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14.07.2026 à 18:49

Cosmétiques, médicaments, gels douches… Pourquoi l’omniprésence du polyéthylène glycol pose question, et que sont les POx, qui pourraient le remplacer ?

Oksana Krupka, Professor, Université d’Angers

Des cosmétiques aux médicaments, les PEG sont partout, mais font aujourd’hui l’objet de controverses. Les POx pourraient constituer une alternative prometteuse.
Texte intégral (2003 mots)

Les polyéthylène glycols (PEGs) figurent parmi les ingrédients que l’on retrouve fréquemment dans les notices de cosmétiques, de médicaments ou encore de vaccins. Cependant, leur usage est aujourd’hui de plus en plus questionné, notamment en raison de leurs effets avérés ou supposés sur la santé et l’environnement. Ces interrogations s’inscrivent dans un contexte plus large : celui de la recherche de polymères plus sûrs, mieux contrôlés et plus durables.


Gels douche, shampoings, lubrifiants, gels hydroalcooliques, vaccins et médicaments, crèmes hydratantes ou peintures… Les polyéthylènes glycols (PEGs) sont présents dans de nombreux produits du quotidien.

Appréciés pour leur capacité à améliorer la solubilité de nombreuses substances actives, ainsi que pour leur coût modéré et la simplicité de leur production, cette famille de composés s’est imposée dans de nombreux secteurs industriels, de la pharmacie à la chimie, ou encore dans la fabrication de détergents, de peintures et d’encres.

Longtemps considérés comme des substances inertes, les PEGs font aujourd’hui l’objet de débats en raison de leur origine pétrochimique, de leur faible biodégradabilité, et de certaines interrogations concernant leurs effets à long terme sur la santé ou l’environnement.

Dans ce contexte, la recherche de solutions alternatives s’intensifie. Parmi les familles de polymères explorées, les poly(2-oxazolines) (POx) font aujourd’hui l’objet d’une attention croissante, car leurs propriétés en font de prometteurs candidats au remplacement des PEGs.

Qu’est-ce que le polyéthylène glycol ?

Issus de la pétrochimie, les PEGs forment une large famille de composés utilisés à grande échelle en cosmétique et pharmacie. Concrètement, le polyéthylène glycol (PEG) est un polymère constitué par la répétition d’une même unité de base, l’oxyde d’éthylène.

Les différentes sortes de PEGs se distinguent principalement par leur poids moléculaire, qui dépend du nombre d’unités répétées dans la chaîne. C’est ce poids (exprimé en g/mol) qui figure dans leur nom : PEG-40, PEG-400, etc. Certains laxatifs, comme le macrogol, correspondent à des PEGs de masse moléculaire élevée (PEG-3350 ou 4000).

Ce poids moléculaire influence directement les propriétés physiques des PEGs. En dessous d’environ 500 g/mol, ils sont généralement liquides et plutôt utilisés dans les formulations cosmétiques. À mesure que leur poids moléculaire augmente, ils deviennent plus visqueux, puis huileux ou cireux, ce qui est recherché dans certaines formulations pharmaceutiques ou pour certains additifs industriels.

Des polymères polyvalents

Les PEGs sont souvent qualifiés de « couteaux suisses » de la cosmétique moderne. Peu coûteux et polyvalents, ils remplissent plusieurs fonctions dans les formulations.

Hydrophiles, ils retiennent l’eau et participent à l’hydratation de la peau en formant un film limitant l’évaporation. Ils agissent également comme émulsifiants, stabilisant les mélanges eau/huile dans les crèmes et lotions. Enfin, ils facilitent l’élimination des impuretés grasses dans les produits lavants.

Ces propriétés expliquent leur large utilisation dans les cosmétiques, mais aussi leur rôle d’excipients dans les médicaments, où ils améliorent la solubilité ou la stabilité des principes actifs.

Dans l’alimentation et les produits d’entretien, certains dérivés sont également autorisés comme agents technologiques, mais dans un cadre réglementaire plus strict.

Vaccins à ARNm : le PEG, un ingrédient clé

Les PEGs ont également joué un rôle important dans le développement des vaccins à ARN messager (ARNm), comme ceux destinés à lutter contre le SARS-CoV-2, responsable de la pandémie de Covid-19.

