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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 13:51

Des JO d'Hitler au Mondial de Trump : une filiation qui en dit long sur l'état de notre monde !

Yorgos Mitralias

La première surprise que nous réserve ce Mondial 2026 est l'impressionnante amnésie de tous ceux qui y sont impliqués, médias internationaux compris. Rien, pas un mot, absolument aucune allusion à son tristement célèbre « ancêtre », les JO de Berlin de 1936.

Par Yorgos Mitralias

La première surprise que nous réserve ce Mondial 2026 est l'impressionnante amnésie de tous ceux qui y sont impliqués, médias internationaux compris. Rien, pas un mot, absolument aucune allusion à son tristement célèbre « ancêtre », les JO de Berlin de 1936. Car, malgré les 90 ans qui les séparent, les affinités électives des JO d'Hiller et du Mondial de Trump crèvent les yeux : même exploitation propagandiste de l'évènement sportif par les mêmes régimes autoritaires, racistes et liberticides dirigés par des chefs suprêmes mégalomanes dépourvus de scrupules moraux et démocratiques.

Ceci étant dit, ce sont précisément ces similitudes et ces affinités électives qui nous permettent de mieux comprendre et d'évaluer les différences qui existent entre les JO d' Hitler et le Mondial de Trump. Et la première d'elles a trait aux réactions populaires et autres qu'ils ont suscitées. Pratiquement aucune en 2026, tout au moins de la part des États et des organisations internationales. Et seulement quelques -plutôt rares- protestations et critiques par-ci, par-là de la part des ONG et des mouvements sociaux. En somme, une apathie qui trahit l'acceptation résignée de l'événement au nom du très fataliste « que peut-on faire contre tout ce cirque gigantesque ? ».

La différence avec ce qui s'est passé avant et durant les JO de Berlin saute aux yeux. À l'opposé de la résignation régnant en 2026, des mouvements pour le boycott des JO de 1936, qui faisaient descendre dans la rue des milliers de manifestants, avaient vu le jour aux Etats-Unis, en France, en Grande Bretagne, en Hollande, en Suède et en Tchécoslovaquie. Ces mouvements n'ont pas pu empêcher la tenue des JO de Berlin, mais ils ont expliqué largement leur cause antifasciste, alertant les populations, mobilisant des avant-gardes antiracistes en bataillant sur une ligne de classe contre les partisans des JO et autres admirateurs d'Hitler. (1)

Par contre, l'Espagne du Front Populaire a boycotté les JO de Berlin, et encore mieux, le gouvernement Catalan de gauche du premier ministre Lluís Companys (exécuté plus tard par les fascistes de Franco) a organisé l'Olympiade des Peuples, à laquelle devaient participer 6.000 athlètes de 49 pays. Finalement, ces JO alternatifs n'ont jamais eu lieu parce que leur ouverture le 19 juillet 1936 a coïncidé avec l'éclatement du coup d'état de Franco. Plusieurs de ces athlètes mais aussi des journalistes sportifs envoyés à Barcelone pour couvrir les JO alternatifs, se sont engagés et battus dans les milices de gauche (comme l'auteur de « 1984 » George Orwell dans celles du POUM) et certains ont laissé leur vie au combat antifasciste...

La comparaison des réactions populaires face aux JO d' Hitler et au Mondial de Trump est très éloquente et en dit long sur l'actuel état (misérable) de la gauche internationale et des mouvements populaires. Et c'est probablement cet état consternant du camp progressiste qui fait que Trump sente avoir les mains plus ou moins libres pour faire que son Mondial soit bien plus ouvertement raciste, répressif, foncièrement antidémocratique et au service des ultra-riches que les JO de Hitler ! En effet, tandis que le régime nazi avait pris soin durant les JO de paraitre presque ...libéral en enlevant tout ce qui pourrait trahir son antisémitisme pathologique ainsi que ses « excès » antidémocratiques et répressifs, Trump et son régime exhibent presque fièrement leur racisme décomplexé, leur mépris pour l'humanité pauvre et...basanée, leur chasse impitoyable aux migrants (même dans les stades !) et leur suprématisme blanc. Et tout ça en se foutant éperdument des règlements et de ses propres promesses, allant jusqu'à interdire l'entrée aux Etats-Unis des supporters des équipes du Tiers Monde, et même de leur staff (!) ou des arbitres africains choisis pour arbitrer des rencontres du Mondial !

