LePartisan.info

REVUES

Lien du flux RSS
REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 12:45

Guerre en Ukraine : le business mortel des recrues africaines

Mor Amar

De la Méditerranée au front ukrainien, des milliers de jeunes Africains défient la mort dans l'espoir de fuir la pauvreté sur le continent, en s'engageant dans une guerre qui les utilise le plus souvent comme de la chair à canon. Mor Amar a pu s'entretenir avec un jeune Sénégalais prisonnier en Ukraine.

Tiré de MondAfrique.

Donetsk, avril 2025 : le Sénégal découvre un homme noir capturé au front par l'armée ukrainienne. Il s'appelle Malick Diop ; il a 26 ans ; il est originaire de Keur Mandoumbé dans le département de Kounghueul (région de Kaffrine, centre du Sénégal). Visiblement éprouvé et à bout de forces, il vient, dans une vidéo rendue virale par ses geôliers, d'exposer les raisons de son engagement. Son objectif, dit-il, était de gagner de l'argent, afin de quitter la Russie pour l'Europe. Au moment de ce témoignage, Malick est obnubilé par sa libération.

Un an plus tard, le discours est tout autre. Le jeune Sénégalais, que nous avons rencontré le 15 mai 2026 à l'occasion d'une visite à Kyiv (Kiev), ne veut plus entendre parler d'un retour au Sénégal. Apparemment en forme, beaucoup plus serein qu'au moment de sa capture, il déclare sur un ton qui ne laisse place à aucune équivoque : “Je préfère mourir plutôt que de rentrer au Sénégal…”

Alors qu'on s'attendait à une déclaration de contrition ou un plaidoyer pour sa libération en vue de regagner sa famille, qui vit un calvaire depuis plusieurs mois, on a entendu un récit renversant, tranchant avec la représentation souvent faite du jeune Africain innocent enrôlé de force dans l'armée russe. Regard figé, déterminé, il persiste et signe : « Je suis un prisonnier de guerre russe, je demande juste à ce que mes droits en tant que prisonnier de guerre soient respectés. Il faut arrêter de nous traiter comme des mercenaires. Nous ne sommes pas des mercenaires.”

« J'ai choisi de m'engager dans l'armée russe »

Comme des milliers d'Africains, Asiatiques et Latino-Américains, Malick, présenté comme un étudiant brillant, avait rejoint la Russie pour y suivre des études de Droit. Il s'est retrouvé dans les geôles ukrainiennes suite à son enrôlement dans l'armée russe, suivi de son envoi au front. Pourquoi son refus catégorique de retourner au Sénégal ? Il s'explique : “Je ne peux rien demander au Sénégal, parce que j'ai choisi de m'engager dans l'armée russe. À la limite, j'ai trahi le Sénégal, qui m'avait donné une bourse d'étude pour la Russie. Et une fois en Russie, j'ai choisi de défendre un autre pays.”

Son cas est loin d'être isolé. Dans la salle, il y avait avec lui un Togolais et un Congolais (Congo Brazzaville) tout aussi déterminés à purger leur peine et à retourner dans leur pays d'adoption, la Russie. En apparence, ils semblent agir en parfaite conscience, sans aucune contrainte. À l'exception peut-être d'un Marocain qui, lui, a le regard noir, perdu dans le vide, comme s'il cherchait une aide qu'il a du mal à trouver dans cette audience et ne semble pas vouloir parler de sa situation. Il est resté muet tout au long de l'entretien réalisé par visioconférence avec la facilitation du Centre ukrainien de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre.

Ce qui fait courir les jeunes

Pour en savoir davantage, nous avons rencontré à Kyiv des organisations de défense des droits de l'homme qui travaillent sur le sujet. Pour elles, la question est bien plus complexe. En vérité, confient plusieurs sources ukrainiennes, dont l'organisation Truth Hounds qui a enquêté sur le sujet avec la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ces jeunes seraient victimes de “faux espoirs” qu'on leur fait miroiter. Ils pensent, à leur retour en Russie, retrouver leurs avantages : salaires bloqués, indemnités juteuses, nationalités promises, bref, la belle vie à Moscou après de bons et loyaux services… “En sus de leurs salaires qui seraient bloqués dans des comptes, on leur a promis des passeports russes pour eux et pour des membres de leurs familles. Ce qui fait qu'ils ne veulent pas rentrer dans leurs pays d'origine au risque de perdre tous ces avantages”, confirme un représentant du Centre de coordination pour les prisonniers, convaincu qu'une fois en Russie, ces jeunes sont renvoyés au front.

Interpellé sur ce risque, le père de Malick, Sette Diop, dit espérer que ce ne sera pas le cas pour son fils, mais il nourrit de sérieuses inquiétudes. En effet, il a été informé du cas d'un ressortissant de Kaffrine (même région que Malick), engagé avant son fils et qui aurait subi ce triste sort. “Après sa guérison, il [le natif de Kaffrine] est retourné en Russie et a été immédiatement renvoyé au front où il a été tué, moins d'une semaine après son retour”, témoigne Sette Diop, confortant ainsi la version livrée par plusieurs sources. Nous avons essayé d'entrer en contact avec cette famille mais n'avons pas réussi à obtenir ses coordonnées.

La grosse arnaque

Dans cette affaire, tout semble être un mirage : le salaire, la nationalité, les avantages, entre autres promesses. En ce qui concerne l'octroi de la nationalité, il est généralement assorti d'un délai d'un an. Pour le salaire, les jeunes envoyés au front ne peuvent pas immédiatement en profiter. Et ils ont peu de chance d'en voir la couleur puisque beaucoup d'entre eux n'en sortent pas vivants. “Sur le papier, ils ont effectivement signé pour un bon salaire. Mais une fois au front, ils n'ont pas accès à leurs comptes pour vérifier. Du coup, beaucoup ne savent pas s'ils ont reçu des virements ou pas. Et ils ont de grande chance de mourir au front parce que c'est eux qu'on envoie en première ligne alors qu'ils ne sont pas des militaires”, expliquent les experts de Truth Hounds.

Pour ce qui est de Malick, il a signé un contrat de 6 mois renouvelable. Cela fait plus d'un an qu'il croupit en prison dans une ville ukrainienne, loin du front. Son père précise : “On lui a dit que pour les 6 premiers mois, il ne pourrait pas avoir la nationalité. Mais après renouvellement, il obtiendrait la nationalité, des papiers pour son père et sa mère ainsi que pour trois autres personnes de la famille de son choix.” Pour la rémunération, Malick s'attendait à 5 millions FCFA (7600 euros) par mois, assortis d'un montant de 5 millions payés dès la signature.

Dix pour cent d'Africains

Globalement, la Russie recrute chez les étudiants, les migrants étrangers sur place et à travers des campagnes sur les réseaux sociaux. Loin de certaines représentations, l'Afrique n'est pas le seul continent concerné. Sur un total de 28 394 étrangers recensés, 2 982 sont des Africains. Plus de 5 100 de ces combattants ont été tués, dont 486 Africains. Ces chiffres n'embrassent que les personnes formellement identifiées. Les chiffres réels pourraient donc être bien plus élevés.

