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Le Travailleur Alpin

Publié le 16.09.2026 à 17:49

Manuel Pavard

Le symbole serait fort. Si tout se passe bien, Laurence Ruffin effectuera son premier déplacement international en Palestine, plus précisément à Bethléem, en Cisjordanie occupée, « dans l’année qui vient ». C’est Jerries Qarra’a, premier adjoint au maire de Bethléem, qui a remis une invitation officielle à la maire de Grenoble, ce mardi 15 septembre au soir, lors d’une entrevue dans son bureau de l’hôtel de ville, devant les médias locaux. L’élu faisait partie, avec son épouse et avec Carmen Ghattas, directrice de la culture de la ville de Bethléem, de la délégation palestinienne en visite le jour même à Grenoble, dans le cadre du jumelage entre les deux villes.

Laurence Ruffin et Jerries Qarra’a, premier adjoint au maire de Bethléem, mardi 15 septembre, devant la banderole accrochée sur la façade de la Maison internationale de Grenoble. © Jean-Sébastien Faure / Ville de Grenoble

Une coopération qui se poursuit depuis quinze ans maintenant. « Quinze ans de projets communs autour de sujets qui sont chers à nos deux villes : la jeunesse, la culture, le patrimoine, la vie associative », a précisé Laurence Ruffin, vantant un « jumelage vivant ». À cette occasion, les représentants des deux municipalités ont accroché ce mardi matin sur la façade de la Maison internationale de Grenoble une banderole de soutien aux populations civiles de Palestine et du Liban, demandant « le respect du droit international et une solution à deux États », et apportant « la solidarité de Grenoble à la ville de Bethléem, au camp d’Aïda et à toutes les victimes de la colonisation ».

« Une société entière est en train d’être détruite »

Au cours du rendez-vous organisé en mairie, Laurence Ruffin a réitéré son indignation « face à l’horreur qui se déroule à Gaza depuis le 7 octobre 2023 et les attentats terroristes perpétrés par le Hamas. La population civile palestinienne de Gaza subit une politique méthodique de destruction et d’anéantissement. Tous les signes d’un génocide sont réunis. Une société entière est en train d’être détruite », a‑t-elle dénoncé.

L’édile s’est montrée également « indignée face à la colonisation en Cisjordanie », évoquant les terres confisquées, les ressources accaparées et les violences des colons, de plus en plus nombreuses et de plus en plus graves ces dernières semaines. Une situation encouragée par le gouvernement Netanyahou, que « subissent de plein fouet » les habitants de Bethléem, a‑t-elle déploré.

« Ils volent l’accès à nos terres, à l’eau et aux ressources »

Considérée comme le lieu de naissance de Jésus-Christ, Bethléem est pourtant « un symbole mondial de paix et d’espoir », a souligné Jerries Qarra’a. Malheureusement, « aujourd’hui, la réalité de nos vies est très dure », a‑t-il regretté. « Jérusalem se trouve à seulement quelques kilomètres de Bethléem, mais il y a des points de contrôle, il faut des permis et il y a un mur de séparation… Ce qui rend tout voyage très compliqué. »

La délégation palestinienne aux côtés des élus grenoblois, sur les marches de l’hôtel de ville. © Jean-Sébastien Faure / Ville de Grenoble

Ainsi, « un travailleur qui souhaite se rendre à son travail ne sait pas s’il va y arriver, un étudiant qui doit aller à l’école ne sait pas si la route va être ouverte », a raconté l’élu palestinien. Et de poursuivre : « Plus de 67 % [de la surface] de Bethléem est en zone C, c’est-à-dire sous contrôle israélien. Nous ne pouvons pas construire des maisons librement, ni ouvrir des routes ou élargir nos écoles. » De leur côté, « les Israéliens s’installent continuellement et agrandissent leur occupation tout autour », s’est insurgé Jerries Qarra’a. « Selon le droit international, c’est illégal. Ils volent l’accès à nos terres, à l’eau et aux ressources. »

Un déplacement à Noël ou plus probablement en 2027

Dans ce contexte, le déplacement officiel à Bethléem sera donc lourd de sens pour Laurence Ruffin. « J’y porterai la solidarité des Grenobloises et des Grenoblois », a ainsi assuré la maire, qui entend « rencontrer les habitantes et les habitants de Bethléem, ceux du camp d’Aïda ». Car, a‑t-elle conclu, « la solidarité, c’est aussi de la présence ».

Laurence Ruffin aux côtés de Jerries Qarra’a, premier adjoint au maire de Bethléem, mardi 15 septembre, dans le bureau de la maire de Grenoble, à l’hôtel de ville. © Jean-Sébastien Faure / Ville de Grenoble

Reste à savoir à quel moment se fera ce voyage ? Jerries Qarra’a a cité une période précise : « Tout le monde est invité à Bethléem pour Noël. » La date est particulièrement symbolique, pour la cité de Cisjordanie. Mais Laurence Ruffin et son équipe se montrent plus prudentes — sans pour autant exclure cette option -, conscientes notamment des difficultés d’organisation et notamment de toutes les tracasseries administratives que peuvent imposer les autorités israéliennes. Ce sera donc au plus tôt en fin d’année et plus probablement courant 2027.

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Publié le 16.09.2026 à 00:52

Manuel Pavard

« Cela fait près de vingt ans qu’on subit l’austérité à l’hôpital public ! » Le constat de Damien Bagnis, secrétaire général de l’Union syndicale départementale CGT santé et action sociale (USD CGT 38), est partagé par la totalité des manifestants rassemblés ce mardi 15 septembre sur le parvis Belledonne du CHU Grenoble Alpes. Quels que soient leur service, leur établissement — au CHUGA ou au Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) de Saint-Égrève — ou leur profession, tous décrivent une situation « catastrophique » qui dure et même s’aggrave d’année en année.

La CGT avait appelé à un rassemblement en début d’après-midi sur le parvis Belledonne de l’hôpital Nord, au CHUGA.

