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16.06.2026 à 08:30

De la frontière au Sûq des corps : comment la Tunisie est devenue le rouage d'un système de violence contre les femmes migrantes noires

Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie (CRLDHT)

Au milieu du désert, entre la Tunisie et la Libye, des femmes disparaissent sans laisser de traces. Certaines sont enceintes. D'autres voyagent avec leurs bébés. Beaucoup ont fui la guerre, la pauvreté ou les violences politiques. Elles pensaient traverser une frontière. Elles entrent en réalité dans un système organisé de déshumanisation, où l'arrestation, l'expulsion, le viol et l'exploitation sont devenus des étapes presque routinières d'un parcours migratoire transformé en machine à broyer des vies.

Tiré du site du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie - CRLDHT.

De la frontière à l'enfer libyen : une chaîne organisée de violences

Depuis plusieurs années, les organisations de défense des droits humains alertent sur les violences commises contre les personnes migrantes en Tunisie et en Libye. Mais deux rapports publiés récemment franchissent un seuil supplémentaire : Women State Trafficking, du collectif RR[X]
https://statetrafficking.net/?utm_source=chatgpt.com, et Les routes de la torture, de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT)et du Réseau SOS Torture
https://www.omct.org/fr/ressources/rapports/les-routes-de-la-torture-vol-5-absence-de-solutions-pour-les-personnes-en-deplacement-en-tunisie.

Ils ne décrivent plus seulement des abus isolés ou des dérives sécuritaires. Ils documentent l'existence d'un système transfrontalier où les politiques migratoires européennes, la répression tunisienne et les réseaux libyens de détention et d'exploitation s'articulent dans une même chaîne de violence. Les mots choisis par les auteurs ne sont pas neutres. RR[X] parle de traite d'État. L'OMCT décrit un environnement tortionnaire. Dans les deux cas, il ne s'agit plus simplement d'évoquer des violations des droits humains, mais de montrer comment des institutions étatiques directement ou indirectement participent à la production d'un espace où la violence est devenue structurelle. Le rapport Women State Trafficking, fondé sur 33 témoignages recueillis entre décembre 2024 et février 2026, décrit avec précision le fonctionnement de cette mécanique. Des femmes migrantes sont arrêtées lors de rafles à Sfax, à Tunis ou dans d'autres villes tunisiennes. Elles sont ensuite transférées vers des zones frontalières ou des camps contrôlés par la garde nationale tunisienne, avant d'être remises à des groupes armés ou à des réseaux opérant en Libye. Là commence une autre phase de l'horreur : détention arbitraire, violences sexuelles, rançons, prostitution forcée, esclavage domestique.

Le corps des femmes comme terrain de domination

Ce qui frappe dans les récits recueillis par RR[X], c'est précisément le caractère méthodique de la violence. Les témoignages parlent de fouilles corporelles humiliantes, de femmes battues devant leurs enfants, de viols commis dans des centres de détention, d'absence totale de soins médicaux pour des femmes enceintes ou blessées. Le corps des femmes devient un territoire de domination absolue. Pour celles qui ne peuvent payer leur rançon, l'exploitation sexuelle apparaît comme la seule issue possible pour sortir des geôles libyennes. Mais cette prétendue sortie n'en est pas une : les maisons de prostitution forcée ne sont qu'une autre forme de captivité. Ces violences ont été portées devant le Parlement européen lors d'une session organisée par Ilaria Salis, députée européenne pour Alleanza Verdi e Sinistra (groupe The Left), Leoluca Orlando, député européen pour Alleanza Verdi Sinistra (groupe Greens/EFA), et Cecilia Strada, députée européenne du Parti démocrate (groupe Socialists & Democrats). Le rapport de l'OMCT vient compléter et approfondir ce tableau. Là où RR[X] suit principalement le trajet des expulsions et de la traite vers la Libye, Les routes de la torture élargit l'analyse à l'ensemble du système tunisien de gestion migratoire. L'organisation documente des arrestations arbitraires, des déplacements forcés vers les frontières désertiques, des violences physiques et psychologiques, ainsi qu'une multiplication des pratiques de déshumanisation à l'encontre des personnes migrantes noires.

