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Libertés fondamentales dans l’environnement numérique

06.03.2026 à 16:06

Projet de loi polices municipales, blanc-seing pour la Technopolice municipale

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Depuis la loi « Chevènement » du 15 avril 1999, les services municipaux de police se sont multipliés sur l’ensemble du territoire français. Aujourd’hui, environ 28 000 agents répartis dans 4 600 communes y sont rattachés. En parallèle de…

Texte intégral (5781 mots)

Depuis la loi « Chevènement » du 15 avril 1999, les services municipaux de police se sont multipliés sur l’ensemble du territoire français. Aujourd’hui, environ 28 000 agents répartis dans 4 600 communes y sont rattachés. En parallèle de l’augmentation des effectifs, huit réformes successives ont renforcé les équipements et missions des policiers municipaux. Le projet de loi sur les polices municipales, présenté fin octobre 2025 par Laurent Nuñez, accentue ce mouvement en les dotant (ainsi que les gardes champêtres1Les gardes champêtres sont des agents communaux bénéficiant d’une compétence de police spéciale, la police des campagnes, et qui sont chargés de rechercher les contraventions aux règlements et arrêtés de police municipale.), de moyens de surveillance et de sanction supplémentaires : drones, caméras individuelles, amendes forfaitaires ou encore accès au fichier TAJ. La plupart de leurs nouvelles prérogatives sont calquées sur celles des policiers et gendarmes nationaux. Le Conseil constitutionnel avait pourtant, à deux reprises, censuré des articles de lois qui prévoyaient une extension similaire des pouvoirs de la police municipale2En 2011, dans la loi Loppsi 2, et en 2021, dans la loi Sécurité globale.. Le gouvernement, main dans la main avec les sénateur·rices qui ont adoubé le texte à une écrasante majorité le 10 février dernier, tente donc à nouveau de franchir le Rubicon.

Le timing du projet de loi n’est pas anodin car il tombe en plein milieu de la campagne pour les élections municipales, période généralement favorable aux penchants sécuritaires. En effet, à chaque élection, la même rengaine populiste sur la hausse exponentielle de l’insécurité monopolise le devant de la scène politique et médiatique. Qu’importe si les chiffres disent le contraire3Voir également le rappel du Centre d’observation de la société ou le rapport de la Cour des comptes de 2020 sur les polices municipales (pp. 69–71)., élu·es et candidat·es entretiennent cette chimère et rivalisent d’inventivité pour proposer des remèdes miracles, quitte à flirter avec l’illégalité. La lutte contre l’insécurité, terme fourre-tout qui désigne tout aussi bien des festivités bruyantes, des ordures sur la voie publique, que des cambriolages ou des homicides, est ainsi devenue l’alibi idéal pour instaurer des mesures toujours plus attentatoires aux libertés, à l’image des textes sécuritaires présentés par le gouvernement ces dernières semaines.

Au milieu de cette surenchère, le projet de loi en cause investit les policiers municipaux de pouvoirs toujours plus importants sans véritablement renforcer leur formation ou leur encadrement en parallèle. L’objectif affiché par le ministre de l’intérieur avec ce texte est de donner (encore) plus de place à la police locale dans l’édifice de la « sécurité globale » en France. Aussi, à travers ce texte, ce sont non seulement les libertés qui sont sacrifiées sur l’autel du sacro-saint « continuum de sécurité », mais aussi, paradoxalement, la sécurité elle-même.

Drones, caméras embarquées, LAPI : les nouveaux joujoux de la police municipale

Les drones

L’article 6 du projet de loi autorise, à titre expérimental les policiers municipaux à se servir de drones, dans cinq situations aux contours flous, incluant notamment tout « grand rassemblement de personnes particulièrement exposées à des risques de troubles graves à l’ordre public ».

Le gouvernement, après deux camouflets du Conseil constitutionnel4Décision n° 2021-817 DC du 20 mai 2021, Loi pour une sécurité globale préservant les libertés ; Décision n° 2021-834 DC du 20 janvier 2022, Loi relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure., tente donc de réintroduire cette mesure. Cette fois, pour échapper à une énième censure, il subordonne le déploiement des drones à la délivrance d’une autorisation préfectorale écrite et motivée, qui mentionne le nombre maximal de caméras pouvant procéder simultanément aux enregistrements, d’une durée maximale de 3 mois et révocable à tout moment par le préfet.

Néanmoins, il ne faut pas être dupe de ces faibles garde-fous qui sont, dans d’autres cadres déjà en place, régulièrement enjambés par les autorités. Même la CNIL déplore que les finalités qui justifieraient le recours à des drones par les services de police municipale soient « à la fois très larges, diverses et d’importance inégale », et juge la durée de l’expérimentation disproportionnée.

Et surtout, les précédents déploiements de drones par la police et la gendarmerie nationales ont montré les dérives de la surveillance aérienne via cette technologie. En plus de devenir un réflexe qui n’est pas toujours adapté à la situation, les préfectures court-circuitent la contestation de leur autorisation en les multipliant, en les republiant après une première annulation par un tribunal administratif, ou en les promulguant tardivement. Cette pratique de contournement de la loi par les préfectures a été particulièrement visible durant le mouvement « Bloquons tout » : autorisations très larges (parfois couvrant tout un département ou toute une agglomération), adoptées la veille au soir d’un rassemblement prévu le matin (empêchant ainsi quasiment tout recours dans les délais), refus par les préfectures de cesser des drones lorsque la justice l’ordonne, etc.

