21.04.2026 à 09:00

21.04.2026 à 09:00
Un peu de contexte : Érudit musical et influencé par le jazz, le hip-hop, le punk rock US 80's et la pop, la musique qu'il compose est tour à tour, selon les albums depuis 1998, electro-jazz, électronique, krautrock, pop, disco-punk, post-punk, house ou techno. En gros et en détail, c’est Bob Flappy athlète complet aussi à l’aise dans la réalisation ciné que guitariste de free jazz. De quoi défriser tous les wokistes qui n’aiment le Connemara qu’en version gras double arrosée de fin de soirée. En même temps que rassurer les aficionado qui naviguent sans boussole de Sun Ra à Kraftwerk et Derrick May, en passant par Martin Dennny et … Brian Eno. De quoi mettre en colère, à raison, les crétins atrabilaires des chaînes d’infox.
Que se passe-t-il donc ici qui mérite votre (totale) attention ? Disons qu’à l’apparence du bol breton ( rond avec liseré bleu et prénom mal écrit à la main et inénarrable dessin naïf de paysan au fond… ) que chaque visiteur s’offre comme souvenir, Rubin Steiner substitue un vrai kintsugi japonais. Et ce bol, casse-gueule dans l’esprit et la forme, revient recousu à l’or fin, régénéré et apte à servir d’autres nectars. Et, en 11 titres qui font un rapide survol de l’histoire de la musique qui l’intéresse, on passe de comptines électro en ode au créateur du synthé modulaire Buchla, à l’exotica qui titilla longuement les créateurs du trip hop, on sent la parenté avec Kirk Di Giorgio ( As One) qui mixait 90’S le jazz et la techno, ou encore un hommage somptueux à Briian Eno avec Golden Hours qu’on dirait tout droit sorti de Another Green World pour ensuite s’échapper du côté de Perrey (Eva) et finir en larmes comme le répiicant de Blade Runner…
Stratégie oblige/que qui fait clore l’affaire en disant “Jordan, barre-toi de là, le monde n’a pas besoin de toi, alors que Rubin, ben ouais quoi… “
Jean-Pierre Simard, le 22/04/2026
Rubin Steiner - What Would Brian Eno Have Done - Platinum Records
21.04.2026 à 08:25
Alors que son album Ultime éco où il était question de multivers est actuellement en sélection du prix BD SF lancé par Lloyd Chéry à travers son podcast C’est plus que de la SF pour les meilleurs albums de 2024,Anne Masse revient avec un nouvel album qui explore une nouvelle thématique du genre : le post-apo.
Et là où Ultime éco parlait d’amour, du couple et de choix à travers cette saga qui s’ancre dans les multivers, Asphalte Sauvage creuse les sujets de l’amitié, de la confiance et de la foi dans cet univers post-apocalyptique.
Dans ces paysages post-apocalyptiques, on reconnait quelque chose de la France. Les deux protagonistes se baladent dans ce territoire ravagé sans en connaître la raison, nées après la catastrophe. Vlada et Pouic sont très différents et leurs appartenances à des groupes, aux coutumes et héritages très spécifiques, les éloignent au début. Mais si beaucoup de choses les opposent dans leurs buts, croyances ou mode de vie, ils vont se retrouver dans cette traversée et faire front commun.
Au fil de leurs pérégrinations, ils tombent sur des vestiges du passé : panneaux, graffiti, cartes postales, revues porno et livres. Des livres qui ont une importance particulière pour les deux personnages, objet de crainte pour Vlada qui ne sait pas lire et trésor pour Pouic qui a entamé une quête bien à lui pour trouver tout ce qui touche à Pilou. Personnage de livre pour enfant façon Tchoupi, vestige de la civilisation éteinte, Pouic collectionne ces livres antiques qu’il considère comme un trésor inestimable. Les aventures de Pilou fonctionnent comme celles de Tchoupi ou Petit ours brun avec des images pédagogiques et un ton lénifiant, imaginez une version de Tchoupi façon propagande pour expliquer comment se comporter en cas de pénurie de vivres ou d’énergie.
Extrait du livre ©Anne Masse / Rue de Sèvres
Mais à la découverte d’un prospectus pour Pilouland, le parc d’attractions de Pilou, leur vie va prendre un tournant radical. Leur traversée a un but, et quelques indices graphiques donnent l’itinéraire des deux survivants, entre les vestiges du Lac du Salagou après les Cévennes, du métro de Lyon ou encore du Poulet de Bresse métallique qui domine l’autoroute (pour les fans de l’A39).
Comme dans Ultime écho, la dessinatrice joue avec les logos, invente des codes et des symboles pour créer un univers cohérent bien plus vaste que l’histoire présentée. Son travail sur les costumes, typiques de son travail, mais aussi de l’intégration du dessin dans le récit où les protagonistes dessinent, griffonnent sur les murs pour laisser une trace, déchiffrent publicités, panneaux, livres ou cartes postales ; et s’interrogent sur ce monde d’avant.
Pour Vlada, les livres sont effrayants, vestiges de la technologie qui a probablement conduit à l’apocalypse, mais elle apprend aux côtés de Pouic que tout est histoire de croyance. D’ailleurs les images religieuses, croix, églises, jalonnent le parcours des survivants pour ajouter à la réflexion et à la critique sociale qui transparait dans cet album mordant.
Les oeuvres d’Anne Masse sont toutes portées par un humour protéiforme, détails visuels, répliques bien senties ou comique de situation, l’autrice excelle dans la comédie et sait l’injecter dans des univers très particuliers, des multivers aux vampires, du Paris romantique à la France post-apocalyptique.
