02.03.2026 à 19:59
Que révèlent les différentes prises de parole de Donald Trump depuis le début de l’opération Epic Fury, le 28 février ?
Alors que Washington s’est engagé dans une guerre en train de devenir régionale, nous avons compilé l’ensemble des déclarations souvent contradictoires du commandant en chef des forces armées des États-Unis.
Une tendance se dégage : Trump parle de moins en moins d'objectifs politiques.
L’article En Iran, Donald Trump est-il en train de revoir ses buts de guerre à la baisse ? Une analyse de l’intégralité de ses prises de position est apparu en premier sur Le Grand Continent.
Depuis le début de l’opération lancée le 28 février, la communication de Donald Trump a été encore plus erratique que d’ordinaire.
Si un message préenregistré dans la nuit de vendredi à samedi exposait une déclaration de guerre, le président des États-Unis avait dû déprogrammer une autre prise de parole annoncée dans la journée de samedi.
Depuis, il a communiqué relativement peu.
Plusieurs médias qui ont pu s’entretenir brièvement avec lui rapportent des citations contradictoires. Après deux publications liées à l’Iran sur son réseau Truth Social et un nouveau message pré-enregistré diffusé par la Maison-Blanche le dimanche 1er mars, le président des États-Unis s’est plus longuement exprimé lundi 2 mars.
La plupart de ses déclarations donnent peu d’informations sur la portée précise des conséquences des opérations — dans lesquelles quatre soldats américains ont à ce jour perdu la vie — et relèvent de l’auto-congratulation. Le président des États-Unis s’est notamment félicité de la puissance et de la précision des frappes menées contre le régime et du succès de l’opération ayant conduit à l’élimination du Guide Suprême. Il a également répondu à des questions sur la durée de la guerre, ses plans pour l’après et la possibilité de l’envoi de troupes au sol.
S’il n’exclut désormais plus de déployer des soldats américains sur le terrain, ses déclarations varient quant à la durée prévue pour la guerre : il prévoit désormais « 4 à 5 semaines » de combat mais précise que les États-Unis auraient les moyens de soutenir une guerre encore plus longue.
L’analyse de l’intégralité de ses prises de position depuis le 28 février, détaillées ci-dessous et synthétisées dans ce tableau, montre surtout des fluctuations importantes en ce qui concerne les scénarios pour l’après.
Les premières déclarations de Trump exposaient un but maximaliste de changement de régime, en conformité avec celles de Netanyahou : les appels au soulèvement de la population iranienne après les premières frappes ont été réitérés après l’annonce de la mort du Guide.
Mais ce premier moment semble avoir subi une inflexion. Donald Trump a ainsi commencé dans la journée de dimanche à évoquer de plus en plus explicitement un « scénario Venezuela », à savoir un maintien en place des structures profondes du régime avec un changement à sa tête par une personnalité « Trump-compatible » et capable de transiger — selon plusieurs sources, l’équivalent du rôle joué par Delcy Rodriguez à Caracas pourrait ainsi à Téhéran être assumé par Ali Larijani. Il confiait ainsi hier au New York Times : « Ce que nous avons fait au Venezuela, je pense, est le scénario parfait. »
Les dernières déclarations en date d’aujourd’hui, lundi 2 mars, pourraient toutefois montrer que l’administration américaine n’excluerait pas de revoir à la baisse ses objectifs. Évoquant la guerre d’Iran dans une conférence de presse à la Maison-Blanche, Trump n’a plus mentionné aucun but politique et s’est contenté de lister une série d’objectifs strictement militaires : l’élimination des sites balistiques, militaires, la neutralisation de la marine et du programme nucléaire et le ciblage des proxies de Téhéran dans la région — soit dans les grandes lignes les mêmes demandes que celles que les États-Unis ont tenté d’obtenir lors des négociations.
Le même jour, son Secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a fait entendre le même son de cloche : « ce n’est pas ce qu’on appelle une guerre de changement de régime mais le régime a bien changé ».
Par comparaison, le Premier ministre Benjamin Netanyahou déclarait aujourd’hui même que le but de l’opération était de « créer les conditions permettant au courageux peuple iranien de se libérer du joug de la tyrannie. »
« Il y a quelques minutes, l’armée américaine a lancé une opération militaire de grande envergure en Iran.
Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien, un groupe cruel composé d’individus extrêmement durs et terribles. Ses activités menaçantes mettent directement en danger les États-Unis, nos troupes, nos bases à l’étranger et nos alliés à travers le monde.
Depuis 47 ans, le régime iranien scande « Mort à l’Amérique » et mène une campagne incessante de massacres et d’assassinats de masse visant les États-Unis, nos troupes et des innocents dans de très très nombreux pays.
L’une des toutes premières actions du régime a été de soutenir la prise de contrôle violente de l’ambassade américaine à Téhéran, retenant des dizaines d’otages américains pendant 444 jours.
En 1983, les mandataires de l’Iran ont perpétré l’attentat à la bombe contre la caserne des Marines à Beyrouth, qui a coûté la vie à 241 militaires américains. En 2000, ils étaient au courant et probablement impliqués dans l’attaque contre l’USS Cole.
De nombreuses personnes y ont trouvé la mort.
Les forces iraniennes ont tué et mutilé des centaines de militaires américains en Irak.
Les proxys du régime ont continué à lancer d’innombrables attaques contre les forces américaines stationnées au Moyen-Orient ces dernières années, ainsi que contre les navires militaires et commerciaux américains dans les voies maritimes internationales.
Il s’agit d’une terreur de masse — et nous ne sommes plus disposés à la tolérer.
Du Liban au Yémen et de la Syrie à l’Irak, le régime a armé, entraîné et financé des milices terroristes qui ont ensanglanté la terre. Et c’est le Hamas, mandataire de l’Iran, qui a lancé les attaques monstrueuses du 7 octobre contre Israël, massacrant plus de 1 000 innocents, dont 46 Américains, tout en prenant 12 de nos citoyens en otage.
Ce fut un acte brutal, sans précédent dans l’histoire mondiale.
L’Iran est le premier État au monde à soutenir le terrorisme et a récemment tué des dizaines de milliers de ses propres citoyens dans la rue alors qu’ils manifestaient. Les États-Unis, et en particulier mon administration, ont toujours eu pour politique que ce régime terroriste ne puisse jamais se doter de l’arme nucléaire.
Je le répète : ils ne pourront jamais se doter de l’arme nucléaire.
C’est pourquoi, lors de l’opération Midnight Hammer en juin dernier, nous avons détruit le programme nucléaire du régime à Fordow, Natanz et Ispahan. Après cette attaque, nous les avons avertis de ne jamais reprendre leur quête malveillante d’armes nucléaires, et nous avons cherché à plusieurs reprises à conclure un accord.
Nous avons essayé.
Ils voulaient le faire. Ils ne voulaient pas le faire.
Encore une fois, ils voulaient le faire. Ils ne voulaient pas le faire.
Ils ne savaient pas ce qui se passait.
Ils voulaient simplement faire le mal.
Mais l’Iran a refusé, comme il le fait depuis des décennies. Ils ont rejeté toutes les occasions de renoncer à leurs ambitions nucléaires.
Et nous ne pouvons plus le supporter.
Au lieu de cela, ils ont tenté de reconstruire leur programme nucléaire et de continuer à développer des missiles à longue portée qui peuvent désormais menacer nos très bons amis et alliés en Europe, nos troupes stationnées à l’étranger, et qui pourraient bientôt atteindre le territoire américain.
Imaginez à quel point ce régime serait enhardi s’il disposait et était effectivement doté d’armes nucléaires pour faire passer son message.
Pour ces raisons, l’armée américaine mène une opération massive et continue afin d’empêcher cette dictature radicale et très malveillante de menacer l’Amérique et nos intérêts fondamentaux en matière de sécurité nationale.
Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie de missiles.
Elle sera totalement, encore une fois, anéantie.
Nous allons anéantir leur marine.
Nous allons veiller à ce que les mandataires terroristes de la région ne puissent plus déstabiliser la région ou le monde, attaquer nos forces et utiliser leurs engins explosifs improvisés ou leurs bombes artisanales, comme on les appelle parfois, pour blesser gravement et tuer des milliers et des milliers de personnes — dont de nombreux Américains.
Et nous veillerons à ce que l’Iran n’obtienne pas l’arme nucléaire.
C’est un message très simple.
Ils n’auront jamais d’arme nucléaire. Ce régime apprendra bientôt que personne ne doit défier la puissance et la force des forces armées des États-Unis.
J’ai construit et reconstruit notre armée au cours de mon premier mandat.
Aucune armée sur Terre ne peut rivaliser avec sa puissance, sa force ou sa sophistication.
Mon administration a pris toutes les mesures possibles pour minimiser les risques pour le personnel américain dans la région. Malgré cela, et je ne fais pas cette déclaration à la légère, le régime iranien cherche à tuer. Des héros américains courageux pourraient perdre la vie, et nous pourrions avoir des victimes. Cela arrive souvent en temps de guerre. Mais nous ne faisons pas cela pour le présent, nous le faisons pour l’avenir, et c’est une noble mission.
Nous prions pour chaque membre des forces armées qui risque sa vie de manière altruiste afin de garantir que les Américains et nos enfants ne soient jamais menacés par un Iran doté de l’arme nucléaire.
Nous demandons à Dieu de protéger tous nos héros en danger, et nous sommes convaincus qu’avec son aide, les hommes et les femmes des forces armées l’emporteront. Nous avons les meilleurs au monde, et ils l’emporteront. Aux membres des Gardiens de la révolution, des forces armées et de toute la police, je dis ce soir que vous devez déposer les armes et bénéficier d’une immunité totale, ou bien faire face à une mort certaine.
Alors, déposez les armes. Vous serez traités équitablement et bénéficierez d’une immunité totale, ou bien vous ferez face à une mort certaine. Enfin, au grand peuple fier d’Iran, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche.
Restez à l’abri. Ne quittez pas votre domicile. Il est très dangereux de sortir.
Des bombes vont tomber partout. Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il sera à vous.
Ce sera probablement votre seule chance depuis des générations. Pendant de nombreuses années, vous avez demandé l’aide des États-Unis, mais vous ne l’avez jamais obtenue. Aucun président n’était prêt à faire ce que je suis prêt à faire ce soir.
Vous avez maintenant un président qui vous donne ce que vous voulez. Voyons donc comment vous réagirez. Les États-Unis vous soutiennent avec une puissance écrasante et une force dévastatrice.
Le moment est venu de prendre le contrôle de votre destin et de libérer l’avenir prospère et glorieux qui est à votre portée. C’est le moment d’agir. Ne le laissez pas passer.
