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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 12:52

Ebola : « Cette épidémie est indissociable de l'exploitation de l'or en RDC »

Didier Bompangue, Thomas Ribaud

La propagation du virus Ebola depuis des zones minières aurifères a pour cause la prédation humaine sur les écosystèmes forestiers, explique le directeur adjoint de l'institut One Health pour l'Afrique, Didier Bompangue

Tiré de Reporterre.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) décomptait, le 2 juin, 330 cas et 49 décès confirmés de la maladie à virus Ebola, qui se répand dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. Le 29 mai, l'Africa CDC, l'agence sanitaire de l'Union africaine, dénombrait elle 246 décès probablement liés au virus.

Alors que cette zoonose est souvent présentée comme le fruit de la malchance ou du contact malheureux avec une bête sauvage, l'épicentre de l'épidémie actuelle se trouve dans la province congolaise de l'Ituri, une zone qui connaît une exploitation aurifère intense. Cette activité, extrêmement dommageable pour l'environnement, accroît les risques de propagation, explique Didier Bompangue, directeur adjoint de l'institut One Health pour l'Afrique.

Reporterre — Cette 17ᵉ flambée d'Ebola, en RDC, a pour épicentre la cité minière de Mongbwalu, en Ituri. De quoi est-ce révélateur ?

Didier Bompangue — On ne peut pas comprendre ce virus sans prendre en compte la problématique de l'exploitation de l'or dans l'est de la RDC. La grande compagnie aurifère internationale Sokimo dispose, à Mongbwalu, d'une de ses bases. Or, il faut raser des parcelles de forêts pour accéder aux mines. Et les machines avec lesquelles l'or est drainé entraînent un remue-ménage sans pareil dans l'écosystème forestier.

Au-delà même de l'activité minière en tant que telle, Mongbwalu et ses alentours ont connu, ces dernières décennies, une très forte croissance démographique. L'industrie y attire des gens de partout, au Congo, en Ouganda, en Centrafrique… Les petits villages deviennent de grandes cités.

En quoi cette activité minière, et la pression démographique qu'elle engendre, sont-elles liées à Ebola ?

Didier Bompangue — Ces deux phénomènes concomitants entraînent des pressions en cascade sur la forêt et ses animaux sauvages. La fragmentation de leur habitat augmente considérablement les contacts entre humains et animaux.

Dans certaines localités, les léopards viennent dévorer des chèvres en bordure de village, car les chasseurs font disparaître les potentielles proies sauvages du félin. Ce rapprochement multiplie fatalement le risque de transmission d'un virus, dont on sait qu'il est d'origine animale.

Comment remédier à ces facteurs de risque ?

Didier Bompangue — Maîtrisez le comportement humain et vous maîtriserez Ebola. Il faut freiner au maximum la déforestation. C'est là-dessus qu'il faut essayer de peser, bien avant d'investir dans la recherche médicale, qui est un chantier de long terme.

À titre d'exemple, le pipeline titanesque que construit TotalEnergies, entre l'Ouganda et le Kenya, est en train de raser des forêts et des villages entiers. Ce genre de projets sont des nids à maladies émergentes.

Mais les minerais et les énergies fossiles ne sont qu'une forme de prédation parmi d'autres. Chaque secteur qui mène à la perturbation des habitats de la faune sauvage doit être amendé, que cela soit la pêche intensive, les plantations et l'agriculture en général, la vente de bois…

Concernant l'accès aux protéines animales, il faut privilégier l'élevage, en opposition à la chasse. Ces moyens de subsistance des populations locales ne sont pas à mettre sur le même plan que les activités industrielles, nettement plus brutales. Néanmoins, sur le long terme, la croissance démographique congolaise est tellement incontrôlée que ces pressions finissent par être dommageables pour l'environnement.

Limiter ces prédations en série permettra de protéger les écosystèmes forestiers naturels. Or, seul un bassin du Congo résilient garantit une distance entre les humains d'un côté, et les animaux et leurs virus de l'autre.

Thomas Ribaud


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16.06.2026 à 12:52

Conférence de la gauche en Afrique du sud : "Il ne reste plus rien"

Niall Redy

La très attendue « Conférence de la gauche » était censée unir les forces progressistes sud-africaines. Au lieu de cela, elle a confirmé une vérité plus amère : la gauche n'a pas besoin d'unité, elle a besoin de se reconstruire.

Tiré d'Afrique en lutte.

la conférence de la « gauche » du week-end dernier est un indicateur de ce que les forces progressistes ont à offrir, l'Alliance démocratique (DA, principal parti d'opposition de centre-droit en Afrique du Sud) peut se rassurer. Les guillemets sont nécessaires car les principaux partis présents ne peuvent en aucun cas être qualifiés de gauche. Leurs voix, les plus fortes, ont donné un ton creux à l'ensemble de la réunion.

