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VRAAC

Le nouveau média culturel grenoblois

Publié le 28.04.2026 à 16:28

Photographie

Monts et (autres) merveilles au Musée de Grenoble avec Bernard Descamps et Charlotte Perriand

/ Par Benjamin Bardinet

On a beau être parfois un peu sur nos gardes face à ce qu’on peut rapidement qualifier de « photographies de voyages », il est difficile de ne pas être subjugué par celles dont Bernard Descamps a fait don au Musée de Grenoble. Ici, chaque image semble résulter de la rencontre furtive de la lumière, du sujet et de l’œil du photographe ; et surtout, aucune d’entre elles ne sombre dans le cliché attendu ou le stéréotype éculé. Ainsi, bercé par de somptueuses photographies en noir et blanc, le visiteur avance dans l’exposition ponctuellement arrêté par une image saisissante : à Madagascar, voiles et mâts de bateaux de pêche opèrent de surprenantes découpes, au Mali un berger peul dont les tissus sont emportés par les vents déborde du cadre de l’image, plus loin (au Mali toujours), empli de nuages cotonneux, un ciel crépusculaire se reflète dans un fleuve qui apparaît comme une bande sur laquelle se découpent en ombres chinoises les silhouettes d’un troupeau de bovins venus se désaltérer… Et ainsi de suite en Inde, dans un jardin zen au Japon, dans les ciels constellés d’oiseaux ou dans les forêts européennes. Car si ici exotisme il y a, c’est surtout dans l’œil du photographe.

Perriand sur la falaise

Escalade nerveuse, marche dynamique et repos au bord d’un lac d’altitude… avec cette introduction regroupant une série de portraits en action de Charlotte Perriand, la seconde exposition permet d’emblée de se faire une idée du fort tempérament de cette figure singulière de la modernité, créatrice touche-à-tout, architecte, designeuse et photographe donc… Née à Paris en 1903 et issue d’une famille savoyarde, Charlotte Perriand n’a jamais cessé d’entretenir un lien fort avec l’environnement montagnard. Elle y puise visiblement une part de son énergie hors du commun et y trouve de nombreuses inspirations formelles. C’est d’ailleurs un peu l’enjeu de cette exposition qui fait dialoguer ses photographies de montagne (donation faite par les archives Charlotte Perriand au Musée de Grenoble) et des pièces de mobilier qu’elle a créées, souvent pour des habitats montagnards.

Ce qui frappe dans ses images, c’est que tout semble matière, texture et tensions (que le grain dû au choix du tirage en grand format ne fait qu’amplifier). Les roches semblent percer les glaces, les glaciers sont lacérés de craquelures et de fissures, tandis que la neige, jamais immaculée (on n’est pas chez les Tairraz), ne semble être que matière et densité.

Une densité que l’on retrouve dans les créations de Charlotte Perriand qui ponctuent le parcours, et tout particulièrement dans ses pièces de petit mobilier qui concilient sobriété et rusticité. Rusticité qui fait écho aux quelques photographies qu’elle prend des habitats vernaculaires et des mobiliers de fortune conçus avec les matériaux et les outils que les bergers trouvent à portée de main. Car Charlotte Perriand a cette particularité d’incarner une modernité qui ne se détourne pas d’un attachement sensible aux territoires – ce dont témoigne avec brio l’exposition.

Photo © Bernard Descamps

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Publié le 28.04.2026 à 15:20

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Grenoble : une décennie à vélo

/ Par Jérémy Tronc

L’identité de Grenoble s’est longtemps structurée autour de symboles immuables : la silhouette de la tour Perret, les sommets qui ceinturent le bassin et les emblématiques bulles du téléphérique de la Bastille. Mais depuis quelques années, ce paysage s’enrichit d’un nouveau marqueur identitaire : le vélo. Selon Alric Bonvallet, urbaniste, chargé de mission mobilités pour l’Association de développement des transports en commun (ADTC), le vélo parvient désormais à se hisser au même rang que nos monuments historiques ou nos massifs. « En 10 ans, Grenoble s’est affirmée comme une ville cyclable au sens sociologique, c’est-à-dire qu’il y a une identité qui se dégage maintenant de la ville, qu’on associe facilement au vélo, un peu comme on l’associerait aux Pays-Bas. » Les statistiques de la Métropole traduisent concrètement cette transformation. Les 23 compteurs permanents du réseau ont enregistré 12,2 millions de passages en 2023. Sur les cinq compteurs historiques, la hausse atteint +153 % entre 2008 et 2025. La part du vélo dans les déplacements quotidiens a elle quasiment doublé en dix ans. Et pour la quatrième fois consécutive, Grenoble est classée grande ville la plus cyclable de France par la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB). Derrière ces résultats, des choix d’aménagement forts se dessinent.

