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22.11.2021 à 17:09

Guadeloupe, Martinique, Guyane, quartiers populaires, même combat !

Guillaume Quintin

La Guadeloupe vit aujourd’hui sous couvre-feu, préavis de grève générale et répression féroce du mouvement social. Comme il y a quelques mois en Martinique, comme en Guyane, et comme dans les quartiers populaires des banlieues de l’Hexagone, les ressorts de cette situation sont les mêmes, et la réponse du pouvoir identique, et elle tient en […]

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Texte intégral 1947 mots

La Guadeloupe vit aujourd’hui sous couvre-feu, préavis de grève générale et répression féroce du mouvement social. Comme il y a quelques mois en Martinique, comme en Guyane, et comme dans les quartiers populaires des banlieues de l’Hexagone, les ressorts de cette situation sont les mêmes, et la réponse du pouvoir identique, et elle tient en un mot : mépris.

Des décennies (des siècles?) de mépris, social et politique, ne se règleront pas avec quelques blindés légers, quelques milliers de gendarmes mobiles ni non plus avec quelques centaines de policiers d’élite, le RAID qui est « une unité d’intervention de la police nationale () a pour mission de lutter contre le crime organisé, le grand banditisme, et le terrorisme. Le RAID intervient lors de crises majeures en réalisant des négociations ou des assauts » (dixit le site, non officiel, Police-Nationale.net). On ne voit pas bien, selon cette définition, à quoi vont servir ces hommes, triés sur le volet dont le métier et de juguler le grand banditisme ou les terroristes, en Guadeloupe où, contrairement à ce que le Gouvernement et les coups de menton de Darmanin tentent de vous faire croire, la situation n’est pas due à des bandes que manipuleraient en sous main les organisations syndicales. Une telle position est insultante pour les organisations syndicales, méprisante pour les habitants et très insuffisante au plan politique.

Ce qui se passe en Guadeloupe donc – comme ce qui s’est passé cet été en Martinique où les forces du désordre du couple infernal Macron-Darmanin ont tout de même fait usage de lacrymogènes à l’intérieur de l’hôpital et malmené (j’euphémise) des soignant•es – ce qui se passe là prend ses racines il y a des décennies, la question sanitaire n’étant que la énième goutte d’eau (polluée au Chlordecone) qui fait déborder la rivière, sans cesse alimentée par le pouvoir central, des humiliations et des frustrations des promesses non tenues au cours des ans.

Une politique néocoloniale de l’Etat français

Sans aller jusqu’à remonter à la traite des esclaves, mais qui a évidemment instauré entre les uns et les autres un rapport politique et social spécifique, la situation actuelle en Guadeloupe est le fruit d’une politique néocoloniale plus ou moins (plutôt moins) assumée par l’État français et les gouvernements successifs depuis l’après guerre.

Cet état français voudrait aujourd’hui nous faire croire que ce sont les syndicats (qui seraient) alliés des bandes pour semer le chaos et la pagaille sur l’ile et ainsi discréditer les revendications légitimes des organisations syndicales toutes unies et qui ne demandent pas autre chose que de voir les habitant•es et les travailleur•ses de Guadeloupe être traité•es avec dignité et respect de leur citoyenneté. « On est pas des chiens » s’indigne Elie Domota du LKP dans une interview à OutremerNews !

Le cahier des revendications des syndicats qui ont signé l’appel à la grève générale est pourtant la somme de sujets que l’État a totalement négligés et qui auraient très bien pu être réglés avec un peu de volonté, plus qu’avec beaucoup d’argent, et si la question sanitaire et de l’obligation vaccinale des soignant•es vient en tête c’est qu’elle est la dernière à avoir émergé. Elle ne fait que « recouvrir », en quelque sorte, des revendications plus anciennes liées aux conditions de vie en Guadeloupe où le réseau d’adduction d’eau potable est totalement déficient et laissé à l’abandon, où le chômage des jeunes est à un niveau stratosphérique (on parle de plus de 60 % de chômeurs chez les moins de 30 ans), où les prix à la consommations sont totalement délirants (50 à 100 % de plus que dans l’Hexagone sont des différences courantes), où la population est intoxiquée au Chlordecone (pesticide agricole utilisé pendant des décennies et cause de nombreux cancers) et ne parlons pas de l’augmentation des prix des carburants qui, dans un département notoirement sous équipé en transports en commun, tape durement au porte-monnaie.

Il va de soi que les organisations syndicales et les associations qui défendent les droits des salariés et des travailleurs par le seul moyen à leur disposition, la grève, n’ont rien à faire ni à voir avec les bandes de jeunes désoeuvrés qui, poussés à bout, profitent de la situation sociale pour laisser s’exprimer des dizaines d’années de frustrations liées au chômage endémique et sciemment organisé que connaît le département.

Un génocide par substitution

En effet, depuis les années soixante, l’état à consciencieusement organisé ce qu’AImé Césaire avait appelé « le génocide par substitution ». Si le terme est, volontairement sans doute, un peu forcé, il décrit bien le processus mis en œuvre par l’état.

Durant les trente glorieuses (1945-1973), au sortir de la seconde Guerre Mondiale, la France a besoin de bras pour soutenir son essor économique fulgurant et compenser les faiblesses de sa pyramide des âges. le recours à une main d’oeuvre massive et rapidement disponible ne s’est pas faite que depuis le Maghreb, toutes les anciennes « colonies » y contribuent. L’Etat fonde en 1963 le Bureau de Migration des DOM (BUMIDOM) dans l’espoir de résoudre la double équation du chômage chronique aux Antilles et le besoin urgent de main d’œuvre dans l’Hexagone, le tout en mettant en place un outil dont le but était aussi de contrôler la montée des revendications indépendantistes chez les jeunes.

Pour Césaire, il s’agit d’empêcher cette politique migratoire – dont la finalité initiale pâtit de l’essoufflement des trente glorieuses – de devenir prétexte à l’installation de Métropolitains (Blancs) venant remplacer les afro-antillais partis travailler en France Hexagonale. Le 13 novembre 1975, devant l’Assemblée Nationale, estimant que le maintien d’un tel système ne serait pas sans conséquences pour la Martinique (tant du point de vue sociétal que démographique), le député Césaire s’exprime ainsi : « L’aspect le plus connu des Antilles-Guyane est sans doute celui de terres d’émigration, mais… elles deviennent en même temps et parallèlement des terres d’immigration. Les nouveaux venus ne sont pas un quarteron de Hmongs pitoyables qu’il convient, en effet, d’aider, mais d’autres allogènes, autrement organisés, autrement pourvus, autrement dominateurs aussi et sûrs d’eux-mêmes, qui auront tôt fait d’imposer à nos populations la dure loi du colon. Je redoute autant la recolonisation sournoise que le génocide rampant ». Le texte est fort mais, presque 50 ans plus tard, nous pouvons mesurer à quel point Aimé Césaire avait vu juste. Le fait est que la jeunesse éduquée et diplômée de Guadeloupe et de toutes les Antilles a massivement « émigré » dans l’Hexagone où elle s’est installée tandis que tous les postes clés de l’administration et des grandes entreprises établies sur place sont tenu par des « immigrés » venu de l’Hexagone, cependant que l’économie locale est aux mains des descendants de colons, et ce mouvement a été soigneusement structuré et organisé par l’État.

L’obligation vaccinale : la goutte d’eau

« Désormais, il y a un mélange des personnes sur les barricades. Beaucoup de jeunes, en colère par rapport à la situation de la Guadeloupe. L’obligation vaccinale, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », estime Maïté M’Toumo, secrétaire générale de l’UGTG, en demandant « l’ouverture de négociations avec le gouvernement ». Mais en forme d’« ouverture de négociations » le gouvernement fait un double mouvement paradoxal : il reçoit les élus de l’Ile pour la plupart favorables à la majorité présidentielle, et bien silencieux jusqu’ici, ce lundi 22 novembre et envoie des troupes d’élites (GIGN, et RAID) pour rétablir l’ordre ! Le résultat de cette politique est que la population de Guadeloupe diminue du fait du départ des jeunes qui une fois installés de l’autre coté de l’Atlantique ne reviennent pas, et que la jeunesse qui « reste au pays » est par la force des choses celle qui a eu le moins accès à l’éducation et la formation. Les images qui nous arrivent de Guadeloupe des interventions des gendarmes sont proprement ahurissantes, et traduisent à elles seules le mépris dans lequel l’État tient les habitant•es de l’Ile qui a connu en 2009 44 jours de grève générale, un autre mouvement en 2012, et aujourd’hui une situation qui pourrait après ce qui s’est passé en Guyane et en Martinique ces derniers mois s’avérer tout à fait explosive à l’échelle de tout l’arc guyano-antillais (un préavis de grève générale vient d’être déposé en Martinique, signé par 17 organisations syndicales, ce jour !).

La réalité c’est que les processus et l’état d’esprit qui guident le gouvernement dans la gestion de cette crise sont les mêmes que ceux qui sont à l’oeuvre dans les quartiers populaires des banlieues des grandes agglomérations de l’Hexagone.

La réalité c’est que les esprits restent marqués par les évènements de 1967 où, suite à l’agression raciste par un commerçant blanc, responsable local du parti gaulliste UNR, d’un cordonnier noir, des émeutes avaient eu lieu et ont été réprimées brutalement par De Gaulle faisant officiellement à l’époque 8 morts mais dont le bilan macabre a été fortement revu à la hausse entre temps.

La réalité c’est que toute la communication du pouvoir est axée sur les débordements violents et les difficultés qu’ils causent à ceux qui sont « installés ». A aucun moment l’état (pas plus que les medias aux ordres) ne communiquera sur les difficultés des populations liées à la politique mise en œuvre. On connaît par coeur cette façon de décrédibiliser le mouvement social en lui amalgamant les dérives violentes de quelques individus (parfois pilotés par ailleurs pour « foutre le bordel »).

Le délitement des services publics, la relégation sociale des populations, et le mépris affiché pour les revendications syndicales ou associatives produisent là bas comme ici les mêmes effets, et il n’y a qu’un petit pas à franchir pour y voir un racisme institutionnel, celui de ces gens « d’ici » qui pensent depuis leurs bureaux feutrés savoir ce qui est bon, à leur place, pour les gens de « là-bas ».

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22.10.2021 à 16:57

Vaccin COVID19 : la troisième dose pour tous est en marche

Le Monde Moderne

Que nous la voulions ou non, qu’elle se justifie ou non, nous aurons tous notre troisième dose, je vous le dis. Ne cherchez pas à discuter, l’histoire est d’ores et déjà écrite, depuis le mois d’avril 2021, où comme le révélait le Parisien le 16 avril 2021, plus de deux milliards de doses du vaccin […]

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Texte intégral 2378 mots

Que nous la voulions ou non, qu’elle se justifie ou non, nous aurons tous notre troisième dose, je vous le dis.


Ne cherchez pas à discuter, l’histoire est d’ores et déjà écrite, depuis le mois d’avril 2021, où comme le révélait le Parisien le 16 avril 2021, plus de deux milliards de doses du vaccin Pfizer pour l’ensemble de l’Europe auraient été commandées pour 2022 et 2023.

Et le récent communiqué de presse du laboratoire Pfizer vient rassurer sur une efficacité à plus de 95% de sa troisième dose « booster », recommandée pour tous. Comme un air de déjà-vu, lorsque le labo vantait les mérites de son vaccin avant son utilisation à grande échelle.

« Vaccine overload »


Deux milliards de doses.


Je me suis souvent amusé à booster mes personnages de jeux vidéo de toute sorte de bonus avant de m’en aller affronter un boss récalcitrant, idéalement gorgé jusqu’aux limites. Bondé de potions, de magie à outrance, mon personnage devient une sorte de grosse bête dopée aux amphétamines et autres turbo-boosters à la limite de la triche. Le mal que je suis supposé affronter n’a aucune chance.
En tout cas, sur le papier.

Parce qu’il y a toujours un facteur déterminant dans l’anéantissement de n’importe quel seigneur des ténèbres, c’est ma capacité à appuyer sur les boutons de la manette de manière coordonnée afin de libérer tout ce stock accumulé de façon efficace. On appelle ça dans le jargon : « bien jouer ».

Ce que les jeux vidéo nous enseignent, c’est que même si tu es blindé, appuyer sur A au lieu de B, et libérer ta rage destructrice en visant le mur, globalement, ça mène au « Game Over ».

Tout cela serait bien marrant si, dans la vraie vie, on avait la capacité de sauvegarder avant de faire n’importe quoi. Surtout que je ne vous apprendrais rien en rappelant que votre nombre de vies se limite à un.

Alors deux milliards de doses, pour un vaccin dont la formule se repose essentiellement sur les premières versions d’un virus apparu en 2019 et qui a connu moult mutations au point qu’on s’en amuse à compter les variants, c’est quel genre de stratégie ? On nous promet tout de même une adaptation aux prochains variants, comme si la science pouvait avoir une garantie de résultat.

Si on s’amuse à faire un produit en croix tout bête, deux milliards de doses, vu que nous sommes 450 millions en Europe, ça fait un peu plus de quatre doses par personne. Bébés compris. Même si certaines de ces doses ont vocation à être données aux pays en développement, dans le cadre du programme covax.

Et c’est sans compter les personnes déjà vaccinées, avec une ou deux doses, voire déjà trois pour certains, auxquelles les deux milliards viennent se rajouter.

La commande est passée, le budget est engagé, les contrats sont signés, Pfizer à volonté pour tous. Reste à appuyer sur les boutons de la manette correctement. Et viser juste.

De l’ail sur la porte


Vous vous souvenez sûrement de ce concept médical rendu populaire depuis l’apparition de ces vaccins l’an dernier : la balance bénéfice-risque.

Si l’on met de côté les études conçues, produites et publiées par Pfizer eux-mêmes dans le but d’obtenir une autorisation de mise sur le marché, idéalement avec remboursement, l’observation actuelle du monde rend difficile l’appréciation de l’efficacité du vaccin, tant le nombre de biais est considérable.

Personne aujourd’hui, ne peut répondre à la question suivante : la fin de la 4e vague est-elle plus due au vaccin qu’au cycle naturel du virus, comme observé lors de la fin des trois précédentes vagues ?

Tenter de répondre à cette question, c’est essayer de répondre à la question suivante : « J’ai mis de l’ail sur ma porte, et je n’ai reçu aucune visite de vampires. L’ail est-il efficace contre les vampires » ?

C’est possible. Ça n’a peut-être pourtant rien à voir.

