Publié le 28.04.2026 à 18:32
Luc Renaud
Le groupe a annoncé fin février un plan d’économie qui pourrait se traduire par la suppression de 2100 emplois dans le monde, dont 700 en Europe et 500 en France. « C’est environ 10% de l’effectif en France qui est menacé. La direction du groupe a fait le choix de supprimer des emplois pour les délocaliser en Chine et remplacer des emplois par l’intelligence artificielle », dénoncent dans un communiqué les unions départementales CGT du Rhône, de l’Isère et de la Haute-Savoie. Sont en effet concernés par les suppressions d’emplois les sites de Pont-Evêque, près de Vienne en Isère, de Rumilly en Haute-Savoie ainsi que le siège social d’Ecully.
Dans sa communication sur ce « plan d’économie », la direction annonce que ces suppressions d’emplois seront effectuées par des départs volontaires qui concerneront les « activités support », comme « la finance et les ressources humaines », principalement touchées, mais aussi la logistique, le marketing, ou le développement produit, selon le patron du groupe Stanislas de Gramont qui précise que « l’intelligence artificielle jouera un rôle dans ces rationalisations ».
Les unions départementales CGT notent que « cette annonce de suppression de milliers d’emplois tombe, alors que le groupe Seb affiche de très bons résultats financiers avec plusieurs centaines de millions d’euros de bénéfices, sans compter les aides publiques perçues chaque année sous forme de crédit impôt recherche et autres. »
Pour justifier cette décision, la direction indique que le chiffre d’affaire du groupe a reculé en 2025 de 1,2 % à 8,17 milliards d’euros. Reste que son bénéfice net a augmenté de 5,6 % à 245 millions d’euros.
Au delà de cette présentation chiffrée, la direction entend promouvoir une stratégie industrielle. Elle consiste à « rapprocher » – comme l’indique Stanislas de Gramont – les salariés qui travaillent dans la recherche et le développement des zones de production de l’entreprise. Autrement dit, de délocaliser en Asie une partie de la recherche et du développement puisque la moitié de ce qui est produit en Asie est développé en France. Le patron précise également que le marketing devra davantage recourir à l’intelligence artificielle, ce qui justifierait les suppressions d’emplois dans ce domaine.
L’objectif affiché pour le groupe SEB est de réaliser « une marge opérationnelle de 10 %, pour ensuite tendre vers 11 % », contre 7,4 % en 2025.
Les unions départementales CGT soulignent que « ce plan de suppressions est sans précèdent » et qu’il « aura des effets en chaîne sur la filière du petit électroménager ». D’autant que « ce plan vient se rajouter à la délocalisation de la production hors de France que les salariés subissent depuis de nombreuses années ».
Les syndicalistes relèvent par ailleurs que ces décisions interviennent « après le scandale des 211 milliards d’aides publiques sans contrepartie » et l’information rendue publique par le ministère de l’Economie selon laquelle « 13 335 millionnaires ne payant pas l’impôt sur le revenu ».
Des sommes disponibles pour d’autres choix. La CGT estime ainsi que « l’urgence est d’investir dans les projets d’innovations, investir dans l’outil de production, la préservation des emplois et des savoir faire ». Pour cela, la CGT revendique « un contrôle des aides publiques, leur fléchage vers les entreprises et les pans de l’économie qui en ont besoin, et leur utilisation pour financer la transformation de notre appareil productif ».
Le site de Calor, une marque du groupe SEB, emploie près de sept cents personnes à Pont-Evêque, près de Vienne. C’est la dernière usine en Europe de fabrication de fers à repasser et de centrales vapeur. Le groupe Seb détient trente-deux marques parmi lesquelles Tefal, SEB, Calor, Krups, Moulinex, Lagostina, etc.
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Publié le 28.04.2026 à 16:40
Manuel Pavard
« Le 1er Mai n’est pas un jour comme les autres, il est à nous ! » La journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses, à l’origine de nouveaux droits, « gagnés dans le sang aux États-Unis, par les ouvriers et ouvrières de Chicago, et en France avec Fourmies » [NDLR : respectivement en 1886 et 1891]. Léa Martinez-Comelli, secrétaire à la vie syndicale de la CGT 38, tient à ce rappel historique pour remettre les points sur les i. Comme ses camarades de l’intersyndicale Isère, elle a peu goûté l’offensive conjointe du gouvernement, de la droite, de l’extrême droite et du patronat, contre le 1er Mai.
