balles dans une conversation stérile. Exemple : “Je ne peux pas être raciste, j’ai un ami noir”. » Cet extrait est issu du glossaire Le Dérangeur, petit lexique en voie de décolonisation concocté par le Collectif Piment. « En quarante mots et expressions, les auteurs du Collectif Piment débusquent ce que la langue française cache encore d’histoire coloniale non digérée ». Un ouvrage qui tombe à pic dans le contexte de l’actualité du mouvement Black lives matter.

« Il serait fou de croire que l'envie et les idées nous aient quittés »... On trouvera les bonnes distances, écrit l’artiste de cirque Johann Le Guillerm. Et de le prouver par une courte vidéo où il intègre les distances sociales à son art.

Didier Fusillier a imaginé cet été pour la Villette un projet de plaine artistique. Exit la représentation classique, le public pourra venir assister à une autre facette de la création : répétition ou simple lecture. Chacun viendra quand il le souhaite et repartira quand bon lui semble.

A l’Opéra-Comique, la scène et la salle seront inversées. Ainsi, le public plus restreint sera installé sur le plateau, tandis que les artistes se produiront dans une salle ouverte et distanciée. « Car 70 personnes sur un plateau, c'est magique, quand 200 personnes dans une salle de 1200, ça ne marche pas ».

Le théâtre d’Aubervilliers a lancé une cantine solidaire depuis le 21 mai. Elle permet la distribution d’une soixantaine de repas par jour, distribués aux participant.e.s de l’Ecole des Actes et aux habitant.e.s de la ville qui en ont besoin. Les distributions de repas se font sur le parvis du théâtre.

Dans un contexte compliqué pour les artistes avec l’arrêt des répétitions, le report ou l’annulation de spectacles, une plateforme numérique a vu le jour pour trouver rapidement une salle disponible pour répéter. StudioD’ se présente comme une plateforme solidaire de mise à disposition gratuite de studios de danse.


02.06.2020 à 13:32

#9 Les arts et la culture à l'heure de la crise

#9 Les arts et la culture à l'heure de la criseL’OPC fait le point sur l’actualité du secteur culturel en lien avec la crise : observatoire de la crise, mesures et dispositifs, carnet d'étonnements. Vous pouvez vous abonner à cette lettre. N’hésitez pas à nous écrire à cette adresse.
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Observatoire de la crise


Jean-Michel Tobelem anticipe un écosystème culturel bouleversé par la disparition d’acteurs culturels et associatifs avec pour conséquence, entre autres, de priver le citoyen de diversité, « un grave problème de politique culturelle ». Le niveau de désappropriation de la culture par les citoyens est fort et c’est un enjeu qui devient encore plus urgent après cette crise argumente Vincent Carry dans Libération. Et de poursuivre : « L’inégalité entre la région parisienne et le reste de la France en matière d’investissements publics de la culture est un déni de démocratie réel ». Michel Guerrin, dans Le Monde, consacre, de son côté, un article au mépris ressenti par le spectacle privé de la part du ministère de la Culture. Tandis que nombre de lieux privés ne pourront rouvrir qu’avec une salle pleine, sous peine d’alourdir leurs coûts, l’Etat demandera aux lieux qu’il subventionne d’assurer leurs missions de service public, même avec des formats modestes. Un fossé entre le sommet de l’État et le monde de la culture creusé par la proximité d’Emmanuel Macron avec des figures telles que Jean-Marie Bigard ou Philippe de Villiers commente l'éditorialiste. Ce rapprochement de figures antisystèmes n’est pas dépourvu de stratégie pour contrer « un effet Christophe Mercier », prophétisé par la série Baron noir. L’annonce de l’ouverture du Puy du Fou le 11 juin a fait grincer des dents les organisateurs de festivals. Dans The Conversation, Guillaume Mazeau, maître de conférence en histoire, questionne la réécriture de l’histoire par le Puy du Fou et « sa vision identitaire de l’histoire ».

Mashup, remix, partage : pendant le confinement une foule de contenus culturels détournés a déferlé sur Internet, interrogeant le droit d’auteur. Dans le dernier numéro de l’Observatoire paru avant la crise, Hervé Le Crosnier décrivait cette culture participative non pas comme une nouvelle concurrence, mais comme une forme plus horizontale de partage des savoirs.

Alain Policar fait référence à Thomas Hobbes pour alerter sur « La tentation de l’Etat d’instrumentaliser la peur pour restreindre nos libertés », au nom de la sécurité de tous. Kevin Ringeval craint d’ailleurs que « le renforcement régulier de cette politique sécuritaire démesurée dissuade aussi de plus en plus d’acteurs créatifs en tout genre, qui finissent par jeter l’éponge. »

Dans Mediapart, François Bonnet voit dans la crise sanitaire une expérience politique inédite : auto-organisation, solidarités, initiatives multiples... Il entrevoit un futur « tsunami social » dans cette révolution « à bas bruit ». Philippe Moati dépeint une hausse des fractures au sein de la population. Entre ceux qui veulent aller plus loin dans la déconsommation et d’autres qui aspirent à retrouver la vie d’avant, avec le risque d’un regard méprisant des premiers sur les seconds. Dans le même temps, l’auteur plaide pour répliquer à Amazon avec l’organisation de plateformes à l’échelle locale.

Dans sceneweb, la jeune génération en charge des CDN, prend de la hauteur sur « cette fameuse charge de réinventer le théâtre de ce non moins fameux monde d’après ». Le théâtre public n’a pas attendu le Covid pour multiplier les projets aux formes dites alternatives. « On dit aux artistes de se réinventer comme on dit à une ou un employé de 55 ans que son congédiement sera une opportunité de se réinventer » s'agace l'auteur Guillaume Corbeil.

Si le confinement a sans nul doute été une opportunité de faire preuve de créativité, elle s’est parfois muée en injonction. Déjà habitués à subir la pression de « réussir notre vie », devions-nous à tout prix « réussir notre confinement ? »


Mesures et dispositifs


Depuis le 11 mai, petits musées et monuments ouvrent progressivement leurs portes. Le ministère de la Culture fait le point avec une cartographie des lieux ouverts. Le 28 mai, Edouard Philippe a annoncé la réouverture des salles de spectacle et des cinémas à partir, respectivement, des 2 et 22 juin en zone verte, et en suivant les normes de sécurité. « Les règles de distanciation physique devront y être respectées par une organisation spécifique des places assises, une gestion des flux conforme au protocole sanitaire de ces espaces et le port du masque y sera obligatoire. [...] Les salles fermées sont capables de déterminer elles-mêmes les conditions de distanciation sociale et de circulation, et c’est aux professionnels que revient cette responsabilité, en lien avec les services de l’État qui les accompagneront ». Le ministère de la Culture met à disposition une série de guides d’accompagnement sur son site internet.

Si les professionnels se réjouissent des annonces, ils s'inquiètent des conditions d'accueil du public et de la soutenabilité économique des modèles engendrés. Dans un communiqué du 26 mai, le collectif Coopération Art et Culture contre le Covid-19 rapporte les annonces contradictoires du gouvernement générant de la confusion et demande plus de cohérence. Selon Jules Frutos, producteur de spectacles, dans un interview pour le Monde, « on ne peut pas fonctionner avec 30 % de jauge ». Il doute en outre que les artistes veuillent jouer devant un public masqué et dispersé. Dans La Gazette des communes, Hélène Girard note que « dans l’état actuel des consignes sanitaires, la plupart [des responsables de salles] ne comptent pas se précipiter pour accueillir à nouveau des concerts ». Emmanuelle Bouchez et Samuel Douhaire dans Télérama constatent deux positionnements différents : alors que Malika Séguineau, directrice générale du Prodiss, « aurait aimé avoir des précisions quant aux jauges » et s’inquiète de la « responsabilité des conditions sanitaires », Nicolas Dubourg, président du Syndeac, « ne vit pas mal le fait qu’il n’y ait pas de critère de jauge annoncée [...] Tout le monde vise septembre et d’ici-là, étape par étape, on aura sans doute retrouvé toutes nos capacités. Ce signal de réouverture est suffisamment fort, on va pouvoir se projeter dans l’avenir, éditer nos programmes de saison ! ». Eric Demey dans sceneweb.fr signale que « la reprise des spectacles dans les théâtres de ville reste hypothétique » en raison de jauges réduites et non rentables, ainsi que d’un public âgé réticent à venir dans les salles. Et de faire remarquer que « la rentrée de septembre va être un rendez-vous important. C’est là qu’on va voir les projets politiques des collectivités. Ceux qui vont essayer au maximum de garder une offre pour la population. Et ceux qui ne voudront pas faire de sacrifice budgétaire ». De leur côté, les DACS représentés par la FNADAC s'engagent dans un communiqué à accompagner « les préconisations sanitaires et administratives par des solutions techniques reliant les arts et les êtres, de l’intime au collectif ».

Dans un article du Monde, Marie-Aude Roux explore comment les orchestres symphoniques s'organisent concrètement avec la crise : formations réduites, espacement selon les types d'instruments, programmes repensés, petits formats en plein air, représentations locales... Stefan Kaegi propose un spectacle déconfiné pour une personne au Théâtre de Vidy à Lausanne. Thomas Jolly, directeur du CDN Le Quai Angers, explique dans Naja 21 comment il invente avec son équipe un « théâtre corona-compatible ». Ouest France nous informe que le festival des Zendimanchés a décidé de maintenir son agenda de juillet avec une programmation et une jauge réduites. Dans Profession spectacle, Chloé Goudenhooft expose différentes hypothèses évoquées par des acteurs des arts de la rue pour accueillir les spectateurs dans l’espace public : faire plus de représentations, jouer sur des espaces plus grands, réduire et étaler les programmations des festivals dans le temps, créer des petits formats, imaginer des représentations incluant les masques de façon ludique... La Gazette des communes nous montre comment les musées de société se mobilisent pour une réflexion documentée.


Carnet d'étonnements


Le Monde rapporte des textes d’ados, extraits de journal de bord écrits pendant le confinement, dans le cadre de leur cours de français. Des paroles brutes, une photographie de cette période sans précédent, vue à travers des yeux de collégiens.

