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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 14:10

Le PL1 aux oubliettes : une victoire de la société civile

Ligue des droits et libertés

La Ligue des droits et libertés apprend avec satisfaction la "mort au feuilleton" du projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. C'est la fin de la session parlementaire qui aura eu raison de ce projet dénué de légitimité et qui aura vaincu l'entêtement incompréhensible du ministre de la Justice, monsieur Simon Jolin-Barrette.

Toutefois, sans la mobilisation sans relâche de la société civile depuis neuf mois, le PL1 aurait sans doute déjà été adopté. Il importe ainsi de saluer les individus, les organisations et les parlementaires qui ont assuré une vigilance face aux attaques aux droits et libertés et à la démocratie et qui sont demeuré•es fermes dans leur mobilisation.

Dès son dépôt à l'Assemblée nationale, le 9 octobre 2025, le projet de "constitution" a soulevé l'indignation : attaque contre la démocratie et l'État de droit, affaiblissement du régime de protection des droits et libertés, perpétuation d'une logique coloniale niant le droit des peuples autochtones à l'autodétermination, affaiblissement des contre-pouvoirs, etc.

Immédiatement, une coalition large de près de soixante organisations communautaires, syndicales et de défense des droits humains s'est mise sur pied, bientôt rejointe par des associations de juristes et des organisations autochtones. Des interventions dans la sphère publique ont été coordonnées, lesquelles ont culminé par la publication d'une déclaration appuyée par plus de 800 groupes réclamant le retrait pur et simple du PL1.

Bien qu'elle se réjouisse de la disparition de la menace que constituait le PL1 sur la démocratie au Québec, la LDL n'est pas contre le principe de l'adoption d'une loi constitutionnelle. Encore faut-il que cela se fasse par une démarche ouverte et inclusive permettant la pleine participation de la société civile et de l'ensemble de la population, loin de l'unilatéralisme et de la précipitation qui ont caractérisé la tentative avortée du gouvernement de la CAQ.

L'abandon forcé du PL1 est une victoire majeure pour l'État de droit et les droits humains. C'est une victoire qui force l'admiration envers la vitalité de la société québécoise et de ses ressorts démocratiques.

La Ligue des droits et libertés tient à remercier sincèrement toutes les organisations et tous les individus ayant contribué à cette mobilisation historique et les appelle à demeurer vigilant•es face à de nouvelles attaques aux droits.

SOURCE : Ligue des droits et libertés

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16.06.2026 à 14:09

Homo- et hétéronationalisme à l'heure des catastrophes

Laure Horlait, Madeleine Vibert

Le terme d'homonationalisme a connu une importante fortune théorique ces deux dernières décennies dans les analyses queer, en permettant notamment de comprendre la manière dont la prétendue défense des droits LGBT+ a pu servir de prétexte pour les Etats-Unis, Israël et certains pays européens pour justifier des interventions impérialistes et néocoloniales. L'accélération d'un capitalisme de plus en plus autoritaire qui accompagne le développement préoccupant de l'extrême droite aux quatre coins du monde, et l'émergence d'hégémons globaux et régionaux contestant la domination étatsunienne du monde nous obligent aujourd'hui à replacer le phénomène homonationaliste dans une dynamique de fascisation, pour en tirer des leçons pour des luttes queers véritablement émancipatrices et internationalistes.

Tiré de Gauche anticapitaliste
2 juin 2026

https://www.gaucheanticapitaliste.org/homo-et-heteronationalisme-a-lheure-des-catastrophes/

Par Laure Horlait et Madeleine Vibert

1. Néolibéralisme « progressiste » et intégration des LGBT dans l'ordre capitaliste

Le phénomène homonationaliste s'inscrit dans un paradigme plus large, que la philosophe et féministe étatsunienne Nancy Fraser condense sous le terme de « néolibéralisme progressiste », une configuration politique et idéologique prépondérante dans de nombreux pays occidentaux depuis au moins les années 2000. Le cœur de la logique de ce néolibéralisme « progressiste » est de « combiner des politiques économiques régressives, libéralisantes et des politiques de reconnaissance apparemment progressistes » (1). Son économie politique s'appuie sur un nœud financiarisation-mondialisation, à travers une déréglementation financière d'une part, et l'hégémonie du « libre échange » (en réalité la libre circulation des capitaux) d'autre part, qui permet de mettre en concurrence les classes travailleuses des différents pays. Parallèlement, la reconnaissance des minorités est centrée sur une compréhension libérale du multiculturalisme, qui ne met en avant que l'obtention de droits formels ou la valorisation superficielle des identités dominées, sans rompre avec les soubassements matériels des dominations.