Cependant, force est de constater que ni Hitler, ni Trump n'auraient pu faire tout ça sans le soutien enthousiaste des dirigeants du sport international. Et si Trump jouit du soutien indéfectible du président de la FIFA Gianni Infantino, dont la servilité presque comique concurrence celle du secrétaire de l'OTAN Mark Rutte, connu pour avoir appelé Trump... »Daddy », Hitler a eu son propre Infantino en la personne du célèbre baron de Coubertin ou de Avery Brundage. En effet, le notoire colonialiste, raciste, antisémite et misogyne « père des JO modernes » baron de Coubertin n'a jamais caché son admiration tant pour son « ami » Adolphe Hitler, qu'il a célébré comme « l'un des plus grands bâtisseurs de notre époque », et le régime nazi, dont il faisait l'éloge, que pour les JO de Berlin qu'il a défendu avec toutes ses forces. Quant à l'américain raciste, suprématiste et antisémite Avery Brundage qui a dirigé, pendant presque un demi-siècle, le tristement célèbre Comité International Olympique, ce repaire des princes et autres aristocrates déchus, des millionnaires ultraréactionnaires et des professionnels de l'anticommunisme, il a tout fait pour faire échouer le boycott des JO de Berlin en tant que président du Comité Olympique américain. Et si aujourd'hui, l'inénarrable Infantino appelle l'opinion publique internationale profondément choquée par le refoulement des Etats-Unis de l'arbitre somalien Abdulkadir Artan, a... « se calmer et à relaxer » (chill and relax), Avery Brundage qualifiait en 1936 de... « complot juhttps://www.pressegauche.org/ecrire/?exec=article_edit&id_article=71351#if » le mouvement de boycott et tous ceux qui dénonçaient la persécution des juifs par les nazis. Un Avery Brundage qui était à l'époque membre d'une organisation isolationniste et sympathisante du nazisme, au nom évocateur... America First ! Décidément, Trump n'a rien inventé...

Comme d'ailleurs, ce Mondial en cours, qualifié justement de « Mondial du fric », n'a rien inventé de nouveau à l'exception de son gigantisme et de sa domination totale par les forces du grand capital. Ces forces qui évidemment n'ont rien à redire ni au racisme décomplexé, ni a la manie répressive de ce Caligula nazifié qu'est Donald Trump. Et si tout ça nous ramène presque un siècle en arrière, nous rappelant imperceptiblement l'époque des JO de Berlin célébrés alors par les mêmes élites qui célèbrent aujourd'hui le Mondial de Trump, alors il n'y a rien qui puisse étonner et choquer ceux qui gouvernent ce monde. Comme par exemple, cet éternel bastion réactionnaire qu'est le Comité International Olympique (CIO) qui vient de reproduire et mettre sur le marché un t-shirt portant l'affiche officielle des JO de 1936 à la gloire du Troisième Reich !

Raison de plus pour que nous prenions au sérieux la menace mortelle que représentent tous ces nostalgiques d'un passé pas du tout révolu, et que nous réagissions en conséquence...

Note

1. Pour les JO de Berlin, voir notre texte Jusqu'à quand l'escroquerie de la "flamme olympique" ? La flamme olympique, une merveilleuse idée du Dr. Goebbels » ! : https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/220424/la-flamme-olympique-une-merveilleuse-idee-du-dr-goebbels

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16.06.2026 à 13:51

Coupe du monde de football 2026. L'édition de l'exclusion

Florian Lefèvre

Reportage · Prix des billets, coût de la vie sur place, politique discriminatoire mise en place par Trump... La Coupe du monde de football, qui a démarré le 11 juin et qui se déroule principalement aux États-Unis, se jouera presque sans aucun supporters africains, sans que la Fifa y trouve à redire.

Tiré d'Afrique XXI.