L’axe Rey-Sembat ou le pari gagné

Parmi les changements les plus visibles, une infrastructure a concentré tous les regards et les critiques, représentatives des débats animés autour du vélo : la piste cyclable bidirectionnelle sur les boulevards Rey et Agutte-Sembat. Tracée en plein cœur de la ville, entre deux voies de circulation motorisée, elle était l’objet d’un pari audacieux qui a suscité des doutes y compris au sein des services du Syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise (Smmag). « Quand on portait l’axe Rey-Sembat avec une piste cyclable au milieu, on n’était vraiment pas sûrs. Il y a très peu d’exemples en France de ce type de choix : réguler fortement le trafic, limiter les flux traversants… », se souvient Damien Cottereau, responsable de l’unité vélos au service cycles et transports. « Un mois après son ouverture, j’ai commencé à y voir des usagers vulnérables, des familles et des collégiens. Je me suis dit que le pari était gagné. » Pour Alric Bonvallet, l’axe est « osé et démonstratif d’une politique qui est allée loin ». Mais il cristallise aussi les tensions liées à un marqueur trop visible : « Cet élément identitaire est aussi utilisé à des fins négatives, voire satiriques. Des personnes, pour des raisons politiciennes, vont utiliser ces symboles de manière plus mesquine, en disant : “Regardez, il n’y en a que pour le vélo”. »
Le réseau Chronovélo couvre aujourd’hui 8 axes, soit 45 km de pistes réalisées, pour un objectif de 140 km à terme. Selon une enquête de satisfaction menée fin 2023 auprès de 3 890 usagers, 96 % se sentent en sécurité. Mais les données les plus frappantes sont sociologiques. Pour 70 % des nouveaux cyclistes ayant adopté la pratique depuis moins d’un an, c’est le déploiement du réseau Chronovélo qui a déclenché le basculement. Et parmi eux, 53 % sont des femmes alors qu’elles ne représentent que 44 % des usagers. « Le premier frein au vélo, c’est la peur sur la route, explique Alric Bonvallet. La sécurité était pour elles le déclencheur. »
Antoine Bussier, cogérant des magasins Naturavélo, mesure les effets de cette politique depuis 16 ans dans son atelier. « Notre chiffre d’affaires est représentatif des comportements. Et on peut constater qu’il y a de plus en plus de cyclistes qui circulent toute l’année. C’était beaucoup plus saisonnier il y a 10 ans. On constate aussi une montée en gamme dans l’achat des vélos. À l’atelier, on n’entretient quasiment plus de vélos bon marché. » La sociologie des cyclistes a changé elle aussi. « Je vois des dirigeants qui gagnent certainement très bien leur vie et qui utilisent le vélo pour gagner du temps. Le vélo est moins perçu comme un outil du prolétariat et beaucoup plus comme quelque chose d’universel. » Alric Bonvallet confirme : « On est sur des gens de tous les jours qui se sont rendu compte que le vélo était plus facile, moins cher, meilleur pour leur santé. L’écologie, c’est loin d’être la première motivation. »

