Publié le 01.07.2026 à 23:27
Manuel Pavard
C’est la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein. Au Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) — l’hôpital psychiatrique de Saint-Égrève -, les soignants, déjà éprouvés par le manque chronique de moyens et de personnel, ont eu la désagréable surprise, en novembre dernier, de découvrir le projet de réorganisation du temps de travail envisagé par la direction. Décision qui a mis le feu aux poudres, aboutissant in fine aux deux journées de grève des 8 et 26 juin.
Rassemblement le 8 juin sur le site du CHAI où les grévistes écoutent le discours du sénateur Guillaume Gontard.Après une première mobilisation importante, avec près de 200 personnes manifestant dans les rues de Saint-Égrève et quelque 80 grévistes recensés dans les services, la CGT entendait maintenir la pression en appelant le personnel à se rassembler devant le conseil départemental, vendredi 26 juin. Des agents qui, pour beaucoup, ciblent le nouveau directeur, arrivé en avril 2025 à la tête de l’établissement.
Dès ses premiers pas, ce dernier a commencé à « parler de réorganisation, optimisation, efficience », se souviennent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas, respectivement secrétaire générale et secrétaire adjoint du syndicat CGT du CHAI. Bref, la « novlangue managériale » typique, totalement inadaptée à un établissement public de santé mentale. Pour justifier ce choix, la direction invoque le déficit budgétaire évalué au départ à environ 3 millions d’euros. Un montant certes inédit mais à relativiser au regard, par exemple, de la dotation de l’hôpital, comprise entre 120 et 130 millions d’euros.
Une grève très suivie.Avec ce projet, les soignants disposeraient de temps et jours de repos très variables tandis que les jours fériés et RTT leur seraient imposés. Le tout sur des cycles de douze semaines — contre deux semaines actuellement — durant lesquelles les changements d’emploi du temps seraient incessants. « Et au bout de la treizième semaine, on redémarre à zéro », indiquent les responsables syndicaux. « On n’aura plus de stabilité professionnelle et personnelle », déplorent-ils.
Parmi les plus touchés, les agents à temps partiel, qui profitaient jusque-là du mercredi off pour s’occuper de leurs enfants ou s’adonner à une activité culturelle ou sportive, devront y renoncer ou s’adapter. « En fait, la direction décide de ce qui concerne notre vie personnelle. Elle ne veut pas entendre la souffrance générée chez les agents », s’insurgent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas.
Les manifestants sont partis du CHAI pour défiler dans les rues de Saint-Égrève.Si l’opposition de la CGT a permis de repousser l’application de ces nouvelles règles du temps de travail de janvier 2026 à janvier 2027, une mauvaise surprise est néanmoins évoquée. « Il y a certains services qui auraient déjà programmé le changement pour le mois d’août », confient les deux syndicalistes, pointant l’absence totale de concertation. « On demande le tableau des emplois pour savoir combien de postes seraient ainsi économisés », puisque l’argument financier est invoqué. « Mais la direction nous répond qu’elle n’a pas les chiffres ! »
Conséquences, les soignants, qui sont déjà « en service minimum et travaillent à trois, en flux tendu », sont à bout, avec une charge de travail qui ne cesse d’augmenter — ou en tout cas qui ne faiblit pas. D’où « une énorme perte de sens du travail » ressentie par de nombreux agents, soulignent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas. « Beaucoup de gens nous ont informés de leur futur départ du CHAI. »
Cette réorganisation se fait en outre « au détriment de la santé du personnel » mais aussi de celle des patients dont la prise en charge sera moins longue et moins efficace. Pourtant, il ne faut pas jouer avec la psychiatrie et avec la santé mentale des personnes, s’inquiètent les élus CGT. « C’est compliqué de faire sortir des patients qui ne sont pas stables, ça entraîne des risques pour l’ordre public. Pour l’instant, on a réussi à éviter un drame mais on a l’impression que la direction n’attend que ça… »
Les revendications avancées par la CGT.Que faire alors ? Le syndicat va frapper à toutes les portes. Le 26 juin, l’objectif du rassemblement était ainsi d’interpeller la présidente du conseil de surveillance Annie Pourtier, vice-présidente du département de l’Isère. Et un futur rendez-vous est déjà donné le 16 juillet devant l’antenne grenobloise de l’Agence régionale de santé (ARS) où les manifestants répéteront leur principale revendication : « Des bras et des lits ! » C’est pourtant simple, non ?
