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Le Travailleur Alpin

Publié le 09.10.2026 à 13:59

Daniel Oriol

Le 6 octobre, lors de la journée nationale d’action des lycéens, les responsables de l’union locale CGT de Roussillon/ Beaurepaire ont rencontré des élèves concernés. Ils ont alors décidé d’organiser ensemble une conférence de presse afin de faire connaître les soucis rencontrés sur la cité scolaire de l’Edit à Roussillon. Ce 9 octobre donc, Sarah, Léna, Brajan et Fares tous élèves de première ont pu s’entretenir avec les journalistes locaux.

Ils ont tenu à souligner l’importance du contact avec une structure syndicale qui leur permet de se faire entendre car les médias télévisés ne retracent en majorité que les actes de violence. Pour eux, ce point presse est un tremplin pour qu’on les écoute !


Sarah, Léna, Brajan et Fares se sot exprimés sur les revendications lycéennes, nationales, mais également locales.

Les lycéen·nes ont évoqué notamment les emplois du temps surchargés, le manque de professeurs, les infrastructures dégradées. L’isolation du bâtiment, pourtant refaite à neuf récemment, n’est pas efficace. L’organisation de l’accueil au restaurant scolaire est à revoir : la file d’attente est très longue empêchant certain·es de prendre leur repas. Le gymnase (qui fait partie des compétences de la communauté de communes) ne peut plus recevoir du public, les lycéens ont donc l’obligation de se déplacer, limitant de ce fait le nombre d’heures de pratique du sport. L’infirmière scolaire est présente un jour par semaine, il n’y a pas de psychologue.

Ils se posent la question du règlement interdisant le port de capuche ou bonnet dans la cour… même s’il pleut!

Les lycéen·nes n’ont aucune confiance dans les annonces gouvernementales et jugent celles-ci comme une tentative de pourrissement du mouvement.

La CGT apporte son soutien plein et entier aux lycéens mobilisés, continuera à l’apporter dans le respect des demandes des élèves.

Cet article Roussillon. Les lycéens s’expriment est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 08.10.2026 à 23:06

Luc Renaud

Vigilance. C’est le maître mot des élus communistes pour évoquer l’avenir de la plateforme chimique de Roussillon et celui de la nouvelle unité de fabrication du principe actif du paracétamol qui doit entrer en service dans les prochains mois.

Les incertitudes demeurent importantes. Lilian Brissaud, expert-consultant du cabinet Difecos, en voit plusieurs. Et d’abord celui de la sous-utilisation de l’usine. Sa capacité de production annuelle a été fixée à 15 000 tonnes de paracétamol. Ce qui représente 40 % de la consommation européenne. L’efficience du procédé industriel impose un fonctionnement à pleine capacité, ou approchant. Opella (ex-filiale à 100 % de Sanofi) et Upsa se sont engagés sur des achats garantis sur le long terme. Mais le niveau actuel de ces engagements – le chiffre de 6000 tonnes est avancé – reste insuffisant. D’autant que ces deux groupes – majoritairement détenus par des actionnaires étrangers – restent maîtres du choix de leurs fournisseurs. Des actionnaires pourraient ne pas apprécier le surcoût que représentera un achat à Roussillon plutôt qu’en Chine.

Une empreinte carbone divisée par quatre

Le procédé de fabrication mis en œuvre à Roussillon est issu des travaux des ingénieurs de Seqens. Il est annoncé comme permettant de diviser les consommations d’énergie par quatre, les émissions directes de gaz à effet de serre de 75 % – une empreinte carbone totale réduite de 90 % – et les déchets de 90 % par rapport au procédé traditionnel, celui-là même utilisé jusqu’en 2008 à Roussillon et aujourd’hui encore en Chine. C’est mieux, mais c’est plus cher. Pas loin du double.

Un paracétamol plus cher, certes. Mais le principe actif ne représente qu’une part infime du coût final du cachet de Doliprane ou d’Efferalgan. Un principe actif de fabrication chinoise se paie 2,6 centimes d’euros pour une boîte mise sur le marché à 2,18 euros. Avec le produit fabriqué à Roussillon, ce sera près de 5 centimes d’euros, soit 2,4 de plus. 5 centimes, c’est 2,3% de 2,18 euros. Une différence qui peut être absorbée par les laboratoires pharmaceutiques qui commercialisent les boîtes de paracétamol.