Quand les festivals passent au vélo

La transformation a aussi investi les événements culturels de l’agglomération. La Coupe Icare en est l’exemple le plus éclatant : les 900 places vélos du site sont désormais toutes utilisées chaque année. « Tout le monde a galéré pour y aller en voiture et s’est fait piéger dans les bouchons, raconte Damien Cottereau. Le vélo améliore vraiment l’expérience, qui commence pendant le trajet et pas seulement à l’entrée de l’événement. » Pour y parvenir, le Smmag a accompagné la mise en place d’une logistique cohérente. « C’est une demande désormais fréquente de la part des organisateurs qui doivent gérer la mobilité de leurs festivaliers. Des événements comme le Cabaret Frappé ou les Rencontres Ciné Montagne ont vu tout l’intérêt de la démarche. »
« Quand tu prévois les infrastructures, les gens suivent », constate aussi Émile Rivoire, qui officie dans un autre domaine : la réparation itinérante de vélos, sous l’enseigne Station Cyclo. « Le développement du vélo dans l’agglomération m’a permis d’envisager une reconversion professionnelle. Les axes structurants comme les Chronovélo sont vraiment facilitants. » Il n’est pas seul dans ce cas : une cinquantaine d’artisans (plombier, déménageur, électricien, food truck, réparateur…) travaillent aujourd’hui à Grenoble totalement ou partiellement à vélo, contre un ou deux il y a dix ans. Depuis le mois de mai, la Chambre de métiers et de l’artisanat de l’Isère expérimente d’ailleurs un dispositif de test gratuit de vélos-cargos, porté conjointement par le collectif Les Boîtes à Vélo. « Il y a une infiltration de la pensée vélo un peu partout. C’est un changement de paradigme », estime Émile Rivoire.
Au-delà du mode de transport, c’est aussi un rapport à l’espace public qui se réinvente. « Je pense que la ville donne plus envie d’être vécue, observe Damien Cottereau. C’est porteur d’une société où on se regarde et on échange. Le vélo restaure des relations sociales mises à mal par un usage excessif de la voiture. » Sylvain Laval, président du Smmag (du moins l’était-il encore à l’heure du bouclage, dans un contexte d’élections à la Métropole), ajoute : « Quand on fait les aménagements pour le vélo, on fait des réaménagements de l’ensemble de l’espace public. En général, ils s’accompagnent d’une requalification importante de tout l’espace. » Le coût est élevé mais assumé : 45 millions d’euros investis par la Métropole sur 2021-2026, plus de 3 millions annuels du Smmag, et 5 500 habitants aidés à l’achat depuis 2023. Des investissements importants, mais pour une cause que résume bien Damien Cottereau : « Ramener la voiture à sa place, restaurer des choses qu’on n’aurait jamais dû accepter dans les années 1970. »

Ce qui reste à faire

Ceux qui font le vélo au quotidien sont les premiers à pointer les angles morts. Damien Cottereau alerte sur un confort dangereux : « Je pense qu’on a un peu trop endormi le militantisme, en considérant le sujet comme acquis. Mais ce n’est pas satisfaisant. » Les classes populaires restent sous-représentées. « Les quartiers les plus populaires sont ceux qui ont eu le moins accès au système vélo, notamment sur l’apprentissage », souligne Alric Bonvallet, dont l’association anime des vélo-écoles dans les quartiers prioritaires. Sylvain Laval désigne l’enjeu structurant des prochaines décennies : connecter les périphéries. « On a beaucoup travaillé sur le premier anneau urbain. Maintenant, nos aménagements cyclables doivent sortir du premier périmètre et aller vers les territoires limitrophes. »
Ces marges de progression n’enlèvent rien à une victoire symbolique majeure : le basculement du sujet dans le consensus politique. Il n’y a plus un seul candidat aux élections locales qui n’inscrive pas le vélo dans son programme. Ce qui provoquait des moqueries en 2014 – quand un élu proposait une “autoroute à vélo” – est devenu un passage obligé du discours public. « Ça veut bien dire que le vélo est devenu un mode de transport légitime. En 2014, ça n’était pas le cas », constate Alric Bonvallet. C’est peut-être le signe le plus sûr qu’une ville a changé. Non pas que tout soit réglé – avec 4 000 kilomètres de voirie, Sylvain Laval rappelle qu’on ne peut « évidemment pas dire que tout est fait ». Mais une trajectoire est engagée, socialement ancrée. Le vélo grenoblois a dépassé la pratique militante pour devenir une pratique de masse. Et pour Damien Cottereau, quelque chose de plus fondamental encore : « Un outil de sociabilité. On a besoin de remettre du beau dans la ville et ça passe aussi par le vélo. »