Les caméras piéton et embarquées

En plus des drones, l’article 6 quater lance une expérimentation quinquennale pour doter les policiers municipaux de caméras embarquées dans leurs moyens de transport. L’article 7 du projet de loi, quant à lui, pérennise l’expérimentation relative au port de caméras-piétons par les gardes champêtres, issue de la loi Sécurité globale de 2021. Cependant, cette pérennisation rime avec banalisation alors même que leur pertinence n’est pas étayée : l’expérimentation n’a concerné que 17 caméras pour une quarantaine de gardes champêtres…

De plus, cette pérennisation s’accompagne d’un affaiblissement des garanties juridiques : certaines interdictions prévues dans la loi expérimentale, comme la transmission des enregistrements en temps réel au poste de commandement et la consultation en direct des enregistrements par les agents, ont purement et simplement disparu du projet de loi.

De manière générale, les caméras-piétons sont un dispositif néfaste qui participe à la «  robocopisation  » des policiers et par conséquent à creuser le fossé entre la police et la population (voir notre brochure sur la VSA ou encore le récent sujet de Last Week Tonight sur le sujet aux États-Unis).

Les dispositifs de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI)

L’article 8 du projet de loi étend la capacité des policiers municipaux à utiliser des dispositifs de lecture automatisée de plaques d’immatriculation (LAPI) pour l’ensemble des infractions au code de la route. Ces dispositifs sont composés :

  • d’un capteur vidéo, mobile ou fixe permettant de prendre en photo les données signalétiques du véhicule ainsi que ses occupants ;
  • d’un logiciel de traitement de l’image qui permet de numériser la plaque (dans tous les cas) et de détecter des comportements prédéfinis (dans certains cas seulement).

Ils captent donc des images portant sur des données personnelles : numéro d’immatriculation du véhicule, photographie du véhicule et de ses éventuels occupants, ce qui remet en question le principe d’anonymat dans l’espace public. Ces données feront ensuite l’objet de traitements automatisés, notamment une consultation du système d’immatriculation des véhicules (SIV).

Or, l’unique garantie prévue par le projet de loi se résume à une autorisation préfectorale qui se bornerait à préciser les modalités d’information de la mise en œuvre des dispositifs LAPI. Cela est largement insuffisant comme le dénoncent le Conseil d’État et la CNIL qui plaident pour l’instauration de garanties supplémentaires. Le Conseil d’État estime par exemple que le champ des données recueillies est trop important, la photographie des occupants n’étant « pas nécessaire pour constater les nouvelles infractions autorisées ».

Finalement, le projet de loi ouvre (ou élargit) l’accès de la police locale à des technologies défaillantes et dangereuses pour les libertés. Le tout financé généreusement (et plus illégalement) par les régions comme en rêvait Valérie Pécresse.

Un arsenal technologique financé par la région

L’article 9 du projet de loi prévoit que les régions puissent « contribuer au financement des projets […] concourant à l’équipement des polices municipales ou à la mise en œuvre de systèmes de vidéoprotection. » Il balaye ainsi discrètement un principe fondamental du droit administratif : l’incompétence des régions en matière de sécurité, d’ordre public ou de forces de police.

Le gouvernement justifie cette disposition par la nécessité de financer les coûts de la formation supplémentaire des policiers municipaux dotés de missions de police judiciaire. Or, cette finalité n’est absolument pas mentionnée dans l’article. En réalité, il s’agit de légitimer le programme sécuritaire déjà mis en œuvre par certain·es président·es de région, à l’instar de Valérie Pécresse, en toute illégalité. En l’état des discussions parlementaires, l’article 9 du projet de loi légaliserait les subventions (à l’instar de celle de la région PACA annulée il y a quelques années par la justice5TA Marseille, Préfet des Bouches-du-Rhône 17 décembre 2019, n° 1703337.) de communes par une région pour financer l’équipement des polices municipales, comme des drones, et sauverait l’actuel « bouclier de sécurité » de la région Île-de-France que nous contestons actuellement en justice aux côtés d’élu·es d’opposition. L’ancien ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, avait d’ailleurs explicitement promis à une sénatrice proche de Valérie Pécresse, en juillet 2025, qu’un article du futur projet de loi polices municipales donnerait compétence aux régions en matière de sécurité. Cet article est donc clairement le résultat du lobbying de Valérie Pécresse et de ses allié·es pour sauver son « bouclier de sécurité » devenu la colonne vertébrale de la Technopolice francilienne.

Ce projet de loi montre bien toute l’hypocrisie des dirigeants, qui rognent sur la moindre dépense pour mener une politique sociale ou écologique tout en faisant couler à flots les subventions pour les politiques sécuritaires (depuis 2016, la région Île-de-France a octroyé 145 millions d’euros de subventions aux communes pour l’équipement des polices municipales ou la vidéoprotection). En s’enfermant dans cette rhétorique de la peur, le gouvernement et ses partisans privilégient la coercition à la prévention et ne traitent à aucun moment les causes de la délinquance à la racine.

Amendes, consultation des fichiers, contrôles d’identité… : les nouveaux pouvoirs démesurés de la police municipale

En plus d’autoriser de nouvelles technologies de surveillance pour les polices municipales, le projet de loi renforce aussi les pouvoirs des agents, rendant toujours plus floue la frontière entre police nationale et police municipale.