Initiative historique et sonore, le TNB propose d’écouter L’histoire mondiale de la France, un ouvrage dirigé par Patrick Boucheron lu par des comédiens, chanteurs, artistes ou écrivains. De -34 000 av. J-C jusqu’en 2015, la période court de la grotte Chauvet jusqu'aux attentats djihadistes.

Notre Grande évasion, « projet sensible, inventé dans ce contexte inédit du confinement, pour y répondre poétiquement, le défier en quelque sorte », imaginé par la Comédie de Valence s’est achevé. Les propositions restent visibles sur le site : art participatif à distance, carnet de voyage immobile, replongez dans ces formes de spectacles inédites.

La petite reine avait déjà le vent en poupe avant le confinement. Un mode de déplacement qui se marie bien avec le tourisme de proximité : Enlarge your Paris et le Pavillon de l'Arsenal dévoilent des parcours « archivélo » pour explorer les paysages et le patrimoine du Grand Paris.

En attendant la réouverture des musées, les premiers visiteurs du Musée d’art de Kansas City - trois manchots du zoo voisin – ont arpenté le lieu, visiblement plus préoccupés par les toiles du Caravage que celles de Claude Monnet.


18.05.2020 à 15:51

#8 Les arts et la culture à l'heure de la crise

#8 Les arts et la culture à l'heure de la criseL’OPC fait le point sur l’actualité du secteur culturel en lien avec la crise : observatoire de la crise, mesures et dispositifs, carnet d'étonnements. Vous pouvez vous abonner à cette lettre. N’hésitez pas à nous relayer vos informations à cette adresse.
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Observatoire de la crise


Mathide Serrell voit dans la présence en silhouette du ministre de la Culture lors de l’intervention d’Emmanuel Macron un signe de plus de « décennies d’affaiblissement de cette fonction ». Or, c’est bien « sur la base d’un couple fort entre l’exécutif et le ministère que se sont inventées les grandes politiques culturelles ».

Dans Mediapart, Mickaël Correia analyse la concurrence des salles de cinéma et des scènes par les plateformes de vidéos à la demande ou le livre stream. Néanmoins, le coup porté par les syndicats face à Amazon ne montre-t-il pas qu’il est possible d’établir un rapport de force avec les mastodontes privés ?

Il est trop tôt pour présager du comportement des Français vis-à-vis de la culture dans ce contexte de déconfinement : « C’est la sédentarisation forcée de nos concitoyens qui m’inquiète le plus » explique Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français. Comme l'écrit Michel Guerrin dans Le Monde « La culture a besoin de vieux » : or, les seniors, public central des lieux culturels, sont incités à rester chez eux.

Jean-Pierre Saez évoque la responsabilité de chacun : « Nous avons tous, décideur public et simple citoyen, notre part à prendre pour nous orienter vers un monde qui prenne en compte les notions de durabilité et de soutenabilité ». La question de la saturation revient inlassablement, tous secteurs confondus. Emmanuel Tibloux plaide pour « une relance écologique du secteur culturel » et rappelle que « la notion de culture a été inventée dans une relation étroite à la nature, et sur une base lexicale qui implique les notions d’habitabilité, d’entretien et de soin ».

Les professionnels de la nuit réfléchissent à une nouvelle forme de fête. Mais dans la France post-confinement, la nuit ne part pas avantagée avec, dans le rétroviseur, les couvre-feux instaurés dans certaines villes pendant le confinement.

Françoise Benhamou, citée dans Médiapart, ne s’illusionne pas : la crise est profonde, le secteur culturel ne sera pas prioritaire, il aura besoin de réinventer. « Nous allons assister à une période de démondialisation associée à un mouvement de relocalisation ».

Un collectif de tiers-lieux considèrent avec une pointe d’ironie l’invention du monde d’après. « Les tiers-lieux sont déjà le monde d’après » observent-ils, avec des modes de vie respectueux de l’environnement, solidaires, durables, à l’échelle de leur quartier ou de leur ville. Dans Libération, Max Rousseau voit dans l’urbanisme punk une piste pour « ré-ensauvager la ville », reconnexion imprévue entre humains et non-humains. Pour Mathilde Serrell, le monde d’après devra faire avec de nouveaux collectifsvenus « combler des interstices laissés vacants ».

Christophe Honoré se « méfie beaucoup, aussi, du côté prophète (...) que l’on pourrait nous accorder, en tant qu’artistes. Je ne crois pas que nous soyons capables de voir ce qui nous arrive mieux que d’autres ».

« 87 % d’infirmières, 91 % d’aides-soignantes, 97 % d’aides à domicile et d’aides ménagères, 76 % de caissières et de vendeuses, 73 % d’agentes d’entretien », pourquoi ces titres sur « nos héros » au masculin ? s’agace la professeure Eliane Viennot dans The Conversation. Le podcast Les couilles sur la table questionne la manière dont la crise met en lumière les inégalités flagrantes qui persistent entre les genres. Le mouvement H/F propose, de son côté, des mesures concrètes pour garantir l’égalité entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture, en cette période de crise. Au passage, soulignons qu'il faudrait dire la covid-19 dixit l’Académie française


Mesures et dispositifs


De nombreuses mesures sont déployées progressivement à tous les niveaux pour soutenir le monde de la culture : Etat, organismes nationaux, collectivités, sociétés d'auteurs… Pour s'y retrouver, Artcena propose une veille actualisée, notamment pour le spectacle vivant et les auteurs. Auvergne-Rhône-Alpes Spectacle Vivant met à disposition un outil avec une entrée selon le statut de l’acteur culturel : auteur, intermittent (artiste, interprète, technicien), compagnie, lieu, festival, indépendant, profession libérale, micro-entreprise.

Si le prolongement des droits des intermittents jusqu'en août 2021 était très attendu, de nombreux points restent encore flous suite à l'annonce du Plan Macron pour la culture. Les « travailleurs invisibles » du monde culturel (producteurs, attachés de presse, régisseurs et autres travailleurs indépendants) se sont regroupés en collectif « les Artisans du spectacle » et appellent le gouvernement à prendre en compte leur situation. Dans Profession audiovisuel, un jeune photographe explique qu'il « subit une double peine : outre l’arrêt total de ses activités, [il] ne peut justifier de revenus suffisants pour bénéficier des aides ». Pour Pascal Neveux, président du CIPAC, « les artistes plasticiens sont les grands oubliés » des mesures. Le Syndicat des Travailleurs Artistes-Auteurs (STAA) a été créé « pour répondre aux problématiques rencontrées par les travailleurs et travailleuses relevant du statut d’artiste-auteur dans tous les secteurs culturels ». Aurélie Filippetti interrogée dans ActuaLitté suggère de « lancer un revenu de base pour les créateurs (qui servirait aussi pour les étudiants) ». Dans l'émission Soft Power, Jean-Noël Tronc, directeur de la SACEM plaide pour « un plan Marshall pour les industries culturelles ». A la députée Elsa Faucillon qui pointe les manques du Plan Macron, Franck Riester répond que « c'est par l'activité que nous pourrons assurer des rémunérations à celles et ceux qui travaillent dans le secteur de la culture ».

Le ministère de la Culture a lancé la publication de guides pratiques pour la réouverture de lieux culturels. L'accès aux musées est « un problème de taille à l'heure du coronavirus ». Hélène Girard dans La Gazette des Communes précise les critères mis en avant pour l'ouverture des « petits » musées : capacités à mettre en place des mesures de protection efficaces, fréquentation majoritairement locale. Certains lieux ouvrent leurs portes, c'est le cas par exemple des musées départementaux de l’Isère. France Musique s'intéresse aux conservatoires de musique et note « pas de reprise dans l'immédiat » même si quelques lieux ont opté pour une réouverture progressive. Brigitte Salino dans Le Monde décrit le casse-tête auquel les directeurs de théâtre sont confrontés pour leur programmation et les divers scénarios qu'ils envisagent. Dans Le Parisien, Eric Bureau a sondé Le Prodiss et plusieurs équipements qui ne croient plus à l'ouverture des salles pour septembre. Tewfik Hakem sur France culture pose la question : « Y aura-t-il un ciné ouvert à Noël ? ». Chloe Goudenhooft dans Profession spectacle note que les artistes de cirque s’interrogent « sur la possibilité de reprendre une activité qui repose essentiellement sur le contact et les échanges physiques ».

Des systèmes solidaires se mettent en place comme Mousquetaire du Patrimoine et de la Culture, une initiative de prévente solidaire. La Sacem appelle à la solidarité avec #SceneFrancaise et invite les médias à diffuser plus de musique française. Le groupe Économie Solidaire de l’Art propose un projet visant à améliorer la situation économique des artistes plasticiens. Dans une vidéo « COVID : gratuité contre droit d’auteur », le directeur général de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, Francis Gurry, fait le constat que la culture n'a jamais été autant accessible que depuis la pandémie. Il espère que « ces exceptions seront de courte durée, sinon elles aggraveront encore la crise du secteur culturel ».


Kit de survie culturelle


À Marseille, on renoue avec les radios pirates. Les initiateurs de Radio Finement-con tentent de briser l’isolement de leur quartier en diffusant des informations sur le réseau d’entraide qui maille la cité phocéenne.

Le réseau de cinéma Utopia invente le premier cinéma à énergie positive à Pont-Sainte-Marie. « Un éco-ciné, dans un éco-quartier, sans 3D, ni pop-corn. »

Le PEROU porte le projet du Très Grand Hôtel : un contre-centre d'hébergement pour Paris basé sur la solidarité. Une proposition qui pense l'hébergement non comme une opération de mise à l'abri, mais comme art de faire société.

Le réseau d’entraides #poureux met en relation cuisiniers amateurs et cyclistes pour cuisiner et livrer des repas aux plus démunis. Une philosophie anti deliveroo.

La pandémie de Covid-19 est un événement exceptionnel qui marquera l’histoire. Pour garder la trace du vécu quotidien de cette période, les services d’archives et ceux de la communication des collectivités locales se sont rapidement lancés dans un travail de recueil mémoriel.

Les sites du patrimoine mondial sont également touchés par la pandémie de Covid-19, les gestionnaires de ces sites nous racontent en vidéo comment ils font face à la crise.

Enfin, n'hésitez pas à parcourir Meet the neighbors : une galerie de portraits et de témoignages d'habitants confinés dans un immeuble new-yorkais du Queens réalisée par le New York Times.