En résulte une post-apo joyeuse qui tire vers le hopepunk, en totale opposition avec La Route de Cormac McCarthy, best-seller du genre où l’auteur américain décrit un futur où l’humanité offre bien peu d’espoir [lisez notre article complet sur le sujet ici]. Asphalte sauvage cherche plutôt la lumière malgré les difficultés de ce monde ravagé, porté par une bichromie jaune et grise stylisée pour rendre cet univers. Avec des planches dessinées à l’encre, avec des effets délavés, griffés ou éclaboussures, coulures et projections, la dessinatrice propose son travail le plus audacieux graphiquement. Les rehauts de jaunes viennent souligner des émotions, isoler des instants ou mettre en valeur des propositions graphiques qui participent à nous immerger dans cet univers.
Habituée des codes du webtoon, pour cet album elle délaisse la narration en chapitre qui était présente dans toutes ses œuvres pour garder le récit d’un souffle ponctué de respirations visuelles avec des pleines pages et doubles planches décalées ou très graphiques.
En bonus, sur son site vous pouvez suivre toutes les étapes de travail de ce projet intitulé La Brouette en 2010 et qui a fait du chemin pour arriver à ce livre publié en 2026, on y découvre des planches dessinées dans d’autres styles, en couleur, des morceaux de scénario abandonnés, d’autres qu’on retrouve en pointillés dans la version définitive, c’est passionnant.
Extrait du livre ©Anne Masse / Rue de Sèvres
Avec Asphalte sauvage Anne Masse réussit son pari de continuer de parler de sujets forts, intimes et universels dans des univers très marqués. Et là où Ultime éco avait montré tout son potentiel, avec Asphalte sauvage elle pousse encore son trait et son ambition artistique et trouve de la lumière et compersion là où d’autres n’auraient dessiné que les décombres ou la mort.
Thomas Mourier, le 22/04/2026
Anne Masse - Asphalt sauvage - Label 619, Rue de Sèvres
->. Les,liennns renvoient sur le site Bubble où vous pouvez vous procurer les ouvrages évoqués.
Extrait du livre ©Anne Masse / Rue de Sèvres
21.04.2026 à 08:19
Mais bien sûr, le cas Grasset, propriété de Bolloré, dépasse le cadre des habituelles valses de poste. Olivier Nora, en poste depuis plus de deux décennies, a su garantir au catalogue de sa maison une qualité certaine, et donc s'attacher nombre de ses auteur.es. Des auteur.es qui, en apprenant le licenciement de leur éditeur (rappelons qu'au sein de Grasset, d'autres éditeur.es étaient déjà partis, pressentant le pire, comme par exemple l'excellente Juliette Joste), ont rédigé un texte commun dans lequel ils annoncent ne plus vouloir publier chez Grasset.
La situation s'annonce pénible: d'une part, ils et elles sont plusieurs, de toute évidence, à avoir un texte sous presse ou en passe de l'être, et on peut se demander comment ils et elles vivront sa prochaine parution, et comment celle-ci sera accompagnée par la nouvelle direction. D'autre part, que va-t-il advenir de cette centaine d'auteur.es en partance. Plusieurs – ceux et celles dont les livres se vendent modérément, ou dont l'arrivée au catalogue est récente – auront sans doute du mal à retrouver une maison d'accueil. Les autres? Plusieurs ne devraient pas avoir de problème a priori, vu l'état de leurs ventes régulières. Mais ce n'est évidemment pas aussi simple, car les maisons susceptibles d'accueillir leurs prochains livres affichent déjà plus ou moins "complet". Un éditeur qui publie déjà huit livres en rentrée (au minimum) aura du mal à caser ces nouvelles recrues, sauf à faire le ménage dans son propre catalogue, et devra par ailleurs débourser des sommes importantes pour les inciter à le rejoindre. Cette redistribution risque donc d'avoir des conséquences sur les diverses politiques éditoriales de maisons précédemment concurrentes. Comment Gallimard, Flammarion, Actes Sud – pour n'en citer que quelques-uns – vont-ils s'y prendre pour absorber ce flot d'exilés, plus ou moins attractifs selon les noms et statures ?
On peut également se demander quel.les auteur.es va publier le nouveau patron de Grasset, Jean-Christophe Thiery, dans la mesure où l'autre maison du groupe, Fayard, a déjà à son écurie pas mal de hongres à casaque brune. On peut craindre, par ailleurs, une éventuelle fayardisation express de Grasset, avec en rafale pléthore de livres vantant les charmes de l'extrême droite. En fait, la question qu'on est en droit de se poser est la suivante: En virant Nora, Bolloré s'est-il douté que nombre de ses auteur.es partiraient? Si la réponse est non, alors Bolloré est naïf, ce qui n'est pas forcément crédible. Si la réponse est oui, alors quels sont ses projets éditoriaux? On ne remplace pas du jour au lendemain un catalogue riche et varié. Bref, ce "grand remplacement" (encore en jachère) va contraindre de nombreux écrivains et de nombreuses écrivaines à se positionner sur un échiquier déjà fragilisé.
Pendant longtemps, trouver un éditeur a été une affaire de sensibilité littéraire, mais aussi financière: qui aime et qui paie. Cela devient désormais une question éminemment politique – qui vote quoi. Et si d'autres rachats et d'autres licenciements se produisent, les choix risquent d'être de plus en plus délicats. La réaction extrêmement rapide d'une centaine d'auteur.es de chez Grasset montre que l'éthique joue encore un rôle dans le choix d'un éditeur. Pour combien de temps ?
Claro le 16/04/2026