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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 12:57

L'eau, fardeau invisible des femmes

news.un.org

Chaque jour, quelque part, une fillette quitte l'école pour aller chercher de l'eau. Elle marche, attend, porte, revient. Le geste est banal, mais il façonne des existences entières. À l'échelle du monde, ces trajets représentent 250 millions d'heures, chaque jour, consacrées à la collecte de l'eau par les femmes et les filles.

Tiré de Entre les lignes et les mots
28 mars 26

À l'approche de la Journée mondiale de l'eau, qui sera célébrée dimanche, le constat dressé par les Nations Unies est implacable. Derrière la crise hydrique mondiale, qui prive encore 2,1 milliards de personnes d'un accès sûr à l'eau potable et 3, milliards à des services d'assainissement adéquats, se joue une autre crise, plus silencieuse : celle des inégalités de genre.

« L'accès à l'eau n'est ni égal ni équitable », a affirmé jeudi la présidente de l'Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock. Dans un monde capable de prouesses technologiques, « personne ne devrait avoir à chercher de l'eau pour boire ou vivre sans assainissement adéquat ». Pourtant, a-t-elle insisté, pour des milliards de personnes, cette réalité demeure quotidienne.

Porter l'eau, sans en décider l'accès

Le paradoxe est au cœur du nouveau Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2026, publié jeudi. Selon cette étude annuelle, les femmes sont omniprésentes dans les usages de l'eau, mais absentes des lieux où elle se décide.

Dans plus de 70% des foyers ruraux privés d'eau sur place, ce sont elles qui en assurent la collecte. Mais dans les instances de gouvernance, les services publics ou les secteurs techniques, elles restent largement minoritaires. « Malgré leur rôle central », souligne le rapport, « les femmes demeurent systématiquement sous-représentées dans la gouvernance, le financement et la prise de décision ».

Cette dissymétrie a des conséquences concrètes. Moins de temps pour l'école, pour un emploi, pour participer à la vie publique. Plus d'exposition aux risques – blessures, maladies, violences. Dans certaines zones, aller chercher de l'eau signifie traverser des espaces dangereux, s'exposer au harcèlement, voire à l'exploitation.

Interrogé sur ces dangers lors d'un point de presse à New York, Bhanu Neupane, représentant de l'UNESCO, qui publie le rapport pour le compte d'ONU-Eau, a reconnu les limites des réponses actuelles : « Nous connaissons l'ampleur du problème, mais malheureusement nous ne disposons pas encore d'un ensemble de solutions qui puissent aider les femmes dans ces situations ».

Une inégalité enracinée

L'eau ne se limite pas à un point de collecte. Elle traverse les structures mêmes des sociétés : accès à la terre, au logement, au crédit, aux infrastructures. Autant de domaines où les femmes restent désavantagées.

Dans de nombreux pays, les droits à l'eau sont liés aux droits fonciers. Or, les femmes possèdent moins de terres, ou en ont un contrôle limité. Cette dépendance structurelle réduit leur accès à l'eau pour l'agriculture, fragilise leurs moyens de subsistance et accentue les inégalités économiques.

Même dans les villes, l'accès à l'eau dépend souvent de la sécurité du logement. Les populations vivant dans des quartiers informels – où les femmes sont particulièrement vulnérables – sont les premières privées de services fiables.

Le rapport met aussi en cause certaines approches dites « peu coûteuses », qui reposent en réalité sur un travail non rémunéré. Ce qui est présenté comme une solution économique masque souvent une externalisation des coûts – supportés, une fois encore, par les femmes.

Le poids du climat et des crises

À ces inégalités structurelles s'ajoutent les effets du changement climatique. Sécheresses, inondations, catastrophes hydrométéorologiques : les pressions sur les ressources en eau s'intensifient, et avec elles les inégalités.

Le genre, souligne le rapport, est un facteur déterminant de vulnérabilité. Lorsque les ressources se raréfient, ce sont les femmes qui marchent plus loin, portent plus longtemps, renoncent davantage. Une hausse des températures accroît leur charge de travail, réduit leurs revenus, fragilise leur sécurité.

Dans les contextes de crise liés notamment aux conflits et aux déplacements, ces risques se multiplient encore. Les points d'eau deviennent des lieux d'exposition, où la recherche d'une ressource vitale se transforme en danger.

Une question de pouvoir

Pour les Nations Unies, l'enjeu dépasse largement l'accès à une ressource. Il touche à la répartition du pouvoir.