06.05.2020 à 16:25

#7 Les arts et la culture à l'heure du confinement

#7 Les arts et la culture à l'heure du confinementL’OPC fait le point sur l’actualité du secteur culturel en lien avec la crise sanitaire : observatoire de la crise, mesures et dispositifs, kit de survie culturelle. Vous pouvez vous abonner à cette lettre. N’hésitez pas à nous relayer vos informations à cette adresse.
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Observatoire de la crise


C’est bien dès aujourd’hui qu’il nous faut engager la bataille pour éviter le retour du « business as usual » plaide Dominique Méda dans Le Monde. Et de rappeler dans La Tribune que dans le contexte de la seconde guerre mondiale, les grandes lignes économiques et sociales furent dessinées dès 1942. Si l’on compare la crise économique actuelle à la Grande Dépression, Frédéric Martel relate sur France Culture que le New deal de Roosevelt prévoyait un important volet culturel. Françoise Benhamou et Victor Ginsburgh pour Terra Nova plaident d'ailleurs pour une logique de "New Deal", décrivant la reprise par la consommation comme une chimère.

Cyril Dion s’interroge « Dans cette période où notre vie se réduit à l’essentiel, que nous manque-t-il ? » Dans AOC, Bruno Latour incite chacun à faire pendant la crise son inventaire, à réfléchir aux modes de « production dont nous ne souhaitons pas la reprise ». Mirelle Delmas-Marty pour Le collège de France propose une boussole pour l’après. Une recomposition qui n’ira pas de soi car elle implique de dépasser 3 dogmes : le dogme économique de la croissance et du progrès, la souveraineté des Etats et l’anthropocentrisme. Le metteur en scène Matthias Langhoff rêve pour le monde d’après « d’un théâtre qui appartiendrait à la vie comme un parc ». Alain Damasio imagine dans Reporterre un vrai carnaval des fous, avec ce mot de désordre : « Stop ! On ne reprend pas les choses comme avant ! » Quant à Michel Guerrin, dans Le Monde, il se méfie des grands soirs. « La culture adore passer sur le divan, et les prédictions sont souvent plus le fruit du militantisme que de l’observation froide ». Dans les Inrocks, Daniel Cohen redoute une accélération du capitalisme numérique, qui tend à dématérialiser un maximum de services. De nombreux cinémas pourraient disparaître, cantonnant le 7e art à un statut comparable à celui de l’opéra, prophétise un article paru sur Slate.

Dans Libération, S. Vergnaud et J.M. Tobelem suggèrent d’ouvrir les institutions culturelles à un petit nombre : « N’est-ce pas là l’occasion idéale (…) de proposer des expériences inédites et privilégiées, aussi bien aux membres des sociétés d’amis, aux curieux et aux amateurs qu’aux personnes en difficulté ? » Jamais la France n’avait connu une telle saturation médiatique par la culture avec une médiasphère surinventie d’offres en tous genres, allant des plus belles qualités au bricolage en urgence sous la pression des édiles » commente Elsa Olu dans l'OCIM. E. Négrier et P. Teillet pour les PUG émettent la thèse que la sidération, la brutalité du choc ne permettent pas au secteur culturel de proposer des solutions inventives, au-delà de prestations en ligne ou de catalogues en accès libre.


Mesures et dispositifs

Alors que les intermittents du spectacle se trouvent dans une situation de précarité et de grande incertitude quant à leur activité et à leurs droits aux allocations chômage, l'annonce d'Emmanuel Macron le 6 mai d'une « année blanche » et du prolongement de leurs droits jusqu'en août 2021 « était très attendue par le secteur, qui y voit une mesure indispensable pour éviter une catastrophe humaine et économique ».

Si de nombreux acteurs ont commencé à étudier les modalités de réouverture des lieux culturels (la DRAC Grand Est rassemble sur son site Internet un ensemble de ressources), les professionnels souhaitent des annonces précises de la part du gouvernement. Un rapport sur les « processus de réouverture des lieux de spectacles » a été remis à Emmanuel Macron avec différentes recommandations : mesures de distanciation, port du masque, suppression de lieux de vie collectifs, nettoyage, distinction lieux ouverts/lieux clos… Hélène Girard dans La Gazette des communes imagine à partir de ce rapport « à quoi pourrait ressembler un spectacle après le 2 juin ». Selon Benjamin Pech dans Le Figaro, « les recommandations [...] paraissent inapplicables aux gérants de salles » et la question de la faisabilité économique se pose. Et les annonces faites par Emmanuel Macron et Franck Riester le 6 mai ne détaillent pas les conditions de réouverture des lieux.

Dans le projet de loi devant le Sénat le 4 mai, Edouard Philippe confirme l’ouverture possible à partir du 11 mai des bibliothèques, médiathèques, musées monuments, galeries, libraires, disquaires dont les visiteurs ne viennent pas de loin. Ces lieux ne cachent pas leurs inquiétudes et difficultés. Selon le syndicat Sud dans un article paru dans Actualitté, « La réouverture des bibliothèques pose un véritable problème » nombre d'entre elles réclament la mise en place de mesures spécifiques et une ouverture plus tardive. Concernant les autres lieux (lieux de spectacle, salles de cinéma, grands musées et monuments), Edouard Philippe annonce que « nous devons attendre début juin pour, si la situation le permet, [les] rouvrir […] et pouvoir voir dans quelles conditions ». Emmanuel Macron ajoute le 6 mai qu'il faudra « inventer de nouvelles formes [...] mais il faut que les lieux de création revivent ». Il préconise « le mariage du bon sens et de l'innovation ». « Sur la question de la saison prochaine : il va falloir l'inventer. Je ne sais pas dire où sera cette épidémie. » Hélène Girard dans La Gazette des communes revient sur les différents points évoqués (calendrier, mesures financières, appel au soutien des collectivités, droits des intermittents, implication des artistes dans l'éducation artistique et culturelle...) lors de ces annonces.

Dans un article du 29 mai, Télérama rapporte diverses réactions et stratégies du monde de la culture face à cette incertitude : pragmatisme, acceptation de l’inconnu, attente d'informations, report de spectacles, recherche de solutions alternatives et de mesures à mettre en place, négociations… Dans une interview pour Franceinfo, Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond-Point à Paris, alerte sur le fait qu'on « ne peut pas malheureusement rouvrir "un théâtre" comme on ouvre un magasin de vêtements. […] On ne sait pas s'il faut annuler les choses ou en enlever la moitié. » Dans un article de Scèneweb, Eric Demey nous informe que les producteurs et artistes souhaitent envisager avec les théâtres ayant décidé de fermer leurs portes jusqu’à décembre « les conditions d’une reprise dès septembre dans un réseau qui maille tout le territoire ».

Dominique Bluzet dans Le Monde alerte que « Si nous attendons trop pour rallumer les projecteurs, le « monde d’après » risque fort d’être froid comme un cachot. » Selon Emmanuel Demarcy-Mota pour France Culture, le temps du déconfinement doit « être un temps d’expérimentation et d’exploration, un temps de réflexion, de dialogue, d’échanges et de reconfiguration ».



Kit de survie culturelle


Et si le covid-19 était un son ? Un professeur au MIT a produit, à l’aide d’un algorithme, un morceau de musique qui modélise la structure génétique du virus.

Usbek et Rica prédisent le retour du drive in, « seule alternative au streaming ». Des lieux se sont lancés, tel l’aéroport de Vilnius qui s’est transformé en cinéma de plein air. Le Danemark, la Lituanie et l'Allemagne ont testé des concerts drive in sur le même principe. D’autres initiatives fleurissent comme celle du cinéma la Clef à Paris qui projette des films sur les toits pendant le confinement. Des lieux culturels se reconvertissent : à Angers, le cinéma les 400 Coups a adopté un maraîcher. Pierre le Crieur, à Strasbourg, a remplacé ses criées matinales sur les marchés par des criées devant son téléphone.

Les PUG proposent la collection « Le virus de la recherche » composée d'ebooks gratuits rédigés par des chercheurs sur le thème de la crise.

France Culture lance une interview quotidienne : #ImagineLaCultureDemain : A quoi pensent les artistes confinés ? Comment imaginent-ils leur pratique de demain, leur rapport au public, la place des productions numériques ?

La lettre de la Fondation Robert Schuman recense nombre d'actions culturelles et éducatives en direction des enfants et adolescents. C'est l'occasion aussi d'explorer avec des jeunes publics des ressources comme celles du Musée des sapeurs-pompiers de Lyon. La lettre Culture et Patrimoine de la Drôme valorise le studio Folimage et ses films ainsi qu’une sélection de courts métrages.

L’université de Paris propose #amafenetre : un projet collaboratif pour valoriser les paysages de nos confinements.

Pour les plus sportifs, pourquoi ne pas tenter un marathon dans votre cave ou l'ascension du Mont Balcon ? Un phénomène de micro-aventuriers analysé par The conversation.


23.04.2020 à 15:32

#6 Les arts et la culture à l'heure du confinement - spéciale Festival

#6 Les arts et la culture à l'heure du confinement - spéciale FestivalParce que les annonces de leur annulation font l’effet d’une hécatombe et qu’ils participent à la vie des territoires et leur attractivité, les festivals sont des témoins flagrants de l’impact de la crise sanitaire sur la culture. L’OPC dresse, dans cette lettre, un paysage des festivals pendant la tempête : réflexions, dispositifs solidaires et initiatives pour se réinventer.
Vous pouvez vous abonner à cette lettre. N’hésitez pas à nous relayer vos informations à cette adresse. Prenez soin de vous !


Observatoire de la crise


« Au moins, il n’est plus nécessaire d’administrer la preuve de l’impact économique des activités culturelles » note Jean-Pierre Saez dans l’édito de notre dossier. François Lajuzan, DG culture à Toulouse, le souligne : la crise révèle au grand jour la place que la culture occupe « dans tous les secteurs de l’action publique de par son impact sur l’attractivité du territoire, l’économie locale, l’emploi... ».