À Grenoble comme partout en France, la CGT entendait ainsi « lancer un mouvement » contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, à l’occasion de cette journée de mobilisation nationale du secteur. Un PLFSS 2027 attendu à l’Assemblée nationale en octobre, avec « des projets de baisse financière importante, des économies à faire sur la Sécu, et donc forcément sur les dotations aux établissements de santé publique », dénonce Damien Bagnis.

Damien Bagnis, secrétaire général de l’USD CGT 38 — santé et action sociale.

À ce stade, seules des bribes d’informations ont filtré sur le contenu de ce PLFSS. Néanmoins, confie le syndicaliste, « on sait déjà qu’il reconduirait une économie de 10 milliards d’euros, directement sur les hôpitaux, sans compter toutes les cases de remboursement sur la Sécurité sociale qui ont déjà commencé par décret, en plein été ». Et de citer le déremboursement de certains médicaments et le plafond annuel des franchises médicales qui passera de 100 à 140 euros le 1er octobre. « Ce sont les patients et les citoyens qui payent », souligne-t-il.

Aux urgences pédiatriques, des enfants dont « la vie peut être mise en danger »

Chez les soignants et autres agents hospitaliers présents ce mardi, les mêmes mots et les mêmes maux reviennent à chaque fois. Manque de personnel, manque de lits, salaires trop faibles, horaires à rallonge, pénibilité non reconnue… Et au final, des patients qui en payent le prix. Illustration avec les infirmières des urgences pédiatriques, qui n’en peuvent plus de tirer la sonnette d’alarme. « On est constamment en sous-effectif », déplore Céline [le prénom a été modifié]. « L’exemple flagrant, c’est aujourd’hui : on a normalement une équipe constituée de trois infirmières et trois auxiliaires de puériculture sur la zone de soins. Mais il n’y a qu’une ‘auxi’, au lieu de trois donc. Et s’il ne manque pas d’infirmière aujourd’hui, c’est récurrent. »

Une triste réalité, qui peut avoir de lourdes conséquences. « On a des enfants qui arrivent et qui nécessitent des soins urgents mais on ne peut pas être partout à la fois. Du coup, on ne peut pas les prendre en charge ni les surveiller comme on devrait, et leur vie peut être mise en danger », s’insurge-t-elle. Les infirmières se retrouvent ainsi fréquemment devant « des parents démunis et parfois agressifs », ce qui peut se comprendre lorsque la santé de leurs enfants est en jeu, reconnaissent-elles. Mais c’est à elles de devoir assumer les répercussions d’une situation dont elles ne sont pas responsables, chose particulièrement difficile à vivre.

Les infirmières des urgences pédiatriques parlent de conditions de travail « catastrophiques ».

Résultat des courses, « il y a un vrai ras-le-bol car on travaille dans des conditions catastrophiques », affirme Céline. D’un côté, des arrêts maladie en nombre, de l’autre, « des recrutements insuffisants à cause du manque d’attractivité du service. Les jeunes arrivent et ne restent que quatre ou cinq ans au maximum avant de repartir »« Et même moins », la coupe sa collègue. « Dernièrement, c’est même souvent six mois. » Alors, que faire ? « Il faut simplement que nos conditions de travail s’améliorent, pour rendre le métier plus attractif. »

Des soignants « encore plus fatigués » et un impact sur la qualité des soins

Autre établissement, autre type de patients, mais des problématiques similaires au CHAI. Plusieurs soignants de l’hôpital psychiatrique ont fait le déplacement au CHUGA. Depuis des mois, ceux-ci sont mobilisés contre le projet de réorganisation du temps de travail prévu par la direction. Laquelle n’a toujours pas renoncé. Franck Cocolon, aide-soignant et représentant du personnel CGT, fustige pourtant « des maquettes organisationnelles qui vont avoir un impact direct sur la qualité des soins et sur la qualité de la vie privée des professionnels ». Ceci dans le but annoncé de « réaliser des économies » alors que « le déficit annoncé initialement n’est pas existant », ironise-t-il.

Franck Cocolon, aide-soignant et représentant du personnel CGT au CHAI, était présent aux côtés d’autres soignants de l’hôpital psychiatrique de Saint-Égrève.

Avec ces nouveaux plannings de douze semaines modifiables sans leur accord, les agents vont « perdre la mainmise sur [leur] vie privée », s’inquiète Franck Cocolon. « Les temps de pause et les repos ne seront plus respectés, les congés ne seront pas pris quand nous en avons besoin mais quand nous pourrons les prendre… » Résultat des courses, des soignants « encore plus fatigués » donc des soins potentiellement de moins bonne qualité et in fine, des patients qui risquent de payer les pots cassés.

Manque de reconnaissance et d’attractivité

Pour couronner le tout, les rémunérations sont loin d’être à la hauteur, pour l’écrasante majorité des agents hospitaliers. Exemple parmi d’autres, Cynthia, ouvrière professionnelle (OP) à la stérilisation du CHUGA, « gagne entre 1700 et 1800 euros par mois, avec treize ans d’ancienneté ». Des grilles de salaire et un « manque de reconnaissance » qui expliquent en grande partie l’attractivité insuffisante des métiers, selon la soignante, en grève en juin dernier comme l’ensemble de son équipe.

En outre, indique Damien Bagnis, « dans l’hôpital public, nous avons une taxe sur les salaires de 10 % qui est reversée directement à l’État et qui ne va pas à la Sécu, mais aux impôts. Dans un établissement comme le CHU, avec des budgets de plusieurs millions d’euros, imaginez les 10 % qui repartent directement dans les poches de l’État, alors qu’en fait cet argent devrait revenir à l’hôpital pour embaucher et augmenter les traitements des agents. » Le secrétaire général de l’USD CGT 38 rappelle ainsi que « l’indice est bloqué depuis des années et gelé. En fait, on devient des travailleurs pauvres », observe-t-il.