« Trop souvent, celles et ceux qui portent l'eau sont les derniers consultés sur la manière d'en améliorer l'accès », a dénoncé Annalena Baerbock. « Cela doit changer ».

Le rapport appelle à des mesures concrètes : rapprocher l'eau des foyers, investir dans des données sexuées pour rendre visibles les inégalités, lever les obstacles juridiques et financiers, et surtout, renforcer la participation des femmes, non pas de manière symbolique mais effective.

Car les bénéfices sont documentés. Là où les femmes participent aux décisions, les services sont plus équitables, plus efficaces, plus durables.

Rendre visible l'invisible

Au fond, la crise de l'eau révèle une économie cachée. Celle du temps et du travail non rémunéré, qui soutient des systèmes entiers sans jamais apparaître dans les bilans.

Reconnaître cette réalité, c'est changer de perspective et considérer l'accès à l'eau non seulement comme une question d'infrastructures, mais comme une question de justice.

« Pas d'eau, pas de vie », rappelait la biologiste marine Sylvia Earle, citée par Annalena Baerbock. La formule est devenue un slogan. Mais elle pourrait être déclinée autrement : pas d'eau, pas d'école ; pas d'eau, pas de travail ; pas d'eau, pas d'égalité.

Et tant que ces millions d'heures resteront invisibles, l'eau continuera de couler – mais l'injustice, elle, ne s'évaporera pas.

https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158594
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16.06.2026 à 12:53

Égypte. Tour de vis pour les syndicats et les travailleurs

Penelope Maison

Dans un pays déjà fortement assujetti à l'inflation et à des tensions économiques liées au contexte de guerre régionale, le gouvernement égyptien adopte en l'espace de quelques mois, des lois qui contraignent davantage l'expression des droits des employés et de leurs représentants.

Tiré d'Orient XXI.

Depuis plusieurs années, les travailleurs égyptiens voient leurs conditions de travail se dégrader régulièrement. Malgré certaines augmentations nominales des salaires, les revenus réels diminuent sous l'effet de l'inflation tandis que le travail informel, l'emploi précaire et les licenciements arbitraires se multiplient. L'adoption en novembre 2025 de la loi n° 14 sur le travail a accentué cette situation, en proposant un cadre législatif favorisant les investisseurs et les employeurs au détriment des droits des travailleurs. Elle introduit ainsi la possibilité pour l'employeur de modifier temporairement les termes du contrat, notamment en assignant au travailleur des tâches non convenues ou en réduisant son salaire si les conditions économiques sont jugées défavorables (article 238). Elle autorise également les retenues de salaire comme sanction disciplinaire (article 139), tout en limitant fortement les possibilités d'organisation et d'expression des travailleurs. La collecte de dons, la distribution de publications, le recueil de signatures ou encore l'organisation de réunions sur le lieu de travail sans l'accord de l'employeur sont dorénavant prohibés (article 136). Appeler à la grève dans des établissement considérés comme « vitaux » ou durant des « circonstances exceptionnelles » est également interdit (article 234).

Une loi limitant les libertés d'organisation

Quelques mois plus tard, en mai 2026, le Parlement approuve le projet de loi no. 213 du gouvernement visant cette fois à modifier certaines dispositions de la loi sur les organisations syndicales des travailleurs et la protection du droit à l'organisation syndicale (2017).

Les amendements prévoient de prolonger de six mois le mandat actuel des conseils d'administration des syndicats de travailleurs, et la durée du mandat syndical de quatre à cinq ans. Cette décision intervient dans un contexte de crise économique prolongée, aggravée par la situation à Gaza et la guerre contre l'Iran.

Le choix des autorités de limiter davantage les possibilités d'expression des travailleurs en reportant les élections syndicales est d'autant plus problématique que celles-ci sont déjà fortement encadrées. Si, officiellement, les syndicats indépendants sont autorisés depuis le soulèvement de 2011, dans les faits le pouvoir en place depuis 2013 a continuellement cherché à limiter leur capacité d'organisation réelle. En 2017, les autorités ont mené une véritable « campagne punitive contre les travailleurs et les syndicalistes » selon Amnesty international (1), et les arrestations arbitraires de leaders syndicaux se sont poursuivies jusque récemment avec par exemple l‘arrestation de Maher Hezima, ancien membre de la Fédération syndicale égyptienne (ETUF), en 2024. En outre, l'ensemble des syndicats indépendants ont été dissous en mars 2018, puis sommés de se réenregistrer dans un délai de 60 jours selon les nouvelles exigences, largement arbitraires, établies par la loi de 2017 sur les syndicats.