Tout au mieux, ce que l’on peut dire, et c’est ce que disent les professionnels de santé du terrain, c’est qu’à ce jour, le vaccin « semble » efficace.
C’est hélas encore aujourd’hui, rien de plus qu’une croyance. Allez, disons un espoir.

D’autant plus qu’en regard des chiffres, le taux d’incidence le plus bas mesuré à 43,4 le 6 octobre 2021 en fin de vague alors qu’on commence à parler de légère reprise depuis cette date, est sensiblement plus important que celui de la fin de la troisième vague, où le taux d’incidence descendait à 18,8 le 27 juin 2021.

Difficile de parler d’un effet « vaccin » en ces conditions.

Pour être clair, je ne dis pas que le vaccin est inefficace, et pire, je souhaite qu‘il soit efficace. Mais comme depuis le début de la vaccination, il est encore trop tôt pour le dire assurément. Le bénéfice reste donc, sur la transmission du virus, hypothétique.

En revanche, la balance s’alourdit du côté des risques, au point que la HAS a publié un avis le 15 octobre 2021 en déconseillant le vaccin Moderna pour le rappel de troisième dose, en justifiant sa décision par « un risque accru de cas de myocardites et de péricardites liés à ce vaccin ».

Si les causes de ces effets secondaires restent à confirmer, il est bon de rappeler que le vaccin de Moderna repose sur la même technologie à ARN messager que le vaccin Pfizer. De quoi relancer la suspicion des esprits critiques.

C’est le problème avec l’ail : à force d’en abuser, ça pique.

La lecture des signaux faibles


Avec ce gouvernement de girouettes, dont les annonces se contredisent au fur et à mesure qu’on avance, pour toujours aller dans le sens du pire, il est désormais acté de se focaliser sur les signaux faibles qu’ils envoient pour anticiper ce que sera leur politique dans quelques mois.

De fait, cela s’est avéré vrai avec le Pass Sanitaire qu’on avait prévu pour durer et s’installer au quotidien, quand ils prétendaient et juraient leurs grands dieux que non, il n’en sera jamais question. On a vu où nous en sommes désormais, divisés comme jamais, entre les vaccinés pro-pass, les vaccinés anti-pass, les anti-vaccins pro-pass (rares), les anti-vaccins anti-pass… Du grand n’importe quoi, dans le seul but de se décharger de sa responsabilité en cas de problème lié à l’administration d’une substance dont on attend toujours l’autorisation de mise sur le marché définitive, vers les citoyens, en leur pourrissant la vie, quitte à attaquer la République, notre constitution, nos valeurs et notre cohésion en tant que peuple. Et vive la start-up nation !

Les nouveaux signaux, nous viennent, comme d’habitude, de nos chers médias aux mains des industriels, qui semblent préparer nos esprits à devoir recevoir inévitablement une troisième dose, en invitant tous les spécialistes les plus convaincus, prenant leur ton le plus paternaliste, voire condescendant possible, et même Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, qui annonce sur RTL le 19 octobre qu’un « aménagement du Pass Sanitaire pour inciter les plus fragiles à recourir à une dose de rappel vaccinal n’était pas exclu ». Cette petite phrase, d’expérience, nous permet de comprendre que c’est donc exactement ce qui va arriver. Nous allons perdre notre Pass Sanitaire, à moins de nous faire gentiment administrer une dose de plus, et tant pis pour la balance bénéfice-risque. On a deux milliards de Pfizer à administrer, vous comprenez. Ce ne sont pas deux ou trois myocardites qui vont nous arrêter.

On se rappelle en revanche que l’amendement déposé par Joachim Son-Forget, député ex-LREM problématique à bien des égards et troll sur les réseaux sociaux, qui visait à exclure l’utilisation du Pass Sanitaire dans les bureaux de vote a bien été refusé lors du vote à l’assemblé instaurant ce dit « Pass de la honte » au prétexte « qu’il était mal rédigé ». Techniquement, le recours au tri des citoyens sur des critères de santé lors de l’élection présidentielle de 2022 n’est donc pas non plus… exclu.

Dans les faits, les emails commencent déjà à arriver. Le personnel soumis à l’obligation vaccinale commence à être sollicité pour aller gentiment se faire piquer une troisième fois. Vous savez ce qui vous attend en cas de refus, vous ne voudriez pas vous faire virer comme vos collègues, sans aucune indemnité, n’est-ce pas ? Le bâton, sans carotte. De la belle ouvrage. Insidieux, malicieux… Pervers.

Le Ségur du Bulldo(Pfi)zer


Dans le même temps, rien.

Aucune autre stratégie claire concernant la sortie, ou au pire, l’accompagnement de cet épisode infectieux à rallonge. Aucun investissement dans la recherche de traitement. Aucun soutien aux soignants virés comme des malpropres pour avoir osé émettre un avis éclairé à la lumière de leur expérience et de leur niveau de connaissance. Aucun réel investissement dans les hôpitaux, aucun plan de formation à plus ou moins long terme de nouveaux médecins. Ils nous parlent de leur « Ségur de la Santé », dont les applications se limiteront à du rachat de dette, et remettre un coup de peinture pour masquer la crasse. Vous me direz, c’est au moins ça. Je vous dirais que c’est la moindre des choses quand on a fermé des milliers de lits depuis le début du quinquennat. Dans ce Ségur d’ailleurs, aucun lit supplémentaire. Rien, aucune autre stratégie que celle dite du bulldozer Pfizer.

Pour l’anecdote, la mode étant de nommer des projets en fonction du nom de la rue où on les a initiés, Philippe Henri de Ségur est notamment connu pour avoir rédigé l’Édit de Ségur, interdisant aux roturiers l’accès à une carrière supérieure d’officier et commandement de l’armée, la réservant exclusivement… à la noblesse. En ces temps de retour de la lutte des classes, tout un symbole.

La démesure du néant

Chargés n’importe comment d’ARN messager, nous fonçons vers un mur porteur, celui de notre République.

Toujours grimés de fausses bonnes intentions, ils prévoient de nous endormir du mieux possible pour écouler les stocks faramineux d’une potion magique, en cherchant sans cesse à justifier de son efficacité, comme pour se rassurer eux-mêmes. La méthode Coué.

Objectivement, il était difficile d’en espérer plus, venant de ce gouvernement de faux geeks immatures, à l’imagination proche de zéro, car n’ayant aucun socle de valeur sur lequel s’appuyer, ne pouvant donc pas faire autre chose que de répartir ses milliards d’euros comme des points d’expérience, sans aucune finesse, ni aucun talent, sur une seule compétence, créant un monstre déséquilibré et mal préparé.

Ils envoient Kratos dans Hitman, Terminator dans Arabesque. Ça fera forcément des dégâts.

Quel dommage que toute leur intelligence ne s’exprime que dans la manipulation perverse du peuple !

Mais pire que tout cela, ils font comme si on ne les voyait pas venir. Ils font comme s’ils n’entendaient pas les reproches, les critiques légitimes, et les accusations qu’on leur porte pour avoir sciemment attaqué notre République, qu’ils prétendent défendre, alors qu’ils ne la comprennent pas.

Ils avancent comme si de rien. Comme si la Martinique ne venait pas de renoncer au Pass Sanitaire de son CHU. Comme si les élus locaux ne venaient pas de signer une tribune dans Le Figaro pour demander le retrait du Pass Sanitaire. Comme si les Gilets Jaunes n’étaient pas en train de revenir sur les ronds-points. Comme si les manifestations dominicales anti-pass n’existaient pas.

Cette troisième dose généralisée est une absurdité. Les voix dissidentes commencent à se faire entendre. On ne compte plus les double-vaccinés qui affirment qu’on ne les y prendra plus.

Ajouté à la conjoncture, explosive, qui commence à ressembler de plus en plus à une poudrière, en cette veille d’élection présidentielle, regardons-les nous ignorer et allumer le feu de la colère. Le pays n’a plus aucun repère, et ils continuent quand même de s’enfoncer, croyant à leur propre fable des sondages qui les maintiennent invariablement à 25%. Comme si c’était possible.

Ils ont écrit leur propre histoire à l’avance.

Il est temps de leur raconter la nôtre qui commencerait par une phrase toute simple : la partie est finie.

Franck Noir

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17.10.2021 à 12:24

Le roi s’amuse en notre palais

Alexis Poulin

Heureux d’avoir marqué un but devant sa cour, pour une association caritative, le président de la République célébrait sa victoire en grande pompe, au son disco de « I will survive » jeudi soir à l’Elysée. Et il y avait de quoi être heureux! Ce match contre des soignants a rapporté 50000 euros, pour un hôpital à […]

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Texte intégral 1436 mots


Heureux d’avoir marqué un but devant sa cour, pour une association caritative, le président de la République célébrait sa victoire en grande pompe, au son disco de « I will survive » jeudi soir à l’Elysée. Et il y avait de quoi être heureux! Ce match contre des soignants a rapporté 50000 euros, pour un hôpital à Kaboul, selon Brigitte Macron.


Le soir même, des Afghans devaient effectivement être très heureux de voir que le butteur de l’Élysée festoyait en leur honneur et leur remettrait 50 000 euros, sachant que la sauterie caritative aura coûté un certain prix, peut être plus utile à l’aide internationale. Passons.

Il y a maintenant deux mondes qui s’ignorent, deux mondes qui s’éloignent et se détachent. Celui, idéal (pour ceux qui peuvent se l’offrir), harmonieux, tranquille et insouciant du bloc bourgeois, pour qui la fête est un mode de vie, et celui, triste, angoissé et sans avenir des sans-voix. Les 1O millions de Français passé sous le seuil de la pauvreté, les familles moyennes anxieuse du déclassement programmé. Tous ceux, de bonne volonté et sages, qui jusqu’ici avaient cru à la légende de la méritocratie républicaine se rendent bien compte de la supercherie et de la sécession des élites auto-proclamées d’avec la plèbe.

La République française a eu ce défaut originel de singer les décors de la monarchie, pour assoir son pouvoir. La Ve République, travestie en régime d’opérette par le quinquennat, a fini de nous emmener dans une caricature grossière de monarchie bourgeoise, sous substances.


Jusqu’à la nausée


Cet amusement, anodin et banal, résonne pourtant comme un coup de matraque de plus sur la tête de tous ceux qui peinent à la sortir de l’eau. Quel indécence assumée de la part du couple Macron de recevoir avec faste les amis du Variety Football Club, comme pour célébrer la victoire en finale de coupe du monde de l’équipe de France.

Mais ce faste, cette fierté d’être en dehors du mal et de la souffrance, c’est la célébration d’une toute autre victoire.

La victoire d’un monarque de pacotille à la légitimité minuscule, dont les politiques anti-sociales maltraitent notre pays depuis 4 ans et demi. La victoire en majesté d’une classe sur une autre, à coup de presse de cour, de coups de matraque, de lacrymogènes, de mensonges d’Etat et de précarité financière imposée.

La victoire du néo-management des cabinets de conseil anglo-saxons sur la République et l’Etat français.

La victoire de la post-vérité sur le réel. Oui, la politique d’Emmanuel est bien la meilleure, à force de manipulation des chiffres, les Français comprendront que leur pouvoir d’achat a bien augmenter, contre leur constatation quotidienne de la dégradation de leur niveau de vie.

Aussi, la victoire de la médiocrité, de la manipulation sur le courage.

En un mot, notre défaite.


Un vaccin contre la pauvreté


Les millions de Français sous le seuil de pauvreté, les millions de chômeurs, les enfants qui dorment à la rue, les bannis, fautes de pass sanitaire, les mutilés des manifestations, tous ceux là sont invisibles pour Emmanuel et Brigitte Macron et leur cour. Ce sont des chiffres, des courbes, des idées un peu floues, jamais ce ne sont des visages, des destins, des vies brisées à jamais.

Ces messieurs et ces élégantes sont vaccinés contre le réel, ils vivent dans un monde à part, où seul compte le dernier sondage, la dernière flatterie d’un courtisan idiot ou rusé, le dernier conseil d’un philosophe de plateau, le dernier coup de téléphone d’un grand patron milliardaire, la dernière création d’un artiste protégé.

Nos vies, ne comptent pas. D’ailleurs, le projet est assumé, c’est le travail jusque 67 ans, pour commencer, l’aliénation par le pass et par le travail à la chaîne, une magie quotidienne, aux yeux de l’énarque ministre ravie de la crèche Agnès Pannier-Runacher.

Rien de ce qui fait la vie, le bonheur, l’amour et la solidarité des humbles ne comptent aux yeux de ces fous de pouvoir, incapables de vivre avec moins de 5000 euros par mois (et c’est une misère), selon Luc Ferry, ancien ministre de Nicolas Sarkozy et célèbre philosophe de plateau, qui demandait à la police de tirer à vue sur les gilets jaunes.


Un barrage anti-populaire


La caste des bien-nés et des heureux bourgeois peut compter sur un système de protection fiable : cordon sanitaire maintenu par une police aux ordres pour éviter un débordement des « qu’ils viennent me chercher » et cordon psychologique avec un matraquage médiatique aux frontières du réel pour nier le malheur, la catastrophe et la corruption.

Pandora Papers? Oubliés. Procès Benalla? Oublié. Ministres mis en examen? Oubliés. Ancien président condamné pour association de malfaiteurs ? Oublié. Les millions accumulés par Macron pendant son passage en banque d’affaire ? Volatilisés en travaux dans la maison du Touquet! Et alors, madame à très bon goût en déco intérieure.

Mieux encore, voilà un nouveau candidat surprise issu de leurs rangs, plus raciste et xénophobe que le clan Le pen, qui va hypnotiser les foules avec une histoire de France falsifiée et des diatribes faciles sur la grandeur française et la guerre des civilisations. Eric Zemmour est en ce sens, un candidat anti-populiste, et bien un candidat de plus des milliardaires. Hélas, pour certain, la supercherie germanopratine fonctionne à merveille.

Sa dernière sortie contre la justice à Béziers, ne manque pas de faire écho aux déboires de son ancien employeur Vincent Bolloré, avec la justice pour corruption au Togo.«Nous devons enlever le pouvoir aux contre-pouvoirs […] Les juges doivent se taire, c’est le peuple qui règne»

On comprend bien que « le peuple » pour Eric Zemmour se résume à la caste d’argent, car pour les miséreux, les petits délinquants, la justice se doit être expéditive.


La lutte finale?


La lutte des classes existe, elle est plus que jamais d’actualité.

