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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 12:44

Il est temps que l'UE cesse de fermer les yeux sur les agissements illégaux d'Israël en Palestine

Collectif d'ancien-ne-s présidents, premiers ministres et autres élu-e-s des pays

« L'Union européenne ne peut rester les bras croisés ». Face aux « horreurs que le gouvernement israélien inflige actuellement aux Palestiniens », pour un ensemble d'anciens premiers ministres de pays membres de l'UE et membres de gouvernements, il faut élargir les sanctions : « il est alarmant de constater que la crédibilité de l'UE aux yeux de ses propres citoyens soit compromise par son incapacité à faire preuve de leadership moral et politique pour faire respecter le droit international. »

10 juin 2026 | tiré du blog des invité-e-s de mediapart | Photo : Des soldats israéliens à l'intérieur d'un complexe de l'UNRWA dans la ville de Gaza. Photo prise lors d'une tournée médiatique organisée par l'armée israélienne le 8 février 2024. © Photo Jack Guez / AFP
https://blogs.mediapart.fr/les-invite-es-de-mediapart/blog/100626/il-est-temps-que-lue-cesse-de-fermer-les-yeux-sur-les-agissements-illegaux-disrael-e

L'Union européenne repose sur l'État de droit, et ses lois ainsi que ses accords internationaux sont contraignants pour les États membres.

Il est alarmant de constater qu'aujourd'hui, la crédibilité de l'UE aux yeux de ses propres citoyens et électeurs – ainsi que de la plupart des pays du monde – est compromise par son incapacité à faire preuve de leadership moral et politique pour faire respecter le droit international et, en particulier, pour faire appliquer les dispositions juridiques de l'accord d'association UE-Israël.

L'article 2 de cet accord d'association stipule que les relations entre l'UE et Israël, ainsi que toutes les dispositions de l'accord lui-même, doivent être fondées sur le respect des droits de l'homme et des principes démocratiques, qui constituent un élément essentiel du traité.

Il est clair que cette condition n'est pas remplie.

Les attaques odieuses perpétrées le 7 octobre 2023 par le Hamas et d'autres groupes armés contre des citoyens israéliens et des ressortissants d'autres pays ne peuvent justifier les actions du gouvernement israélien visant à décimer Gaza et à violer systématiquement les principes fondamentaux du droit international humanitaire et des droits de l'homme. Les attaques militaires israéliennes à Gaza ont fait au moins 73 000 morts, dont plus de 21 500 enfants, depuis octobre 2023. Plus de 900 Palestiniens ont été tués depuis le « cessez-le-feu » d'octobre 2025.

La Cour internationale de justice (CIJ) a déjà établi qu'il existe un risque réel de préjudice irréparable aux droits des Palestiniens au titre de la Convention sur le génocide, tandis que des mandats d'arrêt ont été émis contre des dirigeants israéliens par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Malgré cela, le gouvernement israélien continue d'entraver l'acheminement de l'aide humanitaire nécessaire aux Palestiniens de Gaza, notamment celle fournie par l'UNRWA et les ONG internationales, tout en anéantissant les moyens dont disposent les Palestiniens pour produire de la nourriture et de l'eau, en ravageant leurs terres agricoles et en détruisant les réservoirs et les usines de dessalement. Après avoir contraint les Palestiniens à vivre dans des conditions sordides et inhumaines, le gouvernement israélien prévoit désormais de regrouper l'ensemble de la population de Gaza sur seulement 30 % de son territoire déjà gravement surpeuplé, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur les résidents palestiniens assiégés pour qu'ils abandonnent définitivement leur patrie.

En juillet 2024, la CIJ a déclaré que toutes les colonies israéliennes situées dans les territoires palestiniens occupés, qui abritent aujourd'hui au moins 750 000 personnes, sont illégales et doivent être démantelées. Le gouvernement israélien a ignoré cet avis et continue au contraire de promouvoir activement la poursuite de l'annexion de terres palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, notamment en encourageant et en soutenant la recrudescence de la violence perpétrée par des extrémistes qui s'emploient à s'emparer de nouvelles terres et à expulser les Palestiniens de leurs foyers. Pour aggraver encore la situation, le gouvernement israélien prépare de nouvelles saisies de terres dans le district E1 et dans la zone C, dans le but de diviser la Cisjordanie en deux et de compromettre la solution à deux États, soutenue par l'UE et la grande majorité des membres de l'ONU.