Cinq centimes pour 2,18 euros

Outre l’intérêt d’agir contre le réchauffement climatique global et ses canicules, l’usine de Roussillon présente d’autres avantages. À commencer par la sécurité de l’approvisionnement en évitant une dépendance quasi totale à l’Asie, question de souveraineté. La proximité européenne, aussi : elle permet de réduire les stocks de sécurité quand on peut être livré en quelques jours, plutôt que par bateaux navigant dans des eaux géopolitiques incertaines. C’est aussi une production garantie aux normes européennes, à un moment où la réglementation se durcit dans ce domaine. Au total, des coûts moindres pour les clients de Roussillon, les fabricants des boites de paracétamol. Sans compter, naturellement, une contribution à la robustesse de la filière chimique dans le pays.

Vigilance, donc. Car rien ne dit que ces avantages l’emporteront sur la logique financière.

Conditionnalité des soutiens publics

Les élus communistes ont décidé d’interpeller les ministres concernés et le Premier ministre. Ils leur demandent de prendre une série de mesures pour « garantir que cet outil produise effectivement, dispose de débouchés durables, protège l’emploi et contribue à la consolidation de toute la plateforme chimique ». S’agissant d’un investissement largement subventionné, les élus demandent notamment « la conditionnalité des soutiens publics à des engagements industriel durables » ou « la mise en place d’un comité de suivi public de l’unité de Roussillon » composé entre autres de représentants des salariés.

Pour ce faire, les élus communistes sollicitent un rendez-vous « afin de connaître les mesures que le gouvernement entend prendre pour garantir la réussite de l’unité de Roussillon ».

D’autres initiatives sont d’ores et déjà envisagées pour informer les salariés et la population avec l’objectif de mettre au centre des débats le choix politique d’intégrer des critères d’approvisionnement, d’empreinte environnementale et de production européenne dans les achats et politiques du médicament.

Le 26 mai 2021 au Péage-de-Roussillon, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, et Cécile Cukierman, conseillère régionale, avaient rencontré des syndicalistes et des élus locaux. En débat, les moyens de la relocalisation du paracétamol.
Roussillon, le retour

C’est en 2008. Le groupe Rodhia, propriétaire de l’usine décidait de fabriquer en Chine, à Wuxi à proximité de Shanghaï, ce qui l’était jusqu’alors à Roussillon. Ainsi disparaissait la dernière unité de production d’ADAP en Europe. A l’époque, la CGT avait alerté sur les conséquences d’une telle décision. Et la mobilisation n’a pas cessé pendant une dizaine d’années, jusqu’à l’épidémie de Covid 19. Situation sanitaire qui confirmait les craintes et les prévisions syndicales : tout fabriquer en Chine constitue un danger pour la maîtrise des approvisionnements en produits pharmaceutique.

Le retour de la fabrication du paracétamol était annoncé en 2021 avec un projet à 10 000 tonnes et une ouverture en 2023. Projet qui a évolué à 15 000 tonnes en même temps qu’il prenait du retard : l’usine est désormais construite et Seqens annonce sa mise en service dans les prochains mois. Au final, une opération à 120 M€ d’investissement, dont 40 M€ d’aides de l’État soit 33% du coût total des investissements.

Reste maintenant à assurer le plan de charge de l’usine et son efficacité économique. Ce qui repose la question d’un Etat stratège, qui puisse intervenir au sein de la filière pour que l’intérêt général prime sur le profit immédiat calculé dans chacun des maillons de la chaîne.

La plateforme chimique de Roussillon, un ensemble d’entreprises chimiques dont les services communs sont assurés par un groupement d’intérêt économique.

Le paracétamol, mais pas que

La filière chimique est constituée d’unités interdépendantes. Fermer l’une, entraîne des difficultés pour d’autres. Le succès de la nouvelle unité de Roussillon serait un bol d’oxygène bienvenu pour ses voisines, proches ou plus lointaines.

On en a fait l’amère expérience au Pont-de-Claix avec la fermeture de Vencorex : la chimie, ce sont des unités de production interdépendantes. Un exemple. Avant la liquidation, le sel des mines de Hauterives, dans la Drôme, alimentait Vencorex et Arkema. La disparition de Vencorex a entraîné la fermeture des mines et Arkema achète son sel en Allemagne. Ce qui a un coût.

Il en est de même entre les plateformes de Roussillon et Saint-Fons, près de Lyon. À Roussillon, Seqens produit du phénol – produit intermédiaire nécessaires à une série de fabrications – et de l’acide salicylique utilisé à Saint-Fons pour produire de l’aspirine.

La plateforme de Roussillon est gérée par un groupement d’intérêt économique, Osiris, qui assure les services communes (site, fluides, sécurité…). Le départ ou l’arrivée d’une unité de production ont des effets de coûts pour l’ensemble des entreprises installées dans la plateforme. D’où le constat que l’existence d’une unité moins profitable peut être indispensable à l’excellence de la profitabilité voire à la pérennité d’une usine voisine.

