LePartisan.info À propos Webcams Podcasts Fil web
Médias
flux grenoblois

Le Travailleur Alpin

Publié le 13.10.2026 à 22:26

Manuel Pavard

Les semaines se suivent et se ressemblent pour les lycéens et étudiants grenoblois. Après la manifestation massive du 6 octobre, la jeunesse était de retour dans la rue, soutenue par les enseignants et parents d’élèves, ce mardi 13 octobre, à l’occasion de cette nouvelle journée de mobilisation nationale. Avec des revendications pour la plupart inchangées. Mais une petite évolution néanmoins : une augmentation significative des slogans ciblant la police, dans les chants comme sur les pancartes. Comment s’en étonner au regard de la répression policière démesurée qui s’abat sur les lycéens, depuis le début du mouvement ?

Slogans, chants et pancartes évoquant les violences policières étaient de plus en plus nombreux au sein du cortège.

Impliquée dans la mobilisation au sein de la coordination inter-lycées de Grenoble, deux élèves du lycée André-Argouges confirment notre impression. Celles-ci luttent toujours contre le manque de moyens et pour l’amélioration de leurs conditions d’études mais « s’est ajouté à ça tout ce qui concerne les violences policières », explique l’une des deux lycéennes.

La répression du mouvement a fortement marqué les lycéens.

« Face à la répression, on a fait évoluer nos revendications et maintenant, on parle aussi pour tous nos camarades qui ont été victimes de bavures », ajoute-t-elle. Si toutes deux s’attendaient à un « gouvernement répressif », elles ne pensaient pas que ce serait « aussi violent contre des mineurs ».

Slogans et revendications ont évolué face à la répression

Comme toujours, l’exécutif a en effet misé sur le pourrissement de la situation, en jouant sur différents tableaux : d’un côté, les annonces démagogiques — et très insuffisantes — du ministre de l’Éducation nationale, de l’autre, l’escalade assumée de la part de Laurent Nuñez. Un ministre de l’Intérieur qui a également tenté, par le biais des préfectures, de minimiser l’ampleur réelle du mouvement.

La banderole de tête du cortège étudiant, parti du campus.

Pour les organisateurs, l’enjeu était donc d’offrir une nouvelle démonstration de force, parfait démenti aux propos gouvernementaux. Pour cela, la coordination inter-lycées, l’AG étudiante et l’intersyndicale de l’éducation proposaient, comme le mardi précédent, plusieurs points de rendez-vous. Trois cortèges sont ainsi partis respectivement du lycée des Eaux-Claires, du campus de l’Université Grenoble Alpes (UGA) et de l’Institut d’urbanisme et de géographie alpine (IUGA), avenue Marie-Reynoard.

Le cortège parti de l’arrêt Bibliothèques universitaires, sur le campus de l’UGA.

Sur les trois points de départ, les quelques centaines de manifestants présents à chaque fois au départ ont un temps fait craindre aux plus pessimistes un essoufflement de la participation. Heureusement, le vent a vite tourné et le même schéma s’est répété sur les trois défilés : le flot a grossi au fil du parcours, les centaines devenant des milliers.

L’intersyndicale éducation et les lycéens au coude-à-coude, dans le cortège parti du lycée des Eaux-Claires.

Résultat des courses, au point de ralliement, à Chavant, l’unique cortège final rassemblait près de 10 000 personnes qui se sont dirigées vers le rectorat, avant de gagner la place de Verdun, lieu d’arrivée de la manifestation, sous les fenêtres de la préfète.

Une coordination nationale étudiante dimanche à Grenoble

Pari réussi donc pour les lycéens et étudiants. « On a vu que le mouvement était encore extrêmement important », se félicite ainsi Léonce, militant de l’Unef Grenoble. « Pour nous, maintenant la tâche, c’est de le renforcer », poursuit-il, se projetant sur la « première coordination nationale étudiante », qui doit se réunir ce dimanche 18 octobre à Grenoble, sur le campus. L’objectif ? « Discuter avec toutes les organisations et les facs mobilisées de France, pour décider ensemble comment on va poursuivre le mouvement, par rapport aux vacances, aux fermetures de facs, etc. » En résumé, « comment permettre au mouvement de gagner », décrypte-t-il.

En tête du cortège final, sur le boulevard Jean-Pain, après la jonction à Chavant des trois cortèges initiaux.

De son côté, Louison, professeur d’histoire-géographie, vante « un mouvement comme on n’a pas vu depuis plusieurs années, pour ne pas dire quinze ou vingt ans ». Pour lui, la convergence des luttes entre lycéens, étudiants et enseignants est totalement naturelle. « Les revendications sont les mêmes dans tous ces mouvements : la question des moyens, la question de l’austérité budgétaire alors que dans le même temps, ils rincent l’armée, la police et tous les grands patrons », souligne-t-il. D’où la suite à construire, avec « la prochaine manif jeudi et l’appel des Gilets jaunes samedi ».

Parcoursup concentre les critiques des lycéens comme des étudiants

Ces dates, les lycéens les ont eux aussi bien en tête. Comme les autorités mais pour des raisons totalement différentes. « Le gouvernement pense que les vacances vont affaiblir le mouvement et que, sans les cours, on n’aura plus rien à bloquer », raillent les deux lycéennes d’Argouges.

L’appel à la révolution.

Mais pour elles, c’est au contraire « une opportunité. Comme on n’aura plus nos lycées à bloquer, on pourra viser encore plus grand », anticipent-elles. « De ce qu’on entend, les gens sont de plus en plus motivés et on a maintenant le soutien des profs et des parents. Donc le mouvement va continuer de grossir et on ne s’arrêtera pas tant qu’on n’aura pas ce qu’on veut. » Comme dit le slogan scandé à chaque manifestation, ils sont « jeunes, déter’ et révolutionnaires ». Et « plus déter’ que jamais », conclut un lycéen.

