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17.06.2026 à 10:00

TRIBUNE. Un jugement qui met tous les enseignants et chercheurs en danger

Collectif
La professeure Sophie Djigo a été déboutée dans le procès qui l’opposait à l’extrême droite responsable de son harcèlement. Un jugement qui met en danger le corps enseignant, dénoncent les signataires de cette tribune. La 17ème chambre du tribunal de Paris, spécialisée dans le droit de la presse, a rendu un verdict qui met tous…

Texte intégral (2168 mots)

La professeure Sophie Djigo a été déboutée dans le procès qui l’opposait à l’extrême droite responsable de son harcèlement. Un jugement qui met en danger le corps enseignant, dénoncent les signataires de cette tribune.

La 17ème chambre du tribunal de Paris, spécialisée dans le droit de la presse, a rendu un verdict qui met tous les enseignants et chercheurs en danger. Statuant sur l’affaire qui oppose Sophie Djigo à des responsables d’extrême droite, qu’elle accuse d’avoir orchestré une campagne de harcèlement extrêmement violente à son encontre, notre collègue professeure de philosophie s’est vue déboutée de sa demande.

Retraçons les faits. Durant l’année 2022-2023, Sophie Djigo organise avec ses étudiants d’hypokhâgne, dans le cadre d’un projet interdisciplinaire intitulé « Exil et Frontières » (son sujet de recherche), une sortie à Calais comprenant notamment une rencontre avec des bénévoles de l’association l’Auberge des migrants. Il n’en faut pas plus pour déclencher l’ire d’une enseignante du même établissement, porte-parole locale de l’association zemmourienne Parents-vigilants dont le protocole d’action est désormais bien connu : publication sur les réseaux sociaux d’un communiqué sous la forme d’une « alerte », divulgation de l’établissement puis de l’identité de l’enseignant, et reprise coordonnée de l’attaque par différents comptes d’extrême droite. Cette fois, ce sont les comptes officiels du parti Reconquête et d’Éric Zemmour qui diffusent quasi immédiatement l’« information », ce dernier parlant de « grand endoctrinement » et affirmant que Sophie Djigo aurait « décidé d’enrôler ses élèves dans des activités pro-migrants à Calais ». Un communiqué officiel est publié par Reconquête, suivi d’un second émanant de la section Hauts-de-France du RN. Le blanc-seing de cyberharcèlement est ainsi donné et les comptes anonymes – tous en lien avec la fachosphère – s’en donnent à coeur joie : « qu’on lui tonde le crâne », « qui est cette collabo ? », « prof de merde », « cruche, sans ceinture de chasteté » jusqu’aux menaces de mort et de viol. Certains messages haineux sont en réponse directe au tweet d’Éric Zemmour. Les vannes ouvertes, on n’attendait plus que l’analyse circonstanciée du site d’extrême droite Riposte laïque se découvrant des aptitudes pédagogiques pour émettre un docte jugement sur le travail de Sophie Djigo qu’il conseille de « virer » et qualifie d’« abrutie ».

Pour des raisons de sécurité, la visite est annulée. Bien sûr le réseau zemmourien s’en félicite.

Mais le cyberharcèlement redémarre deux ans plus tard à l’occasion de l’assassinat de Dominique Bernard professeur dans un lycée d’Arras : « Il faut donner son adresse au prochain enfoiré d’islamiste qui tuera encore et encore et encore et encore », écrit un courageux anonyme sur Twitter.

Si cinq personnes identifiées comme auteurs directs de certains tweets orduriers ont été condamnées le 20 mars dernier pour cyberharcèlement, les responsables des divers articles ou communiqués initiaux, que l’on peut qualifier de meneurs d’opinion, s’en sortent sans aucune condamnation, le tribunal ayant considéré hier que les propos « relèvent du débat d’idée, mêlé d’un procès d’intention fait à Sophie Djigo » mais qu’ils ne sont que blessants, pas diffamatoires, le délibéré ajoutant plus loin que « ce débat, essentiel dans une démocratie où l’école remplit une fonction émancipatrice, est en effet de nature à intéresser le public ». On se frotte les yeux : accuser une professeure et chercheuse d’endoctriner ses étudiants serait donc une opinion comme une autre, qui ne porterait aucunement atteinte à la probité et à l’éthique professionnelle de celle-ci. En outre, la justice reconnaît ainsi qu’il est tout à fait légitime de discuter publiquement, à partir de pures allégations non étayées empiriquement, de la pertinence d’un projet pédagogique et du professionnalisme d’une enseignante.