Bernard Faivre d’Arcier éclaire le lecteur sur la situation actuelle, au regard de la crise de 2003. Si cette année-là, la décision d’annuler Avignon avait été prise « au cœur d’une multitude de discussions, controverses et manifestations (…) en 2020, les festivals meurent dans la discrétion, voire la solitude. » Emmanuel Négrier précise dans un article pour l’Observatoire que « Ce sont les festivals qui dépendent le plus des ressources propres qui sont impactés davantage. »

Paul Fournier, président de France Festivals, mesure combien l’existence des festivals engage la responsabilité de tous : Etat, collectivités, festivals, mécènes, publics, chacun aura un rôle à jouer dans la pérennité de ces évènements.

Le terme "service public" revient dans plusieurs papiers dont celui de Paul Rondin, qui appelle à « Consolider (...) ces missions d’intérêt général non solubles dans l’activité lucrative, ces services publics dont on a tant besoin ».

Maria-Carmela Mini, directrice du festival Latitudes Contemporaines à Lille, dépeint la situation comme une équation inconnue avec laquelle il va falloir accepter de se perdre pour inventer autre chose. Pour Jean-Michel Le Boulanger il faudra ralentir le temps et repousser les tyrannies de l'urgence.

Benoît Thiebergien, directeur du festival Détours de Babel à Grenoble, esquisse les contours de demain : « Le monde culturel va devoir changer ses habitudes (...). Sortir de ses postures, de ses itinéraires balisés, de ses vieilles querelles public/privé, et participer à la solidarité collective du "jour d’après" ». Barbara Métais-Chastanier dans un article de Libération, intitulé « La culture comme pétrole » de juillet 2019, invitait déjà la culture à penser au monde d’après : Les tutelles ne devraient-elles pas sortir des valeurs et critères qui valorisent diffusion internationale, multiplication des objets culturels, amplitudes des programmations, des jauges ou des tournées ?


Mobilisations et dispositifs


Depuis les premières mesures annoncées fin février, de nombreux festivals ont été annulés. Une cellule du ministère (DGCA) a été mise en place pour accompagner les organisateurs de festivals et les élus concernés. L’annonce du Président interdisant les « grands festivals » jusqu’à mi-juillet a sonné le glas de multiples rendez-vous estivaux mais aussi semé le trouble puisque Franck Riester a indiqué par la suite que les « petits festivals » pourraient être maintenus après le 11 mai.

Catherine Morin-Desailly, présidente de la Commission culture au Sénat et Sylvie Robert, sénatrice, ont demandé des précisions concernant les calendriers et des mesures spécifiques : fonds de solidarité, guichet unique... Lors de son audition au Sénat, Franck Riester a indiqué une gestion « au cas par cas » et précisé un peu la situation : « Un petit festival rural, avec une scène, un musicien et 50 personnes, qui sont à un mètre les unes des autres, sur des chaises, et qui ont un masque, et en rentrant sur le site la possibilité de bien se laver les mains avec des produits spécifiques : on pourra tenir ces festivals-là ».

Dans un communiqué du 17 avril, 22 organisations appellent à la définition de « critères objectifs ». La FNCC demande une concertation sur le maintien des petits festivals. Leur tenue en mai et juin fait porter de lourdes responsabilités aux organisateurs et élus, et la crainte de risques sanitaires. Les organisateurs souhaitent pouvoir avoir la liberté d’annuler ces manifestations, bénéficier des aides actuelles et faire jouer les assurances.

Léo Anselme et Nicolas Riedel (Auvergne Rhône Alpes – spectacle vivant) font le point pour l'Observatoire sur les manifestations et festivals en Auvergne-Rhône-Alpes et les mesures de soutien des pouvoirs publics. Florian Laurençon, DGA Culture, Éducation, Jeunesse de la Région Sud, dresse un état des lieux des festivals dans la Région.

De manière générale, un cadre clair est nécessaire afin que les festivals puissent se projeter : jauges admises, mesures de prévention (distanciation, masques, hygiène), mobilité interrégionale et internationale des artistes et spectateurs… Pour Catherine Morin-Desailly, « il faut penser ce calendrier en étant raisonnable et responsable mais la perspective de l’après est importante. La culture a besoin de se préparer ». Les festivals sont interdits jusqu’à la fin de l’été dans d’autres pays et un conseiller de l’OMS préconise qu'il n'y ait pas de concerts avant l'automne 2021.

Si les artistes et techniciens sont directement touchés, c'est tout un écosystème qui est marqué « un festival annulé, des centaines d'emplois impactés ». Prodiss a d’ores et déjà chiffré à 590 millions d’euros les pertes subies par le spectacle vivant privé, sur la période du 1er mars au 31 mai. Ces chiffres seront recalculés avec la période comprenant l’été. Après les premières mesures d'urgence, un 2e plan d’aide spécifique au secteur est à l’étude au ministère. Lors de son audition devant la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, Franck Riester annonce que le ministère étudie actuellement les « modalités qui permettraient de tenir des festivals » (critères, échéances...) et promet un accompagnement dans les démarches administratives et les fondements juridiques. Le fonds d'urgence spécifique pour le spectacle vivant privé sera opérationnel le 1er mai.


Initiatives des festivals


Si de nombreux organisateurs ont choisi l'annulation, d'autres cherchent à proposer une programmation modifiée en utilisant différents media : site internet, réseaux sociaux, audiovisuel, réalité virtuelle...

Certains se sont déjà réinventés sur la toile comme par exemple le Festival de BD d’Aix. L’International Documentary Film Festival Amsterdam, un des plus grands festivals de films documentaires a déposé en accès libre sur internet plus de 300 films de sa collection.

Le Printemps de Bourges a lancé un Printemps imaginaire. Le Festival de Cannes proposera une version virtuelle du Marché du film à destination des professionnels et réfléchit aux nouvelles formes possibles (Label, partenariat avec le Festival de Venise…). Le Festival d'Avignon travaille sur un programme audiovisuel et numérique « En rêvant du Festival d’Avignon » notamment avec France Culture, France Télévisions et Festival-Expériences en juillet 2020.

La société VRrOOm a développé différents outils de réalité virtuelle et certains festivals étudient la possibilité de porter une partie de la programmation sur leurs plateformes, avec comme enjeu de rendre ces nouveaux outils accessibles au plus grand nombre.

D'autres réfléchissent à des reports ou formats différents. Hacène Lekadir, adjoint à la culture de la Ville de Metz, décrit la stratégie de report du Festival Constellations 2020 de Metz. Le Festival des Suds à Arles étudie différentes possibilités. Le Festival Montpellier Danse a imaginé un nouveau scénario et a reporté sa programmation d’été à l’automne, un travail mené en collaboration avec les salles montpelliéraines qui ont modifié leur programmation pour accueillir des représentations du festival. Pour Pierre Beyfette, président d'AF&C, association qui chapeaute le Off d'Avignon, l'annulation du Festival peut être l'opportunité de se repenser et de questionner les limites du modèle de dérégulation.

L’Association des Festivals Européens fera porter le thème de sa rencontre annuelle sur l’espoir. Elle aura lieu du 23 au 25 novembre prochains à Galway, capitale européenne de la Culture. De nombreuses coopérations se mettent en place actuellement entre festivals, de nouvelles formes émergent. Ce temps sera l’occasion d’étudier le pouvoir de renouvellement des festivals, des coopérations, des ressources pour être opérationnel, de l’après…


15.04.2020 à 09:38

#5 Les arts et la culture à l'heure du confinement

#5 Les arts et la culture à l'heure du confinementL’OPC fait le point sur l’actualité du secteur culturel en lien avec la crise sanitaire actuelle : dispositifs solidaires, observatoire de la crise, kit de survie culturelle. Vous pouvez vous abonner à cette lettre. N’hésitez pas à nous relayer vos informations à cette adresse. Prenez soin de vous !


Observatoire de la crise


Si le déconfinement passera, entre autres, par une appli mobile sur la base du volontariat, des voix s’élèvent contre le risque d’une surveillance numérique invasive. Olivier Tesquet s'alarme de la sous-traitance des fonctions régaliennes de surveillance au secteur privé. Michel Lussault, dans une chronique géovirale, parle, lui, d’auto-confinement. Chaque individu s’astreint lui-même à accepter une clôture. Ce ne sont plus les espaces institutionnels disciplinaires comme l’école ou la prison, tels que les décrivait Foucault, qui créent le confinement mais le domicile.


Comment faire vivre le théâtre ou la musique sans publics ? « Voir un live sans public, c'est un peu avoir le privilège de regarder l'artiste dans son intimité créatrice » peut-on lire dans un article sur Slate qui commente le développement de concerts en ligne. D’autres voix incitent à tout arrêter. Mathieu Bertholet (théâtre de poche de Genève) défend l’expérience du manque pour se rendre compte « que ce qui nous manque le plus c’est de nous réunir ».


Jean-Pierre Saez notait dans une interview à la Gazette des communes, une forme de surmobilisation des acteurs culturels pour proposer des ressources en ligne, qui est (…) ambivalente, avec, d’un côté un très fort élan de générosité et de solidarité, et, de l’autre, l’expression d’une anxiété. Avec le confinement, les musées mesurent un bond de leur Trafic sur leur site Internet. Le Service du livre et de la lecture du ministère de la Culture, observe, dans une enquête flash, que 68% des bibliothèques constatent une augmentation des usages pour leurs ressources numériques. Néanmoins, les grandes gagnantes de ce confinement forcé ne seraient-elles pas les plates-formes payantes, essentiellement américaines ?


Joris Mathieu invite à questionner le scénario dans lequel nous vivons. Jusqu’à aujourd’hui, « nos imaginaires, (…) freinés par l’obligation de vivre et travailler à un rythme effréné, engoncés dans cet aller-retour permanent entre consommer et être consommé, n’étaient pas en capacité d’accepter cette réalité tangible, ni d’y opposer des alternatives convaincantes ».


Dans le monde d’avant, les brevets et innovations étaient jalousement protégés. En plein crise sanitaire, la course à l’ouverture et la transparence est lancée. Pour Usbek et Rica, le covid va contribuer à propager le mouvement maker.


Kit de survie culturelle


Le CCO de Villeurbanne a ouvert un blog participatif dont l’une des rubriques #unmondecommun regroupe des alternatives pour faire autrement en temps de crise. Nous y avons repéré la proposition de radio Nova qui invente avec des musiciens, écrivaines, cinéastes, dessinatrices, philosophes le monde d’après.

L’initiative #Mulhouseresiste avait échappé à notre vigilance : une ruche d’artistes et d’artisans d’art incite à lutter contre la morosité avec la création de drôle de masques.