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Publié le 01.07.2026 à 16:49
Manuel Pavard
Le Secours populaire de l’Isère accompagne plus de 21 000 personnes chaque année. Quelle est votre mission prioritaire ? La précarité continue d’augmenter, on le constate sur le terrain tous les jours. Avec nos vingt comités, nos six antennes et 3 960 bénévoles, on accompagne plus de 21 000 personnes dans le département. Bien sûr, il y a […]
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Publié le 01.07.2026 à 11:38
Max Blanchard
Pour tous les participants de la fête, pas question de rester l’arme au pied ! La Ligue des droits de l’homme, par la voix de Philippe le clame : « Nous sommes dans l’obligation de résister en luttant pied à pied. Pour cela, il nous faut faire de l’état de droit un bouclier tout en travaillant à […]
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Publié le 30.06.2026 à 19:21
Edouard Schoene
Laurent Terrier exposait la situation : “72 départements en vigilance rouge, au plus fort de la vague de chaleur, des records de températures pulvérisées, c’était imprévisible? Absolument pas. Il se passe malheureusement très exactement ce qu’avaient prévu les experts du GIEC. … Jeudi 25 juin, alors que la température moyenne du pays atteignait un record absolu, le président Macron a salué le « gros travail » d’adaptation réalisé durant son quinquennat. On rit jaune…
• Allez en parler aux familles endeuillées (on compte déjà plus de 1000 morts prématurées liées à ce pic de chaleur).
• Allez en parler aux élèves et à leurs professeurs, qui se retrouvent dans des conditions littéralement intenables, dans des bâtiments scolaires absolument pas adaptés à ces chaleurs.
• Allez en parler aux personnels hospitaliers et aux patients, qui ont l’impression de revivre une situation équivalente au COVID, débordés, pas équipés…etc
…. »
Laurent Terrier.Le représentant du collectif rappelle que celui-ci agit sur la question des transports en commun (TC), et précise que les transports, c’est la première source d’émissions de gaz à effet de serre en France, avec 34 % du total. Il faut donc dans ce domaine des mesures radicales et volontaristes pour favoriser un usage massif des transports en commun, et permettre à un maximum de gens d’utiliser leur voiture le moins possible. « Nous le disons depuis 2014 : on a plus le temps pour les demi-mesures ! » et de déclarer : « Il faut à la fois une offre de TC massivement développée, et une politique qui s’adresse à toutes et tous et incite toute la population à changer de mode de déplacement. C’est ce que permet la gratuité, qui assure un droit universel aux transports en commun. »
Il rappelle que la convention citoyenne Climat convoquée par la Métro il y a deux ans est arrivée aux mêmes conclusions que le collectif : développer massivement l’offre et aller vers la gratuité, en commençant par le week-end.
« L’an dernier, plus de 70 élus ont signé une tribune portée par Margot Belair et Jacqueline Madrennes allant dans le sens d’un choc d’offres et de la gratuité le week-end. De nombreuses listes victorieuses aux municipales ont porté ces mesures dans leur programme municipal. (45 élus au conseil métropolitain sur des listes ayant inclus la gratuité dans leur programme). »
Nous lui avons posé la question : “Au niveau national, est-ce qu’il y a des parlementaires qui s’emparent de vos revendications, notamment concernant une modification de la fiscalité. qui serait quand même une perspective.