Banderole de tête de la manifestation grenobloise le 1er mai 2025.Réunis à la bourse du travail de Grenoble, ce mardi 28 avril, les représentants de la CGT, de la FSU, de la CFDT et de Solidaires tiennent à afficher une « unité importante face aux attaques qui viennent d’un peu partout », souligne Catherine Le Coz (CFDT). Le 1er-Mai a en effet une saveur particulière cette année alors que la mobilisation des syndicats a permis de faire reculer une première fois Gabriel Attal et ses alliés patronaux. Lesquels tentent malgré tout de passer en force, concernant les salariés des boulangeries et des fleuristes.
David Sujobert, co-secrétaire départemental de la FSU en Isère, fustige ainsi « le procédé du gouvernement, qui s’assoit sur l’État de droit et sur le vote démocratique d’une loi » en attaquant ce symbole de lutte politique et syndicale. « C’est très inquiétant », estime-t-il, car cela fournit « un boulevard pour un pouvoir autoritaire les années suivantes ». Et le syndicaliste d’égrener plusieurs exemples récents similaires : « Le dernier budget a été imposé par le 49.3, la réforme des retraites idem… »
Léa Martinez-Comelli raille quant à elle la communication de Gabriel Attal, qui a commencé à « diffuser son narratif sur la liberté de travailler le 1er mai ». L’ancien Premier ministre adopte même « une posture séparatiste en appelant à ne pas respecter la loi », s’indigne-t-elle. Derrière ces discours, c’est toute une idéologie qui est à l’œuvre. « Ils veulent en faire une fête du travail mais on n’est pas à Vichy, s’insurge la syndicaliste. Le 1er Mai, c’est la fête des travailleurs. »
« Ils veulent en faire une fête du travail mais on n’est pas à Vichy. Le 1er Mai, c’est la fête des travailleurs et des travailleuses. »
Les syndicats tirent en outre la sonnette d’alarme, la droite traditionnelle n’est pas la seule à la manœuvre. « Le Rassemblement national, caché, attend de prendre le pouvoir », prévient Catherine Le Coz. Tous rappellent d’ailleurs les politiques des municipalités RN, à l’image du maire de Liévin (Pas-de-Calais), qui a décidé de supprimer la cérémonie du 1er mai en hommage aux 42 mineurs morts le 27 décembre 1974. « Les masques tombent », constate David Sujobert.
« C’est la confirmation de ce que dénonce l’intersyndicale, abonde Léa Martinez-Comelli. Le RN est une imposture sociale. Il suffit de voir ce qu’ils votent à l’Assemblée nationale. » La responsable CGT évoque par ailleurs la rencontre entre Jordan Bardella et le Medef, illustrant la collaboration croissante entre le RN et le patronat. Patronat qui remet au goût du jour une vieille antienne des années 1930, adoptée à l’époque par une partie de la bourgeoisie, rappelle Léa Martinez-Comelli : « Plutôt Hitler que le Front populaire ».
L’intersyndicale affiche son unité et sa détermination pour défendre le 1er Mai.L’intersyndicale pointe également « l’absence de contrôles » réalisés sur le travail illégal le 1er mai, la hiérarchie mettant des bâtons dans les roues des inspecteurs du travail, qui ont manifesté à ce sujet, lundi 27 avril, devant la DDETS, à Grenoble. D’où des « discriminations » vécues par certains salariés, contraints de travailler par leur employeur. Pour couronner le tout, « il manque plus de 700 inspecteurs du travail », selon la CGT, qui déplore « la fin des CHSCT, vrai problème pour freiner le patronat ».