Du 18 au 31 mai, le Smmag invite les habitants de l’aire grenobloise à une nouvelle édition de la Faites du vélo. L’objectif est de mettre en avant la culture cycliste à travers une programmation variée mêlant sport, culture et loisirs. La quinzaine propose des expériences originales : concerts itinérants avec cycloscène mobile, balades en VTTAE, escapades touristiques, escape game ou encore le festival de cinéma Tous en Selle. Les participants pourront également découvrir un jeu de plateau géant à vélo, s’initier au cyclisme sur piste ou participer à des ateliers de réparation. Le point d’orgue de l’événement se tiendra le 31 mai à l’anneau de vitesse de Grenoble avec la grande kermesse du vélo. Au programme : de nombreux spectacles et des animations pour tous les âges. Les plus sportifs pourront tenter l’ascension du col de Porte sur route fermée, avec la possibilité de tester un VAE.

Photo © Jérémy Tronc

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Publié le 28.04.2026 à 15:20

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Caroline Fournier : « Un combat contre l'adultisme »

/ Par Hugo Verit

En 2020, vous avez créé une maison d’édition de livres jeunesse inclusifs, On ne compte pas pour du beurre. Comment vous est venue cette idée ?

Nous avons fondé cette maison d’édition à deux avec Elsa. Elle et moi avons une fille ensemble et nous nous sommes rendu compte, en regardant les livres qu’on pouvait lui acheter, qu’il y avait très peu de représentations de familles homoparentales dans ces ouvrages. Ou que ces représentations pouvaient sembler problématiques selon nous, c’est-à-dire un peu dans la justification, dans la pédagogie. Au début, nous voulions juste créer des livres pour nous et notre propre besoin. On a commencé par lancer un petit crowdfunding afin de sortir deux trois livres, même pas cartonnés. Et petit à petit, de plus en plus de gens ont montré de l’intérêt pour ce que nous faisions. Le crowdfunding suivant était beaucoup plus important, avec plus de sujets, notamment les enfants racisés ou en situation de handicap. Il a paru alors évident qu’il y avait un vrai besoin. Nous avons été contactées par un diffuseur et le projet s’est professionnalisé. Cela fait maintenant cinq ans qu’on existe, avec 30 livres au catalogue.

Vous évoquez des représentations problématiques de l’homoparentalité dans certains livres jeunesse, c’est-à-dire ?

Dans les quelques livres traitant de l’homoparentalité qu’on a trouvés à l’époque, il y avait souvent un moment de pédagogie où l’on expliquait que « deux mamans, c’est comme un papa et une maman », par exemple. Mais le présenter comme ça, c’est déjà le problématiser et sous-entendre qu’il y a quelque chose de bizarre, d’inhabituel. Ma fille avait alors trois ans, et ça ne me convenait pas du tout de lui inculquer cette idée. Je me suis donc dit que la meilleure façon de lutter contre, c’était de publier des ouvrages dans lesquels le fait qu’un enfant ait deux mamans ou deux papas ne soit pas le sujet du livre.

On a remarqué que, la plupart du temps, lorsque le personnage principal d’une histoire est noir, c’est un livre sur le racisme ; même constat lorsqu’il s’agit d’une famille homoparentale. On s’est ainsi positionné sur quelque chose qui n’existait pas du tout en France : la banalisation des représentations différentes. On adore la littérature jeunesse mais les représentations sont tout de même très hétéronormées et blanches. Les enfants ont tendance à décrocher de la lecture aujourd’hui, et nous pensons justement qu’en se sentant mieux représentés dans les livres, ils en liront plus.

Ce manque de diversité dans la littérature jeunesse dit aussi quelque chose de notre rapport aux enfants, de la place qu’on leur donne dans la société…

Notre société est extrêmement discriminatoire envers les enfants. Bien sûr, il y a plein d’autres discriminations, mais les enfants sont les victimes ultimes puisqu’elles ne peuvent en aucun cas se défendre. Elles ne sont pas en mesure de prendre en charge leurs droits, la propre défense de leurs droits. Donc elles sont infantilisées au dernier degré. Nous, le cœur de notre moteur, c’est aussi le combat contre l’adultisme, contre la domination des adultes sur les enfants.

Comment cette domination se manifeste-t-elle ?