Des moyens face au changement climatique

À l’occasion de cette mobilisation du 15 septembre et des prochaines à venir — notamment le 29 septembre pour toute la fonction publique en intersyndicale -, la CGT réitère ses revendications. À savoir (liste non exhaustive) l’augmentation générale des salaires et des pensions et leur indexation sur l’inflation, la formation et l’embauche de personnels, l’arrêt des fermetures de lits et de services et la réouverture de tous les lits fermés (80 000 lits depuis 2003, environ 45 000 sous la présidence de Macron), la prise en charge des soins par le 100 % Sécu… Sans oublier de véritables moyens pour faire face au changement climatique.

Les soignants ont écouté les prises de parole successives sous une chaleur caniculaire.

Présent au rassemblement, Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère, souligne d’ailleurs ce point : « Avec les canicules, avec le réchauffement climatique, nous aurons besoin d’avoir des services publics encore plus forts et encore plus robustes. Pourtant, les politiques mises en place orchestrent, année après année, une destruction complète de ces services publics ! Comme si on avait besoin de moins d’argent alors que ça craque partout… »

« Partageons les richesses pour protéger l’ensemble de la population. […] C’est ce qu’on a été capable de faire après la guerre, avec le Conseil national de la Résistance. Parce qu’il y a eu une volonté politique. »

Les difficultés de la Sécurité sociale ne sont pourtant pas liées à un problème de dépenses, mais bien « de recettes », note le président du groupe écologiste au Sénat. « Les exonérations sociales représentent 86 milliards d’euros dans le précédent budget de la Sécurité sociale », ajoute-t-il. Ces 86 milliards « manquent pour faire fonctionner notre Sécurité sociale, notre hôpital public ».

Le sénateur écologiste Guillaume Gontard a lancé un appel à la solidarité et au partage des richesses.

Et Guillaume Gontard de conclure avec un appel « à la solidarité. Partageons les richesses pour protéger l’ensemble de la population. Ça peut paraître naïf mais c’est ce qu’on a été capable de faire à la sortie de la guerre, avec le Conseil national de la Résistance. Parce qu’il y a eu une volonté politique. Parce que des hommes et des femmes ont dit : ‘Reprenons notre destin en main’. »

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Publié le 15.09.2026 à 17:00

Luc Renaud


« D’abord se taire. » Se taire pour écouter. Une pratique revendiquée par Vincent Bouget, maire communiste de Nîmes, à l’image de la campagne électorale qui a permis à la gauche nîmoise de l’emporter face au Rassemblement national et à la droite dans une élection qui n’avait rien d’acquise – cas unique en France dans une ville de 150 000 habitants.

Vincent Bouget participait au débat aux côtés de Laurence Ruffin, maire de Grenoble, de Lucie Castets, maire du XIIe arrondissement de Paris et de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis. Quatre maires, élus dans des configurations différentes : une liste LFI PCF et citoyens face au maire sortant socialiste à Saint-Denis, une liste d’union de la gauche avec un « accord technique » de second de second tour à Grenoble où les élus LFI se sont constitués en groupe d’opposition, une liste d’union de la gauche sans LFI à Paris et une liste d’union à Nîmes à laquelle LFI avait refusé de participer.

À la fête de l’Humanité, Laurence Ruffin, maire de Grenoble, et Philippe Rio, président de la coopérative des élus communistes et citoyens ont été accueillis au stand de l’Isère du PCF, accompagnés de Vincent Bouget, maire de Nîmes.

Des formules différentes qui n’en débouchent pas moins aujourd’hui sur des ambitions similaires, à gauche. Laurence Ruffin note ainsi que « la ville est le bon endroit pour résister et protéger ». Des mesures concrètes ont déjà été prises. À Saint-Denis, Bally Bagayoko évoque la mutuelle communale, la gratuité des fournitures scolaires, ou le vélo offert aux élèves de troisième.« D’abord les gens, avant les gestions économiques », dit-il. Laurence Ruffin insiste sur les politiques du logement, encadrement des loyers, permis de louer, logement d’urgence pour faire face aux situations dramatiques… mais aussi découverte de la montagne pour de jeunes Grenoblois qui en sont privés. Tout comme Lucie Castets cite la « découverte du bois de Vincennes », à proximité immédiate du XIIe arrondissement de Paris. À Nîmes, après vingt-cinq ans de mandat de la droite et face à une extrême droite en course pour emporter la ville, c’est la remise sur pied des services publics – 90 agents du périscolaire viennent d’être déprécarisés pour améliorer tout à la fois leur situation et la qualité du service – et le désenclavement des quartiers populaires – géographique et à tous les niveaux de l’action municipale – qui comptent parmi les priorités.

Le stand de la fédération de l’Isère du PCF a fait le plein trois jours durant. Près d’une centaine de militants mobilisés, pour certains dès la semaine de montage, dans une ambiance des plus chaleureuse.

Au delà des décisions concrètes – il y a du pain sur la planche dans un contexte d’asphyxie budgétaire organisé par les gouvernements successifs – les quatre maires partagent un objectif, pousser les feux du débat avec tous les habitants. « Les élus sont des militants à part entière et nous sommes en campagne permanente », explique Bally Bagayoko qui cite la présence des conseillers municipaux devant toutes les écoles de ville lors de la rentrée scolaire pour rencontrer les parents dans un moment « d’éducation populaire » et ainsi « créer du commun ». « Nous refusons de mettre des étiquettes sur les gens, de penser à leur place ce qu’ils pourraient nous dire, insiste Vincent Bouget, nous voulons tout à la fois entendre, écouter, donner de l’espoir et créer du lien ». Une initiative parmi d’autres, celle de « places communes », la création de « tiers lieux locaux » : « Nous allons voir des habitants, des associations pour leur proposer de se retrouver dans un espace du quartier, discuter de ce qu’ils pourraient faire ensemble, avec le soutien de la ville à des projets qui sont souvent innovants. » Une illustration de ce que Laurence Ruffin appelle de ses vœux : « La ville peut être un laboratoire où l’on invente et on teste des idées nouvelles, comme cela a été le cas à Grenoble avec le mouvement mutualiste ou le planning familial ». Et elle insiste sur des formes inventives de rencontres, par delà la réunion de concertation. « Pendant la campagne électorale à Grenoble, nous avons participé à un match de foot ; cette rencontre a permis une candidature citoyenne sur notre liste », dit-elle. Le chemin pour « retrouver la confiance » des citoyens, espère Lucie Castets.