Le musée Vauban alimente une rubrique ressources sur le thème du Streets art, notamment pertinente pour les enfants : comment construire un alphabet en origami, fabriquer des tampons ou des stickers maisons. PaQ’la Lune, association d’éducation populaire, met en ligne un carnet de vacances culturelles. Si l’envie vous prend de danser en famille, nous avons sélectionné dans la newsletter du Département de l’Isère Le grand bal des entêtés. Le musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal met en valeur ses tutos-gallos : comment bien porter sa toge, faire du feu ou envoyer un message. Si le MashUp Film Festival 2020 reporte son édition, l’appel à projet invite toutes les sensibilités artistiques à se lancer dans l’exercice jubilatoire de la culture mash-up qui consiste ici à se réapproprier un nombre illimité d’images, de sons et réaliser son propre film à partir de ce matériau.
Pour voyager, visionnez les douze vidéos d’artistes tunisiens et internationaux à l’occasion du festival de vidéo de Gabès. La cinémathèque diffuse grand nombre de Master classes avec des réalisateurs comme Tim Burton, Agnès Varda, James Gray, Isabella Rossellini ou Martin Scorsese.

Le centre d’art 40mcube propose de plonger dans les archives de ses expositions : dessins préparatoires, éléments de médiation , photos d’œuvres...

Si vous avez mal à l’âme, pourquoi ne pas appeler le théâtre de la ville de Paris pour une consultation poétique ? L’Auberge Espalionne a imaginé, elle, « les souffleur-se-s de mots », un service téléphonique pour tenir compagnie le temps d’un appel, pour discuter, lire un poème, chanter…

Pour finir, sur les réseaux sociaux, le passe-temps qui rassemble le plus les suffrages est… la cuisson du levain ! Des candidats pour se lancer dans la compétition du pain le plus réussi ?


08.04.2020 à 11:11

#4 Les arts et la culture à l'heure du confinement

#4 Les arts et la culture à l'heure du confinementL’OPC fait le point sur l’actualité du secteur culturel en lien avec la crise sanitaire actuelle : dispositifs solidaires, observatoire de la crise, kit de survie culturelle. Vous pouvez vous abonner à cette lettre. N’hésitez pas à nous relayer vos informations à cette adresse.

En écrivant cette lettre, nous avons une pensée particulière pour René Rizzardo, disparu il y a 10 ans. Co-fondateur avec Augustin Girard de l’Observatoire des politiques culturelles, il est le premier directeur de cet organisme pionnier en France et dans le monde. Nous avons souhaité lui rendre hommage à travers les voix de Catherine Tasca, Jean-Jacques Aillagon, Francisco d’Almeida, Jean-Gabriel Carasso, Francis Gelin, Yannick Guin et Jean-Pierre Saez.

Prenez soin de vous !


Observatoire de la crise


Thomas Fourmeux regrette que les bibliothèques n’aient pas suffisamment développé leur capacité de recommandation en ligne et soient « reléguées en deuxième division » dans le cadre du confinement.

Dans son journal de confiné publié dans Télérama, Christophe Boltanski supporte mal de traiter l’autre comme une menace : « À quelle distance dois-je me tenir pour ne pas effrayer mon prochain, mais aussi, et peut-être tout autant, pour ne pas l’offenser ? »

Pour Médiapart, Ludovic Lamant met en exergue des voix qui veulent en finir avec les foires et grands salons d’art, « ces grandes messes polluantes et trop associées à l’économie de marché ». « Il est temps de repenser la manière dont on produit et on consomme de la culture de manière insoutenable » peut-on lire dans le reportage.

Dans un autre article, le même auteur revisite le balcon et son histoire, des origines militaires aux promesses d’émancipation : « pièce architecturale centrale à l’heure du confinement », lieu de soutien aux soignants mais aussi tour de contrôle pour surveiller les voisins.

Alain Damasio se demande dans Libération ce qu’il restera de nos relations humaines après plusieurs semaines sans contact si ce n’est via les écrans. « La technologie ne remplace rien - ni les embrassades ni la chaleur humaine -, elle simule. (...) un échange par texto, par chat, sur un fil de conversation ou par courriel transmet à peine un tiers de ce qu’un dialogue véritable peut faire passer. Il y manque les sourires, les mimiques, les inflexions d’une voix, le charme, la tension ».

Soudain certaines professions, souvent dévalorisées se révèlent essentielles et d’autres bien rémunérées semblent inutiles souligne Dominique Méda. Certains métiers sont considérés comme peu qualifiés car vus comme un prolongement de compétences naturelles, « avec l’idée que soigner, être souriante, avoir du relationnel, les femmes sauraient le faire de toute éternité ». Un article plus ancien (2018) de David Graeber constatait déjà la prolifération de « bullshit jobs », « des emplois très bien rémunérés mais inutiles ». Il appelait à changer le système et à revoir le sens donné au travail.

France Stratégie, de son côté, lance un espace contributif pour préparer la sortie de crise et le modèle d’après. Comment refonder le référentiel de nos politiques publiques ?


Dispositifs solidaires


Le positionnement de l’Union européenne est attendu dans la crise sanitaire actuelle. La mise en place de mesures est en cours pour soutenir les Etats membres. Le 19 mars, la Commission adopte « un encadrement temporaire pour permettre aux États membres de soutenir davantage l'économie face à la flambée de COVID-19 ». Le 2 avril, elle annonce de nouvelles mesures permettant d’assouplir les règles d’utilisation et de reprogrammation des Fonds structurels (possibilité de transferts financiers entre différents fonds et différentes régions, allègement des procédures, financement à 100%…).

Pour le secteur artistique et culturel, les dates de soumission des appels à projets Europe Créative ont été reportées. Mais pour l’instant, les principales aides envers le secteur proviennent des Etats et des collectivités territoriales. Les mesures sont différentes et inégales d’un pays à l’autre (voir par exemple au niveau international les points suivants : Compendium of cultural policies pour les mesures par pays, Culture 21 pour les mesures des villes et gouvernements locaux du réseau CGLU). Certains comparent la France à l’Allemagne, Benoît Carretier notant que pour les « Aides d’urgence pour la Culture : mieux vaut vivre à Berlin qu’à Paris ». La Fondation Européenne de la Culture note que les mesures sont encore très limitées en Europe du Sud et de l’Est en comparaisons avec l’Ouest et le Nord de l’Europe. Elle souhaite soutenir des mécanismes renforçant la solidarité européenne. On a pu voir les ministres de la Culture italien et espagnol aux côtés du ministre allemand des affaires culturelles étrangères déclarer conjointement dans un article du 3 avril « Ensemble, nous sommes plus forts que le virus ».

Les réseaux européens se mobilisent : Culture Action Europe, On the move... Des états des lieux sont en cours. Un appel à la Commission européenne a été lancé dans une lettre ouverte pour soutenir les secteurs de la culture et de la création, une pétition est proposée. La Fondation Européenne de la Culture vient de créer le Fond Culture de la solidarité, pour soutenir des initiatives culturelles renforçant la solidarité européenne et l’idée d’une Europe comme espace public partagé.


Kit de survie culturelle


Parmi les performances, celle de Noam Cartozo a attiré notre attention avec Question pour un balcon. Le comédien anime une parodie de Questions pour un champion depuis son appartement parisien pendant le confinement.

Les listes sont pratiques pour éviter de s’éparpiller : pour occuper les enfants, un inventaire collaboratif a vu le jour, une mine ! La FFCU dresse également une liste de ressources gratuites pendant le confinement.

L’IDDAC Gironde a publié un document collaboratif qui rassemble des études, articles… gratuits sur l’art et la culture et des outils pour faciliter le télétravail. La Scène et toutes les publications du groupe M Médias sont en accès libre pendant le confinement. Auvergne-Rhône-Alpes Spectacle Vivant partage des instantanés de vie des différents acteurs du spectacle vivant en région.

Une compagnie de théâtre propose « Mots dits Mots lus à la Maison » autour de la lecture à haute voix auquel chacun peut contribuer.

Si vous avez envie d'exercer votre créativité, un musée américain met au défi de recréer des œuvres d'art avec des objets du quotidien. Dans un autre registre, vous pouvez aussi participer à l’expérience de Benoit Labourdette qui invite à filmer de sa fenêtre en racontant un souvenir important.

Avec le hashtag #LesFracChezVous, les amateurs d’art contemporain ont de quoi s’alimenter. La Comédie française continue avec un programme spécial confinement « poétique, divertissant mais toujours théâtral ». Les monuments historiques proposent des échappées avec, par exemple, une recette pour créer un parchemin médiéval.

Et avant de tout débrancher, n’oubliez pas d’écouter le Boléro de Ravel par l’Orchestre national de France !



06.04.2020 à 13:14

Hommages à René Rizzardo

Hommages à René RizzardoIl y a dix ans disparaissait René Rizzardo, auteur du rapport sur la décentralisation culturelle, co-fondateur de l’Observatoire des politiques culturelles avec Augustin Girard, et premier directeur de cet organisme pionnier en France et dans le monde à partir de 1989. Nous lui rendons aujourd’hui hommage à travers les voix de Catherine Tasca, Jean-Jacques Aillagon, Francisco d’Almeida, Jean-Gabriel Carasso, Francis Gelin, Yannick Guin et Jean-Pierre Saez.


Une hauteur de vue peu commune
par Catherine Tasca

Ancienne ministre de la Culture

10 ans déjà ! Je ne me suis jamais faite à l’idée que René Rizzardo appartienne au passé. Pour moi, son action et sa réflexion sont pleinement dans le présent. Il a été un formidable vivier d’expériences qu’il a su synthétiser et faire partager.