Que Dieu bénisse les hommes et les femmes courageux des forces armées américaines. Que Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique. Que Dieu vous bénisse tous. »
« Tout ce que je veux, c’est la liberté du peuple [iranien]. »
« Je veux une nation sûre, et c’est ce que nous allons avoir. »
« Je peux prolonger les négociations et prendre le contrôle de la situation, ou y mettre fin en deux ou trois jours et dire aux Iraniens : ‘On se reverra dans quelques années si vous recommencez à reconstruire [vos programmes nucléaires et balistiques]’. »
« Dans tous les cas, il leur faudra plusieurs années pour se remettre de cette attaque. »
« Les Iraniens se sont rapprochés, puis se sont retirés — ils se sont rapprochés, puis se sont retirés. J’en ai conclu qu’ils ne voulaient pas vraiment d’accord. »
« Je voyais que chaque mois, ils faisaient quelque chose de mal, faisaient exploser quelque chose ou tuaient quelqu’un. »
« J’ai eu une excellente conversation avec Bibi [Netanyahou] — nous sommes sur la même longueur d’onde. »
Khamenei, l’un des personnages les plus malfaisants de l’histoire, est mort. C’est une justice rendue non seulement au peuple iranien, mais aussi à tous les grands Américains et à tous ceux, dans de nombreux pays à travers le monde, qui ont été tués ou mutilés par Khamenei et sa bande de voyous sanguinaires. Il n’a pas pu échapper à nos services de renseignement et à nos systèmes de traçage hautement sophistiqués. Grâce à notre étroite collaboration avec Israël, lui et les autres dirigeants qui ont été tués avec lui n’ont rien pu faire. C’est la plus grande chance pour le peuple iranien de reprendre son pays. Nous avons entendu dire que de nombreux membres du Corps des gardiens de la révolution islamique, de l’armée et d’autres forces de sécurité et de police ne veulent plus se battre et cherchent à obtenir l’immunité de notre part. Comme je l’ai dit hier soir, « Ils peuvent maintenant obtenir l’immunité, mais plus tard, ils n’auront que la mort ! » Espérons que le CGRI et la police fusionneront pacifiquement avec les patriotes iraniens et travailleront ensemble comme une seule unité pour redonner au pays la grandeur qu’il mérite. Ce processus devrait bientôt commencer, car non seulement Khamenei est mort, mais le pays a été, en un seul jour, très fortement détruit, voire anéanti. Les bombardements intensifs et précis se poursuivront toutefois sans interruption tout au long de la semaine ou aussi longtemps que nécessaire pour atteindre notre objectif de PAIX DANS TOUT LE MOYEN-ORIENT ET, EN FAIT, DANS LE MONDE ENTIER !
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à cette question.
LE PRÉSIDENT DONALD J. TRUMP
« Ils veulent discuter, et j’ai accepté de discuter, donc je vais leur parler. Ils auraient dû le faire plus tôt. Ils auraient dû proposer plus tôt une solution très pratique et facile à mettre en œuvre. Ils ont attendu trop longtemps. »
« La plupart de ces personnes [les dirigeants iraniens] ont disparu. Certaines de celles avec qui nous traitions ne sont plus là, car cela a été un coup dur, un très gros coup dur. »
« Ils auraient dû agir plus tôt. Ils pouvaient conclure un accord. Ils ont trop joué la finesse. »
« Je dois examiner la situation au moment où elle se présente. » « On ne peut pas répondre à cette question. »
« Cela [le soulèvement populaire] va se produire. Vous le voyez, et je pense que cela va arriver. Beaucoup de gens sont extrêmement heureux là-bas, à Los Angeles et dans beaucoup d’autres endroits. »
« [Trump est heureux de la réaction des gens] sachant que c’est très dangereux, sachant que j’ai dit à tout le monde de rester sur place, je pense que c’est un endroit très dangereux en ce moment »
« Les gens là-bas crient leur joie dans les rues, mais beaucoup de bombes s’abattent en même temps. »
« Les gens ont voulu le faire pendant 47 ans. Ils ont tué des gens pendant 47 ans, et maintenant, la situation s’est inversée. »
« Cela [les bombardements] aurait pu entraîner une forte augmentation du prix du pétrole si les choses avaient mal tourné. »
« Nous avons la meilleure économie que nous ayons jamais eue. Cela ne se sait pas parce que les gens comme vous n’en parlent pas correctement. Mais l’économie est prête à exploser. Et c’est déjà le cas dans de nombreux cas. »
« Je viens d’être informé que nous avons détruit et coulé 9 navires de la marine iranienne, dont certains étaient relativement grands et importants. Nous allons nous occuper des autres — ils finiront bientôt eux aussi au fond de la mer ! Lors d’une autre attaque, nous avons largement détruit leur quartier général naval. À part cela, leur marine se porte très bien ! PRÉSIDENT DONALD J. TRUMP »
« [Les opérations militaires] sont en avance sur le calendrier prévu. »
« Les choses évoluent de manière très positive en ce moment. »
« Nous nous en sommes plutôt bien sortis [en termes de pertes durant son mandat]. Mais ce sont des gens [les trois soldats américains tués] formidables, avec des résultats exceptionnels, vraiment exceptionnels. »
« Cela a toujours été un processus de quatre semaines. Nous avons estimé que cela prendrait environ quatre semaines. Cela a toujours été un processus d’environ quatre semaines, donc, même si c’est un pays puissant, cela prendra quatre semaines, voire moins. »
« Je pense que tout se passe comme prévu. À part le fait que nous avons éliminé l’ensemble de leur direction, bien plus que ce que nous avions prévu. »
« Je rencontrerai leurs familles au moment opportun. [celle des soldats américains tués] »
« Je ne sais pas. Ils veulent parler, mais je leur ai dit : vous auriez dû parler la semaine dernière, pas cette semaine. »
« Ils se battent, eux aussi. »
« Je crois [qu’une démocratie peut émerger]. Ce sera très intéressant à observer, mais beaucoup de choses pourraient se produire, et beaucoup de choses très positives pourraient se produire. »
Le président des États-Unis et ses partenaires ont lancé l’opération Epic Fury, l’une des offensives militaires les plus importantes, les plus complexes et les plus impressionnantes que le monde ait jamais connues. Personne n’a jamais rien vu de tel. Nous avons frappé des centaines de cibles en Iran, notamment des installations des Gardiens de la révolution et des systèmes de défense aérienne iraniens. Il vient d’être annoncé que nous avons détruit neuf navires ainsi que leur base navale en quelques minutes seulement. L’ancien guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, est mort.
Cet homme misérable et ignoble avait sur les mains le sang de centaines, voire de milliers d’Américains, et était responsable du massacre de milliers d’innocents dans de nombreux pays. Hier soir, dans tout l’Iran, on pouvait entendre les voix du peuple iranien acclamer et célébrer dans les rues lorsque sa mort a été annoncée. L’ensemble du commandement militaire a également disparu, et beaucoup d’entre eux veulent se rendre pour sauver leur vie. Ils veulent l’immunité.
Ils appellent par milliers. Les opérations de combat se poursuivent actuellement à plein régime et se poursuivront jusqu’à ce que tous nos objectifs soient atteints. Nous avons des objectifs très forts. Ils auraient pu faire quelque chose il y a deux semaines, mais ils n’ont tout simplement pas pu y arriver.
Plus tôt dans la journée, le CENTCOM a annoncé que trois militaires américains avaient été tués au combat. En tant que nation, nous pleurons ces véritables patriotes américains qui ont fait le sacrifice ultime pour notre pays, tout en poursuivant la mission juste pour laquelle ils ont donné leur vie.
Nous prions pour le rétablissement complet des blessés et adressons notre immense amour et notre gratitude éternelle aux familles des victimes. Malheureusement, il y en aura probablement d’autres. Avant que cela ne prenne fin, c’est ainsi que cela se passera. Il y en aura probablement d’autres, mais nous ferons tout notre possible pour que ce ne soit pas le cas. Mais l’Amérique vengera leur mort et infligera le coup le plus dur aux terroristes qui ont déclaré la guerre à la civilisation tout entière.
Ils ont déclaré la guerre à la civilisation elle-même. Notre détermination, tout comme celle d’Israël, n’a jamais été aussi forte. Les États-Unis sont aujourd’hui, une fois de plus, de loin la nation la plus riche et la plus puissante du monde. Mais la seule raison pour laquelle nous jouissons de notre qualité de vie, de notre liberté et de notre sécurité, c’est que nous avons fait des choses que d’autres sont incapables de faire. C’est grâce à des guerriers prêts à donner leur vie pour combattre nos ennemis.
Et ils combattent mieux que quiconque. Un régime iranien armé de missiles à longue portée et d’armes nucléaires constituerait une menace grave pour tous les Américains. Nous ne pouvons pas permettre à une nation qui lève des armées terroristes de posséder de telles armes, qui lui permettraient de soumettre le monde à sa volonté maléfique. Nous ne laisserons pas cela se produire.
Cela ne nous arrive pas, et nous ne laisserons pas cela arriver à d’autres. Les États-Unis possèdent l’armée la plus puissante que le monde ait jamais connue. J’ai reconstruit notre armée au cours de mon premier mandat. Il n’y a jamais eu d’armée comme la nôtre.
Et franchement, personne ne s’en approche, même de loin. Mais nous utilisons désormais cette armée à des fins positives. Nous voulons l’utiliser à bon escient. Nous menons cette opération de grande envergure, non seulement pour assurer notre sécurité aujourd’hui, mais aussi pour celle de nos enfants et de leurs enfants, tout comme nos ancêtres l’ont fait pour nous il y a de nombreuses années.
C’est le devoir et le fardeau d’un peuple libre. Ces actions sont justes et nécessaires pour garantir que les Américains n’auront jamais à faire face à un régime terroriste radical et sanguinaire, armé d’armes nucléaires et proférant de nombreuses menaces. Depuis près de 50 ans, ces extrémistes malfaisants attaquent les États-Unis en scandant le slogan « Mort à l’Amérique » ou « Mort à Israël », voire les deux. Ils sont le premier État au monde à soutenir le terrorisme.
Nous sommes la nation la plus grande et la plus puissante du monde, nous pouvons donc agir contre leurs agissements. Ces menaces intolérables ne dureront pas plus longtemps. J’exhorte une fois de plus les Gardiens de la révolution, l’armée iranienne et la police à déposer les armes et à bénéficier d’une immunité totale, sous peine d’une mort certaine. Ce sera une mort certaine.
Ce ne sera pas joli.
J’appelle tous les patriotes iraniens qui aspirent à la liberté à saisir cette occasion, à être courageux, audacieux, héroïques et à reprendre leur pays. L’Amérique est avec vous. Je vous ai fait une promesse et je l’ai tenue.
Le reste dépendra de vous, mais nous serons là pour vous aider. Merci. Que Dieu bénisse nos incroyables guerriers et que Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique. Merci.
