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Texte intégral (728 mots)

La rencontre avec Vincent Bringhart, Thierry Discepolo et Francine Raymond

Vincent Brengarth, bien connu de nos services, avocat de la députée européenne Rima Hassan était avec nous dès 7h30 pour détailler les mesures de surveillance extra (ordinaires et judiciaires) déployées contre sa cliente. Il rappelle que Rima Hassan s'est toujours présentée spontanément aux convocations antérieures, ce qui rendait la procédure de flagrance injustifiée. Dès l'arrivée au commissariat du 10e arrondissement à Paris, les tensions montent: placement en cellule, inventaire retardé de deux heures, formulation litigieuse lors de la découverte de contenants de CBD. «Il y a une volonté d'humiliation. En tout cas, c'est comme ça que je le ressens.»

Ce qui frappe l'avocat, c'est la chronologie des fuites. À sa sortie du commissariat, avant même que l'audition de fond ait débuté, un article révèle déjà le placement en garde à vue, le service et la publication visée — informations que Rima Hassan elle-même n'avait pas encore reçues. «Je lis en fait quel va être l'objet de la convocation. Ce qui est totalement ahurissant.» Les enquêteurs auraient également fait une remarque sur l'emplacement du téléphone de sa cliente au moment même de la notification des droits, trahissant une géolocalisation en temps réel. En parallèle, des données couvrant janvier à mars 2026 avaient été réquisitionnées auprès de la SNCF, Thalys, Air France et l'Agence nationale des données de voyage: «Il n'y a rien juridiquement ni judiciairement qui justifie le fait de vouloir investiguer sur ses déplacements depuis le mois de janvier.» Brengarth voit dans l'enchaînement des événements un séquençage délibéré: «Tout était tendu depuis le départ vers l'objectif qu'un procès puisse avoir lieu contre Rima Hassan. C'est scandaleux.»

Thierry Discepolo, fondateur des éditions Agone, replace l'affaire Grasset dans une structure de fond: moins de dix groupes captent 90% du chiffre d'affaires de l'édition française. Le départ de 200 auteurs ne changera rien s'ils rejoignent un autre grand groupe. Il conteste l'image d'Olivier Nora en éditeur artisan: 150 ouvrages par an avec quarante employés, c'est un PDG. La tribune d'Antoine Gallimard lui inspire une formule cinglante — «la solidarité c'est la rapine» — tant elle se résume à des offres d'emploi. «Ce qu'on voit, ce qui semble être une vertu pour les grands groupes éditoriaux, c'est une sorte de souplesse de ligne éditoriale où on va de l'extrême gauche à l'extrême droite très tranquillement, comme s'il était normal que tout ça se mélange dans un chiffre d'affaires.» Sa prescription est radicale: briser la concentration, créer un statut d'éditeur indépendant, et surtout ne pas chercher à grossir. «Restez maigres. Quand on est entouré d'ogres, il faut rester maigres.»

Francine Raymond, présidente de Ciné Bastide, association organisatrice du Festival International du Film Politique, explique la décision unanime de retirer la demande de subvention de 10 000 euros à la mairie RN de Carcassonne. La rupture va au-delà de l'argent: la municipalité fournissait aussi des salles. «Ce n'était plus possible avec une municipalité d'extrême droite» Elle annonce en primeur Au Poste que le festival restera à Carcassonne pour sa neuvième édition en janvier, malgré les sollicitations d'autres villes. Face à l'accusation d'intolérance du maire, elle répond avec clarté: «On ne peut pas faire comme si on ne savait pas ce qu'était l'idéologie du Rassemblement National.» Et d'élargir le propos: «C'est presque devenu une exigence démocratique de dire qu'on ne peut pas travailler ou faire comme si c'était un parti comme un autre.»

Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.

"France Déter" accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent.

Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.

C’est en direct, c’est fait maison.