Ce jugement est particulièrement inquiétant pour au moins deux raisons. La première est qu’il ne reconnaît aucune responsabilité aux différentes personnalités politiques et médiatiques dans le déclenchement d’une campagne de cyberharcèlement qui a mis notre collègue en danger ; la seconde est qu’il rend légitime la mise sous surveillance de notre liberté pédagogique et académique et donne la possibilité de les condamner publiquement sur les réseaux sociaux et dans les médias, sans aucune autre expertise que le soupçon idéologique.

Ainsi devenons-nous toutes et tous présumés coupables dès lors que nos propos et gestes ne correspondent pas aux attentes des réseaux d’extrême droite. Ainsi devenons-nous aussi de la chair à manipulation et désinformation dans le cadre de la propagande politique de ces partis, réseaux et médias dont on connaît fort bien le mépris pour les enseignants et les chercheurs et la défiance vis à vis d’une institution qui, de la maternelle à l’université, préfère l’esprit critique à la mise au pas.

Nous sommes à la fois choqués et inquiets de cette décision judiciaire et tenons à réaffirmer notre soutien et notre solidarité à Sophie Djigo dont l’histoire augure de bien mauvaises heures et nouvelles batailles à venir. Une chose est toutefois certaine, nous ne laisserons pas l’extrême droite dénaturer notre métier et utiliser nos cours, nos classes et nos séminaires comme instruments de médiation d’un projet idéologique que nous condamnons de bout en bout.

Premiers signataires :

Michel Agier, anthropologue, directeur de recherche IRD, EHESS

Étienne Balibar, ancien professeur de philosophie, Paris Nanterre

Marie-Laure Basilien-Gainche, professeure de droit, Lyon 3

Jean-François Bayart, professeur à l’Iheid, Genève

Willy Beauvallet, politiste, Lyon 2, vice-président de l’AURDIP

Yassir Benhima, Professeur des universités- Lyon 2

Saïd Bouamama, sociologue 

Rony Brauman, médecin, politiste 

Saïd Benmouffok, professeur de philosophie

Magali Bessone, professeure de philosophie politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Christian Bonnet, professeur émérite de philosophie, Université Paris I

Claude Calame, directeur d’études, anthropologie historique, EHESS

Audrey Célestine, historienne, New-York university

Gregory Chambat, enseignant en collège

Johann Chapoutot, professeur d’histoire, Sorbonne Université 

Sonia Dayan-Hezbrun, professeure émérite de sociologie

Laurence De Cock, enseignante en lycée, vice-présidente de l’ONED 

Gaëlle Desliens, professeure des écoles

Georges Didi-Huberman, philosophe et historien de l’art, EHESS

Michel Espagne, germaniste, directeur de recherche émérite au CNRS

Mélanie Fabre, maîtresse de conférence en histoire, UPJV 

Eric Fassin, professeur de sociologie, Université Paris-Ouest Nanterre

Malcom Ferdinand, philosophe, politiste, chercheur au CNRS 

Kaoutar Harchi, sociologue et écrivaine 

Stéphanie Hennette-Vauchez, professeure de droit à Nanterre 

François Héran, sociologue, démographe, professeur au Collège de France

Emmanuelle Hermouet, professeure des écoles

Denis Kambouchner, professeur émérite de philosophie, Université Paris I

Caroline Ibos, professeure de sociologie, Paris 8

Magali Jacquemin, Professeure des écoles

Emmanuelle Jourdan-Chartier, enseignante en histoire

Michel Kokoreff, sociologue, Paris 8

Mathilde Larrère, maîtresse de conférence en histoire, Université Gustave Eiffel

Christian Laval, sociologue, Université Paris-Ouest-Nanterre

Sandra Laugier, professeure de philosophie, Université Paris I

Henry Laurens, professeur au Collège de France

Guillaume Leblanc, philosophe, Université Paris Cité

Chowra Makaremi, anthropologue, chercheure au CNRS

Philippe Marlière, professeur de science politique, University College London

Frédérique Matonti, professeure de science politique, Université Panthon-Sorbonne