Il y a quelque deux décennies, tout cela se réglait au sein d’une même entité, nationalisée, Rhône-Poulenc. Lors de la privatisation par vente à la découpe à des multinationales ou des fonds d’investissement aux quatre coins du monde, les synergies ont été éclatées.

L’absence de toute volonté de l’État d’intervenir dans les stratégies industrielles fait le reste. Avec ses plans quinquennaux et les diligences de la Commission chinoise d’administration et de supervision des actifs publics, la Chine semble disposer d’un système coordonné qui ne fonctionne pas trop mal.

Un cachet issu du pétrole, après une succession de transformations

Si vous avez mal aux dents, on vous conseille le dentiste… et le paracétamol. Sous différentes marques : Doliprane, Efferalgan, Dafalgan… Un petit cachet aux vertus multiples qui est notamment fabriqué en France par Opella à Lisieux en Normandie, et par Upsa à Agen. Le cachet est produit à partir d’un principe actif, l’acétaminophène (APAP). Matière issue de la transformation d’une « base primaire », si l’on peut dire, le para-aminophénol (PAP).

Ce qui est prévu dans l’usine ultra moderne de Roussillon, c’est la production de la « molécule intermédiaire », l’APAP à partir du PAP importé de l’usine chinoise de Seqens, à Taixing, au sud de Shanghaï.

Une chaîne de transformation chimique provenant, en toute première origine, de pétrole, via le benzène, qui donne du chlorobenzène puis du para-nitrochlorobenzène, matière première de la fabrication du PAP.

Seqens, un groupe en pleine restructuration financière

Le groupe Seqens était fort endetté, de l’ordre de 1,1 milliard d’euros. Mais ça, c’était avant. Avant l’accord rendu public le 5 août dernier, aux termes duquel une partie des créances dont l’entreprise était débitrice vont être transformées en actions. Autrement dit, les créanciers auxquels le groupe devait rembourser de l’argent vont devenir propriétaires d’une partie du capital du groupe. Le remboursement de la dette restante a été différé à 2031 et 2032.

L’entreprise de services informatiques Atos a vécu une opération du même type en 2024. Un accord qui ouvre la porte à une perte d’autonomie stratégique du groupe. Depuis 2021, Seqens est détenu par le fonds d’investissement SK Capital avec une participation de la Banque publique d’investissement, désormais rejoints par un ensemble de créanciers.

Opella, ce n’est plus Sanofi

Le Doliprane, c’est un produit de la société Opella. Qui n’est plus tout à fait une filiale de Sanofi. L’accord avait fait quelque bruit en octobre 2024. Sanofi a vendu 50 % de ses actions d’Opella à un fonds d’investissement américain, Clayton Dubilier & Rice, vente finalisée en avril 2025. Aujourd’hui, Sanofi a conservé une participation de 48,2 % de l’entreprise tandis que la Banque publique d’investissement a pris une participation de 1,8 % dans le capital d’Opella en juin 2025.

Le 21 octobre 2024, le ministère de l’Economie et des finances indiquait avoir obtenu des garanties sur les modalités de cette cession, et notamment « le soutien à la relocalisation du principe actif du paracétamol par Seqens par un contrat de fourniture à long terme » : Opella a l’obligation de se fournir à Roussillon pour fabriquer ses cachets de Doliprane, affirmait le ministère il y a deux ans.

UPSA appartient au groupe japonais Taisho Pharmaceutical.

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Publié le 08.10.2026 à 15:00

Manuel Pavard

Le Travailleur alpin — Pourquoi les lycéens d’Argouges se mobilisent-ils ?

Mika — On a énormément de problèmes matériels et d’organisation. Par exemple, les vidéoprojecteurs ne fonctionnent pas toujours, les télécommandes n’ont plus de piles, il y a des problèmes de connexion… Les professeurs passent parfois beaucoup de temps à essayer de faire fonctionner le matériel. Dans certaines classes, les élèves sont près de 40. Moi, j’ai la chance qu’on ne soit que 18 dans la mienne car je suis dans une filière spéciale, mais même à 18, dans certaines matières, c’est compliqué. Dans certains TP, en sciences, on fait des manipulations qui peuvent être dangereuses si le prof ne peut pas suffisamment nous encadrer. C’est notamment pour ça que cette année, on a demandé un dédoublement, qu’on a obtenu.

Il y a aussi le problème des enseignants absents. L’an dernier, notre professeur de physique-chimie s’est cassé l’épaule pendant les vacances et on a attendu plusieurs semaines avant d’avoir un remplaçant. C’est un cas très courant. D’ailleurs, cette année, on a encore le prof de physique-chimie qui s’est blessé et on n’a toujours pas de remplacement, alors que c’est la base de notre filière et qu’on a le bac à la fin de l’année.

Les bâtiments posent aussi problème ?

