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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 16:52

Aéroport de Saint-Hubert : une soumission au lobby de l'industrie aéronautique

Coalition Halte-Air Saint-Hubert

Longueuil, le 15 juin 2026. À l'occasion de l'ouverture du terminal de Porter à l'aéroport de Longueuil–Saint-Hubert, la Coalition Halte Air Saint-Hubert tient à réaffirmer son opposition ferme et définitive à ce projet d'expansion aéroportuaire. Ce projet a été imposé en 2023 à la population. Les conclusions des consultations publiques de 2022 ont été bafouées.

La Coalition déplore que les impacts de cette expansion n'aient jamais fait l'objet d'une évaluation rigoureuse et indépendante de la part des promoteurs du projet, de Transport Canada, du ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec, du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, ainsi que de l'agglomération de Longueuil. Selon la Coalition, ce projet constitue un contresens sur les plans économique, environnemental, climatique et sanitaire. Vu l'amateurisme avec lequel s'est réalisé ce projet, la Coalition n'a aucun doute que les prétendues retombées économiques annoncées ne compenseront en rien les coûts qui seront assumés par la population. Des dizaines de milliers de résidents et résidentes de l'agglomération subiront une augmentation du bruit
aérien, une détérioration de leur qualité de vie, de la congestion routière, des risques accrus pour leur santé ainsi qu'une possible dévaluation de leur patrimoine immobilier.

La Coalition rappelle également que, contrairement aux affirmations de certaines personnes élues, il n'y a jamais eu de véritable collaboration entre la Ville de Longueuil et les promoteurs du projet Porter. Ce qui a été présenté comme une collaboration s'est en réalité traduit par une soumission au lobby de l'industrie aéronautique, au détriment des préoccupations exprimées par les citoyens et les citoyennes. Cette soumission s'est également manifestée dans certains médias, où un représentant et lobbyiste de l'aéroport a bénéficié d'une tribune lui permettant, à 17 reprises, de présenter sa vision du projet sans véritable mise en perspective contradictoire.

La Coalition estime également que ce projet met en lumière le silence préoccupant des élus et élues de la Coalition Avenir Québec et du Parti libéral du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La contradiction entre leurs engagements climatiques affichés et les décisions concrètes prises sur le terrain mérite d'être dénoncée. L'ouverture du terminal aujourd'hui ne met pas fin au débat. Cet aéroport est sous perfusion d'argent public. Nous en sommes convaincus, le projet Porter ne pourra survivre sans un apport continuel de l'argent des contribuables. La Coalition Halte Air Saint-Hubert poursuivra ses démarches afin que les impacts réels de ce projet soient pleinement documentés et que les décideurs aient à rendre des comptes à la population pour les conséquences de leurs choix.

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Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

16.06.2026 à 16:06

Edgar Morin (1921–2026) : complexité, autocritique et refus de choisir

Adam Novak

Journaliste, philosophe, intellectuel public, Edgar Morin laisse une œuvre qui couvre un siècle d'engagement. Il voyait le marxisme comme fossilisé et développa un cadre épistémologique de la « complexité » où la contradiction exige une suspension permanente du jugement. Il inspira chercheurs, enseignants, journalistes et militants en quête de vérité dans des environnements complexes.

Mais si son approche suscita une solidarité réelle, elle fut adoptée en priorité par des modérés qui, comme Morin, préféraient le dialogue et la pétition pour des concessions plutôt que l'affrontement. Dans Leçons d'un siècle de vie (2021), il énumère les deux grandes erreurs de sa vie --- son pacifisme d'avant-guerre et son stalinisme. Deux aveux sans risque, qui l'un et l'autre tirèrent leurs conclusions vers le courant dominant, là où il fut fêté et honoré.

Le plus jeune philosophe français Daniel Bensaïd partageait la fascination de Morin pour la complexité et la contradiction. Mais le marxisme révolutionnaire de Bensaïd soutenait que l'incertitude irréductible exige un pari stratégique sur l'option révolutionnaire. [1]

7 juin 2026 | tiré d'inprecor.fr
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article79008

Jeune Juif membre de la Résistance française, Morin [2] adhéra au Parti communiste français (PCF), dont il fut exclu en 1951 après la publication d'un article critique --- épisode qu'il raconta avec sa lucidité caractéristique dans Autocritique (Seuil, 1959). [3]

À partir de 1950, il produisit la sociologie du présent qui constituerait sa contribution intellectuelle la plus durable : le refus de séparer la recherche académique de l'événement, de l'actualité. Les six volumes de La Méthode (1977—2004) furent sa somme encyclopédique, mais son vrai laboratoire fut toujours la chronique de journal, la lettre ouverte, la pétition signée.