L'externalisation des frontières : le prix caché du « succès » européen

Le rapport souligne surtout un élément fondamental : ces violences ne sont pas accidentelles. Elles s'inscrivent dans un contexte politique précis, marqué par le durcissement simultané des politiques migratoires tunisiennes et européennes. Au cours des quatre premiers mois de 2026, le nombre de franchissements irréguliers vers l'Union européenne a continué de diminuer, une baisse de 40% par rapport à la même période de l'année précédente. Selon les données préliminaires de Frontex, l'agence européenne chargée de coordonner la gestion des frontières extérieures de l'espace Schengen, un peu plus de 28 500 passages ont été enregistrés. Cette tendance reflète une combinaison de facteurs : coopération renforcée avec les pays partenaires, mesures préventives dans les principaux pays de départ, conditions météorologiques difficiles en début d'année. Les arrivées en Italie depuis la Tunisie ont, elles aussi, fortement diminué.

Les gouvernements européens présentent ces chiffres comme un succès sécuritaire. Mais derrière les statistiques se cache une autre réalité : celle d'une externalisation toujours plus brutale des frontières de l'Europe. Depuis la signature du mémorandum d'entente entre l'Union européenne et la Tunisie en 2023, Tunis occupe une place centrale dans la stratégie européenne de contrôle migratoire. Soutien logistique, équipements de surveillance, coopération sécuritaire : en 2026, l'UE a confirmé un appui global d'environ 130 millions d'euros à la Tunisie dans le cadre des programmes de gestion des frontières et des migrations. L'Europe renforce donc les capacités tunisiennes de contrôle au moment même où les organisations internationales dénoncent l'aggravation des violations des droits humains. L'OMCT rappelle d'ailleurs que la Tunisie ne peut être considérée comme un « pays tiers sûr ». Pourtant, malgré les rapports d'Amnesty International, du Haut-Commissariat aux droits de l'homme et les enquêtes journalistiques et universitaires accumulées depuis deux ans, les institutions européennes continuent de renforcer leur coopération avec Tunis. Plus troublant encore : le rapport Women State Trafficking révèle que la Commission européenne a refusé, en avril 2025, l'ouverture d'un couloir humanitaire pour plusieurs témoins victimes de traite, au motif que la Tunisie et la Libye ne seraient pas des « pays en guerre ». Cette réponse dit l'essentiel du problème européen : la violence devient politiquement acceptable tant qu'elle reste éloignée des frontières visibles de l'Union. La Méditerranée centrale fonctionne désormais comme un espace d'exception juridique, où des pratiques illégales sur le sol européen deviennent tolérées dès lors qu'elles sont sous-traitées à des partenaires extérieurs.

Racisme, impunité et responsabilité des États

Dans ce contexte, le concept de « state trafficking » prend toute sa portée. RR[X] ne parle pas d'une simple défaillance des États, mais d'un système dans lequel des appareils sécuritaires participent activement à des mécanismes de traite humaine. Les expulsions collectives vers la Libye ne produisent pas seulement du refoulement : elles alimentent directement un marché de la détention, de l'extorsion et de l'exploitation sexuelle.

L'OMCT va plus loin encore en évoquant la responsabilité indirecte de l'État tunisien. Même lorsque les violences sont commises par des groupes armés, des trafiquants ou des particuliers, l'absence de protection, l'impunité et la tolérance institutionnelle engagent la responsabilité des autorités. Cette continuité entre violence étatique et violence criminelle constitue l'un des éléments les plus inquiétants des deux rapports. Les femmes migrantes noires se retrouvent ainsi au croisement de plusieurs formes de domination : raciale, sécuritaire, patriarcale et économique. Le racisme anti-noir en Tunisie amplifié depuis le discours de Kaïs Saïed en février 2023 a installé un climat où les personnes subsahariennes sont devenues des cibles permanentes de suspicion et de haine. Les deux rapports montrent comment cette racialisation facilite les arrestations arbitraires, les violences policières et l'indifférence généralisée face aux abus.

Les frontières de l'Europe déplacées vers le Sud

Au fil des pages, une autre réalité se dessine : l'effondrement progressif de toutes les voies de protection. Les possibilités de réinstallation restent extrêmement limitées. Les voies légales d'accès à l'Europe se réduisent. Les ONG sont criminalisées ou empêchées d'agir. Même les dispositifs de retour dits « volontaires » s'inscrivent souvent dans un contexte de pression, de peur et d'absence totale d'alternative réelle. Ce rétrécissement produit un désespoir profond. Beaucoup des femmes interrogées dans les deux rapports connaissent les risques qu'elles encourent. Elles savent ce qui les attend en Libye. Pourtant, elles continuent de partir, de traverser, de tenter la mer. Non pas parce qu'elles ignorent le danger, mais parce que l'immobilité est devenue encore plus dangereuse que la route. L'une des forces de ces rapports est précisément de replacer les témoignages humains au centre du débat. Derrière les catégories administratives « flux migratoires », « gestion des frontières », « lutte contre les passeurs » il y a des femmes qui accouchent en détention, des mineurs isolés victimes de violences pendant les expulsions, des mères séparées de leurs enfants, des survivantes enfermées dans des maisons de prostitution en Libye. Ces récits dérangent parce qu'ils révèlent une vérité que les gouvernements préfèrent taire : les frontières européennes ne s'arrêtent plus à la Méditerranée. Elles se prolongent dans les camps, les prisons et les zones désertiques du Maghreb. Et plus ces frontières se déplacent vers le sud, plus la violence devient invisible pour les opinions publiques européennes.

Les rapports de RR[X] et de l'OMCT constituent bien plus qu'un travail de documentation. Ils posent une question centrale pour l'avenir euro-méditerranéen : jusqu'où les États européens sont-ils prêts à déléguer la violence pour empêcher les migrations ?

Car derrière le langage technocratique des accords migratoires se dessine un ordre frontalier fondé sur la dissuasion, l'épuisement et la peur. Un ordre dans lequel certaines vies deviennent négociables, expulsables et exploitables.

Entre la Tunisie et la logique d'externalisation des frontières, les femmes migrantes noires en paient aujourd'hui le prix le plus lourd.

https://crldht.com/de-la-frontiere-au-suq-des-corps-comment-la-tunisie-est-devenue-le-rouage-dun-systeme-de-violence-contre-les-femmes-migrantes-noires/

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Women State Trafficking Expulsion et vente de migrants de la Tunisie vers la Libye

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Violence de genre, expulsion et traite des femmes noires migrantes entre la Tunisie et la Libye

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Les routes de la torture Vol.5 : Absence de solutions pour les personnes en déplacement en Tunisie

Ce rapport met en lumière l'ampleur des violations des droits humains subies par les personnes en déplacement en Tunisie entre mai et décembre 2025, tout en revenant sur plusieurs évolutions marquantes observées début 2026. Dans un contexte marqué par le manque criant d'options légales et durables, il montre comment l'absence de perspectives pousse de plus en plus de personnes vers des traversées maritimes dangereuses et d'autres stratégies à haut risque. Le rapport souligne ainsi l'urgence de renforcer des solutions sûres, régulières et fondées sur les droits, afin de réduire les vulnérabilités, prévenir les abus et offrir de véritables alternatives aux routes migratoires irrégulières et souvent mortelles.

Télécharger le Rapport

En savoir plus sur ce sujet
Vous pourriez également être intéressé-e-s par la lecture des rapports
Les routes de la torture Vol.1, qui couvre la période de juillet à octobre 2023,
Les routes de la torture Vol.2, qui couvre la période de novembre 2023 à avril 2024,
Les routes de la torture Vol.3, qui couvre la période de mai 2024 à octobre 2024,
etLes routes de la torture Vol. 4, qui couvre la période de novembre 2024 à avril 2025.

https://www.omct.org/fr/ressources/rapports/les-routes-de-la-torture-vol-5-absence-de-solutions-pour-les-personnes-en-deplacement-en-tunisie
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Remises en question de l'adoption internationale

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Depuis le début des années 2000, le nombre d'adoptions internationales connaît une chute spectaculaire à l'échelle mondiale. Parallèlement, ces dernières années, de plus en plus de personnes adoptées adoptent un discours critique vis-à-vis des pratiques et revendiquent des changements. Ces deux phénomènes traduisent une remise en question profonde de la pertinence du modèle de l'adoption internationale comme solution pour les enfants vulnérables. Est-ce que la fin aurait sonné pour l'adoption internationale ? Et qu'est-ce que cela signifie pour les enfants qui n'ont pas de milieu familial apte à les soutenir ?

Le déclin des adoptions internationales est marqué par une baisse de plus de 80 % à l'échelle mondiale depuis les années 2000. En 2004, on comptait plus de 45 000 adoptions internationales par an ; en 2019, ce chiffre est tombé à moins de 5 000, avec une chute encore plus prononcée après la pandémie de COVID-19 [1]. Au Québec, le nombre d'adoptions internationales a également chuté, passant de plus de 1 000 enfants par an à la fin des années 1990 à seulement 36 en 2023 [2].

Cette baisse s'explique par plusieurs facteurs, dont une prise de conscience accrue des effets négatifs des adoptions mal encadrées sur les enfants et la dénonciation des adoptions illicites ayant eu lieu dans plusieurs pays. En France, par exemple, la révélation de milliers d'adoptions illégales a profondément ébranlé les perceptions de cette pratique. Les critiques pointent du doigt un système où la « demande » d'enfants jeunes et en bonne santé dans les pays riches a trop souvent alimenté des adoptions rapides, au détriment des droits des enfants et de leurs familles d'origine.

Aujourd'hui, les adoptions internationales sont de plus en plus limitées aux cas où aucun autre placement n'est possible dans le pays d'origine. La majorité des enfants proposés à l'adoption internationale sont désormais des enfants avec des besoins spéciaux, des enfants plus âgés, ou ceux qui souffrent de maladies ou de handicaps. Ces changements ont radicalement modifié les attentes des familles adoptantes, les forçant à revoir leurs projets familiaux pour s'adapter aux nouvelles réalités. Cet état de fait a aussi contribué à la diminution majeure du nombre d'adoptions.

Droits des enfants et réformes législatives

La Convention de La Haye de 1993 a joué un rôle clé dans la transformation de l'adoption internationale en la soumettant à des règles strictes de protection des droits des enfants. Cette convention vise à garantir que l'adoption internationale ne soit utilisée qu'en dernier recours, après l'épuisement des solutions locales, tout en respectant l'identité familiale et culturelle des enfants adoptés.

De nombreux pays d'origine, autrefois grands « pourvoyeurs » d'enfants pour l'adoption internationale (au sens de la dynamique marchande qui s'est instaurée par déséquilibre de pouvoir entre pays riches/pauvres pour contrôler le flux des placements vers l'étranger par rapport à la proportion d'enfants qu'on arrive à garder dans leur communauté et pays), ont mis en place des réformes pour décourager cette pratique. Ils ont rehaussé les critères d'adoption, imposant des conditions plus strictes pour les adoptants, notamment sur l'âge, la santé et les besoins spécifiques des enfants. Ces réformes visent à s'assurer que l'adoption est bien dans l'intérêt supérieur de l'enfant, en respectant ses droits fondamentaux. Elles créent aussi de nouveaux défis pour les familles adoptantes qui doivent se préparer à accueillir des enfants avec des besoins complexes.

Les tensions géopolitiques et les réticences croissantes des pays d'origine à collaborer avec des pays d'accueil ont également contribué à la baisse des adoptions. Par exemple, la Chine, longtemps l'un des principaux pays pourvoyeurs d'enfants à l'adoption internationale, a brusquement annoncé la fermeture de ses portes en septembre 2024, sans explications. Cet événement illustre un tournant majeur : les pays d'origine délaissent de plus en plus l'adoption internationale, qui devient une exception plutôt qu'une norme.

Cette évolution suscite certaines inquiétudes quant au sort des enfants pour lesquels l'adoption n'est plus une option. En l'absence de solutions familiales locales ou internationales, ces enfants risquent de rester dans des institutions, souvent inadaptées à leur bon développement. Malgré la reconnaissance internationale des droits de l'enfant à grandir dans une famille, beaucoup se retrouvent dans des orphelinats, où les conditions de vie sont loin d'être idéales : manque de soins personnalisés et de sécurité affective, et souvent une exposition accrue aux agressions et à la négligence.

Les institutions, même avec de bonnes intentions, ne peuvent pas remplacer le cadre familial. Les enfants qui y grandissent sont confrontés à des défis émotionnels et psychologiques importants, notamment en matière d'attachement et de développement social, et sont davantage exposés à des violences de toutes sortes. Les pays concernés peinent souvent à proposer des alternatives telles que les familles d'accueil ou les adoptions locales, laissant ainsi des milliers d'enfants sans solution durable.

Le point de vue des personnes adoptées

En parallèle de ces évolutions, un autre discours émerge : celui des personnes adoptées à l'international. De plus en plus de voix, notamment parmi les jeunes adultes issus des vagues d'adoption des années 2000, remettent en question l'adoption comme réponse à leurs besoins fondamentaux. Beaucoup partagent le sentiment d'avoir été déracinés, et expriment des deuils multiples : perte de liens avec leurs parents biologiques, absence de transmission culturelle et perte de repères identitaires.

Un mouvement international prend de l'ampleur, avec des revendications clés sur l'accès aux informations d'origine. Les personnes adoptées demandent à connaître leur histoire, l'identité de leurs parents biologiques, ainsi que les circonstances de leur adoption. Au Québec, par exemple, l'adoption du Projet de loi 113 en 2018 a marqué un tournant en facilitant l'accès aux antécédents d'adoption et aux retrouvailles familiales, si les deux parties le souhaitent. En juin 2024, le droit de connaître ses origines a été pleinement intégré à la Charte des droits et libertés de la personne avec le projet de loi 2.

Depuis ces réformes, plus de 60 000 demandes ont été déposées auprès des services sociaux du Québec pour lever le secret entourant les origines familiales des adoptés [3]. Ce chiffre inclut les adoptés internationaux, dont les demandes d'accès à leurs dossiers d'adoption ont considérablement augmenté au cours des dernières années. Cette quête de vérité reflète un besoin profond de comprendre leurs origines et de renouer avec une part souvent occultée de leur identité.

Repenser l'adoption internationale

Les revendications des personnes adoptées et les défis posés par le déclin de l'adoption internationale soulèvent des questions fondamentales sur l'avenir de cette pratique. Depuis des décennies, les acteurs de l'adoption débattent de ses enjeux éthiques, notamment en ce qui concerne la protection des droits des enfants.

Il semble aujourd'hui urgent de repenser les politiques de protection de l'enfance, en mettant davantage l'accent sur la prévention des abandons et sur le soutien aux familles biologiques. Lorsqu'il est impossible pour une famille d'origine d'assumer ses responsabilités, des solutions de permanence familiale doivent être envisagées, y compris l'adoption. Toutefois, l'effacement des origines que l'adoption implique au Québec reste un point de tension pour de nombreux adoptés, qui réclament un droit à la transparence et souvent, une reconnaissance de leur double appartenance familiale.

L'avenir de l'adoption internationale devra se construire en tenant compte des multiples dimensions identitaires et familiales des enfants concernés. Ces enfants ont le droit de grandir dans un environnement sécurisant et propice à leur développement, tout en préservant leur identité et leurs liens avec leur pays d'origine.


[1] Selman, P. (2023). « The rise and fall of intercountry adoption 1995-2019 », dans Research Handbook on Adoption Law, Edward Elgar Publishing, p. 321-345.

[2] L'adoption internationale, la recherche des origines et les retrouvailles internationales : Statistiques 2023 (2023). Gouvernement du Québec, ministère de la Santé et des Services sociaux.

[3] Bilan DPJ. (2022). Gouvernement du Québec, ministère de la Santé et des Services sociaux.

Anne-Marie Piché est travailleuse sociale et professeure à l'École de travail social de l'UQAM, où elle se spécialise en adoption.

Illustration : Natascha Hohmann


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