La première expérience qui a marqué son parcours fut celle de l’éducation populaire. Elle fut fondatrice dans sa formation et il ne l’a jamais perdu de vue. On ne peut que constater que le ministère de la Culture n’a jamais su, lui, se réapproprier cette veine et qu’il le paie sans doute aujourd’hui.
La deuxième expérience qu’il a su capitaliser mieux que personne fut celle d’élu local. C’est dans cette fonction que je l’ai connu. Il était alors adjoint d’Hubert Dubedout, le Maire de Grenoble. J’étais moi-même directrice de la Maison de la Culture. Je pense que les compétences qu’il a acquises durant cette période sur le terrain, avec d’autres élus, lui ont permis d’aiguiser son regard d’observateur hors pair des politiques culturelles.
La troisième expérience dont René s’est enrichi fut celle de l’action de l’État. Ses interlocuteurs ont eu la chance de profiter de ses analyses : que ce soit en particulier Jack Lang, Jean-Jacques Aillagon ou moi-même. Avec lui, lors de ma fonction ministérielle, nous avons initié une expérience originale – les protocoles de décentralisation culturelle – qui constitua un tournant important dans les relations entre le ministère et ses partenaires locaux. Très tôt, il a pressenti l’importance croissante des territoires pour la culture. René a eu le talent de réaliser une synthèse de ces trois expériences dans sa démarche intellectuelle et professionnelle.

Au-delà du rôle majeur qu’il a joué en faveur des politiques culturelles au niveau territorial et central, ce qui reste de sa personne c’est son humanité, sa générosité, son regard toujours bienveillant porté sur tous ceux avec lesquels il a travaillé. Je n’oublie pas non plus qu’il était aussi un homme de la montagne. Et si je peux oser un jeu de mots, elle lui a inspiré une hauteur de vue peu commune.




Une rencontre déterminante
par Jean-Jacques Aillagon

Ancien ministre de la Culture

Quand le maire de Paris m’a confié la Direction des affaires culturelles de la Ville, j’ai rapidement pris conscience du caractère très particulier de ma mission. Paris était en effet, plus qu’aucune autre commune de France, dans une situation particulière par rapport à l’État, n’entretenant avec lui, pour la mise en œuvre de ses missions culturelles, que des relations relativement lointaines puisque, par exemple, aucune de ses institutions, musées, ou théâtres, ne bénéficiaient de subventions directes du ministère de la Culture. Les seuls domaines de financements croisés Ville-État se comptaient sur les doigts d’une main et concernaient essentiellement l’Orchestre de Paris et l’Ensemble orchestral de Paris. La Commune de Paris était donc bien une commune à part et sa direction des affaires culturelles avait, surtout en période de conquête de la présidence de la république par le maire de Paris, vocation à s’instituer en petit ministère de la Culture bis. Cela étant, je constatais tout aussi vite que la collectivité parisienne exerçait également des missions de service public culturel semblables à celles de toutes les villes de France, grandes ou moins grandes, et que nous aurions donc intérêt, alors que nous avions longtemps vécus dans un superbe isolement, à nous rapprocher des autres communes, de grandes tailles notamment, de façon à mutualiser nos analyses, nos réflexions et nos projets. Cela me semblait d’autant plus nécessaire que beaucoup des grandes villes de France, comme Lille ou Nantes, s’étaient, au fil des ans, affirmées comme étant capables de devenir pionnières en matière d’action artistique et culturelle. C’est ainsi que naquit dans mon esprit le projet de créer une association des directeurs des affaires culturelles des grandes villes de France. Il me fallut d’abord convaincre l’administration parisienne que cette initiative était opportune mais, surtout, pour concevoir clairement et mettre en œuvre un tel projet, bénéficier des conseils d’un connaisseur avisé et fin des réalités relatives à la mise en œuvre des politiques culturelles sur le territoire de notre pays. Je me tournais alors, tout naturellement, vers l’Observatoire des politiques culturelles de Grenoble et vers René Rizzardo. Notre rencontre fut, pour moi, déterminante. Il m’accompagna dans le projet que je lui avais exposé. Il en devint la conscience et le miroir mais, par-dessus tout, René aiguisa l’acuité de mes réflexions sur la raison d’être, sur l’objet, sur la finalité et sur l’évaluation d’une politique culturelle. Notre compagnonnage m’avait préparé, comme aucun autre, à l’exercice de ma mission puis de celles qui m’ont été confiées ultérieurement. Je lui en sais gré et, sans cesse, me souviens de sa forte, haute et intègre personnalité, avec respect et émotion. Peu d’hommes auront autant que lui contribué à ce que les politiques culturelles soient considérées comme étant au cœur même des politiques publiques. Puissent-elles y rester.





« Pour moi, René c’est justice plus humanité dans la rigueur »
Michel Fontès

Ancien président de l’Observatoire des politiques culturelles


L’homme de la décentralisation culturelle ?
Jean Guibal

Ancien directeur du Musée dauphinois de Grenoble

Les hommages qui sont rendus à René Rizzardo en font l’homme de la décentralisation culturelle. Mais s’il fut un ardent promoteur des politiques culturelles dans les collectivités territoriales, et a contribué de fait à ébranler le monopole parisien, il n’a absolument rien obtenu du ministère de la culture, le plus centralisateur qui soit. Ministère qui, lorsqu’il s’est vu dans l’obligation, à deux reprises, de transférer des compétences aux collectivités, s’est littéralement « débarrassé » des archives départementales, des bibliothèques de prêt, plus tard de l’Inventaire général, tous outils précieux mais en rien engagés sur le front culturel. C’est René qui a suggéré, en 2000, la démarche des « protocoles de décentralisation culturelle » et l’immense respect que je lui porte m’interdit de penser qu’il savait que c’était une procédure de diversion, que personne ne croyait au ministère que cela pourrait se terminer par des délégations de compétences aux collectivités.
Alors, soyons plus précis : René Rizzardo a milité en vain pour la décentralisation culturelle et a produit un rapport qui a fait date. Mais il a en revanche construit, d’abord comme élu de Grenoble, une politique culturelle équilibrée et déjà fondée sur la relation aux publics. Puis il a fait rayonner les politiques culturelles des collectivités, au moment où celles-ci prenaient en charge les deux-tiers des financements publics de la culture. Enfin, il a doté la France de cet instrument précieux d’analyse et de réflexion sur les enjeux culturels qu’est l’Observatoire.
C’est déjà beaucoup. Et le tout avec une personnalité qui forçait partout l’admiration.
 


L’accompagnateur de générations d’élus à la culture
par Yannick Guin

Ancien adjoint à la Culture de Nantes, ancien délégué national pour la Culture de la FNESR

René n’est pas seulement de ces hommes dont on se souvient, parce qu’un beau visage et un corps dynamique s’imposent toujours à l’esprit, ni seulement de ceux que l’on regrette parce qu’ils suscitent pour toujours ce désir douloureux d’un bien précieux que l’on n’a plus auprès de soi, mais il est bien plus encore, il est de ceux dont l’empreinte s’inscrit comme constitutive de la personnalité même de ceux qui l’ont côtoyé.
Et René a façonné la personnalité de deux, voire trois, générations de militants de la culture de ce pays et, par le fait même, façonné aussi le paysage politique des collectivités locales de ce pays.
Il a façonné les belles générations des élus à la culture des années 1970 à 2000, tous acteurs d’un grand moment de la décentralisation culturelle. Son intelligence passionnée irradiait parmi nous les membres de la Fédération Nationale des Élus Socialistes et Républicains (FNESR), réunis deux fois par an, l’été en Avignon, l’hiver dans une grande ville de France.
Qu’était-il en réalité ? Un militant, un formateur, un observateur, un éveilleur ? Tout à la fois assurément.
Sa capacité à éveiller lui venait sans doute de ses origines. René venait du « tas ». Il avait trop de respect pour ses origines pour ne pas sombrer dans un populisme de cas étage, si fréquent aujourd’hui et pour prôner au contraire l’émancipation d’un peuple fort de son intelligence collective.
Ainsi tout au long de son parcours, de Peuple et Culture héritage des aspirations de la Résistance, à son rôle d’élu influent et à sa mission au sein de l’Observatoire qu’il avait créé pour donner sens et vigueur à la vie culturelle de la Nation, il prôna et diffusa cette exigence qui, elle, ne mourra jamais, quelles que soient les conditions et les péripéties de l’Histoire, celle de donner à chacun et chacune le moyen, par le côtoiement des Arts et des Sciences, d’acquérir une certaine intelligibilité d’un monde obstinément obscur.
 


Une vision pionnière de la coopération
par Francisco d’Almeida

Co-directeur de Culture et Développement

Avril 2020, nous pourrions célébrer les 35 ans des « Présences artistiques du Maroc », l’un des événements, initié par Pierre Gaudibert et Nicole de Pontcharra, de dialogue culturel de Grenoble avec le monde.

René avait soutenu ce festival comme il l’avait fait pour le « Festival Afrique 1982 » avant d’impulser avec Jean Ader, Bernard Gilman, Cécil Guitart et moi la renaissance de « Culture et développement ». Preuve de sa vision pionnière, il l’orienta vers l’action culturelle dans les territoires dans une perspective de coopération du Nord et du Sud pour le développement local.

C’était également un homme chaleureux comme son épouse Josette, Pierre et Nathalie, ses enfants que je salue. Son souvenir me revient souvent et me fait mesurer la profondeur de la trace qu’il a laissée pour notre génération.


L’esprit de Grenoble
par Jean-Gabriel Carasso

Directeur de l’Oizeau rare

Je garde de René Rizzardo, certes le souvenir du militant culturel engagé dans la défense et la promotion de la décentralisation, du fondateur de l’Observatoire des politiques culturelle, mais surtout l’image de la « belle personne » qu’il était. J’étais stagiaire au CFNA (Centre de formation national d’Avignon), en 1986, quand nous nous sommes rencontrés. Avec Bernard Gilman, Catherine Tasca, Cécil Guitart, Francisco d’Almeida… il fit souffler sur notre formation « l’esprit de Grenoble », cette sensibilité particulière pour un engagement culturel marqué par l’éducation populaire : Peuple et culture... René devint très vite un pôle d’encouragement dans mon combat pour l’éducation artistique… et un ami !


Une si belle personne
par Francis Gelin

Directeur général Agence culturelle Grand Est

Débutant dans le métier, des informations me revenaient régulièrement sur le directeur de l’OPC : la qualité de sa réflexion, l’ampleur de ses ressources, la puissance de ses analyses. C’est lors d’une conférence débat en Aquitaine que l’occasion me fut donnée de rencontrer René Rizzardo. La clarté de ses propos, le niveau de sa pensée, son esprit d’ouverture, son humanisme m’impressionnaient. Sentiments jamais démentis lors des nombreux échanges et rencontres qui suivirent. C’est peu dire qu’il m’a beaucoup appris et influencé dans ma réflexion professionnelle sur les politiques culturelles, ses enjeux, ses vertus, ses dérives. En pensant à lui en ce dixième anniversaire de sa disparition, je n’ai qu’une qualification le concernant : une bien belle personne.