Alignés en rang d'oignons, sept hommes arborent des lettres géantes peintes sur leur torse nu. Ils s'appellent Modou, Babacar, Abdou ou encore Samba, l'un est commerçant, l'autre cameraman, il y a aussi un agent municipal, et même un maçon. Leur mission ? Former le mot « S-E-N-E-G-A-L » avec leur corps dans les stades de football. La chorégraphie donne une image spectaculaire à chaque Coupe d'Afrique des nations (CAN).

Mais ce 16 juin, lors du match qui verra leur pays affronter la France, durant le premier tour de la Coupe du monde masculine 2026, ils seront absents des tribunes. Les membres du « 12e Gaindé (1) » ont été victimes d'un filtrage aux frontières des États-Unis, l'un des trois pays hôtes de la compétition avec le Canada et le Mexique. « Nous n'allons pas déplacer de supporters de Dakar aux États-Unis », a annoncé la ministre sénégalaise des Sports, Khady Diène Gaye, à l'antenne de la radio Sud FM début mai.

Sacré paradoxe : avec dix formations qualifiées sur quarante-huit, il n'y a jamais eu autant d'équipes nationales africaines en lice en Coupe du monde, mais, dans le même temps, les conditions économiques et administratives de cette édition sont les plus excluantes de l'histoire presque centenaire du tournoi, qui se tient du 11 juin au 19 juillet.

Alafé Wakili dirige le quotidien L'Intelligent d'Abidjan, l'un des seuls médias ivoiriens capables de financer deux envoyés spéciaux pour couvrir les cinq semaines de compétition. « Pour un journal ivoirien comme le nôtre, le coût global est compris entre 15 000 et 20 000 euros minimum par reporter », explique-t-il. Et encore, ce sera pour suivre une fraction des 104 rencontres.

Prix exorbitants et expulsions de masse

Au Qatar, en 2022, les stades étaient regroupés dans une ville. Cette année, ils seront dispersés à l'échelle d'un continent. « À cause du coût global, j'ai dû renoncer. Seuls les privilégiés pourront y aller », regrette Benson Amoua, journaliste ivoirien pour le site SportZone-ci, présent lors de la dernière CAN, au Maroc, en décembre et janvier derniers.

Au budget élevé des transports, du logement et du coût de la vie sur place s'ajoutent, pour les supporters, les prix exorbitants des places. La grande majorité des sept millions de tickets ont été mis en vente plusieurs centaines de dollars l'unité par la Fédération internationale de football association (Fifa). Et les prix s'envolent pour la finale à plus de 6 000 dollars, selon les chiffres compilés par le journal The Athletic.

Une autre donnée est venue compliquer la venue des supporters africains. Donald Trump avait promis à ses électeurs la « plus grande opération d'expulsion de masse » de l'histoire des États-Unis, en désignant des « millions de migrants » comme des « ennemis de l'intérieur ». En 2025, l'administration d'extrême droite a expulsé environ 310 000 personnes non états-uniennes, selon le think tank Brookings Institution (2).

Haïtiens et Iraniens strictement interdits

Les ressortissants de huit pays qualifiés pour le tournoi sont de fait discriminés dans l'attribution de visas temporaires. Les demandes des Algériens, des Cap-Verdiens, des Ivoiriens, des Sénégalais et des Tunisiens ont été soumises à l'obligation d'une caution pouvant aller jusqu'à 15 000 dollars par personne. Une barrière infranchissable pour beaucoup, malgré les effets d'annonce des organisateurs, dont le lancement du Fifa Pass début février, censé accélérer le traitement des demandes de visa (3), et la dérogation à l'obligation de caution à la mi-mai. Mais celle-ci concerne uniquement les personnes qui, au 15 avril, avaient à la fois acheté des billets pour la Coupe du monde et opté pour le Fifa Pass. Or de nombreux supporters ont pu être dissuadés d'acheter des billets avant le 15 avril car ils pensaient devoir payer jusqu'à 15 000 dollars de caution.

Les Haïtiens et les Iraniens sont, eux, strictement interdits de voyager dans le principal pays hôte du Mondial, en vertu d'un décret présidentiel publié le 4 juin 2025 afin de « protéger les États-Unis contre les terroristes étrangers », sauf, en théorie, à disposer d'une double nationalité et à l'exception des membres des délégations. Néanmoins, en pleine guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, les joueurs iraniens ont été contraints d'établir leur camp de base à Tijuana, au Mexique, plutôt qu'en Arizona.