Par principe, la police municipale remplit des missions de police administrative, c’est-à-dire qui visent à prévenir les atteintes à l’ordre public, et non à réprimer des infractions comme la police judiciaire. Toutefois, les policiers municipaux ne sont pas complètement étrangers aux missions de police judiciaire : en leur qualité d’agents de police judiciaire adjoints (APJ), ils détiennent la faculté de constater certaines infractions en établissant un procès-verbal. Néanmoins, ils ne sont compétents ni pour infliger des amendes, ni pour arrêter les auteur·rices de l’infraction, ni pour enquêter, ces pouvoirs étant réservés à la police et la gendarmerie nationales.

L’article 2 du projet de loi déséquilibre cette répartition en octroyant d’importantes prérogatives judiciaires aux policiers municipaux. En pratique, les maires n’auront qu’à demander à leur conseil municipal pour que soit créé un « service de police municipale à compétence judiciaire élargie » (SPMCJE), composé de policiers municipaux encadrés par chefs et les directeurs de service (appelés « personnel d’encadrement »)6La police municipale est composée de différentes catégories de fonctionnaires : les agents de police municipale et gardes champêtres (catégorie C) ; les chefs de service (catégorie B) dont la fonction est accessible par concours externe sans avoir jamais travaillé dans le corps de la police municipale ; et les directeurs de service (catégorie A) qui doivent justifier d’une longue expérience dans la police municipale..

Dans la version votée par le Sénat, les policiers municipaux des SPMCJE pourront constater une vingtaine d’infractions supplémentaires : occupation illicite d’un hall d’immeuble, vol, conduite avec permis de conduire invalide ou en grand excès de vitesse, usage de stupéfiants, pénétration sur une aire de compétition sportive, intrusion dans un établissement d’enseignement scolaire, abandon ou dépôt illicite de déchets, etc. Petit détail non négligeable : afin de constater le délit d’occupation illicite, l’article 2 bis autorise les polices municipales à pénétrer dans les parties communes des habitations sans formalité préalable.

Surtout, les policiers municipaux pourront désormais infliger une amende forfaitaire délictuelle (AFD), en cas de flagrant délit, sans être supervisés. Or, cette généralisation des AFD est particulièrement préoccupante car il s’agit d’une sanction pénale prononcée en dehors de tout procès, au mépris des principes du droit pénal (présomption d’innocence, droit au recours et au procès équitable, individualisation des peines, etc.). De plus, il a aujourd’hui été démontré, comme l’a rappelé le Conseil national des barreaux dans un avis, que l’AFD est un instrument discriminatoire car elle cible d’abord les personnes en situation de précarité, à l’image de personnes sans abri se réfugiant des les halls d’immeuble ou les établissements scolaires, et est parfois sciemment dévoyée à l’encontre des personnes jugées « indésirables » dans certains quartiers (voir l’avis de la CNCDH, § 33, et le communiqué du Syndicat de la magistrature).

D’ailleurs, face aux multiples dysfonctionnements de la procédure d’AFD, un rapport de la Mission d’urgence relative à la déjudiciarisation, commandé par le ministère de la justice, préconisait début 2025 une « pause » dans son développement. Le même gouvernement ayant diligenté cette mission va donc à rebours des conclusions de ses propres services en s’entêtant à déployer un dispositif défaillant.

Par effet boule de neige, l’octroi du pouvoir d’infliger des AFD aux policiers municipaux a été assorti de l’autorisation de consulter deux fichiers. D’une part, le fichier des véhicules terrestres à moteur assurés, pour vérifier si le véhicule est assuré ou non. D’autre part, le fichier des traitement d’antécédents judiciaires (TAJ), dans le cadre de quatre infractions uniquement, pour déterminer si la personne visée par une amende est en état de récidive (une AFD ne pouvant pas être prononcée si c’est le cas). Seul le personnel d’encadrement pourra effectuer de telles consultations.

En dehors de la verbalisation des infractions, une panoplie de prérogatives qui étaient auparavant l’apanage exclusif de la police nationale et de la gendarmerie sont mises à disposition de la police municipale : dépistage du taux d’alcoolémie ou de l’usage de stupéfiants, y compris en l’absence de raisons plausibles de soupçonner une infraction, inspection visuelle des véhicules (dont le coffre) lorsque leur conducteur ou passager commet un crime ou délit flagrant, et enfin contrôle de l’identité sur la base d’un simple soupçon. Le tout sous la houlette d’un personnel d’encadrement qui n’est pas spécialement formé aux fonctions de direction (ni d’encadrement…).

La police municipale est ainsi amenée (et incitée7Les sénateurs ont adopté trois amendements identiques instaurant le reversement partiel ou total du produit des AFD aux communes dotées d’un SPMCJE, ce qui les poussera nécessairement à inciter leurs agents à verbaliser.) à accomplir davantage de missions répressives au détriment de ses missions habituelles de prévention. Ce « glissement » de l’activité des polices municipales et des gardes-champêtres vers les missions traditionnelles de la police et de la gendarmerie nationale contribue à la dérive des pouvoirs de police. Ainsi, il confie des pouvoirs répressifs à des agents peu ou mal formés, à l’image des missions confiées à des agents de sécurité privés.

