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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 12:41

Violence et trafic de drogue au Mexique. Quelle réponse de la gauche révolutionnaire ?

Irving Radillo Murguia

Le 22 février, dans une ville de l'ouest du Mexique, l'armée et la Garde nationale, en collaboration avec les services de renseignement états-unien, ont mené une opération contre le Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG) qui s'est soldée par l'exécution de son chef, le célèbre Nemesio Oseguera, alias El Mencho. Même si la présidente Claudia Sheinbaum a affirmé que cette opération faisait suite à un mandat d'arrêt délivré par le Parquet général de la République et non à une injonction de Washington, il est indéniable que les menaces tarifaires et militaires de Donald Trump à l'encontre du Mexique ont exercé une forte pression pour que cette opération soit menée à bien.

10 juin 2026 | tiré d'inprecor.fr | OgitiL © Diego Fernández
https://inprecor.fr/violence-et-trafic-de-drogue-au-mexique-quelle-reponse-de-la-gauche-revolutionnaire

La mort du baron de la drogue a déclenché une vague de violence dans plus de la moitié des États du pays, les membres du CJNG ayant bloqué des routes et incendié des commerces, des véhicules et des stations-service, ce qui a entraîné la suspension des activités professionnelles et scolaires ainsi qu'un confinement de la population, comme à l'époque de la pandémie de Covid-19.

La « guerre contre le Narco »

La situation de violence que nous vivons au Mexique ne peut être comprise sans tenir compte du contexte créé par la soi-disant « guerre contre la drogue » lancée à partie de 2007. En décembre 2006, Felipe Calderón, du Partido Acción Nacional (PAN, « Parti action nationale », droite conservatrice), a accédé à la présidence à la suite d'une fraude électorale au détriment d'Andrés Manuel López Obrador, représentant du progressisme. Des millions de personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer les élections frauduleuses et exiger le recomptage des voix. Pour asseoir sa légitimité, Calderón a annoncé une « guerre contre le narcotrafic » quelques semaines seulement après son entrée en fonction, dans le cadre de laquelle il a fait sortir les militaires de leurs casernes pour affronter les cartels. Le message adressé à la société mexicaine était clair : tu dois choisir ton camp, soit tu es avec le gouvernement, soit tu es avec les criminel·les.

Le mandat de Calderón s'est achevé sur une hausse de 148 % du nombre d'homicides, plus de 17 000 personnes disparues et 230 000 personnes déplacées en raison de la violence, ainsi que des violations des droits humains et une stratégie de sécurité fondée sur la militarisation, poursuivie par les président·es suivant·es. De plus, il a été démontré que cette prétendue « guerre » n'était rien d'autre que le recours aux forces de l'État pour favoriser certains cartels au détriment d'autres, puisque le ministre de la Sécurité publique de Calderón, Genaro García Luna, a été arrêté et condamné en 2024 aux États-Unis pour trafic de drogue, ses liens avec le cartel de Sinaloa ayant été établis.

Nous qui vivons au Mexique savons bien que la chute d'un baron de la drogue ne signifie pas la fin de la violence. La « guerre contre le narcotrafic » nous a appris qu'après la décapitation d'un cartel s'ensuivent des luttes de pouvoir entre les cadres intermédiaires pour la succession, ainsi que des actes de vengeance contre l'État mexicain et des attaques contre des cartels rivaux qui profiteront de ce moment de faiblesse pour gagner en influence. Et cela s'explique par le fait que, même si El Mencho est tombé, les structures transnationales qui produisent, alimentent et exploitent ces barons de la drogue sont toujours en place.

Le capitalisme et le Narco, un problème structurel

Les grands centres de consommation de drogue et les entreprises d'armement ont besoin, au Mexique, d'organisations illégales qui produisent les substances qu'ils et elles consomment et qui soient des acheteurs fidèles de leurs produits de guerre. Même si Washington s'indigne face au trafic de drogue et à la violence, les faits montrent que les armes des cartels ont été vendues par des entreprises états-uniennes profitant de la législation permissive de ce pays. Entre 2012 et 2025, les autorités mexicaines ont saisi 137 000 cartouches provenant non pas d'armureries commerciales, mais de l'usine militaire Lake City Army Ammunition Plant, propriété de l'État, située dans le Missouri. De plus, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a déclaré que 85 % des armes saisies lors de l'opération contre El Mencho provenaient des États-Unis.