Un compte rendu détaillé, quoique peu critique, de ces contributions a été fourni par Edwy Plenel, directeur de Mediapart. [4]

Morin proposa la « pensée complexe » --- une épistémologie qui privilégie l'ouverture méthodologique, refuse la clôture systématique et traite l'incertitude irréductible non comme un problème à résoudre mais comme la condition permanente d'une enquête honnête. Sa valeur anti-réductionniste est réelle. Mais elle incorpore une limitation politique : un cadre qui refuse de hiérarchiser les parties à un conflit est équipé pour y servir de médiateur, non pour y prendre parti. Il produit des conclusions commodes pour les centristes, qui affaiblissent la résistance des opprimés et la recherche d'alternatives révolutionnaires. Une méthodologie qui se présente comme purement épistémologique --- concernée seulement par la manière dont nous connaissons, non par ce que nous devrions faire --- n'échappe pas pour autant à une fonction politique. Elle occupe simplement une position qu'elle se refuse à nommer.

L'Algérie, la modération en toutes choses

En septembre 1960, 121 intellectuels français signèrent la Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie --- le Manifeste des 121 --- affirmant le droit des appelés français à refuser de participer à la guerre coloniale et la légitimité de la solidarité avec les Algériens sous occupation. Morin ne signa pas. Il accusa ceux qui signèrent de succomber à la mauvaise conscience. [5] Il parla par la suite de ce qu'il appelait l'idéologie frontiste. [6]

La pétition concernait le droit des appelés français à refuser une guerre coloniale, non la politique intérieure du mouvement nationaliste algérien. Morin se procura lui-même une raison d'éviter de s'opposer à l'impérialisme de son propre pays, et le cadre de la complexité fournit le mécanisme --- le refus d'avaliser sans réserve quelque partie que ce soit à un conflit devint un refus d'agir contre la partie qui colonisait. Morin signa ultérieurement une pétition plus modérée, qui n'était pas explicite sur l'insoumission. [7]

La laïcité, le voile et l'association Ramadan

Morin prit de meilleures positions que beaucoup de gauche française sur les controverses autour du voile qui empoisonnèrent la politique française dans les années 1990 et 2000. Dans un essai de 1990 et à nouveau dans un entretien au Monde de décembre 2003, il soutint que la signification politique accordée aux voiles était disproportionnée au problème réel ; que l'exclusion des filles voilées des écoles laïques était contre-productive ; et que la laïcité française était exploitée pour se régénérer contre une cible anti-islamique. Il reconnut l'appropriation de droite des valeurs républicaines, et exprima sa sympathie pour les protestations des résidents français d'origine musulmane et de certaines parties de la gauche radicale française.

Ce qui compliqua l'engagement de Morin fut sa relation avec l'islamologue suisse Tariq Ramadan. Le cadre dialogique de Morin, qui refuse de réduire toute tradition à ce qu'elle a de pire, l'inspira à s'engager avec Ramadan, qu'il voyait comme l'interlocuteur le plus sophistiqué de l'islam avec la modernité européenne. Ils coécrivirent deux livres --- Au péril des idées (Presses du Châtelet, 2014) et L'urgence et l'essentiel (Don Quichotte, 2015).

Pour lui, l'islam comme le christianisme avait produit dans l'histoire le meilleur et le pire, encore que dans le passé c'est le christianisme qui ait manifesté la pire intolérance. [8]

Sa position évolua d'une laïcité conventionnelle vers une sécularité presque à l'anglaise. C'était cohérent avec ce que l'on pourrait appeler la bienveillance asymétrique inscrite dans l'approche dialogique : un cadre d'ouverture permanente à l'autre tend, en pratique, à s'étendre le plus généreusement vers l'interlocuteur qui se présente comme marginal ou assiégé. Dans le contexte français des années 2000, cela signifiait l'islam. Le mouvement a des fondements de principe --- il corrige un biais réel dans le discours républicain, y compris à gauche --- mais il porta Morin vers Ramadan plutôt que vers les dizaines de femmes que Ramadan agressait.