Mais, également, il conduit les policiers municipaux à se substituer aux policiers nationaux au lieu de les compléter. La Cour des compte s’alarmait dès 2020, dans son rapport sur les polices municipales, du fait que « le développement des polices municipales conduit les forces de l’État – et principalement la police nationale en zone urbaine – à les utiliser comme force d’appui, au risque de créer une relation de dépendance ». Elle concluait que « l’assimilation de certaines polices municipales aux forces nationales est préjudiciable pour les communes, qui exposent leurs agents à des risques auxquels ils ne sont pas formés à faire face, et pour l’État, dont la mission régalienne de sécurité repose sur des moyens extérieurs », sans oublier la population qui subit ce double préjudice par ricochet. Ce changement de paradigme va donc nécessairement tendre les relations entre policiers municipaux et habitant·es, et plus largement peser sur les relations police-population.

Un imbroglio juridique

Le débordement de la police municipale sur le domaine judiciaire repose en outre sur un montage juridique kafkaïen. Pour éviter une troisième censure du Conseil constitutionnel, le gouvernement prévoit un système de double tutelle : celle du maire, lorsque les policiers municipaux exercent leurs missions classiques de police municipale, et celle du procureur de la République, lorsqu’ils exercent des missions de police judiciaire.

Le problème est qu’en pratique, ce système engendrera une forte confusion pour les usagers car rien ne permettrait de déterminer à quel titre les policiers municipaux interviennent, et donc de savoir s’ils outrepassent leurs compétences. Par exemple, en l’état actuel des discussions parlementaires, l’article 2 du projet de loi prévoit que les policiers municipaux d’un SPMCJE sont compétents pour procéder à des contrôles d’identité. Les policiers municipaux d’un service de police classique (c’est-à-dire un service qui n’est pas un SPMCJE) pourront ainsi jouer sur l’opacité de leur statut pour contrôler l’identité des habitant·es de la commune en toute impunité.

Ce chevauchement opérationnel complique également les contrôles par les autorités compétentes : qui, du maire ou du procureur, se déclarera compétent pour vérifier les modalités d’exécution d’une mission administrative qui a dérivé en mission judiciaire, ou inversement ? Les abus passeront mécaniquement plus facilement à travers les mailles du filet.

Dans son avis sur le texte, le Conseil d’État pointe les multiples dysfonctionnements du montage juridique envisagé : « l’extension des prérogatives judiciaires des agents de police municipale, le rôle nouveau joué par les personnels d’encadrement et le contrôle renforcé de l’autorité judiciaire vont nécessairement accroître les zones d’incertitude en termes d’articulation des compétences (compétences complémentaires ou concurrentes, caractère distinct ou mixte des infractions constatées…), au risque, notamment de fragiliser les procédures engagées et, en fin de compte, d’affaiblir l’efficacité du dispositif envisagé. […] le fonctionnement d’un tel régime de procédure pénale à géométrie variable sera complexe à mettre en œuvre compte tenu des risques de mésusage ou de confusion des compétences détenues ou non par les agents de police municipale, en fonction du contexte ».

En plus d’être illisible, l’encadrement des policiers municipaux par l’autorité judiciaire est illusoire : il est certain que le parquet n’aura pas la capacité de les contrôler car c’est ce qui se produit déjà à l’égard de la police nationale, en raison d’un déficit structurel de moyens et d’effectifs, comme l’ont déjà rappelé la Cour des comptes et la Défenseure des droits.

Dans la même veine, si le texte prévoit la création d’un numéro d’identification individuel, calqué sur le référentiel des identités et de l’organisation (RIO) de la police nationale, en pratique, le port du RIO n’est aujourd’hui déjà pas systématique en pratique et son absence est rarement sanctionnée. Cette mesure n’est donc en réalité qu’un pur effet d’annonce.

On ne peut même pas compter sur une amélioration de la formation des agents pour limiter la casse. Déjà, la formation de base des policiers municipaux constitue une version très allégée de celle dispensée aux policiers et gendarmes nationaux (6 mois contre 1 an minimum de formation). Ensuite, si le projet de loi met en place des formations spécifiques pour les agents des SPMCJE, il prévoit en même temps que ces derniers puissent en être partiellement ou totalement dispensés. Enfin, le contenu des formations complémentaires n’est absolument pas détaillé.

Aussi, le projet de loi confie aux policiers municipaux des missions délicates qui peuvent rapidement virer à la confrontation, comme le contrôle d’identité, sans déontologie ni formation appropriées. Cette asymétrie entre niveau de formation et niveau de responsabilité crée un risque non négligeable d’atteintes aux droits fondamentaux, accentué par les moyens invasifs mis à disposition de la police municipale.

En résumé, le projet de loi dote les policiers municipaux de prérogatives et de moyens plus importants qui sont particulièrement dangereux pour les libertés individuelles et collectives. Il sera examiné à partir du 7 avril prochain à l’Assemblée nationale en commission des lois et nous appelons les député·es à le rejeter. Et pour nous permettre de continuer notre travail contre la Technopolice, vous pouvez nous aider en nous faisant un don.

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26.02.2026 à 14:37

Notation des allocataires : la CNAF publie son code mais omet l’essentiel

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Le 15 janvier dernier, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) a dévoilé le code source de la dernière version de son algorithme de notation des allocataires. Cette annonce s’est accompagnée d’une campagne de communication…

Texte intégral (4896 mots)

Le 15 janvier dernier, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) a dévoilé le code source de la dernière version de son algorithme de notation des allocataires. Cette annonce s’est accompagnée d’une campagne de communication de l’administration visant à présenter cette nouvelle version comme répondant aux critiques auxquelles l’algorithme fait face depuis plusieurs années, alors que 25 organisations européennes menées par La Quadrature du Net attaquent la CNAF en justice. À l’entendre, ce nouvel algorithme garantirait « la protection des droits des personnes » et « l’équité » de tous·tes face aux pratiques de contrôle de l’institution. Mais cette opération de communication vise à masquer l’essentiel : l’analyse du code et une étude de la CNAF elle-même montrent que le nouvel algorithme discrimine toujours les mêmes populations.