L’ARNm étant fragile, il doit être protégé pour atteindre les cellules sans être dégradé. Cette fonction est assurée par de minuscules vésicules,appelées « nanoparticules lipidiques », capables d’encapsuler l’ARNm et de faciliter son entrée dans les cellules.

Ces nanoparticules sont constituées de différents lipides et surfactants (substances ayant un composant hydrophobe – qui exclue l’eau – et un composant hydrophile – qui présente une affinité pour l’eau). Parmi ceux-ci figure un lipide « PEGylé », c’est-à-dire portant une chaîne de PEG.

Celui-ci joue un rôle clé dans la stabilisation des nanoparticules lipidiques qui transportent l’ARNm, en limitant leur agrégation et en contrôlant leurs interactions avec le milieu biologique.

Il forme également une couche hydrophile à leur surface, qui les rend moins visibles pour le système immunitaire. Cet effet furtif prolonge leur circulation dans l’organisme et contribue ainsi à améliorer l’efficacité de la délivrance de l’ARNm.

Les limites des PEGs

Malgré leur succès industriel, les PEGs ne sont pas exempts de limites. Leur fabrication peut laisser des traces de sous-produits, notamment l’oxyde d’éthylène ou le 1,4-dioxane. Tous deux toxiques et cancérigènes, ils sont strictement encadrés et sont normalement absents des produits finis.

Sur le plan biologique, des réponses immunitaires ont été observées chez certaines personnes exposées aux PEGs, se traduisant par la production d’anticorps anti-PEG. Dans de rares cas, ces réactions peuvent être associées à des réactions allergiques, voire à des épisodes d’anaphylaxie, notamment après l’administration de certains médicaments ou vaccins. Il faut cependant souligner que ces événements restent très rares au regard des millions de doses administrées.

Enfin, la biodégradabilité des PEGs soulève des questions environnementales. S’ils sont majoritairement éliminés par voie rénale lorsqu’ils sont de faible masse molaire, certains PEGs peuvent persister dans les milieux aquatiques, sans que leurs effets écotoxicologiques à long terme soient pleinement établis.

Face à ces limites, d’autres polymères, les poly(2-oxazolines) (POx), suscitent un intérêt croissant.

La redécouverte de polymères anciens : les POx

Connus depuis les années 1960, les POx ont longtemps été peu exploités, notamment en raison de procédés de synthèse moins standardisés et moins industrialisés que ceux des PEGs.

Les progrès récents en chimie des polymères ont toutefois permis de mieux contrôler leur fabrication et de relancer l’intérêt pour ces matériaux.

Contrairement aux PEGs, les POx sont plus facilement « fonctionnalisables ». Ce terme désigne la possibilité de modifier chimiquement leurs extrémités ou leur chaîne pour y greffer d’autres unités moléculaires, tels que des sondes fluorescentes ou ligands biologiques (des molécules ayant la capacité d’interagir avec d’autres molécules). Ce contrôle fin de leur architecture et cette modularité offre une plus grande flexibilité dans la conception de systèmes thérapeutiques.

De ce fait, les POx présentent plusieurs propriétés qui intéressent les chercheurs en nanomédecine.

Des propriétés intéressantes pour la nanomédecine

Selon les études disponibles, les POx présentent une faible immunogénicité (la capacité à déclencher une réaction du système immunitaire). Cela signifie qu’ils sont mieux tolérés par le corps humain.

Il s’agit là d’un avantage majeur, notamment dans les domaines de la vaccination ou de la lutte contre le cancer. En effet, le faible pouvoir immunogène des POx en fait des candidats intéressants pour un usage répété, y compris chez des patients déjà sensibilisés à d’autres polymères, comme les PEGs.

Par ailleurs, la biodégradabilité des POx peut être modulée chimiquement. Il est de ce fait possible de concevoir des structures qui restent stables pendant le temps nécessaire à leur action thérapeutique, puis se dégradent ensuite dans l’organisme de manière contrôlée.

Cette dégradation peut être influencée par des stimuli biologiques, tels qu’un changement de pH, la présence de certaines enzymes ou un environnement chimique spécifique. Cette capacité ouvre la voie à une médecine ajustée aux besoins thérapeutiques, notamment pour les traitements de longue durée ou à fortes doses.