Les fumigènes à l’arrivée, place de Verdun.

Cet article Grenoble. Lycéens, étudiants, profs… 10 000 manifestants « plus déter’ que jamais » est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 12.10.2026 à 20:44

Manuel Pavard

Pour le gouvernement, c’est la semaine de tous les dangers ; pour les lycéens, celle de tous les espoirs. Mais s’il y a bien une (rare) chose sur laquelle s’accordent les deux parties, c’est sur l’importance de cette troisième semaine de mobilisation lycéenne — renforcée par les étudiants et enseignants. Manifestations mardi 13 et jeudi 15 octobre, retour attendu des Gilets jaunes samedi 17 octobre, sans compter les blocages de lycées et les appels à la grève dans l’Éducation nationale dès ce lundi 12 octobre : une séquence aussi explosive qu’indécise. C’était donc le bon moment pour la coordination inter-lycées de Grenoble de faire entendre sa voix, à l’occasion d’une conférence de presse organisée à la Maison des associations.

Manifestation lycéenne, le 6 octobre, à Grenoble.

Sept lycéen·nes représentant cinq lycées grenoblois (Argouges, Champollion, Stendhal, Mounier et Eaux-Claires) — mais s’exprimant au nom de tous les lycées de l’agglomération et « en lien avec les élèves de Bourgoin-Jallieu, Meylan, Vizille, etc » — et Lizon Marion-Bonnet, étudiante à l’Université Grenoble Alpes (UGA) et présidente de la Coordination étudiante [NDLR : ex-Union étudiante de Grenoble (UEG)], s’adressent tour à tour à un parterre de journalistes, élus et syndicalistes. Un bel exemple d’unité et d’organisation de la part d’élèves qui, souvent, ne se connaissaient pas il y a moins d’un mois.

« Nous ne demandons pas à apprendre moins mais à apprendre mieux »

« Nous ne sommes pas ici pour réclamer des privilèges », expose en préambule une lycéenne. Mais bien pour poser « des questions » restées à ce jour sans réponses. « Les classes surchargées, les professeurs manquants, les AESH insuffisamment disponibles face aux besoins, les emplois du temps très denses, un manque de professionnels de santé et d’orientation, les bâtiments parfois dégradés, voilà la réalité que nous voulons voir prise au sérieux », souligne-t-elle.

Les lycéens rappellent les chiffres, édifiants. Exemple : « 9,8% des heures d’enseignement n’ont pas été assurées dans les établissements publics du second degré en 2024–2025, notamment en raison du non-remplacement des enseignants absents. » Et de s’interroger : « Comment demander à tous les lycéens d’atteindre les mêmes objectifs lorsque le temps d’enseignement n’est pas toujours assuré ? Nous demandons des remplacements plus efficaces, des effectifs mieux adaptés et des moyens humains à la hauteur des besoins. »

Le cortège parti du campus, le 8 octobre, en direction de la préfecture.

Les représentants de la coordination inter-lycées entendent bien tordre le cou à certaines idées reçues et aux clichés mensongers colportés par les médias et élus de droite et d’extrême droite : « Nous ne demandons pas à apprendre moins, nous demandons à apprendre mieux ». Mieux mais aussi plus intelligemment. Car, ajoutent-ils, « l’exigence scolaire ne doit pas devenir une course à l’épuisement ».

Lycéens et étudiants unis contre Parcoursup

« Nous voulons une école qui fonctionne mieux », affirment par ailleurs les lycéens. « Et nous ne sommes pas contre les exigences, mais nous voulons que les moyens soient à la hauteur de ces exigences. » Pour autant, tous affichent une conviction : celle que « [leur] avenir ne devrait pas ressembler à une compétition permanente ». Les valeurs ultra-libérales n’ont pas leur place dans l’éducation, estiment ces élèves, qui en viennent naturellement à « dénoncer les limites de Parcoursup », facteur d’aggravation des inégalités de départ.

Sur ce point, les positions diffèrent, entre celles et ceux qui souhaitent « un accompagnement renforcé sur Parcoursup » et les partisans d’une suppression du dispositif. Quoiqu’il en soit, ce combat a aussi permis de dresser des ponts avec celui des étudiants de l’UGA, qui luttent depuis le début de l’été pour inscrire les sans-facs refusés sur Parcoursup. Des étudiants qui, depuis une semaine, ont rejoint les lycéens dans la rue et seront de nouveau à leurs côtés ce mardi 13 octobre.

Les jeunes manifestants applaudis par leurs aînés, le 6 octobre, place Victor-Hugo.

« On est une jeunesse et on était sur les bancs des lycées il y a encore quelques mois ou quelques années pour la plupart d’entre nous », explique Lizon. L’étudiante cite le chiffre qui dit tout : « Avec Parcoursup, ce sont plus de 126 000 personnes qui ont été recalées de la phase principale. La sélection commence là mais elle continue après avec Mon Master. » De fait, si l’enseignement supérieur a « ses thématiques qui lui sont propres », à l’instar du coût de la vie étudiante, la plupart des revendications étudiantes font écho à celles des lycéens et même des enseignants. Tous victimes, à leur niveau, du manque de moyens.