Oui. Dans la salle de biochimie, les hottes aspirantes ne fonctionnent pas correctement et n’aspirent pas grand chose. Et certaines fenêtres sont condamnées, du coup quand il fait chaud, c’est invivable. À la rentrée, à 8 heures du matin, on avait 32 °C dans une salle de sciences. Des élèves sont tombés dans les pommes à cause de la chaleur, pendant la première canicule et même avant la canicule. Et avec les fenêtres vissées, il n’y a plus d’aération. Cette décision est notamment liée aux risques de suicide : la solution de la direction, ça a été de condamner les fenêtres de tous les bâtiments. Ce qui fait qu’on crève de chaud, on suffoque !

Lors d’un blocage au lycée Mounier, début octobre.

Au-delà des conditions de cours, qu’est-ce qui inquiète les lycéens ?

Il y a une pression énorme. Parcoursup, d’abord. Ce qui nous inquiète — et qui inquiète aussi les profs — ce n’est pas d’avoir le bac, c’est Parcoursup. Nos parents nous disent « au moins, tu auras ton bac ». Mais aujourd’hui, le bac, ça ne sert plus à rien quasiment. Même avec un bac+3 ou un bac+5, rien ne garantit un emploi. Et pour certaines formations, il faut déjà avoir des contacts pour trouver un stage ou une alternance.

J’ai un ami en création design qui doit trouver un stage pour valider son bac et mener un projet de A à Z. Il a de très bonnes notes, mais il peut se retrouver bloqué simplement parce qu’il ne connaît pas les bonnes personnes. C’est très anxiogène. On a l’impression que la sélection est partout et qu’à chaque étape, il faut encore faire ses preuves. Et si on ne travaille pas dans de bonnes conditions, on ne peut pas faire mieux.

Est-ce que cette pression touche aussi la santé mentale des lycéens ?

Oui, on demande énormément aux élèves, alors que beaucoup sont déjà épuisés. Nous avons des journées qui peuvent aller de 8 heures à 18 heures, et après ça, il faut encore travailler chez soi, faire ses devoirs, préparer Parcoursup… Certains ont aussi des activités extrascolaires ou des problèmes personnels. Les enseignants voient bien qu’on est sous pression, mais ils ne peuvent pas forcément faire grand-chose.

Argouges est un lycée réputé pour sa bonne ambiance, notamment avec les sections artistiques et mode, mais ce sont aussi des sections où beaucoup de jeunes connaissent des difficultés psychologiques. On a deux infirmières à temps plein, une assistante sociale présente ponctuellement, deux psychologues scolaires, un médecin scolaire qui vient une fois par semaine, donc on est plutôt chanceux par rapport à d’autres établissements. Mais ce n’est toujours pas suffisant. Et il faudrait surtout arrêter de penser l’école autour d’un élève « normal », qui aurait les mêmes capacités, les mêmes conditions de vie et le même soutien à la maison que les autres. Ce n’est pas la réalité.

La prise en compte des élèves ayant des besoins particuliers est également insuffisante, selon toi ?

Dans ma classe, on a une majorité de tiers-temps [NDLR : aménagements avec du temps supplémentaire]. Ce qui fait que les profs font des contrôles pour tout le monde, avec tiers-temps inclus. Mais si tous les élèves ont le même temps pour faire le contrôle et que c’est déjà considéré comme un tiers-temps, ce n’est plus un tiers-temps alors. Moi-même, j’utilise un ordinateur pour certaines choses, mais prendre des notes en sciences avec les outils dont on dispose n’est pas toujours adapté.

Rassemblement devant le rectorat de Grenoble, vendredi 2 octobre.

Et puis, il y a aussi des élèves qui progressent à des rythmes très différents. Même dans une petite classe, le professeur doit choisir entre faire du travail différencié ou laisser certains élèves avancer seuls pendant que d’autres sont en difficulté. Envoyer les élèves en difficulté regarder des vidéos sur Internet, ça ne suffit pas.

Comment la mobilisation s’organise-t-elle à Grenoble ?

On essaie de faire en sorte que tout le monde puisse communiquer avec tout le monde : élèves, professeurs, personnes qui nous soutiennent. C’est à ça que sert notamment — mais pas que — la coordination inter-lycées et notre page Instagram inter-lycées. On a des liens avec des coordinations dans d’autres villes, notamment à Paris, même si on n’organise pas directement les journées nationales avec elles.

À Grenoble, on cherche aussi à rallier le plus de syndicats possible à notre cause, pas seulement les organisations lycéennes ou enseignantes. Lors des mobilisations, des syndicalistes et des professeurs ont parfois été là pour nous protéger ou faire une chaîne. Au rectorat, par exemple, les profs ont formé une barrière quand la police a commencé à gazer.