Dans ce contexte, il est vital de se mobiliser ce vendredi 1er mai « pour exiger le maintien du 1er Mai et des conquis sociaux, mais aussi pour revendiquer de nouveaux droits », assène Léa Martinez-Comelli. À Grenoble, Bourgoin-Jallieu, Roussillon et Vienne, les manifestants défileront ou se rassembleront pour réclamer « des mesures d’urgence contre la vie chère », pour « refuser la banalisation du racisme, de l’antisémitisme, du sexisme et des LGBTphobies ».
Sans oublier, ajoute Cyril Nicosia (Solidaires), pour « dénoncer la mise au pas des organisations contestataires s’opposant à l’autoritarisme guerrier ». Le syndicaliste cite ainsi les « envolées guerrières » d’Emmanuel Macron et la politique de la France qui « envoie des armes pour la campagne génocidaire en Palestine ». Ceci, alors que le 1er Mai représente, selon les syndicats, la solidarité entre travailleurs de tous les pays. « L’égalité, la liberté et la fraternité », résume la CGT.
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Publié le 28.04.2026 à 14:56
Manuel Pavard
Assis dans son bureau, en cette fin avril, à la bourse du travail, Nicolas Benoit fulmine contre le gouvernement qui, soutenu par la droite, l’extrême droite et le patronat, « s’attaque au droit du travail sur le 1er mai ». Un symbole de lutte pour les droits des travailleurs que la CGT défend bec et ongles, à […]
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Publié le 27.04.2026 à 18:33
Luc Renaud
La foule, près de 100 000 personnes, et une météo printanière au rendez-vous. La 55e foire de printemps de Beaucroissant a connu ce week-end son succès traditionnel.
Autant dire que le stand de la Terre et du Travailleur alpin a fait le plein deux jours durant. Les militants communistes qui assurent la cuisine et le fonctionnement du restaurant ont servis quelque 1500 repas, tandis que la buvette du stand a tourné à plein régime.
Mais la convivialité dans la bonne humeur n’est pas le seul point fort du stand. On y débat, on y parle politique et féminisme, ce qui n’est sans doute pas si courant à la foire de Beaucroissant.
La débat avait lieu cette année en présence de Julien Brugerolles, député communiste du Puy-de-Dôme et spécialiste des questions agricoles, débat sur le thème du Mercosur et des traités de libre échange.
Premier constat, celui de la diversité des intervenants. Aux côtés du député communiste, Meryl Martin, membre du conseil d’administration de la Confédération paysanne Isère ; Damien Ferrier, secrétaire régional de la fédération CGT de l’agriculture et de l’agroalimentaire et Christian Reynaud, président du Modef des Hautes-Alpes et membre du bureau national. Diversité également parmi les participants au débat : on y rencontrait des syndicalistes agricoles, parmi lesquels Thierry Boiron, président de la Coordination rurale Isère, ou encore Eric Hours, conseiller régional communiste. Le stand du Travailleur alpin s’impose comme l’endroit où l’on se retrouve par delà les divergences d’analyses et d’opinions pour échanger ses points de vue sur le monde agricole, la ruralité et sa place dans la société.
Damien Ferrier, Christian Reynaud, Romain Briant-Buisson qui animait le débat, Meryl Martin et Julien Brugerolles.Avec un point commun dans l’analyse : l’agriculture et alimentation sont aujourd’hui des variables d’ajustement dans les négociations internationales. Julien Brugerolles en dressait l’historique. « Cela fait quarante ans que les traités se succèdent, à commencer par celui de Maastricht, pour libéraliser le commerce en utilisant l’agriculture pour élargir les marchés, par exemple de l’automobile allemande », disait-il. Les intervenants prenaient ainsi des exemples précis sur les conséquences du Mercosur, applicable provisoirement malgré les oppositions, entre celle, unanime, de l’Assemblée nationale française.