Pour un parti qui semble incapable de conserver un de ses hauts responsables plus de deux mois, la délégation de l'uMkhonto weSizwe (MK) paraissait étonnamment bien organisée. Le MK était la branche armée de l'ANC durant l'apartheid ; son nom a été repris par l'ancien président Jacob Zuma en 2023 pour lancer son propre parti dissident après que l'ANC ait engagé des poursuites contre lui pour corruption. Tony « Mercedes » Yengeni, ancien chef de la majorité parlementaire de l'ANC, emprisonné pour fraude après avoir accepté une Mercedes-Benz à prix réduit d'une entreprise d'armement dans le cadre d'un marché public, a pris la parole en leur nom le premier jour. Le lendemain, ils ont tenté, heureusement sans succès, de faire monter Jacob Zuma sur l'estrade.

Zuma a probablement fait plus que quiconque ces trente dernières années pour nuire au bien-être et aux perspectives politiques des Sud-Africains issus de la classe ouvrière. Agissant toujours par intérêt personnel et sans scrupules, il a usé de son pouvoir présidentiel pour confier les fonctions exécutives du gouvernement à une famille criminelle et a donné son feu vert à un pillage généralisé de l'État, ruinant les institutions, paralysant les services publics et anéantissant une décennie de croissance et de création d'emplois. Destitué par son propre parti et confronté à sa chute, il a tenté, sans grand succès, un coup d'État , puis, avec un succès relatif, un soulèvement populaire qui a fait des centaines de morts et a coûté plusieurs milliards de rands à l'économie.

MK est son entourage élargi, un « parti » entièrement à son image et modelé selon ses moindres désirs. C'est un véritable cirque de gangsters et d'escrocs qui se trahissent, se trichent et se volent les uns les autres avec une telle rapacité que ce serait comique si ce n'était pas si tragique. Même les membres de sa famille n'y échappent pas : le plus sordide de ces scandales interminables concerne la fille de Zuma qui aurait fait venir ses propres cousins ​​dans des groupes de mercenaires russes.

L'Umkhonto weSizwe représente la plus profonde dégénérescence morale de la classe politique sud-africaine. Nelson Mandela, Joe Slovo et Walter Sisulu — les figures du mouvement de libération qui ont fondé l'Umkhonto weSizwe originel en 1961 — se retourneraient dans leurs tombes s'ils savaient ne serait-ce que la moitié de ce qui se fait au nom de l'organisation qu'ils ont fondée.

Plusieurs autres figures emblématiques de la corruption se sont illustrées dès le premier jour. Ace Magashule, ancien lieutenant de Zuma et figure de proue de la lutte contre la corruption d'État – qui a dirigé le gouvernement provincial de l'État libre comme un fief personnel pendant une décennie avant d'être suspendu de l'ANC – a pris la parole au nom de son parti, le Congrès africain pour la transformation, qui est en réalité la branche de l'Umkhonto we Sizwe (MK) dans l'État libre.

La présence d'Irwin Jim sur l'estrade était particulièrement inquiétante . Jim est le secrétaire général de longue date du Syndicat national des métallurgistes d'Afrique du Sud (NUMSA), qui fut jadis le plus grand et le plus militant syndicat du pays. Il y a un peu plus de dix ans, le NUMSA avait mené une première tentative, vouée à l'échec, d'unir la gauche en dehors de l'ANC.

Les débuts de cette initiative semblaient prometteurs : un Front uni rassemblait syndicats, mouvements communautaires et partis socialistes longtemps isolés sur la scène politique. Mais l'essor de l'auto-activisme démocratique qui s'ensuivit fut fatal au dirigeant syndical. Financé par le milliardaire américain de la tech Roy Singham, Jim étouffa le Front uni et le remplaça par le Parti socialiste révolutionnaire des travailleurs, une avant-garde fantoche bâtie autour de son autorité, qui s'effondra en quelques années. La voix de la « gauche » internationale était représentée le week-end dernier par son fidèle allié dans ces entreprises : Vijay Prashad, agent de Singham.

Il faudrait nuancer notre critique des Combattants pour la liberté économique (EFF), le troisième parti d'Afrique du Sud, mais seulement légèrement. Contrairement à l'Umkhonto we Sizwe (MK), l'idéologie officielle de l'EFF s'inscrit plus fidèlement dans la gauche, même si sa version date surtout du début du XXe siècle. La corruption au sein de l'EFF prend racine au sommet, mais n'a pas encore atteint toute la base. L'organisation compte un nombre non négligeable de militants de base dont l'engagement est bien plus sincère que tout ce que ses dirigeants sont capables de défendre.

Mais la démocratie est l'arme des faibles contre les forts, et ces camarades n'en retirent aucun avantage. L'EFF est, comme tous les autres partis de cette liste, un parti à la solde d'un seul homme. Et cet homme (Julius Malema, son fondateur et chef suprême), comme tous les autres, privilégie les affaires à la politique. C'est un capitaine d'industrie au sein des vastes « économies informelles » de clientélisme et de recherche de rentes qui rongent l'espace politique sud-africain depuis trente ans.

L'inclusion de ces groupes dans l'événement constituait une grave insulte à tous les délégués bien intentionnés qui assistaient à la conférence et aux fières traditions de la politique d'émancipation en Afrique du Sud sur lesquelles ils cherchaient à s'appuyer.