« La répression policière révolte de plus en plus les gens, dont les profs et nos parents. Et les gens qui étaient réticents à prendre part au mouvement sont tellement choqués par cette violence qu’au final, ils nous rejoignent. »

La présidente de l’UEG n’hésite pas en outre à féliciter ses jeunes camarades. « Ils sont en train de nous montrer la voie, ça fait longtemps qu’on n’a pas vu un mouvement social ayant une telle force », salue-t-elle. Un mouvement dont la puissance effraie le gouvernement et les pouvoirs publics qui, une fois encore, répondent par la force brute et brutale. Main arrachée, mâchoire fracassée, jeune éborgné… Les images des violences policières sont restées imprimées sur les rétines et dans les têtes. Avec près de 7 000 interpellations depuis le début du mouvement lycéen, la répression a ainsi atteint un niveau inédit.

« On ne s’y attendait pas forcément », avoue un lycéen de Mounier au micro. Pour une partie des élèves néanmoins, ce n’est pas une nouveauté. « Dans mon lycée, à Mounier, il y a beaucoup de jeunes des quartiers populaires, poursuit-il, donc on est habitués à se faire contrôler par les policiers, à recevoir des insultes racistes, ce genre de choses… » Tous sont en tout cas profondément choqués de l’exploitation médiatique de leur mouvement, avec ces chaînes, comme CNews ou BFM, qui « préfèrent parler en boucle des poubelles brûlées que des jeunes gazés et tabassés par des CRS ».

Pancartes dans le cortège lycéen, le 6 octobre, à Grenoble.

Les lycéens apprécient en revanche de voir le gouvernement pris à son propre piège. Celui espérait en effet — tactique classique — terroriser et décourager les jeunes manifestants et bien sûr leurs parents. En réalité, « ça fait l’effet inverse », constate une lycéenne. « La répression policière révolte de plus en plus les gens, dont les profs et nos parents. Et les gens qui étaient réticents à prendre part au mouvement sont tellement choqués par cette violence qu’au final, ils nous rejoignent. »

Aucune manipulation ni récupération

Quant aux accusations de collusion, voire de manipulation par certains partis de gauche, notamment LFI, cela les fait sourire. « Nous, les lycéens, on est politisés et intelligents, on a nos propres revendications », assènent-ils. « Il n’y a aucun récupération politique. C’est juste que les militants de gauche sont dans la rue et sur les blocages avec nous, et on a des valeurs communes — plus qu’avec la droite — donc leur soutien est bienvenu. »

La coordination inter-lycées a désormais en ligne de mire les grosses mobilisations à venir. Celle de ce mardi 13 octobre d’abord, avec trois cortèges partant de différents points de l’agglomération grenobloise [NDLR : voir encadré] pour se rejoindre et former un cortège unique, qui reliera Chavant à la préfecture, via le rectorat. Puis, rebelote jeudi 15 octobre, avec une nouvelle manifestation dans les rues de Grenoble. Avant le grand rendez-vous du samedi 17 octobre qui doit marquer, partout en France, le retour des Gilets jaunes, en lutte notamment contre l’augmentation du coût de la vie et l’austérité budgétaire.

« Ça ne s’arrêtera pas tant que l’on n’a pas ce qu’on veut »

Une date qui fait cauchemarder le gouvernement. Lequel redoute plus que tout cette fameuse « convergence des luttes » qu’appellent de leurs vœux les lycéens et lycéennes présents dans la salle. Et si les autorités misaient sur les vacances scolaires, qui débutent en fin de semaine, pour éteindre les feux de la contestation, elles risquent d’être déçues, prévient la coordination. « On va bloquer nos lycées jusqu’aux vacances, ensuite, on va s’organiser encore plus que maintenant et on bloquera autre chose. »

La convergence des luttes entre salariés, lycéens et étudiants, cauchemar du gouvernement.

Un chose est sûre, les lycéens ne sont pas prêts à agiter le drapeau blanc et réfutent fermement les propos de la préfecture évoquant un essoufflement du mouvement. « La mobilisation ne faiblit pas et ne faiblira pas », lancent-ils d’une seule voix. Et d’avertir : « Pour nous, ce n’est que le début. Et ça ne s’arrêtera pas tant que l’on n’a pas ce qu’on veut ! »

Mardi 13 octobre, trois départs, un point de convergence, une direction

Trois points de départ sont prévus pour la manifestation grenobloise, ce mardi 13 octobre : à 10h30 à l’arrêt Bibliothèques universitaires, sur le campus de l’UGA ; à 10h devant l’Institut de géographie alpine, avenue Marie-Reynoard ; à 11h devant le lycée Les Eaux-Claires. Les trois cortèges se rejoindront ensuite du côté de Chavant, aux alentours de midi, pour prendre la direction du rectorat, avant l’arrivée place de Verdun, devant la préfecture de l’Isère.

Cet article Grenoble. Nouvelle mobilisation lycéenne le 13 octobre : « le mouvement ne faiblit pas » est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 12.10.2026 à 16:28

Luc Renaud

Sept bureaux de poste en Isère, dont quatre à Grenoble. C’est le nombre d’établissements dont la direction de la poste vient d’annoncer la fermeture. Ou plus exactement selon elle, de rendre publique devant les instances du personnel une liste qui recense les « sites sur lesquels La Poste pourrait engager une réflexion et une concertation dans le cadre de sa convention tripartite avec l’État et les maires de France, afin d’identifier les solutions de présence postale les mieux adaptées aux besoins des habitants et aux réalités locales. »  Autre manière d’afficher le même objectif.

Ces fermetures s’inscrivent dans le cadre d’une perspective nationale, celle de la suppression de 471 bureaux. Le collectif « J’aime ma poste » s’en indigne. C’est un choix politique « qui dure depuis plusieurs années, sacrifiant des milliers de bureaux. C’est le service public qui est dans le collimateur et il n’est pas le seul : l’hôpital et la santé se portent très mal, la justice étouffe sous le manque de moyens, l’éducation nationale est délaissée, provoquant le puissant mouvement actuel », constate le collectif.