Le phénomène trouve sans doute son expression la plus évidente dans le discours des dirigeant·es politiques (y compris les plus à droite) à l'approche des mois de fiertés. Les gouvernements qui organisent toute l'année l'offensive contre les salaires et les allocations, le démantèlement des droits sociaux, la flexibilisation du marché du travail, qui s'en prennent en particulier aux plus vulnérables (les personnes sans emploi, les racisé·es) et qui accroissent la répression des mouvements sociaux, ceux-là mêmes viennent un mois par an se parer des couleurs de l'arc-en-ciel et rappeler leur attachement à la liberté d'être qui l'on est. Ces mêmes dirigeant·es responsables de la précarisation de la société et de nos communautés et qui n'hésitent parfois pas à agiter l'épouvantail du « wokisme » pour faire avancer leur projet réactionnaire instrumentalisent alors nos luttes pour redorer leur image. Ils et elles montrent par-là que le néolibéralisme le plus agressif est tout à fait compatible avec une conception de l'émancipation basée sur l'inclusion formelle des minorités (de genre, de race, de sexualité) au système capitaliste.

Sur le plan des luttes LGBTI, cette volonté d'intégration à l'ordre capitaliste a d'une certaine manière constitué la réponse des classes dominantes aux grandes luttes queers des années 1970, selon la logique d'une métabolisation minimale des revendications initialement radicales. Le phénomène est connu : pour apaiser les contestations et surmonter des crises, la classe dominante désosse les revendications de leurs aspects les plus radicaux de sorte à les rendre compatibles avec l'ordre social. Sur le plan des luttes LGBTI, cela a consisté à effacer les exigences de justice économique et la contestation des hiérarchies de genre et de sexualité pour ne conserver que les demandes formelles de reconnaissance et l'intégration aux normes cis-hétérosexuelles. Cette idéologie s'est progressivement imposée dans de nombreux pays du Nord global, et la Belgique en est certainement une représentation emblématique, elle qui se plaît à rappeler sa tolérance culturelle aux LGBTI, ou son avant-gardisme législatif sur les droits LGBTI, tout en s'inscrivant depuis des décennies dans un néolibéralisme brutal et de plus en plus autoritaire (2).

2. Zenith et crépuscule de l'homonationalisme

2.1. Qu'est-ce que l'homonationalisme ?

C'est dans ce bain politique et idéologique de ce néolibéralisme « progressiste » qu'émerge le phénomène d'homonationalisme, dont le concept a été forgé en 2007 par la théoricienne queer en études culturelles Jasbir Puar, par la contraction de deux termes : d'une part l'homonormativité, qui désigne entre autre l'assimilation d'idéaux hétéronormatifs dans la culture LGBTI+ et l'identité individuelle, et d'autre part le nationalisme, soit une forme d'exaltation du sentiment national, qui conduit à revendiquer une supériorité de sa nation sur les autres. L'homonationalisme se définit ainsi par un double mouvement, résumé par Gianfranco Rebucini dans la préface à la nouvelle édition en français d'Homonationalisme : « d'une part, l'intégration partielle et conditionnelle de certaines subjectivités LGBTQIA+ (notamment gays et lesbiennes) dans la norme nationale ; d'autre part, l'exclusion concomitante d'autres figures – le/la migrant·e, le/la musulman·e, le/la terroriste, la femme voilée, le/la queer ou trans pauvre et/ou non blanche » (3).

Si les classes dominantes en viennent à défendre la reconnaissance des identités LGBTI tout en mettant en place des politiques violemment réactionnaires sur le plan socio-économique, c'est d'une part, et de manière assez triviale, parce qu'une telle idéologie a fonction de diversion : la précarisation extrême subie par les LGBTI+ se voit en quelque sorte symboliquement « compensée » par une exaltation des identités queers et par la reconnaissance de quelques droits formels via leur intégration dans la communauté nationale ; d'autre part, et plus fondamentalement, cette articulation entre reconnaissance sexuelle et souveraineté nationale permet la production d'un nouveau sujet national. L'instauration d'une nouvelle norme nationale cherche à construire l'idée d'une supériorité morale et civilisationnelle de l'Occident, définie comme telle au regard des pays à majorité musulmane. Une telle conception peut également avoir pour fonction de légitimer les offensives à l'égard des populations musulmanes (ou assimilées comme telles) au sein des frontières des pays occidentaux. C'est ainsi que l'homonationalisme servira en partie à justifier la politique interventionniste étatsunienne au Moyen Orient, qui va marquer la période de la « guerre contre le terrorisme » (4). De ce point de vue, on peut comprendre que l'homonationalisme soit parfois défini comme une « instrumentalisation par les Etats des droits LGBTI+ pour justifier des politiques extérieures racistes » ; c'est vrai, mais insuffisant pour décrire l'ampleur du phénomène.

En effet, l'homonationalisme ne se restreint en effet pas aux actions du seul Etat : si c'est bien sûr dans les agendas étatiques que le phénomène se donne à voir avec le plus de clarté, en particulier dans les interventions extérieures, la configuration homonationaliste ne peut prendre corps que par un accord tacite avec une partie de la société civile LGBTI, qui peut soit appuyer directement de tels politiques, soit les tolérer en considérant que cela permet tout de même de faire avancer les droits de sa base sociale (les LGBTI blanc·hes de classe moyenne). Comme l'indique Rebucini : « L'homonationalisme n'est pas une imposition verticale, mais un réseau de complicités et de co-productions entre Etats, médias, marché et militantisme réformiste. Il implique non pas le pouvoir et les minorités, mais le pouvoir avec les minorités. Le libéralisme fabrique du progrès civilisationnel à travers la participation même des acteurs de l'émancipation » (5).