Les armes du bloc bourgeois sont légions et sont des armes de sécession massive : hurlements apeurés sur le wokisme, chasse à l’islamogauchiste, scandale sur la violence des pauvres etc, enfermement dans la peur de l’autre.

Alors que le bloc bourgeois tente de se poser en clan de la raison, alors que ses délires emmènent le monde dans l’abîme et la société à la guerre civile, il est urgent de s’organiser contre la propagande du pire que la campagne nous promet.

Ne soyons pas dupes, laissons Macron marquer des faux buts, intensifions la lutte.

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26.09.2021 à 16:13

Guinée : Chute d’Alpha Condé et collusion avec Jeune Afrique?

Le Monde Moderne

En 2010, à la suite d’une transition militaire qui a duré 2 ans, Alpha Condé est élu Président de la République. La presse internationale le décrit alors comme premier Président démocratiquement élu du « jeune » Etat guinéen. Avec cette élection, les guinéens et les amis de la Guinée pensaient tourner la page des meurtres […]

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Texte intégral 5084 mots

En 2010, à la suite d’une transition militaire qui a duré 2 ans, Alpha Condé est élu Président de la République. La presse internationale le décrit alors comme premier Président démocratiquement élu du « jeune » Etat guinéen. Avec cette élection, les guinéens et les amis de la Guinée pensaient tourner la page des meurtres gratuits et des expéditions punitives qui existent dans le pays depuis un demi-siècle, notamment sous les régimes de Sékou Touré et Lansana Conté. Respectivement premier Président de la République populaire révolutionnaire de Guinée et deuxième Président de la République libérale de Guinée.

L’élection d’Alpha Condé en 2010 a suscité de vives critiques et de sérieuses interrogations. Arrivé deuxième au premier tour de la présidentielle avec 18% des voix contre 44% pour Cellou Dalein Diallo (ancien premier ministre sous le régime de Lansana Conté), il est donné vainqueur au second tour avec 52,5% des voix. En violation systématique des lois électorales du pays, quatre mois s’écoulèrent entre le premier et le second tour de l’élection présidentielle.

C’était l’homme nouveau, qu’on aimait surnommer à Conakry, « l’homme aux mains propres » (une allusion faite à son refus de travailler avec Sékou Touré et Lansana Conté. Deux présidents, deux régimes qu’il a combattus politiquement pendant quarante ans). Très vite, les doutes qui ont entouré son élection ont été enterrés. Carte blanche lui a été donnée. Car son parcours politique, son militantisme et les valeurs qu’il a défendues, étaient en harmonie avec les attentes de la population. Il incarnait le renouveau, le changement et l’espoir. Il faisait l’objet d’un grand mythe en raison de toute une vie passée en exil forcé et parfois choisi en France. Il suscitait aussi l’admiration, on parle de lui dans les marchés de Conakry comme un grand intellectuel capable de redresser le pays.

Kouchner était perçu comme le vice-président de la Guinée

Toutefois, Alpha Condé n’a aucune expérience connue en dehors de son combat politique. Cela s’est rapidement senti dans sa façon de gouverner et même de s’entourer. Comme le rapporte France Info1, Bernard Kouchner, ami proche d’Alpha Condé voyageait tous les mois à Conakry et avait le statut de No Borders Consultants. Dans les cercles intellectuels et au sein de l’administration guinéenne, Kouchner était perçu comme le vice-président de la Guinée, tels ses déplacements donnaient l’allure d’un chef qui bénéficie de toutes les faveurs du palais. Aussi, Alpha Condé a reconduit majoritairement les anciens hauts cadres de Lansana Conté. Certains étaient des proches conseillers, d’autres des ministres.

Après son premier mandat de 5 ans, en 2015, il brigue un deuxième mandat qui aurait dû être le second. D’ailleurs, le président de la cour constitutionnelle d’alors, Kèlèfa Sall a donné le ton dans son discours lors de la prestation de serment d’Alpha Condé, le 14 décembre 2015. Discours aujourd’hui qualifié de prémonitoire, le magistrat guinéen interpelle le concerné en des termes clairs et avec une éloquence toute saisissante : « Évitez toujours les dérapages vers les chemins interdits en démocratie et en bonne gouvernance. Gardez-vous de succomber à la mélodie des sirènes révisionnistes. Car, si le peuple de Guinée vous a donné et renouvelé sa confiance, il demeure cependant légitimement vigilant »2. En coulisse, Alpha Condé reprochait au magistrat son discours et lui demandait constamment s’il était représentatif du peuple de Guinée pour affirmer que son second mandat en serait le dernier. Trois ans plus tard, en automne 2018, le magistrat perd sa qualité de président de la cour constitutionnelle. Le 3 octobre de la même année, un décret présidentiel entérine son exclusion. Ce qui peut s’apparenter à un règlement de compte, rend beaucoup d’acteurs de la société civile médusés.

En juin 2017, lors du Forum de l’Etudiant guinéen, organisé par le Ministère de l’Enseignement supérieur, Alpha Condé est l’invité d’honneur. Une fois dans la salle et à l’entame de son discours, il est interrompu par des étudiants, qui réclament à forge déployée les tablettes qu’il leur avait promises. En colère derrière son pupitre, il saute sur place à pieds joints et lance : « J’ai été étudiant avant vous. Nous avons rendu l’Afrique fière de nous. Vous êtes comme des cabris, tablettes, tablettes, tablettes »3. La réaction colérique du Président qualifiant les étudiants de « mal éduqués » notamment, n’a pas été bien accueillie dans les universités de Conakry. Même au Ministère de tutelle, on fulminait qu’il n’avait pas à réagir ainsi. Première brouille mineure.

Les opposants… entrent en résistance et se radicalisent

Alpha Condé, ancien élève du lycée Turgot de Paris centre (autrefois 3e arrondissement) et étudiant en droit de Science Po Paris puis de la Sorbonne était aveuglé par la Guinée qu’il aimait tant et dont il finit par en faire sa chose. Dès 2018, connaissant ses intentions pour briguer un troisième mandat et conscient du risque qu’il pourrait encourir, notamment pour son régime et sa sécurité personnelle, il crée une nouvelle unité au sein de l’armée guinéenne appelée Groupement des Forces spéciales. Laquelle sera commandée par Mamady Doumbouya, un légionnaire de l’armée française à la retraite. Cette unité sera dotée de tous les équipements matériels et logistiques notamment des blindés. Chargée officiellement de la lutte contre le terrorisme, l’unité des forces spéciales est décrite comme capable de « mener des missions de façon autonome, après infiltration ou parachutage en profondeur dans le dispositif adverse ». Elle est aussi compétente dans la « recherche et la transmission de renseignement sur la nature, les moyens et les intentions de l’ennemi ». Officieusement, c’est l’unité de dernier recours dans le scénario d’une attaque du palais présidentiel ; chargée de vite exfiltrer le Président de la République. Mais ironie de l’histoire, c’est tout le contraire qui se produira.


Le Lieutenant-Colonel Mamady Doumbouya est au centre. Photo prise à l’ambassade des Etats-Unis en Guinée. Publiée sur la page Facebook de l’ambassade, la photo a été retirée.

En 2019, alors que l’opposition et la société civile le soupçonnaient de vouloir faire sauter le verrou sur la limitation des mandats et de se représenter une troisième fois, Alpha Condé nargue tous les critiques. Il évite les questions sur ses véritables intentions, le mobile de ses actions et joue dans le clair-obscur. Pourtant, en décembre 2019, dans une allocution sur les antennes de la télévision d’Etat, la RTG (Radiodiffusion Télévision Guinéenne), il confirme sa volonté de faire modifier la constitution4. Quelques jours après, le projet de nouvelle constitution5 est diffusé par les médias. Plus le temps passe, plus l’horizon s’éclaire et les intentions se précisent.

Alpha Condé, cet animal politique se dirige droit dans la gueule du loup sans le savoir. Le 22 mars 2020, malgré tous les signaux faibles, des élections législatives couplées d’un référendum constitutionnel se tiennent dans une violence sans nom. Bureaux de vote et matériels électoraux saccagés. Des militaires, gendarmes et policiers répriment les contestataires dans le sang. De Conakry [la Capitale] en passant par Mamou [ville carrefour du pays] jusqu’en Nzérékoré [région située au sud-est], presque tout le pays s’embrase. Les opposants à un 3e mandat d’Alpha Condé, composés de militants de l’opposition et d’activistes de la société civile mais aussi de journalises entrent en résistance et se radicalisent. Le pays est au bord du précipice. Des morts dont on se passerait de donner des chiffres sont dénombrés.

Ni les manifestations géantes à Conakry et dans quelques villes, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, notamment à Paris, Bruxelles, Québec, New York et Dakar n’ont découragé le régime d’Alpha Condé de faire un troisième mandat. La « communauté internationale » (une appellation propre à l’Afrique pour désigner un ensemble très réduit, à savoir la Cédéao6, l’Union africaine, l’ONU, l’OIF7, la France et les Etats-Unis), les camarades et amis du Président guinéen lui en ont dissuadé. Bouffi d’orgueil, Alpha Condé en avait cure des conseils et des mises en garde. Il a travaillé à ce que ses désirs et son aversion ne connaissent point d’obstacle. Il pensait en effet avoir une propension infaillible…

Une révolte de la population est redoutée

Le 2 septembre 2020, il annonce officiellement sa candidature pour un 3e mandat. Cela crée des scènes de violences dans la majorité des grandes villes du pays. Adolescents, jeunes, hommes et femmes furent tués dans le silence terrifiant d’une communauté internationale sonnée par la crise de coronavirus mais aussi par le multilatéralisme en souffrance. Alpha Condé déroule toute sa stratégie au prix du sang et des arrestations sommaires. Le 18 octobre de la même année, la présidentielle s’est tenue à Conakry dans une situation très tendue. Cela, en raison de propos à relent communautaire distillés notamment par le parti au pouvoir dont ses éminents ténors : Alpha Condé et son « épouse », Hadja Djenè Kaba.

Durant la campagne présidentielle, le parti au pouvoir et tout le gouvernement se sont employés à stigmatiser une partie de la population (la stratégie du diviser pour mieux régner) et empêcher l’opposition de battre normalement campagne. Des propos impropres dans la bouche d’un président furent tenus par Alpha Condé. Il indique dans une de ses allocations (mêlée de maninka [une des principales langues du pays] et du français) depuis le palais présidentiel Sékoutoureyah, d’où il faisait sa campagne en visioconférence et retransmise par le média de service public, la RTG. D’abord à Kankan le 19 septembre puis à Siguiri le 23 septembre. Il affirme respectivement : « Les jeunes de la Haute-Guinée, particulièrement ceux de Kankan, je vous demande d’observer un peu l’ossature de cette élection. Le Foutah n’a présenté aucun candidat à part Cellou Dalein Diallo, ce qui implique que tous les autres candidats sont venus contre moi. Alors, ne votez pour personne si ce n’est pas le RPG. Les malinkés, comprenez que quiconque vote pour un autre candidat, a voté pour Cellou Dalein

Alpha Condé avait perdu en popularité et en crédibilité, tant il a passé 11 ans au pouvoir à promettre la construction d’usines de bonbons, de transformation de la pomme de terre en purée ou encore de doter chaque étudiant d’une tablette et chaque tailleur d’une machine. Pour galvaniser son électorat, sa seule arme était d’avoir recours aux propos communautaires et bellicistes. Après avoir créé la psychose au sein de la communauté, Alpha Condé ordonne le 27 septembre en pleine campagne électorale, la fermeture des frontières avec la Guinée-Bissau, le Sénégal et la Sierra Léone. Cette fermeture intervient au moment où, le principal parti d’opposition, l’UFDG [Union des Forces Démocratiques de Guinée] dirigé par Cellou Dalein Diallo, acheminait du matériel de campagne10, dont des tee-shirts et des gadgets. Deuxième brouille, parce que cette fermeture des frontières a engendré des conséquences économiques importantes, en l’occurrence pour la population.

A l’origine de cette fermeture des frontières, plusieurs hypothèses.

La première. Les trois pays entretiennent de bons rapports avec Cellou Dalein Diallo. Aussi, à en juger des résultats des dernières élections en Guinée, il y détient un électorat presque majoritaire, même s’il est très marginal. Il fallait donc empêcher ces guinéens de l’étranger de voter en faveur du président de l’UFDG mais surtout de rejoindre le pays. Puisqu’officieusement, ils pourraient venir à soutenir les partisans de l’opposition lors de protestations électorales et postélectorales.

La deuxième. Le soutien affiché et totalement assumé du Président Umaro Sissoco Embaló (très apprécié des jeunes ouest-africains pour son franc-parler) à Cellou Dalein Diallo et la proximité de ce dernier avec le vice-président sierra-léonais, Mohamed Juldeh Jalloh, mais aussi son amitié connue avec le Président Macky Sall. Au demeurant, le Secrétaire général de la présidence de la République de Guinée, Naby Youssouf Kiridi Bangoura, justifie cette fermeture par des « faits graves qui se sont produits en Sierra-Léone, à Kambia exactement dans le secteur de Maboué dans un hôtel… pour planifier des actions qui peuvent toucher à l’ordre public et à la sécurité publique en Guinée »11.

Le 18 octobre 2020, l’élection présidentielle s’est tenue dans un calme précaire. Le 24 octobre, Alpha Condé sera donné vainqueur par la Ceni [Commission électorale nationale indépendante] avec 59,4% des suffrages exprimés, contre 33,5% pour son principal adversaire Cellou Dalein Diallo. Mais ce dernier s’était déjà proclamé victorieux de l’élection, le lendemain même du vote. Le samedi 7 novembre 2020, la cour constitutionnelle déclare Alpha Condé victorieux de l’élection et rejette les recours des candidats de l’opposition. L’arrêt de la cour constitutionnelle ayant l’autorité absolue de la chose jugée, donc insusceptible de recours, la crise s’installe définitivement et les bras de fer commencent.

Alors que le domicile de Cellou Dalein Diallo est encerclé par des camions de la Police et des pickups de la Gendarmerie nationale ; le siège de son parti investi et les mobiliers qui s’y trouvaient saccagés ; que le militant anti troisième mandat et membre du FNDC, Oumar Sylla dit Foniké Menguè est arrêté et en prison depuis le 27 septembre 2020, plus d’une centaine de militants d’opposition, de responsables politiques ou encore des membres de la société civile seront arrêtés et emprisonnés. D’autres réussiront à s’en fuir et d’exiler au Sénégal. Parmi les opposants détenus dans des conditions carcérales qualifiées de « suspectes » par Amnesty internationale12, des morts seront à regretter. Le 16 décembre 2020, Roger Bamba, membre du conseil national des jeunes de l’UFDG est déclaré mort en détention. Cela va choquer et émouvoir une grande partie de la population, visiblement impuissante face au régime d’Alpha Condé. Le témoignage glaçant de son épouse racontant ses dernières heures est relayé sur les réseaux sociaux.