Lorsque des accusations de viol et d'agression sexuelle contre Ramadan émergèrent en novembre 2017, Morin publia une déclaration. Il reconnut un comportement « imposé par un mâle dominateur obéissant à ses plus violentes pulsions », et écrit que ce qui était à ses yeux incontestable était « la contradiction entre son discours religieux de pureté et de pudeur, et son comportement très profane de séducteur ». [9] Il nomma clairement la contradiction. Il refusa ensuite d'en tirer quelque conséquence que ce soit.

Le mot « pulsions » localise la cause du comportement de Ramadan dans l'impulsion biologique, le détachant entièrement de toute praxis. Pour un penseur qui avait passé des décennies à insister sur le fait que le comportement individuel ne peut se comprendre hors des relations systémiques qui le produisent et l'autorisent, c'était un soudain refus d'analyse. Une analyse structurelle aurait demandé en quoi consistait l'autorité de Ramadan, comment elle était produite, qui l'avait amplifiée, et quel rapport cette autorité entretenait avec le schéma de comportement documenté par de multiples accusatrices sur des années. La formuler aurait exigé de réintroduire l'antagonisme --- entre le pouvoir institutionnel et les femmes qui lui étaient soumises --- dans un cadre qui avait remplacé l'antagonisme par la complémentarité au niveau épistémologique. À un niveau plus concret, cela aurait exigé que Morin admette qu'il avait mal jugé quelqu'un.

À la place, Morin insista sur son « horreur du lynchage médiatique » de Ramadan et sa conviction (justifiée) qu'une campagne politiquement motivée avait précédé et exploitait désormais les accusations pour des raisons sans rapport avec les droits des femmes. Il reconnut avoir été ému par les victimes --- pas moins, écrit-il, que par celles de Weinstein --- mais c'était un mouvement rhétorique qui s'acquittait d'une obligation émotionnelle sans conséquence politique : la solidarité avec les victimes fut déclarée et aussitôt mise entre parenthèses. Il eut recours à la comparaison avec Tartuffe --- chaque religion a ses hypocrites --- ce qui accomplit la même esquive que les « pulsions » : il localise le problème dans l'échec moral individuel plutôt que dans les conditions structurelles de l'autorité de Ramadan, les institutions qui la produisirent, et les personnes qui l'amplifièrent. Les observations de Morin protégeaient l'accusé tout en n'offrant rien aux femmes dont il prétendait trouver les témoignages émouvants. Il promit de réviser sa position si de nouveaux éléments le justifiaient. Il ne le fit jamais. [10]

L'échec est structurel plutôt que simplement personnel. Le cadre de la complexité fournit le mécanisme --- contextualisation permanente, suspension permanente --- et la promesse d'une révision future s'acquitta de l'obligation morale sans le coût d'une révision effective.

L'Ukraine : éthique sincère, symétrie fausse

La lettre ouverte de Morin à Ouest-France en mars 2022 [11] --- et son livre De guerre en guerre (Éd. de l'Aube, 2023) [12] --- produisirent constamment une fausse symétrie. Morin légitima les griefs russes à propos de l'expansion de l'OTAN en citant la formulation même de Poutine sans la soumettre à un examen analytique. Il soutint, sans preuve, que Zelensky, qui avait initialement cherché une solution diplomatique, avait évolué vers la recherche d'une victoire totale sous la pression américaine visant l'affaiblissement durable de la Russie. [13] Cette formulation efface la distinction entre le recouvrement du territoire occupé d'Ukraine et un changement de régime à Moscou ; l'objectif de guerre déclaré par l'Ukraine a constamment été l'intégrité territoriale dans ses frontières internationalement reconnues.

Morin proposa un condominium russo-ukrainien partageant les ressources minières du Donbas entre les deux États. [14]

Il décrivit la politique culturelle ukrainienne comme une « hystérie hypernationaliste antirusse qui a prohibé la langue, la littérature, la musique russes ». [15] La caractérisation est factuellement inexacte. Le ministère ukrainien de l'Éducation retira certains auteurs russes et soviétiques du programme scolaire en juin 2022. [16] Les mesures visent le programme officiel et les importations de publications en provenance de Russie, non la publication, la lecture, la possession ou l'étude privée. [17]

Morin ne s'intéressa pas à l'élimination systématique par la Russie des livres en langue ukrainienne dans les bibliothèques des territoires occupés, à la torture des enseignants qui refusèrent d'appliquer les programmes russes, ni au remplacement de l'ukrainien par le russe comme langue d'enseignement dans les Kherson et Zaporijjia occupés. [18] Il décrivit les médias occidentaux comme « capitulationnistes » pour n'avoir pas défendu plus fortement des concessions ukrainiennes en faveur d'un règlement acceptable pour la force d'invasion. [19] Dans l'usage en temps de guerre, la capitulation est l'acte de la partie qui cesse de résister. Jeune homme dans la résistance française en temps de guerre, il savait ce que ce mot signifiait.