On recense 19 Sénégalais enrôlés dans l'armée russe formellement identifiés. Six d'entre eux auraient déjà été tués et un, Malick Diop, emprisonné. Selon des sources contactées par Mondafrique, ils seraient beaucoup plus nombreux et les autorités sénégalaises auraient été saisies du problème, sans réaction jusqu'ici. “On sait qu'il y en a beaucoup, mais il est difficile de donner des chiffres exacts. Ceux qui s'engagent le font volontairement. Le ministère des armées n'a jamais contacté les autorités sénégalaises pour les informer”, confie une source basée en Russie. Concernant le mode de recrutement, il indique que des affiches sont apposées sur les murs et un peu partout. “Les jeunes Africains intéressés s'engagent librement. On les considère ici comme des mercenaires”, poursuit notre interlocuteur.

Le silence coupable des autorités

Interpellé, l'ambassadeur du Sénégal en Russie, Sylvain Sambou, a refusé tout commentaire. “Nous ne pouvons communiquer sur ce dossier. Vous pouvez introduire une demande officielle au niveau du ministère des Affaires étrangères ou du secrétariat d'État aux Sénégalais de l'extérieur [l'entretien a eu lieu avant le remaniement gouvernemental qui a supprimé ce poste], pour qu'on puisse parler de manière officielle”, s'est-il excusé. Concernant Malick Diop, il a affirmé que son cas était suivi par la représentation du Sénégal à Varsovie.

Selon plusieurs sources, les jeunes Africains qui s'engagent ne savent pas toujours qu'ils vont être envoyés au front. On leur dit qu'il s'agit de travaux civils et une fois sur le terrain, on les jette au front en première ligne. D'autres, en revanche, se retrouvent du jour au lendemain dans la gueule du loup. L'ONG Truth Hounds et la FIDH donnent en exemple un étudiant marocain parti pour des études de médecine. Arrêté pour des motifs purement administratifs, il a été contraint de choisir entre la prison et un engagement rémunéré dans l'armée. Son seul tort était d'avoir changé d'appartement sans aviser les services compétents, comme le prévoit la loi. “Une fois arrêté pour ce motif purement administratif, on lui a proposé soit de signer un contrat d'engagement dans l'armée soit de rester en prison”, expliquent les experts qui l'ont interviewé en détention.

En ce qui le concerne, Malick Diop dit n'avoir pas été contraint. Il a signé un contrat en bonne et due forme qui prévoyait son envoi en Ukraine. Son père a toutefois apporté quelques précisions. Malick, a-t-il dit, était un peu perturbé et envisageait même de quitter la Russie pour l'Europe : “Il avait obtenu une bourse pour l'Italie. Il lui fallait revenir au Sénégal pour les formalités du visa, mais il n'avait pas l'argent pour financer le voyage. Il en a parlé à une connaissance russe qui lui a conseillé l'opportunité offerte par l'armée. C'est comme ça qu'il a accepté de signer le contrat”. Sette Diop a ajouté que l'ami russe de son fils avait promis de l'appuyer pour qu'il soit affecté au service de santé ou en tant que cuisinier.

L'éloignement et la vulnérabilité

Le point commun de tout ces jeunes, c'est leur situation de vulnérabilité, aggravée par la distance avec leurs proches. Pour les inciter à s'engager, la Russie ne lésine pas sur les moyens. Elle leur promet parfois des bonus pouvant aller jusqu'à 3 millions de roubles, selon leurs régions d'origine et leurs profils, soit 35 000 euros (plus de 22 millions FCFA), affirment plusieurs sources.

Interpellé sur ses motivations, le Congolais détenu avec Malick impute toute la responsabilité aux dirigeants africains et à leurs “complices” occidentaux. “Si nous en sommes là, c'est à cause des Européens qui pillent le continent. Des jeunes Africains meurent tous les jours en mer pour fuir la misère. Nous ne comptons pas retourner dans nos pays pour être confrontés à cette même situation”, fulmine t-il, précisant qu'il a une femme et une famille russe et qu'il a choisi la Russie en toute connaissance de cause. “Dites plutôt aux gouvernants et à leurs complices occidentaux de changer de politique parce que personne ne veut mourir dans la misère”, renchérit-il sur un ton plus politique.

Les subtilités du droit humanitaire international

Alors que les jeunes prisonniers semblent avoir hâte de retourner dans leur pays adoptif, la Russie, elle, ne paraît pas pressée de les récupérer. Depuis le début de la guerre, on dénombre au moins 75 échanges de prisonniers pour un nombre total de prisonniers échangés avoisinant les 19 000. Jusque-là, aucun prisonnier africain n'en a fait partie. Comme s'ils n'intéressaient que leurs familles. Même leurs États d'origine, pour ceux qui sont en prison en Ukraine, ne font absolument rien pour leur libération, ont confié plusieurs sources en Ukraine.

Dans le cadre de cette enquête, nous avons enregistré au moins 29 Africains dans les prisons ukrainiennes. Selon le Centre de coordination pour le traitement des prisonniers, ils ne sont pas traités comme des mercenaires mais comme des prisonniers de guerre. En tant que tels, les seules voies pour les libérer sont soit une demande du pays pour lequel ils combattaient, soit la fin de la guerre.

L'autre option que n'écartent pas les défenseurs des droits humains, c'est la voie diplomatique, dans le cas où les pays d'origine en feraient la demande. La difficulté, pour Malick, c'est que lui-même ne veut pas que le Sénégal s'implique. “Si la personne concernée dit ne pas vouloir que son pays d'origine intervienne, ce dernier n'a pas d'instrument pour agir, d'après le droit humanitaire international. Mais ici, on sait que la plupart des prisonniers se sont engagés sous la contrainte et ils courent des risques en cas de retour en Russie. Il faut donc des solutions au cas par cas”, a expliqué un expert de Truth Hounds.

Des familles en rade

Par ailleurs, il est reproché à la Russie de ne pas assister les familles. Le père de Malick Diop le confirme tout en précisant qu'il ne s'est jamais rapproché de la Russie pour demander quoi que ce soit : “J'ai jusque-là tout confié à l'État du Sénégal. Je crois que c'est l'État qui doit parler à la Russie et à l'Ukraine s'il le faut, pour que Malick soit libéré. Nous leur avons confié le dossier depuis le début, mais je dois dire que ça n'a pas beaucoup évolué. Nous sommes juste rassurés que Malick se porte bien en prison”.

Il n'y a pas longtemps, les services du ministère sénégalais des Affaires étrangères ont, toutefois, contacté le père de Malick et lui ont conseillé d'introduire une demande de soutien, pour bénéficier de l'appui de la Russie en tant qu'ayant droit. Cela fait cinq mois que Sette Diop a déposé son dossier, mais aucune avancée notoire n'a été enregistrée. “Il y a un mois, l'ambassade du Sénégal à Moscou m'a contacté pour me dire que le dossier était complet mais qu'il y avait un souci avec la banque à cause des sanctions contre la Russie. Ils m'ont suggéré de trouver une personne de confiance basée en Russie, qui pourrait aider à recevoir l'appui financier”, rapporte t-il, espérant que les choses vont se décanter.