Une dernière idée centrale pour bien saisir ce concept d'homonationalisme, c'est son caractère historiquement situé : le terme a été produit dans les années 2000 notamment pour comprendre l'évolution de la politique extérieure étatsunienne et israélienne, et est consubstantiel d'une époque marquée par un libéralisme triomphant en plein cœur de la « mondialisation heureuse » (6). Or, la période actuelle semble laisser place au « début de la fin » de la contre-réforme néolibérale au profit d'un capitalisme prédateur, autoritaire et plus ouvertement impérialiste, qu'il est encore difficile de nommer et de caractériser définitivement (7), d'autant que cette bascule s'opère de manière géographiquement différenciée (8). Assez logiquement donc, le phénomène homonationaliste n'a plus tout à fait la place prépondérante qu'il pouvait avoir dans les années 2000 et 2010 dans l'agenda des puissances occidentales, et cohabite par ailleurs aujourd'hui avec un phénomène hétéronationaliste, sur lequel nous reviendrons.

En résumé, nous pouvons définir l'homonationalisme par quatre caractéristiques :

1. Le phénomène émerge dans le contexte d'un « néolibéralisme progressiste », qui combine une politique socio-économique réactionnaire et une politique de reconnaissance des minorités sexuelles, en particulier gays et lesbiennes sur fond de libéralisme triomphant qui attribue aux marchés des vertus en termes d'égalité et d'inclusivité ;

2. L'homonationalisme désigne plus précisément l'intégration partielle et conditionnelle d'une partie des LGBT (principalement les gays et lesbiennes des classes moyennes) dans la norme nationale, et exclut de manière concomitante d'autres figures, en particulier les queers marginaux et les racisé·es. L'homonationalisme est ainsi parfaitement compatible avec des politiques trans- ou queerphobes, comme c'est parfois le cas aujourd'hui (cf. Trump) ;

3. Le phénomène homonationaliste trouve une expression paradigmatique dans la politique étrangère de plusieurs pays occidentaux dans les années 2000-2010 (et en particulier les Etats-Unis et Israël) qui justifient des interventions impérialistes par des valeurs progressistes sur les enjeux LGBT (ou féministes(9)) ;

4. Cette configuration est le produit d'un réseau de complicités entre les Etats et certains acteurs de la société civile, en particulier les grosses ONG et les grands médias queer.

2.2. Israël, apogée de la politique homonationaliste

Un exemple contemporain frappant est le cas d'Israël, qui construit et utilise politiquement une image « gay friendly » tout en continuant et intensifiant son colonialisme meurtrier à Gaza et en Cisjordanie. En quelques années, la ville de Tel Aviv est devenue une destination majeure du tourisme LGBTQ+, présentée comme moderne, festive et tolérante. Cette opération de pinkwashing se déploie largement à l'international et en particulier à l'égard des touristes gays occidentaux à travers des campagnes de communication, des événements comme la Gay Pride, des voyages sponsorisés pour des influenceurs et tout cela avec un budget important pour y parvenir.

Cette image doit pourtant être nuancée (10) : un écart existe entre cette vitrine internationale et la réalité sociale et politique. Si des libertés existent réellement, notamment dans certains espaces urbains comme Tel Aviv, la situation est plus contrastée à l'échelle du pays. Le poids des institutions religieuses, l'absence de mariage civil et les discriminations persistantes montrent que les droits LGBTI+ restent limités et inégalement appliqués. Surtout, ce narratif contribue à l'invisibilisation de la situation des Palestinien·nes, y compris LGBTI+. L'hypocrisie est de taille : en se plaçant comme « havre des LGBTI+ » sous une forme notamment de supériorité morale vis-à-vis du peuple palestinien et des pays voisins, un élément non négligeable semble être omis… aucune émancipation réelle des Palestinien·nes LGBTI+ n'est possible sous l'occupation et sous les bombardements.

Au-delà du marketing touristique, une stratégie politique coordonnée claire est à l'œuvre. Ainsi, l'Etat colon tente d'une part de faire oublier la politique colonialiste et génocidaire qu'il mène à l'égard des peuples du Moyen Orient, et dans le même temps de se présenter comme une démocratie libérale et progressiste, notamment en contraste avec ses voisins. Cette mise en scène contribue à renforcer un récit opposant un Israël « moderne » à un environnement régional décrit comme plus conservateur ou répressif. En utilisant les droits LGBTI+ pour renforcer son discours nationaliste et sécuritaire, Israël est une incarnation complète d'homonationalisme.

2.3. La crise du capitalisme met l'homonationalisme sous pression

Si dans les années 2000 et 2010 l'homonationalisme se trouvait partagé dans les pays capitalistes par un large bloc politique, de la gauche modérée à la droite libérale jusqu'à une partie de l'extrême droite, la radicalisation de l'ensemble du champ politique place aujourd'hui la rhétorique homonationaliste sous pression. En effet, le développement et les succès d'un discours de plus en plus ouvertement LGBTIphobe, notamment à l'égard des personnes trans et en particulier des femmes, fait de la lutte contre le « wokisme » un cheval de bataille du fascisme tardif (11) pour affaiblir la gauche en général, mais également les partis de la droite dite traditionnelle. Si le discours anti-woke est le plus souvent explicitement dirigé contre les queers et les personnes racisées et non contre les gays et lesbiennes, il est par définition perméable à l'expression d'une homophobie plus classique.