Un homme de conviction
Nansi Ivanišević

Présidente Prokultura – OPC - Split
Ancienne ministre de l’Education nationale de Croatie

Cher Jean-Pierre, chers amis et collègues de l’Observatoire des politiques culturelles,
Je me permets à mon tour, à l'occasion de ce triste anniversaire, d’écrire quelques mots en tant que personne d’horizons lointains ayant eu l'honneur jadis de rencontrer et de côtoyer René Rizzardo et d'apprendre beaucoup de lui. Il m’est difficile d'énumérer toute cette série de "coïncidences" qui ont bien voulu m’amener vers l'OPC à qui je suis bien redevable en lui savoir bien gré. J’ai débarqué à Grenoble en 1997 lorsque mon pays, ma chère Croatie, était gravement meurtrie telle la « France en 1947 « selon des propos mêmes de R. Rizzardo. En tant que professeur de langue et de littérature françaises, fondatrice et directrice de l’Alliance française de Split, puis fonctionnaire d’Etat au service décentralisé régional, je me suis mis à chercher et à comprendre le fonctionnement de l'éducation et la culture auxquelles j'appartenais avec tout mon être aussi bien par choix personnel et par conviction. La décentralisation de ces politiques et des autres politiques publiques dans le pays qui venait de sortir de la guerre qui lui avait été imposée, a été (alors et même aujourd’hui) ma grande préoccupation.
Rencontrer et œuvrer avec ceux qui partageaient les mêmes ou très semblables convictions dans une équipe soudée, composé des meilleurs (R. Rizzardo, A. Girard, G. Saez, J.P. Saez ...) fut pour moi un bien estimable cadeau que je ne pourrai jamais oublier. La conviction de René que la culture, avec l'éducation de base, constitue notre plus grand atout, restera ma conviction durable, marquée en grande partie par son caractère et son œuvre. Grâce à vous et à vos plus proches collaborateurs et experts de l'OPC Grenoble, je puis être heureuse d’avoir pu découvrir un autre monde, connaître une nouvelle approche, apprenant des meilleurs, pour, par la suite, enrichie de nouvelles armes, traduire tout ça dans la réalité croate en ma qualité de fonctionnaire d’Etat et fondatrice du premier et unique (pour l’instant) Observatoire des politiques culturelles et éducatives en Croatie.
Merci à René, d'avoir réconforté ma conviction qu'un État bien administré et ses institutions peuvent et doivent soutenir et faire associer tout le monde dans le processus de décentralisation en vue d’une meilleure société et d’un monde plus juste. Parce que, comme disait René, "nous sommes tous conscients de la crise, tant sociale qu'économique. Mais les actions pour les surmonter doivent provenir des valeurs culturelles qui ont toujours été à l'origine des moments les plus créatifs, les plus innovants, les plus solidaires de notre pays, comme dans de nombreuses autres sociétés."



Un compagnon délicieux
par Jean-Pierre Saez

Directeur de l’Observatoire des politiques culturelles

On retient avant tout de René Rizzardo qu’il fut l’ardent promoteur de la décentralisation culturelle. Cependant, le sens de son combat allait bien au-delà de cette idée visionnaire, même si elle était centrale dans sa conception des politiques culturelles. Il avait compris avant beaucoup d’autres qu’il fallait soutenir un système de gouvernance qui se rapproche le plus possible des réalités et des populations locales. Pour autant, il n’a jamais plaidé pour un effacement de l’État dont le rôle régulateur lui a toujours paru indispensable. C’est pourquoi tout son plaidoyer a consisté à soutenir une coopération intense entre État et collectivités territoriales, sans oublier les acteurs culturels. René puisait son inspiration dans son expérience d’élu, dans les multiples missions qu’il a conduites en France et même en Europe mais d’abord dans l’éducation populaire qui fut pour lui une école de formation fondatrice. Que la culture et l’éducation populaire aient été séparées par des logiques institutionnelles mal raisonnées a toujours été à ses yeux un non-sens. Connaisseur hors pair des problématiques politico-institutionnelles, pédagogue inlassable, il avait le souci de ne jamais oublier les artistes dans sa réflexion. Il avait à cœur de marquer une attention plus particulière aux plus fragiles d’entre eux et aux plus jeunes aussi car il savait qu’ils pourraient incarner l’innovation dont les politiques culturelles ont constamment besoin. La personne la plus simple comme la plus puissante trouvait en lui un interlocuteur pareillement attentif et respectueux. Pour ses proches collaborateurs, il était un compagnon absolument délicieux. Il est mort le 6 avril 2010 dans la dignité et l’humilité. 



 


01.04.2020 à 11:58

#3 Les arts et la culture à l'heure du confinement

#3 Les arts et la culture à l'heure du confinementComment les arts et la culture sont-ils traversés par la crise sanitaire ? Quelle résonance rencontrent-ils dans la société ? Quelle lecture (culturelle) peut-on faire des pratiques numériques et des comportements sociaux à l’heure du confinement ? Le point hebdomadaire de l’OPC en trois volets : dispositifs solidaires, observatoire de la crise, kit de survie culturelle.
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Prenez soin de vous !


Observatoire de la crise


Paul Ardenne commente pour l’Observatoire la puissance de récit du Coronavirus. « Un récit total, (…) qui embrasse toute la vie et ses formes ». Dans le Monde diplomatique, Thibaud Croisy dépeint avec acidité le dévoiement de la culture dans l’animation qui passe « en vingt-quatre heures, de la célébration du spectacle vivant à la promotion de contenus dématérialisés. » Michel Guerrin, dans un éditorial du Monde, note que l’industrie numérique est renforcée par cette crise. Les entreprises de commerce en ligne gagnent pour la plupart de l’argent, tandis que les musées ou salles de spectacle gagnent seulement de la visibilité.
Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Étienne, appelle les employeurs, bénéficiant d’un soutien public conséquent, à montrer l’exemple et maintenir la rémunération pour leurs salariés.
Dans beaucoup de pays du monde, tout concourt à pousser les femmes vers l’intérieur analyse la romancière Leïla Slimani. La liberté de mouvement a été et continue d’être un combat pour des millions de femmes.
Antoine Le Blanc, géographe, commente pour The Conversation la mise en place de mesures barrières dans une situation de crise. Pour mettre à distance la menace, nous nous cloitrons. Mais « le choix de la mesure barrière est discutable, dans son principe et dans les modalités de sa mise en œuvre ».
François Dubet s’alarme dans Le Monde de l’accroissement des petites inégalités. Si a priori, la pandémie et le confinement nous rendent tous égaux, « Pourquoi, quand je fais mes courses, certains ont des masques et d’autres n’en ont pas ? Pourquoi certains sont confinés avec un jardin alors que d’autres sont prisonniers dans un petit appartement ? Pourquoi suis-je obligé de travailler quand d’autres en sont dispensés ? »
L’un des centres névralgiques de l’aide alimentaire d’urgence s’est implanté au sein du tiers-lieux les Grands Voisins : redistribution d’invendus alimentaires, cuisiniers, conditionnement, distribution, des partenariats montés en mode agile en quelques jours. Un nouveau modèle de chaîne alimentaire qui perdurera peut-être après la crise ?


Dispositifs solidaires


Lors de l’annonce des premières mesures par le ministère de la Culture, Franck Riester avait appelé à la solidarité en demandant aux structures d’honorer, dans la mesure du possible, les contrats des artistes et compagnies ne pouvant se produire. Cependant, de nombreuses structures et notamment les plus fragiles sont dans l'incapacité d'honorer le paiement de ces contrats. « Le Coronavirus ne doit pas semer aussi la discorde culturelle entre les artistes et les salles de spectacle ».
L’UFISC a publié un communiqué le 27 mars appelant à la solidarité (des collectivités et structures subventionnées vis-à-vis des structures de production et création, des structures de création et de production vis-à-vis des équipes), à l’accélération et la simplification des procédures financières administratives et à une clarification et harmonisation des décisions prises par le ministère du Travail et par Pôle Emploi.
Des réponses ont été apportées par le ministère de la Culture dans une FAQ (recours à l’activité partielle, impact sur les droits à indemnisation).
Audiens a mis en place un formulaire d’aide pour les intermittents confrontés à des annulations de cachet ou de jours de travail.
Concernant les artistes-auteurs, le ministère de la Culture a détaillé le 27 mars les mesures prises. Si la SACD se réjouit des mesures annoncées, elle tire la sonnette d'alarme pour les auteurs du spectacle vivant, « les grands oubliés des plans du gouvernement ».



Kit de survie culturelle


Les collectivités ont rapidement mobilisé une offre culturelle à explorer chez soi : Dole a conçu un site de ravitaillement culturel, Grenoble a imaginé le Festival Fête comme chez vous, la médiathèque de Givors a créé Antidote, un remède pour s'évader. La FNCC répertorie sur une plateforme les initiatives et ressources culturelles des collectivités. Des manifestations sont converties en rendez-vous en ligne comme Les rdv de l’image sur les images de la diversité. Les musées valorisent leurs importantes ressources en ligne, souvent méconnues du grand public. Côté musique, La ROF propose #operachezmoi, une playlist actualisée chaque semaine. Le magazine Tsugi a programmé un festival en ligne avec des sets d’artistes confinés chez eux. Pour les amateurs de danse, Anne Teresa de Keersmaeker lance aux internautes le défi de danser la célèbre « scène des chaises » ; Akram Khan et Numeridanse proposent le projet participatif Animal Kingdom. Le théâtre de La Colline a imaginé le dispositif Au creux de l’oreille : des artistes appellent les spectateurs pour leur faire la lecture de poésie, de théâtre, de littérature… Le cinéma aussi reste ouvert avec la première salle virtuelle inaugurée par la Vingt-Cinquième Heure pour le film Les Grands Voisins de Bastien Simon. Prenez votre ticket !