La répression policière a beaucoup marqué les lycéens depuis le début du mouvement : c’est quelque chose que tu as en tête systématiquement ?

Bien sûr. Il ne faut pas oublier que pour beaucoup d’entre nous, ce sont les premières expériences de gaz lacrymo ou de violences policières. Face à des policiers masqués, cagoulés, dont le RIO [NDLR : numéro d’identification des policiers] n’est pas visible ou qui utilisent des boucliers stroboscopiques, comment fait-on pour manifester et faire valoir nos revendications ?

« Aujourd’hui, quand je vais en manif’ et que je vois la police, j’ai peur. On sait qu’on peut se faire tabasser, gazer, perdre un œil, une main… On a ça en tête tout le temps ! »

Aujourd’hui, quand je vais dans une manifestation et que je vois la police, j’ai peur. Et pas seulement en manif’. En fait, dès qu’on sort, on sait qu’on peut se faire tabasser, gazer, perdre un œil, une main… On a ça en tête tout le temps ! Et concernant le mouvement lycéen, on peut se demander si on est suivi, écouté, identifié. Il y a des jeunes qui changent même de vêtements pour éviter d’être reconnus. Et certains parents ont tellement peur qu’ils interdisent à leurs enfants de participer. On comprend cette peur, mais ça montre aussi la pression dans laquelle les jeunes se retrouvent aujourd’hui.

Banderole sur la répression policière du mouvement lycéen à la manifestation du mardi 6 octobre, à Grenoble.

Comment réussir à se faire entendre dans ce cas ?

On veut pouvoir parler directement avec les personnes qui prennent les décisions. Nous sommes prêts à passer par le rectorat, la Région, le ministère de l’Éducation nationale, voire d’autres institutions. Mais il faut nous donner les moyens de le faire. On a demandé que le ministère rencontre directement des lycéens mobilisés, plutôt que de choisir quelques personnes présentées dans les médias comme représentatives. Chaque lycée a ses problèmes particuliers, mais il y a aussi des revendications communes : le manque de personnels, que ce soit les profs, les AESH, les CPE et assistants d’éducation, les médecins et infirmières scolaires, les psychologues, les difficultés liées aux notifications de la MDPH ou encore le fait que les bâtiments soient des passoires thermiques, mal isolés, etc.

Nous sommes prêts à passer par les voies institutionnelles mais à la fin, si on ne nous écoute pas, on va « gueuler ». Si on crie, c’est que c’est le seul moyen qu’on a trouvé pour qu’on nous entende.

Vous souhaitez aussi une convergence avec d’autres mobilisations ?

Complètement. On cherche à faire une convergence avec tout le monde : les agriculteurs, les cheminots, les ouvriers, les pompiers, les salariés de l’industrie chimique, les syndicats du public comme du privé, et bien sûr les étudiants, qui sont déjà mobilisés sur le campus. Il y a beaucoup de mécontentement dans le pays actuellement. Les jeunes ne sont pas seuls à rencontrer des problèmes.

Et on a aussi intérêt à se mobiliser pour les plus jeunes. On a été à leur place et, dans quelques années, ce sont eux qui seront à la nôtre. Si plusieurs secteurs se mobilisent ensemble, le gouvernement ne pourra plus simplement regarder les chiffres. Derrière les chiffres, il y a des personnes.

La CGT dans le cortège du 6 octobre : les lycéens espèrent une vraie convergence des luttes avec l’ensemble des salariés.

As-tu le sentiment que les médias ne montrent pas cette réalité ?

Les grands médias montrent surtout les poubelles brûlées, les images de violence… CNews ou BFM, quand ils vont interviewer un lycéen, ils choisissent toujours ceux qui sont en train de casser ou qui ne savent pas trop quoi dire. Pourtant, il y a énormément de jeunes capables d’avoir un discours construit sur leurs revendications. Mais on ne les voit jamais à la télévision, c’est dégueulasse de leur part [NDLR : de la part de CNews ou BFMTV] ! Et forcément, tout ça, ça influence la perception du mouvement. Une partie de la population s’informe uniquement par certains médias et ne voit donc qu’une partie de ce qui se passe. Pour moi, il faudrait davantage de pluralité et surtout donner la parole aux jeunes eux-mêmes.

En plus, beaucoup de gens aujourd’hui font encore l’apologie de Mai 68 en disant « c’était magnifique, c’était super »… Mais d’après les images qu’on a vues, c’était pire que nous : les barricades, les voitures retournées, des milliers de poubelles brûlées ! Du côté du mouvement lycéen, il s’agit juste, pour certains manifestants, de faire brûler quelques poubelles. Et encore, on essaie de faire le moins de dégâts possibles sur les blocages.