Le trafic de drogue est une activité économique régie par les lois capitalistes de la concurrence et de la recherche du profit maximal. Les cartels sont des entreprises qui, en opérant dans l'illégalité, poussent ces dynamiques économiques jusqu'à leurs dernières conséquences, mettant ainsi en évidence la forme la plus violente d'un système qui réduit l'être humain à une simple main-d'œuvre jetable.

Il existe un solide réseau commercial international qui assure a distribution et la commercialisation de la drogue. De plus, les cartels ont diversifié leurs activités pour s'étendre à d'autres secteurs économiques, tant illégaux (traite des êtres humains, trafic d'armes, vente d'organes et racket) que légaux (l'agro-industrie avocatière ainsi que les secteurs de la restauration et des loisirs).

Dans plusieurs territoires contrôlés par le crime organisé, on trouve des mégaprojets d'exploitation minière, tels que des mines et des barrages, et ce crime organisé est impliqué dans des agressions contre des travailleuses et travailleurs syndiqué·es, des journalistes et des militant·es qui défendent l'environnement. Il y a quelques jours, le groupe d'experts du T-MEC a révélé que la société minière canadienne Camino Rojo, qui opère dans l'État de Zacatecas, au nord du pays, avait eu recours à des narcotrafiquant·es pour menacer les travailleur·ses du Syndicat national des mineurs après leur victoire aux élections syndicales.

Le pouvoir sociopolitique des cartels découle de leur immense puissance économique et des actes de violence qu'ils commettent pour garantir leurs profits, tels que l'intimidation, les assassinats, les disparitions forcées, le blanchiment d'argent, l'enrichissement illicite par des injections de capitaux, la corruption et la complicité avec les forces de sécurité de l'État.

Des décennies de politiques néolibérales ont accru la précarité, la migration et le travail dissimulé, ainsi que l'exode rural et le manque d'opportunités. Ces conditions de vie difficiles, combinées aux idées individualistes, méritocratiques et prônant une concurrence impitoyable véhiculées par le néolibéralisme, ont poussé de nombreuses personnes, en particulier des jeunes, à se mettre au service du crime organisé dans l'espoir d'une vie meilleure.

La déréglementation du commerce international dans le cadre de l'ALENA puis de l'ACEUM (accords de libre-échange États-Unis-Canada-Mexique), ainsi que la subordination du Mexique à la grande puissance du nord, ont permis l'entrée d'armes de gros calibre dans notre pays et nous ont amené·es à devenir les fournisseur·ses du marché de la drogue aux États-Unis.

Une seule issue : la rupture avec le système

On le constate : la violence liée au crime organisé n'est pas un problème aisé à résoudre. S'agissant d'un phénomène systémique, l'analyser dans toute sa complexité constitue une première étape et nous ne pourrons y remédier qu'à travers des changements systémiques.

Au sein de la gauche révolutionnaire mexicaine, nous sommes convaincu·es que, tout en œuvrant à la destruction de ce système capitaliste mortifère qui engendre le trafic de drogue, nous devons toujours nous ranger du côté des victimes de la violence et soutenir les initiatives qui émanent des classes populaires. C'est pourquoi nous sommes en contact avec les associations de mères de personnes disparues et que nous les soutenons dans leurs revendications et leurs mobilisations ; nous avons également participé aux manifestations pour la paix et contre la militarisation et l'intervention américaine. Nous estimons que nos priorités sont les suivantes :

— Renforcer les liens communautaires afin de nous protéger collectivement contre la violence.

— Dénoncer l'hypocrisie et la responsabilité des puissances impérialistes telles que les États-Unis, qui tirent profit, tant sur le plan politique qu'économique, de l'insécurité de ce côté-ci de la frontière.

— Dénoncer les dangers des stratégies de sécurité fondées sur le recours aux forces armées, en raison des violations des droits humains qu'elles entraînent et du transfert progressif du pouvoir politique vers le pouvoir militaire.

— Étudier d'autres stratégies de sécurité mises en place par les communautés, comme les polices communautaires des régions montagneuses et côtières de l'État de Guerrero (sud du Mexique) ou les « caracoles » zapatistes.

— Rejeter les discours qui criminalisent et stigmatisent les classes populaires en les présentant comme des trafiquant·es de drogue en puissance, ainsi que les tentatives de la droite visant à établir un lien entre la crise sécuritaire et la prétendue « perte des valeurs familiales » qu'elle attribue aux avancées en matière de droits des femmes et des personnes LGBTIQ+.

— Nous solidariser avec les victimes et leurs proches, les accompagner dans les actions qu'ils et elles décident d'entreprendre, contribuer à renforcer la conscience politique et la confiance en soi, et encourager les processus d'organisation de gauche à partir des revendications en faveur de la paix et de la sécurité.

— Aborder le problème dans une perspective de classe et aider à le comprendre, en l'absence d'analyses suffisamment approfondies. 

Publié en juin 2026 par la revue L'Anticapitaliste

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16.06.2026 à 12:41

La crise postélectorale en Corée du Sud

Jiyu Choi

La pénurie de bulletins de vote lors des élections municipales et provinciales du 3 juin dernier en Corée du Sud a provoqué une série de manifestations pour exiger une réélection. L'enjeu est particulièrement important pour Séoul où le parti conservateur l'a emporté de peu face au parti démocrate du président Lee Jae Myung, tout en restant minoritaire à l'échelle du pays.

Tiré de The asialyst.

Des milliers de Coréens se sont rassemblés dimanche 7 juin à Jamsil, l'un des quartiers centraux de Séoul, pour protester contre les élections municipales et provinciales du 3 juin où des bureaux de vote ont manqué de bulletins, empêchant certains citoyens de voter. Cette manifestation, portée principalement par des jeunes de vingt à trente ans, s'est déroulée dans une ambiance pacifique et patriotique, tous les participants scandant « réélection. »

Lors du vote, les électeurs ont dû attendre longtemps en raison de la pénurie de bulletins de vote, ce qui a entraîné des retards dans le scrutin et ravivé la polémique sur les défaillances de la Commission électorale centrale dans la gestion des élections. Le nombre total de bulletins de vote manquants le jour du scrutin a été estimé à 7 194 dans 91 bureaux de vote à travers le pays. Vingt-trois bureaux ont manqué de plus de 100 bulletins, dont 17 à Séoul, ce qui a mis en évidence une concentration du phénomène dans la capitale. Le vote avait été temporairement suspendu pendant une durée allant jusqu'à 105 minutes. Les électeurs ont dû attendre après la fermeture des bureaux de vote ou renoncer à voter. Beaucoup se sont exprimés, déclarant se sentir floués, « comme si on leur avait volé leur droit de vote, » et se demandant « comment est-il possible de ne pas pouvoir voter par manque de bulletins ? »

Lorsque la pénurie de bulletins de vote est devenue évidente, les habitants se sont rassemblés sur place le soir même, créant des manifestations, qui ont ensuite dégénéré en une confrontation autour du retrait des urnes. À l'heure de la clôture du scrutin, alors que le vote n'avait pas repris, la commission électorale a tenté de récupérer les urnes, ce qui a conduit plus d'une centaine de citoyens à bloquer le bureau de vote en s'opposant à la police. Cela a entraîné un retard de 35 heures dans le dépouillement des votes. Ce désordre a également perturbé le calcul du taux de participation à l'échelle nationale.

La Commission électorale centrale a déclaré que la pénurie de bulletins dans certains bureaux de vote était due à une sous-estimation du taux de participation. Cependant, au-delà de la controverse sur la gestion défaillante de l'élection, le fait que cette pénurie de bulletins de vote se soit produite à Séoul, où la course à la mairie était particulièrement serrée, et plus précisément dans un quartier où le soutien à l'opposition (le Parti du pouvoir du peuple) est fort, a soulevé des questions quant à l'impartialité du scrutin. Les citoyens réclament l'annulation des résultats, la tenue d'un nouveau scrutin et une investigation approfondie sur la manière dont l'élection s'est déroulée.

À la suite de cette affaire, le secrétaire général de la Commission électorale centrale, Heo Cheol-hoon, a présenté ses excuses à la population déclarant : « Il n'y a aucune excuse pour ce qui s'est produit, un événement inacceptable qui porte atteinte au droit de vote des citoyens. » Il a par la suite démissionné le 5 juin, de même que le président de cette Commission, Noh Tae-ak. Pour autant, la vague de protestations à l'encontre de la Commission électorale ne semble pas près de s'apaiser.