Meryl Martin, responsable de la Confédération paysanne Isère.Le Mercosur, c’est ainsi 100 000 tonnes de viande supplémentaires qui entrent détaxées en Europe. Supplémentaires, parce que le Mercosur vient ajouter ses importations à celles prévues par le Ceta, les accords conclus ou en cours de l’être avec la Nouvelle-Zélande ou l’Australie. Des volumes qui, s’ils ne représentent par des pourcentages considérables, n’en déstabilisent pas moins les marchés. Avec des secteurs sinistrés : traité après traité, la moitié de la volaille aujourd’hui consommée en France est importée. « La conséquence, c’est la baisse du revenu paysan », souligne Christian Reynaud pour le Modef. Baisse du revenu et bas salaires et conditions de travail dégradées pour les salariés agricoles, rappelait Damien Ferrier, qui sont au nombre d’un million de saisonnier et, à l’année, de 200 000 équivalents temps plein.
Le débat s’est poursuivi pendant près de deux heures.Le revenu paysan en berne et son corolaire de disparitions de fermes et d’exploitation des salariés agricoles, mais aussi des conséquences en terme de souveraineté alimentaire relevée par Meryl Martin pour la Confédération paysanne, sur l’environnement avec des disparités de prise en compte du milieu naturel soulevées par Christian Reynaud du Modef. Damien Ferrier notait à ce propos que les salariés recherchent, quand ils le peuvent, des exploitations qui utilisent un minimum de produits phytosanitaires.
Changer de modèle agricole européen, c’est ce que souhaitaient tous les intervenants.
Eric Hours, conseiller régional communiste.Julien Brugerolles exposait les propositions du PCF pour un juste partage de la valeur ajoutée entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Ce qui passe par des mesures concrètes en termes de prix et d’encadrement des marges – Julien Brugerolles évoquait le système des coefficients multiplicateurs, abandonné par la droite au pouvoir en 1986 au profit de la libération du marché – qui peuvent se conjuguer avec des accords de coopération mutuellement avantageux avec des pays tiers. Meryl Martin soulignait à cet égard la résilience des petites exploitations adaptées à des modes extensifs d’élevage notamment qui doivent être favorisées. C’est aussi dans une perspective d’aménagement du territoire que l’agriculture doit être pensée, relevait Eric Hours.
Un mot de conclusion ? Il pourrait revenir à Christian Reynaud, du Modef : « L’agriculture et l’alimentation, cela ne concerne pas que les producteurs, cela concerne les consommateurs, ça impacte la santé publique, la souveraineté alimentaire, tout cela dans le contexte sur changement climatique… c’est un choix qui doit être débattu dans l’ensemble de la société ».
Humour toute, avec le « quizz féministe » présenté par l’association Feeling du Pays voironnais, organisatrice du festival « PuissantEs »
Le travail militant en cuisine.
Top départ après la réunion d’organisation de la cuisine et du service.
Servir 1500 repas n’est pas une mince affaire.
Service continu à la buvette.
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Publié le 24.04.2026 à 17:49
Manuel Pavard
« On se croirait au conclave. » La phrase, entendue au détour d’une conversation dans les couloirs du siège de la Métropole, résumait parfaitement la situation quasi ubuesque vécue ce jeudi 23 avril. Comme au Vatican, on a longtemps guetté la fumée blanche en provenance de l’hémicycle où le nouveau conseil métropolitain devait élire non pas le Pape, mais le successeur de Christophe Ferrari à la présidence. Mais à un peu plus de 2 heures du matin, au moment où le dénouement paraissait plus proche que jamais, Guillaume Lissy, l’un des deux favoris, a été victime d’un malaise. Ce qui a conduit la présidente Françoise Fontana à clore la séance, reportée au jeudi 30 avril.
Les 110 conseillers métropolitains n’ont pas réussi à départager les candidats au terme d’une séance de près de treize heures.On était alors sur le point de procéder au troisième tour du scrutin. Trois candidats restaient en lice, après le retrait, quelques minutes auparavant, d’Allan Brunon (la France insoumise). Le maire PS de Seyssinet-Pariset donc, pour l’union de la gauche (PS, PCF, Les Écologistes…), avec le soutien notamment des municipalités de Grenoble, Échirolles et Saint-Martin-d’Hères ; son principal rival Raphaël Guerrero, maire de Jarrie, soutenu par les « petites communes » et la droite ; le RN Enzo Billon, élu d’opposition à Échirolles.