Malgré le tissu social complètement effiloché, une précarité galopante et un isolement international de mieux en mieux visible, le régime d’Alpha Condé ne reculera devant rien. Interdiction de voyage pour les cadres de l’UFDG. Fragilisation totale de l’ancienne troisième force politique guinéenne, le parti UFR [Union des Forces Républicaines] dirigé par Sidya Touré. Intimidation d’opérateurs économiques nationaux. Création de médias parallèles pour contrôler l’opinion.

Plus de manifestations en Guinée. Indiscutablement, Alpha Condé a mis tout le monde au pas. A Conakry, on entend les mouches voler. Toutefois, derrière ce silence, une révolte de la population est redoutée, comme ce fut le cas des événements de janvier et février 200713. En outre, espérant avoir un répit en procédant à des arrestations sommaires, le régime n’en connaîtra aucun.

La chute du Tsar

Entre avril et août 2021, plusieurs grèves sont constatées à Conakry. En avril déjà, les huissiers de justice soutenus par des avocats entament une grève pour dénoncer le non-respect des décisions de justice. En juillet, grève du secteur des télécommandassions pour protester contre la surtaxation du secteur des postes, télécommunications et assimilées. En août, grève des transports contre l’augmentation du prix du carburant.

A rappeler que le 1er septembre 2020, la veille même de l’annonce par Alpha Condé pour être candidat à un troisième mandat, s’est tenue une réunion dans la préfecture de Dubraka. C’est-à-dire, au domicile du kountigui [sage] Elhadj Sekhouna Soumah, personne morale représentant la région de la Basse-Guinée. Etaient conviés et présents à cette réunion, les trois autres sages des régions de la Haute-Guinée, la Moyenne-Guinée et la Guinée-Forestière. Ces sages, considérés comme des autorités morales et traditionnelles, étaient réunis pour adopter une position commune face au troisième mandat d’Alpha Condé. Etonnamment, ils ont été gazés par les forces de l’ordre. C’était un acte d’une rare gravité. Une audace triste. Un pas de trop venait d’être franchi. Une troisième brouille qui sape totalement l’image du régime et creuse le fossé avec le peuple.

Dans ce climat de méfiance et de rupture de confiance entre les acteurs guinéens, intervient le dimanche 5 septembre 2021, à la surprise générale, un coup d’Etat contre le Président Alpha Condé. C’est la chute du Tsar.

Ce coup d’Etat, une première en Guinée, est commanditée par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, le patron du Groupement des Forces spéciales guinéennes. Selon Aliou Barry, directeur du Centre d’analyse et d’études stratégiques de Guinée, spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique : « l’unité des forces spéciales a été créée par Alpha Condé sur les conseils du Président Idriss Deby Itno14. Au départ, cette unité était chargée de lutter contre le terrorisme, les actes de pirateries maritimes »15. La manière dont le coup d’Etat s’est déroulé est digne d’un film de guerre d’Hollywood, où on met en scène l’influence militaire américaine.

Le récit du coup d’Etat est raconté doublement et différemment, une version plus crédible se dégage et heureusement. Par Jeune Afrique qui raconte les événements sous un angle d’opinion et de commentaires. Par Africaguinee qui fait témoigner un « rescapé », et à ce titre reste dans l’exercice du journalisme.

Jeune Afrique a montré… qu’il est un hebdomadaire de connivence

Tout le contenu de l’article de Jeune Afrique qui traite du sujet, par ailleurs signé par François Soudan, laisse entrevoir une action de communication et non d’information. Démonstration.

Décrivant ce que Jeune Afrique appelle la « capture facile d’Alpha Condé », François Soudan affirme dans un article16 qui aurait simplement dû être un éditorial parce que rempli d’approximations, ce qui suit : « En ce début de matinée du dimanche 5 septembre, les petits détachements de bérets rouges qui gèrent les trois checkpoints disposés le long de l’avenue qui mène jusqu’à la grille d’entrée du palais sommeillent encore ». Plus loin, il poursuit « Venu de sa base de Kaleya à Forécariah, en Basse- Guinée […] le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya fonce droit sur Kalouma, où il fait son entrée aux alentours de 8h du matin ». Première bonne fausse information. Il faut savoir que les éléments des forces spéciales ont opéré entre 2h et 4h du matin. Cette information a été rapportée par Africaguinee. Le site d’information guinéen a recueilli le témoignage d’un garde d’Alpha Condé, présent dans le palais cette nuit-là et blessé par les assaillants. Aucune source crédible n’indique l’heure précise à laquelle ils se sont introduits dans le palais.

L’éditorialiste poursuit : « Les soldats du BASP [Bataillon autonome de sécurité présidentiel] sont des fidèles du président ». Première approximation. L’armée guinéenne, quelques soient les critiques qu’on pourrait lui porter, est une armée républicaine et non une armée régulière dont la vocation est d’être fidèle à un homme et non aux institutions. On aurait dit cela de l’armée ivoirienne par exemple, on comprendrait, au regard de sa configuration actuelle.

François Soudan avance encore que « pendant ce temps, si l’on en croit un témoin qui a pu se rendre sur les lieux après les faits, le palais aurait été entièrement « visité » par les hommes de Doumbouya et nul doute que les sacs de cash qu’à l’instar de la plupart de ses homologues du continent Alpha Condé conservait dans sa chambre et son bureau n’ont pas dû échapper à leur convoitise. Un peu partout dans la capitale, mais particulièrement dans les quartiers acquis à l’opposition, des scènes de liesse succèdent à l’apparition des premières photos sur les téléphones portables ». Une autre fausse information. Le fait de dire « sans nul doute » et tirer plus tard une conséquence en vue de faire passer une suspicion en une vérité est journalistiquement étonnant. Attendu que le journal affiche d’ores et déjà sa prise de position, d’autant que rien ne certifie encore aujourd’hui cette information. Aussi, la réalité est que les scènes de liesse étaient spontanées et ont commencé d’abord à Kaloum [centre-ville, qui accueille les sièges des institutions], ensuite dans les communes de Ratoma, de Matoto jusqu’à l’intérieur du pays : N’Nzérékoré, Kankan, etc. Limiter les scènes de joie aux seuls quartiers acquis à l’opposition est une insulte à l’intelligence.


Conakry, 5 septembre 2021, euphorie après le coup d’Etat contre le Président Alpha Condé. Source : http://urlr.me/5wyrW

L’article de Jeune Afrique parle de l’armée guinéenne ou encore de la Guinée comme une propriété privée d’Alpha Condé. Or, il n’en est rien. Les adjectifs possessifs qui remplissent ce récit en sont la démonstration. Mais connaissant les liens entre l’auteur de l’article et le régime d’Alpha Condé, cela ne peut pas surprendre.

Aussi, s’il n’y a pas d’armée « ordinaire » en Guinée comme l’affirme François Soudan, il est doublement faux de dire que le Président Condé « a toujours évité d’affronter les officiers supérieurs dont son fidèle Mohamed Diané lui signalait le comportement problématique, préférant les éloigner ». Les faits.

En juillet 2011, le domicile privé du Président Condé fut attaqué par des éléments de l’armée guinéenne. Après cet événement, ce qui ressemble à une chasse à l’homme a été organisée. Plusieurs officiers guinéens seront arrêtés et condamnés à de la prison ferme. Beaucoup parmi eux n’auraient aucun lien avec l’attaque de la résidence privée d’Alpha Condé. C’est ce que confie dans une interview, l’ancien président de la transition (décembre 2009 à décembre 2010), le Général de brigade Sékouba Konaté dit « El Tigre » : « Tous ces gens [allusion faite aux officiers de l’armée comme le Général Nouhou Thiam17, aux commandants Julien, Saliou Diallo18, le colonel Sidiki Camara dit « De Gaulle »] qui ont participé à l’avènement de la démocratie en Guinée ; les gens ont profité pour faire des règlements de comptes »19. En conclusion, Alpha Condé a bien affronté les officiers de l’armée guinéenne.

En sus de cela, les articles traitant du coup d’Etat en Guinée, produits par le magazine, sont dans leur majorité orientés et résistent pas à la réalité. Il est à noter l’absence de tout parallélisme des formes, de vérité des faits tronquées, de manque de contextualisation, on en passe et des meilleurs. En produisant cet article, le magazine enverrait-il un signal de soutien au régime d’Alpha Condé, tout en pensant que la situation allait s’inverser ?

Autrement, Jeune Afrique a montré durant les 11 ans de pouvoir d’Alpha Condé, qu’il est un hebdomadaire de connivence qui prête allégeance aux autoritaires du continent et qui produit des éditoriaux à flux tendu souvent signés par François Soudan. Jeune Afrique nous dit comment Alpha Condé a chuté mais pas le pourquoi.

Pour faire une analyse sur les situations quelque peu honorables qui secouent la Guinée, il faut avoir une lecture équilibrée, la justesse de l’analyse est à ce prix. Prendre en compte la situation globale et revenir au fondement de la crise sociale et politique constitue l’arrière-plan essentiel de la compréhension du coup d’Etat et son lot de soutiens populaires.

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya a réussi son coup d’Etat simplement parce que le pays était au bord de l’implosion et lui-même était dans le collimateur du régime. En effet, les services de renseignement guinéens soupçonnaient sa proximité avec le Colonel président Assimi Goita, patron des forces spéciales maliennes. Selon toute vraisemblance, son arrestation était imminente. Il a donc anticipé et mené ce coup de grâce.

Blaise Pascale (Pensée sur la politique n°32), citant Walter Benjamin, s’interroge sur ce qui ressemble curieusement à la situation guinéenne : « Comment se soustraire et répondre à la violence du droit qui décrète illégitime tout ce qui ne le reconnait pas – sinon par un autre coup de force ? ».

Kossa CAMARA

1 « Interrogé sur ses activités en Guinée, Kouchner congédie un journaliste », France Info, 7 décembre 2011.17 Ancien Chef d’Etat-Major des armées, de janvier à décembre 2010.
2 « Le discours du Président Keléfa Sall (Cour Constitutionnelle) », You Tube, 19 décembre 2015. 3 « Alpha Condé traite des étudiants de ‘’cabris et mal éduqués’’ », Africaguinee, 2 juin 2017.
3 « Alpha Condé traite des étudiants de ‘’cabris et mal éduqués’’ », Africaguinee, 2 juin 2017.
4 « Alpha Condé annonce une nouvelle Constitution », BBC Afrique, 20 décembre 2019.
5 « Projet de nouvelle constitution » Guineematin, 2019, https://guineematin.com/wp- content/uploads/2019/12/NOUVELLE-CONSTITUTION-VOICI-LE-PROJET.pdf
6 La CEDEAO désigne la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Une organisation qui réunit les pays de la région de l’Afrique occidentale.
7 L’OIF, entendez Organisation internationale de la Francophonie. Une organisation qui réunit les pays ayant pour langue officielle, au moins le français.
8 Mohamed BANGOURA, « Alpha Condé : « tout malinké qui vote pour un autre candidat, a voté pour Cellou Dalein Diallo », Mosaique guinee, septembre 2020.
9 « Alpha Condé appelle ses partisans à faire bloc autour de lui », voaafrique, le 23 septembre 2020.
10 Alhassane BAH, « Frontière Guinée-Sénegal : six camions contenant du matériel de campagne de l’UFDG bloqués », Guineenews, le 29 septembre 2020.
11 Mohamed BANGOURA, « Fermeture des frontières terrestres de la Guinée avec la Sierra Leone: les raisons selon Kiridi », Mosaiqueguinee, 29 septembre 2020.
12 « GUINÉE : DES OPPOSANTS SONT MORTS EN DÉTENTION DANS DES CONDITIONS SUSPECTES », Amnesty International, 8 février 2021.
13 Des manifestations géantes se tiennent dans tout le pays. Menées par des syndicalistes téméraires, elles sont très sévèrement réprimées. L’armée guinéenne ouvra le feu sur les jeunes de l’axe Hamdallaye, Bambeto, Cosa.
14 Ancien président de la République du Tchad.
15 « Guinée – Aliou Barry : « Cette force spéciale créée par Alpha Condé s’est retournée contre lui », RFI, 6 septembre 2021.
16 François SOUDAN, « Exclusif – Guinée : l’histoire secrète de la chute d’Alpha Condé, par François Soudan », Jeune Afrique, le 8 septembre 2021.
18 Ancien commandant du Camp Camayenne, autrefois camp Boiro.
19 Guinee matin, « Général Sékouba Konaté, ancien président de la transition avec Lamine Guirassy sur Espace », YouTube, 26 juin 2018.

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24.09.2021 à 09:43

Oui, Mélenchon a eu raison de débattre avec Zemmour

Bastien Parisot

On nous promettait un débat âpre et de haut niveau, entre deux personnalités rompues à l’exercice… À la place, pendant deux heures, nous aurons assisté à un échange entre un candidat a la présidentielle, déroulant systématiquement un raisonnement adossé à des propositions programmatiques, et un éditorialiste réactionnaire approximatif, incapable de sortir de son rôle et […]

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Texte intégral 703 mots

On nous promettait un débat âpre et de haut niveau, entre deux personnalités rompues à l’exercice… À la place, pendant deux heures, nous aurons assisté à un échange entre un candidat a la présidentielle, déroulant systématiquement un raisonnement adossé à des propositions programmatiques, et un éditorialiste réactionnaire approximatif, incapable de sortir de son rôle et de ses névroses obsessionnelles : l’immigration, le grand remplacement, le déclin français… Ce débat a permis une clarification nécessaire et la présentation de thèmes de campagne, qui reviendront au coeur du débat.

Pourtant la première partie du débat était taillée pour aider Zemmour à occuper tout l’espace : d’abord une longue séquence sur les dangers pour la France, puis une autre sur l’insécurité comme problème exclusif… Face aux délires réactionnaires de Zemmour, Jean-Luc Mélenchon a su porter un discours rationnel, bien éloigné des lieux communs et du ronron médiatique. Il a déconstruit patiemment les fake-news sur les chiffres de l’immigration, le nombre d’étrangers vivants en France… pour y substituer une vision axée autour de la créolisation, réalité que nous voyons vivre sous nos yeux au quotidien. Il a eu le courage de ne rien céder sur le fond, en réclamant la dissolution des BAC sans accepter une lecture binaire ou outrancière de l’état du racisme dans la police.