Évidemment il y a les violences sexuelles qui sont le paroxysme de cette domination. Mais il y a aussi tout le continuum des violences éducatives ordinaires : punir les enfants en les isolant, les obliger à faire tout un tas de choses, comme finir leur assiette. Par ailleurs, il n’existe pas toujours des espaces adaptés à eux dans l’espace public, un bon exemple étant les wagons sans enfants lancés récemment par la SNCF, la mode du « no kids ». On demande systématiquement aux enfants d’être sages, de ne pas faire trop de bruit, mais cela va contre leur nature qui est précisément d’être en mouvement. Il y a également la question du droit de vote à 18 ans, on peut estimer que c’est un peu tard. Il faut certes éviter de faire reposer sur l’enfant des responsabilités qui ne lui incombent pas, éviter de faire de lui un petit adulte. Néanmoins, l’enfant reste un sujet politique, c’est-à-dire qu’il doit avoir sa place pensée dans la société. Et l’entrée en tant que sujet vraiment politique dans le monde doit se faire de façon beaucoup plus progressive ; et pas comme ça, du jour au lendemain, à 18 ans.

Nous voilà au cœur de la thématique du festival Failles auquel vous êtes invitée : « Politiser l’enfance ». Quel sera l’objet de votre intervention (le 31 mai à 14h au Centre de loisirs enfance et famille) ?

Je viens à Grenoble pour présenter un livre-documentaire, Être toi, que j’ai écrit et qui paraîtra en novembre prochain. Il s’adresse aux 9-12 ans et vise à leur expliquer (à eux et à leur famille) la façon dont la société les discrimine pour leur permettre de déconstruire une certaine vision de l’enfance. Il s’agit de redonner à l´enfant une pleine autonomie, de lui offrir la possibilité de se percevoir comme une personne à part entière, avec des droits qui doivent être respectés. Cette discrimination est la plus invisible et la plus silencieuse de notre société ; et aucun enfant n’y échappe. C’est l’éléphant dans la pièce que la plupart des gens ne voient pas.


Coorganisée par la collective Failles et la librairie Les Modernes, en partenariat avec Radio Campus et la revue Panthère Première, la première édition du festival Failles aborde un véritable impensé de nos sociétés occidentales : les discriminations envers les enfants. Outre Caroline Fournier et sa maison d’édition inclusive, l’événement accueillera deux auteur·ices ayant contribué à l’ouvrage collectif Politiser l’enfance : Juliet Drouar qui défend notamment le droit de vote des personnes mineures, et Adel Tincelin qui parlera de parentalité au sein des familles queer. Au programme également, une rencontre avec Margaux Portron, traductrice de l’écrivaine et militante féministe américaine bell hooks.

Photo © Camille Collin

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Publié le 28.04.2026 à 15:20

Festival

Festival des Arts du récit : trois spectacles à ne pas rater

/ Par Aurélien Martinez

Pourtant, que la montagne est cruelle

Il était une fois, au printemps 1970 au Pakistan, des alpinistes bien décidés à se lancer à l’assaut du Nanga Parbat, sommet de 8 125 mètres de la chaîne himalayenne. « Qui d’entre nous y croit encore ? » se demande pourtant très vite l’un d’entre eux au moment où le mauvais temps les contraint à rebrousser chemin. Le jeune Italien de langue allemande Reinhold Messner, qui n’était pas encore la légende de la montagne qu’il est aujourd’hui (il est le premier homme à avoir gravi les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres dans le monde), ne veut, lui, pas abandonner et part là-haut relever le défi. C’est cette aventure incroyable que la compagnie suisse Jusqu’à m’y fondre raconte sur scène dans le spectacle choral Versant Rupal, du nom de la voie la plus difficile du Nanga Parbat.

Pour ce faire, l’autrice et comédienne Mali Van Valenberg s’est littéralement installée dans la tête de son héros pour livrer un texte non pas tant sur l’exploit que sur ce que la nature humaine peut (ou non) endurer. Dans une scénographie légère tout en suggestions, les différents interprètes, accompagnés d’un percussionniste, embarquent le public dans les pas de Reinhold Messner, de son obstination, de ses souffrances (« ma peau brûle alors qu’il fait en dessous de zéro »)… et de son frère, qui l’a finalement rejoint. Un récit captivant qui, une fois délivré, donne envie de tout lire sur cette histoire mythique et la polémique qui a suivi.