Enfin, le comportement des POx peut-être modifié par la température. Cette propriété, appelée thermosensibilité, est particulièrement utile en formulation galénique (l’art de transformer un principe actif en médicament administrable). Elle permet, par exemple, de créer des gels injectables qui sont liquides à température ambiante, mais se solidifient dans le corps, ou inversement.

Cette capacité à « s’adapter » ouvre des perspectives intéressantes pour des applications en libération contrôlée de médicaments ou en administration ciblée.

Applications et limites des POx

Ces propriétés font des POx des candidats prometteurs pour la vectorisation de médicaments, notamment dans le domaine de la lutte contre le cancer.

Des systèmes sont actuellement explorés pour améliorer la délivrance de chimiothérapies, comme les taxanes (des médicaments dérivés de l’if, parmi lesquels figure, par exemple, le paclitaxel). Ces expérimentations en sont actuellement principalement au stade préclinique ou des premiers essais.

Des applications sont également à l’étude dans le domaine des vaccins et de la cosmétique, mais elles restent encore expérimentales.

Une alternative en développement, pas un remplacement immédiat

Pour conclure, soulignons que pour l’instant, les POx ne constituent pas encore une alternative établie. Leur industrialisation est en cours, mais leur production peut s’avérer plus complexe et moins standardisée que celle des PEGs.

Par ailleurs, les données toxicologiques à long terme et leur devenir dans l’environnement restent encore limités, ce qui impose une certaine prudence.

À l’heure actuelle, les POx ne remplacent donc pas les PEGs, mais ils constituent une piste complémentaire, explorée pour des applications spécifiques où la modularité chimique et la tolérance immunologique sont déterminantes.

Leur développement à plus grande échelle dépendra autant des avancées scientifiques que de leur capacité à être produits de manière reproductible, sûre et économiquement viable.

The Conversation

Oksana Krupka a reçu des financements de l'Agence nationale de la recherche (ANR-22-CPJ1-0026-01).

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14.07.2026 à 18:48

Quel est le point commun entre les muons cosmiques et l’astronaute Sophie Adenot ?

Fabrizio Bucella, Full Professor, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Alors que vous lisez ces lignes, vous êtes bombardé en permanence par une dizaine de milliers de muons cosmiques… qui ont un lien étrange avec les astronautes : la dilatation du temps !
Texte intégral (2712 mots)
Sophie Adenot à bord de la Station spatiale internationale lors de la mission εpsilon et pendant une session de l’expérience EchoFinder. La durée prévue du voyage est de neuf mois (février à novembre 2026). ESA/NASA, CC BY-SA

Alors que vous lisez ces lignes, vous êtes bombardé en permanence par une dizaine de milliers de muons cosmiques. On a beau ne pas s’en rendre compte, cela reste vertigineux. Ce qui est très curieux, c’est que ces muons sont des particules particulièrement instables, qui ne vivent en moyenne que 2,2 microsecondes avant de se désintégrer en électrons.

Mais alors, d’où viennent-ils et comment nous atteignent-ils ? Curieusement, la réponse a à voir avec l’âge du capitaine, ou plutôt celui de Sophie Adenot quand elle reviendra de la station spatiale internationale.


Les rayons cosmiques primaires arrivent de l’espace. Ce sont essentiellement des protons. Quand des rayons cosmiques atteignent la haute atmosphère terrestre (entre quinze et vingt kilomètres d’altitude), ils frappent des atomes d’azote et d’oxygène. Ces collisions produisent des « pions chargés », des particules instables qui se désintègrent quasi instantanément en muons.

En 2,2 microsecondes, même à la vitesse ultra-proche de celle de la lumière à laquelle il se déplace, un muon ne parcourt pas plus de 660 mètres. S’il est créé à quinze kilomètres d’altitude, jamais il ne peut arriver sur Terre. Mais alors, comment se fait-il que nous soyons bombardés de muons à chaque instant ?

Pour le comprendre, je vous propose un voyage dans le temps, à la découverte de Galilée et Einstein, et dans l’espace, en compagnie de l’astronaute Sophie Adenot.