La seconde partie du débat fut le naufrage de Zemmour, tant il tentait de se raccrocher à ses thématiques favorites pour dissimuler son ignorance crasse des préoccupations du quotidien, flirtant même avec le négationnisme climatique quand il a été question d’écologie. Jean-Luc Mélenchon a pour sa part présenté une vision complète des solutions qu’il faudra mettre en œuvre dès demain pour combattre le réchauffement climatique : règle verte, tribunal international de la justice climatique, sortie du plastique et du glyphosate…

Il n’y a donc pas eu de confrontation « projet contre projet » puisque l’indigence du presque candidat de l’extrême-droite est apparue clairement, tout juste bon à adopter des positions de principe sur le nucléaire et à confondre les énergies renouvelables et les éoliennes. La question sociale aura elle aussi fait l’objet de propositions nettes et courageuses : augmentation du smic à 1400 euro, retour de l’âge de départ à la retraite à 60 ans, blocage des prix concernant les ressources de première nécessité.

Enfin, la troisième partie du débat aura confirmé que Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat doté d’une volonté réelle de sortir du système à bout de souffle de la 5e République pour redonner le pouvoir au peuple, via la convocation d’une Assemblée constituante qui aurait mandat d’écrire une nouvelle Constitution, mais aussi en autorisant des référendums d’initiative citoyenne et révocatoires. Zemmour bafouilla un incompréhensible appel à la révolution « populaire », sans parvenir à expliquer en quoi elle différait du concept de « révolution nationale » pétainiste.

Si Jean-Luc Mélenchon a gagné ce soir, c’est non seulement parce qu’il a su exposer un programme de transformation en profondeur de la société afin de répondre aux enjeux de notre temps, mais aussi car il n’a pas un instant quitté les berges de la rationalité et de l’argumentation, faisant honneur à la politique et à notre pays. Il a su montrer qu’il existe une parole qui fait obstacle, sur le fond et sur la forme, à l’extrême droite la plus rétrograde, invitée quotidiennement sur tous les plateaux. Face à celle-ci, tous les espaces de confrontations sont les bienvenus, toutes les victoires arrachées sont un pas de plus vers l’émancipation et la justice sociale pour la France.

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01.09.2021 à 19:29

Les Insoumis s’organisent à Valence pour convaincre et rassembler

Guillaume Quintin

Le weekend dernier ont eu lieu pendant 4 jours, pour la deuxième année consécutive à Chateauneuf-sur-Isère (26), les AMFIS2021, universités d’été de la France Insoumise. Débats, rencontres, échanges, partage et de mise en perspective du programme l’Avenir en Commun, travaillé, mis « au goût du jour » par les équipes militantes du mouvement et les […]

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Texte intégral 803 mots

Le weekend dernier ont eu lieu pendant 4 jours, pour la deuxième année consécutive à Chateauneuf-sur-Isère (26), les AMFIS2021, universités d’été de la France Insoumise.

Débats, rencontres, échanges, partage et de mise en perspective du programme l’Avenir en Commun, travaillé, mis « au goût du jour » par les équipes militantes du mouvement et les députés et eurodéputés insoumis.

Sur place, entre les 10 espaces de conférences et le village militant, certains discutent de « oui ou non, Jean Luc est il le meilleur candidat ? ». Lui l’affirme haut et fort : « le candidat, c’est le programme, et notre boulot c’est de convaincre un maximum de nos concitoyens de sa pertinence ». Le fait est que les Français plébiscitent l’Avenir en Commun : selon un sondage, plus d’une quarantaine de propositions-phares du programme insoumis recueillent entre 60 et… 90 % d’opinions favorables.

Une centaine de conférences

Une centaine d’ateliers et conférences ont été proposés aux participants, avec à chaque fois une ou deux membres du mouvement et au moins autant d’invités extérieurs pas nécessairement « insoumis•es ». C’est d’ailleurs la marque de fabrique de ces AMFIS depuis 2017 : confronter les positions du programme avec celles et ceux qui, au quotidien, sont confrontés aux situations que celui-ci entend faire changer.
Ainsi les sujets vont de la gestion de l’eau aux violences faites aux femmes, de l’industrie aux révolutions d’Amérique Latine, en passant par le handicap et la gestion des médias.
Bref, il y en a pour tout le monde et tous les intérêts… Et ça marche ! Pour preuve, ce sont plus de 4000 personnes qui se sont croisées tout le weekend sur ces AMFIS2021. Un succès !

De quoi gonfler à bloc les forces insoumises qui entrent dans leur 10eme mois de campagne électorale. Car pour 2022, Jean Luc Mélenchon est parti « tôt », dès novembre 2020. De son point de vue, compte tenu de la tâche à accomplir, il fallait cette longueur de temps pour convaincre dans la durée.

Et alors que son programme est largement plébiscité par les Français, Jean Luc Mélenchon reste en tête de la gauche dans les des sondages d’opinion, autour de 11 %. Et selon Jean Daniel Levy, patron de Harris Interactive : « S’il y avait un lien manifeste entre jugement électoral à l’égard du programme et comportement électoral, on éviterait de faire des intentions de vote au deuxième tour, car vous risqueriez de passer dès le premier tour! ».

Huguette Bello : le soutien d’une Présidente de région

Le week-end insoumis s’est achevé sur un meeting de Mélenchon, introduit par un discours poignant et vibrant d’Huguette Bello, Présidente de la région La Réunion, venue soutenir officiellement le candidat insoumis pour 2022. Militante féministe histoirique, Bello a rappelé combien les Outre-mers sont une richesse pour notre pays. Richesse par leurs habitant•es, richesse par leurs eco-systèmes, richesse par leurs localisations qui font que « le soleil ne se couche jamais » sur les terres françaises. Terres où la créolisation et le métissage ont donné à notre pays son ouverture et son rayonnement en l’imbriquant si intimement avec son « voisinage ».

Enfin, Jean Luc Mélenchon a exhorté les insoumis à se préparer à faire campagne encore plus ardemment et, puisque son discours était retransmis sur deux chaînes de télé en direct, a invité celles et ceux qui le regardaient sans être nécessairement « naturellement » convaincus à être curieux et s’intéresser à son programme… plutôt qu’aux sempiternels ragots, et autres vomissures que ses adversaires et une partie de la presse des oligarques et du pouvoir n’allaient pas manquer de lui déverser sur la tête. Un moyen de prévenir : pour le candidat insoumis, la campagne de 2022 s’annonce sale.

Ovationné, le candidat insoumis a ainsi clos les AMFIS 2021, première étape de la dernière ligne droite des insoumis avant l’élection présidentielle. Plus encore, l’événement s’est imposé comme le plus gros rassemblement politique de la rentrée, assurément réussi.

De créer la surprise en avril prochain ? Les insoumis ne rêvent que de ça !

Guilaume Quintin

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29.08.2021 à 11:38

Sondage : les Français soutiennent largement le programme de Mélenchon

Le Monde Moderne

Une majorité de Français est favorable aux principales mesures du candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle de 2002. C’est le résultat d’un sondage publié ce jeudi par l’institut Harris interactive.

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Texte intégral 740 mots

Une majorité de Français est favorable aux principales mesures du candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle de 2002. C’est le résultat d’un sondage publié ce jeudi par l’institut Harris interactive.

Réunis à Valence pour leurs universités d’été, les Insoumis ont ainsi communiqué sur ce sondage qui a testé une quarantaine de mesures du programme l’Avenir en commun : augmentation des retraites, SMIC monté à 1 400 euros net, réouverture des lits d’hôpitaux supprimés, relocalisations en France, passage au 100% d’énergies renouvelables, instauration d’une 6ème République… L’intégralité des mesures testées recueillent ainsi l’adhésion d’une large majorité de Français.

Un plébiscite, qui oblige les candidats écologistes et socialistes toujours inconnus à ce stade à se positionner vis-à-vis du leader des insoumis, toujours en tête de la gauche selon un autre sondage Harris Interactive, et repositionné ainsi au centre de la prochaine échéance présidentielle.

Pendant une conférence donnée à Valence, Jean-Daniel Lévy, directeur-délégué de l’institut Harris interactive, est même allé plus loin : “Si les Français votaient sur le programme, vous risqueriez de passer dès le premier tour !”, a-t-il lancé devant une foule de spectateurs insoumis ravis et plus nombreux que jamais à l’événement estival du mouvement de Mélenchon.

La stratégie de l’Union Populaire confortée

Surtout, ce sondage semble donner raison à Jean-Luc Mélenchon sur sa stratégie de l’Union Populaire, que le candidat insoumis a dévoilé en juillet dernier, et qui se résume par la volonté de rassembler les Français autour de combats et d’intérêts communs. Dépassant ainsi les étiquettes ou les considérations partisanes, le député des Bouches du Rhône aborde sa troisième campagne présidentielle avec la volonté de créer une véritable dynamique autour des aspirations sociales, écologiques et démocratiques des citoyens français.

Autre bonne nouvelle pour Jean-Luc Mélenchon : hier soir, la présidente de la région Réunion, Huguette Bello, lui a apporté son soutien pour l’élection présidentielle. Un soutien de poids, d’une figure de la gauche et du féminisme en France…  et une bonne nouvelle supplémentaire pour le chef de fil des insoumis.

La rédaction

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03.08.2021 à 17:40

Un vaccin contre le monde d’après version Macron

Alexis Poulin

Il devient urgent de contrer l’hystérie provoquée volontairement par les lois d’exceptions liberticides et non sanitaires. Ces lois dangereuses, qui préfigurent un pass citoyen à la mode chinoise, sont voulues par le gouvernement, perdu dans la crise du covid, mais habile pour instrumentaliser l’épidémie à des fins politiques. De président de la République, Emmanuel Macron […]

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Texte intégral 1983 mots

Il devient urgent de contrer l’hystérie provoquée volontairement par les lois d’exceptions liberticides et non sanitaires. Ces lois dangereuses, qui préfigurent un pass citoyen à la mode chinoise, sont voulues par le gouvernement, perdu dans la crise du covid, mais habile pour instrumentaliser l’épidémie à des fins politiques. De président de la République, Emmanuel Macron est devenu le VRP des laboratoires américains et allemands.

Emmanuel Macron a choisit l’affrontement permanent avec les Français. Depuis son élection par défaut en 2017, il gouverne avec une équipe réduite de personnalités mises en examen et de fidèles. Sans parti, LREM étant devenu un nuage, loin des réalités du terrain, son mode de gouvernement est la violence, il l’a affirmé lors des manifestations des gilets jaunes, et la négation du débat démocratique.

Mais chut, il ne faut pas dire que nous sommes en dictature. Parce que nous en sommes encore loin effectivement. Tout comme nous sommes dorénavant loin de la démocratie libérale. Nous sommes ailleurs, dans un entre-monde, le macronistan, sorte d’absurdistan autoritaire, dont le roi serait un enfant capricieux vieux de 80 ans.

Seul, Emmanuel Macron incarne et centralise tous les pouvoirs, jusqu’au ridicule. Le voilà qui répond aux questions des Français sur le vaccin, en t-shirt sur Tik-Tok, peu après s’être mis en scène avec deux Youtubeurs. Sa cible est toujours la même : son fan club, et les plus jeunes, plus poreux à la propagande et non encore armés pour décrypter les grosses ficelles du racolage politique.

Heureux, à Brégançon, bunkérisé pour l’été, le temps de forcer les Français à la vaccination Pfizer ou Moderna, en mettant au point l’inefficace et clivant pass sanitaire.

Evidemment il est arrivé à ses fins avec ses annonces du 12 juillet, dignes d’un film dystopique. Le peuple atomisé, divisé, vit dans la peur, la peur du virus et pire encore, la peur de l’autre, le non vacciné, celui qui a été désigné comme le bouc-émissaire de cette politique du pire, par un apprenti autocrate, qui ne rate aucune recette du livre de la soumission et de la manipulation.

Aidé par des médias de milliardaires et des instituts de sondage payés pour faire de « bons » sondages, Emmanuel Macron peut entretenir l’illusion d’être un leader responsable face à la crise sanitaire. Il n’en est rien. Sa gestion calamiteuse a couté la vie à plus de 112 000 Français. Son projet ? Assurer une liquidation de l’Etat social par une dette abyssale, qui enchainera le peuple Français aux politiques d’austérité de la troïka, devenue virtuelle, mais bien réelle.

There is no alternative

« Les vaccins sont la seule solution » est devenu le nouveau « there is no alternative » dans la bouche de ces néolibéraux autoritaires, dont le seul but et de finir le travail commandé : réformes structurelles pour liquider les retraites et la république sociale, réformes pour financiariser tous les secteurs de la vie, de l’enseignement à la dépendance. Emmanuel Macron et son gouvernement piaffent d’impatience pour reprendre un bras de fer avec les partenaires sociaux dès la rentrée, en jouant sur le chantage à la dette covid et le sacrifice nécessaire « pour le bien du pays ».

L’horreur néolibérale est au bout du QR code (procédé inventé au Japon pour tracer les pièces détachées automobiles dans les années 90). Après lui, peu importe qui sera élu à la tête du pays, les marchés et les fonds réclameront le prix du sang pour assurer les profits et l’asservissement du pays, autrefois connu comme celui de la déclaration des droits de l’Homme.

Las, la mobilisation populaire contre le pass sanitaire, exceptionnelle, au cœur de l’été, montre une chose : le peuple, celui qui défile, celui qui gueule dans son coin, celui qui n’a pas sa place sur les plateaux des chaines d’infos en continu, le peuple n’en peut plus de l’enfant prodige des Fonds d’investissement et de sa politique de la violence.

Mais c’est un rouleau compresseur efficace. Nombreux sont les résignés, les dépressifs, les perdus, ceux qui pensent que c’est déjà trop tard, ceux qui pensent que le progrès, après tout, c’est bien de bosser jusqu’à la mort et de s’endetter à vie pour payer les études de leurs enfants. Le peuple, fracturé, divisé, rincé. C’était sans doute le projet.

Entre un peuple caricaturé, flatté par les politiciens opportunistes, moqué par les tenants du pouvoir, et une majorité silencieuse de résignés, capables de penser que l’avenir souhaitable pour leurs enfants serait une version made in Macron du Chili de Duque et Pinochet, la voie vers les futurs souhaitables semble bien fragile.