1,2 milliard de résultat net l’an dernier

Ce choix ne saurait être justifié par des difficultés économiques : « Le groupe la poste et le gouvernement ont fait le choix de la rentabilité plutôt que du service public : le résultat net pour 2025 s’élève à 1 milliard 200 millions et le chiffre d’affaires postal a augmenté de 13 milliards d’euros en dix ans, porté notamment par le boom du colis. »

Le collectif appelle donc les habitants et les forces politiques à se mobiliser. « Il y a urgence : la poste veut fermer Bajatière et Stalingrad d’ici la fin de l’année ! ».

Des pétitions sont en circulation et des initiatives ont déjà été prises sur les marchés de l’Abbaye et de l’Île verte. Le collectif « J’aime ma poste » annonce sa détermination à « empêcher ce mauvais coup » et appelle « usagers, postiers, habitants, élus, syndicats, union de quartiers » à se rassembler « pour défendre le service public de la poste ».

Cet article Sept bureaux de poste isérois menacés de fermeture est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 09.10.2026 à 13:59

Daniel Oriol

Le 6 octobre, lors de la journée nationale d’action des lycéens, les responsables de l’union locale CGT de Roussillon/ Beaurepaire ont rencontré des élèves concernés. Ils ont alors décidé d’organiser ensemble une conférence de presse afin de faire connaître les soucis rencontrés sur la cité scolaire de l’Édit à Roussillon. Ce 9 octobre donc, Sarah, Léna, Brajan et Fares tous élèves de première ont pu s’entretenir avec les journalistes locaux.

Ils ont tenu à souligner l’importance du contact avec une structure syndicale qui leur permet de se faire entendre car les médias télévisés ne retracent en majorité que les actes de violence. Pour eux, ce point presse est un tremplin pour qu’on les écoute !


Sarah, Léna, Brajan et Fares se sot exprimés sur les revendications lycéennes, nationales, mais également locales.

Les lycéen·nes ont évoqué notamment les emplois du temps surchargés, le manque de professeurs, les infrastructures dégradées. L’isolation du bâtiment, pourtant refaite à neuf récemment, n’est pas efficace. L’organisation de l’accueil au restaurant scolaire est à revoir : la file d’attente est très longue empêchant certain·es de prendre leur repas. Le gymnase (qui fait partie des compétences de la communauté de communes) ne peut plus recevoir du public, les lycéens ont donc l’obligation de se déplacer, limitant de ce fait le nombre d’heures de pratique du sport. L’infirmière scolaire est présente un jour par semaine, il n’y a pas de psychologue.

Ils se posent la question du règlement interdisant le port de capuche ou bonnet dans la cour… même s’il pleut!

Les lycéen·nes n’ont aucune confiance dans les annonces gouvernementales et jugent celles-ci comme une tentative de pourrissement du mouvement.

La CGT apporte son soutien plein et entier aux lycéens mobilisés, continuera à l’apporter dans le respect des demandes des élèves.

Cet article Roussillon. Les lycéens s’expriment est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 08.10.2026 à 23:06

Luc Renaud

Vigilance. C’est le maître mot des élus communistes pour évoquer l’avenir de la plateforme chimique de Roussillon et celui de la nouvelle unité de fabrication du principe actif du paracétamol qui doit entrer en service dans les prochains mois.

Les incertitudes demeurent importantes. Lilian Brissaud, expert-consultant du cabinet Difecos, en voit plusieurs. Et d’abord celui de la sous-utilisation de l’usine. Sa capacité de production annuelle a été fixée à 15 000 tonnes de paracétamol. Ce qui représente 40 % de la consommation européenne. L’efficience du procédé industriel impose un fonctionnement à pleine capacité, ou approchant. Opella (ex-filiale à 100 % de Sanofi) et Upsa se sont engagés sur des achats garantis sur le long terme. Mais le niveau actuel de ces engagements – le chiffre de 6000 tonnes est avancé – reste insuffisant. D’autant que ces deux groupes – majoritairement détenus par des actionnaires étrangers – restent maîtres du choix de leurs fournisseurs. Des actionnaires pourraient ne pas apprécier le surcoût que représentera un achat à Roussillon plutôt qu’en Chine.

Une empreinte carbone divisée par quatre

Le procédé de fabrication mis en œuvre à Roussillon est issu des travaux des ingénieurs de Seqens. Il est annoncé comme permettant de diviser les consommations d’énergie par quatre, les émissions directes de gaz à effet de serre de 75 % – une empreinte carbone totale réduite de 90 % – et les déchets de 90 % par rapport au procédé traditionnel, celui-là même utilisé jusqu’en 2008 à Roussillon et aujourd’hui encore en Chine. C’est mieux, mais c’est plus cher. Pas loin du double.

Un paracétamol plus cher, certes. Mais le principe actif ne représente qu’une part infime du coût final du cachet de Doliprane ou d’Efferalgan. Un principe actif de fabrication chinoise se paie 2,6 centimes d’euros pour une boîte mise sur le marché à 2,18 euros. Avec le produit fabriqué à Roussillon, ce sera près de 5 centimes d’euros, soit 2,4 de plus. 5 centimes, c’est 2,3% de 2,18 euros. Une différence qui peut être absorbée par les laboratoires pharmaceutiques qui commercialisent les boîtes de paracétamol.