Les preuves sont accablantes : le gouvernement israélien agit en toute impunité en procédant à des déplacements forcés pour faire place à des colonies illégales, sans compter d'autres politiques discriminatoires à l'encontre des Palestiniens.

L'Union européenne ne peut rester les bras croisés. Elle doit désormais agir de toute urgence pour mettre en œuvre les recommandations formulées à maintes reprises depuis juillet 2025 dans une série de déclarations publiques par un groupe comptant désormais plus de 460 anciens ministres, ambassadeurs et hauts fonctionnaires européens. Concrètement, l'UE doit suspendre l'accès commercial préférentiel d'Israël au titre de l'accord d'association UE-Israël, ce qui affecterait un tiers du commerce total de marchandises d'Israël avec le reste du monde.

Cela nécessite un leadership de la part de la Commission européenne et du Service européen pour l'action extérieure qui, conformément à la pratique antérieure, devraient proposer que ces mesures soient adoptées par un vote à la majorité qualifiée des États membres de l'UE. Dans l'intervalle, l'UE doit agir immédiatement pour empêcher toute exportation en provenance des colonies illégales de Cisjordanie d'entrer sur son territoire. Parallèlement, la liste des ministres, fonctionnaires, personnes et entités israéliens sanctionnés, associés aux colonies et soumis à des interdictions de visa et à des gels d'avoirs, devrait être élargie. L'UE devrait également suspendre la participation d'Israël aux programmes de recherche et autres programmes de l'UE lorsque des entités publiques et privées israéliennes enfreignent le droit international, et mettre un terme au commerce de biens militaires et à double usage.

Pour que l'UE puisse prendre ces mesures, les quelques États membres qui ont systématiquement bloqué toute action contre le gouvernement israélien devraient se rallier à l'opinion majoritaire et permettre l'adoption de ces mesures. En bref, l'UE doit cesser de fermer les yeux sur les horreurs que le gouvernement israélien inflige actuellement aux Palestiniens, en violation flagrante de l'accord d'association UE-Israël. Ne pas agir maintenant ne fera qu'affaiblir davantage la position et l'influence de l'UE sur la scène internationale, à un moment où une Union forte et unie est nécessaire pour défendre l'ordre multilatéral ainsi que les valeurs et les intérêts européens.

Signataires :

Massimo D'ALEMA – ancien Premier ministre italien

Robert GOLOB – ancien Premier ministre slovène

Stefan LÖFVEN – ancien Premier ministre suédois

Romano PRODI – ancien Premier ministre italien et ancien président de la Commission européenne

Leo VARADKAR – ancien Taoiseach (Premier ministre) d'Irlande

Joaquín ALMUNIA – ancien vice-président de la Commission européenne et ancien ministre du gouvernement espagnol

Enrique BARÓN CRESPO – ancien président du Parlement européen et ancien ministre du gouvernement espagnol

Josep BORRELL – ancien président du Parlement européen et haut représentant de l'UE/vice-président, ainsi qu'ancien ministre des Affaires étrangères d'Espagne

Laurens-Jan BRINKHORST – ancien vice-Premier ministre et ministre (divers portefeuilles) des Pays-Bas

Willy CLAES – ministre d'État et ancien vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Belgique

Pat COX - ancien président du Parlement européen et chef du groupe du Parti libéral, démocrate et réformateur européen au Parlement européen

Herta DÄUBLER-GMELIN - ancienne ministre de la Justice de l'Allemagne

Sigmar GABRIEL - ancien vice-chancelier de l'Allemagne et ancien ministre des Affaires étrangères

Slavko GABER - ancien ministre du gouvernement slovène (divers portefeuilles)

Eamon GILMORE - ancien Tánaiste (vice-Premier ministre) et ministre des Affaires étrangères de l'Irlande ; et ancien représentant spécial de l'UE pour les droits de l'homme

Erato KOZAKOU-MARCOULLIS - ancienne ministre des Affaires étrangères de Chypre

Mogens LYKKETOFT - ancien ministre des Affaires étrangères du Danemark, et ancien président de l'Assemblée générale des Nations unies

Poul NIELSON – ancien commissaire européen et ancien ministre du gouvernement danois