Si la candidature d’extrême droite — créditée à chaque fois de deux voix — était symbolique, les deux autres se tenaient, eux, dans un mouchoir de poche. Deux candidats arrivés au coude-à-coude lors des deux premiers tours, représentant deux blocs d’importance relativement égale : 50 puis 51 voix pour Raphaël Guerrero, 47 voix aux deux tours pour Guillaume Lissy. Avec Allan Brunon en arbitre et faiseur de rois, grâce aux neuf puis huit voix récoltées par l’élu LFI à Grenoble. Pour rappel, il faut en en effet obtenir la majorité absolue pour être élu au premier ou au second tour, le troisième tour se jouant en revanche à la majorité relative.
Le maire de Jarrie Raphaël Guerrero, soutenu par le centre et la droite et une grande partie du groupe des « petites communes ».Mais entre ces tours de scrutin, il y a surtout eu une interminable attente. Débutée à 13h30, la séance s’est ainsi achevée près de treize heures plus tard. Car après les prises de parole des quatre hommes et de leurs soutiens, suivies du vote électronique, les suspensions de séance se sont enchaînées de façon presque ininterrompue. Dix-huit au total, d’une durée variant de trente minutes à une heure.
Des suspensions rythmées par les discussions de couloir et d’intenses négociations, plus ou moins secrètes, entre les élus des différents groupes. Tout l’enjeu étant, pour Raphaël Guerrero et Guillaume Lissy, de convaincre davantage de conseillers métropolitains que son adversaire en vue du troisième tour. Avec, pour l’édile socialiste, un impératif : rassembler toute la gauche — La France insoumise incluse — derrière son nom, condition sine qua non pour doubler sur le fil l’ancien vice-président aux finances.
Guillaume Lissy présente sa candidature, soutenue notamment par Laurence Ruffin (au premier plan).À l’ouverture du conseil pourtant, ce dernier objectif avait tout du vœu pieux, au vu du gouffre apparent séparant les insoumis du reste de la gauche. Fidèle à son style, Allan Brunon a ainsi ouvert le bal en attaquant frontalement ses adversaires, ne ménageant pas plus Guillaume Lissy que Raphaël Guerrero, loin s’en faut. « Ces deux candidats tiennent la même ligne politique », a‑t-il fustigé, affirmant porter une « ambition de rupture ».
Allan Brunon (LFI) a réussi à s’imposer en arbitre avec ses huit voix potentiellement décisives.Peu importe que l’un soit soutenu, par exemple, par les élus écologistes et communistes du territoire et l’autre notamment par la droite carignoniste. Pour le candidat LFI, c’est — ou c’était alors — blanc bonnet et bonnet blanc. Il reprochait notamment à Guillaume Lissy une prétendue volonté « d’intégration de la droite » à son futur exécutif métropolitain, ce dont se défendait pourtant le maire de Seyssinet-Pariset.
Se disant « très respectueux des engagements et des convictions » d’Allan Brunon, Guillaume Lissy a toutefois déploré « les outrances » du militant insoumis. Mais sans renoncer à tendre la main à l’ensemble du camp progressiste et même, plus largement, aux élus du groupe des « petites communes ». « Je veux dire à tous ceux dont je partage les valeurs et les combats, que ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous sépare, a‑t-il souligné. Nous défendons un idéal républicain sur lequel nous pouvons toutes et tous nous retrouver. »
Guillaume Lissy a regretté que certains élus n’aient pas accepté sa main tendue.Guillaume Lissy a également loué le « projet clair et ambitieux » construit, ces dernières semaines, avec les élus de gauche rassemblés. Un projet « qui insiste sur les transitions, sur la solidarité, sur la démocratie, qui protège les plus fragiles et qui permet à notre territoire d’avancer », a‑t-il précisé.
Raphaël Guerrero a insisté sur le compromis, sans faire oublier une candidature penchant davantage à droite de par ses soutiens.De son côté, Raphaël Guerrero s’est présenté comme « le seul à pouvoir rassembler et continuer le travail » de Christophe Ferrari, prétendant incarner une candidature « du compromis et de la coopération entre les 49 maires » du territoire. Mais « compromis ne veut pas dire consensus mou », a ajouté le maire de Jarrie. Un candidat s’affichant officiellement rassembleur mais néanmoins soutenu par la totalité des élus de droite, de la majorité fontainoise à l’opposition grenobloise.