Rappelons l’affaire avant de continuer : depuis 2010, la CNAF (Caisse nationale des allocations familiales), utilise un algorithme pour orienter ses contrôles. Cet algorithme recherche les indus, c’est-à-dire les foyers qui auraient reçu plus de prestations sociales que ce à quoi ils ont droit. La plupart du temps, ces indus existent en raison d’erreurs de déclaration, parce que les conditions pour recevoir des prestations sociales se complexifient lorsqu’elles concernent les personnes les plus pauvres. Chaque mois, chaque foyer se voit attribuer par l’algorithme un score, compris entre 0 et 1, qui représente la probabilité que, si un contrôle était ouvert, un indu de plus de 600€ par mois sur 6 mois soit trouvé. Et comme l’objectif de cet algorithme est d’orienter les contrôles vers les dossiers les plus faciles, la conséquence est que plus le score d’un foyer est élevé, plus le risque de contrôle est important.

Quatre versions de l’algorithme ont été utilisées depuis la mise en place de ce système : une version conçue en 2010 (où trois « sous-modèles » calculaient trois scores, le plus élevé étant retenu) ; une version conçue en 2014 (cette fois à modèle unique) ; une version de 2018 (à modèle unique aussi, que la CNAF vient tout juste de publier en catimini) ; et la toute nouvelle version conçue en 2025 et mise en œuvre en 2026 (publiée par la CNAF en janvier).

En 2022, La Quadrature du Net a commencé à travailler sur cet algorithme. Nous avons donc demandé à obtenir le code source et – plus important encore – les variables et pondérations. Si l’algorithme en cours d’utilisation (version 2018 à cette date) ne nous avait alors pas été communiqué, nous avions eu accès à une ancienne version de l’algorithme et nous avions pu démontrer son caractère intrinsèquement discriminant (voir notre analyse et nos explications).

Un nouvel algorithme ?

En début d’année, la CNAF a modifié son algorithme et a publié le code de cette « nouvelle » version. Cette version, utilisée depuis janvier dernier, apporte des modifications mineures par rapport à l’algorithme que nous avions pu analyser en 2023 (version 2014). Ainsi, on ne retrouve plus de critère qui augmente le score si la personne bénéficie de l’allocation adulte handicapé (AAH) et travaille, ce qui avait fait grand bruit quand nous l’avions révélé. Exit également l’analyse des comportements : la CNAF n’utilise désormais plus le nombre de connexions au site caf.fr, le nombre d’e-mails envoyés ou le nombre de changements de code postal, comme c’était le cas auparavant. La toute récente publication de la version 2018 de l’algorithme montre que la CNAF a également fait le ménage parmi des critères particulièrement scandaleux : ne sont notamment plus utilisés des critères comme le fait d’avoir attaqué en justice sa CAF, de ne pas être de nationalité française, ou de vivre dans un quartier défavorisé1D’autres critères discriminatoires qui étaient présents dans la version 2018 ont été supprimés comme le fait de vivre dans une résidence sociale, un foyer de jeunes travailleurs ou dans une chambre d’hôtel, ou encore de garder son logement étudiant pendant l’été..

Mais derrière cette amélioration de façade, rien ne change. Les personnes pauvres ou précaires sont toujours directement ciblées. Le score de risque augmente ainsi toujours lorsque les personnes bénéficient de certaines prestations sociales (revenu de solidarité active, complément familial, allocation de soutien familial, allocation de rentrée scolaire ou encore l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé) ou pour celles qui auraient le droit à une pension alimentaire (qu’elle ait été touchée ou non). Également, le fait d’avoir des revenus faibles fait toujours augmenter le score2Les foyers ayant entre 0,6 et 1,5 fois le SMIC auront un score plus élevé. La CNAF ne précise pas si le calcul se fait par personne ou pour l’ensemble du foyer..

Pire encore : la CNAF avait introduit dans son algorithme de 2018 des critères ciblant sans équivoque les personnes précaires, critères qui sont aujourd’hui encore utilisés dans la version 2025 et multipliés. Un critère de cumul des prestations sociales a notamment été introduit dans la version 2025 pour cibler les personnes bénéficiant de plus de trois prestations. Les personnes qui touchent plus de 200 euros d’allocations par mois verront également leur score augmenter, comme c’était déjà le cas dans la version 2018 (seul le seuil a changé). Ce nouvel algorithme recherche également toujours la précarité professionnelle puisque les personnes subissant l’ubérisation du monde du travail et qui déclarent une activité non-salariée, les personnes dont le conjoint ne travaille pas, ou celles qui entrent ou sortent du RSA (parce qu’elles ont pu trouver un revenu leur retirant temporairement le droit au RSA) subiront encore un score plus élevé.

Les mêmes populations concernées

Dès lors, quel impact attendre de ces changements sur les profils des personnes ciblées par l’algorithme ? Aucun, et c’est ici un document de la CNAF elle-même qui le prouve.