Emilija STOJMENOVA DUH – ancienne ministre du gouvernement slovène

Margot WALLSTRÖM – ancienne première vice-présidente de la Commission européenne et ancienne ministre des Affaires étrangères de la Suède

Poul NIELSON – ancien commissaire européen et ancien ministre du gouvernement danois

Emilija STOJMENOVA DUH – ancienne ministre du gouvernement slovène

Margot WALLSTRÖM – ancienne première vice-présidente de la Commission européenne et ancienne ministre des Affaires étrangères de la Suède

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16.06.2026 à 12:43

Grande-Bretagne : effondrement du Parti travailliste et montée de l'extrême droite

Simon Hannah

Les élections qui se sont tenues le 7 mai dans une grande partie de la Grande-Bretagne ont porté un coup terrible au Parti travailliste actuellement au pouvoir. Celui-ci a perdu 1 229 conseiller·es municipaux en Angleterre1, s'est classé troisième aux élections au Parlement gallois, le Sennedd, et a perdu du terrain au sein du Parlement écossais.

8 juin 2026 | tiré d'inprecor.fr Simon Hannah
https://inprecor.fr/grande-bretagne-effondrement-du-parti-travailliste-et-montee-de-lextreme-droite

Le Parti travailliste a perdu le contrôle de 38 conseils municipaux anglais et de l'Assemblée galloise. Le Pays de Galles est un bastion du Parti travailliste depuis les années 1920, mais ces élections l'ont fait apparaître comme la troisième force, derrière le parti indépendantiste Plaid Cymru et le parti d'extrême droite Reform. En Écosse, le Parti travailliste a également été relégué à la deuxième place derrière le Parti national écossais, ex aequo avec Reform.

Il s'agissait du premier test majeur pour le gouvernement travailliste, élu en 2024 avec une large majorité parlementaire, après l'effondrement du gouvernement conservateur après des années de scandales et de crises internes. Le Parti travailliste a alors remporté la majorité tout en obtenant 2 millions de voix de moins qu'en 2019, lorsque Jeremy Corbyn dirigeait le parti.

La faillite de Starmer

Depuis son arrivée au pouvoir, le dirigeant travailliste Keir Starmer s'est révélé totalement incompétent : il a poursuivi la politique d'austérité, s'en est pris aux droits des migrant·es, s'est attaqué aux personnes transgenres et n'a pas résolu les crises du logement et des services sociaux pour adultes. Il a multiplié les revirements, proposant puis abandonnant des mesures, notamment l'augmentation des droits de succession pour les agriculteur·rices, la suppression de l'allocation de soutien au chauffage hivernal pour de nombreux·ses retraité·es et le maintien de la limite des allocations familiales à deux enfants par famille, une politique qui plonge des centaines de milliers d'enfants dans la pauvreté.

Le courant qui entoure Starmer n'est bon qu'à une seule chose : purger la gauche. Ils ont accédé au pouvoir en promettant des politiques qui semblaient relativement à gauche, puis en les abandonnant toutes et en déclarant la guerre à la gauche travailliste. Aujourd'hui, l'avenir de Starmer à la tête du parti semble très incertain, car de nombreux·ses député·es lui attribuent directement la responsabilité de ces défaites.

La montée de l'extrême droite

Au pouvoir, ils ont dû faire face à la croissance fulgurante de Reform, le parti d'extrême droite dirigé par Nigel Farage, la figure du mouvement Brexit qui s'est déroulé de 2015 à 2019. Lancé seulement depuis trois ans, Reform compte cependant déjà près de 277 000 membres. Ses propositions les plus populaires visent à empêcher l'arrivée de réfugié·es et plus généralement à limiter l'immigration, mais le parti propose également de démanteler l'État-providence et de procéder à d'énormes coupes dans les dépenses publiques, ainsi qu'à une déréglementation financière pour satisfaire ses principaux bailleurs de fonds, des crypto-millionnaires. C'est également un parti climatosceptique et anti-vaccins, avec Trump pour référence.

Mais il a désormais un concurrent à sa droite avec Restore Britain, qui revendique près de 100 000 membres. Restore est encore plus raciste et réactionnaire, appelant à des expulsions massives et à la suppression totale du droit d'asile. Il a commencé à gagner du terrain à Great Yarmouth, où est basé son député Rupert Lowe.