Des pratiques politiques, des expérimentations, une envie de renforcer ou de renouer le lien avec l’ensemble des habitants de la ville… faire de la politique, en somme. L’ambition de quatre nouveaux maires élus il y a six mois.

Le débat filmé en intégralité

A découvrir sur le site de l’Humanité, https://www.humanite.fr/politique/bally-bagayoko/les-nouveaux-maires-au-defi-du-municipalisme-b-bagayoko-l-ruffin-v-bouget-et-l-castets

Laurence Ruffin, maire de Grenoble, et Bernard Ughetto-Monfrin, premier adjoint communiste à la maire de Vizille.
Le stand de la fédération communiste de l’Isère et du Travailleur alpin à la fête de l’Huma 2026.
Jusqu’au bout de la nuit.

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Publié le 14.09.2026 à 19:19

Manuel Pavard

Le Travailleur alpin — Cinq ans après ton arrivée à la Région, quel bilan tires-tu de l’action du groupe CIC ?

Éric Hours — On est un groupe minoritaire, donc on ne peut évidemment pas changer la ligne politique de la majorité régionale. Mais en tant qu’élus communistes, on a une crédibilité historique qui est reconnue. Sur Vencorex, par exemple, on n’a pas gagné mais on a quand même bataillé avec la Région pour qu’elle vote le vœu. Et puis, on a réussi à faire avancer certains dossiers dans d’autres domaines. Je pense notamment au commerce de proximité en milieu rural. Au départ, la Région aidait surtout à l’investissement. On a obtenu qu’elle puisse aussi intervenir sur le fonctionnement, parce qu’un petit commerce dans un village de 300 ou 400 habitants peut avoir besoin de quelques milliers d’euros pour survivre. Sans ce soutien, les habitants doivent parfois faire quinze kilomètres pour acheter du pain.

Sur la santé (l’une de mes trois commissions, avec l’économie et les relations internationales), on a également gagné la création d’un groupement d’intérêt public consacré au recrutement et à l’installation de professionnels. La Région a ainsi recruté vingt-et-un professionnels, dont neuf médecins, trois infirmières, des gynécologues, des sages-femmes… Ce qui est une bonne chose. Quant aux maisons et centres de santé, maintenant, on réclame un bilan : combien sont réellement occupés, dans quels territoires, avec quels professionnels ? La Région prétend qu’elle participe au maillage du territoire mais on doit pouvoir le mesurer. Ça fait quatre ans que je demande un état des lieux… Toujours rien !

Sur le volet économique, que reproches-tu principalement à la politique régionale ?

On n’est pas opposé aux aides aux entreprises. La Région est chef de file en matière économique, donc c’est une de ses responsabilités. Le problème, c’est l’évaluation. La Région parle, par exemple, de milliers d’emplois créés grâce à ses dispositifs et d’un effet de levier sur l’investissement privé. Ok mais on aimerait savoir précisément combien d’emplois ont été créés, combien ont été maintenus, ce que deviennent les salariés lorsque l’entreprise ferme ou délocalise…

On peut citer aussi le « pack relocalisation », doté d’un milliard d’euros sur le mandat — pour rappel, le budget de la Région est de 4,8 milliards par an — et qui est assez emblématique. Globalement, il y a beaucoup de dispositifs, parfois pour quelques dizaines de milliers d’euros. On ne conteste pas forcément les aides individuellement, mais on veut connaître leur finalité. L’argent public doit servir à quelque chose et il faut pouvoir en rendre compte aux habitants.

Éric Hours aux côtés de Laurence Ruffin, lors d’un débat sur l’industrie pendant la campagne municipale, à la fédération PCF.

Tu as l’impression que l’exécutif régional a évolué politiquement, depuis le début du mandat ?

Oui, il y a eu un glissement idéologique de la majorité régionale, qui s’est beaucoup déplacée vers la droite, avec une place de plus en plus importante donnée aux questions de sécurité et à des thèmes qui étaient auparavant portés par l’extrême droite. On a vraiment l’impression que certains élus de droite cherchent à courir derrière elle. Mais à force de reprendre les idées de l’extrême droite, on peut se demander pourquoi les électeurs choisiraient la copie plutôt que l’original.

Globalement, c’est un peu toute l’assemblée régionale qui glisse de plus en plus à droite. Il y a des choses qu’on n’aurait pas vues ou entendues avant : une élue Reconquête qui cite Brasillach en assemblée plénière, le portrait de Quentin Deranque affiché sur la façade de l’hôtel de région… Les passerelles avec l’extrême droite sont de plus en plus visibles, le cordon sanitaire est en train de disparaître. Et à côté de ça, on a un Rassemblement national de plus en plus décomplexé.

Quel rôle joue Laurent Wauquiez dans tout cela ?

Aujourd’hui, Laurent Wauquiez est officiellement conseiller spécial de Fabrice Pannekoucke, un poste qui a été créé spécialement pour lui et qui n’existe qu’ici. Mais le vrai président, c’est lui. En fait, pour Wauquiez, l’expérience Auvergne-Rhône-Alpes est d’abord un laboratoire au service de ses ambitions politiques nationales.

Concrètement, comment se manifeste cette droitisation ?