Le principe de la relativité, de Galilée à Einstein

Galilée avait posé le principe de la relativité. Il avait pris l’exemple de la cale d’un bateau. Avec mes étudiants je prends l’exemple d’un train, qui est plus stable qu’un bateau qui tangue. Imaginez que vous placez un laboratoire de physique dans un train, laboratoire fermé et sans accès au monde extérieur. Vous pouvez faire toutes les expériences de physique que vous voulez, vous ne pourrez pas détecter si le train est en mouvement ou bien s’il est au repos — attention, il ne faut pas que le train accélère, sinon des forces fictives apparaissent dans le laboratoire et vous pouvez en déduire le mouvement du train !

Ce principe de relativité a deux conséquences incroyables : la première est que le mouvement est relatif (on se déplace toujours par rapport à quelque chose) ; la seconde est que le repos absolu n’existe pas.

photo d’Einstein devant un tableau noir
Albert Einstein écrit sur un tableau noir à Pasadena en 1934. Associated Press

Toute cette discussion part d’un présupposé implicite, tellement implicite qu’on ne l’avait pas évoqué : le temps est absolu. C’est le même temps, la même horloge pour l’observateur dans le train et pour un observateur à la gare. Le temps s’écoule de manière uniforme, c’est une sorte de grille rigide qui séquence l’espace.

Pour sauver le principe de relativité, Albert Einstein avait englobé le temps dans le référentiel lui-même. Le temps n’est plus absolu, il devient relatif. Chaque observateur mesure son temps à lui, qu’on appelle « temps propre ». Il n’y a pas de temps qui est meilleur qu’un autre, le tout est de bien distinguer de quel temps on parle. Le cadre de référence n’est plus l’espace relatif auquel on ajoute un temps absolu, mais un espace-temps relatif. D’où le terme de théorie de la relativité bien sûr.

Le paradoxe des jumeaux

En 1911, Paul Langevin popularise une conséquence troublante de la relativité d’Einstein. C’est le paradoxe des jumeaux.

Paul Langevin à son bureau
Paul Langevin. Henri Manuel, Wellcome Collection, CC BY

Imaginez deux jumeaux Alice et Bob. Alice part dans un voyage vers Proxima du Centaure, l’étoile la plus proche de la Terre (après le Soleil bien sûr). Cette étoile se trouve à quatre années-lumière de la Terre. Mettons qu’Alice file dans un vaisseau spatial à 99 % de la vitesse de la lumière. Elle part de la Terre, arrive à Proxima du Centaure et puis fait demi-tour et revient, sans même s’arrêter pour boire un café.

Bob voit Alice faire ce déplacement quasiment à la vitesse de la lumière pendant qu’il reste sur la Terre. Vu que Proxima du Centaure se trouve à quatre années-lumière, Bob mesure huit ans entre le départ et le retour d’Alice. Huit vraies années. Bob aura fêté huit fois son anniversaire, il aura mangé huit fois du gâteau et soufflé huit fois les bougies.

Comme Alice se déplace à des vitesses incroyables (99 % de la vitesse de la lumière), Bob voit l’horloge d’Alice se dilater par rapport à la sienne. Les physiciens peuvent vous calculer cette chose précisément, c’est le facteur de dilatation. Dans notre cas, c’est un facteur sept : dans son vaisseau, Alice voit 1,143 an s’écouler (huit divisé par sept), soit 13 mois et 22 jours. Alice aura fêté un seul anniversaire dans son vaisseau, elle aura mangé une seule fois du gâteau et soufflé une seule fois les bougies. Quand elle rejoint Bob sur Terre, elle trouve un Bob plus vieux de huit ans alors qu’elle-même est plus vieille d’un peu plus d’un an. C’est la première partie du paradoxe des jumeaux, que j’appelle version faible du paradoxe des jumeaux.

photo de richard Feynman devant un tableau noir
Richard Feynman donne un cours de physique quantique sur le hamiltonien à Caltech en 1963. Tom Harvey, Caltech, CC BY

L’autre partie du paradoxe des jumeaux est un petit jeu mental, que Richard Feynman a développé de la manière la plus claire possible dans ses cours de physique. Pour Alice dans sa fusée, c’est Bob qui s’éloigne, Alice ne bouge pas par rapport à la fusée. Donc Alice imagine que Bob devrait être plus jeune car c’est Bob qui a bougé par rapport à Alice. La situation semble symétrique entre Alice et Bob et on ne sait pas savoir quel jumeau doit être plus jeune que l’autre. Assurément, ils ne peuvent pas être tous deux plus jeunes en même temps. C’est exactement la version forte du paradoxe des jumeaux.