Justement, CNews et les autres médias réactionnaires, mais aussi le gouvernement, la droite, l’extrême droite, vous accusent d’être manipulés, en particulier par LFI. Que réponds-tu à ça ?

Que personne ne nous manipule et qu’on est capables d’avoir nos propres opinions et revendications. Après, oui, nos positions sont marquées à gauche et on a besoin de soutien à gauche. Mais je le répète, à Grenoble, le mouvement lycéen n’est rattaché à aucun parti et n’est pas rattaché à LFI. On a des contacts avec LFI mais on a aussi d’autres contacts dans les autres partis de gauche.

Quelles suites imagines-tu pour la mobilisation ?

Pour l’instant, on essaie surtout de mieux s’organiser et de faire en sorte que tout le monde puisse communiquer. Certaines actions sont préparées avec les médias, les élus, les professeurs ou les syndicats ; d’autres restent davantage entre nous. On va également continuer les échanges et le dialogue. À ce sujet, on tient à remercier Mme la maire et les élus de la ville de Grenoble de nous avoir donné la parole [NDLR : en conseil municipal, mardi 6 octobre]. Même s’ils ne peuvent régler nos problèmes, à leur échelle, ils peuvent au moins faire quelque chose pour les écoles et ce sera déjà un pas. On remercie aussi Mme la maire d’Échirolles et les élus qui veulent nous rencontrer.

Mika faisait partie de la délégation de quatre lycéen·nes ayant pris la parole au conseil municipal de Grenoble. © Ville de Grenoble

On nous dit souvent de passer par une voie diplomatique. Très bien, mais donnez-nous les moyens de le faire : donnez-nous les contacts, les rendez-vous. Si on nous demande de venir rencontrer des élus, on viendra. Ce qu’on demande, c’est d’être entendus. En résumé, on revendique un droit, celui d’étudier.

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Publié le 07.10.2026 à 19:04

Renaud Lugli

Face à l’augmentation du coût de la vie et à des prix qui pèsent toujours davantage sur les familles, la section PCF de Fontaine Rive Gauche Vercors a organisé deux ventes solidaires de fruits et légumes à Fontaine. L’une sur le parvis des écoles Balmes et Marguerite Tavel, vendredi 2 octobre, l’autre sur la place des Écrins, samedi 3 octobre.

Ces rendez-vous ont permis aux habitants de bénéficier de fruits et légumes de qualité à des prix accessibles, tout en créant un moment de rencontre et d’échange avec les militants communistes.

Au-delà de la vente, ces initiatives répondent à une réalité quotidienne : se nourrir correctement devient de plus en plus difficile pour de nombreuses familles. Pendant que les prix augmentent, les salaires, les pensions et les minima sociaux ne suivent pas.

Une juste rémunération des producteurs, des prix bas pour les consommateurs.

Pour le PCF, l’alimentation ne doit pas être une variable d’ajustement. Pouvoir bien manger est un droit, et non un privilège réservé à celles et ceux qui peuvent se le permettre.

Ces ventes solidaires sont aussi une manière d’agir, localement et concrètement, aux côtés des habitants. Elles permettent de faire vivre la solidarité tout en portant une exigence politique : faire reculer la vie chère et reprendre le pouvoir sur les prix.

La mobilisation va se poursuivre dans les prochaines semaines avec d’autres initiatives pour défendre le pouvoir d’achat et lutter contre le racket des prix, notamment sur l’énergie et les carburants.

Pour les communistes, il ne s’agit pas « de se contenter de négocier et c’est pourquoi nous agissons, avec les habitants, pour une société où chacun puisse vivre dignement ».

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Publié le 07.10.2026 à 13:20

Didier Gosselin

La veille, les syndicats enseignants SNUEP-FSU, CGT Educ’Action, SUD, SNES-FSU, soutenus par l’UL CGT de Bourgoin-Jallieu, avaient appelé à des piquets de grève dès 7h30 devant les lycées Aubry, Corot, Delorme, Gambetta, L’Oiselet et Vinci, afin de soutenir ouvertement le mouvement lycéen et étudiant.

Les profs étaient présents également.
(photo Maxime Possek)

Outre les revendications légitimes des lycéen.nes concernant les moyens matériels et humains nécessaires pour une éducation nationale digne du XXIe siècle et de ses enjeux, l’appel des syndicats mettait aussi l’accent sur la sécurité des élèves et des personnels. « Pas de blessé·e, pas d’éborgné·e, pas de mort·e quand on réclame plus d’éducation ! Nous appelons les collègues à être présent·es pour permettre les conditions de dialogue et de sécurité afin de ne mettre personne en danger », indiquait leur communiqué.