Selon les derniers chiffres du Centre de coordination pour le traitement des prisonniers, le Kenya, l'Égypte, le Cameroun et le Ghana figurent parmi les pays les plus représentés dans l'armée russe, avec respectivement 772, 420, 387 et 337 combattants.

Parmi tous ces pays, le Kenya est l'un des rares à prendre la question très au sérieux. Le pays a entrepris des démarches pour sommer la Russie d'arrêter de recruter ses ressortissants pour aller se battre sur le front. Nairobi a aussi livré des chiffres sur le nombre de Kényans engagés dans ce conflit. Ils seraient au moins un millier. En ce qui concerne l'Afrique de l'Ouest, outre le Ghana, on recense 215 combattants nigérians, environ 73 Maliens, 60 Gambiens et 27 Nigériens.

Mystère sur des recrutements ukrainiens

Si l'engagement des Africains aux côtés de l'armée russe est assez bien documenté, il y a peu d'éléments probants sur leur enrôlement dans l'armée ukrainienne. Mondafrique a essayé de vérifier l'existence de prisonniers de guerre ukrainiens d'origine africaine dans les prisons russes. Les questions envoyées à l'ambassade de la Russie au Sénégal sont restées sans réponses.

Pour le Président du Mouvement international russophile Souleye Anta Ndiaye, il n'y a aucun doute que l'Ukraine recourt également aux mercenaires : “Aussi bien la Russie que l'Ukraine recrutent des mercenaires. Personnellement, j'ai rencontré à Moscou un jeune Nigérian qui voulait rejoindre l'Ukraine parce que, paraît-il, ils paient mieux.”

Selon le Russophile, ces jeunes ne sont motivés que par l'argent et ils ne connaissent rien des enjeux de cette guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres du continent.“Ce sont des jeunes en quête d'une vie meilleure. Alors, dès qu'une porte s'ouvre, les plus audacieux s'engouffrent dedans”, analyse le spécialiste de la Russie, qui invite les États à prendre leurs responsabilités. “S'il le faut, les États doivent utiliser la force pour empêcher les jeunes d'aller s'employer comme mercenaires dans ces conflits, parce que ça ne produit rien de bon. Ces jeunes vont soit être tués soit être conditionnés en sortant de la guerre. De part et d'autre ils servent de chair à canon, c'est ça la vérité”, soutient Souleye Anta Ndiaye.

Du côté de l'Ukraine, on ne nie pas le recrutement d'étrangers dans l'armée, mais on affirme agir en toute transparence, à travers une plateforme ouverte à cet effet dénommée la légion internationale pour la défense de l'Ukraine. Selon les sources diplomatiques contactées, ceux qui s'engagent dans cette légion le font de manière volontaire et dans le respect des conditions strictes exigées.“Voilà ce qui nous différencie de la Russie : tout est fait de manière transparente, dans des langues que comprennent ceux qui s'engagent. Et tout ce qui arrive à ces volontaires, nous le communiquons à leurs États”, se défend la source diplomatique, qui insiste : “Ce n'est pas comparable avec la Russie qui trompe des innocents en leur faisant croire que c'est pour des activités civiles et qui leur fait signer des contrats qu'ils ne comprennent pas.”

Mondafrique a essayé de recueillir la version de la Russie, à travers sa représentation diplomatique à Dakar, mais sans succès. “Je ferai de mon mieux pour vous recontacter très prochainement”, a dit Maria Pomerantseva le 08 juin 2026. Il nous a finalement été recommandé d'écrire via une adresse disponible sur le site de l'ambassade. Nous avons alors reçu la réponse suivante : “L'ambassade souhaite vous informer qu'elle ne se charge pas du recrutement. De plus, aucun visa n'est délivré aux citoyens sénégalais se rendant pour participer à l'opération militaire spéciale. Pour toutes les questions mentionnées dans votre lettre, nous vous prions de bien vouloir vous adresser au ministère de la Défense de la Fédération de Russie.”

Malick Diop : de Kounghueul à Donetsk

Né en 2000 à Keur Mandoumbé, dans le département de Kounghueul (région de Kaffrine, centre du Sénégal), Malick Diop a fait toute sa scolarité à Kounghueul. Après le baccalauréat, il est orienté vers l'université de Bambeye, au département de Droit. En 2023, il réussit à décrocher une bourse grâce à la coopération russe. Destination : la Russie, pour un projet d'études en Relations internationales. En première année et au 1er semestre de la 2e année, ses notes sont bonnes.

Si l'on en croit son père, Malick connaît par la suite quelques difficultés et envisage même de quitter la Russie pour l'Europe. Il réussit à décrocher une bourse pour l'Italie et doit revenir au Sénégal pour les formalités du visa. “N'ayant pas l'argent pour financer son voyage, il en a parlé à une connaissance russe, qui lui a fait part de cette opportunité avec l'armée”, rapporte Monsieur Diop, qui se rappelle une conversation avec son fils : “Un jour, il m'a appelé pour me dire qu'il s'était engagé dans l'armée. J'étais surpris, mais il m'a dit que c'était déjà fait et qu'il ne pouvait plus revenir en arrière. Plus tard, environ 20 jours après, il m'a dit que sa formation était terminée et qu'il devait aller en Ukraine, mais pour servir dans les hôpitaux ou comme cuisinier.”

En mars 2025, en plein ramadan, Malick a rappelé son père pour lui signaler qu'il ne serait plus joignable à partir de cet instant. “Vous ne pourrez pas me joindre, parce que les chefs récupèrent nos téléphones. Mais je pourrais vous joindre à chaque fois que de besoin. Ne vous inquiétez surtout pas et priez pour moi”, a-t-il dit. Tout porte à croire qu'il était déjà capturé par l'armée ukrainienne, après quelques jours seulement sur le front.


Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

16.06.2026 à 12:45

Guerre et société civile : que peut apprendre l'Europe de l'Ukraine ?

Francesca Barca

Quatre ans après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, des civils ukrainiens engagés dans l'effort de guerre témoignent d'une réalité peu analysée : la transformation profonde d'une société libérale face à la guerre. Loin du modèle de mobilisation verticale, l'Ukraine a développé une « civilianisation » de la défense — fondations, start-ups, unités de drones, recrutement civique — enracinée dans une méfiance historique envers l'État et une longue tradition d'action collective depuis le Maïdan. [AN]

11 juin 2026 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/11/guerre-et-societe-civile-que-peut-apprendre-leurope-de-lukraine/#more-105101

« Nous faisons des desserts pour les travailleurs du quartier, et avec l'argent nous achetons des chars pour les soldats. » J'ai rencontré Stanislav Zavertailo dans l'un de ses cafés à Kyiv en février 2024, lors d'une visite organisée avec d'autres journalistes par l'ONG n-ost [1]. Zavertailo est pâtissier et propriétaire des cafés Honey and Zavertailo, élégants et branchés, dans la capitale ukrainienne.