Enfin, l'administration Trump a annoncé, dans un communiqué publié le 18 mai sur le site du département d'État, la « suspension » des procédures de visa pour les citoyens de la République démocratique du Congo, compte tenu de l'épidémie d'Ebola qui sévit actuellement dans l'est du pays.

« J'ai des amis qui ont tout payé (les billets de matchs, l'hôtel, l'avion aller-retour), mais ils ne pourront finalement pas se déplacer », déplore Brusny Mabanza, un supporter congolais rencontré en mars à Guadalajara, au Mexique, à l'occasion du mini-tournoi de repêchage pré-Mondial.

Le meilleur arbitre africain refoulé

Ce jour-là, les prix des places étaient plafonnés à 300 pesos (environ 15 euros). La qualification des Léopards a été une grande fête, même si une partie des supporters manquait à l'appel, faute de visa. « J'ai échangé mon maillot avec un supporter mexicain, raconte Brusny, venu de Kinshasa dans un avion affrété par le gouvernement. Pour lui, ce genre de moments montre que le sport dépasse les frontières et crée une émotion collective très forte. »

Pour les journalistes et les spectateurs africains, le parcours d'obstacles ne s'arrête pas là. « On nous a remis un visa pour les États-Unis avec une seule entrée », signale par exemple Abdoulaye Thiam, journaliste sénégalais à Sud Quotidien et président de la branche africaine de l'Association internationale de la presse sportive (AIPS). Or les Lions de la Teranga vont commencer la compétition par deux matchs à New York, avant de rallier Toronto pour une rencontre, sûrement décisive, face à l'Irak. « En l'état, si nous allons au Canada, nous ne pourrons pas revenir aux États-Unis », explique Abdoulaye Thiam.

Plusieurs événements sont déjà venus entacher la compétition. Début mai, RFI annonçait que six dirigeants de la Fédération sénégalaise de football s'étaient vu refuser leur demande de visa à l'ambassade états-unienne de Dakar. Le 6 juin, l'attaquant vedette de l'équipe irakienne, Aymen Hussein, a, lui, été interrogé pendant près de sept heures à l'aéroport de Chicago, quand le photographe officiel de l'équipe, Talal Salah, a été carrément renvoyé par les autorités des États-Unis. De son côté, l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, désigné meilleur arbitre africain en 2025 et sélectionné pour arbitrer le Mondial, s'est vu refuser l'entrée sur le territoire (alors qu'il disposait d'un visa en règle, selon une source ministérielle somalienne à l'AFP). La Fifa a finalement pris acte de cette décision et annoncé que l'arbitre ne pourrait pas officier pendant le tournoi.

Les supporters sont déjà sur place

Même l'entrée au Mexique reste compliquée : à onze jours de disputer le match d'ouverture, l'équipe nationale d'Afrique du Sud a, elle, dû reporter son départ vers son camp de base mexicain, en raison de plusieurs problèmes de visa. Ces dernières années, sous la pression de son voisin, Mexico joue de plus en plus le rôle de seconde frontière des États-Unis. Après le Congo-Jamaïque du 31 mars à Guadalajara, l'avion du retour pour Kinshasa avait d'ailleurs été immobilisé à l'aéroport, les autorités locales prenant soin de compter le nombre de passagers, soucieuses que personne ne reste sur place clandestinement.

Pour sa première participation à la Coupe du monde, le Cap-Vert ne comptera quasiment pas de soutien venu de l'archipel. « La plupart des supporters sont de la diaspora, soit européens, soit américains », témoigne la Franco-Cap-Verdienne Andreia Levy, cofondatrice du groupe « 12 Tubaron », qui se déplacera à Atlanta, Miami et Houston. Son association a obtenu 450 billets et, après la lutte menée par le syndicat Football Supporters Europe contre la politique tarifaire antisociale de la Fifa, elle a pu en proposer 100 à 60 dollars.