Un moment de convivialité nourri par de nombreux échanges. (photo Maxime Possek)

Le rassemblement au parc des Lilattes de Bourgoin-Jallieu a été une réussite démocratique. Des représentant·es élèves de lycées (Aubry, Cartan, Delorme, Gambetta, La Pléiade, L’oiselet, Vinci) et de collèges (Aragon, Allende, Cousteau, Hawking, Le grand Champ) venus de tout le secteur Nord-Isère ont fait part, à travers une très riche et argumentée prise de paroles, de leur vécu quotidien, du manque de personnels et de moyens, de classes surchargées dans des locaux souvent vétustes ou inadaptés au changement climatique.

Les lycéen·nes ont développé leurs revendications. (photo Maxime Possek)

Les revendications communes aux élèves et personnels de l’éducation nationale, rappelées lors de ces prises de paroles, portent notamment sur :

  • Des recrutements répondant aux besoins (profs, AESH, AED, agents, Service sanitaire et social).
  • Des conditions matérielles dans les établissements dignes et à la hauteur des enjeux contemporains.
  • La suppression de Parcoursup.
  • La fin du 8h/18h.

Présents lors de ce rassemblement, les communistes du Nord-Isère ont distribué un tract de soutien à la mobilisation lycéenne, appelant notamment le gouvernement à abandonner les préparatifs guerriers et les dépenses de surarmement pour choisir de préparer l’avenir : « investir massivement dans l’éducation, la formation et la recherche. Former toute une génération, lui permettre de maîtriser les savoirs, les savoir-faire, les nouvelles technologies, c’est nous donner les moyens de relever les grands défis qui sont devant nous : le changement climatique, la révolution informationnelle, la réindustrialisation, la santé, l’énergie et la paix », insiste le PCF.

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Publié le 06.10.2026 à 22:01

Manuel Pavard

La préfecture avait pourtant tout tenté pour freiner la mobilisation en interdisant tout rassemblement dans un périmètre de 100 mètres autour des lycées publics, à Grenoble et dans neuf autres communes de l’Isère. Des interdictions que le tribunal administratif de Grenoble a in fine suspendues mardi 6 octobre, le juge des référés rappelant que la liberté de réunion et la liberté de manifestation constituaient des libertés fondamentales. La mesure n’avait de toute façon pas entamé la détermination des manifestants qui étaient près de 13 000 à défiler dans les rues de Grenoble ce mardi matin, à l’occasion de cette journée nationale de mobilisation des lycéens et étudiants.

L’intersyndicale de l’éducation et les lycéens ont fini par défiler côte à côte, en tête de cortège.

Après une semaine de blocage et de contestation, ce rendez-vous du 6 octobre avait valeur de test pour le mouvement lycéen. Cette fois, les lycéens avaient en effet reçu le renfort d’autres secteurs et catégories de population, à Grenoble comme partout en France. Celui des étudiants déjà, qui bloquaient le campus de l’Université Grenoble Alpes (UGA), à Saint-Martin-d’Hères, dès 6 heures du matin, conformément au vote, la veille, de l’assemblée générale.

Une marée humaine a déferlé dans les rues de Grenoble.

Sous le mot d’ordre « Des moyens pour les facs et les lycées », les syndicats étudiants unanimes (Unef, UEG, Solidaires) mettaient ainsi en avant les problématiques et les revendications communes existant entre étudiants et lycéens. Et ce, concernant le manque de moyens et de personnel, les journées trop chargées, les bâtiments inadaptés ou encore la sélection par Parcoursup — objet de la campagne des sans-facs menée à l’UGA.

« L’Éducation nationale accentue les inégalités de départ »

La jeunesse dans la rue donc, mais également les enseignants, qui avaient également voté en AG le soutien à la mobilisation lycéenne, partageant eux aussi le constat du manque de moyens (humains, matériels et financiers) dans l’Éducation nationale. Des profs qui, à l’instar des parents d’élèves et des syndicats interprofessionnels, entendaient par ailleurs protéger les adolescents face aux potentielles violences policières. Main arrachée, mâchoire fracturée, perte d’un œil après un tir de LBD… Les graves blessures enregistrées par plusieurs jeunes manifestants [NDLR : au moins dix enquêtes ouvertes par l’IGPN en France] témoignent d’une répression aussi brutale que disproportionnée.

Les lycéens rassemblés à proximité du lycée Mounier, avant le départ de la manifestation.

Illustration de cette convergence des luttes, trois points de rendez-vous différents avaient été communiqués pour la manifestation. Environ 2 000 étudiants ont ainsi pris le départ du campus pour rejoindre le gros des manifestants — notamment de nombreux lycéens et enseignants — rassemblés sur l’avenue Marcellin-Berthelot, non loin du lycée Mounier. Tous se sont ensuite dirigés vers la place Victor-Hugo, pour opérer une nouvelle jonction avec les représentants syndicaux des salariés, formant un immense cortège de quelque 13 000 personnes, en direction de la place de Verdun, via le rectorat.