Depuis quatre ans, une partie des recettes des deux cafés sert à acheter du matériel militaire pour l'armée. Quand je l'ai rencontré, Zavertailo m'a dit qu'avec tout l'argent qu'il avait donné au cours des trois dernières années, il aurait pu ouvrir deux boutiques supplémentaires. « J'achète des armes pour tuer des Russes avant qu'ils ne nous tuent. »

Zavertailo emploie environ 400 personnes. Certaines sont parties au front, d'autres sont mortes. Ses deux cafés soutiennent les anciens employés. Bien qu'il ne se soit pas encore engagé, Zavertailo sait qu'il devra le faire dans les prochaines années — dès que son plus jeune enfant sur trois aura l'âge requis. Il s'entraîne déjà. « On est prêts ou on se prépare à l'être. Et vous ? »

L'histoire de Zavertailo est une histoire « ordinaire » dans une Ukraine engagée dans une guerre totale avec la Russie.

Il existe actuellement des dizaines de fondations et des centaines d'initiatives en Ukraine axées sur l'acheminement d'argent, d'armes ou de matériel vers les militaires, ainsi que sur la formation et l'alimentation des soldats. Des civils collectent aussi des fonds pour soutenir des proches, des membres de leur famille ou des brigades spécifiques. Sans oublier les ateliers animés par des bénévoles qui fabriquent des drones.

Les civils mettent également leurs compétences au service de l'effort de guerre. Il existe aujourd'hui plus de deux mille start-ups dédiées à la défense. L'agence de recrutement Lobby X — dirigée par l'entrepreneur kyivien Vladyslav Greziev — a ainsi créé Lobby X Army, un site où chaque brigade peut publier des « offres d'emploi » pour combler les lacunes du service de recrutement de l'armée.

La « civilianisation » de la guerre

« Les analyses stratégiques de la guerre négligent typiquement la question de la société », écrit Anna Colin Lebedev. « C'est dans les sciences sociales […] que l'on trouve une réflexion sur la transformation des sociétés par la guerre (le fardeau pour les victimes et les vétérans, la destruction matérielle, le déplacement des populations, les changements dans les liens et les statuts sociaux, etc.), mais aussi sur la guerre elle-même (la production de discours et d'idéologies, la culture militaire, la réorganisation de l'activité économique, les formes de résistance, etc.). La guerre a un coût matériel quantifiable, mais une approche plus qualitative est nécessaire pour évaluer son coût sociétal et comprendre la profondeur de la transformation sociale qu'exige la conduite de la guerre. »

Chercheuse et maîtresse de conférences, Anna Colin Lebedev travaille sur les relations entre citoyens et État dans les sociétés post-soviétiques. Elle a publié *Jamais frères ?* (Seuil, 2022), une analyse des similitudes et des différences entre les sociétés russe et ukrainienne, et *Ukraine : la force des faibles* (Seuil, 2025), un essai qui reprend et approfondit nombre de ses réflexions sur le sujet.

Avant 2014, la paix était considérée comme une évidence par la plupart des Ukrainiens. Aujourd'hui, c'est la guerre qui fait partie du quotidien. Comme l'explique Colin Lebedev : « Nous vivons dans des sociétés où l'on a considéré depuis de nombreuses décennies qu'il n'est pas nécessaire d'assurer une défense solide, que la priorité c'est le social, l'éducation, le chômage. Je pense que les Ukrainiens avaient la même conviction. Et donc, quand la guerre éclate, l'armée est incapable de faire face. »

En matière de préparation — militaire, mais surtout civile et sociale — la société ukrainienne ressemble aux autres sociétés européennes. « Nous sommes des sociétés politiquement et économiquement libérales, urbanisées, éduquées et connectées » — très différentes des sociétés du passé où, en cas de « guerre de haute intensité, la majorité des citoyens croyaient et acceptaient que c'est à l'État d'assigner les rôles et les devoirs », qu'il était normal « de faire des sacrifices, si l'État vous le dit. »

Comme de nombreux autres pays, l'Ukraine a considérablement réduit la taille de ses forces armées depuis son indépendance en 1991 : le personnel militaire total est passé de 465 000 en 1993 à 165 000 en 2013. Parallèlement, la proportion de soldats sous contrat (c'est-à-dire non enrôlés par conscription obligatoire) est passée de 8% en 2001 à 70% en 2013.

Quand la Russie a lancé son invasion à grande échelle en 2022, la résistance de Kyiv face à cet acte d'agression a stupéfait le monde. Derrière la réponse ukrainienne se trouve un phénomène qui pourrait constituer un défi pour les sociétés européennes. Colin Lebedev parle de la « civilianisation » de la guerre, néologisme forgé par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer [2] pour désigner la manière dont les guerres sont de plus en plus menées et conduites par des civils.

Comme l'explique Colin Lebedev, cela vaut déjà pour les guerres hybrides ou les attaques contre les infrastructures. Mais dans le cas de l'Ukraine, cette dimension est particulièrement prononcée. Depuis 2022, le pays a dû élargir massivement la taille de son armée. Aujourd'hui, « au moins les trois quarts des personnes dans l'armée menaient une vie civile avant 2022. Et ce qui se passe, c'est que lorsqu'ils intègrent les forces armées, bien sûr ils assimilent la culture militaire, mais ils conservent aussi la culture civile et les pratiques, une culture professionnelle civile. » [3]

En fait, c'est l'ensemble de la société ukrainienne qui est impliquée dans la guerre, dans un sens différent de la familière « économie de guerre » qui évoque des images de femmes fabriquant des obus dans les usines pendant la Seconde Guerre mondiale. Au contraire, « les Ukrainiens estiment qu'avec leurs compétences professionnelles, ils ont un rôle à jouer dans la défense du pays. » Certains changent de métier, d'autres « mettent entièrement leurs compétences au service de la défense. »

La structure même de la défense est plus ouverte aux apports civils. Les gens expérimentent des outils et des techniques, et quand ces expérimentations donnent des résultats, ils peuvent « convaincre l'État d'adopter ces techniques ». Cela permet une agilité et une adaptabilité remarquables. La logique « est différente de la nôtre ; ici (en Europe), la défense est descendante. »

Selon Colin Lebedev, cette ouverture aux apports civils est liée à l'histoire de la société ukrainienne. D'un côté, il existe une méfiance sous-jacente envers l'État née de la fin de l'URSS et de l'indépendance. « Les Ukrainiens ont appris à ne pas compter sur l'État, parce qu'il était fragile, parce qu'il y avait de la corruption, parce que l'État providence s'était effondré… »

Du soulèvement du Maïdan à la guerre dans le Donbas, une partie de la société ukrainienne s'est investie dans une défense populaire du pays, à travers une multitude de projets et de groupes [4]. Des civils — pas seulement ceux de la droite politique — ont rejoint l'armée. Des associations ont été créées pour aider les bataillons avec la nourriture ou les approvisionnements, ou pour soutenir les vétérans.