26.03.2020 à 11:47

# 2 Les arts et la culture à l'heure du confinement

# 2 Les arts et la culture à l'heure du confinementL’OPC fait le point sur l’actualité du secteur culturel en lien avec la crise sanitaire actuelle : dispositifs solidaires, observatoire de la crise, kit de survie culturelle. N’hésitez pas à nous relayer vos informations à cette adresse. Vous pouvez vous abonner à cette lettre. Prenez soin de vous !


Dispositifs solidaires

Les pertes économiques commencent à se chiffrer pour le monde de la culture. Prodiss, Syndicat national du spectacle musical et de variété, évalue la perte de chiffre d'affaires à 590 millions d’euros pour le secteur du spectacle vivant privé et estime qu'environ 37 900 personnes sont concernées par un arrêt d’activité.

L’Etat et le ministère de la Culture ont mis en place une première série d’actions spécifiques : mesures exceptionnelles permettant aux intermittents de garder leurs droits jusqu’à la fin du confinement, fonds de soutien d'urgence de 23,5 millions d'euros (musique, spectacle, arts plastiques, livre), dispositifs de soutien à destination des tiers-lieux, cellule d’information et d’écoute pour les professionnels...

Régions de France annonce que les Régions travaillent en lien avec les DRAC et les agences culturelles pour le diagnostic et l’évaluation des besoins. Ces collectivités s’engagent à maintenir les subventions même si les manifestations n’ont pas lieu. Certaines Régions ont déjà voté un fonds d’urgence complémentaire au Plan d’Etat.

Concernant les sociétés de perception et de répartition des droits d'auteur (SPRD), la Sacem, l’Adami et la Spedidam ont annoncé maintenir les aides financières malgré des perceptions de droits d’auteur en baisse.


Observatoire de la crise

Roxana Azimi pour le Quotidien de l'art esquisse avec mélancolie les contours du monde d'après. Pour nous évader, Jean-Pierre Saez délivre une Attestation de déplacement dérogatoire des imaginaires. « Cette crise nous montre que la mondialisation est une interdépendance sans solidarité » analyse Edgar Morin dans Libération. Dans l’Obs, le sociologue enchaîne avec un propos optimiste et l’idée que le confinement pourrait nous aider à entamer une détoxification de notre mode de vie. Boris Cyrulnik tient des propos analogues sur France Inter : après le trauma, nous constaterons que l’on aura ressorti de vieilles valeurs qui nous serviront à une nouvelle manière de vivre ensemble. Ainsi, pourquoi rester à la maison est-il si mal perçu ? Les Inrocks nous invitent à relire Chez soi de Mona Cholet. Un ouvrage qui voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. À méditer…

Pendant qu’Amazon tourne toujours (et plutôt bien), malgré la pression de ses salariés et du gouvernement, une polémique a enflé sur Internet quant à une réouverture éventuelle des librairies. Même si les livres étaient assimilés à des produits de première nécessité, quelle cohérence sanitaire à rouvrir les librairies dans un contexte de confinement de plus en plus strict ?


Kit de survie culturelle

Une foule d’initiatives a fleuri sur Internet pour rendre ce confinement plus doux. En voici quelques-unes : à vos crayons pour imaginer votre #coronamaison idéale, une idée lancée par Pénélope Bagieu ; Citons également des contenus en accès libre : ainsi les éditions de l’Attribut offrent l’accès à la version numérique d'une partie de leur fond, l'OPC fait de même avec la mise en ligne des numéros de la revue l'Observatoire, l’Oizeau rare propose le film Les Héritiers de l’avenir sur le Festival du Nouveau Théâtre Populaire.

La fête aux balcons s‘est organisée ce week-end avec de la musique aux fenêtres pour rendre hommage aux soignants. Pendant le confinement pourquoi ne pas pratiquer Silence on lit ! en famille ? Le coronavirus inspire aussi les musiciens : en Suisse, l'équipe d'une émission de la RTS parodie Brassens et chante Sans public ; en Italie des artistes proposent une vidéo réjouissante sur les mesures à prendre pour ne pas transmettre le virus.



18.03.2020 à 17:37

#1 Les arts et la culture à l'heure du confinement

#1 Les arts et la culture à l'heure du confinementLa période actuelle est inédite dans l’histoire de l’humanité. Plus qu’une crise sanitaire d’une ampleur exceptionnelle, elle nous fait éprouver très directement la crise de civilisation dans laquelle nous sommes désormais engagés et qui exige des réponses à la fois globales et locales. Pour la vie sociale et la vie culturelle qui en fait partie c’est une épreuve dangereuse, dramatique et douloureuse mais qui éveille aussi de belles réactions de solidarités et le souci de continuer de partager ces ressources symboliques que sont les œuvres de création et les biens culturels, sans doute aussi parce qu’ils nous permettent de nous sentir vivants et humains.


Dans ce contexte, l’Observatoire des politiques culturelles a décidé d'ouvrir une plateforme accessible à tous sur l'ensemble des questions qui affectent les arts, les artistes, les organisations et les politiques culturelles en période de confinement. Nous veillerons aussi à relayer des éléments d’information et des points de vue de personnalités d’Europe et d’ailleurs dans cet espace. Nous livrons les premiers résultats de cette veille dans ce prelier article. D'autres suivront.


Dispositifs de compensation, modalités de solidarités proposées par l’État, les collectivités, les partenaires artistiques et culturels… nous repérons au fil de l’eau les propositions, les solutions mises en œuvre pour soutenir le secteur. Enfin, pour se donner du baume au cœur, nous ouvrons une fenêtre sur les initiatives artistiques, les jolis gestes, les propositions qui nous permettent de continuer de respirer le plus fort possible. Quelle vie artistique et culturelle à l’heure du coronavirus ?


Prenez soin de vous !


Dispositifs solidaires


Touché de plein fouet par la crise, le secteur artistique et culturel se mobilise et s’organise. Lieux culturels fermés, dates de représentation annulées, les artistes, techniciens, auteurs, structures... subissent une baisse brutale et inquiétante de leurs revenus.


Dans le cadre de négociations avec le ministère de la Culture, les différentes organisations professionnelles et syndicales réalisent des états des lieux via des questionnaires en ligne (SNAM-CGT, SCC...). Plusieurs ont fait la demande de mise en place de fonds d’urgence ou de dispositifs de soutien (SNES, SYNAVI, SACD, SACEM...)


Le ministère de Culture annonce aujourd’hui les premières mesures. Des fonds d’urgence ou de soutien sont mis en place par secteur : 10M€ pour la filière musicale, 5 M€ pour le spectacle vivant hors musical, 5 M€ pour la filière du livre, 2 M€ pour les arts plastiques. Pour le cinéma et l’audiovisuel, le CNC a déjà pris un ensemble de mesures (paiement de l’échéance de mars 2020 de la taxe sur les entrées en salles de spectacles cinématographiques suspendu, versement anticipé des soutiens aux salles art et essai et à la distribution…). Des mesures spécifiques seront étudiées dans un second temps en concertation avec les parties intéressées. Le ministre appelle à la solidarité en appelant les structures à honorer, dans la mesure du possible, les contrats des artistes et compagnies qui ne pourront pas se produire.

Un groupe Facebook Solidarité spectacle vivant – Covid-19 a été créé afin de permettre aux acteurs du monde culturel de pouvoir suivre les évolutions et partager les informations dans un esprit d'entraide et de solidarité.

Les citoyens se mobilisent de leur côté, des appels à ne pas se faire rembourser les places de spectacle circulent sur les réseaux sociaux. D’autres étudient la mise en place d’appels aux dons lors de diffusion de représentations en direct.


Observatoire de la crise


La question du lien social revient dans plusieurs papiers. Antoine Pelissolo, professeur de psychiatrie, fait l’apologie de la parole, vecteur de solidarité et de fraternité. D’autres articles privilégient l’ennui, la vertu de réapprendre à être seul. Et si la solitude avait parfois du bon ?


Mais peut-on parler de solitude quand on est parent et que l’on doit faire école à la maison ? Cette mesure nécessaire de santé publique ne creusera-t-elle pas les inégalités dans l’éducation ?


« Pour une France confinée mais cultivée comme jamais » titre Libération. Une foule de contenus culturels en accès libre fleurit en effet sur Internet. « Puisse la situation que nous traversons (...) faire prendre conscience aux décideurs politiques des enjeux fondamentaux d’un service public fort au service de tous » appelle de ses vœux Benoit Thiebergien, directeur des Détours de Babel.


Kit de survie culturelle


De nombreuses propositions émergent pour continuer à se cultiver : ainsi le Festival des arts confinés propose des créations artistiques inédites sur le web, chaque jour à 19H. Le Latourex invite à tester un micro-voyage : l’exploration artistique de son intérieur à photographier sous toutes ses coutures, voire en détail. Beaux arts répertorient les plus belles expositions virtuelles pour se cultiver chez soi. As du confinement créatif, les Italiens et les Espagnols rivalisent d’inventivité face au Covid-19.

Le ministère de la Culture lance l'opération #CultureChezNous, dispositif pour répertorier « répertorier les initiatives permettant de faire venir la culture à domicile ».



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13.03.2020 à 16:33

L'OPC en télétravail

L'OPC en télétravailLa majorité de l'équipe de l'Observatoire des politiques culturelles sera en télétravail à partir de lundi 16 mars 2020. Vous pouvez nous joindre par email.

Les inscriptions aux formations restent ouvertes.


Le standard sera assuré normalement :
* pour les informations générales : 04 76 44 33 26 - contact (suivi de) @observatoire-culture.net
* pour les formations : 04 76 44 95 05 - formations  (suivi de) @observatoire-culture.net
* pour l'achat de la revue et des publications : ventes (suivi de ) @observatoire-culture.net
* Pour la rédaction en chef de la revue : lisa.pignot (suivi de) @observatoire-culture.net




10.03.2020 à 11:56

Non, les jeunes ne sont pas obnubilés par le numérique…

Non, les jeunes ne sont pas obnubilés par le numérique…Les jeunes seraient-ils absorbés par le numérique et les nouvelles technologies, au point d’abandonner les pratiques culturelles traditionnelles ? Chantal Dahan, chargée d’études et de recherche à l’INJEP, réfute cette idée reçue et relate l’omnivorité des jeunes, toutes classes confondues.

Quant au pass Culture, il témoigne, selon elle, de la manière dont le politique perçoit les jeunes, mais ne correspond pas à la réalité de leurs pratiques.