Or, sous la pression des extrêmes droites (et notamment celles qui se réclament plus ouvertement d'une ascendance fasciste), une partie de la droite traditionnelle, délégitimée par les ratés de la solution néolibérale, se trouve aujourd'hui tentée de converger vers les discours les plus réactionnaires vis-à-vis des populations queers (12) pour conserver leur domination sur le champ politique. Cette extrême droite plus ouvertement LGBTI+phobe abîme ainsi le consensus homonationaliste. En effet, ces vingt dernières années, de nombreuses extrêmes droites en pleine tentative de dédiabolisation avaient saisi le momentum homonationaliste pour apparaître comme modernes et moins radicales en défendant les droits des gays et des lesbiennes (13). Ce faisant, cette extrême droite avait non seulement attiré le vote des populations gays et lesbiennes déjà à droite dans le champ électoral, mais elle s'était également vue progressivement intégrée à la norme nationale et devenait « fréquentable ». Cette conversion de l'extrême droite à l'homonationalisme ne s'était cependant pas faite sans contradictions (14), en raison des racines historiques LGBTIphobes de l'extrême droite (notamment dans sa variante nazi), et de potentiels conflits avec une base sociale beaucoup plus homophobe que sa direction. Ces contradictions non résorbées s'expriment aujourd'hui par l'émergence et le développement de nouvelles forces politiques qui assument un discours de plus en plus ouvertement LGBTphobe, qui met l'unité homonationaliste à droite à l'épreuve. L'exemple-type d'un tel phénomène est la création de Reconquête en France, un parti qui se situe à la droite du Rassemblement national et assume notamment un discours ouvertement plus LGBTphobe, y compris à l'égard des gays et des lesbiennes.

Cette tendance reflète la dynamique de brutalisation du monde sur fond de crise d'ampleur du capitalisme. L'épuisement du modèle néolibéral et l'incapacité du capitalisme à renouer avec des taux de profits satisfaisants pour la bourgeoisie donne naissance à un ordre social beaucoup plus brutal, dans laquelle l'accumulation doit être assurée à tout prix et sans s'embarrasser de justifications idéologiques, peu importent les coûts humains et environnementaux. D'une certaine manière, la dimension de reconnaissance politique (toujours partielle et conditionnelle) des identités que Fraser attribuait au néolibéralisme se trouve désormais reléguée au rang d'état d'âme sentimentaliste dans ce nouvel âge du capitalisme. Dans ce modèle, nul besoin de draper une intervention militaire d'oripeaux arc-en-ciel dont l'homonationalisme obligeait jadis à se parer : Donald Trump peut décréter la légitimité de son offensive sur l'Iran en février 2026 de la manière la plus cynique qui soit, en réclamant la soumission du pays pour asseoir les intérêts économiques des Etats-Unis. Plus précisément, Trump peut alterner les registres avec un discours attrape-tout qui change d'angle idéologique, et invoquer un jour la défense des droits des femmes pour justifier son intervention en Iran, et un autre jour ironiser sur la prétendue homosexualité du nouveau dirigeant iranien tout en dénonçant le fait que l'Iran jette les gays du haut des buildings. L'imprévisibilité dont Trump a fait sa stratégie empêche d'en tirer des considérations politiques stables, mais l'intervention des Etats-Unis en Iran indique assez clairement que le discours homonationaliste passe clairement au second plan par rapport à ce qui a pu se jouer pendant la décennie 2000.

L'épuisement du modèle néolibéral et l'incapacité du capitalisme à renouer avec des taux de profits satisfaisants pour la bourgeoisie donne naissance à un ordre social beaucoup plus brutal, dans laquelle l'accumulation doit être assurée à tout prix et sans s'embarrasser de justifications idéologiques, peu importent les coûts humains et environnementaux.

Si l'homonationalisme est aujourd'hui loin d'être mort, les évolutions récentes le rendent plus dispensables à la droite et à l'extrême droite pour justifier leurs politiques racistes. Dans un monde qui se brutalise, le recours à la force contre les marges de la société peut de plus en plus s'appuyer sur la seule déshumanisation des personnes racisées. La différence avec ce que nous pourrions appeler l'homonationalisme classique, c'est que cet homonationalisme tardif renforce encore davantage la frontière entre les gays et lesbiennes respectables (qui votent à droite ou à l'extrême droite, qui ne s'affichent pas trop en public, etc.), et le reste des populations queers marginalisées.