Je n'ai aucune idée précise de ce qui a poussé les organisateurs du Parti communiste sud-africain (SACP) à prendre cette décision. L'interprétation la plus indulgente l'attribuerait à une volonté naïve d'être œcuménique et de ne pas restreindre les frontières de la coalition avant même le vote démocratique. L'interprétation la moins indulgente est que l'écart entre le SACP — lui-même entaché de corruption — et la gauche clientéliste s'est tellement réduit que cette décision a semblé naturelle.

J'espère que c'était la première option. Et je soupçonne que, pour prendre cette décision, les dirigeants du SACP ont peut-être été disposés à mettre de côté leurs réserves par égard pour la force apparente des partis clientélistes.

Ce que nous avons perdu

Mais MK et l'EFF sont faibles sur tous les points essentiels pour la gauche et forts sur tous les sujets qui devraient l'inquiéter. Leur présence a abaissé le niveau des débats et a étouffé la voix des militants de base qui tentaient désespérément de tirer quelque chose d'utile de cette réunion.

On m'a demandé de présenter une introduction à l'une de ces discussions, portant sur la stratégie économique. Il se trouve que j'avais passé une grande partie de la semaine précédente à consulter d'anciens numéros du Shopsteward (la revue du Congrès des syndicats sud-africains) et du South African Labour Bulletin pour un projet de recherche. La période sur laquelle je me concentrais – la fin des années 1980 et le début des années 1990 – correspondait à l'apogée de la gauche sud-africaine.

À l'époque, la Confédération des syndicats sud-africains (COSATU) constituait l'épine dorsale organisationnelle de l'une des populations les plus mobilisées au monde : un mouvement ouvrier de plusieurs millions de membres, doté de solides structures d'organisations syndicales, de liens étroits avec les mouvements sociaux et civiques, et porteur de la confiance d'une classe qui avait vaincu un système d'oppression vieux de 300 ans. Ces atouts se reflètent pleinement dans sa vie intellectuelle : la grande finesse des débats de ces années-là est née d'une confrontation directe avec le pouvoir, menée par des organisations qui, de par leur importance, étaient contraintes de réfléchir sérieusement et dont les idées avaient un réel impact.

J'ai profité de mes propos pour inciter les camarades à se remémorer ce moment de notre histoire et à s'en inspirer pour définir la rigueur stratégique dont ils ont fait preuve. Mes remarques ont été mal accueillies. Le premier à réagir fut un haut responsable de l'EFF. Pourquoi, demanda-t-il, la COSATU avait-elle échoué si elle avait fait preuve d'une telle sophistication stratégique ? Sa réponse fut d'une simplicité désarmante : les stratèges syndicaux avaient oublié l'essentiel, la nécessité de s'emparer des terres et des moyens de production. Voilà ce que devrait être notre stratégie économique.

Cela a donné le ton au débat qui a suivi. De nombreux intervenants se sont demandés pourquoi, selon les termes de l'un d'eux, nous n'étions pas « suffisamment obsédés » par la reconquête des terres. Reprenant cette idée, un autre a avancé avec audace que le « principal problème » auquel sont confrontés les Noirs dans le pays est la constitution (à cause de la terre, sans doute).

Quelques voix tentèrent de recentrer le débat sur la réalité, en demandant quelles revendications concrètes pourraient réellement améliorer les conditions de vie et susciter un soutien populaire. Mais elles étaient minoritaires, non seulement face aux membres des groupes de pression, mais aussi face aux représentants des nombreux partis opportunistes qui constituaient une part importante du reste de la délégation à la conférence.

Ces groupes ne sont pas corrompus comme le sont les MK. Mais ils sont tout aussi déracinés et illusionnés, percevant la réalité exclusivement à travers le prisme des textes bolcheviques écrits à une époque où la plupart des ouvriers n'avaient jamais vu de chaîne de montage.

La grossièreté de cette conversation, contrastant avec la qualité des échanges que j'avais lus dans les revues du début des années 1990, m'a procuré l'un des moments les plus troublants que j'aie vécus en près de vingt ans d'engagement au sein de la gauche sud-africaine.

L'objectif initial de cette conférence me sembla soudain malavisé. Il devint clair que notre véritable tâche n'était pas d'unir la gauche, mais de la reconstruire .

Les défis auxquels nous sommes confrontés à cet égard dépassent largement l'influence du clientélisme. Il y a une trentaine d'années, la gauche sud-africaine s'est scindée en deux. Une moitié a été absorbée par le vaste appareil parti-État qui se mettait en place autour de l'Alliance – l'alliance tripartite officielle entre l'ANC, le SACP et la COSATU qui a gouverné le pays après 1994. L'autre moitié a été reléguée aux marges les plus reculées de l'échiquier politique par cette machine infernale. Trop proches du pouvoir d'un côté, trop éloignées de l'autre, chacune a dégénéré à sa manière.

Pour ne citer qu'un exemple, il ne reste pratiquement plus aucune revue de gauche importante imprimée en 2026.

Chaque ouverture apparente semble nous faire reculer de deux pas. Les mouvements NUMSA ont englouti les quelques structures de coordination dont disposait la « gauche indépendante ». Leur seul héritage fut un creusement des divisions et une union dégradée. Rhodes Must Fall a injecté un radicalisme universitaire à l'américaine dans la culture politique sud-africaine, ne laissant derrière lui que rancœur et médiocrité.