En vérité, on a l’impression que la situation est symétrique mais elle ne l’est pas vraiment. Tant qu’Alice s’éloigne de Bob, il est impossible de dire qui est en mouvement dans l’absolu, car comme on l’a vu le mouvement est relatif. Sauf qu’Alice doit faire demi-tour à Proxima du Centaure pour revenir sur Terre. En faisant son demi-tour, elle voit bien que c’est elle qui bouge alors que Bob reste à la maison tranquille comme Baptiste. Donc, Alice fait un demi-tour, Bob ne fait pas de demi-tour, c’est bien Alice qui bouge, la situation n’est pas symétrique, Alice sera plus jeune.

Le cas Sophie Adenot

Dans la Station spatiale internationale, l’astronaute Sophie Adenot ne se déplace pas à des vitesses proches de la lumière, néanmoins la vitesse reste conséquente par rapport à celles que nous avons l’habitude de traiter sur Terre. La Station se déplace à 27 600 kilomètres par heure, le facteur de dilatation est faible mais non négligeable. Ceci étant, Sophie Adenot restera neuf mois dans la station. À la fin du voyage, elle bénéficiera quand même de l’effet relativiste : elle sera plus jeune de six millisecondes par rapport à nous, qui sommes restés sur le plancher des vaches. Si Sophie Adenot avait eu une sœur ou un frère jumeau, elle serait à jamais plus jeune que son jumeau.

Six millisecondes, ça vous paraît imperceptible à l’échelle humaine ? Pourtant, la finale du cent mètres homme des Jeux olympiques de Paris 2024 s’est gagnée sur moins que ça, c’étaient cinq millisecondes !

Boucler la boucle cosmique

Pour revenir à nos muons : comme ils se déplacent dans l’espace à des vitesses approchant celle de la lumière, leur horloge à eux est très dilatée par rapport à la nôtre. Dans leurs référentiels à eux, 2,2 microsecondes sont amplement suffisantes pour parcourir les quelque quinze ou vingt kilomètres qui les séparent de la surface de la Terre.


À lire aussi : Une chambre à étincelles pour voir les muons cosmiques


La mesure directe a été affinée en 1963 en comparant le flux de muons au sommet du mont Washington et au niveau de la mer. L’exemple des muons est d’ailleurs l’exemple canonique qu’avait pris Feynman pour illustrer la dilatation du temps dans son fameux cours de physique.

C’est ainsi que Sophie Adenot et les muons cosmiques ont un point commun. Tous les deux voyagent avec une horloge ralentie depuis la Terre et Sophie Adenot exploite en plus le paradoxe des jumeaux.


Pour les lecteurs intéressés, l’auteur renvoie à une de ses conférences grand public à l’Université de Mons, et à un simulateur de voyages paradoxaux qu’il a fabriqué pour ses étudiants de l’Université libre de Bruxelles.

The Conversation

Fabrizio Bucella ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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14.07.2026 à 18:47

Du Mississippi à l’intelligence artificielle : la Louisiane, laboratoire inattendu de la nouvelle économie américaine

Fabien Nadou, Professeur d'Economie territoriale, Directeur de l'Institut sur les Mutations Economiques et Territoriales, EM Normandie,Laboratoire Métis, EM Normandie

Après la Californie, la Louisiane. L’État connu pour ses bateaux à aube, ses bayous et son jazz si typique va-t-il devenir le nouveau pôle de l’innovation états-unienne ?
Texte intégral (1863 mots)

La géographie des États-Unis est en pleine recomposition. Un nouveau pôle d’attractivité émerge en Louisiane. De quels atouts dispose cet État, qui devrait accueillir prochainement un mégacentre de données de Meta ?


Dans une Amérique en recomposition, la Louisiane apparaît comme un cas particulièrement intrigant dans la mesure où peu d’observateurs l’auraient spontanément désignée comme une candidate crédible à l’économie de la connaissance.

Longtemps associée au pétrole, au Mississippi et aux ouragans dévastateurs comme Katrina, la Louisiane est en train de s’imposer comme l’un des territoires les plus convoités de l’économie numérique américaine. Portée par l’intelligence artificielle, les centres de données et les infrastructures énergétiques, elle illustre l’émergence d’un nouveau modèle de développement qui pourrait redessiner la géographie de l’innovation aux États-Unis.