Cinq centimes pour 2,18 euros

Outre l’intérêt d’agir contre le réchauffement climatique global et ses canicules, l’usine de Roussillon présente d’autres avantages. À commencer par la sécurité de l’approvisionnement en évitant une dépendance quasi totale à l’Asie, question de souveraineté. La proximité européenne, aussi : elle permet de réduire les stocks de sécurité quand on peut être livré en quelques jours, plutôt que par bateaux navigant dans des eaux géopolitiques incertaines. C’est aussi une production garantie aux normes européennes, à un moment où la réglementation se durcit dans ce domaine. Au total, des coûts moindres pour les clients de Roussillon, les fabricants des boites de paracétamol. Sans compter, naturellement, une contribution à la robustesse de la filière chimique dans le pays.

Vigilance, donc. Car rien ne dit que ces avantages l’emporteront sur la logique financière.

Conditionnalité des soutiens publics

Les élus communistes ont décidé d’interpeller les ministres concernés et le Premier ministre. Ils leur demandent de prendre une série de mesures pour « garantir que cet outil produise effectivement, dispose de débouchés durables, protège l’emploi et contribue à la consolidation de toute la plateforme chimique ». S’agissant d’un investissement largement subventionné, les élus demandent notamment « la conditionnalité des soutiens publics à des engagements industriel durables » ou « la mise en place d’un comité de suivi public de l’unité de Roussillon » composé entre autres de représentants des salariés.

Pour ce faire, les élus communistes sollicitent un rendez-vous « afin de connaître les mesures que le gouvernement entend prendre pour garantir la réussite de l’unité de Roussillon ».

D’autres initiatives sont d’ores et déjà envisagées pour informer les salariés et la population avec l’objectif de mettre au centre des débats le choix politique d’intégrer des critères d’approvisionnement, d’empreinte environnementale et de production européenne dans les achats et politiques du médicament.

Le 26 mai 2021 au Péage-de-Roussillon, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, et Cécile Cukierman, conseillère régionale, avaient rencontré des syndicalistes et des élus locaux. En débat, les moyens de la relocalisation du paracétamol.
Roussillon, le retour

C’est en 2008. Le groupe Rodhia, propriétaire de l’usine décidait de fabriquer en Chine, à Wuxi à proximité de Shanghaï, ce qui l’était jusqu’alors à Roussillon. Ainsi disparaissait la dernière unité de production d’ADAP en Europe. A l’époque, la CGT avait alerté sur les conséquences d’une telle décision. Et la mobilisation n’a pas cessé pendant une dizaine d’années, jusqu’à l’épidémie de Covid 19. Situation sanitaire qui confirmait les craintes et les prévisions syndicales : tout fabriquer en Chine constitue un danger pour la maîtrise des approvisionnements en produits pharmaceutique.

Le retour de la fabrication du paracétamol était annoncé en 2021 avec un projet à 10 000 tonnes et une ouverture en 2023. Projet qui a évolué à 15 000 tonnes en même temps qu’il prenait du retard : l’usine est désormais construite et Seqens annonce sa mise en service dans les prochains mois. Au final, une opération à 120 M€ d’investissement, dont 40 M€ d’aides de l’État soit 33% du coût total des investissements.

Reste maintenant à assurer le plan de charge de l’usine et son efficacité économique. Ce qui repose la question d’un Etat stratège, qui puisse intervenir au sein de la filière pour que l’intérêt général prime sur le profit immédiat calculé dans chacun des maillons de la chaîne.

La plateforme chimique de Roussillon, un ensemble d’entreprises chimiques dont les services communs sont assurés par un groupement d’intérêt économique.

Le paracétamol, mais pas que

La filière chimique est constituée d’unités interdépendantes. Fermer l’une, entraîne des difficultés pour d’autres. Le succès de la nouvelle unité de Roussillon serait un bol d’oxygène bienvenu pour ses voisines, proches ou plus lointaines.

On en a fait l’amère expérience au Pont-de-Claix avec la fermeture de Vencorex : la chimie, ce sont des unités de production interdépendantes. Un exemple. Avant la liquidation, le sel des mines de Hauterives, dans la Drôme, alimentait Vencorex et Arkema. La disparition de Vencorex a entraîné la fermeture des mines et Arkema achète son sel en Allemagne. Ce qui a un coût.

Il en est de même entre les plateformes de Roussillon et Saint-Fons, près de Lyon. À Roussillon, Seqens produit du phénol – produit intermédiaire nécessaires à une série de fabrications – et de l’acide salicylique utilisé à Saint-Fons pour produire de l’aspirine.

La plateforme de Roussillon est gérée par un groupement d’intérêt économique, Osiris, qui assure les services communes (site, fluides, sécurité…). Le départ ou l’arrivée d’une unité de production ont des effets de coûts pour l’ensemble des entreprises installées dans la plateforme. D’où le constat que l’existence d’une unité moins profitable peut être indispensable à l’excellence de la profitabilité voire à la pérennité d’une usine voisine.

Il y a quelque deux décennies, tout cela se réglait au sein d’une même entité, nationalisée, Rhône-Poulenc. Lors de la privatisation par vente à la découpe à des multinationales ou des fonds d’investissement aux quatre coins du monde, les synergies ont été éclatées.

L’absence de toute volonté de l’État d’intervenir dans les stratégies industrielles fait le reste. Avec ses plans quinquennaux et les diligences de la Commission chinoise d’administration et de supervision des actifs publics, la Chine semble disposer d’un système coordonné qui ne fonctionne pas trop mal.

Un cachet issu du pétrole, après une succession de transformations

Si vous avez mal aux dents, on vous conseille le dentiste… et le paracétamol. Sous différentes marques : Doliprane, Efferalgan, Dafalgan… Un petit cachet aux vertus multiples qui est notamment fabriqué en France par Opella à Lisieux en Normandie, et par Upsa à Agen. Le cachet est produit à partir d’un principe actif, l’acétaminophène (APAP). Matière issue de la transformation d’une « base primaire », si l’on peut dire, le para-aminophénol (PAP).