Prenons le cas de la culture, qui l’illustre très bien. Le budget peut rester stable en valeur nominale, mais avec l’inflation, cela signifie déjà une baisse en termes réels. Et surtout, les choix effectués dans les subventions ne sont pas neutres. Il y a une véritable orientation politique de la part de la majorité, qui mène vraiment une bataille idéologique. On le voit avec l’exemple très parlant de la scandaleuse subvention pour « Murmures de la cité », à Moulins [NDLR : spectacle révisionniste promouvant les valeurs du catholicisme intégriste et de l’extrême droite identitaire mais pourtant subventionné par la Région, ce qui provoqué une vive polémique et une forte mobilisation des collectifs laïques et antifascistes, des syndicats, des partis et élus de gauche].

Le groupe CIC a également critiqué la politique régionale en matière d’adaptation au changement climatique…

Il faut distinguer l’urgence et la politique de long terme. Quand il fait très chaud dans une école ou un établissement de santé, installer de la climatisation, comme l’a fait la Région, peut être nécessaire. Mais face au au changement climatique, installer des climatiseurs, c’est un pansement sur une jambe de bois. Ça ne règle rien sur le fond et ça ne fait pas une politique. Dans les lycées, par exemple, il faut adapter les bâtiments, travailler sur l’isolation, l’urbanisme, les matériaux, les espaces végétalisés.

La même chose vaut pour les forêts. Il faut réfléchir dès maintenant aux essences qui seront capables de supporter le climat de demain, à la gestion de l’eau et à la prévention des incendies. On ne peut pas attendre que les problèmes arrivent pour réagir.

Mais ce côté démagogique, c’est assez typique de la droite. Je rappelle que tous les élus LR de la région ont voté pour la loi Duplomb… Même le député Yannick Neuder qui est pourtant cardiologue, alors que l’Ordre des médecins et tous les syndicats de médecins généralistes ont dit que cette loi était nocive pour les gens.

Aux côtés d’Annie David, de Cécile Dhainaut, et du sénateur PCF Fabien Gay, à Crolles, en soutien aux salariés de Teisseire.

Sur ces questions écologiques, vos positions peuvent pourtant diverger de celles d’autres composantes de la gauche, notamment sur l’industrie. Pourquoi ?

Parce qu’on pense qu’il faut réindustrialiser la région et le pays. Mais il ne s’agit évidemment pas de revenir à l’industrie du XIXe siècle. Il faut produire autrement, réduire les pollutions et anticiper les transformations climatiques. On a parfois des désaccords avec les écologistes sur la manière d’aborder certains projets industriels ou énergétiques. Pour nous, il faut être capables de regarder l’ensemble de la question : quels emplois, quelle production, quelles conséquences environnementales, quels transports, quelle consommation d’énergie ? On ne peut pas simplement opposer industrie et écologie.

Dans une région comme la nôtre, il faut aussi se demander comment on transporte les matières premières et les marchandises. Si on installe une nouvelle activité industrielle mais que tout doit ensuite être transporté par camion, on n’a pas réglé le problème. Il faut donc penser les infrastructures en même temps que les projets.

Même constat sur l’énergie ?

Oui, les besoins vont augmenter avec les véhicules électriques, les pompes à chaleur, la climatisation… Il faut donc réfléchir à un mix énergétique. Mais il n’y a pas une seule solution qui permettra de répondre à tous les besoins. Après, ça ne signifie pas qu’il ne faut rien faire sur les renouvelables, simplement qu’il faut avoir une vision globale, notamment sur l’hydroélectricité et la gestion de l’eau. Et surtout, il faut articuler la question énergétique avec celle de l’industrie et de l’aménagement du territoire.

Ces divergences pèseront-elles dans la perspective des élections régionales de 2028 ?

Forcément. Mais c’est justement pour ça qu’il faut commencer le travail suffisamment tôt. Je pense qu’il faut tout remettre à plat. Je ne suis pas favorable à ce qu’on dise aujourd’hui : « On repart comme en 2021 ». Il faut regarder le rapport de forces, les projets et surtout ce qu’on veut construire pour la région.

En 2021, on a fait une alliance qui n’a pas permis à la gauche d’obtenir le résultat espéré. Les discussions avaient été longues et au final, beaucoup de choses se sont décidées tardivement. Pour la prochaine élection, on devra d’abord définir quelques grands axes qui pourraient constituer le socle d’une nouvelle majorité : les transports, l’aménagement du territoire, les services publics, la formation, l’industrie… Et ensuite seulement, regarder quelles forces peuvent se retrouver autour de ce projet. L’objectif, c’est de construire une véritable alternative, pas simplement d’additionner des logos.

Est-ce que ça veut dire que tu ne souhaites pas reconduire obligatoirement l’alliance entre le PCF et LFI ?

Je ne dis pas qu’il ne faut pas travailler avec les Insoumis. Mais plutôt qu’il ne faut pas considérer que l’alliance de 2021 est automatiquement reconduite. Donc regardons ce qu’elle nous a apporté et ce qu’elle n’a pas permis de faire.

En tant que communistes, il faut aussi qu’on soit capables de travailler avec les socialistes, les écologistes et les autres forces de gauche, en fonction des projets. Les discussions doivent partir des besoins de la région et des habitants. Car on a des désaccords mais aussi des choses en commun. Je pense notamment aux transports. Une région comme Auvergne-Rhône-Alpes doit avoir une véritable politique publique des transports, accessible à tous. C’est un enjeu de pouvoir d’achat, mais aussi d’aménagement du territoire et de transition écologique.

Intervention d’Éric Hours, entouré des élu·es et militant·es communistes (Sylvette Rochas, Jérémie Giono, Amandine Demore, Jad Halwani) à la fête du Travailleur alpin 2026, à Saint-Égrève.

Tu entends justement renforcer le travail des élus communistes dans les douze départements de la région…

Oui. Nous sommes en train de développer des liens entre les élus et les fédérations communistes des différents départements. On veut aller dans les territoires, faire le bilan de ce qui a été fait depuis le début du mandat et regarder ce qui manque. L’idée est de construire un véritable fil rouge de la politique communiste à l’échelle régionale.