3. L'hétéronationalisme : l'autre face de la médaille homonationaliste

Si l'homonationalisme trouve sa naissance et son apogée dans la promotion du néolibéralisme mondialisé qui se déployait encore sous hégémonie étatsunienne, et en particulier à partir des années 2000, nous pourrions dire que l'émergence et le renforcement de l'hétéronationalisme accompagne la période qui marque la fin de la « mondialisation heureuse » et le déclin relatif de la domination étatsunienne. A l'inverse de l'homonationalisme, le phénomène hétéronationaliste définit le sujet national comme hétérosexuel, et procède à l'exclusion des gays et lesbiennes de la communauté nationale. Par conséquent, les personnes LGBTI sont au mieux tolérées (mais invisibilisées), au pire éliminées, car considérées parasitaires dans la communauté nationale. Cette cohabitation entre un homonationalisme affaibli mais toujours structurant dans de nombreuses puissances occidentales, et un hétéronationalisme qui se déploie de plus en plus est le propre de notre époque de bascule, marqué par l'émergence de plusieurs candidats au partage du monde : la stagnation séculaire du taux de profit et le déclin de la supervision étatsunienne du monde constituent en effet l'arrière-fond d'une bataille brutale pour l'hégémonie, qui prend parfois des allures de guerre de civilisations dans laquelle la sexualité joue un rôle de marqueur culturel.

La montée en puissance de la Chine (dont l'économie tutoie maintenant les performances étatsuniennes (15)) au cœur de cette reconfiguration du capitalisme contemporain s'accompagne ainsi d'un durcissement sur les questions LGBTI. Le règne de Xi Jinping, à la tête du pays depuis 2013, s'est ainsi accompagné d'une invisibilisation de plus en plus importante des questions LGBTI+ dans l'espace public, mais également par la censure des médias (16). Dans sa tentative de se poser en alternative à la domination étatsunienne, la Chine exalte un sentiment national dans lequel la cis-hétérosexualité constitue une dimension cruciale. Soucieux d'apparaître comme une alternative crédible aux Etats-Unis, l'Empire du Milieu évite les discours ouvertement LGTBI+phobes, et privilégie l'invisibilisation et la censure.

C'est du côté des impérialismes régionaux qu'on peut retrouver la défense d'un hétéronationalisme beaucoup plus explicite, répondant directement à l'homonationalisme présent ou passé de leur adversaire étatsunien. On trouve aujourd'hui l'expression paradigmatique de cette politique dans la Russie de Vladimir Poutine, mais également dans le régime des mollahs en Iran, chez Javier Milei en Argentine, lors des seize années de règne de Viktor Orban en Hongrie, ou de façon parfois plus diffuse dans la politique familialiste lesbophobe de Giorgia Meloni, par exemple. L'hétéronationalisme se déploie en général sur le registre civilisationnel, en réponse à la construction d'une prétendue supériorité morale LGBT-friendly des pays occidentaux. Là où les Etats homonationalistes s'enorgueillissaient d'une hauteur civilisationnelle en intégrant les gays et lesbiennes à la communauté nationale, la rhétorique hétéronationalisme répond au contraire que cette intégration est le symbole de leur déclin. Il suffit d'écouter un discours de Poutine ou d'Orban raillant la dégénérescence des pays occidentaux faisant la promotion de la liberté de genre pour voir cette logique à l'œuvre. Il faut également noter que l'acmé de cette prétendue dégénérescence est régulièrement pointée dans le phénomène de « féminisation des hommes », identifiée comme le cœur du déclin, auquel s'opposerait la figure de l'homme viril (où l'on voit donc l'articulation forte entre genre et sexualité). Il ne faut pas non plus exclure l'influence de l'idéologie nativiste (née au 19e siècle) d'Etats travaillés par un bellicisme certain : pour mener une guerre, il faut des « hommes virils qui sachent se battre et faire des enfants » et par conséquent, les personnes LGBTI deviennent un obstacle à la constitution de cette force.

L'hétéronationalisme se déploie en général sur le registre civilisationnel, en réponse à la construction d'une prétendue supériorité morale LGBT-friendly des pays occidentaux. Là où les Etats homonationalistes s'enorgueillissaient d'une hauteur civilisationnelle en intégrant les gays et lesbiennes à la communauté nationale, la rhétorique hétéronationalisme répond au contraire que cette intégration est le symbole de leur déclin.

Ce type de discours s'accompagne d'ailleurs souvent de l'idée que les identités LGBTI seraient une importation de l'Occident, une sorte d'impérialisme culturel mis en œuvre pour saper les traditions d'une société qui serait intrinsèquement hétérosexuelle. C'est ainsi par exemple que le régime russe parvient à justifier la répression féroce des LGBTI dans son pays comme une manœuvre anti-impérialiste de sécurité nationale. Il ne s'agit pas de dire ici que l'homonationalisme serait la cause de l'hétéronationalisme : Poutine ou Orban peuvent s'appuyer sur certaines traditions LGBTI+phobes au sein de leur propre pays pour justifier leur politique. Néanmoins, les politiques extérieures homonationalistes légitiment aux yeux des populations une réponse hétéronationaliste, qui peut alors se présenter sous la forme d'une défense civilisationnelle.