16.04.2026 à 16:55

« Internet n’est pas une télé » : Au Poste et les utopies du web

Au Poste
A l’heure de la brutalisation des débats, et de la mainmise du débat public par des médias milliardaires, comment organiser la riposte ? Cas d'école avec le média Au Poste qui, depuis 5 ans, met « un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant » (Jacques Rancière)

Texte intégral (515 mots)

La conférence organisée par MixITavec David Dufresne

David Dufresne remonte à 1994 pour planter le décor: un studio parisien, CompuServe, une connexion payée en dollars, et ce bruit de modem qu'il décrit comme «le bruit de mes utopies». Il fait partie de la première génération du web francophone, marquée par le texte de Hakim Bey, Zone d'autonomie temporaire, qui voyait dans chaque coin du réseau un espace de liberté pirate, provisoire et radical. Avec quelques autres, dont Mona Chollet, il publie dès 1997 le Manifeste du web indépendant, alertant déjà contre «le danger du commerce» et les «messages publicitaires agressifs destinés à ficher».

Quand les Gilets jaunes descendent dans la rue en 2018 et que les journalistes, selon lui, «foutent rien sur la question des violences policières», il décide d'agir. Il lance Allô Place Beauvau sur Twitter, un travail de répertoire quotidien, jour après jour, de toutes les traces laissées sur les réseaux sociaux documentant les violences d'État. Il convoque des développeurs, des amis de la première heure, pour créer des «moulinettes» récupérant automatiquement ses tweets, les injectant dans une base de données, générant des infographies. Le projet s'impose dans le débat public, reconnu par l'ONU, le Conseil de l'Europe, le Parlement européen — «à défaut d'être reconnu par la France». Le film qui en découle, Un pays qui se tient sage, est sélectionné à Cannes.

Son manifeste numérique tient en une phrase lancée à la salle pleine de développeurs: «Codeuses, codeurs, ramenez-nous de la démocratie dans le code. Ne travaillez pas pour des gens qui nous réimposent le minitel.» Pour lui, le web n'a jamais dû être une télé: c'est l'hypertexte, la déconstruction, l'idée que chacun peut être émetteur et récepteur.

Au Poste naît en 2021 sur Twitch. Il y voit les zones d'autonomie temporaire revenue: le chat, l'interaction, l'immédiateté. Aujourd'hui, le média héberge toutes ses vidéos sur PeerTube depuis quatre ans, repousse les abonnements Twitch pour ne pas «donner la moitié à Jeff Bezos», et tourne avec une équipe de cinq à six personnes. Son modèle économique? Il le résume ainsi: «Il est inexistant. Eh ben c'est le meilleur!» Reconnu d'intérêt général, Au Poste fonctionne aux dons déductibles des impôts et à un abonnement qui démarre à deux euros.

Il convoque les ordonnances du Conseil national de la Résistance de mai 1944 pour poser le cadre: «La presse n'est pas un instrument de profit commercial mais un instrument de culture» et «La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs.»

16.04.2026 à 09:00

« Si on s’arrête, tout s’arrête » : la grève féministe comme arme politique

Au Poste
Des millions de femmes nettoient, soignent, éduquent, cuisinent — et le PIB fait comme si elles n’existaient pas. Avec « Le cœur du capital », l’historienne Fanny Gallot et le sociologue Hugo Harari-Kermadec mettent des chiffres, des noms et une stratégie politique sur ce travail invisible qui fait tenir le monde.

Lire plus (251 mots)

Historiquement les femmes ont été assignées dans les foyers aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants, à tout ce qui permet donc la reproduction de la force de travail dont le capitalisme a besoin mais dont il refuse de se charger.
Historiquement aussi, un continuum s’est construit entre ses assignations genrées et la dévalorisation de ces mêmes taches lorsque quittant le foyer, elles étaient assurées par des salariées – surtout des femmes, quelques salariés aussi.
Historiquement enfin, les femmes, les féministes ont réfléchi à ses assignations, aux entraves qu’elles dressent contre l’émancipation des femmes, comme à la déqualification des métiers qui en découle. Elles ont réfléchi, cherché des solutions et se sont mobilisées en grève féministe.

L’historienne Fanny Gallot et le sociologue et économiste Hugo Harari-Kermadec ont pris à bras le corps la question de ce travail reproductif, démontrant, chiffrant sa centralité dans le capitalisme, dénonçant son invisibilisation et nous invitant à repenser la société, le travail à partir de tou.tes ces invisibilisées pourtant essentiel.les.
Rendez-vous le 16 avril à 9h du matin (donc après avoir préparé le petit dej, conduit les enfants à l’école et avant de faire un brin de ménage !) Au poste pour en parler et réinventer le monde ensemble pour renverser et le patriarcat, et le capitalisme.
Mathilde Larrère

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