Evidemment, une idiotie inutile comme le pass sanitaire trouve des échos positifs chez les dominants et les médias de cour. La faillite est totale.

Inutile de faire des parallèles historiques douteux, l’histoire ni ne se répète, ni ne bégaie, mais les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Les causes ? Un virus, peut être créé par le génie humain dans sa volonté de toute puissance. Et puis ? La peur, une peur panique, une peur qui rend fou, une peur qui permet de créer d’abord un ennemi microscopique, puis de diviser toujours plus des populations mal informées, inquiètes et maintenues dans la peur. Comme l’a avoué sans le vouloir le Préfet de Guadeloupe, avant une allocution télévisée, « il faut prendre un ton grave et catastrophique » pour parler du virus.

Les effets ? Le miracle de la science. La foi en ce même génie humain. En quelques mois, grâce aux milliards d’argent public et aux autorisations express, les labos ont produit le produit miracle, le vaccin. Une guerre géopolitique du vaccin a débuté, entre corporations, lobbies et cabinets de conseil, et puis est venu le temps des contrats, signés à la va-vite, une seringue sur la tempe ! Il fallait ces précieux vaccins, le plus vite possible, pour relancer l’économie d’avant le plus vite possible !

Les labos étaient aux anges, leurs sérums en phase de tests faisaient des miracles, puis les variants du virus ont changé un peu la donne. Peu importe, c’est la loi de l’offre et de la demande, et les labos mènent la danse et donc choisissent les prix. La défaite du politique est totale : notre président qui pousse via des mesures anticonstitutionnelles à la vaccination de tous les Français dès 12 ans, se bat avec la même hargne contre le passage dans le domaine public des brevets vaccinaux.

La logique de ces fous du marché est d’acheter des doses à prix d’or aux labos et de les distribuer aux pays les plus pauvres. Radical. Imaginer un instant que la santé soit un bien commun de l’humanité, ce serait déjà un pas de trop vers le « Venezuelllaaaaaa », modèle fantasmé et honnis par les « progressistes ».

Les profits plutôt que les soins

De politique publique, nous n’aurons aucune, de pole public du médicament, nous n’aurons point, d’un plan de sauvetage des urgences et des soins, rien. Nous aurons droits aux carnets de commande initiés par les cabinets de conseil qui désormais président à nos destinées. Devant une telle indigence, une telle inutilité de l’échelon politique, il est aisé de comprendre pourquoi les citoyens n’utilisent plus vraiment leur droit de vote.

Hélas, quand nous serons tous en possession d’un précieux QR Code de classement citoyen, il sera trop tard pour aller manifester, le droit de manifestation sera lui aussi un souvenir effacé.

La politique de la vaccination n’a qu’un but : relancer l’économie « vite et fort » et peu importe si cette arme utile contre le covid ne suffit pas, dans la tête des fous du marché, c’est la seule solution de court terme possible, aux meilleurs prix offerts par le marché.

Cette incapacité à penser le long terme peut se comprendre en temps de crise, mais elle est amplifiée par la doxa du profit de court terme. Tout est pensé sous l’angle économique, les humains sont des rouages d’une machine économique dont le seul but est la croissance du profit (et sa captation par une caste de plus en plus radicalisée). Or la société n’est pas une « supply-chain », ni une usine à ciel ouvert. Peu importe les rêves antidémocratiques qui poussent dans les cerveaux étroits des néo-managers, la société, c’est d’abord la solidarité, la culture commune, le récit qu’on se fait de nos vies entrelacées. Quand lors du premier confinement, certains se prenaient à rêver le monde d’après, ils rêvaient d’un monde post-capitaliste de solidarité et de retour à l’humain. C’était sans compter sur les plans transhumanistes du Dr Klaus Schwab et des milliardaires, heureux de s’enrichir comme jamais dans l’histoire de l’humanité.

Pourquoi n’y a-t-il aucun débat possible sur les vaccins ?

Le vaccin est un choix personnel, c’est un produit à l’efficacité certaine mais non sans effets secondaires. Tout débat sur la vaccination est devenu inaudible. Et pourtant, peut-on avoir confiance en Pfizer, compte tenu du passé juridique lourd de cette entreprise ? Peut-on avoir confiance, quand et les labos et les pouvoirs publics organisent leur irresponsabilité pénale en cas de problème ? Peut-on avoir confiance en Moderna qui utilise de nombreux paradis fiscaux pour maximiser ses profits faramineux ? Concernant le gouvernement Macron, la réponse est évidente : nous savons déjà que nous ne pouvons avoir aucune confiance, tant les mensonges furent nombreux et répétés.

Alors, pour garder la tête froide, et une certaine logique, pourquoi ne pas demander des brevets publics, un encadrement légal, une de production pour toute la planète, avant de foncer dans un cauchemar issu des cabinets de conseil, dont les clients sont les labos, les multinationales et les gouvernements, parfois corrompus ? Pourquoi le secret des affaires est-il supérieur à l’intérêt général?

Pour éviter l’hystérie, il suffit d’argumenter. Pas de brûler des vaccinodromes ou des pharmacies, la colère, comme la peur, peuvent faire perdre la raison.

Et si l’argument ne suffit pas, alors un refus collectif du monde d’après, pensé par McKinsey et leurs amis passera sans doute par une grêve générale. Un monde sans humains, comme le rêve Klaus Schwab, un monde déserté, leur monde vide.

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22.07.2021 à 13:20

Nous ne sommes ni PRO ni ANTI VACCIN, mais pour le respect des libertés

Le Monde Moderne

Une centaine d’avocats ont souhaité réagir à l’annonce de la création d’un pass sanitaire et ont rédigé cette tribune, que nous publions ce jour sur Le Monde Moderne. À l’heure où l’urgence sanitaire est plus que jamais d’actualité et qu’il apparait plus que nécessaire  d’y apporter des solutions concrètes et efficaces, le gouvernement souhaite tendre […]

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Texte intégral 1765 mots

Une centaine d’avocats ont souhaité réagir à l’annonce de la création d’un pass sanitaire et ont rédigé cette tribune, que nous publions ce jour sur Le Monde Moderne.

À l’heure où l’urgence sanitaire est plus que jamais d’actualité et qu’il apparait plus que nécessaire  d’y apporter des solutions concrètes et efficaces, le gouvernement souhaite tendre à une  généralisation de la vaccination auprès de tous les Français1 et pour y parvenir a annoncé de :  

– rendre obligatoire le vaccin pour les professionnels en contact avec des personnes  vulnérables ;  

– obtenir la vaccination généralisée de la population par l’extension du PASS SANITAIRE à  plusieurs lieux accueillant du public (etc). 

Toutefois, cela ne peut se faire au détriment du respect de nos droits les plus fondamentaux que  sont, notamment, le droit au respect de la vie privée et familiale2, le droit à l’intégrité physique et  au principe d’inviolabilité du corps humain3, la liberté de conscience, la liberté d’aller-et-venir, le principe de non-discrimination entre les personnes, le droit au secret médical. 

En amont, il convient de connaître le réel statut juridique du vaccin COVID-19. 

Compte tenu de l’urgence sanitaire, ces vaccins bénéficient d’une Autorisation de Mise sur le  Marché (AMM) Conditionnelle renouvelable chaque année avec obligation pour les laboratoires de  produire des données complémentaires.  

En effet, le vaccin n’étant pas un produit de santé comme les autres et puisqu’il reste un  médicament soumis à un encadrement juridique strict4, il doit répondre à une exigence de sécurité qui passe par une surveillance à court mais aussi à long terme5, ainsi que par une évaluation régulière  des effets indésirables au regard des bénéfices attendus6.  

Ce n’est qu’une fois que le niveau de sécurité du vaccin, au regard de la balance bénéfice/risque sur  le court et sur long terme est obtenu, que l’AMM dite standard est délivrée.  

Or, concernant les vaccins COVID-19 « les données à long terme sur l’efficacité et la sécurité  n’étant pas disponible »7, la Commission Européenne n’a délivré que des AMM conditionnelles.  

C’est pourquoi et dans la mesure où la pharmacovigilance de ces vaccins aujourd’hui, ne permet  pas de s’assurer de la sécurité des vaccins sur le long terme, plus que jamais chacun devrait rester  LIBRE de consentir ou non de se faire vacciner. Le rendre obligatoire est par conséquent INCONCEVABLE. 

A ce titre, concernant l’obligation de recueillir le consentement de tout usager du système de santé,  notre corpus juridique bénéficie d’un socle solide passant du Code de Nuremberg à la Résolution  2361 (2021) adoptée le 27 janvier 2021 par l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe8.  

1 Site du gouvernement : https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus ; 

2 Article 8 CEDH ; 

3 Article 16-1 code civil ; 

4 L.5111-1 du Code de la santé publique et suivants ; 

5 Notamment sous la tutelle de l’ANSM au niveau national ; 

6 Dite : balance bénéfice/risque ; 

7 Site ANSM : https://ansm.sante.fr/dossiers-thematiques/covid-19-vaccins/covid-19-vaccins-autorises ;

8 Code de Nuremberg, loi bioéthique du 30 juillet 1994, article L521-1 du Code de justice administrative, article 35 du  Code de déontologie médicale, article 16-1 du Code civil et article L1111-4 du Code de la santé publique et  https://pace.coe.int/fr/files/29004/html ; 

À titre d’exemple, la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système  de santé, prévoit que le consentement à tout acte médical doit être libre et éclairé. 

➢ Libre, cela signifie que la personne doit manifester sa volonté à l’acte médical et  donc son accord non équivoque à l’atteinte à l’intégrité de son corps et cela sans  contrainte ni pression. 

➢ Éclairé, cela signifie d’avoir au préalable reçu une information loyale, claire,  appropriée, complète9et cela quel que soit le contexte d’urgence10, notamment sur  le fait que les données sur le long terme ne sont pas disponibles, sur les risques  fréquents ou graves normalement prévisibles en l’état des connaissances  scientifiques et des conséquences que ceux-ci pourraient entraîner. 

Aussi, rappelons que si seul le législateur peut rendre une vaccination obligatoire11, c’est à la double  condition que la maladie soit particulièrement bien connue par la médecine12 et comme le rappelle  le Conseil d’État que l’ingérence de la vaccination obligatoire dans les libertés individuelles se fasse  moyennant un contrôle de proportionnalité prenant acte de l’efficacité certaine des vaccins en  cause, au regard du caractère limité de leurs effets indésirables13, ce qui n’est pas le cas en l’espèce.  

Par ailleurs, obliger la présentation du PASS SANITAIRE, pour l’accès à de nombreuses activités de la vie quotidienne (notamment, se rendre à l’hôpital, dans un centre commercial pour faire ses  courses, à un spectacle ou au restaurant) c’est : 

– nous obliger à divulguer notre statut vaccinal et donc violer notre droit au secret médical ; 

– introduire de violentes discriminations entre vacciné.e.s et non vacciné.e.s, volontaires ou  non. Puisque ne l’oublions pas, certaines personnes ne peuvent pas ou n’ont pas le droit,  et cela pour de nombreuses raisons, de se faire vacciner ; 

– porter atteinte à la liberté de circulation ; 

– augmenter la fracture économique et sociale à l’égard des plus démunis.  

C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que, le 21 janvier dernier, l’Assemblée Parlementaire du  Conseil de l’Europe a demandé instamment aux États membres et à l’Union européenne « de  s’assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n’est pas obligatoire et que personne ne subit  de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s’il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement » et « de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques  potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner ». 

Ainsi, pour tous ces motifs, nous ne pouvons pas accepter ce chantage déguisé du président de la  République justifié, à tort, par sa volonté de faire primer la protection de la santé collective au  détriment, en l’état des connaissances scientifiques, de la protection certaine de l’individu et de bon  nombre de nos libertés individuelles et collectives. 

9 L.1111-2 du Code de la santé publique ; 

10 CCNE avis du 21 décembre 2020 ; 

11 QPC n°458 du 20 mars 2015 ; 

12 CEDH 2 mars 2021 ; 

13 CE 6 mai 2019 n°419242.

AVOCATS SIGNATAIRES  

-Besma MAGHREBI Barreaux de PARIS et MARSEILLE,

-Stéphane MAUGENDRE Barreau de BOBIGNY, 

-Marine ROGE Barreau de PARIS, 

-Samir KAHOUL Barreau du VAL DE MARNE, 

-Flavie De MEERLEER Barreau de TOULOUSE, 

-Hadjar KHRIS-FERTIKH Barreau de PARIS,  

-Mélody OLIBE Barreau de PARIS, 

-Christine CLAUDE-MAYSONNADE Barreau de TARBES,

-Shirley DEROO Barreau de PARIS, 

-Agnès ASCENSIO Barreau de PARIS, 

-Helena BONDO Barreau des HAUTS-DE-SEINE, 

-Karine SHEBABO Barreau de PARIS, 

-Sophie MAZAS Barreau de MONTPELLIER, 

-Loreleï VITSE Barreau de DUNKERQUE, 

-Agnès TEISSEDRE du barreau de PARIS, 

-Julie MAIRE Barreau de PARIS, 

-Anaïs GALLANTI Barreau de PARIS, 

-Anne MILEO Barreau de PARIS, 

-Sarah SCALBERT Barreau de PARIS, 

-Anne LASSALLE du barreau de BOBIGNY, 

-Alima BOUMEDIENE THIÉRY Barreau du VAL D’OISE,

-Hicham ABDELMOUMEN Barreau de PARIS, 

-Marianne PIEROT Barreau de PARIS, 

-Marie Noëlle SPINELLA Barreau de PARIS, 

-Michael NEUMAN Barreau de PARIS, 

-Nadine REY Barreau de PARIS, 

-Sabrina BOUAOU Barreau de l’ESSONNE, 

-David LIBESKIND Barreau de PARIS, 

-Anna CHERIF HAUTECOEUR Barreau de PARIS, 

-Laura ROUSSEAU Barreau de PARIS,  

-Armide REY-QUESNEL Barreau de DUNKERQUE, 

-Corinna KERFANT Barreau de VERSAILLES, 

-Arnaud LIBAUDE Barreau de BOBIGNY, 

-Maria del pilar motote ARCE Barreau de PARIS,  

-Audrey AVRAMO-LECHAT Barreau de PARIS 

-Cynthia BYRAM Barreau de PARIS,  

-Sabrina ABDENNOUR Barreau des HAUTS-DE-SEINE,

-Laure LAYDEVANT barreau d’AIX EN PROVENCE 

-Lauriane BUNOMANO Barreau d’AIX EN PROVENCE

-Aline BRIOT Barreau de CHAMBERY,  

-Jean-Marc ANDRE ANCIEN BATONNIER Barreau de VERSAILLES, 

-Stéphanie TOURE-JENNI Barreau de BOBIGNY, 

-Valérie LEPAGE-ROUSSEL Barreau de PARIS, 

-Nathalie WOROCH Barreau BETHUNE, 

-Séverine MANNA Barreau de PARIS, 

-Fabien GRECH Barreau de NICE, 

-Sandra MACKAYA Barreau de MARSEILLE, 

-Stéphane SCHONER Barreau de BETHUNE,  

-Hugo BOUILLET Barreau de TOULOUSE, 

-Camille DIRE Barreau de NICE,  

-Pierre ROUANET Barreau de PARIS, 

-Mehdi BOUZAIDA Barreau de PARIS,  

-Dominique GANTELME Barreau de PARIS, 

-Norbert GRADSZTEJN Barreau de PARIS, 

-Hakima SLIMANE Barreau de PARIS,  

-Marine GRINSZTAJN Barreau de PARIS, 

-Sophia ALBERT-SALMERON Barreau d’AVIGNON.