Aussi, en 2021, le régime du président Abdelfattah Al-Sissi a promulgué une nouvelle législation autorisant les administrations publiques à licencier tout fonctionnaire suspecté d'appartenir à des groupes qualifiés de « terroristes » ou de « nuire aux services publics ou aux intérêts économiques de l'État ». Autant de désignations très floues, susceptibles d'interprétations arbitraires et régulièrement utilisées par le passé pour cibler des leaders syndicaux et des opposants politiques. Ainsi, même dans cet espace démocratique réduit, le pouvoir choisit d'accentuer le contrôle des travailleurs, craignant sans doute que les élections deviennent un espace d'expression pour le mécontentement latent d'une partie importante de la population peinant aujourd'hui à vivre dignement.

Fausse augmentation des salaires

Dans ce contexte, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux (ECESR), organisation non gouvernementale luttant depuis 2009 pour l'amélioration des conditions d'existence des travailleurs égyptiens, a publié début mai 2026 un rapport alarmant sur les conditions de travail de ces derniers (2). Il présente une analyse des mouvements de protestation des travailleurs tout au long de l'année 2025 et montre que plus de 90 % des protestations ont été déclenchées par des questions liées aux salaires, aux primes, aux allocations et au partage des bénéfices.

En 2010, le mouvement ouvrier avait réussi à obtenir une décision judiciaire obligeant l'État à fixer un salaire minimum reflétant le coût de la vie et assurant aux travailleurs un niveau de vie digne. À cette époque, le salaire minimum s'élevait à 400 livres égyptiennes (environ 502 euros au 1er janvier 2010). Il est passé à 1 200 livres en 2014 (environ 125 euros au 1er janvier 2014), pour atteindre 7 000 livres en mars 2025 (132 euros), avec une augmentation programmée à 8 000 livres (134 euros) le 1er juillet 2026. Toutefois, et à cause de l'inflation, le passage de 1 200 à 7 000 livres équivaut en dollars à une baisse de 169,50 à 140 dollars (de 147 euros à 121 euros).

Ainsi, si on le mesure par rapport aux prix des biens de première nécessité tels que du riz, de la viande, de l'huile de cuisson, des bouteilles de gaz, etc., le salaire réel — ou le pouvoir d'achat — a significativement diminué au cours de cette période. Or, et malgré le caractère insuffisant de ce salaire minimum, de nombreux employeurs refusent encore de l'appliquer.

En-dessous du minimum légal

Cette situation, en plus de l'utilisation généralisée des contrats temporaires, a provoqué ces dernières années des dizaines de mouvements de contestation dans le pays, touchant aussi bien le secteur public que le secteur privé.

Par exemple, en mars 2026, environ 3 000 travailleurs temporaires de la société Misr Aluminum, principale entreprise de fabrication d'aluminium en Égypte depuis 1977 et ayant réalisé des bénéfices d'environ 10 milliards de livres égyptiennes (300 millions d'euros) sur l'année 2024/2025, ont annoncé une grève et un sit-in pour exiger leur régularisation, la résiliation de leurs contrats avec les sociétés d'intérim et l'application du salaire minimum. Un technicien en maintenance électrique avec sept ans d'ancienneté en grève a déclaré au média Al-Manassa que les travailleurs temporaires, appelés « main-d'œuvre louée », percevaient des salaires bien en dessous du minimum légal, allant de 2 250 à 3 500 livres (de 38 à 58 euros). Ces travailleurs ont été employés dans l'entreprise pendant une période allant de 7 à 10 ans via des sociétés d'intérim contractées par Misr Aluminum, sans que les travailleurs soient informés des détails de leurs contrats ni n'en reçoivent des copies.

Même chose chez les travailleurs des centrales hydroélectriques du Haut-Barrage d'Assouan 1, d'Assouan 2 et d'Esna, gérées par la Water Power Plants for Electricity Generation Company, qui ont intensifié leur contestation ces derniers mois en organisant des manifestations et des sit-in sur leurs lieux de travail. Outre, là aussi, l'application du salaire minimum, ils réclament l'intégration de toutes les indemnités en attente, l'augmentation de l'indemnité alimentaire à 50 livres par jour (moins d'un euro), le versement des indemnités de risque, la régularisation des qualifications, la réintégration des promotions supprimées, etc.