Sonia Temelkovski, directrice de cabinet de Guillaume Lissy, président de la Metro, Mariano Bona et Gilles Moreau, vice-président de la métropole.Laurent Terrier : « Il y a les parlementaires, mais également les représentants de France urbaine, représentants des métropoles, qui sont allés rencontrer le Parlement pour demander une augmentation du versement mobilité. Il y a le GART, qui est le regroupement des autorités de régulation des transports, qui ont rencontré le Parlement pour demander une augmentation du versement mobilité. La métropole d’Aix-Marseille, qui n’est pas de gauche, demande à pouvoir être alignée sur le versement de mobilité de l’Île-de-France à 3%. Nous demanderons au conseil métropolitain, de prendre une position sur la revendication de déplafonner le versement en mobilité. Nous aussi, on aurait besoin d’un taux à 3 %. »
A l’issue de la conférence de presse qui précédait le rassemblement, Sonia Temelkovski, directrice de cabinet de M. Lissy, président de la Metro et Gilles Moreau, vice président de la Métro (énergie, air climat) sont venus excuser M. Lissy et assurer que les questions posées par l’UDGT seront étudiées, qu’un rendez vous pourra avoir lieu pour en discuter avec le collectif.
Les demandes immédiates du collectif :
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Publié le 30.06.2026 à 18:44
Edouard Schoene
Il ya a huit jours l’annonce brutale de fermeture de trois écoles était faite aux parents d’élèves concernés au cours de deux réunions houleuses.
Devant la mairie, pancartes, cris, tambours pour dire non à la fermeture des trois écoles :
« On veut garder notre école »
« école fermée quartier oublié »
« on a notre mot à dire »
« Trouvez l’argent »
« la sécurité pour nos enfants »
« on veut garder notre écoles » (cris des enfants).
A l’heure du conseil municipal, la porte de la mairie tarde à s’ouvrir puis après échanges les représentants du maire consentent à laisser entrer une vingtaine de personnes. Un des deux agents de la police municipale, présents sur les escaliers menant à la salle de conseil, porte une arme menaçante dans ses bras. Le public semble accueilli comme un redoutable danger !
Le maire, M. Longo donne la parole aux représentants des parents d’élèves souhaitant que cela soit bref, appelant le public à attendre le débat sur la fermeture des trois écoles, inscrit en 11è point à l’ordre du jour du conseil.

Les représentants des parents d’élèves regrettent très vivement ne pas avoir reçu réponses à leur nombreuses questions, avoir été écartés de la moindre concertation avant que le maire décide brutalement de fermer 3 écoles. (vidéo sur 6 h de conseil municipal)
Le maire répond longuement et s’engage à discuter avec les parents signalant que la décision de fermeture n’est pas discutable.
Le groupe « Fontaine nous rassemble » (FNR) demande le retrait des points 11 et 12 (fermeture classes et plan sectorisation des écoles) afin de permettre que l’avenir des écoles soit mis en débat public dans le cadre d’une vaste action de démocratie participative.
A 22h15, après trois heures de débat, la question relative à la fermeture des trois groupes scolaires est abordée.
Les trois groupes d’opposition prennent successivement la parole, avec des arguments forts, pour contester la décision de fermeture des trois écoles (écouter sur la plage 3h38 à 4h50 de l’enregistrement vidéo).