Les slogans pseudo-radicaux que l'EFF et MK ont perfectionnés sont désormais le langage courant d'une frange bien plus large d'activistes autoproclamés. On y croise souvent le leader étudiant qui n'a jamais cultivé plus qu'un pot de fleurs de sa vie, mais qui affirme avec assurance que tous les problèmes de programme et de tactique se résument à la reconquête des terres. Ci-dessous, soit dit en passant, ce que les données révèlent sur cette proposition. Une large majorité soutient toujours la redistribution des terres, mais pratiquement personne – hormis quelques communautés rurales – ne la considère comme une priorité majeure.

Dans l'ensemble, les Sud-Africains issus de la classe ouvrière aspirent aux bienfaits d'une économie industrielle moderne : emplois et revenus stables. Ils ne veulent pas redevenir paysans. Cela devrait être une évidence. Mais essayez donc de l'affirmer devant un auditoire de militants de gauche, et vous n'aurez pas le droit de finir votre phrase. Cette obsession pour la question foncière est le signe le plus flagrant du détachement de la gauche vis-à-vis de la réalité politique et de sa dérive vers une sphère de symboles et de slogans.

Ce que nous allons perdre

Le plus tragique dans tout cela, c'est que les initiatives du SACP arrivent à point nommé et, mieux exécutées, auraient pu aboutir à un tout autre résultat. Comme je l'ai longuement expliqué ailleurs, le déclin de l'ANC libère un immense espace sur la carte politique, un espace qui devrait s'avérer très attractif pour une gauche ambitieuse.

Les raisons de cette situation sont évidentes. Des millions d'électeurs désertent l'ANC en raison d'une économie atone, de services publics défaillants et de la corruption. L'EFF et l'MK, partis dissidents du parti au pouvoir qui incarnent ses pires dérives corrompues, ont peu de chances de devenir le nouveau foyer politique de la plupart d'entre eux.

Mais ils ne sont pas non plus susceptibles de se tourner vers un parti qui prône les privilèges des Blancs et qui s'obstine à nier les réalités politiques les plus évidentes pour les Sud-Africains ordinaires : le poids du passé qui continue de peser sur notre présent. Voici quelques données supplémentaires qui étayent cette affirmation : une très large majorité de Sud-Africains noirs soutient l'intervention de l'État pour réduire les inégalités et surmonter les désavantages historiques, des politiques auxquelles l'Alliance démocratique (DA) s'est toujours opposée.

Tout cela pourrait changer. Les derniers chiffres datent de plusieurs années et sont à la baisse, reflétant peut-être le désenchantement populaire envers les services publics. On observe des signes encourageants indiquant que l'Alliance démocratique (DA), pour la première fois, s'implante de manière significative dans les circonscriptions à majorité noire et atténue son fondamentalisme libéral à mesure qu'elle se développe. Mais il faudra du temps pour tisser des liens de loyauté profonds.

Pour l'instant, le champ politique reste ouvert. Pour la gauche, la formule de base à suivre pour s'y imposer de manière convaincante semble claire : il nous faut un parti qui se positionne entre les deux camps actuellement dominants, partageant avec l'Alliance démocratique (DA) son engagement anticorruption tout en restant fidèle à la transformation économique et à un plan viable pour l'emploi. Les deux volets de cette plateforme sont indissociables : seul un parti capable de restaurer la crédibilité du secteur public peut l'emporter avec un programme économique fondé sur le pouvoir public.

Les formules sont faciles à élaborer, certes ; les appliquer est bien plus complexe. Franchement, j'ignore si le SACP est en mesure de jouer un rôle significatif ici. Son histoire récente n'a rien d'encourageant. Mais grâce à une structure organisationnelle encore en partie intacte et à une certaine expérience, certes limitée, des élections et de la gouvernance, il est sans doute mieux placé que toute autre formation de gauche.

Sauf si elle persiste à privilégier la pseudo-gauche au détriment de la classe ouvrière. C'est ce que je voulais dire plus tôt en affirmant que les partis clientélistes sont défaillants sur les points essentiels. Les discours radicaux et la corruption flagrante ne constituent pas la recette pour assurer au Conseil de la Gauche – l'organe de coordination officialisé par la récente conférence – un large soutien populaire (il suffit de constater la stagnation des résultats électoraux de l'EFF depuis dix ans).

Pourtant, leur force est inquiétante. Ils disposent des moyens organisationnels et financiers nécessaires pour dominer le nouveau front de gauche, comme nous l'avons constaté le week-end dernier.

Cette force ne provient pas des sources traditionnelles de la gauche. Elle ne repose pas sur des militants engagés et instruits. Elle ne s'appuie pas sur de puissantes structures de terrain ou de rue. Elle n'est pas guidée par une clarté idéologique ou un sens stratégique aigu. Elle découle plutôt du clientélisme et du populisme. Elle provient du charisme des hommes forts et des rouages ​​de distribution qui se mettent en place autour d'eux.

C'est là le moteur de MK, et dans une moindre mesure, de l'EFF. Les séquelles de l'attachement de ces partis aux principes de la gauche constituent un obstacle plutôt qu'une aide – en témoigne la position anti-xénophobe de l'EFF, son seul acte de principe notable, mais qui lui a coûté très cher.