Lors des élections en Angleterre, Reform a remporté 1 372 sièges municipaux et pris le contrôle de 14 nouveaux conseils. Il reste le parti le plus populaire dans les sondages et est capable de remporter les prochaines élections générales, éventuellement en coalition avec ce qui reste du Parti conservateur.

Contradictions à gauche

Le point positif de ces élections a été le succès du Green Party of England and Wales, qui dispose d'un nouveau dirigeant, Zack Polanski. Situé à gauche, il a renversé la dynamique du Parti vert, avec des politiques de gauche intransigeantes visant à lutter contre les inégalités et la baisse du niveau de vie. Le nombre d'adhérent·es des Verts est passé de 90 000 à 250 000 dans l'année qui a suivi son accession à la direction, et le parti occupe désormais l'essentiel de l'espace politique à gauche du Parti travailliste. Ils ont remporté 577 sièges municipaux et, pour la première fois, pris le contrôle de six conseils locaux. Trois d'entre eux se trouvent dans des zones où ils avaient une tradition militante, et trois – à Londres – ont été obtenus en infligeant une défaite surprenante au Parti travailliste.

Cependant, les écosocialistes critiquent les Verts car il s'agit d'un parti entièrement voué au parlementarisme et, à ce titre, il vise à utiliser l'État britannique, impérialiste et profondément capitaliste, comme principal vecteur de changement. Ses structures internes sont très faibles, les sections locales se réunissent peu et les congrès sont ouverts à tous les membres. Il ne fait aucun doute que plus ils se rapprocheront du pouvoir, plus il sera pris en étau, tout comme ce fut le cas pour le Parti travailliste il y a 100 ans.

Your Party, lancé il y a moins d'un an par Jeremy Corbyn et une autre ancienne députée travailliste, Zarah Sultana, a été détruit de l'intérieur et avant même son lancement par des luttes factionnelles et par des pratiques hautement antidémocratiques de la part de Corbyn et de sa clique. Cet échec pose un sérieux problème à la gauche radicale.

Le Royaume-Uni est profondément déstabilisé

Bien que les élections se déroulent selon le scrutin majoritaire à un tour et non selon la représentation proportionnelle, tant pour les élections municipales en Angleterre que pour le Parlement de Westminster – un système qui a toujours favorisé les deux principaux partis politiques, le Parti travailliste et les conservateurs –, le Royaume-Uni s'oriente de plus en plus vers un système multipartite. Les partis indépendantistes, dominants au Pays de Galles et en Écosse, dirigent les administrations tandis qu'un nombre croissant de circonscriptions en Angleterre ont voté pour l'extrême droite ou le Green Party. 64 conseils locaux se sont retrouvés sans majorité absolue à l'issue des élections, ce qui signifie qu'aucun parti n'a obtenu la majorité.

Compte tenu des victoires des partis nationalistes, il existe une réelle possibilité de voir le Royaume-Uni se désintégrer dans les prochaines années, ce qui entraînerait des changements considérables dans la structure politique et sociale des îles britanniques.

Cette fragmentation de la politique britannique est le résultat de décennies de néolibéralisme et d'austérité, avec une baisse du niveau de vie depuis 2008 et un sentiment général de déclin. Pendant les 14 années qu'il a passé au pouvoir, le Parti conservateur a contribué à appauvrir et attaquer les travailleur·ses, et à intensifier l'offensive contre les immigré·es et les réfugié·es. Il n'y a pas réellement de différence politique entre le Parti travailliste et les conservateurs, à l'exception des années Jeremy Corbyn, lorsque la gauche a brièvement pris le contrôle du parti. Mais les attaques incessantes contre le « corbynisme » ont eu des effets profonds et ont montré que la droite travailliste n'accepterait jamais le retour de la social-démocratie au sein du parti.

Aujourd'hui, l'espoir du Parti travailliste réside dans un leader de gauche modérée comme Andy Burnham – actuellement maire de Manchester. Burnham était l'un des candidats battus par Corbyn en 2015 et sa réapparition en tant que leader de gauche montre à quel point la gauche travailliste est faible. Son programme politique est extrêmement limité et, s'il accédait au pouvoir, il continuerait à ne pas s'attaquer aux principales crises auxquelles le pays est confronté.

La menace d'un gouvernement d'extrême droite ne peut être ignorée ou minimisée et une victoire de Reform aux prochaines élections serait une défaite stratégique pour la classe ouvrière.

Le 12 mai 2026

1. Lors des élections municipales, les conseiller·es sont élu·es par quartier (ward) au scrutin uninominal à un tour. Le, la ou les candidat·es en tête dans le ward emporte·nt le siège, même sans avoir la majorité absolue. Selon les communes, le conseil municipal peut être renouvelé intégralement (tous les 4 ans), par tiers (3 années de suite puis il n'y a pas d'élection la 4e année) ou par moitié (une élection tous les deux ans).

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16.06.2026 à 12:42

Révélations : le programme israélien pour « influencer l'opinion publique »

Illy Pe'ery

Un appel d'offres ayant fuité du ministère de la Défense expose le programme de formation de l'armée destiné à manipuler l'opinion publique en Israël et à l'étranger.

Tiré d'Agence média Palestine.

L'appareil de défense israélien forme des soldat·es et d'autres responsables de la défense à mener des opérations psychologiques destinées à « influencer l'opinion publique » en Israël et à l'étranger, révèle un appel d'offres interne du ministère de la Défense, publié en juillet dernier et obtenu par le média d'investigation israélien The Hottest Place in Hell. Les formations, dispensées en hébreu et en anglais par des universitaires qui ne sont pas affilié·es à l'armée, sont destinées au personnel de la défense basé en Israël comme à l'étranger, ainsi qu'à des « partenaires étrangers » non précisés.

Parmi les formations proposées figurent des cours sur la manière d'utiliser les données pour façonner discrètement les attitudes et les actions de publics ciblés, sur la collecte de renseignements pour ce type d'opérations, ainsi que sur la formation d'influenceur·euses. La plupart des cours sont orientés vers des opérations d'influence « offensives » — c'est-à-dire visant à perturber ou manipuler activement les croyances, les attitudes et les comportements de publics ciblés, plutôt qu'à simplement protéger un narratif existant. Ils comprennent des formations aux contenus publicitaires et marketing, ainsi que des cours sur la cyberguerre et la collecte de renseignements sur les publics ciblés.

Dans l'un de ces cours, les participant·es apprennent à appliquer des techniques dites « Black Hat » — un terme utilisé pour décrire des méthodes de manipulation qui contournent les règles des plateformes technologiques en matière de cybercriminalité, de cyberguerre ou d'autres activités malveillantes. Le cours de l'armée indique explicitement que ce module est conçu pour « la diffusion et la promotion de contenus illégitimes à l'aide d'outils et de solutions technologiques — une voie qui contourne Facebook et Google ».

Un autre cours enseigne aux participant·es comment planifier des « opérations d'information visant à influencer l'opinion publique dans la scène locale et internationale », notamment comment concevoir et diffuser des messages adaptés à une population cible, évaluer leur impact et appliquer les enseignements tirés à de « futures opérations ».

Bien que le programme ne précise pas explicitement les cibles ou le contenu des opérations psychologiques et des campagnes d'influence enseignées dans ces cours, il indique à plusieurs reprises que la formation est menée conformément aux « considérations et attentes » de l'échelon politique israélien. Autrement dit, selon les directives du gouvernement.

Le ministère de la Défense cherchait à conclure un contrat avec un prestataire pour deux ans, avec une option permettant de prolonger l'accord jusqu'à quatre ans au total. Le premier cours devait commencer en août 2025.

L'appel d'offres était ouvert aux établissements accrédités par le Conseil israélien de l'enseignement supérieur. Les intervenant·es devaient être titulaires d'un « doctorat et/ou d'un titre de professeur·e dans les domaines de l'influence, de l'opinion publique, de la sécurité et du terrorisme, de la communication de masse, [ou] de la communication numérique et en réseau », ainsi que d'« au moins quatre ans d'expérience professionnelle dans les domaines de l'influence [ou] du renseignement d'influence au sein de différentes organisations de sécurité ».

« Les fondamentaux de la propagande »

Selon l'appel d'offres, le programme de formation se compose de huit cours par an : trois sur les opérations d'influence, deux sur le « renseignement d'influence » et trois sur la formation à « l'activisme en ligne ». Chaque cours est conçu pour accueillir jusqu'à 40 étudiant·es, ce qui signifie que le programme pourrait former environ 320 « expert·es en influence » chaque année.

