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05.03.2026 à 14:26
TRIBUNE. Que se passera-t-il après la mort de Khamenei
L’assassinat d’Ali Khamenei par les États-Unis signifie la mort de la dictature religieuse et la fin du régime du Velayat-e Faqih (guide suprême). Le moment est venu d’établir la liberté et la souveraineté populaire en Iran.
Hamid Enayat est politologue, spécialiste de l’Iran, collabore avec l’opposition démocratique iranienne.
La mort de Khamenei ne signifie pas que le régime iranien tombera automatiquement ou qu’il sera renversé par une intervention militaire étrangère. Cette tâche est avant tout la mission et la responsabilité du peuple iranien. Il est naturel que seul le peuple iranien ait la légitimité de déterminer l’avenir politique de son pays.
Comme l’a montré le soulèvement de janvier, les Iraniens veulent la liberté et sont prêts à en payer le prix, quel qu’il soit.
Le peuple aspire à un avenir fondé sur une république démocratique et rejette aussi bien la dictature religieuse que la monarchie. Toute personne attachée à la liberté reconnaît que le destin de l’Iran s’écrit par le peuple iranien lui-même, avec le sang de ses enfants courageux, et que l’intervention étrangère n’est pas nécessaire.
Depuis quarante-sept ans, l’Iran dispose d’une alternative crédible. Cependant, en raison de la campagne de diabolisation menée par le régime iranien, soutenue par des budgets colossaux et favorisée par des politiques de complaisance, cette alternative est restée largement méconnue. L’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran et le Conseil national de la Résistance iranienne ont été inscrits sur les listes terroristes en Europe et aux États-Unis à la demande du régime iranien ou pour lui complaire. Ce n’est que grâce à la détermination inébranlable de la résistance, animée par l’amour de la liberté de l’Iran, qu’ils ont finalement été retirés de ces listes.
Outre le massacre massif récent de janvier, les forces du Conseil national de la Résistance iranienne ont déjà traversé deux épisodes de génocide en 1981 et en 1988. En 1988, trente mille prisonniers politiques ont été exécutés en l’espace de deux mois, dont 90% appartenaient aux Moudjahidine du peuple, qui constituent l’épine dorsale de cette alternative.
Lors du soulèvement de janvier, les unités de résistance — fondées par les Moudjahidine en 2016 — ont joué un rôle important. Le lundi 23 février, 250 de leurs membres ont attaqué le siège de Khamenei à Téhéran ; cent d’entre eux ont été arrêtés ou tués. Nous sommes donc face à une force qui, en Iran même, paie le prix de la lutte directement dans la rue.
Le Conseil national de la Résistance iranienne a proclamé un gouvernement provisoire. Cette alternative rassemble des forces qui défendent le principe : « Ni dictature du Shah, ni dictature des mollahs ». Elle s’appuie sur un plan en dix points visant à transférer la souveraineté au peuple iranien. Selon ce plan, six mois après l’établissement de ce gouvernement provisoire, une Assemblée constituante sera élue afin de rédiger une nouvelle constitution, et le Conseil national de la Résistance se dissoudra pour transférer le pouvoir à cette assemblée.
Ce programme prévoit l’instauration d’un État laïque fondé sur la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’un Iran sans peine de mort et sans armes nucléaires.
À l’inverse, Reza Pahlavi, fils de l’ancien Shah, est mis en avant en Occident. Pourtant, il ne dispose d’aucune base réelle dans la société iranienne, car il n’a jamais participé à la lutte contre le régime des mollahs. Il s’est même souvent vanté d’entretenir des relations avec certains éléments des Gardiens de la Révolution et du ministère du Renseignement. Laissons le peuple iranien écrire lui-même son destin, avec son propre sang.
Le Corps des Gardiens de la Révolution, que l’Union européenne et de nombreux pays considèrent comme une organisation terroriste, est voué à se désintégrer. Cette force constitue le pilier du maintien du régime des mollahs ; avec la mort de Khamenei et la chute du régime, elle disparaîtra également.
La mort de Khamenei a déjà fait sonner le glas de ce régime, qui subira chaque jour de nouveaux revers. Mais tant que ce régime restera en place, la répression et les exécutions continueront. En réalité, ce système a été fondé sur le terrorisme, la guerre et la répression.
Le soulèvement populaire de janvier a clairement montré que le peuple iranien ne veut plus de ce régime et qu’il est prêt à payer le prix de son renversement. La communauté internationale devrait soutenir la résistance dont les unités mènent un combat décisif contre l’une des forces les plus brutales du monde aujourd’hui. Elles ne demandent ni argent ni armes ; un soutien politique et moral leur suffit.
05.03.2026 à 12:59
L’union de la gauche toute cassée : beau travail !
Le PS l’a décidé : il refusera tout accord national avec LFI aux municipales. Il rompt avec une pratique installée depuis près de 60 ans. Un choix stratégique qui intervient au moment où l’extrême droite domine largement le paysage politique.