Tôt ou tard, cela sera reconnu. Les groupes clientélistes commenceront à comprendre que les fondements traditionnels de la droite – Dieu, la famille et la patrie – s'accordent mieux avec les systèmes de clientélisme que ne le pourrait jamais le faire le vocabulaire émancipateur de la gauche. Le respect de l'autorité, l'ordre patriarcal et le sentiment d'appartenance nationaliste – éléments déjà bien ancrés dans l'idéologie de MK – constituent des expressions beaucoup plus naturelles pour une politique fondée sur une loyauté personnalisée et des faveurs venues d'en haut.

Les chefs de file actuels, fondés sur le clientélisme, évolueront soit naturellement dans leur direction, soit seront supplantés par d'autres moins encombrés par les prétentions du pouvoir populaire.

S'allier avec eux n'est donc pas un moyen rapide de revitaliser la gauche. C'est au contraire le meilleur moyen de la condamner. Cela ne fera que confirmer les propos du chef de l'Alliance démocratique : la distinction gauche-droite perdra rapidement toute signification dans la politique sud-africaine. Le seul clivage pertinent opposera un bloc qui souhaite gouverner en faveur de l'élite en place à un bloc qui ne souhaite absolument pas gouverner et dont la seule ambition est de finir de piller les ruines de l'État sud-africain.

Si le public finit par associer cette image à la gauche, ce sera catastrophique pour notre projet à long terme. Les images du week-end dernier montrant Yengeni, Magashule, Malema et leurs acolytes pontifiant devant une grande banderole « Conférence de la gauche », entourés de dirigeants du SACP, nous ont rapprochés un peu plus de ce scénario. C'était désolant. Si la gauche doit se reconstruire, ce ne sera pas grâce à ceux qui ont contribué à détruire les conditions d'une politique ouvrière.

À propos de l'auteur

Le Dr Niall Reddy est chercheur au Southern Centre for Inequality Studies de Johannesburg.


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16.06.2026 à 12:52

Dix raisons de renforcer la lutte anti-impérialiste contre le siège de Cuba et la vassalisation du Venezuela

Milton D'León

D'un point de vue anti-impérialiste, il est nécessaire d'amplifier la mobilisation internationale et nationale contre le siège et la menace militaire qui pèsent sur Cuba, ainsi que contre toute forme de domination néocoloniale au Venezuela. Nous donnons ici dix raisons pour lesquelles il est impératif de renforcer la lutte anti-impérialiste.

12 juin 2026 | tiré de Révolution permanente
https://www.revolutionpermanente.fr/Dix-raisons-de-renforcer-la-lutte-anti-imperialiste-contre-le-siege-de-Cuba-et-la-vassalisation-du

La nouvelle offensive impérialiste de Donald Trump contre l'Amérique latine pose des défis historiques à la classe ouvrière et aux peuples de la région. Washington avance une politique de recolonisation ouverte du continent, reprenant les postulats réactionnaires de la doctrine Monroe. Il les réactualise en formant le projet de former une soi-disant « Grande Amérique du Nord », une conception géopolitique qui vise à réaffirmer l'hégémonie des États-Unis sur l'ensemble de l'hémisphère. Dans des articles et des déclarations publiés par le Réseau international de La Izquierda Diario, nous avons dénoncé l'escalade des sanctions, les blocus et les menaces militaires contre Cuba, ainsi que l'attaque impérialiste du 3 janvier contre le Venezuela : une nuit infâme pendant laquelle Trump a transformé le pays en un protectorat en établissant une tutelle impériale sur des secteurs stratégiques de l'État vénézuélien. Ces événements s'inscrivent dans une stratégie impérialiste plus large destinée à discipliner l'Amérique latine et à reconfigurer la région selon les intérêts de Washington.

D'un point de vue anti-impérialiste, il est nécessaire d'amplifier la mobilisation internationale et nationale contre le siège et la menace militaire qui pèsent sur Cuba, ainsi que contre toute forme de domination néocoloniale au Venezuela. C'est pourquoi, en totale indépendance politique vis-à-vis des gouvernements de la région et dans une perspective ouvrière et internationaliste, nous donnons ici dix raisons pour lesquelles il est impératif de renforcer la lutte anti-impérialiste.

1. C'est le droit des peuples à l'autodétermination qui est en jeu

La première raison est élémentaire : aucun peuple ne devrait accepter qu'une puissance étrangère décide de son destin. L'impérialisme étasunien prétend s'arroger le droit de déterminer qui gouverne en Amérique latine, quel modèle économique doit être appliqué et quelles doivent être les limites de la souveraineté nationale. La menace permanente contre Cuba et les formes de tutelle politique et militaire imposées au Venezuela expriment précisément cela : la négation du droit des peuples à décider de leur propre avenir. La défense de l'autodétermination n'implique aucun soutien politique à un gouvernement. Il s'agit d'une position de principe face aux ingérences impérialistes. Lorsque Washington intervient, ce n'est pas pour libérer les peuples, mais pour les soumettre. Le Venezuela est le laboratoire militaire de ce qui attend Cuba si cette offensive n'est pas arrêtée. La défense de l'autodétermination des peuples constitue une tâche démocratique élémentaire que la classe ouvrière doit assumer en toute indépendance vis-à-vis des gouvernements et des classes dominantes nationales.

2. La menace d'une attaque contre Cuba vise à restaurer un capitalisme néocolonial

Le blocus économique, financier et énergétique imposé par les États-Unis n'a pas pour objectif d'améliorer les conditions de vie du peuple cubain. Comme nous l'avons souligné au sein du Réseau international impulsé par le Courant Révolution Permanente – Quatrième Internationale, l'objectif stratégique que poursuit Trump est de provoquer un effondrement économique et social afin de faciliter une transition contrôlée par le capital étasunien, en s'appuyant sur la collaboration de certains secteurs qui veulent restaurer un capitalisme néocolonial sur l'île. Trump et Marco Rubio ne cachent pas qu'ils recherchent un « changement de régime » favorable à leurs intérêts. La menace militaire et l'étranglement économique visent à accomplir par la force ce que des décennies de blocus n'ont pas permis d'obtenir : la subordination complète de l'économie cubaine aux intérêts du capital impérialiste. Les récentes menaces et le durcissement de l'encerclement économique font partie d'une stratégie destinée à ouvrir la voie à la recolonisation économique de l'île. Le Pentagone et les faucons de Washington cherchent à liquider ce qui subsiste des acquis de la révolution de 1959 et à recoloniser l'île des Caraïbes en y mettant en place, là aussi, un protectorat sur le modèle du Venezuela. Défendre Cuba face à cette agression revient à défendre le droit d'un peuple à ne pas redevenir une colonie à la disposition des États-Unis.

3. Le protectorat imposé au Venezuela crée un précédent extrêmement dangereux pour toute l'Amérique latine

Normaliser l'établissement d'un protectorat néocolonial au Venezuela revient à accepter que les États-Unis puissent établir des régimes sous leur tutelle en Amérique latine chaque fois qu'ils le jugent opportun. L'attaque du 3 janvier constitue une démonstration de force brutale visant à banaliser l'usage de la violence militaire directe dans l'hémisphère afin de renverser des gouvernements ou de provoquer une transition politique conformes aux intérêts de Washington. Par le contrôle des actifs à l'étranger et des ressources stratégiques et par une tutelle directe, Washington dicte actuellement la politique économique et sociale du pays. L'enlèvement du président vénézuélien au cours d'une opération militaire et l'installation d'un gouvernement collaborant politiquement, économiquement et militairement avec Washington constituent une manifestation extrême de cette logique de domination néocoloniale. Cette tutelle impérialiste vise à piller les ressources énergétiques et stratégiques du Venezuela, en ramenant le pays à un statut colonial moderne qui efface d'un trait les conquêtes historiques faites sur le terrain de la souveraineté nationale. Le message est clair : toute nation qui entre en conflit avec les intérêts stratégiques des États-Unis peut être soumise au moyen de pressions économiques, d'opérations politiques, d'interventions militaires ou de mécanismes néocoloniaux qui visent à mettre en place une tutelle étasunienne. Accepter cela reviendrait à ouvrir la voie à une nouvelle époque de vassalisation du continent et de protectorats impériaux en Amérique latine.

4. Trump réactualise la doctrine Monroe dans le cadre de la « stratégie de sécurité nationale » impérialiste des États-Unis

Pendant des décennies, Washington a tenté de masquer ses interventions derrière des discours multilatéraux et humanitaires. Désormais, Trump revendique sans détours le principe selon lequel l'Amérique latine constitue une zone d'influence exclusive des États-Unis. Sous l'administration de Donald Trump, les anciens objectifs réactionnaires de la doctrine Monroe – désormais complétées par le « corollaire Trump » - ont fait leur grand retour. Sans aucune retenue, Trump les réactualise dans le cadre d'un projet géopolitique : former une « Grande Amérique du Nord », soit un plan de subordination absolue visant à transformer toute la région en une arrière-cour de Washington, disciplinée par la force. Les menaces contre Cuba, le protectorat néocolonial au Venezuela et la militarisation croissante des Caraïbes font partie de cette stratégie. Il s'agit d'un véritable projet de domination hémisphérique, d'un programme global de recolonisation destiné à permettre aux États-Unis de mieux concurrencer des puissances comme la Chine ou la Russie, tout en plongeant dans la misère et la soumission les peuples latino-américains. Cependant, des puissances capitalistes comme la Chine ou la Russie ne représentent pas non plus une alternative émancipatrice pour les peuples latino-américains. Leurs relations avec Cuba et celles qu'elles entretenaient avec le Venezuela répondaient à leurs propres intérêts géopolitiques et économiques. On a d'ailleurs constaté qu'aucune des deux n'a élevé la voix face aux actions impérialistes des États-Unis.

5. Derrière la rhétorique de la « démocratie » et de la lutte contre le « narcotrafic » et les agressions impérialistes, se cachent les intérêts des grandes entreprises et des multinationales

Chaque intervention impérialiste vise à défendre d'importants intérêts économiques. Les multinationales de l'énergie, de la finance, de la technologie et de l'agro-industrie considèrent l'Amérique latine comme une source de ressources stratégiques qui doivent être placées sous le contrôle sûr des intérêts américains. Les réserves énergétiques du Venezuela, les ressources minières du continent (minerais critiques et terres rares), les routes commerciales et les marchés latino-américains sont au cœur de cette recherche de contrôle politique, économique et militaire. Lorsque Trump parle de « sécurité » ou de « stabilité », il parle en réalité d'offrir des conditions favorables au capital impérialiste. C'est pourquoi son discours sur la « démocratie » tient de l'imposture. À cela s'ajoute la militarisation du continent, justifiée par la rhétorique de la lutte contre le narcotrafic, qui sert à légitimer l'expansion militaire au nom du combat contre le trafic de drogue et le « terrorisme régional ».

La présence militaire directe des États-Unis se manifeste également à travers les accords conclus avec Noboa en Équateur et avec le gouvernement d'Arévalo au Guatemala, également sous prétexte de lutter contre le narcotrafic. Plus récemment, le Département d'État américain a annoncé que le « Primeiro Comando da Capital (PCC) » et le « Comando Vermelho (CV) » étaient désormais considérés comme des « terroristes mondiaux spécialement désignés », créant ainsi un prétexte pour élargir ses leviers d'ingérence politique et militaire au Brésil. La mobilisation anti-impérialiste est aussi une lutte contre la militarisation croissante de la région. L'expérience montre que ces politiques ne luttent ni contre le narcotrafic ni contre la violence ; elles dotent au contraire les États de nouveaux mécanismes répressifs et renforcent la présence militaire étasunienne sur le continent. La classe ouvrière et les peuples du continent ont le droit de vivre sans la menace permanente d'agressions militaires étrangères et sans une militarisation qui s'intensifie à grande vitesse.

6. L'offensive contre Cuba et la domination du Venezuela constituent une menace pour toute l'Amérique latine

Aucun pays ne peut considérer qu'il est à l'abri. L'histoire montre que chaque victoire impérialiste contre une nation latino-américaine renforce la capacité d'intervention des États-Unis contre le reste du continent. Ce qui se passe aujourd'hui à Cuba avec la menace militaire d'une invasion et le durcissement du siège économique tout comme le protectorat imposé au Venezuela pourraient demain se reproduire dans n'importe quel autre pays qui se trouverait en contradiction avec les intérêts de Washington. Il s'agit d'un avertissement adressé à toute l'Amérique latine : aucun peuple n'est hors de portée des pressions économiques, politiques ou militaires de l'impérialisme américain. C'est pourquoi la défense de Cuba et la lutte contre le protectorat au Venezuela ne relèvent pas seulement de la solidarité internationaliste ; elles représentent également une nécessité stratégique pour la classe ouvrière et pour l'ensemble des peuples latino-américains.

7. L'impérialisme impose aussi sa domination au moyen des droits de douane, du chantage économique et de la dette

L'offensive impérialiste ne se déploie pas uniquement sur le terrain militaire. L'administration Trump utilise les droits de douane, les sanctions économiques, le chantage commercial et les mécanismes financiers comme autant d'instruments de subordination des pays latino-américains. Le Mexique constitue un cas emblématique. Sous la menace de nouveaux droits de douane, le gouvernement de Claudia Sheinbaum a renforcé la militarisation de la frontière sud et durci les politiques de contrôle migratoire à l'égard de l'Amérique centrale, répondant ainsi aux pressions des États-Unis. Cette subordination s'exprime également à travers la réorganisation des chaînes de production, les relocalisations industrielles impulsées par Washington, le contrôle migratoire et la militarisation des frontières au service des besoins stratégiques des États-Unis. On a également observé ce phénomène au Brésil et en Colombie.

Parallèlement, les États-Unis interviennent ouvertement dans la vie politique des pays latino-américains, en finançant, soutenant ou promouvant des secteurs de droite alignés sur leurs intérêts. En Argentine, cela s'est manifesté de manière particulièrement explicite pendant la campagne de Milei : les États-Unis ont clairement fait comprendre que, si Milei ne remportait pas l'élection, ils refuseraient d'envoyer 40 milliards de dollars d'aides au gouvernement. Cela s'est également produit au Honduras avec l'ultra-conservateur Nasry « Tito » Asfura alors que Washington conditionnait ses aides à sa victoire électorale et à son alignement sur ses intérêts. Cette offensive passe également par les organismes multilatéraux comme le Fonds monétaire international (FMI). La crise de la dette réapparaît comme un mécanisme central de subordination, chaque renégociation ou refinancement étant lié à de nouvelles exigences d'austérité, à des réformes structurelles, à des privatisations et à des attaques contre les droits de la classe ouvrière et des secteurs populaires.