En octobre 2025, la direction des statistiques, des études et de la recherche (DSER) de la CNAF a réalisé une étude consistant à « simuler » les scores pour différents types de profils socio-économiques (allocataires au RSA, mères isolées, personnes à faibles revenus, …) afin d’identifier les cas de « sur-ciblage », donc les discriminations, dont les allocataires peuvent faire l’objet. Pour cela, cette étude a analysé la part des différentes catégories d’allocataires étudiées dans les 5 % des plus hauts scores – soit les personnes qui auront le plus de risque de se faire contrôler. L’étude a été réalisée pour le modèle 2018 et le nouveau modèle 2025.

Présentée par la CNAF en octobre dernier à son comité d’éthique sur les usages des données, des algorithmes et de l’intelligence artificielle, organe consultatif lancé en mars 20253Ce comité, dont l’objectif est d’aiguiller les choix de la CNAF sur l’usage de nouvelles technologies, notamment l’usage d’algorithmes, n’a qu’un pouvoir consultatif (il n’a pas le pouvoir d’empêcher la CNAF d’utiliser une technologie). Il est composé d’expert·es, de directeur·rices de la CNAF, des membres du conseil d’administration de la CNAF, et de représentant·es d’associations. La Quadrature ne fait pas partie de ce comité, mais d’autres associations parties au contentieux en cours le sont : notre coalition d’organisations a donc pu utiliser les résultats de cette étude dans le recours actuel contre l’algorithme (voir le mémoire en réplique de décembre 2025 qui revient sur la version 2018 de l’algorithme et le mémoire en observations de janvier 2026 qui revient sur le nouveau modèle 2025)., cette étude montre que, tout comme pour le modèle précédent de 2018, les personnes précaires sont surreprésentées dans le nouvel algorithme 2025 au sein du groupe des 5 % des plus hauts scores. C’est-à-dire qu’elles subissent une discrimination par la plus forte probabilité de devoir faire face à des contrôles.

Ainsi, les bénéficiaires du RSA représentaient 13 % des allocataires en 2024 mais entre 39 et 41% des 5% des scores les plus élevés dans le modèle 20254Au total, la DSER identifie que sont surreprésenté·es les bénéficiaires de la prime d’activité ; du RSA ; de l’aide au logement ; du complément familial ; de l’allocation de soutien familial ; de l’allocation de rentrée scolaire ; de l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé.. Les mères isolées, quant à elles, représentaient 14 % des allocataires en 2024 mais 37 à 40 % des plus hauts scores dans les simulations sur le modèle 2025. Cette étude a également mis en lumière une surreprésentation des personnes qui ont plus de trois prestations sociales, celles qui touchent plus de 600 euros de prestations par mois ou encore les foyers dont une des personnes est au chômage.

Enfin, la CNAF a beau mettre l’accent dans sa communication sur le fait qu’elle n’utilise plus de critère de nationalité, l’étude montre cependant que les foyers composés au moins d’une personne de nationalité étrangère ont, dans les faits, toujours plus de risque d’avoir un score plus élevé. Et la situation est encore aggravée pour les personnes ayant une nationalité hors de l’Union européenne. Un cas d’école de discrimination fondée sur la nationalité…

Les surreprésentations mises en évidence par cette étude de la DSER s’expliquent par le fait que les personnes en situations de pauvreté ou de précarité vont cumuler différents critères, qui sont autant de « facteurs de risques » utilisés par l’algorithme. La surreprésentation des personnes au RSA ou des mères isolées peut ainsi s’expliquer par des revenus plus faibles, ou des instabilités dans les revenus. On voit alors tout l’intérêt de réaliser des analyses par profils plutôt que d’analyser les variables prises isolément.

Ne surtout pas se remettre en question

Face à ces éléments, la CNAF s’est lancé aujourd’hui dans une stratégie d’intimidation face à nos organisations qui contestent la légalité de son algorithme en prenant appui sur cette étude de la DSER. Dans son mémoire de janvier dernier, la CNAF a écrit qu’elle s’« interroge sur ses conditions d’obtention » et se montre menaçante puisqu’elle n’exclue pas que « des suites [puissent] être réservées à cet élément » (bien qu’elle reste floue sur lesdites « suites » envisagées).

La Quadrature dénonce une tentative d’intimidation sur nos organisations : ce document a été envoyé par la CNAF elle-même aux organisations de son comité d’éthique, dont certaines sont également requérantes dans ce contentieux5Précisons, par souci de transparence, que La Quadrature du Net, qui ne fait pas partie du comité d’éthique de la CNAF et n’a donc pas eu accès à ce document, a fait une demande de communication de document administratif pour obtenir cette étude. La CNAF a refusé de faire droit à notre demande. La Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) est saisie de l’affaire et nous espérons que son avis arrivera très prochainement..

Cette étude que ne veut pas publier la CNAF traduit en creux l’absence de remise en question de sa propre politique de contrôle. En 2023, interrogée par Le Monde et Lighthouse Reports, la CNAF déclarait qu’elle n’avait jamais fait de travail d’analyse des personnes principalement concernées par son algorithme6Ce qui, en réalité, est faux puisqu’elle le savait dès 2016, grâce au travail des chercheur·euses Vincent Dubois, Morgane Paris et Pierre-Edouard Weill dans leur étude « Politique de contrôle et lutte contre la fraude dans la branche Famille ». En analysant les données de la CNAF, ils et elles ont démontré que l’introduction de cet algorithme en 2010 a eu pour conséquence de réorienter les contrôles vers les personnes précaires. Ce travail universitaire de 2016, pendant longtemps publié sur le site internet de la CNAF, a été discrètement retiré en 2024 (mais vous pouvez toujours en consulter une copie).. Avec cette étude de la DSER, la CNAF ne peut désormais plus nier savoir que son algorithme cible de façon discriminatoire les personnes les plus précaires. Et ce, d’autant plus que les associations tirent également la sonnette d’alarme sur les pratiques de la CNAF. En juin 2025, la question du ciblage des familles monoparentales a par exemple été abordée au sein du comité d’éthique, en s’appuyant notamment sur des témoignages.