Morin et Bensaïd reconnurent tous deux l'incertitude irréductible comme condition permanente de l'action politique. Leur divergence portait sur ce qu'il fallait en faire. Pour Bensaïd, l'incertitude est de nature stratégique et exige un pari plutôt qu'une méditation : les décisions politiques ne peuvent reposer sur une science de l'Histoire dont le Parti serait le dépositaire incontestable, mais relèvent d'un « art stratégique » de paris raisonnés et d'alliances conjoncturelles dans un contexte d'incertitude irréductible. [20] Pour Morin, la même incertitude était un motif d'ouverture méthodologique soutenue --- un refus de la clôture stratégique. Confronté à la question « de quel côté ? », le cadre de la complexité la dissolvait en complexité irrésoluble.

Le condominium arrive

Le cadre minéralier Trump-Poutine --- selon lequel les ressources minérales ukrainiennes dans les territoires occupés sont réparties entre Washington et Moscou, sans le consentement de l'Ukraine et contre son objection --- est la réalisation historique de la proposition de Morin selon laquelle la Russie et l'Ukraine partageraient les ressources minières du Donbas dans un arrangement de condominium bilatéral. Sans la partie ukrainienne, et avec la faction de l'élite américaine de Donald Trump. [21]

Ce n'est pas de l'ironie. C'est la démonstration la plus claire de ce que le cadre de la complexité ne peut pas faire lorsqu'il est appliqué à une situation dans laquelle une partie est bombardée en morceaux. Morin proposa des solutions partagées entre des parties dont il refusa de hiérarchiser les intérêts fondamentaux. L'Histoire les hiérarchisa sans lui.

Penseur qui intervint dans chaque grande crise d'une vie longue d'un siècle, qui paya des coûts professionnels et personnels pour des positions souvent exactes, Morin mérite l'hommage qui lui a été rendu. Il mérite aussi un bilan qui ne recule pas devant les faits. La cohérence de ses instincts éthiques était sincère. L'était aussi la limite structurelle que son cadre imposait à ces instincts aux moments où l'histoire exigeait non la complexité mais la clarté : qui est l'agresseur, qui résiste, et de quel côté êtes-vous. Son image de soi comme penseur de l'autocritique dissimulait cette vérité simple, aux autres et à lui-même.

Adam Novak

Notes

[1] Sur l'héritage de Bensaïd : Daniel Bensaïd, « Bibliographie (publications en français) », Europe Solidaire Sans Frontières. Disponible à l'adresse : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4625

[2] Né Edgar Nahoum à Paris le 8 juillet 1921 dans une famille juive séfarade originaire de Thessalonique.

[3] L'expulsion du PCF marqua une rupture formatrice : Morin refusa ensuite toute discipline de parti tout en restant, comme il l'écrit dans Mes démons (Stock, 1994), en permanence « habité par la politique ». Autocritique (Seuil, 1959) demeure l'un des témoignages les plus honnêtes sur la rupture anti-stalinienne produits par la gauche française.

[4] Edwy Plenel, « Edgar Morin, journaliste à sa manière », Mediapart, 30 mai 2026. Disponible sur ESSF à l'adresse : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78946

[5] Dans un article paru dans France-Observateur le 29 septembre 1960, « Les intellectuels et l'Algérie ».

[6] L'hégémonie du FLN (Front de Libération Nationale) sur le mouvement indépendantiste et son harcèlement des partisans du PPA (Parti du peuple algérien) de Messali Hadj étaient réels. Sur le raisonnement de Morin, voir l'analyse universitaire de Catherine Brun sur les documents du Manifeste des 121 qui documente l'article de France-Observateur du 29 septembre 1960 et la formulation « idéologie frontisante ».

[7] Pétition de la Fédération de l'Éducation nationale.

