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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 14:30

Le magouilleur

Marie-Ève Mathieu

Pensiez-vous tranquillement aux vacances et comptiez-vous mettre la politique dans votre rétroviseur pour la période estivale ? N'espérez pas trop, elle va vous revenir en arrière de la tête, tel un boomerang.

Pour pas que cela n'arrive pas du tout, il ne faudrait pas que vous déménagiez cet été, car vous pourriez grossir les rangs des 2000 familles sans nouveau logement ou, encore pire, atterrir parmi les 12 000 personnes en situation d'itinérance – attention, ce chiffre est très conservateur, j'ai vu des estimations à 14 000 et nous parlons seulement de l'itinérance visible, pas des couch surfers. La bonne nouvelle, si vous êtes chanceux, vous n'appartiendrez pas, non plus, aux insolvables, dont le nombre atteint des records au Canada, pour cause de hausse vertigineuse du coût de la vie. C'est sûr qu'avec un endettement moyen des ménages québécois à l'équivalent 1,70$ pour chaque dollar gagné, il n'y a pas beaucoup de marge de manœuvre.

Peut-être que si vous roulez – en voiture électrique, minimalement – assez loin dans le Nord, vous pourrez échapper à l'inévitable étuve montréalaise (ou celle de n'importe quelle ville moyenne bien bétonnée), ses pittoresques zones de chaleur, avec pas d'arbres, juste de l'asphalte et pas de piscine publique extérieure. Deux prédictions inverses circulent : ce sera un été aussi frais que 2017 ou, au contraire, cela va être aussi brûlant que les trois dernières années qui, individuellement, ont battu de nouveaux records. Dans ce cas, il faudra monter très haut : je suggère la Baie-James, paraît que c'est très venteux. Vous pourriez essayer d'y tremper vos pieds. Oh non ! Vous ne pourrez pas ! Les bassins hydrologiques sont en baisse de 76%. C'est plus ou moins rendu de gros trous d'eau. Aucune inquiétude à avoir pour les prochains pics de consommation de l'hiver prochain, n'est-ce pas ? L'écologie, l'économie ne s'arrêtent pas l'été. Rendus à ce point, il serait plus simple de vous imaginer en vacances au frais, c'est moins cher et cela consomme moins d'énergie.

Si vous ne vous occupez pas de la politique, elle s'occupe de vous néanmoins

Assurément, si nous avions de bons politiciens, nous pourrions nous reposer pendant l'été, mais, malheureusement, nous sommes pris avec de petits magouilleurs. Nous le savons, tellement qu'en sondage, entre tous les chefs de partis, celui en qui on a le plus confiance, à un point près, est Aucun, qui score à 23%. Tout juste devant : à 24%, PSPP. Non content d'avoir glissé de plus en plus bas dans la confiance des électeurs durant la dernière session parlementaire, il se lance dans un mud fest ou, pour les rigoristes de la loi 101, un festival de la grosse bouette. Lors des bilans de fin de session, il a associé le parti libéral de Charles Milliard au crime organisé. Sérieux ? Milliard est prodigieusement ennuyeux. Son nom, lequel aurait été prophétique pour un banquier, est seulement incongru pour un pharmacien de profession ; et, sa stratégie politique qui consiste à bouger le moins possible, tel un blanc lièvre pris dans un banc de neige en plein hiver, l'invisibilise complètement, ou presque, dans le paysage politique. L'associer aux Hell Angels, le vrai crime organisé, relève de l'humour involontaire. Un Milliard, motard tatoué et devenu chef du parti libéral, aurait quelque chose de truculent.

Bien entendu, PSPP n'a aucun don pour la comédie, sauf par accident, donc il ne voulait pas nous réjouir par ses propos. Il était juste en train de nous préparer une petite magouille préélectorale. Ses propos sont à la limite de la diffamation : par crime organisé, il entendait plus un système de prête-noms que la Casa Nostra, pas le restaurant, l'organisation mafieuse sicilienne. Toutefois, à cause de cette association, le Parti Libéral risque de devoir envoyer une mise en demeure pour sauvegarder sa réputation. PSPP, dans un numéro de claquettes prévisible et toujours pas drôle, va refuser de se rétracter et nous danser la petite danse d'Annie l'orpheline, « C'est une vie de coups durs » ( « Its a hard knock life »). J'insère ici une parenthèse : je ne connais rien aux claquettes, le seul film auquel j'ai pu penser, c'est Anny, la version de 1982, où des orphelines, dont une petite rousse frisée, se plaignent de la vie difficile dont elles sont victimes. Par ailleurs, imaginer PSPP en robe rouge et en souliers vernis, ce n'est pas très rafraichissant sur le plan de la température, néanmoins c'est un peu drôle.