Le bureau national du Parti socialiste vient de trancher : il n’y aura pas d’accord national avec La France insoumise entre les deux tours des municipales. Les compromis locaux restent possibles mais l’esprit général est à la rupture avec LFI, comme le prône continûment la droite du PS. Le parti à la rose acte ainsi la fin de six décennies où l’union de la gauche au second tour avait fini par devenir un principe pour toutes les élections.
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Il est vrai que, si la « discipline républicaine » s’est installée dès la fin du 19ème siècle contre les ambitions monarchistes ou bonapartistes, sa mise en œuvre est loin d’avoir été uniforme. Ce n’est qu’avec la montée du péril fasciste, entre 1934 et 1935, que se met en place un modèle, qui va désormais faire figure de référence.
En 1936, les partis du Front populaire se présentent séparément au premier tour et se désistent au second en faveur du candidat de gauche le mieux placé. Cette méthode est massivement suivie, ce qui permet à la gauche d’obtenir une majorité en voix et en sièges. En s’unissant, la gauche est parvenue à la victoire que la division lui refusait. La mémoire de la gauche s’est ainsi fixée, consacrant le processus de convergence amorcé en 1934.
Certes, cette mémoire se brouille avec la guerre froide. Le temps est alors aux vitupérations des communistes contre le reste de la gauche accusée de s’engloutir dans le « parti américain » et aux accusations des socialistes contre les communistes qui « n’étaient pas à gauche, mais à l’Est ». Pendant plus de dix ans, le désistement de second tour n’a pas disparu, notamment sur le plan local, mais il n’est plus une norme partagée.
Il l’est redevenu au début des années 1960 quand le PCF fait de l’union de la gauche autour d’un programme commun la base de sa stratégie politique. Les élections municipales sont pour lui le terrain par excellence de sa mise en œuvre. Dès lors, la gauche revient au modèle de 1936 : ses organisations concourent séparément au premier tour (sauf aux municipales) et se désistent en faveur du mieux placé au second tour. La gauche pouvait se disputer et se cliver, elle pouvait se laisser aller à la théorie des « deux gauches ». Mais, loin d’être irréconciliable, elle se retrouvait au second tour.
Si le PS écarte officiellement une composante de la gauche, que reste-t-il comme espace pour les tenants d’une primaire ? Que reste-t-il de ce qui fut le choix propulsif du Nouveau Front populaire ?
Désormais, doit-on se résigner à l’irréconciliabilité ? Les insoumis concentrent leurs feux aux municipales sur des majorités de gauche sortantes et les socialistes ne veulent plus entendre parler d’accord avec La France insoumise. On pourra dire que la gauche en a vu d’autres et que les exclusions réciproques n’ont pas toujours accompagné les défaites. Mais nous sommes dans une autre époque. Depuis 2017, nous avons face à face une gauche dans ses plus basses eaux, une droite électoralement ultra-majoritaire et ultra-droitisée et, sur les bords du chemin, un peuple qui n’y croit plus guère.
Les données les plus récentes sur l’état de l’opinion montrent à quel point la situation est critique. Dans un sondage Ifop-Fiducial publié ce mercredi sur les intentions de vote à la prochaine présidentielle, le candidat du Rassemblement national Jordan Bardella arrive très largement en tête avec 36% des voix au premier tour, quand aucun candidat de gauche ne dépasse les 11% et que le total de la gauche reste sensiblement au-dessous du tiers des exprimés. On peut toujours dauber sur les sondages, leurs imperfections et leur non-prédictibilité. C’est vrai. Mais dans leur ensemble, ils nous replacent devant un ordre de réalité qu’il faut transformer du mieux possible et qu’on doit regarder en face.
Et pourtant, dans ce contexte, même le projet de primaire commune de la gauche et des écologistes apparaît incertain. La difficulté n’est pas organisationnelle, mais politique. Si le Parti socialiste affirme qu’il ne veut plus d’une partie de la gauche – en l’occurrence LFI –, d’autres forces continuent de penser que l’unité reste possible, souhaitable et même nécessaire. Le pari de la primaire est d’ouvrir la porte à l’unité de toute la gauche. Mélenchon, Glucksmann et Roussel la récusent. Si le PS écarte officiellement une composante de la gauche, que reste-t-il comme espace pour les tenants d’une primaire ? Que reste-t-il de ce qui fut le choix propulsif du Nouveau Front populaire ?
Comme lors de la rupture du programme commun, on va passer des semaines, des mois, à se renvoyer le mistigri de la rupture. Pourtant les faits sont têtus : les électeurs de gauche veulent l’union. Et ils ont raison. En effet, l’enjeu n’est plus seulement de savoir si la gauche peut dépasser la droite, mais de dire si l’on accepte de rompre radicalement avec notre histoire démocratique.
Nous avons pris l’habitude de répéter avec Marx que l’histoire se joue deux fois, d’abord en drame, puis en farce. Nous avons la pantomime aujourd’hui et, pour demain, la promesse de l’apocalypse.