22.05.2026 à 17:02
Lisa Murray : Cela aussi passera

22.05.2026 à 17:02
Lisa Murray : Cela aussi passera
4_7 Days © Lisa Murray
Les bienfaits sociaux et émotionnels de l’art en tant que thérapie sont largement reconnus. Mais qu’est-ce qui fait de l’appareil photo un outil si efficace pour gérer des émotions complexes et des traumatismes ? « La photographie me donne la capacité de transposer sur le papier ce que je vois dans ma tête », explique Lisa Murray, une artiste multimédia dont la pratique s’articule autour de la gestion de son traumatisme. « Je trouve que la création est une activité vraiment méditative et très apaisante, car si je ne la concrétise pas, les images restent simplement dans mon esprit. »
This Too Shall Pass © Lisa Murray.jpg
Le dernier projet de Lisa Murray traite de la gestion de divers traitements médicamenteux tout au long de sa vie, en raison d’une maladie et d’une série d’événements traumatisants. Dans deux séries précédentes, Through My Child’s Eyes et For Parts Not Working, la photographe a abordé ces expériences de front. La première disséquait son combat contre le cancer du sein, tandis que la seconde traitait des blessures quelque peu invisibles résultant d’un traumatisme crânien suite à un grave accident de vélo.
Grey Matter © Lisa Murray
This Too Shall Pass a commencé un peu différemment, par une consultation chez le médecin. Après avoir souffert de migraines pendant de nombreuses années, Murray a fini par consulter un neurologue qui lui a expliqué les choses simplement : le système nerveux de chacun a un seuil de référence, et les événements de la vie peuvent le faire passer au-dessus ou en dessous de cette ligne. Lorsque le cerveau de Murray passe en dessous de ce seuil, elle a tendance à avoir une migraine. « Personne ne m’avait jamais donné de repères visuels auparavant, et tout m’a soudain semblé très clair. Il m’a dit : “Voyons si nous pouvons essayer de déplacer ce seuil.” » This Too Shall Pass est né d’un désir d’exprimer visuellement ce parcours physique et psychologique, en combinant la photographie avec des objets numérisés et des images d’archives pour créer des collages numériques saisissants.
Reality © Lisa Murray
Chaque image de cette série est chargée de sens. Par exemple, le portrait aux teintes orangées qui donne son titre à la série, This Too Shall Pass, illustre le soulagement de sortir d’une migraine. « Il y a ces incroyables auras de couleurs qui apparaissent après une migraine, où le monde est d’une beauté incroyable — les plus petites choses sont si éblouissantes », explique-t-elle. Une autre image, intitulée Reality, traite de la difficulté de se sevrer d’un traitement contre le cancer du sein qu’elle a pris pendant 10 ans. Elle représente Murray, portant une prothèse mammaire et un collier sur lequel le mot « reality » est suspendu à l’envers. « Les gens me font remarquer que je le porte à l’envers, mais chaque fois que je le mets et que je me regarde dans le miroir, je le vois dans le bon sens », dit-elle. « La photo évoque aussi le fait d’en être arrivée à un stade où je ne pense plus à subir une chirurgie reconstructive, et où je suis en paix avec ma réalité en portant une prothèse. »
Slipping © Lisa Murray
Un code binaire traverse ces images, inspiré par une découverte inattendue faite alors qu’elle travaillait avec un film moyen format. Murray a remarqué les repères techniques standard des chiffres 10 et 11 imprimés sur le bord du film, et s’est retrouvée attirée par la logique de la notation binaire. Dans les systèmes numériques, 1 signifie ON et 0 signifie OFF : une expression fondamentale de la présence et de l’absence. Pour Murray, cela a offert un vocabulaire précis pour décrire sa propre expérience. « Certains jours, je suis présente, je suis “allumée”, et d’autres jours, quand je jongle avec les médicaments et que j’essaie de revenir à ce niveau de base, je suis “éteinte” », explique-t-elle.
Open Wide © Lisa Murray
Le processus de Murray commence toujours par la photographie, mais « plus j’apprends, plus mon travail s’est élargi pour inclure des techniques mixtes, ce qui peut m’aider à exprimer mes idées de manière plus cohérente », dit-elle. Le fait de partager ce projet avec le monde fait également partie du processus de guérison. « Avec ma première série, j’éprouvais un sentiment de gêne incroyable… [Mais] si je ne m’étais pas exposée au monde, je n’aurais pas obtenu cette guérison en retour, car c’est la réaction des gens qui permet de normaliser les traumatismes. J’ai noué des liens avec tant de personnes qui vivent des expériences similaires et qui sont reconnaissantes pour le travail que je réalise. Et ces liens compensent largement l’isolement que j’ai ressenti en faisant face à mes problèmes de santé. »
Marigold Warner pour LensCulture, le 25/05/2026
Lisa Murray - Cela aussi passera
Soluble © Lisa Murray
22.05.2026 à 12:22
La méthode est toujours la même: tout d'abord on critique le physique, en comparant Delmaire à Doc Gynéco, histoire d'insuffler quelques relents racistes, puis on attaque la notoriété, en expliquant que cet auteur vend "peu", et donc a beau jeu de réclamer des "avantages" sociaux. On le voit bien, les chiens de garde de Bolloré sont lâchés. Mais derrière ces coups bas assez ignominieux, c'est toujours la même rengaine, celle qui fait la lie du fascisme ordinaire première phrase, et qu'avait en son temps bien repéré Umberto Eco: l'anti-intellectualisme.