« Nous avions prévu quatre à cinq semaines. »
« Ce ne sera pas difficile. Nous disposons d’énormes quantités de munitions. »
« J’ai trois très bons choix. » « Je ne les dévoilerai pas maintenant. Finissons d’abord le travail. »
« Ils [les forces militaires iraniennes] se rendraient vraiment au peuple, si vous y réfléchissez bien. »
« Ce que nous avons fait au Venezuela, je pense, est le scénario parfait, le scénario parfait » […] « Tout le monde a conservé son emploi, sauf deux personnes. »
« C’est à eux de décider s’ils le feront ou non. » « Ils en parlent depuis des années, ils auront donc évidemment l’occasion de le faire maintenant. »
« Trois [pertes américaines], c’est déjà trop à mon avis » « Si vous regardez les projections […] ça pourrait être bien plus élevé que ça. »
« Le pays [l’Iran] a été considérablement affaibli, pour employer un euphémisme. »
« Je ne m’engage ni dans un sens ni dans l’autre ; c’est trop tôt. » « Nous avons du travail à faire et nous l’avons très bien fait. Je dirais que nous sommes en avance sur le calendrier. »
« L’attaque a été tellement efficace qu’elle a éliminé la plupart des candidats. »
« Ce ne sera personne parmi ceux auxquels nous pensions, car ils sont tous morts. Les candidats en deuxième et troisième position sont morts. »
« Quelqu’un au sein du gouvernement iranien m’a contacté. » « C’était quelqu’un qui a survécu et qui ne rend plus de comptes au Guide suprême. »
« Je l’ai eu [Khamenei] avant qu’il ne m’ait. Ils ont essayé deux fois. Mais je l’ai eu le premier. »
« C’est une guerre, et il y a des pertes dans une guerre »
« Nous leur mettons une raclée »
« Je pense que ça se passe très bien. C’est très puissant. Nous avons la meilleure armée au monde et nous l’utilisons. »
« Je ne veux pas que cela [la guerre] dure trop longtemps. J’ai toujours pensé que cela prendrait quatre semaines. Et nous sommes un peu en avance sur le calendrier. »
« Oui, nous le faisons en effet [aider les soulèvements populaires au-delà d’assauts militaires]. Mais pour l’instant, nous voulons que tout le monde reste à l’intérieur. Ce n’est pas sûr dehors. »
« Nous n’avons même pas encore commencé à les frapper fort. La grande vague (big wave) n’est pas encore arrivée. La plus grosse est pour bientôt. »
« Nous avons été surpris [que l’Iran frappe les pays arabes]. Nous leur avons dit : « Nous nous en occupons », et maintenant ils veulent se battre. Et ils se battent avec acharnement. Ils devaient être très peu impliqués et maintenant ils insistent pour être impliqués. »
« [Les Iraniens] ont tiré sur un hôtel, ils ont tiré sur un immeuble résidentiel. Cela les a simplement mis en colère. Ils nous aiment, mais ils observaient. Ils n’avaient aucune raison de s’impliquer. »
« Je connais ces gens [les dirigeants arabes]. Ils sont coriaces et intelligents. »
« [les attaques Iraniennes] étaient probablement la plus grande surprise. »
« Il faut comprendre qu’ils ont vécu sous ce nuage noir [la menace nucléaire Iranienne] pendant des années. C’est pourquoi vous ne pouviez jamais avoir la paix. »
« Nous ne savons pas qui sont les dirigeants. Nous ne savons pas qui ils [les Iraniens] choisiront. Peut-être auront-ils de la chance et trouveront-ils quelqu’un qui sait ce qu’il fait. »
« Quarante-neuf personnes »[dirigeants iraniens tués] « Ce fut une frappe incroyable. »
« Ils sont devenus un peu arrogants. » « Ils pensaient être indétectables. Ils ne l’étaient pas. Nous avons été choqués par cela. »
« Ils ne savent même pas qui les dirige actuellement »
« Nous avons éliminé 49 [dirigeants iraniens] » « Ce sont eux qui dirigeaient le pays, et certains d’entre eux étaient pris en considération »
« Nous ne savons pas qui dirige le pays actuellement. Ils [les Iraniens] ne savent pas qui les dirige. C’est un peu comme la file d’attente au chômage. »
« Nous n’avons pas pu conclure d’accord avec ces gens. »
« Ils avaient tout ce matériel enrichi. Ils ont envisagé de le refaire là-bas, mais il était en si mauvais état que la montagne s’était pratiquement effondrée. »
« C’est comme ça »[qu’il faut traiter avec l’Iran]
« Nous n’avons pas à nous soucier des accords. »
« Remontez 37 ans en arrière, voire 47 ans, presque 50 ans, regardez ce qui s’est passé et toutes ces morts. Des militaires qui se promènent sans jambes, sans bras, le visage défiguré. »
« Au cours des 47 dernières années, j’ai dit : « Donnez-moi toutes les attaques. [commanditées par l’Iran] » Si je vous les racontais toutes, je serais encore en train de parler. »
« Nous avons éliminé Soleimani la dernière fois. C’était un général incroyablement violent et cruel. » « Si cela ne s’était pas produit, Israël n’existerait peut-être pas aujourd’hui. Israël pourrait ne pas exister. »
« Lorsque nous avons fait Midnight Hammer — très important — ils étaient à un mois d’avoir une arme nucléaire. »
« C’était l’accord nucléaire de l’Iran, car il donnait tout le pouvoir à l’Iran. Ils auraient pu disposer d’une arme nucléaire il y a trois ou quatre ans. Ils l’auraient utilisée contre Israël. Ils l’auraient peut-être utilisée contre nous. »
« Cet accord était tellement mauvais […] c’était la voie vers une bombe ».
« [Les Iraniens] n’étaient pas disposés à nous donner ce que nous leur demandions. Ils auraient dû le faire. »
« Je n’ai pas de crainte particulière concernant l’envoi de troupes sur le terrain — contrairement à tous les présidents qui disent : ‘Il n’y aura pas d’envoi de troupes sur le terrain.’ Je ne dis pas cela. » « Je dis ‘probablement pas besoin’ [ou alors] ‘si elles étaient nécessaires’. »
« Ça [la guerre] va aller assez vite. Nous sommes dans les temps, même en avance en termes de commandement — 49 morts — et cela allait, selon nos estimations, prendre au moins quatre semaines, mais nous l’avons fait en une journée. »
« On va s’en débarrasser [les représailles terroristes]. Peu importe. C’est comme tout le reste, on va s’en débarrasser. »
« Ils voulaient fabriquer une arme nucléaire, alors nous les avons complètement détruits, mais nous avons découvert qu’ils se trouvaient dans un site totalement différent, car les sites que nous avons détruits étaient permanents. Ils ont essayé de les utiliser, mais ils ont été complètement détruits, comme je l’ai dit précédemment, n’est-ce pas ? Nous les avons alors trouvés en train de travailler dans une zone totalement différente, un site totalement différent, afin de fabriquer une arme nucléaire par enrichissement. C’était donc le bon moment. » « J’ai dit : c’est parti. »
« Je pense que les sondages sont très bons, mais je me fiche des sondages. Je dois faire ce qui est juste. Je dois faire ce qui est juste. Cela aurait dû être fait depuis longtemps. »
« Nous sommes déjà largement en avance sur nos prévisions.
Mais quel que soit le temps nécessaire, cela ne pose pas de problème. Quoi qu’il en coûte, nous avons toujours, et depuis le début, prévu quatre à cinq semaines, mais nous avons la capacité d’aller bien au-delà. Nous le ferons. »
« Nous avions également prévu quatre semaines pour anéantir leur puissance militaire, et comme vous le savez, cela a été fait en environ une heure. Nous sommes donc très en avance sur le calendrier. »
« Nos objectifs sont clairs.
Premièrement, nous détruisons les capacités balistiques de l’Iran, comme vous pouvez le constater heure après heure, ainsi que leur capacité à en produire de nouvelles, qui sont d’ailleurs de très bonne qualité.
Deuxièmement, nous anéantissons leur marine. Nous avons déjà coulé 10 navires. Ils gisent au fond de la mer.
Troisièmement, nous veillons à ce que le premier sponsor mondial du terrorisme ne puisse jamais se doter de l’arme nucléaire. Il n’aura jamais l’arme nucléaire.
Enfin, nous veillons à ce que le régime iranien ne puisse plus armer, financer et diriger des armées terroristes en dehors de ses frontières. »
L’article En Iran, Donald Trump est-il en train de revoir ses buts de guerre à la baisse ? Une analyse de l’intégralité de ses prises de position est apparu en premier sur Le Grand Continent.
02.03.2026 à 16:55
« Nous entrons sur le chemin de la dissuasion avancée. »
Alors que 6 Européens sur 10 soutiennent l’extension de la dissuasion nucléaire française à toute l’Union, dans son discours de l’île Longue, Emmanuel Macron a officialisé une réorientation européenne de la dissuasion française et ordonné une augmentation du nombre de têtes nucléaires — tout en précisant que les chiffres de cet accroissement ne seraient jamais communiqués.
Nous publions une longue introduction signée Louis Gautier à ce discours historique — à étudier de près.
L’article La dissuasion avancée : Emmanuel Macron a-t-il européanisé la doctrine nucléaire française ? Discours intégral à l’île Longue est apparu en premier sur Le Grand Continent.
Lors de son déplacement à l’île Longue, lundi 2 mars 2026, dans un important discours sur la dissuasion, Emmanuel Macron a entendu préciser les conditions dans lesquelles les armes nucléaires françaises pourraient à l’avenir « européaniser » leur posture dissuasive.
Après les ouvertures pratiquées à ce sujet auprès de nos alliés, en 2024 et 2025, marquée en particulier par la déclaration franco-britannique de Northwood le 10 juillet 2025, l’intervention du chef de l’État était très attendue.
Même si la proposition d’étendre la protection de la dissuasion française aux alliés européens s’inscrit dans la continuité des prises de position de tous ses prédécesseurs depuis la fin de la Guerre froide, le président de la République s’engage cette fois plus avant.
On passe de l’affirmation que les armes françaises de dissuasion contribuaient de facto à la sécurité des Européens à une offre de service et aux modalités que pourrait prendre un tel engagement.
Cette évolution intervient dans un contexte de tensions internationales et de multiples ruptures stratégiques qui tout à la fois en justifient la visée et rendent critique la trajectoire pour y parvenir.
Pour la première fois depuis 1945, l’Europe est le théâtre d’un conflit majeur. La guerre d’Ukraine, dévastatrice et meurtrière, se voit placée par la Russie sous le spectre de gesticulations nucléaires répétées. Jamais, en outre, depuis 1991, la fiabilité des garanties de sécurité consenties par les États-Unis à leurs alliés de l’OTAN, n’avait, à ce point, été révoquée en doute et fragilisée. Dans sa dernière édition, la National Defense Strategy américaine publiée fin janvier, consacre à peine cinq lignes aux questions nucléaires. Aucune n’évoque la « dissuasion élargie ». C’est d’ailleurs du bout des lèvres qu’Elbridge Colby, sous-secrétaire d’État à la guerre des États-Unis, y a fait une elliptique mention lors de son intervention à la réunion des ministres de la défense de l’OTAN, le 13 février dernier. Le parapluie nucléaire américain se referme sur la tête des Européens — au moment où le temps commence à se gâter.
Le monde est en effet entré dans un nouvel âge nucléaire. Dans ces circonstances préoccupantes, l’initiative française répond à un impératif : éviter que les Européens ne se retrouvent, un jour, stratégiquement démunis face à un chantage nucléaire. Toute inflexion de posture de notre dissuasion ne peut cependant s’opérer qu’avec une particulière circonspection. Tel le skieur qui, à l’arrêt, effectue une conversion, il faut en effet prendre garde à ne pas perdre l’équilibre en changeant de direction.
Sauf à compromettre la crédibilité de sa dissuasion, la France ne peut pas prétendre trop. En s’adaptant, sa posture nucléaire doit rester cohérente en doctrine, compatible avec ses moyens, compossible avec les choix stratégiques de ses partenaires européens et prise au sérieux par ceux qu’elle entend dissuader, en premier la Russie. Le pays ne peut pas non plus accorder à d’autres une assurance nucléaire sans réciprocité. L’« européanisation » de la dissuasion française suppose de pouvoir l’inscrire dans de nouvelles dynamiques avec des partenaires européens qui acceptent de faire converger leurs doctrines et de mutualiser certaines capacités, notamment dans le haut du spectre des armements conventionnels — spatial, alerte avancée, systèmes de défense anti-missiles, missiles longue portée.
Si la couverture de notre dissuasion nucléaire s’étend, celle-ci doit pouvoir en effet s’adosser, sans limitation d’accès, à des moyens conventionnels européens redimensionnés et partagés. Il s’agit de pouvoir collectivement opposer à un adversaire agressif une réponse stratégique globale tant conventionnelle que nucléaire qui l’empêche préventivement de passer à l’acte ou le retient d’aller plus loin.
Les ouvertures pratiquées par la France sur l’extension de sa dissuasion ont été accueillies très positivement de Stockholm, à Berlin en passant par Varsovie mais, à ce stade, les réactions de nos partenaires dessinent surtout un horizon d’attente. Mis à part le cas du Royaume-Uni, seule autre puissance nucléaire européenne avec qui la France coopère depuis de longues années dans des domaines très strictement bordés par sa dépendance aux équipements nucléaires américains, tous les autres pays européens restent sur leur quant à soi, attendent de voir.
Voulant couper l’herbe sous le pied du projet français, Mark Rutte a d’ailleurs vertement rappelé à l’ordre les Européens. Lors de son intervention au Parlement européen le 26 janvier dernier, le secrétaire général de l’OTAN a mis en garde contre les aspirations à l’autonomie stratégique : « dans ce scénario, vous perdriez le garant ultime de notre liberté, à savoir le parapluie américain ».