(Liste non définitive)

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19.07.2021 à 17:04

« La France de Macron crie sur tous les toits que l’évasion fiscale est un scandale mais joue un rôle absolument double auprès du Conseil »

Léo Thiery

Le 1er Juin dernier, un accord multilatéral relatif à la transparence fiscale des multinationales était signé du côté des instances européennes. Jugées historique par la presse mainstream et la quasi-totalité du spectre politique, ces mesures sonnent en réalité comme un coup d’épée dans l’eau et un rendez-vous manqué avec l’Histoire pour les ONG et une […]

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Texte intégral 5521 mots

Le 1er Juin dernier, un accord multilatéral relatif à la transparence fiscale des multinationales était signé du côté des instances européennes. Jugées historique par la presse mainstream et la quasi-totalité du spectre politique, ces mesures sonnent en réalité comme un coup d’épée dans l’eau et un rendez-vous manqué avec l’Histoire pour les ONG et une part des élus de gauche. Manon Aubry – qui lutte et travaille sur les questions d’inégalités et de justice fiscale depuis désormais plus de 10 ans, anciennement chez Oxfam France et désormais depuis son siège de députée européenne LFI – s’est livrée pour Le Monde Moderne sur l’inconsistance de cet accord, l’opacité des négociations au sein de des arènes de l’UE et le rôle plus que trouble de l’État français qui, une nouvelle fois, s’est fait le porte-voix des lobbys patronaux lors des débats.

Entretien écrit et réalisé par Léo Thiery, le 11 Juin 2021

Le cœur du malaise c’est que jusqu’ici, ni vous eurodéputée, ni le fisc, ni la justice, ni les ONG, ni aucune autre institution de ce pays, ne peuvent observer un droit de regard sur la fiscalité des géants économiques comme ceux du CAC 40. C’est le black out complet concernant les profits engrangés et les revenus imposables par l’État sur ces entreprises.

Depuis peu, l’administration fiscale, et par extension Bruno Le Maire, peuvent en réalité avoir un droit de regard sur ces chiffres, puisque les informations fiscales de ces entreprises sont maintenant échangées entre les pays. Cependant, ces informations restent une énorme boîte noire, puisqu’elles ne sont pas publiques ce qui veut dire que nous, citoyens, moi eurodéputée, vous journaliste, en bref le grand public ne peut exercer son droit de regard et son droit de pression citoyenne pour que ces entreprises rendent des comptes et payent leur juste part d’impôt. Aujourd’hui, les seuls chiffres qui sortent sont des fuites et font scandale. Récemment c’était une filiale de Microsoft qui a enregistré 315 Milliards d’euros de bénéfices en Irlande mais mais n’a payé aucun euro d’impôt et le tout sans un seul employé enregistré sur le sol irlandais. En réalité, nous avons eu accès à ces chiffres seulement parce qu’il y a eu des fuites, mais aujourd’hui on n’a pas cette image systématique qui nous permettrait de mettre au jour les montages d’évasion fiscale des multinationales.

Pour lutter contre l’opacité de ce système, il y a un outil qui est présenté et mis sur la table depuis une dizaine d’années, déjà en vue de contraindre les entreprises à la transparence, c’est ce qu’on appelle le Reporting pays par pays public.

Sans être trop technique, comment fonctionne le reporting et en quoi cet outil peut-il contraindre les entreprises à adopter de meilleures pratiques fiscales dans les pays où ils engrangent des bénéfices ?

Le principe est assez simple, c’est de demander aux entreprises de publier des informations sur leurs activités pays par pays : leurs bénéfices, leur chiffre d’affaires, leur nombre d’employés… dans le but de connaître leur activité dans chacun des pays et ainsi de déterminer la part d’impôt qui est due. C’est grâce à cet outil que nous pourrons vérifier l’adéquation entre ce qu’une entreprise a payé comme impôt et l’activité qu’elle a. Cela permettrait par exemple de porter au su et au vu de tous, le fait que des grandes entreprises comme Amazon vont avoir une vraie activité en France mais en réalité une part d’impôt payée, ridicule, comparée aux bénéfices réels engrangés par l’entreprise sur le sol français. C’est une forme de droit de regard publique, indispensable quand on pense que ça fait des décennies que ces multinationales se jouent des règles fiscales et s’arrangent pour payer quasiment 0€ d’impôts. La conséquence de tout ça c’est qu’à la fin c’est nous contribuables qui payons la facture. 

Parce que, qu’est ce qui se passe quand une entreprise ne paye pas sa juste part d’impôt ? D’une part, vous avez des recettes en baisse dans les caisses de l’État et donc derrière ce sont des coupes dans les services publiques comme on a pu le voir ces dernières années par exemple dans les hôpitaux. D’autre part, ces pertes fiscales sont aussi en partie compensées par une augmentation des impôts injustes pour la majorité des Français avec la TVA ou la CSG majoritairement payés par les plus précaires. 

Par le passé, des prises de position multilatérales au sein de l’Union européenne ont permis de mettre en place des mesures solides, s’attaquant notamment au secret bancaire. Des outils qui vous avaient d’ailleurs permis de publier dans le cadre d’un rapport Oxfam France des chiffres très intéressants, sur la part de bénéfices enregistrés par les grandes banques européennes dans les paradis fiscaux – plus d’un quart chaque année. 

Ces avancées sont-elles encourageantes pour la suite selon vous ?

Oui, cette transparence fiscale existe déjà dans le secteur bancaire depuis une directive européenne qui date de 2015. Cet outil a largement prouvé l’utilité de ces données, puisque ça nous a par exemple permis d’observer que les grandes banques enregistrent plus d’un quart de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux tout en embauchant sur place seulement 8% de leurs employés. On a pu prouver que les banques françaises comme la BNP Paribas enregistrait plus de 300 millions de bénéfices dans les îles Caïmans, avec évidemment 0 impôt payé. Donc on a pu démontrer l’utilité concrète de cet outil tout en voyant bien que ça n’a pas pour autant précipité la chute irréversible du secteur bancaire, bien au contraire. La question est donc simple, si on peut le faire pour les banques, il n’y a aucune raison de ne pas pouvoir le faire pour les autres grandes entreprises. 

Le dossier de la transparence en politique ne date pas d’aujourd’hui et avant d’en débattre de nouveau à l’échelle de l’UE, le dossier est déjà passé plusieurs fois entre les mains des parlementaires français. Si on s’intéresse au phénomène de l’évasion fiscale dans son ensemble, on se dit que la transparence fiscale des multinationales n’est qu’un premier pas vers une intervention efficace et coordonnée des états membres à l’encontre de ce système, pourtant ça fait plus de 8 ans que ce dossier bloque et est malmené dans ce qui prend des allures de chemin de croix législatif. 

Comment l’expliquer ?

Vous avez raison. Pour tout vous dire, quand je suis arrivée à Oxfam en 2014, la transparence était mon tout premier dossier. Ce qui est assez symbolique, c’est que quand on m’a briefée sur le poste que j’allais prendre, une collègue m’a dit « le reporting par pays publique vraiment c’est la mesure prioritaire, qu’on peut remporter dans les prochaines années », c’était déjà à ce moment là, le sujet le plus important. Nous sommes maintenant en 2021 et ça fait 8 années que nous en sommes toujours à batailler pour gagner une véritable transparence fiscale des multinationales alors que comme vous le disiez, ce n’est que le premier pas. Parce que ces mesures de transparence ne changent absolument rien aux sanctions, aux  règles dans les paradis fiscaux et pour finir rien non plus sur comment changer en profondeur ce système fiscal, c’est juste donner à voir. Malheureusement, je me dis que si on met autant de temps, c’est-à-dire presque 10 ans pour ne même pas donner à voir les montages fiscaux des grandes entreprises, vous imaginez le temps qu’il faudra pour mettre un terme à l’évasion fiscale des multinationales. Les actionnaires de ces grands groupes peuvent continuer à se frotter les mains en toute impunité. 

Quand le conseil constitutionnel censure en 2016 l’article sur la transparence fiscale des grandes entreprises dans le cadre de la loi Sapin 2 sous Hollande, les Sages invoquent une atteinte manifeste à la liberté d’entreprendre. Pourtant selon sa propre jurisprudence, cette liberté peut-être revue si l’intérêt collectif l’exige. 

Une décision faussement juridique selon vous ?

C’est clairement ça. Pour faire un peu d’Histoire, et c’est ça qui est important d’avoir en tête, on avait beaucoup bataillé pour cette mesure dans le cadre des projets de loi finance. À l’époque, d’ailleurs, ça avait fait scandale car la mesure avait été préalablement adoptée une première fois avant une seconde délibération forcée en pleine nuit qui a conduit à l’abandon pur et simple des amendements dans le texte définitif. C’est vous dire à quel point les forces réactionnaires étaient mobilisées, y compris dans le camp de F. Hollande, pour bloquer cette mesure, avec à l’époque un certain Emmanuel Macron qui officiait à Bercy. Ensuite, on s’était en effet battu dans le cadre de la loi Sapin 2 en effet, on avait réussi à faire adopter une mesure qui n’était pas parfaite mais qui mettait au moins la France en position de pionnier en la matière à l’échelle européenne. Ensuite, les lobbys, le MEDEF et l’AFEP ayant perdu la bataille démocratique et parlementaire, on a alors engagé la bataille juridique dans l’océan d’opacité qu’est le Conseil Constitutionnel. Ce sont eux qui ont défendu l’incompatibilité du reporting pays par pays public, avec la liberté d’entreprendre et ce, alors même que le principe de lutte contre l’évasion fiscale avait été protégé dans la jurisprudence du Conseil Constitutionnel et considéré comme supérieur. C’était donc clairement un énorme retour en arrière sur le plan de la jurisprudence du CC qui peut s’avérer très dangereux car ça veut dire que l’argument de la sacro-sainte liberté d’entreprendre pourrait être ressorti à toutes les sauces plus tard sur les questions de mesures anti-évasion fiscale. C’était également un énorme retour en arrière démocratique parce que  ces mesures avaient été votées préalablement par les députés suite à une forte attente citoyenne. C’est donc un scandale qui a complètement brisé la dynamique dans laquelle nous étions à l’époque et le fruit d’années de luttes.

Vous aviez également mené la bataille sur le front européen depuis votre poste chez Oxfam. Petite victoire à l’époque avec en première lecture l’adoption d’un texte comprenant une mesure relative à la transparence fiscale des multinationales. C’était en 2017, ensuite le dossier a été bloqué pendant presque 5 ans par le conseil des États-membres. Quand on n’est pas spécialiste des rouages politiques européens, on a un peu de mal à comprendre. 

Comment un tel sujet a-t-il pu être purement et simplement retiré des débats si longtemps sur la seule volonté de quelques représentants du personnel bureaucratique européen ?

Parce que le conseil a énormément de pouvoir, comparé au parlement. Quand on a réussi à faire voter la mesure au parlement européen en 2017, j’étais à l’extérieur du bâtiment le jour du vote car nous avions mené une action pour mettre la pression sur les députés. À l’époque, on pensait naïvement que le dossier allait aller très vite mais ce qui s’est passé au Conseil, c’est qu’il y a eu une bataille sur la base juridique du dossier. Le débat consistait à déterminer si c’était un dossier de nature fiscale et qui donc nécessitait l’unanimité des États-membres (ce qui est quasiment impossible quand on connaît la position de certains États sur la transparence), ou bien un dossier de droit des affaires et donc à ce moment-là, il suffisait de la majorité qualifiée. Finalement au bout de cinq ans, c’est la présidence portugaise du Conseil qui a remis le sujet sur la table en réunissant une majorité qualifiée autour, mais il ne faut quand même pas oublier les abonnés absents durant toutes ces années de bataille et notamment la France. La France de Macron qui crie sur tous les toits que l’évasion fiscale est un scandale mais qui a joué un rôle absolument double auprès du Conseil, en ne faisant jamais rien pour débloquer le dossier et le remettre au goût du jour, tout au contraire en essayant même sur la dernière ligne droite de le tuer. 

La réouverture de ce dossier a laissé place aux fameuses négociations en trilogue entre la commission, le conseil et le parlement européen, pour tenter d’arriver à un accord commun sur cette directive. Vous avez alors ironisé sur les réseaux sociaux en vous étonnant qu’un projet de loi relatif à la notion de transparence soit discuté et débattu dans de telles conditions d’opacité. 

Le schéma de fonctionnement finalement peu démocratique des instances européennes préjuge t-il de l’orientation idéologique de ses directives ? 

C’est sûr que quand vous n’avez aucun compte à rendre sur la manière dont vous menez ces négociations, vous êtes plus prompts à affaiblir les textes puisque personne ne pourra vous tenir pour responsable, ni ne peut faire pression sur vous. Pour la jeune eurodéputée que je suis, c’était surréaliste et j’ai eu cet instinct citoyen de me dire : « Non mais attends, on est en train de négocier un texte sur la transparence fiscale des multinationales et ces mêmes négociations se déroulent à huis clos sans que personne n’ait à rendre de compte ? ». Dans ces négociations à huis clos, il y avait les représentants du Parlement européen, qui ont pour les plus grands groupes de députés, accédé sans sourciller aux requêtes du Conseil qui consistait à affaiblir et vider progressivement le texte de sa substance. 