Toujours dans cette optique, Raphaël Guerrero a d’ailleurs de nouveau lancé un appel à la maire de Grenoble. Peine perdue car Laurence Ruffin ne s’est évidemment pas laissée berner, demeurant fidèle à ses engagements. « La ville de Grenoble s’inscrit dans un collectif conduit par Guillaume Lissy », a‑t-elle rappelé dans l’hémicycle. « La ville-centre n’est pas là pour prendre toute la place, a poursuivi la maire. Mais sans la ville-centre, la Métropole ne fonctionnera pas. »
Les élus ont fini exténués après une séance ayant approché les treize heures.Chat échaudé craint l’eau froide en effet. Pas question, pour Laurence Ruffin, de revivre le conflit larvé ayant déchiré la gauche, entre Christophe Ferrari et Éric Piolle. « Nous l’avons déjà vécu lors du dernier mandat et personne ne souhaite que cela se passe à nouveau comme ça », a assuré la maire, promettant d’adopter une nouvelle « gouvernance apaisée ».
Amandine Demore est intervenue pour soutenir Guillaume Lissy.Autre soutien du maire de Seyssinet-Pariset, son homologue d’Échirolles Amandine Demore a elle aussi pris la parole avant le vote. « Faire corps autour de cette candidature, c’est choisir l’équité territoriale plutôt que la hiérarchie des territoires, c’est affirmer que les communes méritent toutes d’être entendues, quelle que soit leur taille. C’est pour cela que nous devons nous rassembler autour de cette candidature et de ce projet, pour sortir de la logique de blocage et aller vers quelque chose de positif, de constructif », a lancé la maire communiste.
Une logique de blocage qui a pourtant prévalu pendant de longues heures, donnant aux observateurs extérieurs une impression de statu quo… Jusqu’au tournant survenu peu avant 2 heures du matin. Les négociations entre LFI et le reste de la gauche venaient enfin d’aboutir à un « accord technique », glissait Allan Brunon. Indiquant avoir reçu des gages de la part de Guillaume Lissy et son équipe sur la non-ouverture à droite de son exécutif, il acceptait de retirer sa candidature avant le troisième tour.
Au premier plan, les élus communistes d’Échirolles ; au fond, le RN Enzo Billon.Les cartes étaient alors totalement rebattues, Guillaume Lissy passant d’outsider à favori grâce aux huit voix promises des insoumis. Tout cela avant son malaise — heureusement sans gravité in fine -, ultime coup de théâtre d’une séance qui, comme en 2020, restera dans les annales. Les 110 conseillers métropolitains ont de nouveau rendez-vous jeudi 30 avril au siège de la Métropole pour élire leur président. On repartira à zéro, avec trois tours. Et peut-être de nouveaux candidats…
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Publié le 23.04.2026 à 17:14
Luc Renaud
Face aux difficultés économiques qui affectent l’entreprise, la direction de Soitec propose actuellement aux organisations syndicales d’ouvrir des négociations sur une rupture conventionnelle collective, dispositif qui s’apparente à un plan de départs volontaires.
Le syndicat se déclare prête « à examiner la possibilité d’un plan de départs volontaires » mais prévient que « cela ne se fera pas au détriment des salarié.es qui resteront. » C’est pourquoi la CGT pose ses conditions à l’ouverture de négociations sur cette rupture conventionnelle.
Elle demande tout d’abord des garanties sur l’évolution de la charge de travail pendant et après la mise en œuvre des départs volontaires et le retour à des procédures d’amélioration des conditions de travail. Concernant le pouvoir d’achat – en cette période d’inflation des prix du carburant – la CGT demande l’ouverture de négociations sur les primes de transport, de partage de la valeur, d’intéressement… et la garantie d’une augmentation des salaires au niveau de l’inflation. Enfin, le syndicat demande une présentation de l’organisation de l’entreprise avant et après les départs, ainsi la participation des organisations syndicales à la définition du nombre de départs envisagés, globalement et par catégorie d’emploi.