Le programme est divisé en modules thématiques. L'un d'eux, intitulé « fondamentaux de la guerre psychologique, de la propagande, de la tromperie, de la légitimité et de la diplomatie publique, ainsi que de la segmentation des populations cibles, avec un accent mis sur les publics étrangers », comprend une formation à l'identification des efforts d'influence adverses, des récits et des images, ainsi que des deepfakes, de la guerre psychologique, de la propagande, de la tromperie, de la légitimité et de la diplomatie publique.

Un autre module, axé sur « la planification, l'exécution et l'évaluation des campagnes », comprend une formation sur les « considérations et attentes » de l'échelon politique, ainsi que sur le « renseignement militaire », le « renseignement culturel » et les « capacités de collecte et de recherche de renseignements pour l'influence ».

Certains cours — notamment ceux portant sur les opérations d'influence, le renseignement d'influence et l'activisme en ligne — seront dispensés en anglais à des « partenaires étrangers », dont l'identité n'est pas précisée. Pour ces participant·es, le ministère de la Défense a élaboré un programme dédié qui comprend l'étude de « l'approche américaine », c'est-à-dire les perspectives et les normes culturelles des États-Unis, ainsi que la conduite de campagnes d'influence dans l'arène internationale.

Afin de permettre à ces entités étrangères d'y prendre part, le ministère a décidé que les cours seraient « non classifiés ». Pourtant, l'appel d'offres impose tout de même de strictes mesures de confidentialité visant à maintenir une séparation stricte entre les intervenant·es civil·es et les stagiaires. Les établissements universitaires ont l'interdiction de révéler aux formateur·ices et au grand public les fonctions des étudiant·es au sein de la communauté du renseignement, et les prestataires ne doivent recevoir que les prénoms des stagiaires, sans indication de leur unité d'affiliation.

Le document suggère également que l'armée intègre ces opérations d'influence dans son appareil de renseignement plus large. Le cours de « renseignement d'influence » est conçu pour former les participant·es à utiliser les systèmes de collecte de renseignements de l'armée afin d'alimenter les campagnes d'influence en données, tout en restant attentif·ves à « ce qui se passe dans d'autres endroits du monde ».

Au-delà de la fourniture de matière brute pour les opérations psychologiques, le renseignement est également présenté comme un outil permettant d'en mesurer l'impact. Il en résulte une boucle de rétroaction fermée : le renseignement recueille des données sur les publics ciblés ; les campagnes d'influence tentent de façonner leurs perceptions ; puis les outils de renseignement sont utilisés pour évaluer si le message a fonctionné ou s'il doit être affiné en temps réel.

La section consacrée au « renseignement culturel » prolonge cette logique dans le domaine du profilage social et psychologique. Les participant·es sont formé·es à analyser les populations ciblées — en particulier les publics étrangers — à travers leurs codes culturels, leurs sensibilités sociales et leurs contextes politiques, afin d'élaborer des messages plus susceptibles d'atteindre leur cible et de convaincre.

En réponse à une demande de commentaire, un porte-parole de l'armée israélienne a décrit le programme comme « un cours universitaire destiné au personnel engagé dans l'effort d'influence et de conscience au sein de l'armée israélienne », ajoutant que son objectif était « l'enrichissement personnel ». Il a affirmé que celui-ci « opère conformément à la loi et à des procédures claires, en accord avec les directives de l'échelon politique ».

Cependant, comme l'a révélé une enquête récente de The Hottest Place in Hell, l'armée ne limite pas ces méthodes au domaine de « l'enrichissement personnel ». Entre octobre 2023 et décembre 2024, l'unité du porte-parole de l'armée israélienne a mené une opération psychologique visant à la fois les publics israélien et international, sous couvert d'une « organisation d'information à but non lucratif » spécialisée dans la « vérification des faits » concernant les affirmations liées à la guerre menée par Israël contre Gaza.

Dans le cadre de cette opération, des dizaines de vidéos promouvant les éléments de langage de l'armée israélienne ont été publiées sans indication appropriée, tandis que des influenceur·euses en Israël et à l'étranger ont été recruté·es pour amplifier des messages dictés directement par l'armée. Ce qui avait alors été exposé comme une initiative discrète semble désormais faire partie d'un effort plus large et de long terme de l'establishment de défense israélien pour institutionnaliser les opérations d'influence à l'échelle nationale — et même internationale.

Source : +972.

Traduit par DM pour l'Agence Média Palestine.


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