Je ne suis pas certain qu'on puisse un jour arranger la situation précaire des écrivains, ni même qu'il faille le faire, mais de là à les traîner dans la boue parce qu'ils rappellent, à juste titre, la précarité de leur métier, il y a là, il me semble, un pas de géant, même s'il faut vraiment être tout petit petit pour s'autoriser à le franchir. Comme si être écrivain c'était forcément être un oisif à plume, un parasite bohème, etc – voire être de gauche. Le plus amusant c'est que certains cerbères de droite tantôt affirment, comme on l'a entendu récemment, que les écrivains habitent tous à Saint-Germain-des-Prés et sont grassement payés, tantôt n'hésitent pas à se moquer de leur inexistence commerciale. L'autre argument souvent invoqué étant: ils ont choisi ce métier en connaissance de cause de sa précarité, alors qu'ils ne viennent pas nous les briser avec leurs états d'âme.
Les écrivains, en général, ne cherchent pas la guerre sociale. N'étant pas franchement syndiqués, d'un naturel plutôt individualiste, ils l'ouvrent rarement pour se plaindre. C'est sans doute pour ça qu'on les tolère. Mais que l'un d'eux – ou plusieurs centaines, comme c'est le cas en ce moment – se permette de faire le point sur un statut problématique, et c'est la curée. On sent bien que l'affaire Grasset a piqué au vif les catho-nababs et leurs molosses. Mais méfions-nous: à force d'être attaqué, d'être traité de caste, de privilégiés et/ou de va-nu pieds, le monde littéraire ne va sans doute pas rester assis à encaisser les coups. Cela veut-il dire que les écrivains vont devoir sans cesse monter au créneau? Faire en permanence des choix politiques et éthiques – aller dans telle municipalité, par exemple? Refuser certains honneurs?
La réalité, hélas, est plus simple. Maintenant que l'extrême droite côtoie le pouvoir et exhibe au grand jour la pluralité de ses haines, il devient impossible de ne pas choisir son camp, et pour certains, comme les écrivains qui n'ont pas de statut social défini, ça risque d'être compliqué. Car chaque fois qu'ils n'agiteront pas la queue devant les pions de Bolloré, ils seront la cible d'attaques violentes. Rien de plus tentant qu'une cible désarmée. Si t'as pas de revenus fixes, ferme-la: adage connu.
Alors non, les écrivains ne veulent pas, comme le dit le "journaliste" de l'Express, des "chaises longues", surtout quand on sait le sort qui fut le leur sur le pont du Titanic. Ce qu'ils ne veulent pas, en revanche, c'est ce mépris et ce racisme qui prennent de plus en plus ses aises. Mais tout ça risque d'être un bon indicateur pour notre société: on va voir qui ça choque et qui ça ravit. Ça ne va pas traîner, croyez-moi.
Claro, le 25/05/2026
22.05.2026 à 12:12
La ville, la nuit brodées par Adrienna Matzeg
“7-Eleven.” All images courtesy of the artist and Abbozzo Gallery, shared with permission
Les devantures et les enseignes illuminées caractérisent les balades nocturnes de l’artiste vers les supérettes, les marchés et autres éléments du tissu urbain tentaculaire de ces centres-villes. « Dans ses broderies textiles, cependant, l’énergie de la ville s’estompe », indique un communiqué de la galerie Abbozzo, qui présente sa prochaine exposition solo, After Hours. « Il ne reste que des scènes tranquilles qui ont laissé une empreinte, des instantanés tactiles qui témoignent de ces nuits d’été. »
“Late Night Snack”
After Hours représente une évolution des œuvres de Matzeg liées au voyage, centrées sur des vignettes brodées représentant des en-cas et des attractions routières qui ont un caractère instantané, à la manière d’un journal intime. Des façades brillamment éclairées et des étalages audacieux semblent flotter à la surface du lin noir, avec l’ajout d’une petite assiette de hanami dango — ces en-cas caractéristiques composés de boulettes de riz roses, blanches et vertes sur un bâtonnet — qui nous rapprochent de l’expérience de l’artiste.
“Jet Lag in Seoul”
After Hours se tient jusqu’u 30 mai à Toronto. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le compte Instagram de l’artiste.
La ville, la nuit brodées par Adrienna Matzeg
Slim Harpie le 25/05/2026