Laurent Jadeau (FNR) : « Tous comme les parents, les enfants, les habitants, les citoyens de notre commune, nous sommes tout bonnement stupéfaits et scandalisés de l’annonce brutale de la fermeture définitive de trois écoles. En premier lieu, le timing de cette annonce est non seulement d’un cynisme consternant qui exacerbe ce soir la colère des Fontainois. Vous aurez beau servir toutes les arguties, tout le monde sait pertinemment que cette décision brutale est actée depuis bien avant les élections, et sans doute depuis plusieurs années, concomitamment avec la décision de reconstruction de l’école Robespierre. » … «Allons maintenant sur le fond : personne, et pas nous en tous cas, ne conteste la nécessité de réinterroger l’ensemble de l’organisation scolaire à l’aune des moyens de la commune et de la réalité démographique. C’est d’ailleurs, et vous le savez très bien, une réflexion qui traverse toutes les équipes depuis au moins une trentaine d’année »
L’élu rappelle avoir interrogé, sans réponse, lors du précédent mandat, sur le dimensionnement et le coût de la future école Rose Valland (remplaçante du groupe Robespierre) ainsi que sur un plan communal de réflexion sur les écoles. « Votre projet n’est pas financé et repose sur des hypothèses irréalistes, tant en matière d’emprunts qu’en promesses de subventions. »

L’élu dénonce : «dans la la zone la plus densément peuplée du territoire, Cachin, ce sont environ 200 enfants qui vont être répartis hors de leur quartier, de façon particulièrement brutale alors qu’ils sont scolarisés ensemble depuis plusieurs années. Alors qu’un boulot formidable est reconnu, effectué par des équipes stables, impliquées de longue date dans l’éducation pour tous et la vie du quartier, vous rasez cette histoire d’un trait, sans aucune concertation, si ce n’est de discuter la couleur des pansements sur les blessures. »
En conclusion il demande aux élus de la majorité « d’écouter la colère des habitants et de retirer ces deux délibérations, de suspendre les engagement concernant le projet Rose Valland et d’associer sans tarder l’ensemble des habitants à élaborer le Fontaine de demain pour nos enfants et leurs familles.
A la sortie, après minuit , les parents d’élèves ayant assisté aux débats ont de la peine à calmer leur colère devant le vote unanime du groupe de la majorité. Ils signifient que la compassion et le paternalisme du maire et de ses adjoints est très blessante. « Nous sommes des citoyens capables de porter l’intérêt général et non de simples parents qui défendraient des prés carrés ». Ils contestent en particulier la capacité de la ville, si des moyens financiers ne sont pas dégagés, à assurer la sécurité des enfants si l’école Jeanne Labourbe est fermée (600 mètres de trottoirs à réaliser).
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Publié le 25.06.2026 à 18:13
Manuel Pavard
Le Travailleur alpin — La ville d’Échirolles a reçu plusieurs prix récompensant sa stratégie numérique, ces dernières années. Comment est-elle devenue une municipalité pionnière sur ce plan ?
Aurélien Farge — Je suis élu en charge du numérique depuis 2014, j’étais conseiller municipal délégué au développement du numérique [NDLR : Aurélien Farge est maintenant adjoint aux solidarités, à la santé, aux finances et commande publique et au numérique]. L’acte fondateur, toujours en 2014, c’est la signature de la charte du logiciel libre, proposée par l’association April. Il y a eu un vrai changement de paradigme à l’époque à Échirolles : la prise en considération que le numérique n’est pas simplement un support mais soulève aussi des enjeux politiques. Ce qui implique donc une représentation politique de ces enjeux au sein de l’équipe municipale.
Pour autant, ça prend du temps de mettre en phase une prise en considération politique et une organisation technique et administrative au sein d’une collectivité. C’est justement ce qui a été le rôle du mandat 2014–2020. Et c’est pour cela qu’il y avait un peu moins de choses qui transpiraient vers l’extérieur. On a d’abord dû passer par une phase de pédagogie.
À qui était destinée cette pédagogie ? Au maire, aux élus, aux agents ?
Renzo [NDLR : Renzo Sulli, maire d’Échirolles de 1999 à 2023] avait compris qu’il y avait des enjeux politiques et qu’il fallait un élu pour s’en occuper. Mais quand je parle de pédagogie, ce n’est pas tellement auprès des élus — quoique — mais plutôt des agents de la ville. Car derrière ce changement de paradigme et ces enjeux politiques, il y a des questions de valeurs, qui doivent être prises en compte dans les choix. Ça a donc nécessité un temps d’acclimatation, d’autant qu’on touche au quotidien des agents à travers les outils informatiques. Ce ne sont pas des petites questions !
Ensuite, il y a eu toute une réflexion sur comment avoir une bonne interface politique, technique, pour mener à bien ces enjeux d’une manière stratégique et opérationnelle. Le résultat, c’est la création du poste de Nicolas Vivant, directeur de la stratégie et de la culture numériques, fin 2020 ou début 2021, peu après les municipales.