Un important cortège est parti du campus de l’UGA, avant de rejoindre les autres manifestants à Grenoble.

« Bien sûr que l’Éducation nationale manque de moyens. Elle est de plus en plus incapable de rattraper les inégalités de départ, au contraire, elle les accentue », souligne David Sujobert, co-secrétaire départemental de la FSU Isère. « Les générations qui arrivent, elles étaient 30 en maternelle, 28 en CM2, elles ont subi le choc des savoirs en collège, elles étaient 35 en seconde, elles vont subir Parcoursup… Il y a 20 000 étudiants qui n’ont pas de place en sortant du bac, à la fac, donc évidemment que ça ne va pas. Ce n’est pas une découverte pour le gouvernement ni pour le recteur. »

Une répression policière d’un niveau inédit

Beaucoup déplorent ainsi qu’il ait fallu des blocages et une contestation massive pour que leurs revendications commencent à être entendues. « Sans ça, malheureusement le ministère n’écoute même pas : si on proteste gentiment, ils n’en ont pas grand chose à faire », note Gabin, étudiant.

Applaudissements nourris à la jonction des cortèges.

Les lycéens réitèrent pourtant depuis des jours leurs demandes : « De meilleures conditions de travail pour les profs, qu’ils soient remplacés plus vite quand ils sont absents, moins de surcharge d’emploi du temps, moins d’élèves dans les classes », résume un lycéen grenoblois en terminale. Malgré ça, ils ont l’impression d’être inaudibles face aux images de poubelles brûlées tournant H24 sur les chaînes d’information.

Un slogan qui résume tout.

« On a aussi un mouvement qui est assez particulier parce qu’on a une grande répression particulière », poursuit un autre lycéen. « Notre système est injuste, surtout le fait d’agir avec une telle violence face à des mineurs. Il y a presque eu la moitié des interventions policières qui ont été comptabilisées sur toute la période des Gilets jaunes, soit plus de 5 000 interventions » [NDLR : pour les Gilets jaunes, c’était 10 000 gardes à vue en un an].

En 2026, la jeunesse emmerde toujours le Front national (devenu RN).

À l’arrivée place de Verdun, plusieurs lycéens ont pris la parole, avant de se réunir en assemblée générale à la Maison des associations. Les enseignants ont fait de même devant le rectorat tandis que les étudiants se retrouveront en AG le lendemain midi, à la galerie des amphis. Plusieurs lycées grenoblois devraient par ailleurs rouvrir ce mercredi 7 octobre, selon la préfecture… Ce qui occasionnera certainement de nouveaux blocages, la colère lycéenne étant très loin de retomber. Avant une nouvelle journée d’action nationale jeudi 8 octobre, puis la grande journée de mobilisation interprofessionnelle du 17 octobre.

Les élus et militants communistes étaient présents dans le cortège.
Les lycéens invités à s’exprimer au conseil municipal

Après la suspension et le report du conseil municipal, une semaine auparavant, celui-ci était reconvoqué ce mardi 6 octobre à Grenoble. À cette occasion, Laurence Ruffin a suspendu la séance afin de donner la parole à quatre représentants grenoblois du mouvement lycéen (un lycéen et trois lycéennes), en marge de la manifestation se tenant le même jour dans la capitale des Alpes.

« Nous leur avons proposé de venir prendre la parole aujourd’hui devant le conseil municipal, afin qu’ils puissent exprimer ici, avec leurs mots, leurs attentes et leurs revendications », explique la maire de Grenoble. « Nous leur avons aussi proposé de construire avec eux la suite : ouvrir des espaces jeunesse de la ville pour leurs AG, mettre en place des cahiers de doléances lycéens et porter leur parole auprès des institutions. »

Laurence Ruffin aux côtés des quatre lycéen·nes prenant la parole devant les élus. © Ville de Grenoble

Une invitation qui illustre le soutien de la Ville de Grenoble à la mobilisation lycéenne, souligne Laurence Ruffin, évoquant les demandes « légitimes » des jeunes manifestants. « Nous réaffirmons notre engagement pour le dialogue et l’éducation populaire, nous devons pouvoir écouter leur colère, leurs revendications, leurs inquiétudes », insiste l’édile. Et de rappeler : « C’est dans cet esprit que nous proposions, déjà dans notre programme, de rendre accessibles les référendums aux habitantes et aux habitants dès 16 ans : parce que nous considérons que la participation à la vie démocratique ne doit pas attendre 18 ans pour commencer. »

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Publié le 05.10.2026 à 16:53

Manuel Pavard

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