Ce qui est prévu dans l’usine ultra moderne de Roussillon, c’est la production de la « molécule intermédiaire », l’APAP à partir du PAP importé de l’usine chinoise de Seqens, à Taixing, au sud de Shanghaï.

Une chaîne de transformation chimique provenant, en toute première origine, de pétrole, via le benzène, qui donne du chlorobenzène puis du para-nitrochlorobenzène, matière première de la fabrication du PAP.

Seqens, un groupe en pleine restructuration financière

Le groupe Seqens était fort endetté, de l’ordre de 1,1 milliard d’euros. Mais ça, c’était avant. Avant l’accord rendu public le 5 août dernier, aux termes duquel une partie des créances dont l’entreprise était débitrice vont être transformées en actions. Autrement dit, les créanciers auxquels le groupe devait rembourser de l’argent vont devenir propriétaires d’une partie du capital du groupe. Le remboursement de la dette restante a été différé à 2031 et 2032.

L’entreprise de services informatiques Atos a vécu une opération du même type en 2024. Un accord qui ouvre la porte à une perte d’autonomie stratégique du groupe. Depuis 2021, Seqens est détenu par le fonds d’investissement SK Capital avec une participation de la Banque publique d’investissement, désormais rejoints par un ensemble de créanciers.

Opella, ce n’est plus Sanofi

Le Doliprane, c’est un produit de la société Opella. Qui n’est plus tout à fait une filiale de Sanofi. L’accord avait fait quelque bruit en octobre 2024. Sanofi a vendu 50 % de ses actions d’Opella à un fonds d’investissement américain, Clayton Dubilier & Rice, vente finalisée en avril 2025. Aujourd’hui, Sanofi a conservé une participation de 48,2 % de l’entreprise tandis que la Banque publique d’investissement a pris une participation de 1,8 % dans le capital d’Opella en juin 2025.

Le 21 octobre 2024, le ministère de l’Economie et des finances indiquait avoir obtenu des garanties sur les modalités de cette cession, et notamment « le soutien à la relocalisation du principe actif du paracétamol par Seqens par un contrat de fourniture à long terme » : Opella a l’obligation de se fournir à Roussillon pour fabriquer ses cachets de Doliprane, affirmait le ministère il y a deux ans.

UPSA appartient au groupe japonais Taisho Pharmaceutical.

Cet article Paracétamol. Les élus communistes mobilisés pour le démarrage de l’usine de Roussillon est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 08.10.2026 à 15:00

Manuel Pavard

Le Travailleur alpin — Pourquoi les lycéens d’Argouges se mobilisent-ils ?

Mika — On a énormément de problèmes matériels et d’organisation. Par exemple, les vidéoprojecteurs ne fonctionnent pas toujours, les télécommandes n’ont plus de piles, il y a des problèmes de connexion… Les professeurs passent parfois beaucoup de temps à essayer de faire fonctionner le matériel. Dans certaines classes, les élèves sont près de 40. Moi, j’ai la chance qu’on ne soit que 18 dans la mienne car je suis dans une filière spéciale, mais même à 18, dans certaines matières, c’est compliqué. Dans certains TP, en sciences, on fait des manipulations qui peuvent être dangereuses si le prof ne peut pas suffisamment nous encadrer. C’est notamment pour ça que cette année, on a demandé un dédoublement, qu’on a obtenu.

Il y a aussi le problème des enseignants absents. L’an dernier, notre professeur de physique-chimie s’est cassé l’épaule pendant les vacances et on a attendu plusieurs semaines avant d’avoir un remplaçant. C’est un cas très courant. D’ailleurs, cette année, on a encore le prof de physique-chimie qui s’est blessé et on n’a toujours pas de remplacement, alors que c’est la base de notre filière et qu’on a le bac à la fin de l’année.

Les bâtiments posent aussi problème ?

Oui. Dans la salle de biochimie, les hottes aspirantes ne fonctionnent pas correctement et n’aspirent pas grand chose. Et certaines fenêtres sont condamnées, du coup quand il fait chaud, c’est invivable. À la rentrée, à 8 heures du matin, on avait 32 °C dans une salle de sciences. Des élèves sont tombés dans les pommes à cause de la chaleur, pendant la première canicule et même avant la canicule. Et avec les fenêtres vissées, il n’y a plus d’aération. Cette décision est notamment liée aux risques de suicide : la solution de la direction, ça a été de condamner les fenêtres de tous les bâtiments. Ce qui fait qu’on crève de chaud, on suffoque !

Lors d’un blocage au lycée Mounier, début octobre.

Au-delà des conditions de cours, qu’est-ce qui inquiète les lycéens ?

Il y a une pression énorme. Parcoursup, d’abord. Ce qui nous inquiète — et qui inquiète aussi les profs — ce n’est pas d’avoir le bac, c’est Parcoursup. Nos parents nous disent « au moins, tu auras ton bac ». Mais aujourd’hui, le bac, ça ne sert plus à rien quasiment. Même avec un bac+3 ou un bac+5, rien ne garantit un emploi. Et pour certaines formations, il faut déjà avoir des contacts pour trouver un stage ou une alternance.

J’ai un ami en création design qui doit trouver un stage pour valider son bac et mener un projet de A à Z. Il a de très bonnes notes, mais il peut se retrouver bloqué simplement parce qu’il ne connaît pas les bonnes personnes. C’est très anxiogène. On a l’impression que la sélection est partout et qu’à chaque étape, il faut encore faire ses preuves. Et si on ne travaille pas dans de bonnes conditions, on ne peut pas faire mieux.

Est-ce que cette pression touche aussi la santé mentale des lycéens ?