L'hétéronationalisme n'est pas le contraire de l'homonationalisme, mais en quelque sorte l'autre face d'une même médaille. La logique qui relie la sexualité à l'identité nationale est la même, et s'inverse simplement. D'ailleurs, les deux catégories ne sont pas étanches, et les intérêts des régimes qui s'appuient sur l'homonationalisme et l'hétéronationalisme peuvent tout à fait converger sur le dos des peuples, comme l'illustre l'alliance entre Trump et Poutine pour sacrifier l'Ukraine et se partager l'Europe en sphères d'influence vassalisées.

4. Une politique de l'opprimé·e, antiraciste et internationaliste

Prendre la mesure des dangers et impasses de l'homonationalisme et de l'hétéronationalisme implique de nombreuses conséquences pour des luttes queers véritablement émancipatrices. La première, la plus évidente, revient à refuser cette liaison dangereuse entre sexualité et identité nationale, pour défendre une politique véritablement internationaliste, qui fait de l'émancipation de toustes les LGBTI la condition pour l'émancipation de chacun·e des LGBTI. Sacrifier les populations d'autres pays, et par conséquent également les personnes queers parmi ces populations, finira toujours par se retourner contre nous, sous la forme de l'accélération autoritaire des démocraties occidentales, ou d'un retour de bâton hétéronationaliste.

Une telle orientation nous place évidemment à distance de l'homonationalisme néolibéral, mais également des errements d'une certaine gauche dite « décoloniale », dont certaines des figures phares dessinent aujourd'hui une ligne potentiellement proche de l'hétéronationalisme. En effet, ces forces ont passé des années à condamner durement le mouvement LGBTI, accusé d'être dès l'origine marqué du sceau de la domination blanche et de défendre un agenda étranger aux préoccupations des personnes racisées. L'argument-phare de cette approche consiste à considérer que les enjeux de genre et de sexualité seraient une importation occidentale imposée aux populations racisées, reprenant par là non sans une certaine ironie l'idée-clef de l'homonationalisme, mais pour la déprécier. Aujourd'hui, ces mêmes « décoloniaux » réhabilitent l'idée de nation, dans une tentative confuse et dangereuse de donner un signifiant prétendument désirable aux luttes pour l'émancipation à travers un chimérique « patriotisme internationaliste » (17).

Cette mouvance va parfois essayer de minimiser ou justifier des politiques de criminalisation des personnes LGBTQI en s'alignant sur des positions gouvernementales : depuis 2020, on a vu de nouvelles lois criminalisantes émerger dans des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso, le Ghana, le Kenya, le Niger, l'Ouganda ou le Mali (18). Paradoxalement, il y avait eu à la fin du 20e et au début du 21e un mouvement de dépénalisation en Afrique subsaharienne, qui était parfois motivé par des arguments décoloniaux visant à rappeler que ce sont d'abord les administrations coloniales qui ont introduit la criminalisation des relations homosexuelles(19). Nombre de ces pays sont influencés par l'hétéronationalisme russe ou étasunien à travers les mouvements des églises évangéliques.

Ces deux orientations combinées (l'exclusion des luttes LGBTI d'une politique de l'opprimé et l'exaltation de la nation comme signifiant désirable) prennent le risque de donner naissance à un bloc national hétérosexuel, certes « transrace » mais profondément LGBTphobe. Nous pensons au contraire qu'une politique véritablement émancipatrice ne pourra devenir hégémonique que si elle implique l'ensemble des opprimé·es et des exploité·es, et refuse de remplacer la traditionnelle hiérarchie classe-oppression par une nouvelle qui placera la race au sommet de la domination sociale.

Nous pensons au contraire qu'une politique véritablement émancipatrice ne pourra devenir hégémonique que si elle implique l'ensemble des opprimé·es et des exploité·es, et refuse de remplacer la traditionnelle hiérarchie classe-oppression par une nouvelle qui placera la race au sommet de la domination sociale.

Ce refus tant de l'homo- que de l'hétéronationalisme doit également orienter notre travail de solidarité internationale. Par exemple, cela signifie que le soutien à la résistance ukrainienne dans la guerre aux accents génocidaires enclenchée par la Russie après l'annexion de la Crimée 2014 et à grande échelle en 2022 est une nécessité absolue pour toutes les luttes queer. Aujourd'hui, la population ukrainienne se bat au péril de sa vie face à un régime fasciste qui enferme des personnes LGBTI dans des camps de travail jusqu'à la mort, et qui justifie d'ailleurs son invasion en partie par des motifs religieux anti-LGBTI+ (20). La situation plus que préoccupante des personnes LGBTI dans les territoires occupés par l'armée russe (21) doit d'ailleurs nous servir d'avertissement : une victoire de Poutine signifierait non seulement une offensive meurtrière contre les personnes LGBTI en Ukraine, mais donnerait également une accélération à toutes les extrêmes droites (en particulier les plus ouvertement LGBTI+phobes) dans le monde. La victoire du peuple ukrainien sera par conséquent celle de toustes les queers. Notre solidarité doit se diriger en particulier vers les personnes LGBT qui ont décidé de rejoindre la résistance face à l'invasion, sur le front en rejoignant l'armée, ou par un travail de solidarité dans la société civile.