Cela n’empêche pas la CNAF de tordre la réalité pour continuer de nier la violence de ses pratiques de contrôle. Ainsi, en février 2025, pour se défendre devant le Conseil d’État, elle écrivait que son algorithme n’avait pas d’« effet significatif sur l’allocataire » parce que « l’ouverture du contrôle expose[rait] simplement à la nécessité de répondre aux demandes qui peuvent être présentées par le contrôleur ». On sait pourtant combien ces contrôles peuvent être intrusifs et engendrer un stress intense en raison des enjeux pour les personnes qui ont besoin de ce filet social de sécurité pour survivre. Celles et ceux ayant déjà subi un contrôle de la CNAF apprécieront l’euphémisme de l’administration…

Une transparence forcée

Dans un publireportage autour de ce nouvel algorithme, Nicolas Grivel, le directeur de la CNAF, affirme que l’administration aurait choisi « d’ouvrir le capot ». En somme, que cette transparence serait de son initiative et qu’il faudrait la féliciter pour cela. Ce qu’il omet pourtant de dire c’est qu’il n’avait plus vraiment le choix.

Il existe en droit de la non-discrimination un principe fondamental : l’aménagement de la charge de la preuve. Parce qu’il est très souvent impossible d’apporter la preuve « parfaite » d’une discrimination, le droit exige plutôt de la part de la partie défenderesse (c’est-à-dire celle qui est attaquée) qu’elle démontre l’absence de discrimination. Nous demandions depuis le début de notre contentieux contre l’algorithme que ce principe soit appliqué : puisque la CNAF avait refusé de nous transmettre la version actuelle de son algorithme mais continuait d’affirmer que celui-ci ne serait pas discriminatoire, c’était à elle de démontrer l’absence de discrimination. Par exemple en transmettant au Conseil d’État et aux organisations requérantes une copie de son code source, ce qu’elle s’était, jusqu’en janvier dernier, refusé de faire.

La Défenseure des droits est venue enfoncer le clou : en octobre 2025, elle s’est exprimée sur notre contentieux en considérant que la CNAF ne prouvait pas l’absence de discrimination indirecte7On distingue en droit deux types de discriminations. La discrimination directe est constituée lorsqu’une variable relative à un critère protégé par la loi est utilisée. La discrimination indirecte est constituée lorsqu’un algorithme a des effets négatifs sur des populations protégées.. Autrement dit, comme la CNAF n’a jamais voulu communiquer son algorithme dans le cadre du contentieux, la Défenseure des droits lui a donné tort.

La CNAF était donc coincée : pour se défendre, elle était en réalité dans l’obligation de publier son algorithme devant le Conseil d’État. Dès lors, le « choix » de le publier en ligne plutôt que de ne l’envoyer qu’au Conseil d’État et à nos organisations ressemble plus à une opération de communication qu’à une volonté de transparence. Notamment pour contrôler le narratif et répéter ad nauseam que ce nouvel algorithme serait réparé, et ainsi doubler nos organisations qui auraient voulu communiquer sur cette affaire d’abord. Surtout, le choix de ne pas publier l’étude de la DSER, puis de publier en catimini la version 2018 de son algorithme qui était encore plus discriminatoire que le nouvel algorithme de 2025, montre à quel point cet « effort » de transparence est loin d’être complet et désintéressé.

De notre côté, nous continuons de nous battre pour exiger la fin de cet algorithme et la remise en cause drastique de la politique de contrôle discriminatoire de la CNAF. La coalition d’organisations que nous menons et qui se mobilise dans ce contentieux a d’ailleurs été rejointe par dix nouvelles structures. Tout le monde déteste cet algorithme. Alors pour nous aider à continuer la lutte, vous pouvez nous faire un don.

References[+]

13.02.2026 à 17:15

QSPTAG #326 — 13 février 2026

robinson
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Bonjour à toutes et à tous ! Cette semaine on revient sur les deux derniers articles publiés sur notre site, on vous rappelle que notre campagne de financement pour 2026 est toujours ouverte, et on s’intéresse donc…

Texte intégral (2731 mots)

Bonjour à toutes et à tous !

Cette semaine on revient sur les deux derniers articles publiés sur notre site, on vous rappelle que notre campagne de financement pour 2026 est toujours ouverte, et on s’intéresse donc aux algos « anti-fraude » de la CAF et à l’avalanche de lois sécuritaires qui arrive.

Bonne lecture à vous !

Alaïs, Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie, Nono et Vi

Lire sur le site

Bienvenue Alaïs !

L’équipe opérationnelle de La Quadrature vient d’être rejointe par Alaïs, élève-avocate en stage jusqu’en juin. Elle nous aidera à l’analyse juridique, le plaidoyer et les contentieux stratégiques. Bienvenue à elle !

Une longue litanie de lois sécuritaires en 2026

Des décennies de choix politiques ont dépouillé l’État et les comptes sociaux d’un certain nombre de leurs recettes, installé une idéologie individualiste qui fait de chacun un entrepreneur de soi-même et culpabilise (voire criminalise) les allocataires des services sociaux, banalisé le traitement de tous les conflits sociaux sous l’angle de la répression, et instauré le recours systématique à des affects racistes et xénophobes pour diviser les populations appauvries et briser la menace politique qu’elles pourraient constituer.