Oui, on demande énormément aux élèves, alors que beaucoup sont déjà épuisés. Nous avons des journées qui peuvent aller de 8 heures à 18 heures, et après ça, il faut encore travailler chez soi, faire ses devoirs, préparer Parcoursup… Certains ont aussi des activités extrascolaires ou des problèmes personnels. Les enseignants voient bien qu’on est sous pression, mais ils ne peuvent pas forcément faire grand-chose.

Argouges est un lycée réputé pour sa bonne ambiance, notamment avec les sections artistiques et mode, mais ce sont aussi des sections où beaucoup de jeunes connaissent des difficultés psychologiques. On a deux infirmières à temps plein, une assistante sociale présente ponctuellement, deux psychologues scolaires, un médecin scolaire qui vient une fois par semaine, donc on est plutôt chanceux par rapport à d’autres établissements. Mais ce n’est toujours pas suffisant. Et il faudrait surtout arrêter de penser l’école autour d’un élève « normal », qui aurait les mêmes capacités, les mêmes conditions de vie et le même soutien à la maison que les autres. Ce n’est pas la réalité.

La prise en compte des élèves ayant des besoins particuliers est également insuffisante, selon toi ?

Dans ma classe, on a une majorité de tiers-temps [NDLR : aménagements avec du temps supplémentaire]. Ce qui fait que les profs font des contrôles pour tout le monde, avec tiers-temps inclus. Mais si tous les élèves ont le même temps pour faire le contrôle et que c’est déjà considéré comme un tiers-temps, ce n’est plus un tiers-temps alors. Moi-même, j’utilise un ordinateur pour certaines choses, mais prendre des notes en sciences avec les outils dont on dispose n’est pas toujours adapté.

Rassemblement devant le rectorat de Grenoble, vendredi 2 octobre.

Et puis, il y a aussi des élèves qui progressent à des rythmes très différents. Même dans une petite classe, le professeur doit choisir entre faire du travail différencié ou laisser certains élèves avancer seuls pendant que d’autres sont en difficulté. Envoyer les élèves en difficulté regarder des vidéos sur Internet, ça ne suffit pas.

Comment la mobilisation s’organise-t-elle à Grenoble ?

On essaie de faire en sorte que tout le monde puisse communiquer avec tout le monde : élèves, professeurs, personnes qui nous soutiennent. C’est à ça que sert notamment — mais pas que — la coordination inter-lycées et notre page Instagram inter-lycées. On a des liens avec des coordinations dans d’autres villes, notamment à Paris, même si on n’organise pas directement les journées nationales avec elles.

À Grenoble, on cherche aussi à rallier le plus de syndicats possible à notre cause, pas seulement les organisations lycéennes ou enseignantes. Lors des mobilisations, des syndicalistes et des professeurs ont parfois été là pour nous protéger ou faire une chaîne. Au rectorat, par exemple, les profs ont formé une barrière quand la police a commencé à gazer.

La répression policière a beaucoup marqué les lycéens depuis le début du mouvement : c’est quelque chose que tu as en tête systématiquement ?

Bien sûr. Il ne faut pas oublier que pour beaucoup d’entre nous, ce sont les premières expériences de gaz lacrymo ou de violences policières. Face à des policiers masqués, cagoulés, dont le RIO [NDLR : numéro d’identification des policiers] n’est pas visible ou qui utilisent des boucliers stroboscopiques, comment fait-on pour manifester et faire valoir nos revendications ?

« Aujourd’hui, quand je vais en manif’ et que je vois la police, j’ai peur. On sait qu’on peut se faire tabasser, gazer, perdre un œil, une main… On a ça en tête tout le temps ! »

Aujourd’hui, quand je vais dans une manifestation et que je vois la police, j’ai peur. Et pas seulement en manif’. En fait, dès qu’on sort, on sait qu’on peut se faire tabasser, gazer, perdre un œil, une main… On a ça en tête tout le temps ! Et concernant le mouvement lycéen, on peut se demander si on est suivi, écouté, identifié. Il y a des jeunes qui changent même de vêtements pour éviter d’être reconnus. Et certains parents ont tellement peur qu’ils interdisent à leurs enfants de participer. On comprend cette peur, mais ça montre aussi la pression dans laquelle les jeunes se retrouvent aujourd’hui.

Banderole sur la répression policière du mouvement lycéen à la manifestation du mardi 6 octobre, à Grenoble.

Comment réussir à se faire entendre dans ce cas ?

On veut pouvoir parler directement avec les personnes qui prennent les décisions. Nous sommes prêts à passer par le rectorat, la Région, le ministère de l’Éducation nationale, voire d’autres institutions. Mais il faut nous donner les moyens de le faire. On a demandé que le ministère rencontre directement des lycéens mobilisés, plutôt que de choisir quelques personnes présentées dans les médias comme représentatives. Chaque lycée a ses problèmes particuliers, mais il y a aussi des revendications communes : le manque de personnels, que ce soit les profs, les AESH, les CPE et assistants d’éducation, les médecins et infirmières scolaires, les psychologues, les difficultés liées aux notifications de la MDPH ou encore le fait que les bâtiments soient des passoires thermiques, mal isolés, etc.

Nous sommes prêts à passer par les voies institutionnelles mais à la fin, si on ne nous écoute pas, on va « gueuler ». Si on crie, c’est que c’est le seul moyen qu’on a trouvé pour qu’on nous entende.

Vous souhaitez aussi une convergence avec d’autres mobilisations ?

Complètement. On cherche à faire une convergence avec tout le monde : les agriculteurs, les cheminots, les ouvriers, les pompiers, les salariés de l’industrie chimique, les syndicats du public comme du privé, et bien sûr les étudiants, qui sont déjà mobilisés sur le campus. Il y a beaucoup de mécontentement dans le pays actuellement. Les jeunes ne sont pas seuls à rencontrer des problèmes.