Guillaume Mazeau, historien

Sarah Mazouz, sociologue, CNRS

Alain Mille, professeur honoraire Université, Lyon 1

Bertrand Ogilvie, psychanalyste, professeur émérite à l’Université de Paris 8

Jérémy Ollivier, professeur de philosophie en lycée

Claire Pagès, professeure de philosophie, Université Paris-Nanterre

Ugo Palheta, sociologue, Université de Lille

Irène Pereira, professeure de philosophie en éducation, INSPE

Michelle Perrot, historienne, professeure émérite, Université de Paris

Emmanuel Renault, professeur de philosophie, Université Paris Nanterre

Jean-Jacques Rosat, ex maître de conférence au Collège de France

Philippe Sabot, professeur de philosophie, Université de Lille

Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, anthropologue, directrice de l’Institut Convergences Migrations

Sbeih Sbeih, chercheur associé IREMAM 

Guillaume Sibertin-Blanc, PR, université Paris 8 Saint-Denis

Yves Sintomer, professeur de science politique, Paris 8

Eyal Sivan, cinéaste, essayiste

Maboula Soumahoro, maîtresse de conférences, Université de Tours

Patrice Vermeren, Professeur émérite des Universités, Philosophie, Université Paris 8 

Christiane Vollaire, philosophe, ICM, LCSP

Jean-Claude Zancarini, historien, ENS de Lyon

Avec le soutien de : 

Collectif Aggiornamento histoire-géographie 

ONED Observatoire national de l’extrême droite

CAALAP : Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques 

LDH : Ligue des droits de l’homme / des droits humains

Fondation Copernic 

ATTAC

CGT Education 

CGT Ferc-Sup

CGT-Cirad

SNES-FSU

FSU-SNUIPP

SNEP-FSU

SNUEP-FSU

EE-PSO (tendance du SNESUP-FSU)

Fédération SUD éducation 

SUD-recherche

Union syndicale Solidaires 

SNPTES-UNSA

VISA : Vigilance initiatives syndicales antifascistes 

ACIREPh : Association pour la Création d’Instituts de Recherche sur

l’Enseignement de la Philosophie

APSES : Association des professeurs de SES

APPEP : Association des Professeurs de Philosophie de l’Enseignement Public

AFA : Association française des anthropologues 

Collectif PLUS : Palestine Lyon Université Solidaires

CLARA : collectif de lutte antifasciste contre le racisme et l’antisémitisme

CVUH : Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire 

AURDIP : Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine 

Collège International de Philosophie

Union juive française pour la paix (UJFP)

Association La Digue 

ICEM-Freinet

Collectif Questions de Classe (s) 

Fédération nationale de la libre pensée 

Les éditions Agone 

Les éditions Textuel 

Revue Chimères

Laboratoire Geriico Université de Lille  Groupe d’Études et de Recherche Interdisciplinaire en Information et Communication ULR 4073ALIA (Association pour la liberté académique)

ALIA : association pour la liberté académique 

Union rationaliste 

Pour signer la tribune, cliquez ici : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfvzjOfvR9UZ0SaEcjsC0yen_YS5rxPReH-gGlP11IER6aFVA/viewform


Texte intégral (4409 mots)

16.06.2026 à 11:10

🔴 RÉSISTANCE DU JOUR

Pablo Pillaud-Vivien
Emmaüs entre dans la bataille contre l’extrême droite Après la CGT, qui a fait de la lutte contre l’extrême droite une priorité, et la Maif, qui a annoncé se préparer à soutenir le monde associatif face à une éventuelle arrivée du RN au pouvoir, Emmaüs France entre à son tour dans la bataille. L’association a…

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Emmaüs entre dans la bataille contre l’extrême droite

Après la CGT, qui a fait de la lutte contre l’extrême droite une priorité, et la Maif, qui a annoncé se préparer à soutenir le monde associatif face à une éventuelle arrivée du RN au pouvoir, Emmaüs France entre à son tour dans la bataille. L’association a adopté à 90% une motion visant à « faire barrage aux idées de l’extrême droite » et à la droite qui s’en rapproche. À un an de la présidentielle de 2027, Emmaüs prévoit des campagnes pour favoriser l’inscription sur les listes électorales, lutter contre les fausses informations et rappeler les votes de l’extrême droite « contre le social et l’écologie ». « Nos adhérents sont fiers de mener ce combat », a déclaré son président Bruno Morel, pour qui la défense inconditionnelle des plus précaires est incompatible avec les projets de « préférence nationale » portés par le RN. L’antifascisme se renforce.

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