Pourquoi ce long préambule ? Parce qu’il nous ramène à notre sujet en posant le décor de la longue litanie de lois sécuritaires qui vont se présenter dans les semaines et les mois qui viennent. Il semble que l’action politique ne consiste plus qu’à imaginer de nouveaux moyens de surveiller et de punir.

L’écart à la loi ou à la norme, du plus bénin au plus grave, sera invoqué toute l’année pour justifier l’extension et l’intensification de la surveillance de chacune et de chacun — y compris toutes celles et ceux qui « n’ont rien à se reprocher » mais se retrouvent pourtant comme tout le monde devant les caméras, les interdictions et les forces « de l’ordre » qui quadrillent désormais les espaces publics et privés.

Voici donc les mesures prévues pour rendre la société meilleure, d’après nos dirigeants politiques, à la fin de 2026.
Pour préparer les Jeux olympiques d’hiver de 2030, les transports et les événements publics seront surveillés par des caméras algorithmiques à titre « expérimental » jusqu’en 2027 au minimum, puisqu’il est déjà question de prolonger cette expérimentation.
Les logiciels de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI), déjà utilisés pour dresser des contraventions de stationnement, pourront être utilisés dans d’autres contextes de surveillance.
Les polices municipales et les gardes champêtres seront dotés de plus grands pouvoirs de police, ce qui leur permettra par exemple d’utiliser des drones ou d’imposer des contrôles d’identité.
Les administrations sociales auront accès à de nouveaux fichiers (celui des passagers des avions ou celui des communications téléphoniques), pour fouiller la vie des allocataires et contrôler de plus près les fraudeurs supposés.
L’interdiction des réseaux sociaux aux mineur·es de moins de 15 ans, dans l’objectif de limiter leur exposition aux outils de manipulation commerciale, politique et mentale que sont les grandes plateformes, passera probablement par la création d’une identité numérique, liée à l’identité civile de chacun, qui supprimerait l’anonymat de nos navigations en ligne.
Enfin, il est question d’autoriser la vidéosurveillance algorithmique dans les magasins, c’est-à-dire l’analyse permanente de nos comportements lors de nos courses quotidiennes.

Nous ferons bien sûr tout ce que nous pouvons contre ces mesures. Lisez l’article pour en savoir plus sur ces projets de lois, plus ou moins avancés dans leur processus de validation parlementaire, et pour suivre les liens vers nos analyses détaillées des dispositions les plus inquiétantes.

L’article du 30 janvier 2026 : Censure et surveillance : surchauffe au Parlement

Mobilisation accrue contre les algorithmes discriminatoires de la CAF

Fin 2024, La Quadrature et 15 autres associations de défense des droits ont attaqué devant le Conseil d’État les algorithmes de « scoring » utilisés par la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) pour identifier les allocataires les plus susceptibles de frauder et les soumettre à des contrôles invasifs. Notre analyse de l’algorithme utilisé depuis 2018 nous avait permis de montrer que les critères retenus pénalisaient les personnes déjà les plus précaires.

Alors que la première phase du contentieux arrive lentement à son terme, dix nouvelles associations viennent de rejoindre notre action. Entre temps, un avis du Défenseur des droits est venu confirmer ce que nous avançons, et un document interne à la CNAF a reconnu la portée discriminatoire de l’outil. Et en janvier 2026, la CNAF a enfin publié le code de son nouvel algorithme, prenant acte de nos reproches quant à son manque de transparence. Il nous faut encore l’analyser pour voir ce qui a changé.

L’article du 20 janvier 2026 : Algorithme discriminatoire de notation de la CNAF : 10 nouvelles organisations se joignent à l’affaire devant le Conseil d’État

Soutenez La Quadrature en 2026 !

Notre campagne de soutien pour 2026 est toujours ouverte. Nous avons atteint à peu près la moitié de l’objectif pour financer l’association durant l’année. Vous pouvez donc toujours faire un don sur notre site !
Avant les fêtes de fin d’année, nous avions animé notre campagne d’appel à dons avec une série d’émissions en live, pour échanger avec des invité·es autour des difficultés de défendre nos droits dans le contexte politique national et international. Vous pouvez voir ou revoir ces émissions en suivant les liens ci-dessous.
Merci pour votre aide !

Pour nous soutenir en 2026 : Faites un don à La Quadrature du Net
Le thème de la campagne de cette année : À l’heure de la fascisation, soutenez La Quadrature du Net
Émission du 21 novembre 2025 : Sommes-nous à l’heure du Technofascisme ? avec Nastasia Hadjadji (journaliste)
Émission du 26 novembre 2025 : Faire face à la fascisation des médias avec Soizic Pénicaud (journaliste, enseignante et militante) et Clément Pouré (journaliste)
Émission du 3 décembre 2025 : La fascisation est-elle inscrite dans le code ? avec Mathilde Saliou (journaliste) et Pablo Rauzy (enseignant-chercheur)
Émission du 10 décembre 2025 : Surveillance des personnes étrangères avec Romain Lanneau (Statewatch), Paloma et Pauline (Human Rights Observers)
Émission du 17 décembre 2025 : L’état d’urgence sans fin contre les musulman·es avec Mathilde Dabed (Legal Team Antiraciste), Rayan Freschi (CAGE International) et Nicolas Klausser (chercheur au CNRS).

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