Même son de cloche du côté de la Fédération tunisienne de football. « La majorité des supporters qui pourront assister aux rencontres seront surtout des Tunisiens vivant déjà en Europe, au Canada ou aux États-Unis », confirme Ahmed Salhi, attaché de presse des Aigles de Carthage, qui joueront à Monterrey et Kansas City, des deux côtés du mur érigé par les États-Unis.

« Il faudra qu'ils rentrent chez eux »

Comment la Fifa justifie-t-elle ces discriminations visant de nombreux voyageurs originaires de pays qualifiés pour la compétition ? Ni l'instance ni les fédérations concernées n'ont donné suite aux demandes d'interview d'Afrique XXI. « Nous vous invitons à vous adresser aux autorités compétentes », a répondu par mail le service communication de la Fifa. Contacté par Afrique XXI, le département d'État états-unien n'a pas répondu. Les fédérations concernées ont préféré, elles aussi, esquiver le sujet.

« Je sais que nous aurons des visiteurs, de près de cent pays probablement. On veut qu'ils viennent, qu'ils profitent, qu'ils assistent aux matchs. Mais quand ce sera terminé, il faudra qu'ils rentrent chez eux », avait prévenu en mai 2025 le vice-président des États-Unis, J. D. Vance, au cas où les choses n'auraient pas été assez claires.

Pour d'autres, la politique de l'administration Trump produit un effet repoussoir face au risque, pour les voyageurs non blancs, de subir des détentions arbitraires et des déportations (4). « Même si j'avais reçu des billets gratuitement, je ne serais pas parti aux États-Unis, soutient André Silver Konan, fondateur du journal Ivoir'Hebdo. Un beau matin, vous sortez sans vos papiers et la police de l'immigration vous arrête… Je n'ai pas envie d'aller me faire humilier. »

En mars 2017, Gianni Infantino, président de la Fifa, lançait, bravache : « Il va de soi que, dans le cadre des compétitions de la Fifa, toute équipe, y compris ses supporters et ses officiels, qui se qualifie pour une Coupe du monde doit pouvoir accéder au pays hôte, sans quoi il n'y a pas de Coupe du monde. »

À Kinshasa, « tout le monde va être dehors »

Cette déclaration publique a très mal vieilli. Les années ont passé, Donald Trump a été réélu à la Maison-Blanche, et il peut désormais compter sur « l'assentiment servile », selon les mots du chercheur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) Pascal Boniface, d'Infantino : en décembre 2025, le second a offert au premier un obscène « prix de la paix », décerné au nom de la Fifa, lors du tirage au sort du tournoi.

« Tout le monde sera le bienvenu au Canada, au Mexique et aux États-Unis », promettait encore Infantino il y a quelques mois, peu après avoir inauguré un nouveau bureau de la Fifa… au sein de la Trump Tower, à New York.

Le manque d'accessibilité aux Coupes du monde de football n'est pas nouveau et a été tout relatif ces dernières décennies. « Elle est devenue un produit mondialisé destiné à une élite mobile », rappelait en février, dans le mensuel français Le Monde diplomatique, Abderrahim Bourkia, sociologue marocain, en référence à l'inflation du prix des places depuis l'édition 2002.

Cinquante-deux ans après la dernière qualification des Léopards, leur grand retour sur la scène internationale se fêtera donc principalement au pays. Rédacteur en chef de Leopardsfoot, portail du foot congolais sur les réseaux sociaux, Louis Mukoma Fargues fait le pari qu'à Kinshasa « tout le monde va être dehors pour regarder les matchs devant la télévision : dans les restaurants, les bars ou entre voisins ». En mars, ils étaient déjà des centaines de milliers dans les rues pour réserver un retour triomphal aux joueurs, après leur qualification lors du tournoi de repêchage.

Notes

1- « Gaindé » signifie « lion » en wolof, une référence au surnom de l'équipe nationale du Sénégal : les Lions de la Teranga.

2- Retrouver les chiffres ici.

3- Ce pass fonctionne pour un très petit nombre de voyageurs : seulement 17 000 personnes à travers le monde début mai, a révélé The Athletic ici, les nationalités les plus représentées parmi les inscriptions étant alors celles de l'Ouzbékistan, de la Chine, de l'Inde, de la Turquie, du Mexique et de la Colombie.