Versant Rupal
Sam. 23 mai à 20h
TMG – Grand théâtre
De 5€ à 16€

Piensa en mí

Il était une fois, au siècle dernier en Espagne, une famille aux prises avec la guerre civile puis la dictature franquiste. « Voilà plus de cinquante ans, dans un petit village de Castille, Pepe, mon grand-père, a tué Maria, ma grand-mère. Je l’ai appris bien des années plus tard, presque par hasard. » Sur scène, avec sa complice Lisa Peyron, Daniel Olmos, ancien avocat devenu comédien, raconte la vie de ses aïeux, en multipliant habilement les points de vue, et en s’intéressant à Maria, dont le duo ne sait aujourd’hui pas grand-chose, à regret. Mais la magie du théâtre est là pour redonner vie à l’oubliée, l’invisibilisée…

Autour d’un imposant bureau riche en tiroirs et donc en secrets potentiels, le couple binational use de tout un tas de fournitures (post-it, agrafes, scotch…) pour, façon théâtre d’objets, remonter le fil de l’histoire familiale comme celui de la grande histoire. L’horreur de la guerre civile est ainsi illustrée avec des crayons à papier rouges et bleus, pour les deux camps, avant que des multicolores ne symbolisent les innombrables victimes regroupées dans des fosses communes. Glaçant. Un spectacle fort, et par moments drôle, pour littéralement ne plus mettre sous le tapis ce que la société espère cacher, oublier…

Viva !
Mar. 26 mai à 20h
Espace culturel René-Proby (Saint-Martin-d’Hères)
De 6€ à 17€

Beau parleur

Il était une fois, de nos jours à Paris, un comédien qui a délibérément choisi de perdre son accent méridional pour se fondre dans le moule comme la société le lui a implicitement demandé. « Tu parles pointu », lui a un jour reproché son grand-père, resté dans le Sud. Pour ce dernier, son petit-fils a pris l’accent de Paris, et surtout la façon de causer de celles et ceux qui ne pensent pas avoir d’accent. Et si c’était vrai ? Benjamin Tholozan, le petit-fils en question, en est alors convaincu, il tient là le sujet d’un spectacle de théâtre.

Le voilà aujourd’hui sur le plateau accompagné d’un musicien pour donner vie à plusieurs personnages afin d’illustrer son récit – en plus de généreusement abreuver une partie du public de pastis lors de l’entrée en salle. Et le voilà, par ricochet, en train de tisser des liens entre ses racines familiales, intimes (le patois provençal est « une langue qui disparaît un peu plus avec » son grand-père, décédé depuis), et la France, « histoire de territoires, de violence et de sang » (notamment lorsqu’il s’est agit de politique linguistique afin d’éradiquer ce qui était vu comme des patois) dans un geste aussi intelligemment documenté que malicieux dans la forme qu’il a tout bonnement titré… Parler pointu !

Parler pointu
Mer. 27 mai à 19h30
L’’Ilyade (Seyssinet-Pariset)
De 12€ à 18€

Mais aussi

Huit jours de festival, 66 propositions entre « récit de vie, théâtre documentaire ou fait historique, conte merveilleux ou mythe éternel, concert-récit ou atelier comptines, à l’heure du café, du brunch, de l’apéro » : la nouvelle édition des Arts du récit reste dans la lignée des précédentes, tout en impulsant quelques changements. Le principal sera la soirée d’ouverture, organisée cette fois non pas dans un lieu partenaire, mais au Théâtre Prémol, là où le Centre des arts du récit est installé depuis septembre. Ce sera avec un spectacle qui, sur le papier, nous donne envie : Thelma, Louise et Nous du collectif Le Bleu d’Armand, sur deux comédiennes qui « tissent des liens entre elles-mêmes et les héroïnes emblématiques du road-movie » de Ridley Scott.

« Autre particularité de cette édition : neuf spectacles accueillis sont des créations 2026 et 75 % des artistes invité(e)s le sont pour la première fois », écrit dans son édito l’équipe du festival dirigée par Stéphène Jourdain. Façon de montrer, une fois de plus, que les arts du récit ne sont pas figés mais plutôt en perpétuel mouvement.