Une victoire de Poutine signifierait non seulement une offensive meurtrière contre les personnes LGBTI en Ukraine, mais donnerait également une accélération à toutes les extrêmes droites (en particulier les plus ouvertement LGBTI+phobes) dans le monde. La victoire du peuple ukrainien sera par conséquent celle de toustes les queers.

De la même manière, notre solidarité doit aujourd'hui se diriger vers les luttes féministes et queer en Iran, en particulier le mouvement Femmes, Vie, Liberté, qui se bat depuis 2022 contre le régime sanguinaire et réactionnaire des mollahs, et qui s'oppose aujourd'hui à l'agression impérialiste des Etats-Unis et Israël. Toute ambiguïté à l'égard du régime de Téhéran, tout sacrifice des intérêts des personnes queers au profit d'un agenda géopolitique qui glorifie la lutte d'un prétendu « axe de la résistance » nous décrédibilise aujourd'hui complètement dans nos luttes pour l'émancipation de tous et de toutes. La chute de la République islamique d'Iran est un objectif pour les personnes LGBTI, non pas à travers une intervention impérialiste qui ne se pare même plus du drapeau de l'homonationalisme, mais par la lutte des travailleur·euses, des femmes, des queers, des minorités ethniques, contre l'exploitation et toutes les oppressions.

Laure Horlait et Madeleine Vibert, mai 2026
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Notes

1. https://alter.quebec/combattre-le-neoliberalisme-progressiste/

2. Voir :https://www.revuepolitique.be/decoder-larizona-lacceleration-dun-neoliberalisme-aux-accents-autoritaires/

3. Jasbir K. Puar, Homonationalisme. Contre la normalisation LGBT, Paris, Editions Amsterdam, 2026, p. 14

4. Le livre de Puar est écrit en 2007, et revient ainsi très largement sur la période post-attentats de 2001, afin de montrer comment l'homonationalisme s'est construit et renforcé durant cette période.

5. Jasbir K. Puar, op.cit., p. 18

6. Bien entendu, la mondialisation n'a jamais été heureuse, puisque seuls les capitaux ont eu l'heur de traverser les frontières sans entrave, à une époque de raidissement politique sur les questions migratoires. Du reste, la guerre n'a pas disparu du globe après la chute de l'URSS : la guerre du Golfe en 1991, le génocide rwandais en 1994, les trente ans de guerres en RDC, l'invasion russe de la Tchétchénie en 1999, pour ne parler que de la dernière décennie du siècle. Enfin, cette idée d'un capitalisme triomphant avant la grande crise de 2008 est largement démentie par les économistes marxistes, qui notent que le capitalisme mondial n'a jamais véritablement récupéré sa dynamique pré-crise de 1973.

7. De nombreux auteurs tentent aujourd'hui de fournir des clefs explicatives pour comprendre cette nouvelle période. Notons de manière non exhaustive : Arnaud Orain, Le monde confisqué. Le capitalisme de la finitude, Paris, Flammarion, 2024 ; Quinn Slobodian, Le capitalisme de l'apocalypse, Paris, Seuil, 2025 ; Romaric Godin, Le problème à trois corps du capitalisme, Paris, La Découverte, 2026.

8. S'il est aujourd'hui clair que Trump tente de sortir les Etats-Unis de la fange néolibérale pour les inscrire dans une politique (néo)mercantiliste matinée d'idéologie libertarienne, l'Europe est pour sa part encore fortement inscrite dans le modèle néolibéral, en partie parce que son essence même (les fameux traités qui encadrent sa création et son fonctionnement) repose sur les idéaux néolibéraux.

9. Voir Sara R. Farris : Au nom des femmes. « Fémonationalisme » : les instrumentalisations racistes du féminisme, Paris, Syllepse, 2021

10. Voir : Jean Stern, Mirage gay à Tel Aviv, Paris, Libertelia, 2017

11. Alberto Toscano, Fascisme tardif, Paris, La Tempête Editions, 2025

12. En Belgique, la campagne « anti-woke » de Bart De Wever (N-VA), ou la publicité de David Clarinval (MR) pour le torchon transphobe Transmania illustrent bien cette tendance.

13. Rappelons ici que dans la plupart des cas, les extrêmes droites représentées aux différents parlements se sont opposées à l'acquisitions de droits pour les LGBTI, notamment le droit à faire famille (cf. 2003 en Belgique). La défense des gays et lesbiennes relevaient bien plutôt d'un processus rhétorique que d'une réelle adhésion idéologique.

14. Voir notamment : L'extrême-droite, les personnes LGBTIQ et une stratégie de résistance enjeu central

15. Il faut bien sûr nuancer ce point : les gigantesques taux de croissance chinois tendent à baisser depuis quelques années, en particulier après la crise immobilière de 2021 ; ensuite, la Chine reste en retard sur certains secteurs-clés, notamment l'intelligence artificielle, en partie en raison des contraintes à l'exportation imposéss par les USA à leurs alliés ; enfin, l'outil productif, avec sa surproduction structurelle qui oblige le pays a exporté l'essentiels de ses biens, se trouvent menacé par le zeitgeist protectionniste et les guerres commerciales.