Auvergne-Rhône-Alpes compte près de neuf millions d’habitants. C’est une région immense, avec des réalités très différentes. Il faut donc être capable de construire un projet commun sans opposer l’Auvergne aux territoires rhônalpins, ni les zones rurales aux métropoles. Les régions peuvent aussi être des contre-pouvoirs. Quelle que soit la majorité qui sortira des prochaines élections nationales, il faudra des collectivités capables de porter d’autres politiques. On doit donc commencer à travailler dès maintenant.

Et toi-même, envisages-tu de repartir en 2028 ?

Les camarades souhaitent que je reparte. Et pour ma part, je mettrai ma candidature à disposition du parti pour faire un nouveau mandat qui sera le dernier. Je le fais parce que je pense avoir aujourd’hui une connaissance de la Région et des dossiers que je n’avais pas au début du mandat. Je connais mieux les territoires, les mécanismes régionaux, les interlocuteurs… Mais l’essentiel, ce n’est pas ma candidature personnelle, c’est le travail collectif que nous devons construire pour proposer une autre politique régionale.

Cet article Éric Hours : « Tout remettre à plat pour offrir une vraie alternative en 2028 » à la Région est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 12.09.2026 à 03:16

Edouard Schoene

Les organisateurs ont rappelé les conditions dans lesquelles Franck Longo et son équipe municipale ont annoncé brutalement, sans la moindre concertation, la fermeture des écoles Cachin et Labourbe pour la rentrée de septembre 2027 : « Une école, c’est un cœur de vie pour un quartier. Pour les enfants, c’est pouvoir aller à l’école à pied, être rassuré parce que la maison est proche, se faire des copains qu’on recroise ensuite au parc. L’école est le premier lien de socialisation. » Les enfants ne doivent pas être une variable d’ajustement budgétaire, ont-ils asséné d’une seule voix.

Tracts et affiches remettent en cause l’absurdité de la décision municipale.

Un premier intervenant a ensuite pris la parole. « La décision a été passée au conseil municipal. On a été un petit groupe de personnes qui étaient présentes à cette mobilisation, en juin, à se retrouver ensuite pour organiser cet événement. L’idée, c’est de faire perdurer cette mobilisation, de l’amplifier », a‑t-il expliqué.

Le public est venu relativement nombreux.

Des parents d’élèves de l’école Cachin ont signalé que la promesse du maire d’informer sur la destination des élèves pour 2027 restait lettre morte à ce stade. Tous ont assuré de leur détermination à obtenir l’annulation de la décision de fermeture. Des mamans se sont, elles, insurgées en apprenant que la ville envisageait des réductions d’emplois à Fontaine. L’une d’entre elles a en outre souligné que la population du quartier était pauvre, souvent en difficulté, nombre de parents ne maîtrisant pas le français… Ce qui rend difficile la mobilisation.

Opacité et manque de communication de la municipalité Longo

Une ancienne directrice de l’école Jeanne-Labourbe a insisté de son côté sur l’attachement des parents, enfant et anciens de l’école envers l’établissement. Avant d’évoquer le bouleversement que signifierait la fermeture de l’école : longs et dangereux trajets à pied, accès difficile en voiture à l’école de l’ancienne mairie, frais de cantine et de gardiennage, dégradation des conditions d’enseignement avec un nombre plus important d’élèves par classe.

Plusieurs intervenantes ont insisté sur le rôle de ces écoles pour la population locale.

Après cette série d’interventions, les élus présents ont été invités à prendre la parole à leur tour. Pour ouvrir le bal, Claudine Didier, conseillère municipale d’opposition (PCF) et conseillère communautaire, a noté qu’avec une réduction budgétaire de 11 millions d’euros, la Métropole serait bien en peine de prendre en charge les centaines de mètres de trottoirs qui seraient nécessaire avec la fermeture de l’école Labourbe. Elle soutient bien évidemment, avec son groupe « Fontaine nous rassemble », le combat des parents d’élèves.

Claudine Didier (PCF) est intervenue en soutien des parents d’élèves.

Autre élu communiste, Laurent Jadeau a confié qu’il demandait en vain depuis trois ans à l’équipe municipale Longo de construire, avec une large concertation démocratique, une réponse à la baisse démographique. « Le plan budgétaire de M. Longo est opaque et sans réelles garanties de subventions et prêts bancaires », a‑t-il fustigé.

Mobilisation lors du prochain conseil municipal

Toujours à gauche, Élisa Martin, députée LFI de l’Isère, a elle aussi apporté son soutien aux parents d’élèves, précisant avoir écrit à Franck Longo pour dénoncer les fermetures. Un courrier auquel le maire MoDem n’a sans surprise pas répondu. La direction administrative de l’Éducation nationale, la DASEN, a quant à elle voulu rassurer l’élue insoumise en promettant que les enfants « seraient bien pris en charge ». « Macron supprime 5000 emplois, je suis à vos côtés », a conclu la députée.

Les organisateurs ont pris la parole pour décrire les raisons de leur combat.

Tandis que les enfants poursuivaient leur goûter et leurs jeux, les parents et citoyens en colère projetaient les actions futures pour dire non à la fermeture des écoles, notamment avec des affichages à domicile. Sans oublier une mobilisation attendue lors du prochain conseil municipal, lundi 14 septembre : rendez-vous à 18h30, devant la mairie de Fontaine. Ambiance combative garantie !

Des parents du quartier et leurs enfants sont venus partagés le goûter proposé par le collectif.

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Publié le 11.09.2026 à 21:15

Manuel Pavard

Les deux organisations ne sont pas vraiment les meilleures amies du monde. Pourtant, le collectif STopMicro et la CGT ST Crolles se rejoignent au moins sur un point : la dénonciation de l’énorme consommation d’eau de STMicroelectronics et du manque de transparence dont fait preuve le groupe franco-italien sur son usage de l’eau potable. Cela fait maintenant plusieurs années que le géant des semi-conducteurs est pointé du doigt à ce sujet. Mais le contexte actuel, avec un été marqué par la canicule et la sécheresse, a replacé le dossier sous le feu des projecteurs.