Photo © Blokaus808

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Publié le 28.04.2026 à 15:20

Festival

Regards croisés : Le monde sur un plateau (de théâtre)

/ Par Aurélien Martinez

Occupation israélienne en Palestine, mouvement antivax, homophobie, écologie… Chaque printemps, le festival Regards croisés met en avant le théâtre qui s’écrit au présent. Et les thématiques des œuvres de cette année démontrent une nouvelle fois que les autrices et auteurs contemporains savent embrasser les enjeux de notre monde au moment où « tout ce qu’on nomme humanité part en cacahuète », comme le déplore l’autrice Magali Mougel dans l’édito de cette 26e édition titrée : « Il faut revoir ce système capitaliste ». Tout un programme (engagé).

Le texte L’École Eureka de l’États-unien Jonathan Spector est ainsi une fascinante et dérangeante plongée au cœur d’un microcosme a priori protégé (une école privée) confronté à une épidémie d’oreillons qui révélera les peurs et les croyances irraisonnées des uns et des autres, prêts à s’insulter violemment au nom de leurs convictions. Un portrait en creux des États-Unis d’aujourd’hui… voire de sociétés de pas mal de pays ?

« Richesse »

Cette pièce, comme toutes celles choisies (une dizaine, dont certaines adressées au jeune public), sera lue par une équipe de comédiennes et comédiens pour tout simplement donner à entendre du théâtre avant qu’il ne soit mis en scène. Car c’est ce que s’évertue à proposer depuis plus de deux décennies le collectif grenoblois Troisième bureau, qui « réunit professionnel·le·s du théâtre, du livre et de l’éducation au sein d’un comité de lecture ».

Un travail nécessaire, puisque « la richesse de ce que l’on peut appeler littérature dramatique mérite véritablement qu’on s’y attarde », clame le collectif dans son manifeste en dix points. 78* ans de fragments de la Britannique d’origine irlandaise et palestinienne Hannah Khalil, qui part de l’année de la création de l’État d’Israël pour aller jusqu’à nos jours ; L’Affaire Magnolia de la Canadienne Maud de Palma-Duquet, sur des adolescents engagés ; ou encore Parcourir de la Française Cléa Bonnard, sur un homme qui tente de sauver son frère de l’homophobie dont il est victime (pour citer trois de nos autres coups de cœur), l’illustrent à merveille.

Photo © Jean-Pierre Angei

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Publié le 28.04.2026 à 15:20

Cirque

Vous êtes des animaux (la preuve avec le spectacle "Faune" en tournée fin mai)

Faune, nouveau spectacle créé par Fanny Soriano de la compagnie Libertivore, est une chorégraphie puissante, comme un souffle félin, une suspension des corps et des respirations qui délie notre regard et lui apporte sans équivoque une nouvelle façon de percevoir la nature. Qui de la bête ou de l’homme est le plus animal ? Qu’est-ce que l’homme a de la bête et qu’est-ce que la bête a de l’homme ?

Comme une exploration entre nature et humanité, Fanny Soriano aime étudier les rapports humains et ceux que l’homme tisse avec son environnement. Des bois de cerfs, au milieu d’une scène ronde, deviennent tantôt un agrès, une parure et un élément sur lequel se fixe irrémédiablement notre regard. La puissance naturelle de l’animal, sa majesté et sa force semblent imprégner la teneur chorégraphique de chaque mouvement qui, mêlant danse contact et cirque, projette sur nous une onde de puissance, dans un univers immense, ouvert, dense et plein de mystère.

Les trois circassiennes chantent en polyphonies, « entends mon cri », « chante-la ta révolte ». C’est la voix de la nature qui s’élève tandis que leurs corps s’entremêlent, se lient et se délient. Une force insondable émane de leurs gestes, leur démarche est assurée et olympienne, leurs muscles tendus comme ceux des bêtes. Un spectacle hypnotisant qui nous rappelle à nos origines. L’humain est animal. / DR

Photo © Philippe Laurençon

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Publié le 28.04.2026 à 15:20

Cirque

"Slava's snowshow" : tombe la neige à la MC2

/ Par Aurélien Martinez

Il était une fois un clown russe du nom de Slava Polunin qui, en 1993 à Saint-Pétersbourg, créa un spectacle devenu culte. Spectacle qui tourne toujours partout dans le monde, avec un succès constant – plus de 12 millions de personnes l’ont déjà vu si l’on en croit l’équipe. Passée plusieurs fois par la France, cette aventure « intemporelle, théâtrale, poétique » répond au doux nom de Slava’s Snowshow. Où il est donc question de neige pour une splendide « tragi-comédie visuelle ».