Et on a aussi intérêt à se mobiliser pour les plus jeunes. On a été à leur place et, dans quelques années, ce sont eux qui seront à la nôtre. Si plusieurs secteurs se mobilisent ensemble, le gouvernement ne pourra plus simplement regarder les chiffres. Derrière les chiffres, il y a des personnes.

La CGT dans le cortège du 6 octobre : les lycéens espèrent une vraie convergence des luttes avec l’ensemble des salariés.

As-tu le sentiment que les médias ne montrent pas cette réalité ?

Les grands médias montrent surtout les poubelles brûlées, les images de violence… CNews ou BFM, quand ils vont interviewer un lycéen, ils choisissent toujours ceux qui sont en train de casser ou qui ne savent pas trop quoi dire. Pourtant, il y a énormément de jeunes capables d’avoir un discours construit sur leurs revendications. Mais on ne les voit jamais à la télévision, c’est dégueulasse de leur part [NDLR : de la part de CNews ou BFMTV] ! Et forcément, tout ça, ça influence la perception du mouvement. Une partie de la population s’informe uniquement par certains médias et ne voit donc qu’une partie de ce qui se passe. Pour moi, il faudrait davantage de pluralité et surtout donner la parole aux jeunes eux-mêmes.

En plus, beaucoup de gens aujourd’hui font encore l’apologie de Mai 68 en disant « c’était magnifique, c’était super »… Mais d’après les images qu’on a vues, c’était pire que nous : les barricades, les voitures retournées, des milliers de poubelles brûlées ! Du côté du mouvement lycéen, il s’agit juste, pour certains manifestants, de faire brûler quelques poubelles. Et encore, on essaie de faire le moins de dégâts possibles sur les blocages.

Justement, CNews et les autres médias réactionnaires, mais aussi le gouvernement, la droite, l’extrême droite, vous accusent d’être manipulés, en particulier par LFI. Que réponds-tu à ça ?

Que personne ne nous manipule et qu’on est capables d’avoir nos propres opinions et revendications. Après, oui, nos positions sont marquées à gauche et on a besoin de soutien à gauche. Mais je le répète, à Grenoble, le mouvement lycéen n’est rattaché à aucun parti et n’est pas rattaché à LFI. On a des contacts avec LFI mais on a aussi d’autres contacts dans les autres partis de gauche.

Quelles suites imagines-tu pour la mobilisation ?

Pour l’instant, on essaie surtout de mieux s’organiser et de faire en sorte que tout le monde puisse communiquer. Certaines actions sont préparées avec les médias, les élus, les professeurs ou les syndicats ; d’autres restent davantage entre nous. On va également continuer les échanges et le dialogue. À ce sujet, on tient à remercier Mme la maire et les élus de la ville de Grenoble de nous avoir donné la parole [NDLR : en conseil municipal, mardi 6 octobre]. Même s’ils ne peuvent régler nos problèmes, à leur échelle, ils peuvent au moins faire quelque chose pour les écoles et ce sera déjà un pas. On remercie aussi Mme la maire d’Échirolles et les élus qui veulent nous rencontrer.

Mika faisait partie de la délégation de quatre lycéen·nes ayant pris la parole au conseil municipal de Grenoble. © Ville de Grenoble

On nous dit souvent de passer par une voie diplomatique. Très bien, mais donnez-nous les moyens de le faire : donnez-nous les contacts, les rendez-vous. Si on nous demande de venir rencontrer des élus, on viendra. Ce qu’on demande, c’est d’être entendus. En résumé, on revendique un droit, celui d’étudier.

Cet article Mika, lycéenne : « Ce qui nous inquiète, ce n’est pas d’avoir le bac, c’est Parcoursup » est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 07.10.2026 à 19:04

Renaud Lugli

Face à l’augmentation du coût de la vie et à des prix qui pèsent toujours davantage sur les familles, la section PCF de Fontaine Rive Gauche Vercors a organisé deux ventes solidaires de fruits et légumes à Fontaine. L’une sur le parvis des écoles Balmes et Marguerite Tavel, vendredi 2 octobre, l’autre sur la place des Écrins, samedi 3 octobre.

Ces rendez-vous ont permis aux habitants de bénéficier de fruits et légumes de qualité à des prix accessibles, tout en créant un moment de rencontre et d’échange avec les militants communistes.

Au-delà de la vente, ces initiatives répondent à une réalité quotidienne : se nourrir correctement devient de plus en plus difficile pour de nombreuses familles. Pendant que les prix augmentent, les salaires, les pensions et les minima sociaux ne suivent pas.

Une juste rémunération des producteurs, des prix bas pour les consommateurs.

Pour le PCF, l’alimentation ne doit pas être une variable d’ajustement. Pouvoir bien manger est un droit, et non un privilège réservé à celles et ceux qui peuvent se le permettre.

Ces ventes solidaires sont aussi une manière d’agir, localement et concrètement, aux côtés des habitants. Elles permettent de faire vivre la solidarité tout en portant une exigence politique : faire reculer la vie chère et reprendre le pouvoir sur les prix.

La mobilisation va se poursuivre dans les prochaines semaines avec d’autres initiatives pour défendre le pouvoir d’achat et lutter contre le racket des prix, notamment sur l’énergie et les carburants.

Pour les communistes, il ne s’agit pas « de se contenter de négocier et c’est pourquoi nous agissons, avec les habitants, pour une société où chacun puisse vivre dignement ».

Cet article À Fontaine, le PCF agit concrètement contre la vie chère est apparu en premier sur Travailleur alpin.