Les licenciements arbitraires — en particulier de dirigeants syndicaux — constituent la deuxième cause principale de mobilisation des travailleurs au cours de l'année passée. Ainsi, en avril 2025, des dizaines d'employés et de travailleurs de divers services de la Banque agricole d'Égypte ont organisé une manifestation devant la branche principale de la banque à Dokki, dans le gouvernorat de Gizeh, contre le licenciement de 1 200 employés et travailleurs, en violation avec la loi. Les manifestants ont déclaré à Al-Manassa que des décisions de licenciement avaient été prises depuis 2020, la direction envoyant des lettres accusant un certain nombre d'employés de négligence grave sans enquête ni notification préalable.

Les travailleurs licenciés ont signalé au média que la politique de réduction de la masse salariale de l'entreprise visait spécialement les employés qui avaient déposé des recours pour contester un retard dans le versement des allocations et qui avaient obtenu des décisions favorables, ainsi que les employés qui avaient publiquement revendiqué leurs droits via des groupes et pages Facebook. Ces actes ont été qualifiés par des responsables de la banque (idem) de divulgation de secrets professionnels portant préjudice à l'entreprise.

Une crise structurelle

Par ailleurs, depuis le décret n° 1209 de 1964 établissant l'Autorité générale pour l'assurance santé, la classe ouvrière égyptienne bénéficiait d'un système de santé et d'assurance maladie relativement acceptable, bien que déjà critiqué, notamment car il reposait sur un taux de cotisation uniforme de tous les travailleurs, sans imposition progressive. Cependant, avec la promulgation de la Loi n° 2 de 2018 sur l'assurance maladie universelle et sa mise en place progressive dans les gouvernorats, une nette disparité est apparue dans les zones où le nouveau système avait été mis en place (3). Plusieurs modifications sont apparues dans la nouvelle loi et la notion d'ayant droit a par exemple été évincée. Désormais, ce sont les travailleurs qui doivent supporter le coût de l'assurance maladie des membres de la famille, y compris les enfants en bas âge et les conjoints qui ne travaillent pas. La loi a en outre introduit un système de « co-paiement » qui demande aux assurés de payer une partie des soins, lesquels étaient souvent gratuits dans l'ancien système.

Or bénéficier d'une assurance maladie efficace est d'autant plus important dans un pays où les accidents du travail sont extrêmement fréquents. De nombreux incendies ainsi que des accidents de la route ou sur des chantiers sont régulièrement recensés par l'ECESR.

Un secteur informel hors de contrôle

Ces incidents traduisent l'absence de procédures de sécurité civile et de protection de la santé au travail, due notamment à l'importance du secteur informel, qui représenterait entre 30 % et 60 % de l'économie égyptienne selon les estimations (4). Les entreprises qui en relèvent évoluent en dehors du cadre légal, privant leurs travailleurs de toute protection prévue par la législation du travail, aussi maigre soit-elle. Ces employés travaillent ainsi sans salaire minimum, sans assurance, sans retraite, sans protection face aux aléas ou aux chocs économiques. Par ailleurs, ces établissements échappent largement aux contrôles en matière de sécurité et de santé au travail, ce qui contribue à la fréquence élevée des accidents.

Ainsi, la crise à laquelle est confrontée la classe ouvrière égyptienne actuellement n'est pas confinée à un secteur particulier ou à une revendication partielle. C'est une crise globale, structurelle, affectant le cœur même de la relation de travail : les bas salaires s'ajoutent à l'absence de sécurité de l'emploi, le licenciement arbitraire coexiste avec des contrats précaires, la protection de la santé continue de se détériorer alors que les normes de sécurité restent absentes et que les accidents du travail persistent sur les sites de production et sur les routes.

Dans ce contexte, affaiblir légalement et continuellement la représentation syndicale l'empêche de constituer de véritables canaux de négociation collective, nourrit les protestations des travailleurs et augure de nouvelles tensions sociales. Le rapport de l'ECESR peut ainsi être lu comme une tentative d'attirer l'attention sur la situation actuelle qui n'est pas une crise isolée et passagère due aux tensions régionales. Elle demande un examen critique et une réponse sérieuse à même de rétablir l'équilibre entre les parties du processus de production, et de garantir aux travailleurs le droit à une vie digne.