16. https://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_LGBT_en_Chine

17. https://www.contretemps.eu/rever-ensemble-patriotisme-internationaliste-houria-bouteldja/

18. https://www.la-croix.com/international/homosexualite-l-afrique-dans-un-mouvement-de-criminalisation-20260225

19. https://www.ritimo.org/L-homophobie-africaine-et-les-racines-coloniales-du-conservatisme-africain

20. Ainsi le Patriarche Kirill qui présente la guerre comme une juste lutte contre un Occident dépravé par l'homosexualité. Voir : https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/02/26/guerre-en-ukraine-pourquoi-le-discours-du-patriarche-kirill-s

21. https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article66848

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16.06.2026 à 14:09

Les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec sont désormais documentées

Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL, Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL), Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

Wendake, le 26 mai 2026 – La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL) etl'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), en collaboration avec l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), ont déposé aujourd'hui un deuxième rapport de recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec.

Tiré de l'infolettre de L'R des Centres de femmes Le Nouvel R
10 juin 2026

Wendake, le 26 mai 2026 – La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL) etl'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), en collaboration avec l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), ont déposé aujourd'hui un deuxième rapport de recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec.

En novembre 2022, le premier rapport de recherche Consentement libre et éclairé et stérilisations imposées des Premières Nations et Inuit au Québec visait à pallier l'absence de données sur les cas de stérilisations imposées chez les femmes des Premières Nations et Inuit au Québec. Au total, 35 témoignages d'actes de violence survenus entre 1980 et 2019 ont été recueillis, parmi lesquels on comptait 22 stérilisations imposées.

Pour donner la parole aux femmes des Premières Nations et continuer à documenter leurs réalités, une deuxième phase de la recherche a été lancée. Cette fois-ci, trois fois plus d'actes de violence ont été rapportés entre 1956 et 2023, pour un total de 97 témoignages.

« Les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) vécues par les femmes des Premières Nations sont un traumatisme grave, laissant des marques profondes sur leur santé, leur spiritualité, leur féminité, leur famille et leur vie entière. Elles s'inscrivent dans un continuum de violence coloniale, au même titre que les pensionnats, les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ainsi que les enfants disparus ou décédés à la suite de leur admission dans des établissements de santé et de services sociaux. Les VOG, y compris les stérilisations imposées, doivent être reconnues comme des traumatismes subis par les femmes des Premières Nations. Des actions concrètes doivent être mises en œuvre pour éradiquer toute forme d'acte médical discriminatoire fondé sur l'origine ethnique », a déclaré Francis Verreault-Paul, chef de l'APNQL.

« La publication de ce rapport marque une étape décisive pour les femmes des Premières Nations au Québec. Derrière chaque témoignage se trouvent des histoires portées avec courage et résilience — celles de mères, de sœurs, de filles et de grands-mères. En prenant la parole, elles tracent le chemin vers des soins de santé et des services sociaux plus dignes et sécuritaires pour elles et pour toutes les générations qui suivront », poursuit Derek Montour, président du conseil d'administration de la CSSSPNQL.

Pour sa part, Suzy Basile, chercheuse et professeure à l'UQAT, rapporte les circonstances troublantes dans lesquelles les cas de stérilisations imposées ont eu lieu : « communications et services d'escorte médicale et d'interprétation déficients, procédure stérilisante sans consentement libre et éclairé, information erronée au sujet du clippage et du déclippage. Plusieurs des femmes rencontrées ont appris leur stérilisation beaucoup plus tard, lors d'une consultation pour comprendre la raison de leur infertilité ou pour d'autres raisons de santé »

.

Pour consulter le rapport, cliquez ici.
Quelques faits saillants du rapport :

Le rapport fait état d'une forme de traitement différentiel entre femmes autochtones et allochtones, mais étant très similaire d'une Première Nation et d'une région à l'autre, ce qui démontre la présence de racisme systémique dans le réseau de la santé au Québec.

Les témoignages rapportent que la relation de pouvoir entre le personnel soignant et les femmes des Premières Nations ne permet aucunement à ces dernières de fournir un consentement préalable, libre et éclairé.

Parmi les 55 cas de stérilisations imposées documentés dans la phase II, plusieurs participantes rapportent ne pas avoir signé de formulaire de consentement ou ne sont pas certaines de l'avoir fait. D'autres l'ont signé dans des circonstances préoccupantes : sous la pression, en plein travail d'accouchement, persuadées que l'intervention était réversible ou avec la main soutenue par le personnel soignant.

Des violences de nature discriminatoire en fonction de l'origine ethnique ont aussi été rapportées à plusieurs reprises : signalements à la naissance, suspicion de maltraitance en présence de la tache mongoloïde, prise de sang sur le bébé sans consentement et avortements imposés.

Soutien
Il existe du soutien pour les survivantes, notamment la ligne d'écoute du Cercle des survivantes pour la justice reproductive, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : 1-877-386-0750 (poste 113 pour obtenir un service en français). La Ligne d'écoute d'espoir pour le mieux-être est aussi accessible par téléphone, au 1-855-242-3310, ou par clavardage.

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