Quel sens revêt la création de ce poste pour la ville ?
Considérer le numérique comme un support, c’est le cantonner au service informatique. En revanche, créer le poste de Nicolas Vivant, c’est comprendre que les enjeux sont éminemment transversaux et concernent aussi l’éducation, la culture, l’action sociale, l’inclusion numérique… Le directeur de la stratégie et de la culture numériques, c’est un poste positionné en transversalité dont le rôle est effectivement de porter ces enjeux du numérique à une autre échelle. Il va donc discuter avec l’ensemble des directions de la ville. C’est un type de poste qui est un peu en train de se généraliser mais Échirolles a été assez précurseur parmi les collectivités.
Aurélien Farge à la remise de prix du label national Territoire numérique libre, décerné à la ville d’Échirolles.Échirolles a aussi très vite adopté le logiciel libre. Cela s’est-il fait naturellement ?
Oui mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’avant la question du logiciel libre, il y a celle des valeurs. Depuis 2020, je mène un groupe de travail d’élus sur les enjeux du numérique, dans lequel on vient positionner ces principes politiques et valeurs. On retrouve ainsi la qualité du service public et du service rendu à la population qui est une valeur essentielle pour notre majorité. Avec des outils numériques qui viennent en complément de l’action humaine et donc du travail de nos agents, mais non pas en remplacement. À Échirolles, il n’y a jamais eu aucun service qui a été remplacé par un service en ligne. On peut citer ensuite les valeurs environnementales : ce qui a trait aux consommations, à la sobriété, etc.
Enfin, une question pour nous essentielle, celle de la souveraineté et du coup de l’indépendance face aux géants du numérique, particulièrement les GAFAM, comme Google, Microsoft ou d’autres, qui ne sont pas uniquement des fournisseurs d’outils numériques mais qui sont porteurs d’une certaine vision de la société. Et ce, y compris dans une relation client qui est en réalité une relation de mise sous contrainte et de dépendance. Par exemple, quand Microsoft décide de passer à Windows 11 et que tout un tas de machines sont considérées comme obsolètes parce qu’ils l’ont décidé, on est dans une relation de contrainte : soit tu changes ton ordinateur, soit tu n’as pas accès à Windows. Ainsi, une fois qu’on a posé ces enjeux et ces valeurs-là, le logiciel libre est apparu comme une évidence.
Une évidence à quel niveau ?
C’est une bonne réponse à des vrais enjeux politiques, de par sa philosophie qui est complètement différente. On oppose aux licences propriétaires déployées par Windows, les licences libres dans lesquelles on a notamment un certain nombre de libertés fondamentales, dont l’accès au code source de ces logiciels. En résumé, on sait ce qu’il y a dedans. La possibilité de pouvoir lire le code source, le modifier et l’adapter, ça signifie qu’on n’est pas sous contrainte.
Que vous ont apporté les logiciels libres ?
Petit à petit, ça a répondu à presque tous nos enjeux : la modernisation de l’action du service public, la sobriété financière… Car qui dit logiciel sous licence propriétaire, dit licence payante. Et qui dit logiciel libre, dit gratuité. Ainsi, en tant que collectivité, on va parfois payer du support extérieur parce qu’on peut avoir besoin d’aide. Mais on ne paye pas de licence.
Pour donner un chiffre, ça équivaut à une économie de 2 millions d’euros à l’échelle du mandat précédent. Entre 2014 et 2020, on a fait un comparatif en regardant les logiciels libres qu’on a déployés durant le mandat. On a pris par exemple Office 365 : nous, on n’en a pas, on a que du LibreOffice, donc on a multiplié par le nombre de postes et à la fin, on obtient un total. Idem pour les mails : on utilise SOGo et on a comparé avec Exchange, de Microsoft. Cela vaut aussi pour les logiciels d’infrastructure, notamment la gestion de nos serveurs qui est aujourd’hui sur Proxmox, et non pas sur VMware — avec lequel il y a d’ailleurs eu quelques soucis de souveraineté. On a fait le même scénario pour tout.