La guirlande de bouteilles d’eau a été accrochée face à la préfecture pour dénoncer sa « complicité » avec ST, selon le collectif.

Depuis le 20 août dernier, le secteur de Chartreuse-Guiers — qui englobe la commune de Crolles — est en effet placé par arrêté préfectoral en situation de « crise », soit le plus haut niveau de l’alerte sécheresse. Conséquences, de fortes restrictions d’eau pour les habitants et des prélèvements d’eau partiellement ou totalement interdits pour de nombreuses activités ou professions, à l’instar des agriculteurs. Pourtant, à quelques kilomètres de là, STMicroelectronics ne semble pas concerné par ces contraintes, bénéficiant d’une dérogation accordée par la préfecture de l’Isère.

Selon les chiffres de 2023, 14 000 m³ d’eau par jour

C’est ce constat et ce passe-droit apparent qui ont poussé STopMicro à organiser un rassemblement, ce jeudi 10 septembre au soir, sur la place de Verdun, à Grenoble. Tout autour, la grosse centaine de militantes et militants présents ont accroché devant la préfecture une « guirlande » de bouteilles d’eau. Au total, 160 litres d’eau potable, c’est-à-dire la consommation par seconde de ST Crolles. Ceci, « pour rincer les plaques de silicium sur lesquelles sont gravées les puces, avec des produits chimiques, des acides et des métaux », explique le collectif.

Tout aussi parlant, les manifestants ont également installé une grande cuve à eau sur la place. « Les 160 litres par seconde, ça équivaut à 14 000 m³ d’eau par jour et on a là une tonne à eau qui correspond à 1 m³ d’eau… Donc l’idée, c’est qu’en faisant une pile de 14 km de haut avec ces tonnes à eau — sachant que les avions sont à 10 km -, on obtient la consommation journalière de ST », illustre Baptiste, militant de STopMicro.

Il faut 14 000 tonnes à eau comme celle-ci pour représenter la consommation d’eau potable quotidienne de STMicro à Crolles.

Ces estimations datent en outre de 2023. Il s’agit des derniers chiffres officiels connus, les bilans environnementaux 2024 et 2025 du site de Crolles n’ayant pas été publiés, alors que de nouvelles unités de production ont été mise en fonctionnement. « On doit probablement être à 17 ou 18 voire 20 000 m³ aujourd’hui », suppose Baptiste. Un calcul qui est même sous-évalué par rapport à celui de la CGT. Ainsi, pour le syndicat, « ST Crolles consommerait au moins 1000 m³ d’eau par heure » (donc 24 000 m³ par jour, d’après ces chiffres).

« Personne ne sait quelles mesures contient ce plan de sobriété hydrique »

Avec des chiffres aussi faramineux [NDLR : selon la mission régionale d’autorité environnementale, STMicroelectronics consomme 15 à 20 % de toute l’eau potable captée dans la Romanche, l’équivalent d’une ville de 100 000 habitants], comment expliquer que la préfecture exclut ST du champ des restrictions d’eau ? Deux raisons à cela. Tout d’abord, les mesures préfectorales en cas de sécheresse s’appliquent « en fonction du lieu de prélèvement de l’eau », précisent les services de l’État. Or, l’eau utilisée pour la fabrication des puces provient des champs captants de Rochefort (Romanche) à Vizille ou de Varces (Drac), gérés par Eaux de Grenoble Alpes. Des zones de prélèvement qui, depuis le 20 août, sont « en alerte renforcée », comme le rappelle la CGT — et non en situation de « crise » comme les particuliers résidant à Crolles.

Néanmoins, le niveau d’alerte renforcée implique en théorie des restrictions ici inexistantes. C’est là qu’intervient le second motif, encore plus bancal. « Si l’industriel n’est soumis à aucune restriction, c’est parce qu’il est passé par un trou de souris qui s’appelle plan de sobriété hydrique (PSH) », éclaire Baptiste. Disposer d’un tel plan permet à une entreprise de ne pas appliquer le taux de réduction prévu. Mais il y a un hic. Car « personne ne sait quelles mesures contient ce PSH. Et pour cause, la préfecture n’a jamais demandé à connaître son contenu », s’étonne STopMicro, qui va même plus loin : « En l’absence de contrôle, nul ne sait non plus si ce PSH existe tout bonnement. »

Au micro, les militants de STopMicro tirent à boulets rouges sur la direction de ST et sur les services préfectoraux.

Le fabricant de semi-conducteurs se serait-il placé dans l’illégalité, avec la complicité — volontaire ou non — de la préfecture ? « En tant que collectif, nous avons demandé à la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) de nous fournir ces documents. Ils nous ont répondu qu’ils ne les avaient pas », raconte Baptiste. Les militants assurent avoir tout tenté : demande à la commission d’accès aux documents administratifs (Cada), interpellation des députés écologistes de l’Isère… Même les parlementaires n’ont pu avoir accès à ce fameux PSH.

Aucun investissement depuis deux ans pour le recyclage de l’eau

Ce flou entretenu par la direction de STMicroelectronics est en réalité une véritable stratégie, pour ne pas dire une ligne de conduite. La CGT ST Crolles dénonce ainsi « l’opacité sur l’usage de l’eau potable » par ST, qui ne réalise pas les investissements nécessaires à la mise en œuvre des procédés de recyclage avec traitement. Procédés pourtant mis au point par des salariés. « ST estime le coût de cet investissement à 57 millions d’euros, mais n’a réalisé aucun investissement depuis deux ans. Le taux de recyclage avec traitement, annoncé à 60 %, ne semble actuellement être que de 2 % d’après un rapport interne », révèle le syndicat.