Notes

1- « Égypte. Des attaques incessantes contre les droits des travailleurs et des syndicalistes », Amnesty international, 30 avril 2017.

2- ECESR, « Egypt's Workers in 2025 : From Wages and Arbitrary Dismissal to Occupational Safety », 6 mai 2026.

3- Les premiers gouvernorats concernés sont ceux de Port Saïd, Suez, Ismaïliya, Nord Sinaï, Sud Sinaï et Alexandrie qui bénéficient du nouveau système depuis 2019, tandis qu'il faudra attendre 2032 pour que les gouvernorats de la dernière vague, dont fait partie Le Caire, en bénéficient également.

4- « Situation macroéconomique et financière de l'Égypte », Direction générale du Trésor, 3 avril 2025.


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16.06.2026 à 12:53

Les menaces des USA sur la santé en Zambie

Paul Martial

Pour imposer son protocole d'accord au gouvernement zambien, l'administration Trump envisage de retenir les aides destinées à la lutte contre le VIH, mettant ainsi en danger des centaines de milliers de patients.

Dès les premiers mois de son second mandat, Donald Trump a mis fin brutalement à l'USAID, plaçant de nombreux pays africains dans des situations difficiles.

Nouvelle politique de l'aide

Désormais la politique d'aide de la Maison Blanche vis-à-vis des pays pauvres se résume à une exigence : chaque dollar dépensé doit avant tout bénéficier aux USA. C'est dans ce cadre que des négociations bilatérales avec plusieurs pays africains ont commencé dans une grande opacité.
Certains éléments ont toutefois été rendus publics. On apprend ainsi que, lors des négociations avec le Kenya et le Zimbabwe, Washington a exigé l'accès aux bases de données de leurs services de santé, ainsi que le partage des échantillons concernant des « pathogènes détectés à potentiel épidémique » pendant vingt-cinq ans, sans offrir aucune garantie à ces pays quant à leur accès aux traitements qui pourraient être développés contre d'éventuelles épidémies. Pour le Nigeria, les États-Unis ont imposé un renforcement de l'aide aux chrétiens victimes de violences, ignorant délibérément les victimes musulmanes.

Le cas de la Zambie

Récemment, l'ONG Health GAP a pu se procurer le protocole d'accord proposé par les États-Unis à la Zambie, pays d'Afrique australe. Première mesure : une réduction de l'aide. Alors que le budget s'élevait à 400 millions de dollars en 2024, il serait ramené à 320 millions, avec une diminution annuelle progressive jusqu'à atteindre 132 millions en 2030.

Dans le même temps, il est exigé que la Zambie recrute 40 000 personnels soignants entre 2026 et 2030, soit une augmentation de près de 50 % par rapport aux 81 000 personnels actuellement en poste. Cette mesure apparaît irréaliste car le FMI exige, dans le cadre de la restructuration d'une dette évaluée à plus de 20 milliards de dollars, soit 124 % du PIB, une politique « d'assainissement budgétaire, de renforcement de la gestion des finances publiques et d'amélioration de la gouvernance ».

Comme pour les autres pays concernés, les États-Unis exigent également un accès aux agents pathogènes, ce qui permettra à leurs laboratoires d'être les premiers à développer des médicaments ou des vaccins.

Le protocole exclut des instances de contrôle des aides, les organisations de la société civile reconnues pour leur compétence. Actuellement, ces ONG zambiennes exercent un contrôle trimestriel sur le programme américain PEPFAR (Plan présidentiel d'urgence de lutte contre le sida).

Des patients pris en otage

Les exigences américaines ne s'arrêtent pas là. Washington réclame également un accès privilégié aux richesses minières du pays. La Zambie est le deuxième producteur de cuivre d'Afrique et le huitième au niveau mondial. Ce minerai est indispensable aux industries liées à la transition énergétique.

Le New York Times a révélé l'existence d'un projet de note du bureau Afrique du département d'État adressé à Marco Rubio afin de contrer la résistance des autorités zambiennes. Ce document envisagerait la suspension des aides destinées à la lutte contre le VIH afin de faire pression sur le gouvernement zambien pour qu'il cède sur la question des ressources minières, que Washington ne souhaite pas voir passer totalement sous l'influence de la Chine.

En Zambie, plus d'un million de personnes dépendant quotidiennement d'un traitement contre le VIH financé par le PEPFAR risquent de voir leur état de santé se dégrader, voire de mourir. Une ignominie de plus imputable à l'administration Trump.

Paul Martial

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