Les faits ont confirmé votre stratégie — on pourrait même dire votre intuition…
Oui, par rapport au lot des collectivités territoriales, la ville d’Échirolles a anticipé les enjeux politiques, les enjeux environnementaux, de souveraineté, autour des outils numériques, avant de les décliner à chaque fois. Et aujourd’hui, l’actualité nous donne raison à 200 % ! Si je voulais être provoc’, je dirais que Donald Trump est sans doute l’un des meilleurs vendeurs de l’utilité du logiciel libre et de la souveraineté numérique en Europe. Il faut se rappeler qu’à une époque, quand on disait « attention, en passant par des logiciels propriétaires des grands géants américains, nous n’avons aucune souveraineté », on nous répondait « non mais vous exagérez, ça se passera »… Et finalement, on voit bien qu’ils sont prêts à appuyer sur le bouton si ça peut permettre de défendre leurs enjeux stratégiques, même si ces enjeux sont contradictoires avec les nôtres.
Aujourd’hui, tout le monde se précipite un peu, notamment l’État, dans la prise en considération de ces enjeux numériques. Ça se voit, par exemple, avec la suite territoriale qu’ils sont en train de mettre en place. L’État a en effet réalisé que plein de petites communes de moins de 3500 habitants avaient Outlook ou Gmail pour leur adresse mail. D’où un vrai problème de souveraineté. Ils ont donc développé une suite mail-visio-cloud qu’ils commencent à déployer à destination des petites collectivités. Ce qui me permet de faire le lien avec le SITPI et avec la question de la mutualisation, c’est-à-dire comment, sur un certain nombre de projets, le fait de s’associer à plusieurs collectivités entraîne à la fois un gain d’efficacité et parfois des économies.
Animateur d’un débat sur la sécurité lors de la campagne des municipales 2026 à Échirolles — l’une de ses multiples casquettes.Vous venez de prendre la présidence de ce Syndicat intercommunal pour les télécommunications et les prestations informatiques (SITPI). À quoi sert cette structure méconnue ?
Le SITPI existe depuis 1974, créé à l’origine par trois villes à direction communiste, Pont-de-Claix, Saint-Martin-d’Hères et Fontaine, rejointes quelques années après par Échirolles. Pour l’anecdote, ça s’appelait alors « syndicat intercommunal pour la télématique — donc le Minitel — et les problèmes informatiques » — avant de devenir « prestations informatiques ». L’idée, c’était déjà comment mutualiser des ressources informatiques à une époque où commençait à émerger cet enjeu-là. Les anciens camarades qui y ont travaillé avaient les énormes ordinateurs avec les cartes à trous et commençaient à gérer, par exemple, la paye des agents avec ces outils. Ça, c’est l’ancêtre du SITPI. On constate ainsi qu’il y avait, de la part des maires communistes de l’époque, un côté d’avant-garde : ils avaient déjà compris que la mutualisation des ressources informatiques permettaient un gain d’efficacité et également une capacité à pouvoir mieux gérer et répondre aux enjeux de l’informatique naissante. Ce qui est toujours vrai aujourd’hui.
À une échelle différente, non ?
Oui, actuellement, le SITPI représente dix communes : Échirolles, Pont-de-Claix, Fontaine, Vif, Varces, Claix, Seyssins, Seyssinet-Pariset, Saint-Égrève, Saint-Martin‑d’Uriage. Mais l’idée est toujours la même, c’est-à-dire qu’on mutualise un certain nombre de ressources informatiques, des logiciels métiers pour les ressources humaines, pour la facturation de services municipaux aux habitants, mais aussi de l’infrastructure, donc des serveurs. Soit, dans le cas d’Échirolles, pour mettre une partie de la redondance de nos serveurs là-bas. Soit, pour d’autres communes, afin de s’en servir comme d’un data center. Et le SITPI, c’est aussi et toujours un formidable outil pour permettre à des communes de pouvoir faire face à des enjeux numériques qui peuvent être d’ampleur.