Les Européens tâtonnent. Ils cherchent à sauver la mise avec les États-Unis et pratiquent l’accommodement dans l’OTAN. Cette voie du compromis s’impose à eux pas simplement pour des raisons tactiques mais parce qu’ils ne sont toujours pas prêts à des choix alternatifs structurants. Les partenaires européens de la France testent sa détermination sans partager sa vision. La dissuasion française n’est pour eux qu’une corde de rappel dont la solidité vaut d’être éprouvée. Leur filet de sécurité nucléaire reste américain, même s’ils savent que son maillage est troué.
Ce constat, à date, n’est pas rédhibitoire. L’ « européanisation » de la dissuasion française n’est qu’un projet en gestation qui suppose de solder par étape de nombreuses hypothèques. La première étape est celle des clarifications politiques et doctrinales, à commencer par une mise au point du côté français. L’européanisation projetée de la dissuasion française s’entend dans le respect du principe de souveraineté qui la fonde. Néanmoins, on ne voit pas comment l’élargissement de la dissuasion française à la protection d’autres intérêts vitaux que ceux de la France pourrait laisser sans interrogation la totale autonomie d’action de nos forces stratégiques, laisser sans réexamen des concepts doctrinaux aussi fondamentaux que ceux de la « stricte suffisance » et de l’« ultime avertissement » que le président a entendu conforter et actualiser en annonçant une augmentation du nombre de têtes nucléaires. En outre, une réarticulation des doctrines d’emploi française et de l’OTAN s’impose. Enfin, aller plus loin suppose de concrétiser des épaulements opérationnels et capacitaires auprès de nos partenaires européens.
Dans son discours de l’île Longue, Emmanuel Macron s’est voulu rassurant et soucieux de maintenir le consensus national sur la dissuasion. Se contentant de donner de grandes orientations, de proposer un approfondissement des discussions avec nos partenaires, il n’a levé qu’un pan du voile. Il est vrai que nous n’en sommes qu’à l’amorce d’un processus de concertation et, dans ce domaine, les sujets de discussion ne s’étalent pas au grand jour.
Néanmoins, si l’on veut avancer sereinement dans ces échanges, il faut le faire avec franchise en plaçant d’emblée des lignes rouges. Comme Emmanuel Macron l’a opportunément rappelé, la dissuasion française « élargie » ou « avancée » (selon la nouvelle terminologie employée) n’est en aucune façon une dissuasion partagée. Il ne saurait donc être question de partager avec quiconque la fabrication, la détention, ni l’ordre de mise à feu des missiles nucléaires français. Jamais la France, par une frappe nucléaire d’envergure, ne jouera son va-tout si sa survie comme nation n’est pas également en cause. Jamais elle n’acceptera de transiger sur l’autonomie des moyens de la dissuasion, ni sur le caractère souverain de la chaîne de commandement.
L’autonomie de la dissuasion française requiert en outre la maîtrise complète des circuits de production et de maintenance des armes nucléaires, de leurs vecteurs et de leurs porteurs sous-marins nucléaires ou avions de combat. À cet égard, les récentes déclarations du Chancelier Merz remettant en cause le programme SCAF au moment où, à Munich, il entendait nouer un dialogue avec notre pays sur la dissuasion, ont été entendues comme particulièrement mal venues et dissonantes. Le sort de l’avion furtif de sixième génération au cœur de ce programme conditionne en effet le renouvellement de notre composante aérienne de dissuasion. Derrière les divergences industrielles et politiques entre Paris et Berlin, ce propos révélait le très grand écart des cultures stratégiques allemande et française. La France ne peut pas transiger sur la modernisation des outils de sa dissuasion. L’Allemagne, en faisant le pari de devenir la première puissance conventionnelle en Europe, nourrit surtout pour l’heure les ambitions et le carnet de commandes de Rheinmetall et de ses industriels de l’armement.
Il faut également s’employer à réduire des différences d’approche et de perception des priorités militaires que notre réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN a contribué depuis 2009 à masquer. Nos partenaires sont en effet enclins à croire que la mission de dissuasion exprime une singularité, constitue un atout d’une politique de défense française ayant par ailleurs adopté les standards de l’OTAN. Or, il n’en est rien. Telle une épine dorsale, la dissuasion continue de structurer, en profondeur, stratégiquement, financièrement et technologiquement notre défense.
En outre, la doctrine française de dissuasion n’est absolument pas alignée sur celle de l’OTAN. Actuellement, dans un faux-semblant confortable, la dissuasion française se place — à part et en plus — à côté des moyens militaires européens et américains qui, dans l’OTAN, assurent la sécurité collective des Alliés. Il s’agit d’une contribution autonome : sans se conformer à la doctrine d’emploi ni être soumise à la planification nucléaire de l’OTAN, nos forces stratégiques s’ajoutent aux moyens alliés tout en complexifiant la donne pour un adversaire. La dissuasion française contribue au renforcement global de la dissuasion de l’Alliance » (Déclaration d’Ottawa, 1974). En tant que « centre de décision distincts, elle complique les calculs d’adversaires potentiels » (communiqué du Sommet de Varsovie, 2016). Les armes nucléaires françaises constituent ainsi, d’une part, un facteur de certitude qui sanctuarise, sous la menace de représailles massives, le territoire national et, d’autre part, un élément d’incertitude dans la partie dissuasive à trois qui se joue avec les États-Unis et la Russie sur le Vieux-continent.
Cette ambigüité nous sert. Elle permet de s’accommoder des contradictions qui opposent les doctrines de dissuasion française et otanienne.
L’européanisation de la dissuasion n’oblige pas à en sortir du côté français. En revanche, elle force les partenaires européens à admettre le double standard d’une dissuasion nucléaire différenciée selon qu’elle s’exprime dans l’OTAN ou s’envisage de concert avec les Français.
C’est d’ailleurs sans doute là que le bât blesse pour eux, tant vis-à-vis des Américains que de leurs opinions publiques peu au fait des options et scénarios nucléaires.
Depuis la fin de la Guerre froide, pour les pays de l’OTAN membres de l’Union (Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas) qui accueillent depuis une soixantaine d’années les bombes atomiques américaines B61 sur leur territoire, ces bombes à gravité constituent avant tout un gage politique. Elles matérialisent une relation spéciale avec les États-Unis engagés à les défendre, y compris, en acceptant le franchissement possible du seuil nucléaire avec l’emploi de ces armes de théâtre.
L’achat par ces quatre pays de F35 pour emporter la B61 (demain sans doute rejoints par le Royaume-Uni désireux de se doter à nouveau d’une composante nucléaire aéroportée) a pour but de consolider davantage encore le lien politico-stratégique avec les États-Unis.
Par rapport à la réaffirmation de ce lien, les options d’emploi opérationnel des F35A couplés à la B61-12, version modernisée, de la bombe américaine à gravité est une question seconde pour les décideurs allemands, belges, italiens et néerlandais. On comprend aisément pourquoi : la question les plonge dans l’embarras. L’ajout d’un kit de guidage à la bombe B61-12 qui lui offre désormais une capacité de tir à distance de l’ordre d’une trentaine de kilomètres et la rend un peu plus précise ne change rien à l’affaire. Elle reste un accessoire anachronique du temps de la Guerre froide.
Vu les difficultés de pénétration d’un raid aérien en milieu non permissif, sur quel type de cibles et au-dessus de quels territoires européens, les 80 unités stationnées en Europe de la B61-12, chargées de 0,3 à 50kt, pourraient-elle être larguées ?
Quel pays disposant de la B61-12 serait prêt, à condition que les États-Unis l’y autorise et sans garantie pour la suite, à délivrer une frappe nucléaire limitée contre des intérêts russes sous la menace d’un tir de rétorsion plus puissant sur son propre sol, par exemple celui d’un Orechnick russe ?
Les performances et la gamme de missions de la composante nucléaire aérienne des pays de l’OTAN sont singulièrement contraintes. Elles contrastent avec celles de nos forces aériennes stratégiques actuellement dotées de l’ASMPA et à terme équipées de la version hypersonique de l’ASN4G, un missile tiré à 1000 km de son point d’impact et dont la vitesse et les aides à la pénétration rendent le coup au but quasi imparable. L’emploi de cette force est en outre adossé aux capacités de destruction de la force océanique stratégique prêtes à tout moment à infliger des représailles massives.
Le choix des armes, la doctrine d’emploi et la mission des forces nucléaires françaises sont guidés par l’exigence de la cohérence stratégique et de l’efficacité militaire — les options de nos partenaires répondent à des critères avant tout politiques.
La conception française de la dissuasion est radicale dans son substrat théorique, dans ses choix technologiques et dans les effets portés de ces armements. La doctrine française de dissuasion ne conçoit la frappe nucléaire que dans des circonstances extrêmes de légitime défense : les armes nucléaires sont des instruments de dissuasion à des fins d’empêchement de la guerre dès lors qu’un conflit nucléaire prolongé ne peut être gagné et ne ferait que des perdants.
Paris considère donc l’emploi d’armes nucléaires que comme ultime recours afin de provoquer une rupture définitive dans la conduite d’un conflit et d’y mettre un terme sous la menace du pire. La France a toujours récusé l’hypothèse qu’il puisse être fait un usage gradué dans la durée des armes nucléaires — telle que la théorie américaine de riposte flexible l’envisageait au temps de la guerre froide et telle que le sous-entend aujourd’hui, avec une ambigüité, comme toujours possible — la doctrine de l’OTAN.
Hier quand les pays de l’Europe de l’Est étaient sous le joug soviétique, et moins encore à présent, la France n’envisage de transformer notre continent en terrain de tirs nucléaires et en un champ de ruines.
Une frappe nucléaire dans notre doctrine est d’abord délivrée comme un ultime avertissement ou un coup d’arrêt mettant fin à une agression menaçant nos intérêts vitaux sous la menace, en cas de récidive, de poursuite, ou d’escalade nucléaire d’une déflagration entraînant des dommages inacceptables pour le territoire et la population de la partie adverse et forçant ainsi celle-ci à en rabattre. Notre panoplie est composée de missiles lourds et ne comporte plus depuis 1992 de missiles nucléaires sub ou pré-stratégiques, à courte portée et faiblement chargés, pouvant être tirés dans le seul but de stopper un engagement tactique.
Les missiles en dotation dans nos forces peuvent tous être tirés à distance de sécurité et sont pourvus de têtes lourdement chargées. À titre d’indication, la charge nominale de la tête TNA de l’actuel ASMPA-R est de l’ordre de 250 à 300 KT (20 fois Hiroshima). La version d’un seul des 16 M51-3 embarqués sur SNLE comporte jusqu’à dix têtes dont chacune a une puissance de l’ordre de 100kt.
La France, en passe de renouveler ses composantes avec une troisième génération de la Force océanique stratégique (FOST) et des Forces aériennes stratégiques (FAS), dispose et disposera demain de forces stratégiques modernisées aux meilleurs standards. Mais ces forces sont calibrées pour exercer une pression conforme à une doctrine purement dissuasive et de stricte suffisance qui n’envisage le franchissement du seuil nucléaire que dans des situations extrêmes, des cas limites.
Notre doctrine n’est pas compatible avec celle de l’OTAN. Nous ne souhaitons pas impliquer les armes nucléaires sur le champ de bataille. Les bombes B61-12, sous double clef, ne peuvent en outre pas servir à un tir souverain d’ultime avertissement qui doit librement manifester la détermination de la France.
En cas d’élargissement de la dissuasion française, notre pays peut continuer de s’accommoder du double standard nucléaire européen mais nos alliés doivent être pleinement conscients des contradictions qu’ils devront assumer et surtout de la nécessaire adaptation de leur posture stratégique dans la durée.
