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16.06.2026 à 11:05

Autonomie de la Corse : l’île, la République et le peuple — par Roger Martelli

Roger Martelli
Le projet de loi constitutionnelle dotant la Corse d’un statut d’autonomie renforcé arrive à l'Assemblée nationale. Roger Martelli nous dit pourquoi on peut approuver l’idée de donner plus de poids à l’autonomie et émettre pourtant de sérieux doutes sur la procédure suivie pour y parvenir.

Texte intégral (1081 mots)

Le projet de loi constitutionnelle dotant la Corse d’un statut d’autonomie renforcé arrive à l’Assemblée nationale. Roger Martelli nous dit pourquoi on peut approuver l’idée de donner plus de poids à l’autonomie et émettre pourtant de sérieux doutes sur la procédure suivie pour y parvenir.

Dans le texte soumis aux députés, l’autonomie de la Corse se justifie par des « intérêts propres, liés à son insularité méditerranéenne et à sa communauté historique, linguistique, culturelle, ayant développé un lien singulier à sa terre ». La formulation a ainsi le défaut de donner valeur constitutionnelle à la notion plus que discutable de « communauté », assignant les individus à des identifications qui les déterminent de façon absolue.


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Renforcée par la référence au « lien singulier à la terre », cette façon de voir établit potentiellement une hiérarchie entre les natifs enracinés en un lieu sur plusieurs générations et les allogènes qui ne sont admis que s’ils font totalement allégeance à une histoire qui n’a pas été la leur. On peut ajouter qu’elle ignore que l’identification corse, depuis 1789, se définit doublement, par un rapport à la spécificité historique d’une île et par l’insertion dans la nation citoyenne de la Déclaration des droits. En tournant le dos à cette double identification, indissociablement corse et française, la loi mutile alors même qu’elle a vocation à promouvoir une originalité trop longtemps dévalorisée.

À lire le texte constitutionnel, on constate par ailleurs que la délimitation de l’autonomie met en exergue trois types d’acteurs : la Collectivité de Corse – une Assemblée et un exécutif – qui a pouvoir d’adapter la loi nationale et de décider localement de normes applicables en Corse ; le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel qui contrôlent ; le gouvernement, qui peut légiférer par ordonnances. Il est dès lors difficile de ne pas constater la grande absence : celle du peuple lui-même, qui délègue mais qui n’est pas consulté en amont, qui ne décide qu’à la marge et qui n’est pas partie prenante de l’évaluation. Un peuple que l’on autorise du bout des lèvres à entériner un texte fondamental, rédigé sans sa participation directe et dont l’application concrète – c’est-à-dire l’essentiel ! – est renvoyé à une future loi organique non soumise à ratification populaire…

La lecture du projet ne peut que nourrir un immense malaise. Comment imaginer que la Corse disposera à elle seule des moyens de remédier à ses difficultés – des records de pauvreté aux dérives mafieuses –, sans s’appuyer sur les atouts de la solidarité nationale et des règles de la péréquation ?

Enfin, la lecture du projet ne peut que nourrir un immense malaise. Il nous parle des « intérêts propres » de la Corse, mais il ne dit rien de ses problèmes. On les connaît pourtant, des records de pauvreté aux dérives mafieuses, en passant par le manque de logement, la spéculation foncière, les contraintes du cadre montagnard ou les inégalités territoriales internes. Comment imaginer que la Corse disposera à elle seule des moyens de remédier à ces difficultés, sans s’appuyer sur les atouts de la solidarité nationale et des règles de la péréquation ?

Au fond, les domaines qui vont relever de la compétence normative de la Collectivité de Corse (aménagement du territoire, tourisme ou développement économique) sont ceux pour lesquels les régions ont d’ores et déjà des compétences élargies. Toutes en ont-elles tiré bénéfice et pour tous leurs habitants ? Par là même, alors que le texte de la loi veut promouvoir une autonomie fondée sur la spécificité corse, il ne fait que montrer les carences de démocratie qui enlisent les dynamiques territoriales sur l’ensemble du territoire national, et pas seulement en Corse. Auquel cas, on est fondé à se dire que l’on a pris le problème à l’envers.

Au lieu de partir d’un véritable projet de décentralisation démocratique, à l’intérieur duquel pourrait se penser la spécificité corse, on s’est enfermé dans le cadre insulaire, au risque de le priver des atouts d’une solidarité nationale refondée et renforcée. Au risque encore de voir ultérieurement d’autres régions réclamer un statut particulier et son inscription dans un texte constitutionnel devenu un interminable patchwork, alors que sa fonction est avant tout d’énoncer le commun, et donc ce qui rapproche et pas ce qui distingue.

Au risque enfin de laisser triompher, en Corse comme ailleurs, les normes de l’argent-roi, la course aux profits, les inégalités, les discriminations et, à l’arrivée, le poids du ressentiment et le recours aux aventures extra-démocratiques. Qui, à Paris comme en Corse, peut jurer que l’île des Lumières et du soulèvement antifasciste de septembre 1943 en est à tout jamais préservée ?


Texte intégral (1006 mots)

Samedi soir, Raphaël Glucksmann jouait gros : il devait démontrer sa capacité à porter haut les couleurs de la social-démocratie pour obtenir un accord avec le PS.

Ces six derniers mois, au fil de ses interviews ratées, les doutes sur la candidature de Raphaël Glucksmann n’ont cessé de grossir et les soupçons d’impréparation et d’hésitations ont fait florès. Un an après l’avoir annoncé, toujours pas de programme sur les thèmes qu’il dit vouloir mettre en avant : l’école et le travail. Et l’initiative lancée avec Boris Vallaud et Yannick Jadot encaisse un flop monumental.