Finalement le mardi 1er Juin, un accord – jugé historique par la presse industrielle – est trouvé à Bruxelles sur le reporting pays par pays. L’UE annonce aussitôt à l’AFP vouloir en faire le fer de lance de la lutte contre l’évasion fiscale en Europe. Attac et d’autres ONG dénoncent alors une mesure inutile et un rendez-vous raté avec l’Histoire. 

De votre côté vous parlez d’un accord au rabais, qui n’est pas à la hauteur de la tâche qui reste à accomplir. 

Au niveau du contenu avant d’évoquer le rôle du MEDEF, photographie incomplète, clause de sauvegarde de 5 ans… Qu’est ce qui pose problème ?

Pour bien comprendre l’objectif de la mesure c’est d’avoir toutes les informations sur l’activité des entreprises multinationales, pour tous les pays où elles sont présentes. Si on n’a pas cette photographie complète alors on n’est pas capable de détecter les flux artificiels de bénéfices et les montages d’évasion fiscale. Ce qui s’est passé en réalité, c’est que l’accord a abouti à une photographie complètement tronquée puisque ne sont concernés que 20% des États dans le monde, à savoir les pays membres de l’UE et les pays de la liste noire des paradis fiscaux (liste elle-même hautement ridicule au niveau européen, puisqu’elle ne comporte que 12 États et exclue des paradis fiscaux notoires comme la Suisse, les Îles Caïmans, Singapour, Jersey, Guernesey, les Bermudes…ndlr). Finalement, nous avons donc une transparence partielle qui exclut 80% des États dans le monde. Ensuite on a vu s’ajouter au texte, ce qu’on appelle une clause de sauvegarde de 5 années qui permet aux entreprises de se soustraire à la loi, même une fois celle-ci passée et ce pour une durée de cinq années. Donc de deux choses l’une, nous aurons donc avec cette mesure des informations très partielles et très tardives à la fois. Ce n’est certainement pas ce que j’appelle un outil efficace pour lutter contre l’évasion fiscale et il y aura encore tellement de moyens et d’endroits pour les entreprises où cacher leurs actifs, que globalement, elles n’ont pas trop à s’inquiéter avec un tel texte. 

On y vient, le sujet le plus brûlant de cet accord, celui qui commence à faire énormément parler, c’est bien le compte rendu de l’avis français sur ce projet de loi européen lors des négociations. En effet, selon un article de nos confrères de Contexte confirmant plusieurs rumeurs préalables, la position de la France sur cette directive aurait été tout simplement co-rédigée par le MEDEF – évidemment hostile au reporting par pays. Cet article révèle, preuves à l’appui, que des passages entiers de l’avis français sur cette directive étaient littéralement copiés collés sur des notes transmises en interne par le syndicat des patrons, alors juge et partie dans cette affaire. Un véritable scandale pour les ONG engagées sur le sujet qui ont immédiatement réagi à travers un communiqué cinglant intitulé “la France se fait le porte parole du MEDEF”. 

Le gouvernement joue-t-il un double jeu dangereux depuis le départ dans ces négociations ? 

Je le crois, et c’est la terrible preuve du double rôle qu’a joué la France et le ministère de l’économie et des finances dans ces négociations. On peut même finir par se demander si Bercy n’a pas directement fusionné avec le MEDEF dans ces conditions. Quand vous avez un État qui copie colle sa position sur celle du principal lobby patronal, qui n’a strictement aucun intérêt à ce que la transparence fiscale se mette en place, alors c’est un problème et un scandale démocratique majeur. Si nous n’avions pas eu accès à ce document, nous n’aurions sans doute jamais pu le prouver alors qu’on savait bien depuis le début que la France freinait des quatre fers dans les négociations. Pour moi, qui depuis le début ai travaillé sur ce texte, ce n’est même pas une surprise car il y a un écart gigantesque entre ce que dit la France dans la sphère publique et médiatique et ce qu’elle fait dans les négociations européennes. D’ailleurs c’est assez commun pour la France, elle le fait sur cette question mais elle le fait également sur le taux minimum d’imposition des entreprises et sur tellement d’autres questions que finalement on est habitué à ce que la France dise des choses en publique et fasse tout l’inverse en privé, sous l’influence des lobbys qui vraisemblablement, ont pris le pouvoir à la place du gouvernement. 

Contraint de réagir suite aux révélations de ces fameuses lignes rouges rédigées par le MEDEF dans l’avis de la France, Bercy a adopté une ligne de défense lunaire : le ministère de l’économie reconnaît avoir utilisé “un document créé au départ par le MEDEF”, mais n’y voit pas de problème car celui-ci a été « profondément remanié par le ministère ». 

La collusion décomplexée voire assumée, qui règne entre le gouvernement français et le syndicat des patrons du CAC 40 dans cette affaire interroge. 

Est-ce le symptôme d’un système politique obéissant de plus en plus aux logiques de marché des grands groupes et de leurs agents d’influence ?

D’abord un mot sur la réponse du gouvernement : ce qu’ils disent est proprement faux, puisque si on regarde les lignes rouges du conseil des États-membres à la fin des négociations, elles rejoignent en tout point celles du MEDEF. Si vous prenez le document de positionnement du MEDEF, l’avis de la France et le texte final, les mêmes lignes rouges sont reprises systématiquement. Elles sont reprises pour le nombre de pays concernés, sur la clause de sauvegarde, les informations incluses… Bref, le MEDEF a eu gain de cause sur toute la ligne et si ce n’est pas la France qui a porté sa position, alors qui d’autre ? Personne ne peut croire le gouvernement là-dessus, d’une part. 

Ensuite pour répondre à votre question, de façon plus générale, vous savez, j’ai expérimenté tellement de fois l’échec des batailles qu’on a menées – que ce soit à Oxfam ou bien maintenant à Bruxelles – parce que du début à la fin, ce sont toujours les intérêts des multinationales qui priment sur l’intérêt collectif et les biens communs. Oui je pense qu’on a un problème démocratique plus large : qui fait la loi aujourd’hui en France et en Europe ? Est-ce les citoyens, ce qui est le sens même de la démocratie, ou est-ce que ce sont les grandes multinationales qui visiblement ont pris le pouvoir à notre place ?

Le phénomène du lobbying est tout sauf nouveau, on comptait d’ailleurs déjà 260 agents lobbyistes sur la place de Washington en 1946. Seulement voilà, le petit problème, c’est qu’entre temps ils se sont un peu multipliés de partout. En 2019, l’ONG International Transparancy recensait, rien qu’à Bruxelles, pas moins de 37 300 agents impliqués dans des activités de lobbying pour tenter d’avoir une influence auprès des décideurs et fonctionnaires de l’UE (source : International Transparency / Le Monde). 

Vous qui aviez un œil avisé sur les questions de lobbying et de corruption bien avant votre entrée au Parlement européen, est-ce que vous avez ressenti cette main mise et cette contamination des lobbys au sein des murs lors de votre arrivée ?

Oui et d’ailleurs je m’en amuse dans une petite émission dans laquelle je rends compte de l’actualité du Parlement européen, on y a intégré un espace intitulé « le coin des lobbys », dans lequel je fais une sélection des meilleurs courriers que je reçois. En réalité, sur TOUS les sujets, vous trouvez des lobbyistes hyper-actifs qui tentent d’influencer les votes des parlementaires et ce n’est pas pour rien que Bruxelles est la deuxième place forte des lobbys dans le monde derrière Washington. Ils ne s’y trompent pas car Bruxelles est l’échelon européen décidant de points très importants, dans la régulation de nos vies, même si on ne s’en aperçoit pas forcément. On tente évidemment d’incarner un contre-lobby citoyen au parlement mais nous sommes bien seuls. Quand je vois à quel point, quotidiennement, on peut retrouver des affaires de collusion, avec parfois des rapporteurs du parlement sur certains textes qui sont en même temps impliqués dans des entreprises concernées par les directives européennes, je suis consternée. Mais aussi par exemple quand la commission européenne donne à BlackRock le soin de formuler des critères environnementaux pour la finance durable alors que BR est le premier bénéficiaire de ce type de dispositifs… Bref des conflits d’intérêts du matin au soir, parsemés d’influences des lobbys qui font qu’en réalité on casse la démocratie. À cet égard, on pourrait donner raison à ceux qui n’y croient plus et qui ne veulent plus y participer mais à mon sens, c’est tout l’inverse qu’il faut faire car c’est par la force du nombre que l’on pourra se battre. 

C’est intéressant parce que quand on y regarde de plus près, on se rend compte qu’à l’image de l’évasion fiscale, ces activités ne sont absolument pas encadrées ni contraintes. Il y a eu un vague registre obligatoire des lobbyistes assez flou, qui a timidement été mis en place par Junker sous la pression des ONG en 2014, on a dû attendre 2016 pour commencer à négocier puis finalement les travaux ont été suspendus en 2018. En cause, les membres du Conseil de l’UE, qui refusent tout engagement contraignant, le Parlement, qui traîne des pieds, et la Commission, qui refuse tout amendement de sa proposition initiale. 

Cette configuration politique chaotique fait largement écho à l’accord qui nous intéresse aujourd’hui sur la transparence fiscale, alors on peut légitimement se poser la question : tout est fait pour que rien ne soit fait finalement sur certains dossiers, au sein des arènes de l’UE ?

Déjà, il faut plus qu’un simple registre des lobbys. On en revient à la question de la transparence, car je suis convaincue que si les débats avaient été publics, et s’ ils avaient dû assumer les positions qu’ils ont tenues, alors ils n’auraient peut-être pas osé suivre à ce point la position des lobbys. Ça veut dire repenser complètement le schéma des institutions européennes qui a pris comme habitude et comme fait acquis de travailler dans une bulle coupée de la réalité. L’enjeu pour moi, c’est de casser les murs qui existent entre les institutions européennes et la vraie vie. Évidemment ça passe par réguler les lobbys, plus de transparence, des sanctions indispensables et fortes sur les conflits d’intérêts, ça passe aussi par une autorité éthique indépendante extérieure chargée de la régulation des conflits d’intérêts et du suivi dans la mise en place de la transparence au niveau européen. Bref, c’est refonder la maison européenne de la cave au grenier pour garantir un véritable contrôle citoyen et s’assurer qu’à aucun moment il ne puisse y avoir d’influence extérieure.

Un mot sur le G7 Finances qui s’est tenu le week-end dernier à Londres. Depuis, une semaine les réactions sont quasiment unanimes pour saluer l’accord « historique » sur un impôt mondial minimum de 15% sur les entreprises et une meilleure répartition des recettes fiscales provenant des multinationales. Bruno Le Maire s’en est publiquement réjoui, en annonçant que la France avait obtenu ”gain de cause”, ce qui, factuellement, est un mensonge étant donné que la France militait pour un taux inférieur à celui décidé. 

Vous êtes spécialiste du sujet : cet accord sur une taxation (taux d’imposition mondial minimum) internationale des entreprises est-il si révolutionnaire ?

Pas du tout, et ce sont les mêmes mécanismes qui sont à l’œuvre. Ils savent qu’il y a une attente citoyenne forte, ils savent qu’ils sont au pied du mur et qu’il faut agir, donc ce qu’ils font, c’est prendre la mesure, le concept et le vider de son sens durant les négociations. Ils donnent l’illusion qu’ils agissent. Avec ce taux d’imposition minimum, ils actent quand même la victoire culturelle qui est la nôtre, puisqu’on se bat pour ce taux depuis dix ans et très souvent, c’était dans le désert, sauf qu’en le fixant à 15%, ils vident la mesure de son sens. 15% c’est extrêmement bas, c’est à peine plus que l’Irlande qui est à 12,5% (paradis fiscal notoire ndlr). Il y a seulement 5 États de l’OCDE qui ont un taux inférieur à 15%, ce qui en pratique pourrait même harmoniser le taux vers le bas  A l’inverse, si, comme le recommandait Joe Bien, on avait fixé le taux à 21%, on aurait récupéré 4 fois plus d’argent qu’avec un taux à 15%. Et même 10 fois plus (près de 40 milliards d’euros) avec 30%. Un taux qui correspond à ce qui était largement pratiqué jusque récemment : en l’espace de vingt ans, l’impôt sur les sociétés a été divisé par deux.

Un parallèle historique pour conclure cet entretien. Si on s’intéresse à la mise en place des prémisses du droit fiscal international, à l’aube des années 20, il y a tout juste un siècle, on s’aperçoit que sous la pression de certaines grandes puissances économique, la SDN avait été contrainte d’enterrer sans ménagement, les pourparlers multilatéraux quant à la mise en place d’une régulation fiscale internationale. À l’époque, la question sera illico presto mis au placard des débats pendant plus d’une décennie jusqu’en 1936. Par rapport à tout ce qui vient d’être dit dans cet entretien, on a le sentiment que l’histoire se répète et que rien n’a vraiment changé du côté des partisans d’une intervention contre la finance offshore. 

La lutte contre l’évasion fiscale, en s’attaquant au nerf sans doute le plus sensible et le plus à vif du système capitaliste qui n’est autre que le principe d’accumulation des richesses, est-elle la bataille la plus sans issue sur le plan de la conquête politique moderne ?

Je ne serais pas aussi pessimiste en disant que c’est une bataille sans issue. C’est une bataille cruciale, car si on veut s’attaquer aux inégalités – qui à mon sens est le principal enjeu de notre siècle avec le réchauffement climatique -, alors il faut l’avènement d’un système fiscal progressif et il faut fermer cette parenthèse de l’Histoire dans laquelle on est, qui se caractérise par une multiplication des cadeaux fiscaux aux privilégiés. Puisque vous parliez d’Histoire, moi j’ai le sentiment qu’aujourd’hui, on est un peu dans l’Ancien Régime, où on a une poignée d’individus qui bénéficient d’avantages pendant qu’une majorité de la population paye pour cette bande de privilégiés. L’Histoire a su prouver qu’on pouvait renverser cette situation, on a su le faire en 1789, et je pense que c’est ce dont on a besoin aujourd’hui, alors ça peut-être une révolution démocratique dans les urnes, qui ensuite se traduira par une révolution fiscale. Je suis dès lors persuadée qu’avec une prise de conscience et une prise en charge collective de ces enjeux, nous pouvons y arriver. 

  • Par Léo Thiery, journaliste pour Le Monde Moderne.

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