Pourquoi ? « Quand j'ai interviewé des Ukrainiens en 2015 qui s'étaient engagés dans l'armée ou la soutenaient », dit Colin Lebedev, « ils me disaient : « Je sais exactement combien de kilomètres il y a entre l'armée russe et ma ville et ma maison ; je sais que si je ne les arrête pas, ils continueront d'avancer. » »

C'est une réponse simple et pragmatique à une situation tragique. « La menace — pour ta famille et ton foyer — est claire et identifiable, et elle dépasse la question de ton pays. C'est beaucoup plus concret, et cela force tout le monde à se dire : « Je dois faire quelque chose ». Et c'est là une différence majeure entre nous (les Européens) et les Ukrainiens. Nous sommes déjà en guerre avec la Russie, mais cette guerre se déroule au niveau souvent ambigu de la guerre hybride. Ce ne sont pas les forces armées russes qui marchent vers nos villes, mais d'autres types d'attaques. Je pense qu'il est plus difficile pour les Européens de réaliser qu'ils sont menacés. »

« Quand on a des droits, on a aussi des devoirs », m'a dit Alla (je n'indique pas son nom de famille car l'entretien a eu lieu de manière informelle, sans le consentement de son bataillon, qui est requis pour un soldat). « J'aime ma ville natale, Kyiv, et mon ancien mode de vie, j'ai donc quelque chose à défendre. Après l'invasion russe de 2014, j'ai envisagé différents scénarios. »

Quand j'ai rencontré Alla en février 2025, elle était enjouée et légèrement punk. « Je connais l'histoire ukrainienne », m'a-t-elle dit. « Je suis convaincue qu'[les Russes] n'arrêteront jamais d'essayer de nous conquérir. Ce n'était qu'une question de temps. Je ne m'imaginais pas dans l'armée, mais je savais que je serais prête si nécessaire. Parce que je peux le faire, je n'ai pas peur, j'ai quelque chose à défendre. »

Aujourd'hui, Alla a 38 ans. Elle s'est engagée comme volontaire en 2023, après l'invasion à grande échelle. Dans sa vie précédente, elle était journaliste ; aujourd'hui, elle fait partie d'une unité de drones (repérage de cibles, communications avec d'autres unités, travail sur cartes et flux vidéo). « J'ai participé à la Révolution orange de 2004 et à la Révolution de la Dignité de 2013 [5]. J'ai aussi participé à d'importantes manifestations à Kyiv : la marche pour les droits des femmes, la Kyiv Pride, et des protestations contre la démolition de vieux bâtiments. Et beaucoup d'autres. Être soldate, c'est faire partie de quelque chose de très important pour notre avenir. »

Pour Alla, comme pour ses collègues qui étaient avec elle — des hommes et des femmes entre 35 et 40 ans, tous volontaires, tous issus de professions très éloignées de l'armée et du monde militaire (un vidéaste, un écrivain, un professeur de philosophie) — rejoindre l'armée était la continuation d'un parcours commencé bien plus tôt. C'est l'un des choix concrets que la vie présente — et aussi une obligation [6].

« Parfois je pense à différents scénarios : que ferai-je si la guerre finit, ou comment vivrai-je pendant cette guerre ou une guerre encore plus terrible, pour le reste de ma vie. Mais ensuite je reviens à la réalité et je me demande ce que je dois faire maintenant. Je change de rôle au sein de l'armée pour acquérir de nouvelles compétences et être plus efficace ; j'essaie de rester en contact avec mes proches. Et je pense aussi à avoir des enfants. Mais pour l'instant, c'est plutôt un rêve. »

Aujourd'hui, un an après, elle m'a dit : « En regardant ces trois années et plus, je suis devenue une personne bien plus militaire que je ne l'étais en tant que civile. Je ne retournerai peut-être jamais au journalisme parce que je considère mon travail actuel comme plus important pour l'avenir de l'Ukraine. »

Selon une enquête réalisée par le centre d'études de marché et d'analyse Kiss, 54% des Ukrainiens de plus de 18 ans ne servant pas dans l'armée sont « certainement ou assez probablement » prêts à s'enrôler dans les forces armées et à défendre l'Ukraine si nécessaire. Si la mobilisation est largement perçue comme nécessaire, elle doit être « juste », écrit Colin Lebedev, ce qui signifie que « le besoin d'un recrutement socialement équitable » doit se conjuguer à « un déploiement équitable sur les lignes de front ».

Francesca Barca
https://neweasterneurope.eu/2026/05/28/war-and-civil-society-what-can-europe-learn-from-ukraine/
Traduit de l'anglais et notes pour ESSF par Adam Novak
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78968

Notes
[1] n-ost est un réseau européen de correspondants et de journalistes spécialisés dans l'Europe centrale et orientale, basé à Berlin.
[2] Jean-Baptiste Jeangène Vilmer est politiste et philosophe français, spécialiste des relations internationales et de l'éthique de la guerre. Il a notamment dirigé l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM) à Paris.
[3] Daria Saburova, « Le bénévolat en Ukraine en temps de guerre », Entre les lignes entre les mots, 22 janvier 2026. Disponible sur :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/22/le-benevolat-en-ukraine-en-temps-de-guerre-entretien-avec-daria-saburova/
[4] Sur la dynamique du Maïdan et ses suites jusqu'à la guerre totale de 2022, voir ESSF, « En cette heure de grand danger, en solidarité avec la résistance ukrainienne, reconstruisons le mouvement international contre la guerre »,
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61690
[5] La Révolution de la Dignité (également appelée Euromaïdan) désigne le soulèvement populaire ukrainien de novembre 2013 à février 2014, qui a conduit à la destitution du président Viktor Ianoukovitch après sa décision de suspendre les négociations d'association avec l'Union européenne.
[6] Sur les femmes ukrainiennes engagées dans la résistance armée, voir ESSF, « Ukrainiennes en armes »,
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64079

*-*

Francesca Barca : La société civile et la guerre : qu'est-ce que l'Europe peut apprendre de l'Ukraine ?
Davantage que la stratégie ou la géopolitique, la question militaire raconte nos sociétés, ce qu'elles veulent devenir et ce qu'elles sont vouées à être. Que signifie la guerre dans une société démocratique ? Le conflit en Ukraine invite à réfléchir aux transformations par lesquelles passe un pays engagé dans une lutte pour sa survie.

https://voxeurop.eu/fr/ukraine-armee-guerre-societe-civile-colin-lebedev/

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre


Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

16.06.2026 à 12:44

En Espagne, la régularisation massive dessine un nouvel horizon

Pablo Castaño

La lutte contre l'immigration s'est imposée à l'agenda de la plupart des Etats européens, et semble être devenue une évidence que peu de voix contestent ouvertement. Si il y a bien une “bataille culturelle” que l'extrême droite est en train de gagner, c'est celle-ci : l'idée que l'immigration est un problème que l'on doit traiter, plus ou moins humainement selon sa tendance politique. Or, il nous semble essentiel d'affirmer que l'immigration est un fait positif, que nous sommes en capacité d'accueillir plus de monde et que nous devons le faire. Ce qu'il se passe en Espagne actuellement montre que ce projet est possible et qu'il est porté par toute une partie de la société civile. Ce reportage de notre chroniqueur Pablo Castaño, qui vit à Barcelone, met des visages sur ce qui est trop souvent traité à distance et illustre l'enthousiasmant processus de régularisation, largement issu d'une mobilisation populaire et porté par une bonne partie de la population.