4- Plusieurs ONG ont largement documenté ces pratiques, comme Amnesty International et Human Rights Watch.


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16.06.2026 à 13:50

Pourquoi le racisme n'est‑il pas considéré comme un risque professionnel dans le soccer ?

Maame De-Heer, Taylor McKee

Lorsqu'un partisan du Tottenham Hotspur a lancé une peau de banane qui a atterri près de l'attaquant d'Arsenal Pierre-Emerick Aubameyang lors d'un match entre les deux grands rivaux londoniens, un photographe a immortalisé la scène. Cette image est devenue l'un des symboles les plus marquants du racisme dans le soccer.

Tiré de The conversation. Légende de la photo : Le défenseur nigérian Benjamin Fredrick et l'attaquant vedette gabonais Pierre-Emerick Aubameyang se disputent le ballon lors de la demi-finale des barrages de la zone Afrique pour la Coupe du Monde FIFA 2026 à Rabat, au Maroc, le 13 novembre 2025. (AP Photo)

L'intention derrière cet acte a été largement reconnue et condamnée par l'ensemble du monde du soccer. Indignés, les dirigeants du club ont publiquement dénoncé cet acte, tandis que l'entraîneur d'Arsenal, Unai Emery, a souligné que « personne n'accepte » de tels incidents.

Le supporter a été condamné à une amende de 500 livres sterling (plus de 900 dollars canadiens) et interdit de stade pendant quatre ans. Cette même saison, les droits télévisés de la Premier League, la première division anglaise, s'élevaient à 5,1 milliards de livres sterling (plus de 9 milliards de dollars canadiens).

La persistance des incidents racistes, conjuguée à des sanctions inégales et à des réponses qui s'attaquent aux symptômes plutôt qu'aux causes, révèle un cadre de gouvernance incapable de protéger les joueurs ou de dissuader les auteurs de tels actes.

Dans certains cas, les joueurs victimes d'insultes racistes ont été encouragés – par des supporters, des commentateurs et des officiels – à considérer ces comportements comme une réalité regrettable du sport. Plus troublant encore, les victimes ont parfois été tenues pour responsables d'avoir provoqué ou alimenté les insultes qu'elles subissaient. De telles réactions non seulement banalisent le racisme, mais détournent également la responsabilité des auteurs et des institutions chargées de garantir des environnements sportifs sûrs et inclusifs.

En 2019, après que des joueurs anglais ont subi des insultes racistes en Bulgarie, l'Union des associations européennes de football (UEFA) a infligé une amende de 75 000 euros (121 000 dollars canadiens) à la Fédération bulgare de football. Au regard des ressources financières considérables du soccer, cette sanction n'avait rien de dissuasif et ne témoignait d'aucun engagement institutionnel sérieux.

Les instances dirigeantes du soccer ont passé des décennies à élaborer et à promouvoir des initiatives antiracistes très visibles et symboliquement puissantes. Ces démarches comprennent souvent des campagnes de sensibilisation, des déclarations publiques, des cérémonies d'avant-match et des messages disciplinaires destinés à afficher un engagement en faveur de l'inclusion. Si de telles mesures peuvent sensibiliser le grand public et témoigner d'une certaine préoccupation institutionnelle, elles ont été critiquées pour leur incapacité à produire des changements structurels réels ou à réduire sensiblement les comportements racistes dans le sport.

Ce que la caméra ne montre pas

Sous le vernis respectable de la Premier League, des réseaux de centres de formation expédient des adolescents noirs et métis vers l'Europe, avec un minimum de surveillance et encore moins de protection.

Dès 2008, The Observer rapportait l'existence d'environ « 500 “académies” de soccer non agréées rien qu'à Accra, la [capitale du Ghana] », la plupart dirigées par des personnes incapables de fournir la moindre preuve d'expérience professionnelle.

Au Mali, les familles versaient en moyenne de 2000 à 3000 euros, souvent l'équivalent de toutes leurs économies, parfois réunies en vendant leur maison, à des agents promettant des essais en Europe qui ne se concrétisaient jamais.