Sous ce postulat, une concertation sur l’environnement de sécurité, les éléments de doctrine, les procédures d’alertes et — le moment venu — sur la définition théorique de l’éventail des frappes devrait sous pouvoir être engagée. Mais cette concertation n’a aucune chance d’aboutir si les postures stratégiques des partenaires avec qui nous pourrions avoir un tel dialogue ne convergeaient pas à terme vers la définition progressive d’un contrat commun de sécurité collective et une mise en cohérence capacitaire.
S’agissant des moyens, avec un stock d’armes nucléaires opérationnelles de l’ordre de 290 pour la France et 240 pour le Royaume-Uni, de la qualité des armes, de leurs performances et de leur flexibilité d’emploi est clef. Dans une annonce historique, le Président de la République a déclaré que le nombre de têtes nucléaires allait augmenter, en précisant d’emblée que les chiffres de cette augmentation ne seraient jamais communiqués.
Faut-il envisager de se doter, en partenariat, d’un autre type de missiles, possiblement au double standard conventionnel et nucléaire permettant des frappes dans la profondeur ? Face à la menace des missiles de moyenne portée russe, nous avons besoin de missiles ayant une plus grande portée.
Au plan opérationnel, l’élargissement de la dissuasion française suppose des épaulements capacitaires. Un premier axe de coopération pourrait porter sur le soutien aux missions des FAS et la Composante nucléaire aéroportée (CNA), nos partenaires fournissant une partie des moyens d’accompagnement nucléaire et augmentant ainsi la capacité de pénétration du raid nucléaire.
On peut aussi, par le stationnement au sol des avions des FAS ou leur déploiement dans les espaces aériens de nos alliés, rendre manifeste et tangible, l’européanisation de la couverture de la dissuasion française.
La France envisage à la suite des déclarations du président de la République sur la base BA 116 de Luxeuil-les-Bains de doter les FAS d’un troisième escadron.
Les marines européennes pourraient aussi contribuer à la protection avancée des SNLE de la FOST française et de la Royal Navy britannique.
Si le nombre des vecteurs embarqués à bord des SNLE français et britanniques est jugé suffisant par Londres et Paris pour infliger des dommages inacceptables à un adversaire qui s’en prendrait à nos intérêts vitaux, l’accroissement d’un bâtiment pour chacune des deux flottes, aujourd’hui calibrées à quatre SNLE, permettrait d’assurer en permanence au moins trois SNLE à la mer, ce qui serait de nature à renforcer la posture dissuasive européenne.
La coordination franco-britannique annoncée par la déclaration de Northwood crédibilise en outre l’option d’une réponse coordonnée en cas d’attaque majeure visant le territoire européen et non seulement l’un des deux pays. Coordonner plus systématiquement les temps de présence à la mer des SNLE britanniques et français semble donc un objectif réaliste et raisonnable. Toute la difficulté de l’élargissement de sa dissuasion pour la France est de ne pas lui faire perdre en crédibilité et de gagner en robustesse par des coopérations avec ses partenaires.
En revanche, l’européanisation de sa dissuasion procure à celle-ci de la profondeur de champ et de la robustesse.
Enfin, elle contribue au rééquilibrage des rapports de forces en Europe et, en cas de guerre déclarée, à éviter que les hostilités ne débouchent sur une lutte à mort.
Selon cette grammaire — et à condition que le rapport des forces conventionnelles et nucléaires européennes soit globalement convaincant vis-à-vis d’un ennemi potentiel — les armes nucléaires françaises peuvent servir à l’affirmation d’une stratégie européenne de déni d’accès. Pour Paris comme pour ses partenaires européens, qui s’engageraient solidairement dans l’entreprise, ce qui compte, d’abord et avant tout, est le rétablissement d’un rapport de force dissuasif avec la Russie et le maintien d’une mise à distance des autres puissances nucléaires, Chine comprise.
Le discours de l’île Longue creuse le sillon d’une dissuasion française qui se renforce, il ouvre aussi la voie à son européanisation possible.
Dans le fracas des explosions en Ukraine et des bombardements contre l’Iran, le discours de l’île Longue, tenu dans un nouvel épisode de hautes tensions internationales sera-t-il entendu par-delà nos frontières ? Il est normal qu’il soit suivi d’une phase de décantation du côté des Européens. La balle est maintenant dans leur camp.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs en vos grades et qualités, c’est avec gravité que je me tiens aujourd’hui devant vous, au cœur de l’Île Longue, cette cathédrale de notre souveraineté, symbole de l’engagement constant de notre pays pour la dissuasion nucléaire depuis maintenant plus de 65 ans.
Dans quelques jours, le sous-marin nucléaire lanceur d’engin, le Téméraire, qui vous fait face, prendra la mer. Il disparaîtra dans une discrétion absolue et jouera pleinement, depuis les profondeurs, son rôle de gardien ultime de notre liberté d’action, de notre indépendance. Tout cela, nous le devons à l’engagement continu de mes prédécesseurs, de nos armées, depuis le premier essai nucléaire français en 1960, la première alerte opérationnelle des forces aériennes stratégiques en 1964, la première pierre posée ici même, à l’Île longue, en 1965, et encore la première patrouille du SNLE, Le Redoutable, en janvier 1972. Nous le devons aussi au savoir-faire de nos centres de recherche, de nos industriels, au professionnalisme et au dévouement des militaires et des civils qui servent, où qu’ils se trouvent, dans un atelier secret, au fond des mers ou dans le ciel, notre dissuasion nucléaire. J’en suis reconnaissant à chacun.
Pour la dissuasion, notre Nation a consenti un effort financier, scientifique et technologique constant, à tous égards, exceptionnel et sans égal sur le continent. Déjà, trois générations de femmes et d’hommes se sont succédées pour œuvrer à l’édification, à la consolidation, à l’optimisation de ce qui constitue la pierre angulaire de notre stratégie de défense. À l’heure où vacillent les certitudes, où les adversaires s’enhardissent, où les alliances faseyent, la dissuasion est et doit demeurer un intangible français. En tant que président de la République, élu au suffrage universel direct, j’en suis le garant. Je suis venu ici vous redire avec la plus grande force l’attachement de la Nation, mon attachement à la poursuite de cette mission fondamentale.
Notre dissuasion est robuste et efficace. Tous ceux qui auraient l’audace de vouloir s’en prendre à la France savent le prix insoutenable qu’il y aurait pour eux, à payer. Mais intangible ne veut pas dire inerte. En février 2020, il y a six ans déjà, fidèle à la tradition républicaine, j’avais exposé les fondements de notre doctrine nucléaire et de sa place dans le monde. Depuis lors, les choses ont changé. Les six années écoulées pour la France et pour l’Europe pèsent comme des décennies. Et les derniers mois comme des années. Nos concurrents ont évolué, nos partenaires aussi. Le monde se durcit et les dernières heures l’ont encore démontré. C’est donc avec beaucoup de gravité que je viens aujourd’hui annoncer à la Nation une évolution à la hauteur de nos défis nationaux et européens. Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j’appellerai une dissuasion avancée.
Oui, nous vivons actuellement, au plan géopolitique, une période de rupture, pleine de risques, et nos compatriotes en ont pleinement conscience. Cette période justifie un durcissement de notre modèle. La Russie mène à l’Ukraine voisine une guerre lente et cruelle qui constitue, comme l’a identifié notre revue nationale stratégique, un risque majeur pour notre Europe. Cette même Russie assume un révisionnisme, un impérialisme brutal et, déjà forte d’un arsenal nucléaire pléthorique, ne cesse de développer de nouvelles armes. Des missiles nucléaires hypersoniques, d’autres à propulsion nucléaire censés voler sans limite, des torpilles nucléaires, et même un projet particulièrement dangereux pour l’humanité, d’armes nucléaires envoyées dans l’espace.
La Chine, de son côté, s’est engagée dans un rattrapage à marche forcée des Etats-Unis. Elle fabrique plus d’armes aujourd’hui que n’importe quel autre pays. Elle a exposé encore récemment les derniers perfectionnements de sa triade. Nul ne sait quelles seraient les ramifications, directes ou indirectes, nucléaires ou non, d’un conflit qui éclaterait en Extrême-Orient ou ailleurs, elles ne sauraient en tout état de cause être sans conséquences pour nous. La Chine, comme la Russie, développe des systèmes de plus en plus sophistiqués de protection de leur territoire, une logique qu’épousent d’ailleurs les Américains aussi avec leur projet de Golden Dome.
En Asie, les arsenaux ou les forces stratégiques d’autres Etats possesseurs, comme l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, sont en pleine expansion. Par ailleurs, nous ne pouvons plus considérer les menaces de manière isolée, car de nouveaux liens sont apparus entre elles. Quel est le prix du soutien massif de la Corée du Nord à la guerre d’agression que mène la Russie ? Quelles sont les ramifications du traité d’alliance entre les deux pays ? Que dire de la dépendance extrême dans laquelle la Russie s’est placée vis-à-vis de la Chine ? De tout cela, nous devons tenir compte. A cela s’ajoute la guerre en cours au Proche et Moyen-Orient, qui porte et portera son lot d’instabilité et d’embrasements possibles à nos frontières, avec un Iran aux capacités nucléaires et balistiques non encore détruites. Sur cela, je reviendrai dans les prochains jours. Quant à nos alliés américains, qui eux-mêmes modernisent leur arsenal, ils jouent depuis 1945 et continueront de jouer un rôle clé dans la défense de l’Europe. Nous leur en savons gré, et au plan de la dissuasion, ils participent directement à notre protection avec la mission nucléaire de l’OTAN. Mais leur récente stratégie nationale de sécurité et de défense manifeste un réagencement des priorités américaines et une incitation forte à ce que l’Europe s’occupe plus directement de sa propre sécurité. Il nous faut entendre cette invitation à prendre davantage en main notre destin, et comme vous le savez, je ne dis pas autre chose depuis le premier jour de mon premier mandat.
Il y a par ailleurs une autre caractéristique, de la période que nous vivons. Dans l’atmosphère d’anomie actuelle, nous assistons à la fois à un renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire, mais aussi dans le même temps à une intensification de la conflictualité sous ce seuil. Et cela a des implications très directes pour nous. Le risque de franchissement est plus grand d’abord parce que les conflits impliquant des puissances dotées des Etats possesseurs ou proliférants s’accroissent. N’a-t-on pas vu tout récemment des explosions de violences impliquant l’Inde, le Pakistan, l’Iran, Israël ? N’a-t-on pas vu aussi des comportements irresponsables de la Russie en particulier, avec une modification de sa doctrine cousue main pour menacer l’Ukraine, une banalisation du discours sur l’arme, des officiels qui agitent des menaces inconsidérées, des tirs de missiles duaux comme l’Orechnik, à proximité des frontières européennes ? Tout cela est un changement majeur qui rend plus tangible le risque de franchissement.
Dans le même temps, les puissances nucléaires comme la France doivent aussi s’accoutumer à la possibilité de conflits majeurs sous le seuil nucléaire dans leur environnement immédiat. N’a-t-on pas vu ces derniers mois des salves de missiles tomber sur des puissances dotées ou des Etats possesseurs ? L’Europe pourrait un jour se trouver dans une position similaire. Pour gérer ce genre de situation avant qu’elle ne franchisse le seuil nucléaire, il faut des capacités spécifiques. L’alerte avancée pour détecter les menaces, la défense aérienne élargie pour s’en prémunir, la frappe dans la profondeur pour contrer et agir au plan offensif. C’est tout cela qu’on appelle l’épaulement. Pour être forts dans notre dissuasion nucléaire, nous devons être forts dans nos capacités conventionnelles dans toutes leurs dimensions. C’est bien sur ces deux piliers que se fonde notre défense et j’en ai souligné l’importance dès 2020. Mais les dernières années ont bien montré le manque criant de capacités d’épaulement en Europe. Et cette situation n’est pas tenable. Et vous verrez qu’elle occupe une place importante dans mon raisonnement.