11 juin 2026 | tiré de Frustrations magazine
https://frustrationmagazine.fr/regularisation-espagne

Walter vit depuis cinq ans en Espagne, sans titre de séjour ni travail. Il est colombien, l'une des trois principales nationalités de migrants dans le pays avec les personnes originaires du Maroc ou de Roumanie. Walter fait la queue devant le Teatre Lliure de Barcelone, mais pas pour assister à une pièce : il vient chercher l'attestation de vulnérabilité, nécessaire à la procédure de régularisation exceptionnelle lancée le 16 avril par un décret du gouvernement de Pedro Sánchez. Le café du théâtre est géré par Mescladís, l'une des associations habilitées à délivrer cette attestation. Ce qui amène des centaines de personnes à faire la queue dans ce quartier calme et verdoyant de Montjuïc, où cohabitent habituellement les visiteurs des musées et auditoriums, les touristes qui visitent le château où les troupes franquistes ont fusillé le président de la Catalogne en 1940 et, cachés sous les arbres de la colline, des campements de bidonvilles où survivent difficilement des dizaines de personnes, pour beaucoup de jeunes migrants.

La situation de Walter est différente : il a réussi à gagner sa vie en enchaînant pendant des années des missions de nettoyage, de livraison de colis et dans le bâtiment. Mais dans des conditions inférieures aux minima légaux et, dans certains cas, sans être payé : « Je suis tombé sur différentes personnes mal intentionnées qui profitent de cette situation : voyant qu'il y a des gens sans papiers, elles les font travailler et après, elles ne veulent plus payer le salaire », raconte-t-il, avec une expression plus résignée qu'en colère. Il a déjà tenté de régulariser sa situation par la voie ordinaire, mais n'y est pas parvenu car « sans papiers, on ne vous donne pas de contrat, et sans contrat, on ne vous donne pas de papiers ». Le règlement espagnol sur l'immigration exige un précontrat de 30 heures hebdomadaires sur une durée minimale d'un an pour obtenir un titre de séjour et de travail pour ancrage social. Une condition qui exclut des centaines de milliers de personnes, condamnées à des travaux à temps partiel avec des salaires misérables.

La fondation Funcas estime qu'en 2025, 840 000 personnes vivaient en Espagne en situation administrative irrégulière, dont 9 sur 10 originaires de pays américains. Le gouvernement estime qu'environ 500 000 bénéficieront de la procédure de régularisation exceptionnelle, bien que personne n'ose avancer de chiffre exact. Seule certitude : auront droit à un titre de séjour et un permis de travail toutes les personnes qui vivaient en Espagne avant le 1er janvier 2026 et qui peuvent justifier d'au moins cinq mois de séjour continu dans le pays. En tout, autour de 10 millions de personnes nées à l'étranger résident en Espagne, soit 20% de la population totale.

Une victoire de la mobilisation populaire

La procédure actuelle de régularisation a attiré l'attention internationale dans une Europe qui va dans la direction opposée, celle de mettre des bâtons dans les roues des travailleurs migrants, quitte à gonfler la masse de travailleurs sans droits. Mais le décret adopté le 14 avril dernier par le gouvernement de coalition du Parti socialiste (PSOE) et Sumar ne sort pas de nulle part : il est la conséquence d'un long processus de mobilisation sociale lancé en 2021 par Regularización Ya, une coalition de collectifs antiracistes et de migrants à laquelle se sont joints jusqu'à 900 mouvements et associations de toutes sortes.

« Pendant le confinement de 2020, on a vu clairement que les personnes en situation administrative irrégulière étaient totalement exclues du parapluie social tant vanté par le gouvernement », raconte Redwan Baddouh, l'un des porte-parole de Regularización Ya, en référence à des mesures comme les mécanismes de réduction temporaire d'emploi pour les entreprises touchées par les confinements, qui ont sauvé du chômage des milliers de travailleurs. « Dans ce contexte de pandémie, on a envoyé une lettre au président du gouvernement demandant l'approbation d'une régularisation exceptionnelle. La lettre n'a jamais reçu de réponse. » C'est ainsi qu'a débuté un long périple de lutte dans les rues et dans les couloirs du parlement, qui allait durer cinq ans. Face à l'absence de réponse de Sánchez, la coalition a présenté, avec le soutien des partis à gauche du PSOE, une proposition de loi en faveur de la régularisation, mais celle-ci a été rejetée par le Parti populaire, Vox et le PSOE lui-même. L'Espagne vivait alors une véritable crise sociale à la suite de la pandémie, avec un taux de pauvreté qui a atteint 65 % en 2021 parmi la population migrante originaire de l'extérieur de l'Union européenne.

Après ces premiers revers, l'idée d'une initiative législative populaire (ILP) a émergé parmi les mouvements de migrants. Il s'agit d'un mécanisme de participation directe prévu par la Constitution espagnole de 1978, mais qui a rarement abouti en raison du grand nombre de signatures nécessaires et du fait que les groupes parlementaires peuvent simplement rejeter l'initiative par un vote. Regularización Ya devait relever un défi supplémentaire : « recueillir un demi-million de signatures de citoyens espagnols, c'est-à-dire que les étrangers titulaires d'une autorisation de séjour n'étaient pas autorisés à signer, seuls les citoyens espagnols l'étaient. Nous ne pouvions pas rester dans nos communautés, il fallait aller chercher les signatures des Blancs », raconte Baddouh. Mais, à une époque de montée de l'extrême droite et de xénophobie croissante en Europe, parviendrait-on à faire signer un demi-million d'Espagnols pour régulariser des migrants ?

Le 19 février 2022, la collecte de signatures est lancée publiquement et, en décembre de la même année, Regularización Ya présente au Congrès des députés plus de 700 000 signatures, devenant ainsi l'une des ILP ayant reçu le plus de soutien en presque cinq décennies de démocratie. « Il y avait des moments où l'on se disait qu'on n'y arriverait pas. Mais on y est arrivé, et on a même dépassé l'objectif, c'était impressionnant, se souvient Baddouh. Ce sont les collectifs de migrants qui ont arpenté les rues pour demander des signatures. À Madrid, par exemple, les travailleuses domestiques se sont beaucoup investies. À Barcelone, Top Manta » (un collectif de vendeurs à la sauvette), souligne l'activiste, qui salue également les centaines d'organisations qui ont soutenu l'initiative ainsi que l'Église catholique : « Il faut le dire, ils se sont impliqués, tant dans la collecte de signatures que dans les négociations avec les groupes parlementaires. »

Fernando Redondo, directeur du département des migrations de la Conférence épiscopale espagnole, affirme que « l'Église s'y est jointe à partir des valeurs de l'Évangile, du principe du bien commun et de la dignité des personnes. Pendant la pandémie, beaucoup de ceux qui continuaient à cultiver les champs et à s'occuper des personnes âgées étaient des migrants ». Le porte-parole catholique confirme que « l'Église a poussé le PP à accepter que cette initiative entre au Parlement ». En avril 2024, tous les groupes parlementaires sauf Vox ont voté en faveur de la prise en considération de l'initiative, preuve de la force sociale acquise par le mouvement. L'année précédente, le parti d'extrême droite avait obtenu 12 % des voix aux élections générales, devenant le troisième groupe parlementaire du Congrès, et la xénophobie était entrée de plain-pied dans le débat politique espagnol.