Une toile d’araignée, des bulles de savon, des grandes balles… Sur scène, un clown tout de rouge et jaune vêtu semble comme bringuebalé dans une succession de tableaux sans paroles au son de musiques d’hier (le Boléro de Ravel par exemple) et d’aujourd’hui (Via con me de Paolo Conte et son fameux refrain tout en « doo-doo-doo-doo-doo »). Car d’autres clowns aux chapeaux incroyables ont décidé de l’emmener dans un joyeux tourbillon afin de faire communauté et, peut-être, de sauver ce drôle de bonhomme.

« Havre de paix »

« Le Snowshow répond au besoin d’un havre de paix, un endroit dans le monde physique où les personnes sensibles peuvent s’y retrouver pour leur plus grand plaisir » (extrait de la note d’intention). La pièce, pensée en deux parties avec entracte, s’apparente ainsi à une bulle hors du temps pour tous les publics, des plus jeunes (à partir de 8 ans) happés et émerveillés par la féerie aux plus âgés capables de tirer les fils qu’ils veulent. Avec une fin on ne peut plus ludique qui abolit autant la frontière scène-salle que celle des âges – qu’il est bon et émouvant de retomber en enfance !

Slava Polunin, né en 1950 en Russie et dorénavant installé en France, à quelque cinquante kilomètres de Paris (au Moulin Jaune, lieu qu’il a acquis en 2000 et centré sur la création artistique qu’il ouvre régulièrement au public), a donc donné son prénom à ce spectacle « entre Gogol et Beckett », même s’il n’est maintenant plus sur le plateau au vu de son âge. « Seuls les authentiques idiots – naïfs, rêveurs enchantés – peuvent dédier leur vie à célébrer ce don avec les autres », assure celui qui est fasciné depuis tout petit par Charlie Chaplin, qu’il a découvert dans le film The Kid. L’enfance, toujours et encore.

Photo © Véronique Vial

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Publié le 28.04.2026 à 15:20

Théâtre

Jouer Shakespeare à trois : rien n'est impossible pour Grégory Faive

Grégory Faive n’est aujourd’hui plus à présenter : comédien et metteur en scène grenoblois, il a le sens de l’humour inné, une bonhomie naturelle et un phrasé qui sait donner la cadence à chacune de ses paroles. Avec pas moins d’une quinzaine de spectacles à son actif, il aborde des sujets aussi variés que pertinents, en passant de la cuisine au théâtre, de Tchekhov à Shakespeare… Et de Shakespeare, justement, parlons-en : Grégory Faive s’est lancé le défi de jouer un Richard III (pièce avec 64 personnages) à trois comédiens seulement ! Autrement dit, comment monter une pièce quand on n’est pas suffisamment nombreux et de quelle façon dépasser les embûches : le manque de moyens, les enjeux de calendrier et les contraintes fixées par les programmateurs ?

Alors nous voici embarqués aux côtés de la troupe dans l’aventure d’une création. Ici il faudra convaincre, là faire coïncider les plannings et puis là-bas, il faudra répéter. En endossant une multitude de rôles, jouant parfois le leur – celui d’artistes qui affrontent chaque jour l’adversité d’un milieu artistique de plus en plus hostile – ils parviennent avec acuité et beaucoup d’humour à retranscrire la réalité du spectacle vivant d’aujourd’hui. Le sujet est porté par des comédiens de grand talent, avec un rythme savoureux et beaucoup de second degré. Le rire se mêle à la beauté du langage shakespearien qui, dans un second tableau, envahit d’un halo de sublime l’auditoire comblé.

Tandis que l’on nous avait annoncé en début de spectacle que, rien, absolument rien n’allait se passer, on en sort pourtant avec la sensation d’avoir vécu mille événements, d’avoir traversé une myriade d’états émotionnels et vaincu des légions d’obstacles. Comme quoi, quand le talent est au rendez-vous et qu’on n’est pas assez nombreux pour jouer Shakespeare, on fait du grand Grégory Faive et c’est très bien comme ça. / DR

Photo © Pascale Cholette

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