Tout cela montre en tout cas que les menaces nucléaires s’accroissent, se diversifient, qu’elles sont davantage connectées entre elles, qu’elles risquent d’être précédées d’épisodes de conflits intenses sous le seuil et que les défenses de nos adversaires potentiels se renforcent. Nous devons donc en tirer les leçons. Car en effet, dans ce monde dangereux et instable, comme vous m’avez déjà entendu le dire à plusieurs reprises, pour être libre, il faut être craint. J’en ai la conviction. Notre pays détient cette arme hors du commun qu’est l’arme nucléaire et il en fait le socle de sa sécurité. La chaîne de commandement est d’une clarté totale et la décision ultime revient au seul président de la République.
Devant la Nation, dans ces temps d’incertitude, je le redis aujourd’hui avec force, en ma qualité de président de la République, je n’hésiterai jamais à prendre les décisions qui seraient indispensables à la protection de nos intérêts vitaux. Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun Etat, si puissant soit-il, ne pourrait s’y soustraire. Aucun, si vaste soit-il, ne s’en remettrait. Un seul de nos sous-marins, tel que celui derrière moi, emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est près de mille fois la puissance des premières bombes nucléaires. C’est donc un discours de puissance assumé au service de la paix que je viens vous tenir aujourd’hui. Et cette puissance, vous le savez mieux que quiconque, ne vient pas sans effort. Le maintien de la crédibilité de cet outil est le fruit de décisions importantes prises ces dernières décennies et accélérées ces dernières années. Les trois décennies d’après la guerre froide nous avaient offert cette parenthèse de l’histoire où nous bénéficions de l’affaiblissement de nos adversaires et de l’empathie assurée de nos alliés. En conséquence, nous avions progressivement renoncé à la composante terrestre de notre dissuasion et nos arsenaux avaient décru. Ces temps pourtant si proches semblent déjà lointains.
Dès 2017, j’ai pris acte de la fin des dividendes de la paix. Je me suis employé à assurer le renouvellement de tous nos moyens pour les prochaines décennies. Nos futurs sous-marins stratégiques ont été mis en chantier. Ceux qui assurent avec vaillance une présence permanente à la mer depuis 1972 verront donc la troisième génération prendre la mer. Ici même, à l’Île-Longue.
Les premières découpes de l’acier qui façonnera les coques de ces nouveaux sous-marins ont commencé il y a plusieurs mois à Cherbourg. Je tiens ici à féliciter les acteurs militaires, industriels, scientifiques qui œuvrent à ce succès. Très peu de nations dans notre monde sont capables de construire de tels sous-marins nucléaires, prodiges inégalés de technologies, aussi discrets que performants, capables de frapper en tous points nos agresseurs potentiels. Dans la tradition qui préside au baptême de nos sous-marins, j’ai ainsi aujourd’hui l’insigne honneur de vous annoncer que le futur sous-marin nucléaire lanceur d’engin qui battra pavillon français se nommera l’Invincible et naviguera en 2036.
La même rigueur s’est appliquée au renouvellement intégral des autres domaines de la dissuasion. Nous disposons depuis quelques mois du nouveau missile M51.3 sur nos SNLE et d’une nouvelle tête nucléaire océanique optimisée pour pénétrer toutes les défenses. Notre force aérienne stratégique et la force aéronavale nucléaire ont vu leur missile de croisière nucléaire rénové et nous allons lancer cette année le très ambitieux programme de missiles stratégiques hypersoniques et manoeuvrants qui équipera nos avions de combat et le futur porte-avions dans la prochaine décennie.
Notre programme national Tritium a été consolidé, nous assurant de notre capacité à poursuivre la production d’armes nucléaires en totale indépendance et autosuffisance. Notre réarmement, vous le voyez, engagé depuis presque dix ans, porte donc ses fruits. Vous en voyez certains effets ici même et l’effort se poursuivra bien sûr symétriquement sur le volet conventionnel. Et pourtant, le contexte que j’ai évoqué au début de mon propos m’amène à une conclusion claire : nous ne pouvons pas nous satisfaire de la trajectoire actuelle. Je dois à la Nation, pour aujourd’hui mais aussi pour l’avenir, l’assurance absolue que notre dissuasion demeurera crédible et qu’au moment des circonstances extrêmes, elle nous soustraira à tout chantage et toute capitulation.
L’évolution des défenses de nos compétiteurs, l’émergence de puissances régionales, la possibilité de coordination entre adversaires et les risques liés à la prolifération, tout cela après un examen minutieux, m’a conduit à cette conclusion. Un rehaussement de notre arsenal est indispensable.
Il ne s’agit pas ici d’entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n’a jamais été notre doctrine. Il serait inutile de prétendre entrer dans une coûteuse surenchère. L’essentiel, comme je le disais, est que tout adversaire ou toute combinaison d’adversaires ne puisse entrevoir la possibilité d’une quelconque frappe à l’encontre de la France sans la certitude de se voir infliger des dommages dont ils ne se relèveraient pas. Il n’est point besoin de symétrie des arsenaux pour cela. Notre doctrine refuse donc l’idée de riposte nucléaire graduée. L’armement nucléaire français est stratégique et exclusivement stratégique car il s’agit bien d’armes d’une toute autre nature que celles dont on pourrait user sur un champ de bataille.
La France, depuis le président François Mitterrand, a ainsi abandonné tout concept d’emploi tactique des armes nucléaires et nous n’y reviendrons pas. Dans cette optique d’asymétrie assumée, la France a toujours envisagé pour son arsenal les seuils strictement cohérents avec l’efficacité opérationnelle de notre dissuasion. Ma responsabilité est d’assurer que notre dissuasion conserve et qu’elle conservera à l’avenir son pouvoir de destruction assuré dans l’environnement dangereux, mouvant et proliférant que je viens de rappeler. C’est pourquoi j’ai ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal. Pour couper court à toute spéculation, nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé. Pour être libre donc, il faut être craint et, pour être craint, il faut être puissant. Cette augmentation de notre arsenal en témoigne.
Mais pour être puissant, et c’est le deuxième temps de mon propos aujourd’hui, il faut être plus uni. Et c’est d’Europe que je vais vous parler à présent. Notre sécurité ne s’est jamais conçue dans les seules limites de notre territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire. C’est un fait évident de la géographie qui est là et qu’on ne peut négocier. J’ajouterai d’ailleurs, aujourd’hui plus que jamais : l’indépendance ne peut être la solitude. Dans le domaine nucléaire, cela a été reconnu par tous mes prédécesseurs sans distinction. Mais aujourd’hui, les conditions sont désormais véritablement réunies pour en tirer les conséquences concrètes.
Pour expliquer ce point, permettez-moi de m’attarder un instant sur un élément central de notre doctrine nucléaire, les intérêts vitaux de la Nation. La dissuasion nucléaire française a vocation à dissuader tout État de s’en prendre à nos intérêts vitaux. Quels sont-ils ? Nous ne les avons jamais énoncés précisément. Nous ne les avons jamais énoncés précisément, à dessein. Nos lignes rouges ne sont pas lisibles. Elles ne sauraient l’être. À coup sûr, pourtant, nos intérêts, s’ils couvrent le territoire hexagonal et ultramarin, ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales.
Peut-on envisager que la survie de nos partenaires les plus proches soit mise en jeu sans que cela affecte nos intérêts vitaux ? Ou à l’inverse, qu’une menace extrême en Europe ne concerne que nous-mêmes ? Pour ces raisons fondamentales, les Présidents successifs ont évoqué la dimension européenne des intérêts vitaux de la France. En février 2020, j’avais réitéré l’offre de tous mes prédécesseurs, depuis le Président François Mitterrand, d’un dialogue avec les pays européens qui seraient désireux d’approfondir avec nous cette dimension. J’avais même proposé d’associer ces pays à des exercices de notre dissuasion.
Six ans plus tard, nous sommes dans un autre univers stratégique. Nous devons passer à une toute autre étape et formuler pour notre époque ce dont le général de Gaulle avait déjà l’intuition. Je crois pouvoir affirmer que nos partenaires y sont prêts.
Nous avons d’abord resserré en juillet dernier les liens avec le Royaume-Uni, partenaire majeur et puissance nucléaire indépendante avec laquelle nous reconnaissons depuis 1995 qu’il n’y a pas de situation engageant les intérêts vitaux de l’une sans que ceux de l’autre ne soient affectés. Nous avons renforcé nos coopérations nucléaires bilatérales, affirmé notre solidarité commune avec les Européens et ouvert la possibilité d’une coordination de nos dissuasions respectives. Dès cet hiver, de hauts responsables britanniques ont assisté, pour la première fois depuis l’existence de notre dissuasion, à l’un des exercices de nos forces aériennes stratégiques.
Mais notre ambition doit être plus grande, car c’est la sécurité du continent, la nôtre, qui est en jeu pour l’avenir. Des contacts ont été pris avec un premier groupe d’alliés, à commencer, bien entendu, par notre partenaire essentiel, l’Allemagne. Ils ont répondu favorablement à l’offre de la France.
Aujourd’hui, une nouvelle étape de la dissuasion française peut donc se concrétiser. Nous entrons sur le chemin de ce que j’appellerai la dissuasion avancée. Je préfère le dire tout de suite, il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. En vertu de notre Constitution, elle appartient au seul président de la République comptable devant le peuple français.
En conséquence, il n’y aura pas non plus de partage de la définition des intérêts vitaux, qui restera d’appréciation souveraine pour notre pays. Et pour cette raison, comme dans les autres alliances nucléaires, y compris lorsqu’elles ont des plans et des procédures, il n’y aura pas de garantie au sens strict du terme. Une garantie rigide, d’ailleurs, serait imprudente. Elle abaisserait le seuil nucléaire et réduirait d’autant l’incertitude de nos adversaires.
Avec la dissuasion avancée, notre doctrine conservera ses fondations originelles, son caractère strictement défensif, le refus de la bataille nucléaire, la rupture totale et assumée entre le conventionnel et le nucléaire. Il en va de même pour l’opportunité d’un avertissement nucléaire unique et non renouvelable. Il sera toujours décidé, à la seule discrétion de la France, pour signifier très concrètement que le conflit vient de changer de nature et que la France entend par ce moyen préserver une ultime chance de rétablir la dissuasion.
La France assumera donc toujours seule, en intégrant à sa réflexion les intérêts de nos alliés, le franchissement délibéré du seuil nucléaire. La dissuasion avancée est une démarche progressive. Elle offre la possibilité pour les partenaires de participer aux exercices de la dissuasion, tout d’abord. Cela pourra impliquer également du signalement, y compris au-delà de nos frontières strictes ou la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires. Elle pourra enfin prévoir le déploiement de circonstances, d’éléments de forces stratégiques chez nos alliés.
De la même façon que nos sous-marins stratégiques se diluent naturellement dans les océans, garantissant une capacité permanente de frappe, nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du continent européen. Cette dispersion sur le territoire européen, à la manière d’un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous. Elle renforcera notre défense en lui accordant du champ et lui offrira une profondeur stratégique nouvelle, cohérente des enjeux de sécurité en Europe. Sa valeur sera, je le crois, très forte aussi pour les partenaires qui entreront dans cette logique avec nous, et dont le territoire gagnera un lien affirmé avec notre dissuasion.
Il a été clair dès le début, pour nous et pour nos partenaires, que cet effort viendrait en plus de la mission nucléaire de l’OTAN. A laquelle, je le rappelle, nous ne prenons pas part. La dissuasion avancée que nous proposons est un effort distinct qui a sa valeur propre et qui est parfaitement complémentaire de celui de l’OTAN au plan stratégique comme au plan technique. Le travail que nous avons entamé sur ce projet avec les Européens s’est fait en pleine transparence avec les Etats-Unis d’Amérique et en coordination étroite avec le Royaume-Uni.