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Dans ces conditions, le rendez-vous de samedi soir aux docks d’Aubervilliers apparaissait comme une ultime chance de convaincre le PS de le soutenir pour la présidentielle. Il sait que cette compétition ne peut s’envisager seul, sans parti et sans moyens. Une semaine après le lancement réussi de la campagne LFI, il fallait démontrer l’efficacité d’une ligne anti-Mélenchon. Bien que la primaire batte de l’aile, il n’est pas seul sur la ligne clivante : François Hollande aussi attend son heure.

Avant la question « de l’incarnation » ou celle de son « appétence », pour Raphaël Glucksmann, le défi est d’abord politique. Le PS d’Olivier Faure a fait depuis dix ans le choix de replacer le parti dans la gauche, en alliance avec les autres forces de gauche. Raphaël Glucksmann, lui, exclut LFI de la gauche et dessine un périmètre d’où sont aussi exclus les communistes. Il ne veut pas unir la gauche ; il veut faire taire la gauche remuante et reprendre le leadership. Par allusions et références, son discours s’est attaché à dessiner ce paysage. Dans son Panthéon, il place Danton et Voltaire, Mendès France et le Blum de 1920, celui qui fit le choix de garder la vieille maison quand la majorité choisit le communisme. Samedi soir, il fut aussi question de l’économie sociale et solidaire, de l’éducation populaire, de l’école publique, de la République, du syndicalisme. Raphaël Glucksmann est allé chercher, pour les réveiller, les socles du socialisme français.

Les milliers de personnes rassemblées sont en attente d’une proposition de gauche qui diffère de celle de LFI. L’absence de travail et de renouvellement des idées – à de rares exceptions près – ne permet pas à la direction d’Olivier Faure d’identifier la promesse Glucksmann pour ce qu’elle est : une désillusion certaine.

Ce fut donc un discours de positionnement. Il fut beaucoup question de souveraineté, en particulier face aux Chinois du Parti communiste, face aux Américains de la Silicon Valley. Les sujets embarrassants sont renvoyés à plus tard. Il ne fut pas évoqué l’ambition d’une défense européenne après la fin du projet d’avion de combat franco-hispano-allemand. L’action de la France dans une Europe gagnée par les idées d’extrême droite n’a pas été évoquée. L’immonde pacte européen sur l’immigration oublié ; comme étaient absents du discours Gaza et le Liban. Sur ces sujets de prédilection, l’Europe et le monde, Raphaël Glucksmann veut aussi creuser les différences et couper les ponts avec la gauche de gauche.

Son discours a porté dans l’enceinte des Docks. Les milliers de personnes rassemblées sont en attente d’une proposition de gauche qui diffère de celle de LFI. Il vaut mieux se convaincre définitivement que la bérézina des partis de gauche n’efface pas la diversité de la gauche : il y a une histoire, des traditions, des socialistes en France, quand bien même Anne Hidalgo a réuni 1,74% des voix en 2022. L’absence de travail et de renouvellement des idées – à de rares exceptions près – ne permet pas à la direction d’Olivier Faure d’identifier la promesse Glucksmann pour ce qu’elle est : une désillusion certaine. Car derrière les mots de « République des travailleurs » et de souveraineté, derrière l’amour proclamé pour la France de l’égalité des chances… il n’y a pas d’analyse de la politique de l’offre et donc pas de contre-logique. L’anticapitalisme est réduit à la lutte contre les tech bros du numérique. Les luttes nationales et internationales pour faire émerger une autre politique sont rabattues sur la volonté politique d’un président.

Raphaël Glucksmann a pour lui de ne pas avoir à endosser le bilan socialiste. Il s’est même permis des critiques qui visaient l’action de François Hollande : « Depuis des décennies, gauche et droite ont laissé prospérer une société de la rente et de l’héritage ». Il est apparu déterminé et doté d’une culture qui lui permet de parler à la gauche. Il a des atouts et n’a donc pas dit son dernier mot. Le dénigrer n’y change rien.

15.06.2026 à 12:40

🔴 PAIX DU JOUR

Loïc Le Clerc
Accord États-Unis/Iran : Israël s’en fout Après des semaines de guerre, de menaces et d’annonces d’accords avortées, Washington et Téhéran ont trouvé une issue au conflit. Toutes les offensives, Liban compris, doivent cesser. On pourrait appeler ça la paix. Le monde entier se réjouit aussi de voir les bateaux à nouveau autorisés à emprunter le…

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Accord États-Unis/Iran : Israël s’en fout

Après des semaines de guerre, de menaces et d’annonces d’accords avortées, Washington et Téhéran ont trouvé une issue au conflit. Toutes les offensives, Liban compris, doivent cesser. On pourrait appeler ça la paix. Le monde entier se réjouit aussi de voir les bateaux à nouveau autorisés à emprunter le détroit d’Ormuz. Du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, aux dirigeants français, anglais, allemand, italien… Mais un petit pays résiste encore et toujours à la paix : Israël. Le ministre de la défense israélien, Israël Katz, ne s’en cache même pas : « Israël ne se retirera pas des zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza ». Le ministre du Conseil de sécurité national israélien, Itamar Ben Gvir, se fait plus précis : « L’accord de Trump ne nous engage pas ». Pas question donc pour Tel-Aviv de rendre les territoires conquis. La guerre reste le seul horizon du gouvernement israélien. Une paix telle que Vladimir Poutine la rêve.

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