Mais, avec la prise en considération, un autre calvaire parlementaire a commencé. Le manque de consensus dans un parlement fragmenté a bloqué l'initiative pendant plus d'un an. « Le PSOE n'a jamais soutenu l'ILP », précise Baddouh. « Ils disaient que le Pacte européen sur la migration et l'asile ne permettait pas une régularisation exceptionnelle, mais c'était une excuse bon marché ; nous avons interrogé la Commissaire aux affaires intérieures, elle nous a répondu que c'était de la compétence de chaque État membre. » De leur côté, le PP et Junts (parti catalan de centre-droit) avaient voté pour la prise en considération mais refusaient de transformer l'initiative en loi, malgré le soutien à la régularisation de l'Église et du patronat. Finalement, en janvier 2026, Podemos a annoncé un accord avec le gouvernement pour approuver la régularisation par décret. « Un but marqué du milieu du terrain », selon les mots de Vicky Canalla, une autre porte-parole de Regularización Ya.

Et un espoir pour des travailleurs comme Arturo, qui est également en train d'effectuer les démarches pour la régularisation. Péruvien, il travaillait pour un concessionnaire automobile dans son pays, mais à Barcelone, il a travaillé comme livreur avec une camionnette. « Les journées de travail étaient de douze, quinze heures… Vendredi, on m'a dit qu'il n'y avait plus de travail et je me suis retrouvé sans emploi », regrette-t-il. De la régularisation, il espère « un soutien pour vivre tranquille, avoir un travail et ne pas penser qu'un jour on me dise “non”… Avoir des droits. »

Une procédure administrative et citoyenne

Arturo, qui a migré seul à Barcelone et a subi un vol durant ses premiers mois dans la ville, s'est rendu dans l'un des bureaux de la mairie pour obtenir l'attestation de vulnérabilité. En ce jour ensoleillé de mai, personne ne fait la queue devant la Fira, un pavillon qui accueille habituellement des salons commerciaux et qui abrite aujourd'hui les fonctionnaires municipaux chargés de traiter les attestations. Rien à voir avec les premières semaines de la procédure, où de très longues files d'attente s'étaient formées autour des points de traitement des demandes.

La mairie de Barcelone a accueilli plus de 27 000 personnes au cours du premier mois, selon les données fournies par la directrice chargée des Droits sociaux, Marta Clari, qui souligne que la municipalité a créé en janvier « un groupe technique pour préparer le dispositif ». Face à la diversité d'origine des demandeurs – un quart des personnes résidant à Barcelone est d'origine étrangère, plus de 180 nationalités cohabitent dans la ville –, la mairie a fourni des fiches d'information en 6 langues différentes, mais la barrière de la langue reste bien visible dans la queue du bureau municipale de Sant Miquel, dans le centre ville, où certains demandeurs ne parlent ni espagnol ni catalan. Les demandeurs, dont certains attendent depuis trois heures, regardent avec peu d'intérêt les journalistes étrangers qui captent des images et des témoignages d'un processus qui a attiré l'attention de l'Europe.

Malgré les efforts décrits par la fonctionnaire de la mairie, Xavier (nom fictif), travailleur du service municipal d'accueil des immigrés, dénonce lenteur, improvisation et mauvaise gestion au niveau municipal. « Les critères changent toutes les deux minutes, les services ont été submergés, vous allez sur le site web et il est impossible de trouver l'information », dénonce-t-il, furieux contre le manque de préparation et la mauvaise planification qu'il attribue à la mairie. La directrice reconnaît que les premiers jours, « il y a eu beaucoup d'attroupements de personnes » devant les bureaux municipaux et « certaines personnes passaient la nuit sur place ». L'image de centaines de personnes dormant autour des bureaux de l'administration s'est répétée partout en Espagne durant les premiers jours suivant l'adoption du décret, qui fixe un délai de seulement deux mois et demi pour déposer les documents. « Les premières semaines ont été un débordement total », confirme Redwan Baddouh, de Regularización Ya, « les gens ne savaient pas où obtenir l'attestation de vulnérabilité, les associations et les mairies devaient se coordonner ».

La décision du gouvernement espagnol d'exiger au dernier moment un certificat de casier judiciaire n'a pas aidé : son obtention dépend de la diligence des gouvernements des pays d'origine des migrants et des consulats espagnols à l'étranger. Les Algériens comptent parmi ceux qui ont rencontré le plus de difficultés, comme le raconte Miriam, alors qu'elle fait la queue devant le bureau municipal de Sant Miquel. « Cela fait trois ans que je vis à Barcelone. Nous, Algériens, avons beaucoup de problèmes pour le casier judiciaire : il faut aller au tribunal, puis au ministère des Affaires étrangères, puis au consulat d'Espagne en Algérie », raconte-t-elle. Comme elle ne peut pas quitter l'Espagne, elle a dû faire une procuration à un parent. À cela s'ajoute la difficulté d'obtenir un rendez-vous dans les consulats espagnols dans le pays maghrébin, un exemple du parcours du combattant que vivent de nombreuses personnes pour obtenir le tant convoité titre de séjour et de travail. Les vies de Walter, Arturo et Miriam sont très différentes, mais tous affirment avoir eu peur d'être arrêtés par la police, une peur qu'ils espèrent laisser derrière eux d'ici très peu.

La régularisation n'a pas été qu'une procédure administrative, elle est devenue un événement citoyen. Des milliers de bénévoles ont collaboré avec différentes associations – 51 rien qu'à Barcelone – habilitées par l'administration à délivrer les attestations de vulnérabilité. L'une d'elles est Tere, qui collabore avec Mescladís sur la terrasse du Teatre Lliure de Montjuïc, pendant que dans le café attenant un groupe de jeunes migrants reçoit une formation en hôtellerie-restauration. « Je l'ai su par Instagram et je suis venue à une réunion. Je pense que la meilleure façon d'utiliser mon temps est d'aider les gens ; il ne me semblait pas humain qu'on ait inventé un papier à la dernière minute et que cela retarde la procédure et cause de l'angoisse à des gens qui veulent simplement travailler et vivre leur vie », raconte-t-elle pendant une pause de son service de quatre heures, au cours duquel elle recueille les données de dizaines de demandeurs et leur délivre leur attestation, tamponnée par l'association.