De même, « le taux officiel de recyclage de l’eau, avec et sans traitement, reste opaque », poursuit-il. Avec là encore, de sérieuses différences en termes de chiffres : « L’objectif de la compagnie est fixé à 54 % cette année. Le site de Crolles communique un taux d’environ 40 % tandis que nos propres informations conduisent à l’estimer à environ 8 %. »

Alice Pelletier, déléguée syndicale CGT STMicroelectronics.

La CGT fustige aussi « l’opacité sur les rejets des PFAS par ST dans l’eau et dans l’air ». Ici aussi, les salariés de Crolles ont travaillé d’arrache-pied durant deux ans et « ont qualifié plusieurs solutions : supprimer les rejets à la source en changeant certains matériaux, comme les résines, ou supprimer les PFAS présents dans les eaux rejetées ». Sur le plan technique, tout semble donc réuni pour pouvoir supprimer les rejets de ces polluants éternels, que ce soit à Crolles ou sur les autres sites du groupe. Malgré ces solutions, « aucun investissement ni calendrier de mise en oeuvre n’a été présenté en CSE ».

« Il faut que ST arrête de jouer la carte de l’opacité, publie les chiffres réels et accepte de rentrer dans la discussion sur ces enjeux. »

Que ce soit pour le recyclage de l’eau ou pour les rejets de PFAS, les importantes subventions publiques reçues par ST (par exemple, 600 millions d’euros pour le projet Liberty de méga-fab à Crolles) auraient largement pu contribuer à financer les programmes nécessaires. « Pour que des investissements sur tous ces postes soient réalisés, il faut que ST arrête de jouer la carte de l’opacité, publie les chiffres réels et accepte de rentrer dans la discussion sur ces enjeux », assène le syndicat.

Le site de STMicroelectronics Crolles. DR

La CGT rappelle pourtant l’évidence : « Nous salariés, sommes les premiers concernées par la canicule, le manque d’eau, et la pollution de nos environnements de vie. » D’où sa revendication : « Les CSE et les élus locaux doivent avoir rapidement un accès complet, non limité et transparent aux données mentionnées et à leur méthode de calcul. »

Sentiment d’injustice et traitement de faveur

Si les solutions préconisées par les représentants syndicaux et les salariés de STMicroelectronics diffèrent assez nettement — sans grande surprise — de celles portées par le collectif, le désarroi et le sentiment d’injustice sont, eux, assez unanimement partagés. « En refusant ou en compliquant l’accès à ces informations, ST continue à mettre l’entreprise et les personnes qui y travaillent en porte-à-faux avec les enjeux environnementaux », s’indigne ainsi la CGT.

De leur côté, les manifestants peinent à accepter les efforts demandés, au regard des faveurs accordées à ST. Pour clôturer les prises de parole sur la place de Verdun, un maraîcher du Grésivaudan, membre de la Confédération paysanne, raconte ce qu’a impliqué l’arrêté préfectoral du 20 août : « En niveau crise, la conséquence pour nous, c’est qu’on ne peut plus prélever de l’eau que la moitié du temps. Donc concrètement, notre forage, on ne l’utilise plus que douze heures par jour. Déjà qu’on limitait l’arrosage mais maintenant, il y a des cultures qu’on n’arrose plus. Et après un été très difficile pour beaucoup de légumes, on aimerait bien que les cultures, comme les choux ou les poireaux qui ont repris pendant l’été mais n’ont pas grossi, puissent grossir à l’automne… Mais pour ça, il faut de l’eau ! »

Les manifestants étaient entre 100 et 150 sur la place de Verdun.

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Publié le 10.09.2026 à 11:40

Travailleur Alpin

La foire de Beaucroissant, une institution s’il en est dans notre département. Malgré les intempéries et les aléas, celle qui est l’une des plus anciennes foires traditionnelles du pays se maintient et trouve chaque année un nouveau souffle.

Dans la tradition, le restaurant La Terre — Le Travailleur alpin occupe une place de choix, avec ses menus « moules-frites », « poulet-frites » et « choucroute royale », réalisés à base de produits frais entièrement « faits maison ». Ce sont plus d’une soixantaine de militants et bénévoles qui feront vivre cet espace sur les trois jours, sans compter la présence lors de la semaine de préparation, dans l’un des plus importants hangars du champ de foire — où les anciens de la commune ont désormais pris pour habitude de venir jouer à la pétanque en dehors des périodes de foire.

Le restaurant La Terre — Le Travailleur alpin fait toujours le plein.

Le droit au « bien manger » était justement l’un des thèmes qui avait occupé — non sans polémiques — la campagne présidentielle du candidat PCF en 2022. Alors que celle de 2027 démarre, c’est précisément sur la foire de Beaucroissant que les communistes lancent leur campagne cette année.

« Une gauche qui parle aux salariés de tous les territoires »

Pour Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère, ce n’est pas anodin : « Nous ne nous satisfaisons pas de voir l’influence de la gauche se concentrer dans les grands centres urbains, et les différentes formations de gauche s’y affronter trop souvent de façon stérile. Les communistes entendent au contraire faire grandir une gauche qui parle aux salariés de tous les territoires, une gauche qui réconcilie celles et ceux qui, au fond, ont les mêmes intérêts. C’est là que se situe la ligne de front face à l’extrême droite. Et nous entendons bien l’occuper pour conjurer les pronostics de malheur ! »

Un choix qui n’est pas symbolique, comme l’illustre la venue de Jordan Bardella, en campagne pour le RN sur un territoire où il mord de plus en plus dangereusement. En face, les communistes entendent donc faire entendre une gauche qui parle « travail », « services publics »… autour d’un slogan simple : « Vivre ! »

En cuisine, les militants communistes isérois s’activent.

Rendez-vous au restaurant La Terre — Le Travailleur alpin

Le restaurant se trouve à l’intersection des allées 8 et 16.
Les tarifs proposés sont les suivants :

- Menu complet « entrée/plat/dessert » : 19€
- Plat unique : 15€
- Menu « petite faim » : 10€
- Barquette de frites : 3€
…et buvette / bar à vins !

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