En refusant de se rétracter, disais-je, PSPP ne donnera pas le choix au Parti Libéral d'envoyer ladite mise en demeure et il pourra jouer la victime de censure, se faire le défenseur du peuple contre la corruption ignoble du Parti libéral. Sauf que… Le PQ, historiquement, n'est pas sans faute sur le plan de la corruption. Lors de la commission Charbonneau, des responsables de financement du PQ, comme Ginette Boivin et Lucie Papineau, avaient été pointées du doigt. Les hauts placés dans le parti avaient aussi bénéficié d'informations confidentielles sur des contrats à venir auprès des ministères, cela pouvait laisser supposer une volonté de trafic d'influence. Cet avis sur les malversations possibles du PQ avait finalement été abandonné du rapport final.

Autre fait étrange, en 2019, le PQ cumulait 2,4 millions de déficits et, l'année suivante, il se trouvait avec un surplus 1,3 million. Il semble que PSPP soit meilleur en comptabilité que François Legault, mais, de l'aveu même du site du Journal de Montréal, en 2025, le PQ a environ cumulé, comme chaque année depuis que le nouveau chef est là, 900 000$. Je ne fais pas de journalisme d'enquête et je n'ai pas accès aux chiffres, peu nombreux, des grands médias. Comment ont-ils pu générer plus de 3 millions en une année pour se sortir du trou en 2020 ? Cela m'a toujours paru nébuleux. Comme je crains les mises en demeure, c'est si facile de médire dans un média, voici : je n'affirme pas que le PQ a triché sur le plan des finances, j'affirme simplement les limites de ma compréhension.

Je confirme que je ne pense pas que le PQ est lié au crime organisé. C'est une sorte de rétractation anticipée.

Comme est-ce que l'on doit envisager la campagne à l'automne ? J'ai l'impression que cela va être boueux. Va peut-être falloir investir dans les bottes en caoutchouc.

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16.06.2026 à 14:19

Ruba Ghazal et Sol Zanetti présentent le bilan de la session parlementaire pour Québec solidaire 12 juin 2026

Ruba Ghazal, Sol Zanetti

Nous présentons ci-dessous la transcription du point de presse de Ruba Ghazal et Sol Zanetti du bilan de la dernière session parlementaire et des réalisations de Québec solidaire dans ce cadre.

Ruba Ghazal

Bonjour tout le monde, je suis vraiment très heureuse et fébrile et émue aussi d'être parmi vous ce matin avec Sol, avec toute l'équipe de Québec solidaire. En cette fin de session, mais aussi en cette fin de législature, c'est quand même quelque chose. Vous nous avez vu aller toute la gang de Québec solidaire, on est une équipe engagée, combative, redoutable, efficace, une gang qui lâche jamais quand il s'agit d'améliorer le quotidien des Québécoises et des Québécois. Ça fait aucun doute pour moi, je le dis sans gêne, parce que j'en suis totalement convaincue, on a été la meilleure opposition, pas seulement de la session, mais aussi des quatre dernières années.

Regardez les autres partis d'opposition, aucun autre parti d'opposition n'a réussi à obtenir autant de gains que Québec solidaire.

C'est grâce au travail déterminé de Christine et d'Andres qu'on a obtenu un moratoire contre les évictions.

C'est grâce à Guillaume qui est absent ce matin, et pour des raisons familiales, parce qu'il accueille un nouveau bébé, un deuxième. Donc c'est grâce à lui qu'on va protéger la sécurité des jeunes en interdisant la vente de boissons énergisantes pour les moins de 16 ans. C'est aussi grâce à lui que le PEC vient d'être ouvert pour des milliers de personnes qui ont entendu trop longtemps.

Grâce au travail rigoureux d'Alejandra, on a obtenu 50 millions de dollars pour la rénovation de l'hôpital Douglas qui tombait en ruine.

En éducation, Gabriel a braqué les projecteurs sur l'injustice entre l'éducation des garçons et des filles causés par l'école à trois vitesses. Et c'est grâce à lui que le gouvernement vient de mettre fin à la sélection basée sur les notes pour les programmes particuliers au secondaire. C'est une fin, c'est une mini-reconnaissance de la CAQ qui refuse de reconnaître l'école à trois vitesses. Et c'est quand même quelque chose d'incroyable. Et ça, c'est grâce à Gabriel.

Étienne a affronté le ministre des Finances et a réussi à bloquer Q5, un projet de loi dangereux qui démantèle nos lois environnementales. C'est quand même majeur.

Andrés, Monsieur Logement, c'est comme ça que je l'appelle, a pas lâché le gouvernement jusqu'à le faire abandonner son projet de loi qui s'attaque aux membres dans les coopératives d'habitation parmi les rares qui payent un loyer réellement abordable. Imaginez, en pleine crise. Et c'est grâce à Andress que ces gens-là maintenant sont protégés.

Haroun a tenu tête à la CAQ et a forcé Simon-Jolin Barrette à abandonner son projet de constitution antidémocratique.

Manon a déposé le premier projet de loi de l'histoire du Québec co-construit avec des membres des Premières Nations et des Inuits. Manon est aussi une voie très forte et nécessaire au Parlement pour défendre les communautés LGBTQ+, attaquées de toutes parts aujourd'hui.

Alexandre, aussi avec Guillaume, a participé activement à la mobilisation pour l'hôpital Maisonneuve-Rosemont jusqu'à la dernière seconde. Il a aussi travaillé sans relâche pour défendre les droits des travailleuses et des travailleurs et aussi l'autonomie syndicale.

Je veux aussi personnellement remercier toute mon équipe qui m'a aidée à faire une mobilisation incroyable, hors norme, pour d'hommes et de femmes partout au Québec pour mieux protéger les femmes victimes de violences conjugales alors que les féminicides ne font qu'augmenter au Québec avec l'adoption de la loi Gabi-Renaud.

Et évidemment, mon porte-parole seul, mon Sol, a porté notre vision d'indépendance inclusive partout au Québec. Il a permis, il est en train de permettre à d'autres enfants de la loi 101, comme moi, il y a longtemps, de croire au projet d'indépendance. C'est si important. C'est aussi un défenseur infatigable du droit à respirer un air de qualité pour les gens de son comté.

Donc, vous le savez, je le sais que vous le voyez et que vous le constatez, Le caucus de Québec solidaire a fait un travail exceptionnel à l'Assemblée nationale. J'en suis tellement fière.

Mais aussi dans la rue, avec la société civile, avec les mouvements sociaux. Et tout ça, en étant dans l'opposition, tout ça avec seulement 11 députés. Non mais imaginez tout ce que réaliserait un gouvernement solidaire avec une équipe aussi forte, aussi crédible, aussi efficace.

Bon, on a beau faire des gains, comme on en fait, puis vous le voyez, depuis de nombreuses années, puis on en a fait beaucoup cette session, on a beau faire des gains, malheureusement, les crises continuent, puis les inégalités au Québec augmentent. Moi, sincèrement, je suis tannée. Je suis tannée que la classe moyenne doive continuer à se priver pour payer la base, pour payer le loyer. Je suis tannée que les jeunes ne soient plus capables de s'acheter une maison. Ce n'était pas le cas quand moi, j'étais jeune, mais c'est le cas aujourd'hui. J'en peux plus de voir le nombre de gens dans la rue augmenter. Je trouve scandaleux que nos routes, nos écoles et nos hôpitaux tombent en ruines pendant que le gouvernement de la CAQ dilapide l'argent public, l'argent durement gagné par les Québécoises et les Québécois. Je refuse d'accepter que ce soit une fatalité.

Le Québec n'est pas condamné à choisir entre les responsabilités de la CAQ, la corruption des libéraux ou le virage conservateur du Parti québécois. Tous ces partis ont déjà gouverné. Ils ont contribué, les uns après les autres, à augmenter le cynisme des Québécois et aussi à miner leur confiance en l'État. On les connaît. Ces partis-là ont échoué. Il n'y a rien de nouveau là-dedans.

Les Québécoises et les Québécoises qui veulent, on le sent, on le voit partout, ils veulent du changement. Je les comprends tellement parce que moi aussi, je veux que ça change.

Je veux redonner espoir aux Québécois et aux Québécoises, à mon peuple que j'aime tant. Parce que moi, j'en ai de l'espoir. Surtout quand je vois ce que Québec solidaire, on est capable de réaliser, ce qu'on est capable d'obtenir des gains comme gains pour la population.

Mais sincèrement, je dois vous l'avouer, il y a une limite. Il y a des limites à ce qu'on peut faire comme partie d'opposition. On a beau être la meilleure opposition à livrer la marchandise, à avoir une équipe forte et crédible, rigoureuse, qui travaille très, très fort, il y a une limite à notre action.

Nous, à Québec solidaire, on a une autre vision pour le Québec. On a d'autres ambitions pour améliorer la vie des gens. On a de vraies solutions audacieuses et aussi crédibles. Mais pour les réaliser, ça prend un gouvernement de Québec solidaire. Merci beaucoup. Je laisse maintenant la parole à Sol.

Sol Zanetti

Merci Ruba, merci infiniment.

La société québécoise, elle est prête pour une nouvelle approche. Elle est prête pour faire différemment des 30 dernières années. C'est ce qu'on entend partout.

Les gens veulent du changement et pas juste un changement de chef à la CAQ. Et si l'histoire nous a appris une chose, c'est que lorsque les Québécoises et les Québécois veulent du changement, c'est une question de temps avant que ça arrive. La seule question, c'est quel parti sera à être le véhicule de ces grands changements.

Quand on regarde rapidement le paysage politique au Québec, on se rend vite compte que le seul parti qui peut vraiment amener du changement, c'est Québec solidaire. Parce que nous, on va se battre pour que tout le monde ait un toit abordable. On va construire la suite de notre histoire avec tous les Québécois et toutes les Québécoises de toutes les origines.

On va défendre ce qui crée la vraie richesse collective, nos écoles, notre système de santé, notre langue. On est les seuls à avoir le courage de lancer des débats sur l'équité fiscale en proposant l'imposition des grandes fortunes. C'est ça aussi le bilan de notre session, avoir réussi à imposer une discussion que les autres partis n'oseront jamais avoir.

Ni le PQ, ni le PLQ, ni la CAQ ne sont prêts à affronter le casse-tête fiscale qui nous attend au Québec. Les finances publiques vont mal, on doit réparer nos services publics, rattraper un retard historique dans le maintien des infrastructures, et l'austérité, ce n'est pas un projet de société. Faire payer les ultra-riches qui ont une fortune de plus de 25 millions, ce n'est pas juste une question de justice ou de gros bon sens. C'est aussi une manière d'arrêter, de se demander si on est les moyens et de prendre les moyens de faire ce qu'il y a à faire au Québec.

Prendre les moyens d'avoir une école publique qui nourrit les esprits et remplit le ventre de tous les enfants du Québec. Prendre les moyens de soigner les aînés, la génération qui a bâti le Québec, que ce soit chez eux ou où ils souhaitent. Prendre les moyens de s'affranchir du pétrole une fois pour toutes, et aussi de s'affranchir d'un État canadien qui n'a rien de mieux à faire avec l'argent de nos impôts que de subventionner la guerre et le pétrole. C'est une question d'ambition.

La campagne approche. Les Québécoises et Québécois n'ont pas besoin de résignation, ils ont besoin d'espoir et c'est ça qu'on va leur donner.

Ruba Ghazal

Merci beaucoup, Sol.

Donc, on part, tout le monde ensemble, en direction des élections avec un objectif de démontrer aux Québécoises et aux Québécois que les échecs des derniers gouvernements ne sont pas une fatalité. De leur démontrer qu'on est capable, comme peuple, de faire de grandes choses, que c'est possible.

Ce n'est pas le temps de se résigner à suivre le bateau américain ou de faire des concessions sur nos principes, sur nos valeurs ici au Québec. C'est le moment, au contraire, comme peuple québécois, de nous tenir debout, d'être novateur et d'avoir une vision économique et sociale porteuse d'espoir. C'est maintenant le temps de croire en nous, le peuple québécois, et d'essayer, d'oser essayer quelque chose de nouveau.

Les Québécois et les Québécoises ont le pouvoir de choisir cette voie, celle de l'espoir, celle de Québec solidaire.

Bon, alors la session est peut-être terminée, mais moi, demain, vous me connaissez, je me retrouve sur les manches avec toute l'équipe des solidaires, puis je m'en vais, je vais vous le dire comment je le vois, sur les routes du Québec, je m'en vais à la guerre. Je m'en vais me battre avec les solidaires pour améliorer le quotidien des Québécois. Je m'en vais le couteau entre les dents. Les gens qui me connaissent le savent, ils ne sont pas surpris de ce que je dis.

Je suis extrêmement déterminée, extrêmement optimiste, extrêmement enthousiaste et positive, et je sais que ça, ça va déteindre sur les Québécois pendant la campagne électorale, parce que nous, on refuse de baisser les bras. On a beaucoup, beaucoup à offrir aux Québécois et Québécoises, à la classe moyenne, aux jeunes, aux femmes, à tout le monde, un projet de société qui ne laisse personne dernière.

On a des solutions pour réduire les inégalités et aussi de l'espoir pour vraiment changer les choses.

Merci beaucoup.

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16.06.2026 à 14:16

Le fleuron de l'Alberta en matière de capture du carbone réduit discrètement ses objectifs : –77%

Drew Anderson

L'Oil Sands Alliance, anciennement connue sous le nom de Pathways Alliance, représente les plus grandes entreprises opérant dans les sables bitumineux de l'Alberta [province de l'ouest du Canada au sein de laquelle existe un courant sécessionniste à connotation trumpiste].

10 juin 2026 | tiré du site alencontre.org | Photo : Amber Bracken / The Narwhal.

Depuis 2021, l'Alliance s'est engagée à mener un gigantesque projet de capture du carbone qui réduirait les émissions des sables bitumineux de 68 mégatonnes par an, soit les trois quarts du total de la région industrielle.
Dans le protocole d'accord finalisé entre le gouvernement de l'Alberta et le gouvernement fédéral, ce chiffre a été discrètement ramené à seulement 16 mégatonnes par an, soit une réduction de 77% par rapport à la promesse initiale.

Il y a cinq ans, les cinq plus grands producteurs de sables bitumineux avaient promis que leurs activités seraient neutres en carbone [1] d'ici 2050. Les ambitions étaient colossales : un gigantesque projet de capture et de stockage du carbone permettrait de stocker 68 millions de tonnes d'émissions de carbone dans les profondeurs du sous-sol chaque année [2].

Aujourd'hui, avec la signature d'un protocole d'accord entre l'Alberta et Ottawa [le gouvernement fédéral] visant à faciliter la construction d'un nouvel oléoduc vers la côte Ouest et les promesses de crédits d'impôt se chiffrant en milliards pour soutenir le projet, ces engagements ont chuté.

Dans l'accord, finalisé en mai, il est prévu que ces mêmes producteurs capturent 16 millions de tonnes par an d'ici 2045, soit une baisse de 77% par rapport à l'annonce initiale.

L'engagement d'atteindre la neutralité carbone dans les sables bitumineux s'inscrivait dans le cadre d'une campagne de lobbying intense menée auprès des gouvernements au cours des cinq dernières années, parallèlement à des pressions importantes visant à obtenir un soutien financier pour ce qui pourrait être le plus grand projet de captage du carbone au monde.

Il avait été proposé par la Pathways Alliance – désormais rebaptisée Oil Sands Alliance –, composée des plus grandes entreprises opérant dans les sables bitumineux de l'Alberta : Suncor, Cenovus, Canadian Natural Resources, Imperial Oil et ConocoPhillips.

Les gouvernements fédéral et provincial ont désormais tous deux dévoilé des crédits d'impôt pour la capture du carbone. Ils ont assoupli les réglementations environnementales visant à lutter contre les émissions et se sont engagés à accélérer les projets et tout en signant un accord pour promouvoir activement la construction d'un nouveau pipeline traversant la Colombie-Britannique, même en l'absence d'une entreprise disposée à le construire.

Patrick McCurdy, professeur de communication à l'Université d'Ottawa qui a étudié les arguments environnementaux avancés par l'alliance des entreprises des sables bitumineux, a déclaré que ce revirement s'inscrit dans une tendance plus large au « greenwashing » – une méthode par laquelle les entreprises induisent le public en erreur à travers ce genre d'affirmations.

Il a ajouté que les entreprises « diront tout ce qui est politiquement opportun et tout ce qu'elles peuvent se permettre » pour se forger la légitimité sociale nécessaire à la poursuite de la production de pétrole.

« Elles disposent désormais de cette licence grâce à [le Premier ministre Mark] Carney [du Parti libéral, entré en fonction le 14 mars 2025] », a-t-il déclaré.

La coalition d'entreprises, alors appelée Pathways Alliance, avait explicitement appelé à une réduction de 68 mégatonnes d'émissions par an et avait salué cet objectif dans des communiqués de presse, des éditoriaux et des campagnes publicitaires à grande échelle.

Le projet devait être mis en oeuvre en trois phases, chacune permettant de capturer entre 21 et 25 mégatonnes par an, selon ces premiers objectifs. Une mégatonne équivaut à un million de tonnes.

En décembre dernier encore, le gouvernement de l'Alberta a utilisé le chiffre de 68 mégatonnes dans une présentation destinée aux élus américains, soulignant le potentiel énergétique de l'Alberta.

***

Patrick McCurdy a étudié les affirmations de l'Oil Sands Alliance depuis sa création et a co-publié en 2023 un article consacré à la manière dont celle-ci pratique le greenwashing (ScienceDirect, vol. 112, juin 2024, « Greenwashing, net-zero, and the oil sands in Canada : The case of Pathways Alliance », Melissa Aronczyk, Patrick McCurdy, Chris Russill).

La conclusion de cet article était sans ambiguïté.

« De nombreux indicateurs de greenwashing sont présents dans la communication publique de Pathways Alliance », peut-on y lire. « Leurs messages omettent des informations importantes, utilisent des présentations et des comparaisons trompeuses, et ne répondent pas aux normes attendues d'un plan crédible de zéro émission nette. »

Il indique que les affirmations de l'Alliance en matière d'environnement, de société et de gouvernance devraient susciter des inquiétudes quant à la viabilité de son projet de capture et de stockage du carbone.

Le Canada dispose bel et bien de lois sur le greenwashing – bien qu'elles aient été affaiblies par le gouvernement Carneyl'année dernière. Lorsque ces lois ont été adoptées, Pathways a supprimé de nombreuses promesses environnementales de son site web. Les dispositions anti-greenwashing, qui font partie de la Loi fédérale sur la concurrence, avaient été mises en place en partie pour traiter le problème des entreprises qui annonçaient se diriger vers la neutralité carbone sans présenter de preuves montrant qu'elles prenaient des mesures significatives pour réduire leur pollution par le carbone.

Pathways Alliance, un regroupement des six plus grandes entreprises du secteur des sables bitumineux, prévoit de construire un pipeline de 400 kilomètres destiné à acheminer le dioxyde de carbone depuis les sables bitumineux vers un site de stockage souterrain, dont l'emplacement n'a pas encore été déterminé, dans le nord-est de l'Alberta.

Lors d'une interview, Patrick Mcsabl a déclaré qu'il était courant pour les entreprises pétrolières et gazières de faire publiquement de grandes promesses, puis de faire pression en coulisses pour faire évoluer les critères d'évaluation. « J'imagine qu'elles sont en mesure de réduire ces chiffres, ou de les modifier… car l'acceptabilité sociale ne semble plus être menacée comme elle l'était auparavant. »

L'Oil Sands Alliance n'a pas répondu aux questions de The Narwhal.

Le bureau de la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith [du Parti conservateur uni, libertarienne, en lien avec la sphère trumpiste, en faveur de la « souveraineté » de l'Alberta et opposée à des lois fédérales, entre autres sur la taxe carbone], et celui du ministre de l'Environnement et des zones protégées de l'Alberta, Grant Hunter [de même Parti conservateur uni], n'ont pas répondu aux questions envoyées par e-mail.

Le Bureau du Conseil privé fédéral [centre névralgique de l'appareil gouvernemental fédéral] a bien répondu, mais n'a répondu directement à aucune des questions posées par e-mail, préférant mettre en avant l'équilibre entre la croissance économique et la réduction des émissions.

Lorsqu'on lui a demandé si le gouvernement fédéral était convaincu que le projet pouvait atteindre l'objectif revu à la baisse de 16 mégatonnes, Pierre Cuguen, porte-parole du Bureau du Conseil privé, a déclaré que le pays disposait déjà de projets de capture et de stockage du carbone en exploitation qui prouvent que la technologie peut fonctionner dans des conditions réelles, tout en soulignant que ce projet vise à devenir le plus grand projet de capture du carbone au monde. Il écrit : « Pathways continuera à faire l'objet d'un travail de conception détaillé, d'un examen réglementaire et de décisions d'investissement à mesure que le projet avancera. »

***

Le protocole d'accord entre Ottawa et l'Alberta a finalisé les modalités concernant tous les aspects, du prix du carbone industriel à la mise en place d'un réseau électrique national, mais les conditions relatives au projet de capture du carbone Pathways nécessitent encore un accord tripartite avec les entreprises à l'origine du projet.

Les gouvernements ont toutefois réaffirmé « leur objectif commun » de voir le projet réduire les émissions de 16 mégatonnes par an d'ici 2045, en commençant par 6 mégatonnes lorsque le projet sera mis en service en 2035.

Les sables bitumineux émettent environ 90 mégatonnes de CO ? chaque année, soit près de 33% de l'ensemble des émissions de l'Alberta. Depuis 2004, 15 mégatonnes d'émissions ont été captées par les projets de capture du carbone existants dans la province, soit un peu plus d'une mégatonne par an.

Les deux gouvernements ont convenu de revoir à la baisse les objectifs en matière de prix du carbone, de simplifier les procédures d'autorisation des projets, et le gouvernement fédéral a abandonné le plafond proposé pour les émissions du secteur pétrolier et gazier et a largement confié les évaluations d'impact environnemental à la province. Chacune de ces mesures représente une victoire pour les groupes pétroliers et gaziers.

Sean McCoy – professeur agrégé d'ingénierie à l'Université de Calgary et spécialiste de la capture du carbone – a déclaré que les changements apportés aux engagements en matière d'émissions ne sont pas dus à des évolutions technologiques ou à de nouvelles connaissances. Il déclare : « Permettez-moi de le présenter ainsi : je parie que 99% de ce que nous savons aujourd'hui sur la capture du dioxyde de carbone – voire 99% ou plus – nous le savions déjà en 2021. »

Sean McCoy a indiqué qu'une explication possible de la réduction si drastique de l'ampleur du projet réside dans son coût, le comparant à une rénovation de maison dont les plans ambitieux sont revus à la baisse à mesure que le prix augmente. « C'est assez courant dans ce genre de projets : soit le coût augmente, soit la portée du projet diminue si l'on cherche à respecter son budget. »

Mais Sean McCoy souligne que même ce chiffre réduit de 16 mégatonnes représente le plus grand projet de capture et de valorisation du carbone jamais construit.

Lorsqu'on lui a demandé si l'objectif revu à la baisse était réalisable, McCoy a répondu qu'il était ambitieux. « C'est tout simplement énorme. Il faut considérer l'ampleur de toutes les différentes composantes, car ce n'est pas comme s'ils allaient capturer 16 millions de tonnes à partir d'une seule cheminée. »

Le coût final du projet n'est pas encore connu, mais les estimations font état d'un budget supérieur à 20 milliards de dollars, et l'ancien PDG d'Imperial Oil [filiale à 70% d'ExxonMobil] avait précédemment déclaré que l'alliance visait à ce que 75% des fonds proviennent des gouvernements fédéral et provincial. La majeure partie de cette somme proviendra de crédits d'impôt nouvellement créés.

***

Il y a beaucoup de choses que nous ignorons au sujet du projet Pathways, a déclaré Sean McCoy, il est donc difficile d'évaluer directement les plans.

Patrick McCurdy, qui examine la question sous l'angle de l'influence et de la communication, y voit une intention délibérée. Ses recherches incluent les omissions stratégiques dans le cadre de la stratégie de greenwashing. « Ces entreprises, qui comptent parmi les plus grandes du pays, ont les moyens de mener des « groupes de réflexion » et de faire appel aux meilleurs professionnels de la communication pour élaborer ces campagnes visant à rallier l'opinion publique à leur cause. »

Mais alors que le marketing des sables bitumineux mettait auparavant l'accent sur la nécessité de décarboner et sur l'objectif d'atteindre la neutralité carbone, le message a évolué parallèlement à la révision à la baisse des ambitions en matière de réduction des émissions.

Jon McKenzie, PDG de Cenovus [compagnie pétrolière dont le siège est à Calgary dans l'Alberta], a déclaré aux investisseurs en mai que le débat autour de l'exploitation des sables bitumineux s'était « concentré de manière myope sur l'agenda climatique », selon The Canadian Press, 6 mai 2026.

Il s'agit d'une riposte plus directe aux affirmations antérieures de l'Alliance, mais pour Patrick McCurdy, l'intention a toujours été de repousser le problème à plus tard.

« C'est toujours une histoire du genre “c'est pour très bientôt” », a-t-il déclaré à propos de la technologie de capture du carbone et de certaines de ses promesses les plus ambitieuses. « C'est un refrain bien connu que d'essayer de se tourner vers la technologie pour nous sortir de là. » (Publié le 5 juin 2026 sur le site The Narwhal ; traduction-édition rédaction A l'Encontre)


[1] Sur la « neutralité carbone », voir l'entretien avec la géographe Magali Reghezza-Zitt, auteure de Bienvenue en 2055. Dans un monde neutre en carbone (Le Seuil), sur Mediapart, vidéo « A l'air libre » en libre accès, en date du 2 juin 2026. (Réd. A l'Encontre)

[2] Avec une certaine coïncidence dans le temps, un des projets de captage et stockage de carbone (CSC) parmi les plus amples à l'échelle mondiale est aujourd'hui qualifié de fiasco. Or, le quotidien économique La Tribune du 21 septembre 2020 écrivait : « Le gouvernement norvégien a indiqué ce lundi vouloir investir 16,8 milliards de couronnes (1,6 milliard d'euros) dans le captage et stockage de carbone (abrégé CSC en français ou CCS en anglais pour “Carbon capture and storage”), une technologie jugée prometteuse pour le climat mais extrêmement coûteuse… Le gouvernement envisage enfin d'apporter un financement à Northern Lights. Porté par les géants pétroliers norvégien Equinor, anglo-néerlandais Shell et français Total, le projet vise à transporter du CO2 liquide vers un terminal d'où il sera injecté sous les fonds sous-marins via des pipelines. »

En 2026, l'enquête placée sous les auspices du réseau European Investigative Collaborations (EIC) – réunissant Mediapart, Der Spiegel (Allemagne), VG (Norvège), Le Soir et De Standaard (Belgique) – a abouti à une première conclusion quant au projet encensé en 2020-21 : « Malgré cette orgie de fonds publics [investissement de 1,6 milliards d'euros financé à hauteur de 700 millions par le gouvernement norvégien, 131 millions par l'UE et pris en charge à hauteur de 80% par Oslo pour les coûts d'exploitation] et les communiqués triomphants de ses promoteurs, le projet est aujourd'hui un fiasco technologique et économique… Northern Lights peut actuellement stocker 1,5 million de tonnes de CO2 par an – et 5 millions fin 2028, lorsque les travaux d'extension seront terminés. Mais lors des neuf premiers mois d'exploitation, entre août 2025 et la fin avril 2026, seulement 77.000 tonnes ont été emprisonnées. C'est quinze fois moins que la capacité annoncée. Pour une raison simple : les clients de Northern Lights qui doivent l'alimenter ont toutes les peines du monde à capturer leurs émissions. Quatre usines auraient dû être prêtes l'an dernier pour le lancement. Mais une seule est aujourd'hui opérationnelle : la cimenterie de Brevik, au sud-est de la Norvège, propriété du groupe allemand Heidelberg Materials. »

Pour prendre la mesure de cet écoblanchiment massif, les lectrices et lecteurs de alencontre.org peuvent se référer à l'article publié par Mediapart le 10 juin 2026 (une bonne raison de s'abonner à Mediapart) ou par le quotidien belge Le Soir. (Réd. A l'Encontre)

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