L'un d'eux est Walter, qui, après avoir fait la queue devant le bureau municipal installé près de l'ancienne arène Monumental, a vu sa demande refusée parce qu'il n'était pas inscrit au registre municipal à Barcelone. Il a appris par un ami que Mescladís les délivrait aussi, a pris rendez-vous et en quelques minutes est sorti avec le dernier papier qui lui manquait pour faire sa demande. « À Bogota, ma famille avait un atelier de couture ; maintenant, j'aimerais suivre un cours d'électricité », raconte Walter qui, comme beaucoup d'autres demandeurs, a décidé de payer un avocat « pour que ce soit sûr », bien que seule une taxe de 38 euros soit obligatoire pour faire la demande.

Autre barrière rencontrée par les immigrés en situation irrégulière : ils et elles ne disposent pas du certificat électronique nécessaire pour effectuer la démarche en ligne, c'est pourquoi des bénévoles prennent également rendez-vous en leur nom. Les 700 000 signatures recueillies en moins d'un an et l'implication de nombreux citoyens espagnols pour faciliter la régularisation du plus grand nombre possible de travailleurs migrants contrastent avec la présence croissante de la xénophobie dans le débat public. Depuis la fin des années 1980, et surtout pendant le boom immobilier du début des années 2000, sept régularisations exceptionnelles ont été approuvées en Espagne, certaines sous des gouvernements conservateurs. Mais c'était à une époque où l'immigration était peu politisée, alors qu'aujourd'hui les sondages attribuent 17 % des intentions de vote à Vox, qui a fait du racisme son principal axe discursif.

Les impacts politiques et économiques d'une régularisation exceptionnelle

« L'extrême droite se positionne frontalement contre la régularisation, en la liant au concept de priorité nationale, importé de France », explique Guillermo Fernández, professeur à l'université Carlos III spécialisé dans l'extrême droite. « Vox a voulu faire de la régularisation un axe de confrontation après quelques mois où il était en grande difficulté à cause de son lien avec Donald Trump », un personnage considéré comme une menace pour la paix mondiale par 80 % des Espagnols, selon un récent sondage. L'extrême droite a lancé deux rumeurs, selon le chercheur : « l'idée que les personnes régularisées obtiendront automatiquement la nationalité et que la gauche veut remplacer la population espagnole et constituer un nouvel électorat », explique-t-il, alors que les personnes récemment régularisées ne pourront pas voter aux élections générales ni régionales et que le processus d'obtention de la nationalité est beaucoup plus long et complexe.

Mais la régularisation a aussi servi à Pedro Sánchez « à générer un débat international et continuer à se positionner comme le modèle de la gauche européenne », considère Fernández. Un bénéfice politique qui contraste avec le rôle qu'a joué son parti, selon Regularización Ya. « Si cela n'avait tenu qu'au Parti socialiste, cette régularisation n'aurait pas lieu », tranche son porte-parole, Redwan Baddouh, qui critique également le fait que « les syndicats majoritaires ne se sont pas impliqués dans cette ILP ; ni dans la collecte de signatures, ni dans l'exigence de son adoption quand elle était au Congrès. Elle a été approuvée grâce au travail d'influence politique que nous avons mené depuis les mouvements sociaux ». L'activiste fait un parallèle avec le féminisme pour argumenter l'impact politique que peut avoir la régularisation, dans un contexte de croissance de l'extrême droite : « Il n'y a aucune logique à dire qu'il ne faut pas donner de droits aux femmes parce que cela nourrirait l'extrême droite. Les personnes migrantes sont totalement exposées ; plus nous aurons de droits, plus l'extrême droite devra se mordre la langue. »

Ce qui est clair, c'est l'impact économique et social considérable qu'aura le fait que plus d'un demi-million de personnes, qui travaillent souvent illégalement, obtiennent un permis de travail. Liliana Reyes, secrétaire aux migrations du syndicat Commissions ouvrières de Catalogne, défend qu'« il faut permettre et garantir l'accès au travail formel et aux droits. Nous constatons toutes sortes d'abus lorsqu'ils n'ont pas de papiers, dans des secteurs comme le nettoyage, l'agriculture, le bâtiment, le travail domestique et les soins ». Elle exige également « d'accélérer l'homologation des diplômes étrangers », un obstacle auquel sont confrontés de nombreux travailleurs migrants qualifiés. C'est le cas de Miriam, architecte algérienne, qui, après avoir obtenu son permis de travail, devra entamer le long parcours pour faire homologuer son diplôme par l'administration espagnole. La syndicaliste réclame également d'accélérer les procédures ordinaires de régularisation, « qu'elles soient effectuées dans les délais prévus par le règlement et que les ressources soient suffisantes », et juge « discutable » l'exigence de deux ans de résidence avant d'obtenir le permis de séjour et de travail pour ancrage social. Une grève convoquée par le syndicat aux services d'attention à étranger au début de processus de régularisation a provoqué des critiques féroces de la part de Regularización Ya : « Ils ont mis des bâtons dans les roues », dénonce Baddouh.

Même le patronat voit d'un bon œil la régularisation exceptionnelle. Yessika Aguilar, directrice des Relations de travail du patronat catalan Foment del Treball, affirme que « les entreprises ont besoin de la migration comme de l'eau que nous buvons pour maintenir notre économie » et lie « le phénomène migratoire au défi démographique » que représente le vieillissement de la population espagnole. Aguilar espère que la régularisation atténuera « la difficulté que nous avons à couvrir certains profils professionnels ». Selon le Service public de l'emploi, parmi les secteurs où les employeurs ont le plus de mal à trouver des travailleurs figurent le bâtiment et l'hôtellerie-restauration. Alors que dans le bâtiment, les salaires sont plus élevés que la moyenne, l'hôtellerie-restauration est l'un des secteurs les plus précarisés de l'économie espagnole, avec des salaires bas et des contrats qui ne dépassent généralement pas un an.

La Banque centrale européenne attribue 80 % de la croissance du PIB espagnol entre 2019 et 2024 à l'immigration, ce qui explique le soutien généralisé du patronat et des syndicats à la régularisation. Cela ne nuit qu'« aux exploiteurs », conclut la porte-parole des Commissions ouvrières, qui demande qu'à l'issue de la procédure, « les entreprises embauchent dans les conditions prévues par la convention collective de chaque secteur ». Rien ne garantit que tous les travailleurs actuellement contraints de travailler sans contrat et dans des conditions dégradées obtiennent un contrat légal après leur régularisation administrative, car l'Espagne a une économie souterraine de 24 %, le troisième taux le plus élevé de l'Union européenne. Mais, au moins, dans quelques mois, des centaines de milliers de personnes cesseront d'avoir peur d'être arrêtées et expulsées, auront le droit d'entrer et sortir librement du pays et pourront défendre leurs droits depuis la même position légale que le reste des travailleurs, non pas deux marches en dessous.

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre


Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

⬅️ 90 / 110 ➡️

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
April - Libre à lire
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview