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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

16.06.2026 à 12:33

Les journalistes palestinien·nes détenu·es dans les « cimetières pour les vivant·es » d'Israël

Basel Adra

Détenu·es sans inculpation dans les prisons israéliennes, des reporters de Cisjordanie décrivent les coups, la faim, l'isolement et les menaces destinés à les réduire au silence.

Tiré d'Agence média Palestine.

Ali Al-Samoudi a passé quatre décennies à documenter les réalités quotidiennes de la vie sous occupation dans le nord de la Cisjordanie. Journaliste palestinien chevronné de 60 ans, originaire de Jénine, il a travaillé comme correspondant pour le journal Al-Quds et comme caméraman pour Al Jazeera ainsi que pour d'autres médias internationaux.

Mais il est peut-être surtout connu comme le collègue de Shireen Abu Akleh, que les forces israéliennes ont abattue lors d'un raid dans le camp de réfugié·es de Jénine, en mai 2022. Debout à côté d'Abu Akleh, Al-Samoudi a lui aussi été touché ce jour-là, dans le dos ; la balle a traversé son épaule.

Le 29 avril 2025, à l'aube, les forces israéliennes ont fait irruption au domicile d'Al-Samoudi, à Jénine, et l'ont arrêté. Il a été détenu sans inculpation ni procès, avant d'être libéré presque exactement un an plus tard, le 30 avril 2026.

Pendant sa détention administrative, Al-Samoudi affirme avoir été affamé, battu et privé de médicaments. Il a également été transféré entre plusieurs établissements, notamment la prison de Megiddo et la tristement célèbre prison d'Ofer. Il fait désormais face à un long parcours de rétablissement, souffrant de graves carences en vitamines et de problèmes d'audition, et reste sous surveillance médicale continue.

Al-Samoudi estime que son arrestation était directement liée à son travail journalistique — en particulier à sa couverture de l'offensive israélienne en cours contre le camp de réfugié·es de Jénine, où l'armée a détruit des maisons, forcé des dizaines de milliers d'habitant·es à fuir et empêché presque tout le monde d'y retourner. Dans les mois précédant son arrestation, il travaillait sur des reportages écrits et filmés consacrés aux familles déplacées qui tentaient de rentrer dans le camp.

+972 Magazine s'est entretenu avec Al-Samoudi peu après sa libération au sujet de son arrestation, de ses conditions de détention et de la campagne menée par Israël pour réduire les journalistes palestinien·nes au silence.

Pouvez-vous décrire votre arrestation ?

Ils sont venus chez moi aux premières heures du matin. Quand ils sont entrés, ma fille et ma belle-fille pleuraient. L'officier de l'armée israélienne m'a dit : « Dis-leur que je t'emmène seulement pour une sortie de trois ou quatre heures, puis que tu rentreras chez toi. » Je n'avais aucune idée que cette sortie durerait un an.

Les soldats m'ont emmené dans le camp de réfugié·es, où ils m'ont gardé les yeux bandés et les mains menottées pendant 80 heures. Ils m'ont jeté devant des casernes militaires, qui étaient en réalité des maisons palestiniennes à l'intérieur du camp. Chaque fois que des soldats entraient ou sortaient, ils me frappaient sur tout le corps.

Je n'ai été autorisé à recevoir ni nourriture ni eau pendant toute cette période. Toutes les nuits, j'ai souffert de fortes douleurs à cause du froid. Je leur ai dit que j'avais besoin de mes médicaments parce que je suis diabétique et que je souffre d'hypertension, mais ils m'ont ignoré et ne m'ont apporté aucun de mes traitements.

Pendant l'interrogatoire, ils m'ont dit qu'il y avait trois soupçons contre moi — même pas des accusations. Les deux premiers semblaient liés à mon travail journalistique et à ma couverture de terrain. Ils considéraient le fait de couvrir les événements sur place comme un service rendu à ce qu'ils appelaient des « organisations subversives ». Un autre soupçon reposait sur leur allégation selon laquelle un détenu palestinien aurait déclaré que je l'avais photographié alors qu'il tirait sur une colonie israélienne.

Pendant ma détention, j'ai reçu des menaces directes par téléphone de la part d'un officier du Shin Bet. L'officier m'a dit : « Tu nous as épuisés. Je veux t'envoyer en prison pour deux ou trois ans. Je vais t'écraser. »

Après le 7 octobre, de nombreuses photos et vidéos ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux et les chaînes d'information, montrant l'état des prisonnier·es palestinien·nes après leur libération des prisons israéliennes. Beaucoup comprenaient des images avant-après montrant une perte de poids drastique due à la privation de nourriture. Pouvez-vous décrire les conditions à l'intérieur des prisons ?

En tant que journaliste, j'ai beaucoup travaillé sur des sujets concernant les Palestinien·nes dans les prisons israéliennes, mais je n'aurais jamais imaginé que les conditions étaient aussi catastrophiques.

Nous étions détenu·es dans des cimetières pour les vivant·es, dépouillé·es de tous nos droits. Nous n'avions ni papier, ni stylos, ni livres, ni télévision, ni radio. Nous n'avions même pas de peigne, de miroir ou de produits d'hygiène. Ils ne nous donnaient qu'une quantité minuscule de shampoing — une seule cuillère par semaine pour nous laver. J'ai laissé pousser cette barbe parce qu'aucun outil de rasage n'était disponible. Ce n'est que lorsqu'ils voulaient que nous nous rasions qu'ils apportaient le matériel et nous forçaient à nous raser la tête et la barbe.

La nourriture n'était donnée que pour que nous puissions rester debout pendant les comptages quotidiens et pour qu'ils puissent continuer leurs pratiques abusives contre nous. Le matin, on nous donnait une cuillère de labneh et une cuillère de confiture. À midi, quatre cuillères de riz, deux minuscules morceaux de concombre, deux tranches de tomate et une cuillère de haricots. Le soir, deux cuillères de houmous, une cuillère de tahini, un œuf dur et dix petits morceaux de pain, chacun de la moitié de la taille d'une main.

Je suis entré en prison en pesant 120 kilos et j'en suis sorti en pesant 60.

Chaque cellule contenait 10 prisonnier·es et mesurait sept mètres sur trois. Il n'y avait que six lits pour 10 prisonnier·es, ce qui signifie que six dormaient sur les lits tandis que quatre dormaient par terre.

Les matelas sentaient le pourri et étaient répugnants, et nous n'étions pas autorisé·es à les laver ou à les nettoyer. Nous n'avions droit qu'à 10 minutes pour nous doucher, à 20 prisonnier·es à la fois. Il n'y avait pas de portes aux cabines de douche, nous devions donc rester nu·es les un·es devant les autres, ce qui constituait une grave violation de notre intimité et était profondément humiliant pour les prisonnier·es.

J'ai informé les autorités pénitentiaires que j'avais besoin de médicaments pour mon diabète, ma tension artérielle et mes problèmes d'estomac. Elles ne m'ont fourni qu'un seul comprimé pour la tension et un régulateur de diabète. Elles ont refusé de me transférer à la clinique jusqu'à ce que mon état de santé se détériore gravement.

Je me suis évanoui à plusieurs reprises, mes complications de santé se sont aggravées, et j'ai développé des problèmes de vue et d'audition. Mon avocat a déposé une objection avant qu'ils ne finissent par me transférer à la clinique, mais même alors, je n'ai pas reçu le traitement dont j'avais besoin.

Il y a des prisonnier·es souffrant de cancer, de maladies cardiaques et d'autres maladies graves qui se voient refuser des médicaments à la clinique de la prison. Une fois, alors qu'ils me transféraient au tribunal, ils transportaient un prisonnier qui ne pouvait pas marcher seul. Ils ont menacé de le frapper s'il ne marchait pas, puis l'ont soulevé dans le véhicule de transport pénitentiaire tout en le frappant.

La plupart des prisonnier·es ont été libéré·es directement vers des hôpitaux en raison de maladies, notamment des maladies de peau causées par les insectes, les couvertures sales, les matelas non nettoyés et le manque d'hygiène dans les cellules. Les scènes étaient déchirantes, au-delà de ce que les mots peuvent décrire.

Selon un rapport récent du Comité pour la protection des journalistes, près de 100 journalistes et travailleur·euses des médias palestinien·nes ont été arrêté·es depuis octobre 2023, et des dizaines restent en détention. Plus de la moitié ont déclaré avoir été soumis·es à la torture, à des abus ou à d'autres formes de violence. Selon vous, pourquoi Israël cible-t-il les journalistes de cette manière ?

Tout cela s'inscrit dans la guerre continue menée par Israël pour réduire les voix au silence, réprimer la liberté d'expression et empêcher les journalistes palestinien·nes de mener leur travail de terrain.

Après qu'ils ont tué Shireen et m'ont blessé, j'ai dit que les tirs contre nous étaient un message d'intimidation adressé à chaque journaliste et travailleur·euse des médias palestinien·ne. Ils ne veulent ni documentation ni témoins de ce qu'ils font en Cisjordanie. Mon arrestation l'a confirmé.

Terroriser les journalistes et leurs familles

Au début du mois d'avril 2026, selon l'ONG palestinienne de défense des droits des prisonnier·es Addameer, les prisons israéliennes détenaient plus de 9 600 Palestinien·nes, dont 84 femmes et 350 enfants. Parmi eux et elles, 3 532 étaient placé·es en détention administrative, détenu·es sans procès sur la base de preuves secrètes auxquelles ni les détenu·es ni leurs avocat·es ne peuvent accéder, et qu'ils et elles ne peuvent contester

Parmi eux se trouvait Samir Amin-Khuwaira, un journaliste de 45 ans originaire de Naplouse, qui a passé neuf mois en détention administrative après avoir été arrêté lors d'un raid nocturne à son domicile en avril 2025. Sa détention a été renouvelée trois fois, sans charges formelles ni procès. S'adressant à +972, Khuwaira se souvient qu'un officier du Shin Bet lui a ouvertement dit qu'il était détenu pour des « raisons politiques ».

Comme d'autres détenu·es libéré·es, Khuwaira a décrit des conditions de détention difficiles, notamment une surpopulation extrême, une forte humidité, un accès limité aux douches et un manque de vêtements propres. Pendant sa détention, il a contracté la gale et de douloureuses infections cutanées, et a perdu plus de 20 kilos.

« J'ai demandé un traitement en septembre, mais ils n'ont apporté des médicaments qu'en décembre, après que la maladie s'est propagée sur tout mon corps », a-t-il déclaré.

Khuwaira a expliqué que les autorités pénitentiaires avaient ignoré son état de santé pendant des mois, tandis que le manque d'hygiène à l'intérieur de la prison l'avait aggravée. Selon lui, les prisonnier·es n'étaient autorisé·es à se doucher qu'une fois tous les six jours. Après sa libération, Khuwaira est resté sous traitement médical pendant deux mois et s'est isolé de ses trois enfants par peur de les contaminer.

Les expériences de Khuwaira et d'Al-Samoudi ne sont pas rares : de nombreux·ses détenu·es se voient refuser les traitements, examens et médicaments nécessaires, transformant dans certains cas la maladie en lente condamnation à mort. Au moins 98 prisonnier·es palestinien·nes sont mort·es à la suite de tortures et de négligences médicales systématiques depuis le début de la guerre à Gaza, selon des données de l'armée israélienne et du Service pénitentiaire israélien (IPS).

Depuis le 7 octobre, les autorités israéliennes interdisent également aux familles des prisonnier·es palestinien·nes de rendre visite à leurs proches en prison. Les appels téléphoniques sont eux aussi interdits, tout comme les visites du Comité international de la Croix-Rouge destinées à surveiller l'état des détenu·es. En conséquence, les familles sont largement maintenues dans l'ignorance de l'état de leurs proches dans les prisons israéliennes, et dépendent des avocat·es ou des témoignages d'autres prisonnier·es libéré·es pour obtenir quelques bribes d'information.

+972 Magazine s'est entretenu avec Abdul Majeed Al-Amarneh, du camp de réfugié·es de Dheisheh, à Bethléem, dont le fils, Ausayd, journaliste et professeur de médias âgé de 41 ans aux universités d'Hébron et de Bethléem, est sous détention administrative depuis juillet 2025.

« Depuis la nuit où ils l'ont emmené, toute la maison a changé », a déclaré Al-Amarneh. « [Les quatre] enfants [d'Ausayd] demandent après lui tous les jours, et le plus difficile, c'est de ne pas pouvoir leur répondre. »

Il y a environ un mois, Al-Amarneh a rencontré un ancien prisonnier récemment libéré du même établissement où Ausayd était détenu, qui lui a donné des nouvelles de l'état de son fils à l'intérieur de la prison.

« Il m'a dit que la nourriture était très mauvaise et que les prisonniers souffraient chaque jour de la faim, des mauvais traitements et des humiliations », a déclaré Al-Amarneh, ajoutant qu'Ausayd gardait néanmoins le moral et s'occupait en étudiant le Coran. « Recevoir des nouvelles de mon fils par un autre prisonnier libéré, au lieu de les entendre directement de lui, me brise le cœur. »

La communication avec Ausayd reste extrêmement limitée, possible uniquement par l'intermédiaire des avocat·es. Mais ces dernier·es ne peuvent transmettre que des informations de base, souvent limitées aux mises à jour juridiques, comme le fait de savoir si sa détention a été prolongée et dans quelle prison il est détenu. Selon la famille, sa plus récente audience de renouvellement de détention s'est tenue en l'absence de son avocat. Ses proches ne peuvent pas entendre sa voix, ni se rassurer sur son état.

Mais les souffrances de la famille ne se sont pas arrêtées avec la détention d'Ausayd. Sa sœur, Islam, âgée de 31 ans, journaliste indépendante et mère d'une fille de cinq ans, a elle aussi été arrêtée il y a moins d'un mois, après que les forces israéliennes ont mené un raid au domicile familial dans le camp.

Elle est désormais interrogée en lien avec son travail journalistique, sous l'accusation d'avoir travaillé pour un site d'information interdit. Pendant ce temps, son mari a déjà passé les trois dernières années en prison.

« Ma fille a une petite fille, et aujourd'hui cette enfant est séparée à la fois de sa mère et de son père », a déclaré Al-Amarneh. « Nous ne savons pas comment expliquer cela à une enfant de cinq ans. »

Le Service pénitentiaire israélien n'a pas répondu à la demande de commentaire de +972.

Source : +972.

Traduit par DM pour l'Agence Média Palestine.


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16.06.2026 à 12:30

Une occasion manquée de répondre à la détresse tout en respectant les droits fondamentaux

Collectif

Ces organisations communautaires dénoncent d'une voix unanime l'adoption précipitée du projet de loi 23, qui avait pourtant fait l'objet du dépôt de plus de 60 mémoires à l'étape des consultations, dont la majorité faisaient état de grandes réserves.

Montréal, le 12 juin 2026 – Le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ), la Ligue des droits et libertés, l'Association des groupes d'intervention en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ), le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), l'Association des juristes progressistes (AJP), Médecins du monde Canada, ReprésentACTION Santé Mentale Québec ainsi que le Collectif des personnes survivantes de la P-38 joignent leurs voix pour dénoncer l'adoption précipitée du projet de loi 23, projet visant à faciliter et élargir les critères de l'hospitalisation forcée.

Ces organisations communautaires dénoncent d'une voix unanime l'adoption précipitée du projet de loi 23, qui avait pourtant fait l'objet du dépôt de plus de 60 mémoires à l'étape des consultations, dont la majorité faisaient état de grandes réserves.

Rappelons aussi que des groupes incontournables n'ont pas été entendus en consultation malgré leur souhait de l'être, que ce soit le Barreau du Québec, l'Association des juristes progressistes, la Ligue des droits et libertés ou le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), dont les membres sont préoccupés par ce changement législatif qui les impactera directement. Il est notable que plus de 165 organisations (dont les porteurs de ce communiqué) et 1360 individus ont signé, dans le courant de l'année, la Déclaration Quand la folie a le dos large, invitant à ne pas élargir la possibilité de coercition.

On constate aussi que, malgré la cinquantaine d'amendements débattus, plusieurs enjeux de fonds dénoncés dans le projet de loi n'ont pas du tout été adressés, alors que la réforme constitue un recul majeur des droits fondamentaux dans des contextes de vulnérabilité. D'ailleurs, plusieurs des dispositions du PL23 ignorent les recommandations phares et l'esprit du rapport de l'IQRDJ déposé en 2025 ; l'Institut avait pourtant été mandaté par le gouvernement lui-même pour mener une vaste consultation et des recherches dans le but d'orienter la réforme.

Le rapport de l'IQRDJ avait également bien mis en lumière le seul consensus actuel : le manque de ressources en santé mentale, pour répondre aux demandes volontaires de soins, conduit à des hospitalisations qui auraient pu être évitées. Malgré ce constat et dans un contexte de restrictions budgétaires, le gouvernement fait le choix d'investir plus de 100M$ dans une réforme législative qui n'opère que des changements de structures, et n'ajoute aucun soin sur le terrain, en plus de faire reculer les droits fondamentaux encore davantage. Nous nous alarmons du fait qu'une telle décision soit prise, alors qu'aucune étude n'a été faite pour démontrer l'efficacité de mesures coercitives et des traitements forcés en santé mentale.

Quel impact pour les personnes marginalisées ?

Comme c'est souvent le cas avec les mesures coercitives, les conséquences de cette réforme se feront sentir de manière disproportionnée chez les personnes marginalisées. Déjà avec la P-38, les personnes en situation d'itinérance ont près de 65 fois plus de risques de subir une garde en établissement que l'ensemble de la population montréalaise, et les personnes en situation de pauvreté sont surreprésentées dans les statistiques sur les hospitalisations forcées. L'expérience des organismes de terrain démontre que les interventions sous contrainte sont vécues comme traumatisantes et fragilisent le lien de confiance avec les institutions. De plus, les conséquences de l'hospitalisation forcée amplifient parfois les situations de crise initiales : « On sort de là plus traumatisé·es qu'avant », affirment des personnes qui ont vécu la garde en établissement. En élargissant les critères, le projet de loi 23 accentue les dynamiques d'exclusion plutôt que de s'attaquer aux causes, et risque d'augmenter la détresse et les crises qu'il prétend adresser.

« Au-delà des traumatismes, pour plusieurs personnes en situation d'itinérance, dont les trajectoires sont déjà marquées par de multiples violences institutionnelles, le recours à la contrainte renforce une perte de confiance déjà profonde envers le système de santé et les services publics, accentue la méfiance et tue toute envie de recourir aux services. » de souligner Tsanta Sen Chen, organisatrice communautaire au RAPSIM.


Il est possible de faire autrement

Pourtant, selon une large consultation, 8 personnes sur 10 ayant subi une P-38 avaient préalablement demandé de l'aide volontairement, et elles auraient pu en bénéficier si la première ligne, dramatiquement sous-financée, avait été plus accessible. Ce constat rejoint une observation de terrain : dès que des alternatives sont déployées, le taux de recours à la P-38 chute significativement (d'environ 80% dans les cas de l'Escouade 24-7 au Bas-Saint-Laurent et de l'initiative du Carrefour en santé mentale des familles et de l'entourage à Longueuil, par exemple). Ces initiatives permettent également une concertation du réseau, des corps policiers et du communautaire dans le contexte légal actuel, en plus d'inclure et d'offrir du soutien aux proches. « Plutôt que de miser sur la coercition, nous devons collectivement tabler sur les alternatives communautaires qui existent déjà, que ce soit les centres de crise, le travail de milieu, les hébergements de transition ou les groupes d'entraide. » de souligner Anne-Marie Boucher du RRASMQ.

"Des approches basées sur le consentement et favorisant le développement du lien thérapeutique font leurs preuves et permettent d'obtenir de meilleurs résultats cliniques tout en évitant d'augmenter le recours à la coercition. Sans investissements structurants en prévention et en accès aux soins, élargir la contrainte risque surtout de déplacer le problème plutôt que de le résoudre" souligne Mylène Demarbre, Directrice clinique santé mentale de Médecins du Monde Canada.

Rappelons-le, le Canada est le pays en Occident où le taux d'hospitalisation forcée est le plus élevé : le projet de loi 23 est une occasion manquée de changer ce triste palmarès, en nous inspirant des meilleures pratiques et en protégeant les droits des personnes. Au vu de cette réforme, nous attendons du gouvernement qu'il fasse un suivi rigoureux de l'évolution et des impacts du recours aux hospitalisations forcées et aux traitements involontaires, et qu'il s'assure de déployer au plus tôt les ressources nécessaires pour que les hospitalisations forcées deviennent un recours véritablement exceptionnel.

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16.06.2026 à 12:29

Le Royaume-Uni et ses alliés sanctionnent des groupes de colons israéliens en Cisjordanie ; la France interdit l'entrée à Bezalel Smotrich

Linda Dayan, Liza Rozovsky

Aux côtés de la France, du Canada, de l'Australie et de la Norvège, le Royaume-Uni sanctionne des groupes liés à des avant-postes violents et à l'expulsion forcée de Palestiniens • Le Royaume-Uni a déconseillé aux entreprises de commercer avec les colonies • Israël a déclaré que ces mesures « alimentaient l'antisémitisme »

Tiré de France Palestine Solidarité. Article publié en Israël dans Haaretz. Photo : Smotrich encourage la colonisation israélienne de la Cisjordanie occupée © Good Shepherd Collective

La Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Australie et la Norvège ont annoncé mardi de nouvelles sanctions visant six organisations israéliennes d'extrême droite et un militant d'extrême droite, a appris Haaretz. Ces mesures comprennent également une recommandation non contraignante concernant les échanges commerciaux avec les colonies israéliennes.

La France a également déclaré qu'elle imposerait des sanctions au ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, et lui interdirait l'entrée sur son territoire. Dans un communiqué, le ministère français des Affaires étrangères a déclaré que M. Smotrich « encourageait activement l'annexion de la Cisjordanie ».

Selon un communiqué conjoint, les personnes visées seraient soumises à un gel de leurs avoirs et à une interdiction de voyager, mesures destinées à « perturber les flux financiers » qui ont permis aux personnes visées « d'agir en toute impunité en Cisjordanie ».

Selon ces pays, ces mesures s'inscrivent dans le cadre d'une « action coordonnée visant à mettre en place des sanctions et d'autres mesures afin de tenir les colons extrémistes pour responsables des actes de violence effroyables commis par les colons à l'encontre de civils palestiniens ».

Au Royaume-Uni, la ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a publié pour la première fois des directives officielles déconseillant explicitement aux entreprises de mener des activités économiques et financières dans les colonies illégales. Si la Grande-Bretagne continue de soutenir le commerce avec Israël à l'intérieur de ses frontières d'avant 1967, elle a déclaré qu'il « ne devrait y avoir aucune implication économique dans les colonies illégales ».

Les sanctions visent l'Union des fermes, qui apporte un soutien financier et organisationnel aux fermes et aux avant-postes de colons en Cisjordanie, y compris ceux liés à des actes de violence, d'intimidation et de déplacement forcé de Palestiniens.

Un autre groupe visé par les sanctions est Ahavat Gilad (Amour de Gilead), qui sert de relais financier à l'Union des fermes et transfère des dons aux avant-postes de colons, y compris ceux liés à des actes de violence contre les Palestiniens.

Ari Yishag, un groupe qui collecte des fonds pour des avant-postes de colons illégaux impliqués dans des actes de violence, d'intimidation et de déplacement forcé de Palestiniens, figure également sur la liste des entités sanctionnées. Les sanctions visent également Our Land, un groupe similaire qui collecte des fonds pour l'achat d'équipements militaires tactiques destinés à des groupes armés de colons.

Un autre groupe sanctionné, baptisé « Return of Zion to its Land », est l'entité juridique enregistrée par l'intermédiaire de laquelle Our Land mène ses activités financières, tout en transférant des dons à des avant-postes liés à de graves violations des droits humains.

Eyal Harei Yehuda, une entreprise de construction et de démolition, est également visée par les sanctions, tout comme son propriétaire, Itamar Yehuda Levi. Le frère de Levi, Yinon Levi, a été filmé en train d'abattre Awdah Hathaleen dans le village d'Umm al-Kheir, en Cisjordanie, en juillet 2025.

Les propriétaires de l'entreprise, ses employés, ses collaborateurs et les membres de leur famille ont utilisé ses ressources lors de travaux de construction et de démolition en Cisjordanie pour détruire des terres et des biens palestiniens, ainsi que pour agresser physiquement, tirer sur et tuer des Palestiniens, ce qui a entraîné de nouveaux déplacements de population.

Israël a déclaré qu'il « rejette fermement les mesures honteuses adoptées par des gouvernements étrangers à l'encontre de citoyens, d'entités et d'un ministre du gouvernement israéliens », affirmant que leur « véritable essence […] est la tentative d'imposer une position politique concernant le droit des Juifs à s'installer en Terre d'Israël ».

Ces pays tentent d'imposer leur point de vue sur le conflit israélo-palestinien « sous le couvert de mesures contre la violence », a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères. « Ce que ces gouvernements ont en commun, c'est leur échec retentissant à lutter contre l'antisémitisme qui sévit dans leurs propres pays », a-t-il ajouté. « Les politiques anti-israéliennes du type de celles adoptées aujourd'hui ne font qu'alimenter cet antisémitisme. »

Il a ajouté : « Étonnamment, ces gouvernements ont également échoué à imposer des sanctions ou à prendre des mesures contre les phénomènes qui alimentent véritablement la violence – la politique de « rémunération pour meurtre » de l'Autorité palestinienne consistant à verser des salaires aux terroristes, ainsi que l'incitation à la violence. »

Le Royaume-Uni a déjà imposé des sanctions à toute une série de groupes et de militants israéliens d'extrême droite et de colons, notamment l'organisation de colons Amana ; le groupe de colons d'extrême droite Nachala ; les groupes de sécurité des colons de Cisjordanie Hashomer Yosh, Torat Lechima et Lehava, ainsi que le militant colon Elisha Yered, le militant du mouvement Kach Noam Federman, Neriya Ben Pazi et Eden Levy. Des sanctions britanniques ont également été imposées à la yeshiva Od Yosef Chai et à plusieurs avant-postes illégaux, notamment Meitarim, Emek Tirza et Shavei Eretz.

Le groupe de colons Regavim ne serait pas visé par cette série de sanctions. De nombreux responsables du groupe entretiennent des liens étroits avec le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, notamment Yehuda Eliahu, cofondateur de Regavim, bras droit de Smotrich et chef de l'Administration des colonies au ministère de la Défense. Eliahu a récemment été nommé à la présidence de l'Autorité foncière israélienne, qui gère la plupart des terres en Israël.

Regavim avait déjà été visé lors d'une précédente série de sanctions le mois dernier. En mai, la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, avait déclaré que les ministres des Affaires étrangères de l'UE avaient approuvé des sanctions contre plusieurs groupes de colons israéliens et des personnalités d'extrême droite accusées d'être impliquées dans des violences contre des Palestiniens en Cisjordanie.

Une source proche de la décision a indiqué que les sanctions viseraient Regavim et son directeur, Meir Deutsch, ainsi que les groupes de colons Amana et Nachala et la dirigeante de ce dernier, Daniella Weiss. La source a également précisé que les sanctions viseraient Hashomer Yosh et son ancien PDG, Avichai Suissa.

Traduction : AFPS


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