Une sérieuse atteinte au droit de vote

« Ce qui s'est produit en juin 2026 ne s'était pas produit sous Syngman Rhee ou Chun Doo-hwan, » a déclaré l'ancien Premier ministre Lee Nak-yon lors d'une interview accordée au journal Kyunggi Ilbo le 4 juin. Cette affirmation fait référence à une période considérée comme celle où la démocratie était la plus fragile dans l'histoire moderne de la Corée du Sud. Le gouvernement de Syngman Rhee dans les années 1950 a fini par provoquer la révolution du 19 avril 1960 en raison de fraudes électorales et de répressions politiques, tandis que le régime de Chun Doo-hwan dans les années 1980 est considéré comme un régime autoritaire qui a restreint la démocratie en s'appuyant sur un coup d'État militaire et la loi martiale.

Dans cette période où la démocratie était menacée, il n'était encore jamais arrivé qu'un électeur ne puisse pas voter faute de bulletins. Cette affaire dépasse manifestement le simple cadre d'une erreur administrative : il s'agit d'un événement qui a ébranlé la confiance dans les procédures fondamentales de la démocratie, les institutions de l'État ayant directement porté atteinte au droit de vote, qui est le droit constitutionnel le plus fondamental des citoyens (article 24 de la Constitution de la République de Corée).

L'Association des avocats de Corée a publié un communiqué dans lequel elle critique vivement les défaillances de la Commission électorale centrale dans la gestion des élections, qualifiant cette situation d'« incident sans précédent qui porte atteinte au droit de vote des citoyens garanti par la Constitution. » Des voix s'élèvent également dans les universités de tout le pays et au sein du Conseil national des associations étudiantes pour dénoncer cette situation. Les étudiants, dans une déclaration sur la situation actuelle, exigent que la vérité soit faite sur les défaillances dans la gestion des élections, que les responsables soient sanctionnés et que le système soit réformé.

À l'occasion du 39e anniversaire du Mouvement pour la démocratisation de juin, les associations étudiantes de 18 universités à travers le pays, dont l'Université de Séoul, ont publié conjointement une déclaration dénonçant la crise sur leurs campus respectifs. Dans cette déclaration, elles ont qualifié la pénurie de bulletins de vote de « grave atteinte à la démocratie, » l'État n'ayant pas su garantir correctement le droit de vote des citoyens. La déclaration souligne qu'« en 1987, les étudiants et les citoyens ont conquis dans la rue une démocratie fondée sur le principe une personne, une voix, » ajoutant : « le fait que le droit de vote, obtenu au prix d'une lutte acharnée à travers de nombreux mouvements de démocratisation, soit aujourd'hui, 39 ans plus tard, bafoué par les institutions de l'État constitue un problème extrêmement grave. » Ils exigent également une enquête approfondie sur la pénurie de bulletins de vote, la sanction des responsables, une réforme structurelle de la Commission électorale centrale et la création d'un organisme indépendant de surveillance des élections.

Le changement de visage des manifestations

Les citoyens qui manifestaient devant le bureau de vote de Jamsil, dans le district de Songpa à Séoul, ont été dispersés par la police, puis se sont rendus devant le centre de dépouillement situé au stade de handball du parc Olympique pour y poursuivre leur manifestation. Le nombre de citoyens qui se sont rassemblés ce week-end postélectoral est estimé à environ 30 000 selon des chiffres non officiels de la police. Le 10 juin les manifestants sont encore rassemblés aux huit entrées du bureau de vote afin de surveiller tout transfert des urnes et poursuivent leur manifestation 24 heures sur 24. Les participants sur place affirment que « le problème, c'est que le droit de vote nous a été retiré, peu importe que ce soit le Parti du pouvoir peuple ou le Parti démocrate. » Ils soulignent que ce rassemblement n'a pas pour but de soutenir un parti ou une force politique en particulier, mais qu'il s'agit d'une action citoyenne visant à récupérer le droit de vote garanti par la Constitution.

La culture de la manifestation se distingue également des rassemblements traditionnels. Au lieu de grandes scènes, de discours de politiciens et de mobilisation organisée, c'est la participation spontanée des citoyens ordinaires qui occupe le devant de la scène, et une atmosphère s'est installée où l'on n'utilise aucun support imprimé autre que des pancartes écrites à la main. Si certains politiciens de l'opposition et des personnalités se sont rendus sur place, ils se sont surtout fait remarquer en participant aux côtés des citoyens plutôt qu'en se tenant devant la foule. Les participants s'impliquent activement dans le ramassage des déchets et le maintien de l'ordre, soulignant ainsi le caractère pacifique et autonome de cette action citoyenne.

La participation des jeunes de 20 à 30 ans attire particulièrement l'attention. Partout sur place, des voix s'élèvent pour affirmer : « Ce n'est pas une question de gauche ou de droite, mais une question de droits civiques. » Les participants expriment un profond rejet à l'égard de ceux qui les qualifient d'extrême droite ou de conservateurs radicaux. Cette génération est ainsi décrite comme ayant pris position face aux problèmes de démocratie et d'équité qui ont secoué le pays, et comme étant descendue dans la rue pour renouveler son espoir dans la démocratie. Les citoyens rassemblés, mettant de côté toute affiliation politique, scandaient initialement le seul slogan « Nouvelles élections, » en se concentrant sur le droit de vote. Cependant, à mesure que les lacunes et le manque de rigueur dans la gestion de l'affaire sont mis en lumière, leurs slogans ont évolué vers « Fraude électorale ! Nouveau scrutin ! Vote le jour du scrutin ! Dépouillement manuel ! »

Une élection irrégulière équivaut à une élection frauduleuse

Au cours des dernières années, les allégations de « fraude électorale » formulées en Corée du Sud provenaient principalement de certains groupes issus des milieux conservateurs et d'extrême droite. La controverse sociale s'est particulièrement amplifiée après les élections législatives de 2020 (21e législature), lorsque certains politiciens, youtubeurs et associations civiques ont commencé à diffuser activement l'idée que les résultats avaient été truqués. Ces acteurs ont fondé leurs soupçons sur les écarts entre les résultats du vote anticipé et ceux du scrutin principal, l'utilisation d'équipements électroniques et la victoire écrasante d'un parti politique spécifique, mais la Commission électorale centrale et les tribunaux ont estimé qu'aucune preuve objective ne venait étayer ces allégations.

Ce discours sur la fraude électorale présentait des similitudes avec les théories du complot sur la manipulation électorale qui se sont répandues après l'élection présidentielle américaine de 2020. Certaines allégations se sont rapidement propagées via les communautés en ligne et YouTube, et se sont encore amplifiées en s'associant au mécontentement politique de ceux qui avaient du mal à accepter les résultats électoraux. Par conséquent, le cadre conceptuel existant de la « fraude électorale » a été qualifié de « théorie du complot » d'extrême droite.

Cependant, cette fois-ci, le débat sur la « fraude électorale » refait surface parmi les citoyens. Alors que les controverses passées sur la fraude électorale se concentraient sur des soupçons de manipulation électorale organisée, tels que la falsification des résultats ou le piratage des systèmes informatiques, cette fois-ci, de plus en plus de voix s'élèvent pour qualifier de « fraude électorale » au sens large les diverses erreurs et les défaillances administratives survenues au cours du processus électoral. Parmi les exemples évoqués, citons notamment la pénurie de bulletins de vote, l'impression de bulletins supplémentaires le jour du scrutin, la controverse entourant l'annonce des résultats provisoires avant la clôture du scrutin, le déplacement et l'ouverture des urnes en l'absence d'observateurs, l'apparition de scores identiques lors du vote anticipé dans certaines circonscriptions, ainsi que le recours à des forces de police contre des citoyens ordinaires lors du transport des urnes.

De plus, le fait que certains électeurs aient signalé avoir reçu des bulletins de vote sur lesquels ne figuraient que certains candidats, et non tous, a également fait l'objet de controverses. La Commission électorale centrale explique à ce propos que des scores identiques ou des tendances statistiques similaires peuvent être le fruit du hasard ou résulter de la structure même du scrutin, et que les problèmes liés aux bulletins de vote sont également dus à des erreurs ponctuelles ou à des défaillances administratives survenues lors de l'impression ou de la distribution.

En revanche, ceux qui soulèvent ces soupçons affirment que ces cas sont trop nombreux et d'une ampleur trop importante pour être considérés comme de simples erreurs, et réclament un recomptage de l'ensemble des votes. De ce fait, la controverse sur la fraude électorale a désormais dépassé les théories d'une manipulation organisée du passé pour s'étendre à la négligence dans la gestion électorale et aux problèmes de procédure ; en conclusion, des voix s'élèvent affirmant que « la gestion défaillante de l'élection elle-même constitue une fraude électorale. »

De plus, certains réclament la suppression ou la réduction du système de vote anticipé, invoquant un manque de transparence dans sa gestion et sa supervision. À l'inverse, la Commission électorale et d'autres parties prenantes affirment que le vote anticipé est un système destiné à garantir le droit de vote des électeurs et que les soupçons soulevés jusqu'à présent ne suffisent pas à remettre en cause la fiabilité de ce système. En fin de compte, cette controverse dépasse le simple débat sur les théories du complot et s'étend à un débat politico-social portant sur la transparence des procédures électorales, la fiabilité du système de gestion électorale et la légitimité du système de vote anticipé. Cependant, les avis restent partagés quant à savoir quels cas relèvent de simples erreurs administratives et lesquels constituent des problèmes graves portant atteinte à la légitimité des élections.

La réaction des cercles politiques

Les débats politiques se poursuivent. Le parti d'opposition, le « Parti du pouvoir du peuple, » a adopté une position intransigeante dès le début de l'affaire. Le jour du scrutin, il a déclaré que « l'équité des élections à Séoul avait été compromise » et a exigé l'arrêt du dépouillement ainsi que la tenue d'un nouveau scrutin ; par la suite, des députés du parti se sont rendus sur les lieux des manifestations pour continuer à dénoncer le problème.

Le 8, le parti a déposé une demande d'enquête parlementaire, incluant dans le champ d'investigation non seulement la pénurie de bulletins de vote, mais aussi la gestion de la situation par la police lors des manifestations. Par la suite, ses 110 députés ont proposé, au nom de l'ensemble du groupe, une loi visant à nommer un procureur spécial chargé d'enquêter sur la Commission électorale nationale. Cette loi définit comme objets d'enquête la violation du droit de vote due à la pénurie de bulletins, la poursuite du dépouillement malgré les problèmes, les soupçons de sortie et de transport illégaux des urnes et du matériel électoral, ainsi que les cas de votes identiques observés lors du vote anticipé dans certaines circonscriptions.

En outre, le parti souligne qu'il ne s'agit pas d'une simple erreur administrative, mais d'un incident révélant des problèmes structurels au sein de la Commission électorale, et réclame notamment la discussion d'une loi spéciale sur la tenue d'élections partielles, la suppression du vote anticipé et une réforme en profondeur du système de gestion électorale.

Par ailleurs, le Parti démocrate a exprimé ses regrets quant aux défaillances de la Commission électorale centrale dans la gestion du scrutin le jour du vote, tout en rejetant catégoriquement toute demande d'interruption du dépouillement ou de nouveau scrutin. Cependant, face à la controverse qui ne cesse de prendre de l'ampleur, le Parti démocrate a déposé le 8 une motion demandant l'ouverture d'une enquête parlementaire et a fait part de son intention de mener celle-ci dans les plus brefs délais. Le Parti démocrate prévoit de présenter cette motion lors de la séance plénière de cette semaine et de constituer une commission spéciale à l'issue d'un vote prévu la semaine prochaine.

Ainsi, si les partis politiques s'accordent à dire que la Commission électorale centrale a manqué à ses obligations, le Parti du pouvoir du peuple réclame des mesures fortes telles que la nomination d'un procureur spécial, la tenue d'élections législatives anticipées et la suppression du vote par anticipation, tandis que le Parti démocrate privilégie une approche axée sur une enquête parlementaire et une réforme du système.

Lee Jae-myung n'échappe pas aux polémiques

Certains critiques soulignent que la réaction initiale du président Lee Jae-myung ne semblait pas refléter une prise de conscience immédiate de la gravité de la situation. Il s'est contenté de pointer les lacunes de la Commission électorale lors de la conférence de presse du 8 juin, expliquant qu'il avait d'abord pensé que le nombre de personnes n'ayant pas pu voter était faible et n'aurait pas d'incidence sur le résultat. Mais ce sont précisément ces propos qui font aujourd'hui l'objet d'une controverse.

Les voix critiques soulignent que la violation du droit de vote constitue un problème grave en soi, indépendamment de son impact sur le résultat, et se demandent si le président n'a pas, dès le départ, accordé une attention excessive au résultat. De plus, bien que la Commission électorale soit un organe indépendant en vertu de la Constitution, aux yeux du peuple, c'est le président qui est le responsable ultime du fonctionnement de l'État. Par conséquent, aux yeux d'une partie de l'opinion, le président doit expliquer quelle responsabilité il ressent, en tant que chef du gouvernement et dirigeant de l'État, face à ce qui s'est produit.

En réponse à ces critiques, le président a qualifié la situation de problème touchant à la démocratie et au droit de vote. Il a ordonné une enquête approfondie et une réforme du système, et a estimé que la manifestation elle-même constituait une contestation légitime. Tout en se démarquant des théories du complot sur la fraude électorale, il a reconnu que l'échec de la gestion des élections est en effet un problème très grave.

Bien qu'un consensus se soit en parti dégagé entre les citoyens et les autorités politiques et administratives au sujet de cette affaire, les efforts visant à rétablir la confiance dans les fondements de la démocratie, qui reposent sur le droit de vote des citoyens et l'équité des élections, se poursuivront jusqu'à ce qu'une vraie solution soit trouvée.

Par Jiyu Choi


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16.06.2026 à 12:40

Mexique : Claudia Sheinbaum ne veut pas s'opposer au capital financier qui contrôle les marchés

Ligue d'unité socialiste

Depuis le 25 mai dernier, les enseignants de la section XXII de Oaxaca, regroupés au sein de la Coordination nationale des travailleurs de l'éducation (CNTE), se sont mis en grève ; le 1er juin, les enseignant·es d'autres États du pays les ont rejoints.

10 juin 2026 | tiré d'inprecor.fr |Photos https://laboursolidarity.org
https://inprecor.fr/mexique-claudia-sheinbaum-ne-veut-pas-sopposer-au-capital-financier-qui-controle-les-marches

L'installation du campement aux abords du Zócalo de Mexico a provoqué des affrontements avec les forces répressives de l'État ; depuis lors, les enseignant·es n'ont cessé de se mobiliser à différents endroits de la ville. On peut noter que les mobilisations de la CNTE sont devenues l'un des défis politiques les plus difficiles auxquels le gouvernement de Claudia Sheinbaum a dû faire face. En effet, les revendications des enseignant·es sont légitimes et partagées par le corps enseignant de tout le pays. Des revendications auxquelles la présidente et son équipe n'ont pas su apporter de réponses satisfaisantes. Ces revendications sont les suivantes :

  • Abrogation totale de la loi sur l'ISSSTE de 1997 et de 2007 (sécurité sociale).
  • Suppression du système de comptes individuels et retour au système de retraite solidaire, financé par l'État.
  • L'abrogation de la réforme de l'éducation de 2019.
  • La suppression de l'USICAMM, l'Unité du système d'évaluation des enseignants.
  • Attribution directe de postes aux diplômé·es des écoles normales publiques,
  • Réintégration immédiate de tous les travailleur·ses licencié·es pour des raisons de répression politique et administrative ;
  • Augmentation salariale : pour une augmentation significative des salaires.
  • Annulation du calcul des pensions en Unité de Mesure et d'Actualisation (UMA) et calcul du paiement sur la base des salaires minimaux.
  • Justice sociale et réparation des dommages causés par l'État au Mouvement des enseignant·es et populaire.
  • Démocratie syndicale et lutte contre le clientélisme syndical.
  • Augmentation du budget public consacré à l'éducation et à la santé.
  • Dialogue direct avec la présidente Claudia Sheibaum.

La confrontation la plus vive avec le gouvernement de la 4T1 a été l'abrogation totale des lois ISSSTE de 1997 et 2007, la présidente faisant valoir qu'il n'y a pas de ressources pour répondre à cette demande. Nous savons que la réalité est tout autre et qu'elle met en évidence les limites de la politique de la 4T, car Claudia n'a pas voulu s'opposer au capital financier qui contrôle les AFORES ; en effet, revenir au système de répartition solidaire impliquerait de leur retirer les banquiers tirent d'énormes profits de l'épargne individuelle des travailleur·ses, qui représente actuellement environ 24 % du PIB.

De plus, l'incohérence de la présidente se manifeste jour après jour, car la CNTE ne cesse de rappeler à Claudia la promesse qu'elle avait faite pendant la campagne électorale, à savoir qu'elle allait abroger les lois sur les retraites de 1997 et 2007, et qu'elle refuse désormais de tenir.

D'autre part, pratiquement tous les secteurs en lutte apportent un soutien inconditionnel à la CNTE ; pour eux, la CNTE est l'organisme historique de la résistance. Nous saluons les forums (sur la sécurité sociale et en solidarité avec la CNTE) auxquels ont participé des dizaines et des dizaines d'organisations syndicales, politiques et sociaux ; cependant, ces initiatives n'ont pas débouché sur un engagement à mettre en place une structure capable de fédérer toutes les organisations afin de pouvoir renverser le gouvernement néolibéral. C'est pourquoi la CNTE doit appeler à la création d'un organisme ou d'un Front, dont la classe ouvrière a besoin pour briser l'étroitesse d'esprit politique de Claudia et de son gouvernement Morena.

Nous savons que la stratégie « mobilisation-négociation-mobilisation » a atteint ses limites, car, par le biais de ces tactiques, le mouvement de résistance contre le gouvernement des entreprises n'apporte que des réponses à court terme, ce qui permet de résister temporairement aux assauts du capital et de ses disciples. Cependant, la classe au pouvoir accède provisoirement aux revendications qui ne sont pas significatives et qui ne remettent pas en cause le système capitaliste. Ce qui laisse le temps à la bourgeoisie de poursuivre ensuite son offensive contre les droits et les conditions de vie de la classe ouvrière et du peuple en général.

Cette politique ne nous aide pas à construire une alternative politique à moyen terme. Pour vaincre le gouvernement néolibéral de la 4T, il faut rassembler l'ensemble de la classe ouvrière, et pour cela, il faut convoquer un forum en vue de la création d'un grand Front national. Un Front qui jette les bases nécessaires pour organiser la lutte en vue de la construction d'un gouvernement des travailleurs, des paysans et des secteurs opprimés.

Pendant la construction de ce Front, il est nécessaire de mettre en place un comité de coordination par l'intermédiaire duquel des actions de solidarité et de soutien seront menées envers les travailleurs en résistance, comme lors des grèves de Tornell, du Monte de Piedad et de l'Université de Sonora. Nous devons faire revivre les grèves de solidarité qui éclataient dans les années 70. Aujourd'hui, cela s'impose d'appeler les syndicats universitaires et les travailleurs en général à apporter leur soutien par le biais d'une collecte de fonds en solidarité avec ces mouvements ; il faut également appeler les travailleurs à soutenir ces grèves en faisant don d'une journée de salaire. Cela renforcerait les mouvements en grève et remonterait le moral des travailleurs en leur montrant que leur lutte n'est pas un cas isolé. Plus aucune lutte isolée ! Des actions, pas de simples slogans de lutte politique.

L'offensive menée par la classe au pouvoir contre la CNTE, par le biais des médias, exige une réponse politique visant à intégrer au mouvement les autres secteurs touchés par la loi sur l'ISSSTE de 1997 et 2007. Il est nécessaire que la CNTE défende les travailleurs qui entrent sur le marché du travail et ne bénéficient pas du droit à une retraite digne. La CNTE doit intégrer à sa lutte les plus de 3 millions de travailleur·ses de l'État, qui sont également touché·es par cette loi ; elle doit en outre appeler les enseignants des écoles privées ainsi que les professeurs et les travailleurs universitaires à se joindre à sa lutte. Ce n'est qu'avec cette force que l'on pourra vaincre la classe capitaliste et ses sbires.

Un aspect fondamental pour que la CNTE puisse progresser dans la lutte consiste à rechercher des alliances internationales, notamment avec les enseignants et les travailleurs des États-Unis d'Amérique, qui, en ce moment même, luttent également pour la défense de leurs droits, contre les fonds de pension privés et la politique néfaste de Trump. De plus, il faut relancer les alliances avec les enseignants et les travailleurs d'Amérique latine, avec lesquels la CNTE a organisé des conférences et des forums internationaux. C'est le moment de concrétiser l'organisation internationale des travailleurs de l'éducation.

Pour la construction d'un GRAND FRONT NATIONAL DE LUTTE centré sur la CNTE ! La lutte continue, continue et continue !

Déclaration de la Ligue de l'unité socialiste (LUS), le 9 juin 2026

Note

1. La 4T (Cuarta Transformación, « Quatrième Transformation ») est le projet politique porté par Andrés Manuel López Obrador (AMLO) et son mouvement, le Morena (Mouvement de régénération nationale).

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