[8] Edgar Morin, « Tariq Ramadan avant pendant après », novembre 2017. Disponible à l'adresse : https://www.algerie-penser-librement.com/tariq-ramadan-avant-pendant-apres-par-edgar-morin

[9] Edgar Morin, « Tariq Ramadan avant pendant après », novembre 2017 (voir ci-dessus).

[10] En 2019, plusieurs femmes s'étaient manifestées avec des témoignages cohérents sur le comportement systématique de Ramadan. En septembre 2024, un tribunal d'appel suisse condamna Ramadan pour viol et contrainte sexuelle ; le Tribunal fédéral suisse confirma ce verdict en août 2025. La condamnation par la cour d'appel suisse (10 septembre 2024) et la confirmation par le Tribunal fédéral (28 août 2025) sont documentées sur ESSF : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article71936. Déclaration du Tribunal fédéral suisse, 28 août 2025 : https://www.france24.com/en/live-news/20250828-swiss-court-rejects-islamic-scholar-ramadan-s-rape-conviction-appeal. En mars 2026, un tribunal correctionnel de Paris condamna Ramadan par contumace pour trois chefs supplémentaires et le condamna à dix-huit ans d'emprisonnement. Ramadan ne comparu pas ; un mandat d'arrêt fut émis. Voir : https://www.malaymail.com/news/world/2026/03/26/paris-court-hands-swiss-islamic-scholar-tariq-ramadan-18-year-sentence-for-rape/213924. Aucune réaction ne vint de Morin, décédé en mai 2026.

[11] « Au bord du gouffre, ou comment faire la guerre à la guerre », disponible à l'adresse : https://najibmikou.com/fr/guerre-en-ukraine-comment-faire-la-guerre-a-la-guerre-la-lettre-ouverte-dedgar-morin/

[12] Le sous-titre de De guerre en guerre est De 1940 à l'Ukraine ; son argument principal porte sur les dangers de l'escalade guerrière, mettant en regard l'expérience de Morin pendant la Seconde Guerre mondiale et le conflit actuel. Recensions : Chemins de non-violence, 8 janvier 2023 : https://alainrefalo.blog/2023/01/08/de-guerre-en-guerre-dedgar-morin/ ; Histoire et société, 16 janvier 2023 : https://histoireetsociete.com/de-guerre-en-guerre-dedgar-morin/ ; Pressenza, 9 janvier 2023 : https://www.pressenza.com/fr/2023/01/de-guerre-en-guerre-dedgar-morin/

[13] Documenté dans : Chemins de non-violence, 8 janvier 2023 (voir ci-dessus).

[14] Le Devoir, « Un compromis de paix est possible, soutient Edgar Morin », juin 2022 : https://www.ledevoir.com/opinion/idees/717501/idees-un-compromis-de-paix-est-possible-plaide-edgar-morin.

[15] Extrait de De guerre en guerre (2023). Documenté dans : Chemins de non-violence et Histoire et société, janvier 2023 (voir ci-dessus).

[16] IMI, 17 juin 2022 : https://imi.org.ua/en/news/pushkin-tolstoy-lermontov-and-other-russian-authors-will-not-be-studied-in-ukrainian-schools-i46266

[17] France 24/AFP, 27 juin 2022 : https://www.france24.com/en/live-news/20220627-kyiv-s-plans-to-ban-works-in-russian-divide-book-lovers

[18] Human Rights Watch, « Ukraine : Forced Russified Education Under Occupation », 20 juin 2024 : https://www.hrw.org/news/2024/06/20/ukraine-forced-russified-education-under-occupation. Rapport complet : https://www.hrw.org/report/2024/06/20/education-under-occupation/forced-russification-school-system-occupied-ukrainian. Aucune correction de ces erreurs ne fut trouvée dans quelque texte ultérieur de Morin.

[19] Documenté dans les recensions de De guerre en guerre (voir ci-dessus).