Que les Alliés, qui nous ont témoigné leur confiance en travaillant intensément à ces futurs partenariats, dans le respect de nos obligations internationales, et tout particulièrement du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, en soient ici, aujourd’hui, remerciés. L’Allemagne sera un partenaire clé de cet effort, naturellement, le plus ambitieux dans l’esprit du traité d’Aix-la-Chapelle. Les premières étapes de la coopération commenceront dès cette année et pourront inclure des visites de sites stratégiques et des exercices conjoints.
Dès à présent, d’autres pays ont accepté ce dialogue et, au-delà de nos partenaires et amis britanniques et allemands déjà évoqués, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark s’y joindront. C’est une véritable convergence stratégique entre nos pays, de nature à donner une réelle profondeur à la défense de notre continent. Les discussions sont aussi ouvertes avec plusieurs autres pays, se poursuivront dans les semaines et les mois à venir.
A l’image de ce que nous avons mis en place avec le Royaume-Uni, des organes d’échange, au niveau politique, vont être créés avec chacun de ces pays, dès les prochains jours. Cela suppose un travail commun sur la menace et le renseignement, des moyens de communication spécifiques, une organisation, mais aussi une compréhension commune des ressorts de l’escalade et de comment y faire face, en particulier dans sa phase conventionnelle.
C’est pourquoi aussi la démarche de la dissuasion avancée, de par sa nature, accroît notre protection et celle de nos partenaires. De la même manière que la France crée pour les adversaires de l’Europe de nouveaux dilemmes stratégiques à travers cette dissuasion avancée, nos partenaires contribuent en retour à la sécurité collective et donc à celle de la France. C’est la nature même de l’épaulement stratégique.
L’expérience des dernières années montre bien qu’il y a au moins trois domaines où notre Europe, si elle devait faire face à une escalade et la gérer sous le seuil nucléaire, bénéficierait de nouveaux moyens collectifs. L’alerte avancée, donc la capacité, par une combinaison de satellites et de radars, de détecter et de suivre les missiles qui pourraient nous viser, la maîtrise de notre ciel avec la défense aérienne élargie et les protections anti-missiles et anti-drones, et enfin les capacités de frappe dans la grande profondeur. En entrant avec nous dans cet épaulement réciproque, les pays partenaires peuvent aider à renforcer les capacités de l’Europe dans ces trois domaines. Ce serait une juste répartition des efforts, et la France y sera donc clairement gagnante.
D’ores et déjà, les projets avancent, et nous continuerons de forcer le pas. Pour ce qui est de l’alerte avancée, d’abord, le programme JEWEL donnera des capacités souveraines aux Européens pour détecter depuis l’espace les missiles qui les viseraient. Pour ce qui est de la défense aérienne, le système SAMP/T NG offrira des performances de premier rang mondial. Déjà, le Danemark et l’Ukraine en ont annoncé l’acquisition. Pour ce qui est de la frappe dans la profondeur, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France, dans le cadre de notre initiative dite ELSA, vont travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée. Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer conventionnellement l’escalade, à l’heure où les adversaires déploient technologies et armements nouveaux. À mesure que s’intensifiera le partenariat, d’autres projets, d’autres contributions verront le jour, dans un esprit de complémentarité et de souveraineté européenne.
Voilà donc la nouvelle épaisseur que je souhaite donner à la défense de la France, et la nouvelle cohésion qui en résulterait pour notre continent. Vous le mesurez, c’est une évolution majeure que j’ai souhaité donner à notre dissuasion. Le contexte permettant enfin de mettre sur ces mots de dimension européenne, prononcés par presque tous mes prédécesseurs, une réalité qui bénéficie à la fois à notre pays et à nos alliés.
Mais dans la période troublée que nous vivons, il sera nécessaire aussi de repenser les règles qui régissent la sécurité de notre continent et du monde. C’est tout un cadre qu’il faut recréer, et les Européens devront pouvoir y prendre pleinement leur place et y défendre leurs intérêts. Ils le pourront d’autant plus qu’ils auront su prendre leur part du fardeau, renforcer leur autonomie stratégique et prendre les décisions majeures que je viens d’évoquer. Aujourd’hui, en effet, les accords internationaux de maîtrise des armements sont à la peine. Regardons la situation avec lucidité. Chacun a pris ses libertés. Les Etats-Unis ont mis fin aux traités sur les missiles antibalistiques. Les Etats-Unis et la Russie ont mis fin aux traités sur les forces nucléaires intermédiaires, dont la Russie violait depuis longtemps les dispositions. Le traité New Start, qui encadrait les arsenaux nucléaires américains et russes, a cessé d’exister il y a quelques semaines. La Russie a dératifié le traité d’interdiction sur les essais nucléaires, que les Etats-Unis n’avaient eux jamais ratifiés. Une reprise des essais romprait un moratoire de près de 30 ans. La Chine, quant à elle, en plein rattrapage, ne s’associe à rien. Alors, disons-le franchement, le champ des règles est un champ de ruines. Et l’animosité ambiante se prête assez peu à la confiance qu’il faut pour rebâtir les normes de sécurité collective. C’est pourquoi nous avons raison de durcir notre position et de prendre les décisions que je viens d’annoncer.
Cette anomie, malheureusement, ne vaut pas que pour ceux qui ont déjà l’arme, mais aussi pour ceux qui cherchent à l’acquérir. La conférence d’examen du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires se tiendra en mai, dans un paysage lourd de menaces, avec les progrès inquiétants du programme nord-coréen, la crise iranienne, et aussi les tentations croissantes de tous ceux qui, en Asie, en Europe ou ailleurs, cherchent des alternatives aux garanties de sécurité sur lesquelles ils croyaient pouvoir compter. Tel est l’esprit des temps. Mais la France ne compte pas s’y résoudre.
Dans le domaine de la maîtrise des armements, notre propre bilan est en effet exemplaire. Et je veux aujourd’hui ici le rappeler. Nous avons démantelé la composante terrestre de notre dissuasion et nos installations d’enrichissement à des fins militaires. Nous avons cessé nos essais nucléaires, développé un système performant de simulation et toujours refusé toute course aux armements. La démarche de dissuasion avancée que nous proposons n’est pas escalatoire, et en ce qu’elle accroît le sentiment de sécurité en Europe, elle est résolument bénéfique pour ne pas encourager un jour les risques de prolifération sur notre continent.
Mais c’est surtout de logique que nous devons changer. Oui, les Européens ont pris l’habitude que leur sécurité dépende de règles faites par des tiers, en d’autres temps, faites aussi, parfois à leur insu, souvent à leur dépens. Soyons clairs, l’architecture de sécurité européenne, c’était cela, des accords datant de la période de guerre froide négociés par d’autres que nous, y compris quand ils nous concernaient et qui ont été dénoncés par ceux-là même qui les avaient signés sans aucune concertation, quand bien même ces derniers étaient nos alliés. Notre époque appelle une autre méthode. Nous devons reconstruire un corpus de règles, mais pour ce qui nous concerne, à partir de nos intérêts de sécurité et ceux de notre continent.
Cela passera tout d’abord par un travail que les Européens doivent conduire sur la manière dont doit être organisée la stabilité de notre Europe. J’invite donc les partenaires à se joindre aux premiers travaux que nous avons entamés avec les Allemands et les Britanniques sur ce sujet. Les convergences organisées dans le cadre de la dissuasion avancée y aideront. Lorsque nos intérêts européens seront établis, il sera possible d’aller plus loin et d’ouvrir un cadre de négociation afin de contrôler certaines capacités conventionnelles et leur positionnement. Cette démarche est à préparer dès à présent par l’accroissement de notre indépendance européenne et elle doit viser demain un nouveau cadre de sécurité sur tous ces sujets, en particulier entre Européens et Russes, à tout le moins, et au niveau international, en cherchant à impliquer les Etats-Unis d’Amérique et la Chine, y compris concernant les capacités nucléaires sur une base équitable.
Mais ce que je souhaite plus que tout, vous l’aurez compris, c’est que les Européens reprennent le contrôle de leur propre destin. N’oublions pas, tout ceci étant dit, qu’au-delà de la comptabilité des arsenaux et des architectures de sécurité, il y a une dimension éthique à ce dont nous parlons. L’arme nucléaire a sa charge d’épouvante. Ses questions morales ne se résument pas aux lois d’airain de la stratégie avec ses logiques désincarnées. Il n’est que juste qu’une telle arme continue de susciter une discussion de raison pour en limiter l’usage, l’encadrer et préserver l’objectif à terme d’un monde sans arme nucléaire. Cela doit rester notre horizon.
Il n’est que juste aussi de militer avec persistance en faveur des usages pacifiques de l’énergie atomique. C’est tout l’esprit du TNP. Et la France est en bonne position pour promouvoir à cet égard le nucléaire civil. Après tout, quel autre pays repose sur cette énergie comme nous ? L’énergie nucléaire qui permet de produire 70 % de notre électricité. Une énergie décarbonée à bas coût qui rend notre pays attractif. C’est ce qui fait que la France sera pleinement légitime pour organiser à Paris le 10 mars prochain un sommet pour encourager le développement de cette énergie, ses usages et son financement. Je crois aux vertus d’un nucléaire de confiance, aux vertus aussi des innovations dans la matière. Je crois à sa valeur pour faire face aux besoins voraces de nouvelles technologies. Je suis déterminé à aider l’Agence internationale de l’énergie atomique à favoriser avec un encadrement approprié les nouvelles technologies sensibles.
Mesdames et Messieurs, le temps est venu pour moi de conclure. J’aimerais vous inviter un moment à prendre la mesure de cet endroit à nul autre pareil. La base opérationnelle de l’Île-Longue, à l’extrémité du Finistère. L’Île-Longue, qui est tout à la fois la pointe avancée de l’Europe, son cap occidental et sa forteresse. Je vous invite à prendre conscience de tout ce qu’il signifie dans toutes ses dimensions. Masse, puissance, indépendance, donc. Et j’ajouterai solidarité stratégique. Ce que vous avez sous les yeux est un héritage précieux que nous sommes les dépositaires et que nous continuerons à faire vivre avec ténacité. Nous continuerons donc de développer le formidable outil de puissance, expression du génie français, patiemment érigé depuis le début de la Vème République. Je me suis fermement engagé depuis 2017 dans le renouvellement de nos forces stratégiques. Et je m’y emploierai jusqu’au terme du mandat.
La France sera forte d’un feu nucléaire modernisé, puissant, souverain et adapté à nos menaces. Toujours souveraine, elle sera forte aussi de son enracinement dans l’espace européen, de la profondeur stratégique qu’il lui donne, du renforcement des liens entre alliés et des complémentarités nouvelles qu’ils permettent. Le demi-siècle qui vient sera un âge d’armes nucléaires. La France déterminée, libre, confiante, y tiendra tout son rôle. Elle continuera de se fortifier et pour son propre bénéfice elle arrimera ce cap sur l’Atlantique au socle européen. Tel est mon message aujourd’hui, soyons puissants, soyons unis, soyons libres.
Vive la République,
vive la France !
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02.03.2026 à 10:15
« Nous vivons dans le monde de Netanyahou » : Trump, la guerre d’Iran et le nouveau Moyen-Orient
Netanyahou a réussi à faire basculer Trump dans ce qui pourrait devenir une nouvelle guerre sans fin.
Après les visées des néoconservateurs de l'ère Bush, le Premier ministre veut forger « un nouveau Moyen-Orient » par la guerre.
Entretien avec le spécialiste germano-égyptien Asiem El Difraoui.
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Nous vivons dans le monde de Netanyahou. Le Premier ministre israélien met en œuvre l’ancien mantra des néoconservateurs américains : la création d’un « Nouveau Moyen-Orient », ambition affichée par les États-Unis sous la présidence de George W. Bush, mais qui s’est soldée par des échecs dans les « guerres sans fin ».