Entre champs et rives du Mississippi

La Silicon Valley, ses campus historiques et ultramodernes, ses start-up devenues multinationales et ses investisseurs visionnaires ont façonné l’imaginaire mondial de l’innovation. Elle a imposé un modèle de développement fondé sur la concentration des talents, du capital-risque et de la recherche universitaire

C’est désormais à 3 000 kilomètres de là que des géants de la Tech ont jeté leur dévolu. Dans les plaines du nord-est de la Louisiane, entre champs agricoles, infrastructures énergétiques et rives du Mississippi, Meta construit un complexe de Data Center à plus de 10 milliards de dollars. Présenté comme le plus important de son histoire, mobilisant plus de 5 000 travailleurs durant sa phase de construction, il générera plus de 500 emplois permanents une fois opérationnel.


À lire aussi : « Boz Angeles » et « Nash-Vegas », ces nouveaux pôles de croissance aux États-Unis, nouvel eldorado de l’économie américaine


Cette évolution révèle une transformation profonde où l’IA est en train de redessiner la carte économique des États-Unis.

Une terre autrefois française

Pour un lecteur français, la Louisiane demeure un territoire à part. Vendue aux États-Unis par Napoléon Bonaparte en 1803, lors du célèbre « Louisiana Purchase », elle conserve encore aujourd’hui de nombreuses traces de cet héritage. Les noms de Bâton Rouge, Lafayette ou La Nouvelle-Orléans, la présence des communautés cajun, la gastronomie locale… rappellent l’ex-ancrage français de ce vaste territoire situé à l’embouchure du Mississippi.

Derrière ce passé franco-américain se cache une autre histoire, celle d’un État qui cherche à réinventer son modèle de développement. Au XXe siècle, la prospérité louisianaise a reposé sur l’exploitation des hydrocarbures (pétrolières et pétrochimiques) qui ont profondément structuré l’économie régionale. Les immenses complexes industriels installés le long du fleuve couru par Tom Sawyer ont fait de la Louisiane l’un des principaux centres énergétiques du pays.

Cette spécialisation a longtemps constitué une force, créant aussi une dépendance aux marchés énergétiques fluctuants, à la concurrence internationale, aux transformations industrielles et les enjeux environnementaux ont progressivement mis en évidence la nécessité de diversification.

Dans ce contexte, les responsables politiques et économiques locaux poursuivent un objectif ambitieux : faire de la Louisiane un territoire d’innovation, appuyé par la création de multiples dispositifs d’accompagnement des entreprises innovantes, par le développement de partenariats entre universités et entreprises et par une politique volontariste d’attractivité portée par Louisiana Economic Development et l’initiative Louisiana Innovation.

Quand l’IA change les règles du jeu

Pour comprendre l’intérêt soudain des géants technologiques pour la Louisiane, il faut d’abord comprendre ce que l’IA change dans les logiques de localisation des activités économiques.

Depuis les années 1980, les entreprises technologiques recherchaient principalement trois ressources :

  • des universités d’excellence,

  • une main-d’œuvre hautement qualifiée

  • et un accès privilégié au financement.

L’IA modifie progressivement cette équation, et les modèles les plus avancés nécessitent désormais des capacités de calcul gigantesques. Leur développement repose sur de vastes Data Centers, consommant d’importantes quantités d’électricité aux infrastructures de refroidissement sophistiquées.

L’accès à une énergie abondante, à un foncier disponible et à des infrastructures performantes devient aussi stratégique que la proximité d’une université prestigieuse ou d’un fonds de capital-risque. Autrement dit, l’IA réinterroge la valeur des ressources territoriales, que l’économie numérique semblait avoir reléguées au second plan.

Le pari de Meta

Le choix de la Louisiane par Meta traduit cette évolution des besoins de cette industrie numérique. La Louisiane offre une combinaison rare d’avantages compétitifs : capacités énergétiques considérables, coûts fonciers relativement faibles, infrastructures logistiques de premier plan, une position stratégique sur le réseau de fibre optique national, une tradition industrielle permettant de gérer des projets de grande ampleur.