[20] Daniel Bensaïd, dans Stratégie et parti (Textuel, 2011, dir. Palheta/Salingue). Documenté à l'adresse : https://serpent-libertaire.over-blog.com/2016/07/strategie-et-parti-de-daniel-bensaid-ugo-palheta-et-julien-salingue.html. Sur l'épistémologie politique de Bensaïd : Antoine Artous, « Daniel Bensaïd ou la politique comme art stratégique », Contretemps : https://www.contretemps.eu/bensaid-politique-art-strategique-artous/. Pour la couverture par ESSF de l'héritage de Bensaïd : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77589

[21] Sur le cadre minéralier et ses enjeux pour l'Ukraine, voir : Bill Weinberg, « Trump prepares grab for Ukraine's lithium », ESSF, février 2025 : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73653 ; et « What's so special about Ukraine's minerals ? », ESSF : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73986

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16.06.2026 à 16:06

Michel Feher - Redevenir juif : La fin d'un pacte de blanchiment réciproque

Sylvain Cypel

La jeunesse juive étatsunienne s'éloigne de plus en plus du sionisme. Cette distanciation se traduit notamment par un regain d'intérêt pour des mouvements historiques tels que le Bund, qui prônait un judaïsme diasporique à l'opposé des dogmes de « l'État juif ». En France, un élan similaire, bien qu'encore timide, voit le jour. Le dernier livre de Michel Feher Redevenir juif s'en fait l'écho.

7 mai 2026 | tiré d'Orient XXI |Illustration : Détail d'une affiche électorale du Bund, à Kiev, vers 1917. En yiddish : « Là où nous vivons, c'est là notre pays ! »
Wikimedia Commons
https://orientxxi.info/Redevenir-juif-pour-s-emanciper-du-sionisme

On assiste dans la jeunesse juive américaine à une distanciation importante à l'égard de l'État d'Israël. Elle avait lentement commencé de progresser dès le début des années 2000, mais après le massacre du 7 octobre 2023 elle a littéralement explosé, au vu de la cruauté du comportement des gouvernants israéliens à l'égard des Palestiniens. L'une des manifestations les plus marquantes de cet éloignement est que le terme « sioniste » est devenu une insulte pour une partie de ces jeunes juifs.

Une des formes étonnantes de cette désaffection se manifeste dans le regain progressif de l'intérêt que porte une partie non négligeable d'entre eux à l'histoire du Bund, une organisation juive née à la fin du XIXe siècle. Ainsi, en avril 2026, l'autrice américaine Molly Crabapple a bénéficié d'un succès littéraire important avec la publication d'un livre titré Here where we live is our country (Là où nous vivons est notre pays). Son livre, qui raconte l'histoire du Bund, est resté plusieurs semaines parmi les meilleures ventes des best-sellers du New York Times.

Un judaïsme « diasporique »

Pourquoi ce soudain intérêt pour une organisation ouvrière et culturelle juive qui tenait à la fois du parti, du syndicat et de l'association communautaire ? Née à la fin du XIXe siècle dans la « zone de résidence juive » de l'Europe de l'Est1 elle a disparu à la fin des années 1940. L'intitulé du livre de Crabapple résume tout : les juifs n'ont pas besoin d'aller ailleurs que là où ils sont pour s'émanciper. Et certainement pas d'aller prendre la terre des autres. Ce qui caractérisait particulièrement le Bund2, c'était son progressisme et son antisionisme radical. Il se disait marxiste et prônait l'autonomie culturelle. En octobre 1938, son principal dirigeant, Henrik Erlich, écrivait :

Si un État juif est un jour fondé en Palestine, son climat spirituel sera le suivant : une peur éternelle de l'ennemi extérieur (les Arabes), une lutte sans fin contre l'ennemi intérieur (les Arabes) pour chaque petit lopin de terre, pour le moindre poste de travail. Est-ce là le genre de climat dans lequel la liberté, la démocratie et le progrès peuvent s'épanouir ? N'est-ce pas au contraire le climat dans lequel prospèrent le chauvinisme et les tendances réactionnaires ?3

Bref, pour vivre dans un monde meilleur, les juifs n'avaient pas besoin d'établir un État en expulsant ses habitants. Cette idée mènerait au pire.

C'est ce « climat » désormais porté jusqu'à son paroxysme génocidaire par le sionisme qui amène les jeunes juifs américains à s'intéresser à ce que fut le Bund. Non parce ce parti pourrait aujourd'hui se régénérer : il a disparu dans le génocide juif, et ses quelques dirigeants qui sont restés, Joseph Staline s'est occupé de les assassiner. Mais le regain actuel d'intérêt pour le Bund incarne la possibilité d'une vie juive autre que guidée par le messianisme, le suprémacisme ethnique juif et le culte de « Tsahal, l'armée la plus morale au monde ». Ce regain aspire, à l'inverse, à pouvoir vivre un judaïsme « diasporique » intrinsèque. Sait-on qu'un phénomène identique se développe désormais aussi en France, certes à un niveau beaucoup moins développé, mais réel et croissant ? Le livre du philosophe Michel Feher, Redevenir juif, est l'un des premiers, en France, à poser les jalons d'une réflexion sur un possible nouveau « diasporisme » émancipé du poids du sionisme, après le manifeste du collectif Tsedek ! publié en février 2026.