Ce samedi 28 février, le Premier ministre israélien a réussi un coup de force politique historique en entraînant Donald Trump dans une séquence interventionniste que l’administration américaine ne souhaitait pas assumer, et qui s’avère déjà mortelle pour les États-Unis, qui ont déjà perdu plusieurs soldats.
La plus grande victoire stratégique de Netanyahou n’a donc pas eu lieu à Téhéran à ce stade, mais à Washington.
Donald Trump avait bâti une partie de sa promesse politique sur l’arrêt des « guerres sans fin », sur l’idée de ne pas reproduire l’Afghanistan, ni l’Irak. Souvenons-nous du discours de J. D. Vance au Sénat lorsqu’il faisait campagne pour devenir vice-président : c’était un point clef de sa rhétorique, appuyée sur sa légitimité d’ancien soldat. Souvenons-nous aussi du plus récent discours de Riyad, dans lequel Trump pourfendait les néoconservateurs et le nation-building. Pourtant, la Maison-Blanche se retrouve aspirée dans une opération dont l’issue est structurellement incertaine et potentiellement dangereuse : si l’Iran s’effondre sans succession organisée, le conflit ne se refermera pas — il s’étendra, il continuera et il deviendra de plus en plus incontrôlable.
Car les États-Unis ont peut-être un plan ; Trump a peut-être une doctrine bien à lui du regime change — ou plutôt d’une forme de vassalisation brutale. Mais encore faut-il réussir à les mettre en œuvre sur un théâtre lointain qui est aussi un cauchemar politique et géographique. L’Iran n’est en effet pas un bloc homogène : c’est un pays multiethnique, avec une majorité perse mais aussi des Azéris et des Kurdes. Si l’appareil central tombe, un long cycle de fragmentation et d’affrontements internes pourrait s’ouvrir. Et avec lui — la réponse iranienne commence à le montrer — une déstabilisation régionale durable.
Il est clair que le nucléaire n’est plus le sujet principal.
Les négociations, qui paraissaient en bonne voie avant les frappes grâce aux intermédiaires omanais, ont bien sûr totalement éclaté à la suite de la double opération militaire. Pour Trump comme pour Netanyahou, le message est très clair : le but, maintenant, c’est le changement de régime.
Une fois le passage à l’acte effectué le 28 février puis l’annonce de la mort de Khamenei, tout est allé très vite et la question pour Netanyahu s’est désormais transformée : puisqu’il a besoin de mener des guerres pour survivre politiquement, le problème central n’est plus « comment frapper l’Iran ? » mais « quoi frapper après ? »
La plus grande victoire stratégique de Netanyahou a eu lieu à Washington.
Asiem El Difraoui
Il n’y a pas d’opposition structurée prête à gouverner. Depuis l’étranger, le fils du dernier Shah, depuis l’étranger. Et surtout : le seul acteur qui possède une capacité coercitive et administrative à l’échelle du pays, c’est le régime actuel et, en son cœur, les Gardiens de la Révolution — un État dans l’État.
Réinstaller Reza Pahlavi, même avec des troupes au sol, serait extrêmement compliqué. Karzaï en Afghanistan était populaire et initialement protégé par les Américains et les Britanniques et cela n’a pas pu empêcher la victoire des talibans. Lorsque al-Charaa s’est imposé à la tête de la Syrie, il avait 20 000 hommes très entraînés et une théorie du gouvernement mise en pratique à Idlib. Autrement dit, prendre le pouvoir ne s’improvise pas, même avec l’appui de Washington.
D’où un scénario possible qui suivrait ce qu’on pourrait appeler une logique « vénézuélienne » : pour Trump, cela consisterait à ne pas renverser vraiment l’État profond iranien mais à reconfigurer la façade en composant avec une partie de l’appareil sécuritaire sous conditions — arrêt du nucléaire, accès au pétrole, arrêt du financement de certains proxies… — en échange d’une survie interne.
Trump a déclaré dans la journée de dimanche à The Atlantic que les Iraniens étaient « prêts à parler » et qu’il avait accepté de dialoguer. C’est clairement un signal dans ce sens : Ali Larijani, successeur désigné pour la période de transition, pourrait en somme jouer le rôle pour l’Iran de Delcy Rodríguez au Venezuela.
Une telle transaction serait, à ce stade, le scénario le plus rationnel et le moins coûteux pour Trump — mais Netanyahou pourrait vouloir le faire dérailler.
Netanyahou peut « supporter » le chaos ; Trump, non. Ou en tout cas, pas pour très longtemps.
Là où Netanyahou prend moins de risques directs dans cette guerre avec l’Iran, Trump a un problème autrement plus important : si le choc se traduit par une crise économique mondiale avec comme point de départ le Golfe, qu’une tendance baissière s’installe sur les marchés, qu’une envolée des prix du pétrole devient inarrêtable ou qu’on assiste à des troubles prolongés menaçant la sécurité des citoyens américains dans la région, cette guerre devient électoralement très toxique à l’approche des élections de mi-mandat. On dit souvent que c’est un risque électoral qu’il ne peut pas courir, mais force est de constater qu’il y est allé quand même ; désormais, il y a donc fort à croire qu’il continuera — et même qu’il accélérera.
S’ajoute à cela un autre facteur. Les monarchies du Golfe sont vulnérables : leur modèle économique repose sur la stabilité, le commerce, l’attractivité, le tourisme. Les frappes, les drones, les images d’explosions à Dubaï, Abu Dhabi, Riyad sont un poison pour elles.
Si le Golfe se retourne politiquement contre Trump à cause de son aventure iranienne, l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats pourraient commencer à faire usage de tous les leviers de pression financière dont ils disposent sur Washington.
Trump pourrait chercher à faire entrer l’Iran dans une logique « vénézuélienne ».
Asiem El Difraoui
On voit mal l’intérêt saoudien immédiat, en effet. Depuis la reprise des relations diplomatiques entre Riyad et Téhéran, notamment sous l’égide de la Chine, l’objectif affiché était plutôt celui de la stabilisation.
En revanche, sur le temps long, il y a un bénéfice possible pour Riyad : un Iran durablement affaibli ne peut par exemple plus financer et armer les Houthis comme proxies qui sabotent le modèle saoudien pour le Yémen — et, par ricochet, le modèle de stabilité économique du Golfe.
Mais c’est un jeu dangereux, parce que l’affaiblissement peut aussi prendre la forme d’un effondrement. Ce serait le troc d’une rivalité contenue contre un chaos ingouvernable. Si MBS a vraiment fait ce pari risqué, il sera intéressant de comprendre comment Riyad va réagir aux prochaines étapes de la guerre.
L’étude de la riposte iranienne est particulièrement intéressante.
La menace la plus évidente qu’elle charrie est celle d’une stratégie de la survie à tout prix des éléments les plus résilients et radicaux du régime, sur le mode de la fuite en avant. Les élites iraniennes accrochées au pouvoir pourraient d’ailleurs jouer sur la différence structurelle entre les intérêts de Netanyahou et ceux de Trump : si le maximalisme a un sens pour le Premier ministre d’Israël, il constitue un piège potentiellement grave pour le Président des États-Unis, qui a utilisé une cartouche énorme avec cette frappe.
Imaginons le pire : que se passerait-il si, à l’intérieur du pays, le régime décidait de réprimer encore plus violemment les manifestants ? L’engagement militaire que peuvent mettre les États-Unis n’est pas sans limite, et un bain de sang prolongé perpétré par les hommes du régime contre la population iranienne serait dramatique pour l’image de Trump dans une guerre où, de toute façon, Washington est trop engagé à ce stade pour changer radicalement de stratégie — à moins d’envoyer des troupes au sol.
Autre scénario, plus probable à mon sens, même si là encore il est impossible de faire des prévisions : il faut se préparer à voir le régime frapper des cibles très diverses et dans des lieux de plus en plus inattendus — des entreprises ou des touristes états-uniens dans la région peuvent clairement en faire partie. Qu’est-ce que Trump pourrait faire de plus que les frappes qu’il mène déjà si cela arrivait ?
Ce qui vient de commencer en Iran et dans la région, en présence des États-Unis, peut devenir une nouvelle guerre sans fin au Moyen-Orient.
Asiem El Difraoui
C’est le cœur de ce que j’avais appelé la matrice de la Pax Netanyahou : un mode de leadership qui repose sur le charisme militaire — et donc sur le fait de faire la guerre sans cesse.
Or ce qui vient de commencer en Iran et dans la région, en présence des États-Unis — et c’est vraiment le fait notable — peut devenir une nouvelle guerre sans fin au Moyen-Orient. Pour MBS et les autres maîtres du Golfe, cela sera catastrophique. Pour Trump, cela peut le devenir très rapidement. Netanyahou a quant à lui énormément à y gagner.
À court terme, la guerre d’Iran sert très bien ses intérêts : elle déplace le regard hors de Gaza, elle dilue l’attention sur les colonies en Cisjordanie, elle crée une dynamique d’urgence qui soude certains soutiens et elle peut même être vendue comme un « succès historique ».
Mais à long terme, il y a des coûts : l’image d’Israël dans le monde se dégrade, la question palestinienne revient toujours et, si les États du Golfe imputent à Israël une déstabilisation majeure de leur voisinage, les rapprochements du type Accords d’Abraham ou une normalisation avec Riyad deviennent plus difficiles.
Comme pour chacun de ses succès tactiques, en commençant déjà à mettre en œuvre le coup d’après.
Trump et Netanyahou ont un point commun : ils maîtrisent très bien la gestion des crises qu’ils provoquent du point de vue de la communication pour leurs propres opinions publiques ; ils assomment le cycle de l’actualité ; et ils sont tous les deux prêts à escalader ou à faire diversion pour dépasser une défaite, des ennuis judiciaires — et même l’affaire Epstein pour Trump.
Pendant que la séquence iranienne occupe l’espace médiatique mondial, il sera donc intéressant de regarder ailleurs : il se pourrait que le pouvoir israélien avance sur des mesures de fait accompli en Cisjordanie : l’extension des colonies et, in fine, l’annexion.
La séquence ouverte le 28 février en Iran permet désormais à Netanyahou d’envisager l’étape d’après.
Asiem El Difraoui
Absolument. Et il est probable que le but recherché par Netanyahou, sa prochaine guerre — et peut-être la dernière — soit plus explicitement tournée vers l’annexion territoriale pour agrandir Israël.
On ne peut évidemment pas faire de projection mais l’on sait qu’au plus haut niveau de l’État, les Israéliens réfléchissent déjà à des solutions.
À la fin de l’année dernière, la vice-ministre israélienne des Affaires étrangères Sharren Haskel m’a présenté plusieurs scénarios de participation « alternative » des Palestiniens à la gestion de la Cisjordanie.
Dans ces plans, Israël annexerait massivement des territoires en laissant aux Palestiniens le contrôle de tel ou tel conseil communal par exemple. C’est donc une dimension bien présente dans l’horizon mental et la séquence ouverte le 28 février permet désormais à Netanyahou d’envisager cela comme l’étape d’après.
Plus proche de ses frontières, ce qui reste du Hezbollah — dont Israël avait également visé des tunnels à la veille de l’attaque — a aussi repris ses frappes ; le chef du commandement nord israélien a prévenu que la réplique israélienne allait s’intensifier à travers le Liban.
Dans un Moyen-Orient en guerre, Netanyahou prépare donc le coup d’après. De la Méditerranée au Golfe, la région entière pourrait être plongée dans le chaos. Mais au-delà de l’Iran, c’est Gaza et la Cisjordanie qu’il faudra surveiller de très près dans les prochaines semaines. Car c’est là que Netanyahou pourrait choisir désormais d’accélérer.
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