À quels enjeux faites-vous référence ?
On peut en citer plusieurs. J’évoquais la question de l’infrastructure et des serveurs mais aujourd’hui, pour une certaine échelle de collectivité, c’est compliqué de disposer de ses propres serveurs et de sa propre infrastructure. Du coup, si tu n’as comme alternative que le privé, en prenant un contrat chez OVH ou Amazon, tu peux être hébergé chez eux mais tu n’as plus aucune souveraineté. Inversement, quand tu as un syndicat intercommunal comme le SITPI, tu peux te mettre dans un data center sur lequel tu gardes intégralement ta souveraineté, d’abord parce que c’est public, et ensuite parce que tu sièges à la gouvernance. Tu mutualises mais tu ne perds pas ta compétence.
Le deuxième élément, c’est que face à des grands enjeux de souveraineté numérique, le SITPI est une très bonne réponse. Quand on arrive sur cette question, on tire un fil qui est très long. En plus de notre dépendance aux GAFAM, on a aussi une dépendance aux logiciels sous licence propriétaire. Il n’y a pas que les GAFAM qui ont des pratiques commerciales douteuses. Prenons une entreprise comme Arpège [NDLR : éditeur de logiciels pour les collectivités]. À chaque fois qu’une nouvelle version est sortie, ils t’envoient un courrier pour te dire de passer à la nouvelle et de payer. Et de toute façon, ils ont arrêté l’ancienne version. C’est vraiment des pratiques commerciales typiques. Là aussi, on est donc dans la dépendance, sous contrainte.
Et puis, de fil en aiguille, se pose la question de l’accès à Internet. Aujourd’hui, on a relativement peu de choix, avec quatre grands opérateurs [NDLR : Orange, SFR, Free, Bouygues Telecom]. Pourtant, on se rend compte que le SITPI pourrait très bien devenir demain un fournisseur d’accès à Internet à destination des collectivités. Techniquement, il suffit d’un raccordement, le SITPI étant déjà adossé à un réseau de fibre optique.
Comment les collectivités et le SITPI perçoivent l’irruption de l’intelligence artificielle ?
C’est l’un des plus grands défis actuels, avec un enjeu de souveraineté majeur car aujourd’hui, il n’existe aucune solution qui permette d’utiliser l’IA dans les collectivités tout en gardant sa souveraineté. Néanmoins, qu’on le veuille ou non, l’IA est une réalité déjà présente. Pour ma part, je n’ai pas la capacité de savoir aujourd’hui si, dans ma collectivité, j’ai des agents qui, à un moment donné, disent « Tel courrier, je vais le faire vérifier par ChatGPT, par Gemini, etc ». Ce qui est normal parce que c’est aussi un outil, une aide intéressante.
L’enjeu environnemental est très clair également. On ne peut raisonnablement pas se permettre de faire sa photo de profil en studio Ghibli sur l’IA si on réfléchit au rapport entre la consommation énergétique et l’utilité du truc… Et évidemment, on n’a aucun contrôle sur l’utilisation des données qui est faite par l’IA. Autrement dit, si je fais corriger mon courrier de réponse à l’habitant par ChatGPT, toutes les informations qui sont dans le courrier, j’en perds complètement les droits.
Au final, l’IA est-elle plutôt un danger ou un atout ?
Les deux à la fois… Malgré tout ce qu’on vient de dire, l’IA est potentiellement une opportunité pour les collectivités. Le sujet qui va arriver pour nous, c’est de faire en sorte que le SITPI soit pour les collectivités un pôle d’expérimentation des grands enjeux numériques, pour essayer de trouver des solutions alternatives. Typiquement, la ville d’Échirolles et les autres communes membres sont en train d’expérimenter le déploiement d’une IA qui serait hébergée potentiellement au SITPI — ou dans ce qu’on appelle un tiers de confiance. L’idée, c’est de déployer auprès des communes un outil pertinent dans le cadre du métier des agents, permettant un gain en efficacité, souverain parce qu’on hébergerait complètement l’outil — donc on sait où les données vont — et enfin maîtrisé, sur l’utilisation qui peut en être faite comme sur les enjeux environnementaux (on ne l’utiliserait pas pour faire de la transformation d’images, etc).