Une proximité idéologique entre sionistes et antisémites

On a là affaire à un livre savant. Autant sur le passé du mouvement sioniste que sur son actualité. Par exemple sur les liens qui unissent la droite sioniste américaine aux diverses fractions de Maga, et tout particulièrement celles qui entretiennent des propensions antisémites ; sur le pourquoi de ces étonnantes alliances, mais aussi sur les tensions internes qu'elles suscitent. Lorsque l'influenceur de premier plan de la mouvance Maga Charlie Kirk est assassiné, « Candace Owens, l'enfant terrible du mouvement, fait courir le bruit que Kirk a été liquidé… par le Mossad », note Feher. Le vice-président américain J. D. Vance, pour sa part, promet à ses partisans qu'ils vivront bientôt « dans une nation chrétienne où ils n'auront plus jamais à s'excuser d'être blancs ». Voilà qui va rassurer les juifs américains… C'est cette atmosphère ambivalente de liens de grande proximité idéologique entre le sionisme et le régime de Donald Trump — c'est-à-dire le suprémacisme blanc, le mépris pour le droit international, l'ethnonationalisme religieux, etc. —, proximité liée à une poussée antisémite importante qui ne ressort pas des milieux « islamo-gauchistes », mais précisément du sein même de Maga — « pour les amateurs de complots (…), les juifs demeurent des objets de phobie difficilement remplaçables », écrit Feher — c'est donc bien cette atmosphère nauséabonde, validée par les plus hauts dirigeants israéliens, qui amène les jeunes juifs américains à chercher aujourd'hui une alternative au dogme sioniste.

La dernière partie de l'ouvrage est consacrée au débat autour de la figure du juif comme paria. On y retrouve entre autres, mais sans surprise, le rapport de Hannah Arendt à cette thématique, et celle d'un précurseur moins connu : Bernard Lazare, un juif français « assimilé » que l'affaire Dreyfus transforme initialement en militant très actif de la lutte contre l'antisémitisme, puis en porte-voix du sionisme. Il prend la parole au deuxième Congrès sioniste en 1898, avant… de s'en détourner et de rompre avec son fondateur, Theodor Herzl. Dans les deux cas, il s'agit de deux intellectuels juifs qui, attirés un premier temps par le sionisme, en viennent à manifester à son égard le plus grand scepticisme. Cette rupture est souvent celle dans laquelle s'engagent de plus en plus de jeunes juifs américains.

Dans son livre exceptionnel Le Siècle juif (La Découverte, 2008), qui traite du destin des juifs d'Europe centrale et orientale du milieu du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe, Yuri Slezkine divise l'humanité entre les « apolliniens » et les « mercuriens ». Les premiers symbolisent l'enracinement dans la glaise, l'ethnicisme, la pensée grégaire. Les seconds sont des passeurs : passeurs de frontières, passeurs d'idées. Les juifs qu'il étudiait étaient révolutionnaires, cosmopolites et universalistes, et il les voyait comme l'incarnation du type mercurien. Slezkine se préoccupait peu des sionistes, champions du nationalisme ethniciste.

Cinq ans plus tard, Enzo Traverso consacrait un ouvrage à « la fin de la modernité juive » (La Découverte, 2013). Le succès du sionisme comme celui de l'insertion des juifs aux États-Unis avaient consacré, selon lui, leur transition de la révolution vers le conservatisme.

Feher induit que Traverso pourrait bien s'être trompé. Les campus américains sont désormais remplis de jeunes juifs en passe de rupture radicale avec Benyamin Nétanyahou et consorts. Mais parviendront-ils à leurs fins ? Réussiront-ils à élargir leurs rangs au-delà des États-Unis ? L'auteur ne tranche pas, les temps présents étant plus qu'incertains. En attendant, il craint visiblement que « le coming out spartiate » d'Israël proclamé par Nétanyahou récemment ne conduise à une nouvelle « déportation massive des Palestiniens », une idée dont il constate qu'elle « fait l'objet d'un large consensus » dans la population juive israélienne. « Redevenir juif » pourrait prendre du temps.

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