Le racisme dans les stades permet à des institutions comme la FIFA et la Premier League de se poser en solution à un problème qu'elles traitent comme venant de l'extérieur, plutôt que d'admettre qu'il est ancré dans leurs propres structures.

Il est bien plus difficile de mener campagne contre ce type de problème, précisément parce qu'il est déjà inscrit au cœur même de l'institution. Les instances sportives ne peuvent pas lancer un mot-clic contre leurs propres politiques de migration de main-d'œuvre.

Ce que révèlent réellement les recherches

Une étude de 2024 a révélé que plus de la moitié des 101 joueurs de soccer professionnel interrogés déclaraient souffrir de détresse psychologique, le racisme étant identifié parmi les facteurs de stress psychosocial contribuant à l'épuisement et à la dégradation de la santé mentale.

Ces conclusions ne sont pas nouvelles. Un article publié en 2020 dans le British Journal of Sports Medicine établissait que les modèles de santé mentale dans le soccer professionnel ignorent systématiquement le racisme en tant que problème structurel, le traitant plutôt comme une série d'incidents isolés. Les fédérations ont accès à ces données. Certaines contribuent même au financement de la recherche. Ce qui leur manque, c'est la volonté structurelle de traiter le racisme comme un enjeu de sécurité au travail plutôt que comme un problème d'image.

Le racisme dans le soccer est depuis longtemps présenté comme un problème éthique. C'est aussi un problème de santé au travail. Les insultes racistes ne sont pas qu'une succession d'affronts isolés : elles produisent les mêmes traces biologiques que n'importe quel autre agent toxique en milieu professionnel.

Une exposition chronique à la discrimination élève le taux de cortisol et les marqueurs inflammatoires. Les chercheurs appellent cela la « charge allostatique », ce qui se traduit concrètement par une prévalence accrue de l'hypertension, des troubles du sommeil et un vieillissement cellulaire prématuré.

Ces risques touchent les personnes qui évoluent professionnellement dans des environnements hostiles sur le plan racial.

Les footballeurs en sont un exemple trop souvent ignoré. Une enquête de 2024 menée par la FIFPRO, le syndicat mondial des joueurs, a révélé que 83 % des syndicats de joueurs signalaient que les abus et la violence contribuaient directement aux problèmes de santé mentale de leurs membres, et que 88 % jugeaient que la menace de violence avait des répercussions négatives sur les performances en match.

Pourtant, aucune fédération ne classe les insultes racistes parmi les conditions dangereuses nécessitant des mesures d'atténuation systématiques. Il existe des protocoles pour les ruptures ligamentaires et les commotions cérébrales. Il n'en existe aucun équivalent pour les joueurs qui reçoivent des menaces de mort en ligne la veille d'un match.

Qui protège les joueurs ?

La Coupe du monde de la FIFA 2026, comme celles qui l'ont précédée, comportera des dangers que la FIFA ne prend pas en compte.

Des milliers de joueurs, de membres du personnel et de supporters issus de minorités racialisées entreront dans des stades dont les dispositifs de sécurité ne sont pas conçus pour faire face au poids cumulatif d'environnements racistes.

Le Cadre des droits de la personne de la FIFA promet l'inclusion. Il ne promet pas de surveillance axée sur la santé. Les fédérations connaissent les données scientifiques. Ce qu'elles n'ont pas fait, c'est traiter le racisme comme le problème de sécurité au travail qu'il est réellement.

La Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord apportera les promesses habituelles : unité, respect et responsabilité. Elle se présentera comme une célébration des cultures. Ce qu'elle n'apportera presque certainement pas, c'est un bilan honnête sur qui tire profit du travail des athlètes noirs et de couleur, et qui les protège quand les abus commencent.

La question pour 2026 n'est pas de savoir si un autre joueur sera pris pour cible. C'est de savoir si quelqu'un, parmi ceux qui détiennent le pouvoir, nommera enfin le système qui rend cela inévitable.

Tant que ce ne sera pas le cas, les campagnes ne sont pas un échec. Elles font exactement ce pour quoi elles ont été conçues : soigner les apparences pendant que la structure, elle, demeure inchangée.


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