La CGT n’en souligne pas moins que « la gravité de la situation actuelle » a des causes. « L’inaction de nos dirigeants depuis plusieurs mois est particulièrement alarmante, estime le syndicat qui ajoute : nous avons exprimé nos préoccupations à plusieurs reprises lors des réunions du CSE, et nos experts ont souligné la fragilité d’une stratégie reposant sur la spéculation, qui nous place aujourd’hui dans une situation extrêmement délicate. »
La mise en œuvre d’un plan de départ volontaire est conditionnée à l’accord de la CGT, syndicat majoritaire à Soitec.
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Publié le 23.04.2026 à 16:08
Edouard Schoene
Le débat de plus de deux heures était introduit puis animé par Latifa Madani, journaliste à l’Humanité avec une première question, « est-ce que l’IA est un outil comme les autres ? »
Hugo Pompougnac, coauteur de Que faire de l’IA président de « Espace Marx » prend la parole. L’IA est un outil comme les autres.
Marx dans un texte célèbre, Grundgrisse, dit : « la prochaine grande révolution industrielle c’est lorsque la science va devenir une force productive directe. » Avec l’IA on y est.
L’IA est une technologie de stockage et de transmission de l’information. L’humanité depuis l’homme a stocké les informations sur les grottes, le livre, la pellicule, le microsillon…Toutes ces formes coexistent, elles ne s’annulent pas. Les sociétés sont profondément transformées avec ces technologies successives. On débat ainsi depuis des années de l’IA à partir de fictions (livres et films).
Alain Boussard, président de la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité.L’IA relève t elle de transformations technologiques ou y a‑t-il plus que cela ?
Thierry Ménissier : Je suis très intéressé par l’histoire des techniques. Le terme « progrès » a été remplacé par « l’innovation », l’usager est roi il se fait tondre dans les règles de l’art, sur un modèle capitaliste. Les forces du capital sont concentrées d’où une préoccupation majeure pour la liberté. Les états sont à la remorque de grands groupes. Thomas Hobbes, philosophe du XVIIe siècle, dit que la pensée n’est rien d’autre que du calcul. Nous sommes plein d’ambigüités sur les questions liées à l’IA.
Tandis que la journaliste énonce « l’IA ne fait qu’amplifier le système capitaliste prédateur », Hugo Pompougnac réagit par un « non » en citant Lequin qui considère que l’IA n’est qu’un moyen de reproduire et diffuser la mémoire de l’humanité. La presse de Gutenberg a donné la bible laquelle a donné la réforme, …la révolution. La société finit par s’approprier les technologies. Certes les capitalistes font du mal mais c’est nous qui déciderons de ce que l’on fera de l’IA.
Hugo Pompougnac, chercheur.Thierry Ménissier développe alors la notion de pouvoir en faisant état de 12 nouveaux concepts d’ « algocratie », utilisation d’algorithmes pour influencer ou gouverner des secteurs. « Il n’y a rien de plus politique qu’une data (donnée) produite par l’IA, car les données sont construites.
Tout au long de la soirée, dans un dialogue respectueux, les deux points de vue s’étofferont, celui du philosophe, spécialiste de l’éthique de l’IA, très inquiet sur la place des monopoles produisant l’IA, et celui du technicien de l’IA-militant appelant à une intervention citoyenne sur cette avancée technologique.
H. Pompougnac : Le taux d’activité n’a jamais été aussi haut qu’aujourd’hui ; à ce jour l’IA crée plus d’emplois qu’elle n’en détruit. Les emplois de l’industrie textile détruits par le capitalisme en Europe, envoyés au Bangladesh ne sont pas des emplois liés à l’automatisation mais à des technologies traditionnelles avec des emplois d’ouvriers·ères surexploités. L’IA n’est qu’un prétexte de plus des capitalistes pour détruire des emplois.