8. L'avancée de l'impérialisme renforce les gouvernements d'extrême droite de la région, qui s'attaquent aux travailleurs et aux classes populaires

L'un des aspects les plus graves de la situation actuelle est l'alignement de nombreux gouvernements latino-américains sur la stratégie étasunienne. Les gouvernements de droite de la région agissent comme des agents directs de la politique des États-Unis et soutiennent ouvertement l'agression contre Cuba ainsi que l'attaque contre le Venezuela. De Milei en Argentine à Noboa en Équateur et Bukele au Salvador en passant par des figures de l'extrême droite continentale comme Kast au Chili, Bolsonaro au Brésil, Keiko Fujimori au Pérou ou De la Espriella et l'uribisme en Colombie, tous se conforment aux exigences de la Maison Blanche, légitiment les sanctions, gardent le silence face aux menaces militaires ou collaborent activement aux plans de Washington. Le gouvernement dirigé par Delcy Rodríguez sous le protectorat instauré par l'intervention impérialiste au Venezuela apparait particulièrement cynique alors qu'elle participe à l'asphyxie de Cuba dans le cadre de sa soumission complète aux objectifs de Trump, une attitude applaudie par son opposante, María Corina Machado. Cette attitude rappelle les pires moments de subordination du continent et démontre les limites de classes dirigeantes nationales qui demeurent incapables de défendre ne serait-ce que les éléments les plus fondamentaux de la souveraineté nationale. Malheureusement, des gouvernements qui se présentent comme progressistes, comme ceux de Sheinbaum au Mexique, de Lula au Brésil et de Petro en Colombie, ont fini par accepter le blocus pétrolier contre Cuba.

9. La lutte anti-impérialiste est inséparable de la lutte de la classe ouvrière contre ses propres bourgeoisies nationales

Les sanctions, les blocus et les interventions frappent avant tout les travailleurs, les secteurs populaires et la jeunesse. L'expérience montre que ce sont les masses laborieuses qui paient le prix des agressions impérialistes en subissant la pauvreté, le chômage, les pénuries et la destruction des droits sociaux. C'est pourquoi la lutte anti-impérialiste ne peut être séparée de la défense des intérêts de la classe ouvrière et des couches exploitées. Les centrales syndicales, les mouvements sociaux, les organisations étudiantes et populaires ont un rôle décisif à jouer. La véritable résistance anti-impérialiste se construit par en bas, à travers la mobilisation indépendante des masses laborieuses. La lutte contre l'impérialisme demeure incohérente si elle n'affronte pas simultanément les bourgeoisies nationales qui agissent comme des partenaires subalternes de la domination impérialiste. La seule force capable de s'opposer efficacement à l'agression impérialiste est la mobilisation indépendante et internationaliste de la classe ouvrière et des peuples du monde. Dans cette lutte anti-impérialiste, les travailleurs, les paysans, la jeunesse et les peuples autochtones doivent aujourd'hui s'inspirer des extraordinaires mobilisations des masses boliviennes qui se soulèvent résolument contre les plans d'austérité, les pénuries et la misère imposés par le grand capital.

10. Seule la solidarité internationale peut vaincre l'offensive impérialiste

Il est nécessaire de lancer une vaste campagne internationale de solidarité avec Cuba et contre toute forme de protectorat néocolonial au Venezuela. Il est urgent que les centrales syndicales, les mouvements paysans, indigènes et populaires, les associations étudiantes, les organisations de défense des droits humains, les mouvements féministes, la jeunesse militante et toutes les organisations qui réclament de l'anti-impérialisme fassent leurs ces revendications et participent activement à cette lutte. Il faut rejeter l'offensive de Trump, la restauration de la doctrine Monroe et les projets de recolonisation promus par Washington en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Il est fondamental que ceux qui, à l'intérieur même des États-Unis, luttent et se rebellent contre leur propre gouvernement impérialiste considèrent ce combat comme le leur. Une victoire de l'impérialisme contre les peuples opprimés renforce les exploiteurs du monde entier et représente également une défaite pour la classe ouvrière et les secteurs opprimés des États-Unis. De même, la classe ouvrière et la jeunesse d'Europe doivent s'opposer à la complicité de leurs gouvernements dans les agressions impérialistes et dans les politiques qui visent à vassaliser nos peuples.

Mener la lutte anti-impérialiste à l'échelle internationale permet d'unifier les luttes que nous menons en Amérique latine avec les résistances qui émergent au cœur même des pays impérialistes, de rompre ainsi l'isolement et de renforcer une lutte internationaliste capable de vaincre les projets de domination de la Maison Blanche et de ses alliés. La défense de Cuba et la lutte contre toute forme de tutelle impérialiste sur le Venezuela font partie d'un même combat : une lutte pour une Amérique latine libérée des ingérences étrangères, des blocus, des sanctions, des occupations militaires et de toute forme de domination néocoloniale. Cette lutte contre l'impérialisme qui opprime nos pays est indissociable de la lutte contre les bourgeoisies nationales qui agissent comme ses partenaires et ses relais locaux. Seule une perspective d'émancipation sociale, politique et économique de la classe ouvrière et des secteurs exploités pourra mettre définitivement fin à la dépendance, à l'oppression et à l'exploitation capitaliste, ouvrant la voie à une véritable libération de nos peuples.

Non à l'intervention militaire contre Cuba ! À bas le blocus et l'encerclement impérialiste des États-Unis !

Non à l'asphyxie énergétique ! Du pétrole pour Cuba dès maintenant !

Non au protectorat néocolonial imposé au Venezuela !

Impérialisme yankee hors de Cuba, du Venezuela et de toute l'Amérique latine et des Caraïbes !

Pour une grande mobilisation internationale de la classe ouvrière et des

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