Son gouverneur, Jeff Landry, a qualifié l’investissement de Meta de « nouveau chapitre dans l’histoire économique de l’État » ajoutant que « cet investissement allait permettre de faire de la région un point d’ancrage de l’économie technologique US créant des emplois qualifiés pour les générations futures »

Au-delà, les autorités locales espèrent surtout générer des effets d’entraînement : nouvelles formations universitaires, attractivité accrue pour les entreprises technologiques, développement de start-up spécialisées dans l’IA et renforcement des capacités de recherche. L’objectif n’est pas seulement d’accueillir des infrastructures, mais de construire un véritable écosystème.

Cette stratégie s’appuie sur plusieurs établissements d’enseignement supérieur qui cherchent à renforcer leur positionnement dans les technologies numériques. Ainsi, la Louisiana State University (LSU), à Bâton Rouge, développe des programmes dédiés à la science des données, à la cybersécurité et à l’IA. À La Nouvelle-Orléans, Tulane University participe à la structuration d’un environnement favorable à l’innovation et à l’entrepreneuriat technologique.

De la Silicon Valley au golfe du Mexique

Si la comparaison entre la Louisiane et la Silicon Valley peut sembler provocatrice, car les deux territoires restent profondément différents, cela devient intéressant, lorsque cette comparaison permet d’identifier l’émergence d’un nouveau modèle de développement.

Les ports, les réseaux électriques, les centres de production énergétique et les infrastructures industrielles retrouvent une importance stratégique. La Louisiane semble être un laboratoire particulièrement révélateur, avec un avantage logistique qui est loin d’être anecdotique. Le Port of South Louisiana (entre La Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge) demeure l’un des plus importants du continent américain et figure régulièrement parmi les deux premiers ports américains en tonnage, après Houston

L’innovation ne se concentre plus uniquement là où se trouvent les programmeurs, mais là où se trouvent les mégawatts qui deviennent aussi stratégiques que les lignes de code.

Une nouvelle géographie de l’Amérique

Partout aux États-Unis, de nouveaux pôles de croissance émergent. Austin attire massivement les investissements technologiques au Texas, le Tennessee renforce son attractivité autour de Nashville, Salt Lake City s’impose progressivement comme un pôle des technologies numériques et Raleigh-Durham bénéficie du dynamisme du « Research Triangle ». Cette recomposition rappelle que les centres de gravité économiques américains n’ont jamais été figés. L’histoire économique des États-Unis est celle d’une succession de déplacements régionaux, souvenons-nous de Detroit devenue la capitale mondiale de l’automobile avant de connaître son déclin au profit d’autres régions.

France 24 2022.

Feldman, Boschma, ou encore Cooke et al, ont montré que l’innovation ne repose pas uniquement sur la concentration géographique des entreprises technologiques, mais sur la capacité des territoires à mobiliser leurs ressources spécifiques, à construire des institutions adaptées favorisant les interactions entre acteurs divers. La Louisiane ne veut pas ressembler à la Silicon Valley, elle cherche à construire une trajectoire originale à partir de ses propres atouts : l’énergie, les infrastructures, la position géographique et l’héritage industriel.

Les défis d’une ambition nouvelle

Cette trajectoire reste néanmoins incertaine. L’arrivée massive des géants technologiques soulève plusieurs interrogations sur la consommation d’importantes quantités d’énergie et d’eau. Les aides publiques accordées aux grandes entreprises font l’objet de débats récurrents. La dépendance à quelques acteurs dominants peut fragiliser les économies locales. L’érosion côtière et la vulnérabilité aux événements météorologiques extrêmes constituent déjà des enjeux majeurs pour la Louisiane.

Le défi n’est pas seulement d’attirer Meta ou quelques autres mastodontes, il est de transformer ces investissements en un véritable processus de développement territorial. À quelques jours du 250e anniversaire de la naissance des États-Unis, la Louisiane rappelle une constante de l’histoire des États-Unis, cette capacité à réinventer sans cesse ses géographies économiques.

Elle est aujourd’hui projetée au cœur de l’une des plus grandes révolutions technologiques, non pas comme une seconde Silicon Valley, mais en incarnant une autre trajectoire possible, loin du modèle californien et de San Francisco.

The Conversation

Fabien Nadou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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