Thierry Ménissier, philosophe.T. Ménissier : « les auteurs de mon ouvrage Vocabulaire critique de l’IA sont très partagés . L’IA impose une transformation cognitive qui peut faire de dégâts. Ainsi les algorithmes introduits dans la fonction publique, la maltraitance algorithmique, …
Le professeur, plus optimiste à l’observation de ses étudiants, constate que la jeunesse peut avoir un usage raisonnable et utile de l’IA, mais condamne les tentatives ministérielles de réduire l’enseignement en face à face au profit d’outils de l’IA.
H. Pompougnac dénonce ensuite à plusieurs reprises la multitude de décisions publiques prises sans le moindre débat démocratique. « On oublie de faire une allocation des ressources (matérielles, agricoles, eau, énergétiques…) en fonction des besoins ».
T. Ménissier, « J’ai perdu ma chaire d’enseignement quand j’ai commencé à parler de l’éthique de l’IA dans mes cours ». Le professeur évoque alors les courants « biocentristes », écocentristes qui développent le droit du monde animal, végétal, des sites de la nature. « Je ne suis pas sûr que l’on puisse faire de la politique sur ces questions éthiques ».
Latifa Madani, journaliste à l’Humanité.Latifa Madani relance l’échange en interrogeant : « Peut on contrôler, orienter l’IA ? »
H. Pompougnac s’appuie sur la contribution de P. Khalfa dans l’ouvrage dont il est coauteur pour demander :
T. Ménissier notant que Google est la seule firme privée propriétaire de câbles sous marins et terrestres souligne que « la fin de la propriété privée peut aussi apporter des catastrophes »
A l’issue d’une heure trente d’échanges à la tribune, la salle intervient pendant une demi-heure pour interroger et s’exprimer.
Un intervenant souligne la révolution apportée par un nouvel outil IA, « Claude », qui peut désormais utiliser l’ordinateur d’un client, être un assistant virtuel.
H. Pompougnac confirme qu’un tel outil donne le vertige. Il souligne que nombre d’entreprises de l’IA sont très fragiles car actuellement non rentables et reposant exclusivement sur la bourse par la levée de fonds.
T. Ménissier évoque le modèle chinois : « l’état développe des moyens considérables pour le développement avec une main de fer, tandis que le système de financement de l’innovation en Europe est aberrant, ridicule».
La réunion avait pour cadre un amphithéâtre de l’université, au campus de Saint-Martin-d’Hères.Une intervenante évoque l’importance de la souveraineté de l’IA et souhaite connaître les limites de l’IA pour nous conseiller sur l’action pour l’environnement, contre les idées de l’extrême droite… Un jeune interroge sur le rôle de l’IA sur l’information produite, la manipulation de l’opinion publique. Puis une jeune femme demande ce que serait notre société lors d’une panne générale nous privant de l’IA. Un musicien se prononce sur la propriété intellectuelle. Un étudiant dénonce la réduction des moyens de l’université avec une perspective de mettre en place des outils fantasmés d’IA. Un cuisinier précise que « si on met de la merde dans un congélateur on ne stocke pas pour un bon repas ; si l’IA stocke de mauvaises données elle ne nous fera rien gagner. »
H Pompougnac précise sa pensée : « on laisse entendre que le privé serait plus efficace que le public. En France on a construit le réseau électrique, le rail, les transports, la santé de manière publique. Il ne faut pas se soumettre aux prédateurs privés. La France doit allouer ses ressources de manière démocratique.
Deux sujets importants pour moi que nous développons à l’espace Marx :
T. Ménissier : « à l’université, dans les conseils, nous avons des débats vifs sur les questions évoquées ici. Après les présidents décident. Nous faisons de la politique ici et nous tentons de sauver l’enseignement supérieur.
Le néolibéralisme tue le libéralisme. Le droit d’auteur était une institution forte.
L’ultralibéralisme veut tout dominer avec des monopoles. »
Ainsi se concluait la riche soirée consacrée à l’IA.
Voir :
https://www.espaces-marx.eu/2026/03/24/dossier-ia-lapensee.html
Pour aller plus loin avec Thierry Ménissier et Hugo Pompougnac, sur les enjeux de l’IA
https://www.youtube.com/watch?v=3p47Qlck2W4
https://www.alternative-communiste.fr/2025/12/14/que-faire-de-lia/
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