Une IA « maîtrisée », c’est-à-dire en lui mettant des limites ?
En fait, c’est ça qu’on expérimente. C’est pour ça qu’aujourd’hui, dans le SITPI, l’un des enjeux les plus forts, c’est la création du pôle d’expérimentation : avant même de déployer un outil, il faut que les collectivités et le SITPI au centre puissent se dire « On va regarder ce qu’on peut faire et comment on peut construire ensemble des alternatives à ces enjeux-là ». Malheureusement, dans un pays comme la France et dans un continent comme l’Europe, qui gèrent très mal les questions de souveraineté, on est obligé de s’organiser à travers des pôles d’expérimentation pour pousser un certain nombre de choses.
Dans un monde idéal, on aurait un État qui ferait le nécessaire. Mais ce n’est pas possible parce qu’actuellement, à part nous parler de Mistral, qui pose les mêmes problèmes de souveraineté que les autres, il n’a pas d’alternative à nous proposer. Tout simplement car dans l’informatique, tu n’as pas de réelle souveraineté si tu n’héberges pas les données. Avec un gros bémol toutefois : je dis tout cela dans un contexte où on n’a pas de souveraineté industrielle. On ne produit pas les composants.
C’est moins pénalisant à court terme ?
À chaque fois que je parle de souveraineté logicielle, on me dit toujours « oui, mais on n’a pas de souveraineté industrielle ». Ok, c’est vrai. Mais je prends toujours cet exemple, ce qui empêche de faire décoller un F‑35, c’est la surcouche logicielle : il faut notamment une mise à jour du Pentagone — tout le scandale qu’on connaît sur les F‑35. Idem pour tout ce qui est géré par Windows, Google, etc. On sait aujourd’hui que les États-Unis ont un bouton d’arrêt avec lequel ils peuvent réellement nous paralyser. Pour la souveraineté matérielle en revanche, si on nous coupait l’apport, ça nous gênerait, mais sur un temps beaucoup plus long. Bien sûr, c’est un enjeu de souveraineté qui est absolument fondamental mais c’est moins immédiat.
Aurélien Farge, désormais vice-président de la Métropole en charge de l’insertion, de l’emploi et de la jeunesse, au conseil métropolitain le 23 avril 2026, aux côtés d’Amandine Demore.On a évoqué la mutualisation des outils, la baisse des coûts… Des points positifs pour les mairies et les agents. Peut-on citer un exemple de réalisation concrète du SITPI bénéficiant aux habitants ?
Le SITPI a depuis très longtemps mis en réseau les bibliothèques des quatre villes fondatrices : Échirolles, Pont-de-Claix, Fontaine et Saint-Martin-d’Hères. Ça veut dire que les fonds documentaires de nos bibliothèques sont connectés, associés à une navette qui est gérée par le SITPI, donc avec un livreur. Aujourd’hui, on a ainsi un click & collect en 48 heures pour un bouquin. Autrement dit, si le bouquin que je cherche n’est pas dans la bibliothèque d’Échirolles, mais est disponible dans la bibliothèque de Fontaine, je peux l’emprunter sous 48 heures grâce à la navette. Et on peut rendre à Échirolles un bouquin appartenant à la bibliothèque de Fontaine et inversement ; il reviendra dans sa bibliothèque. En plus, avec la mise en réseau de nos professionnels, chaque médiathèque renouvelle son fonds documentaire en fonction des fonds des autres médiathèques. Du coup, on est quasiment toujours à jour. Et ça permet d’avoir un fonds documentaire de près de 300 000 documents sur quatre villes.
Le SITPI a été fondé par quatre mairies communistes mais aujourd’hui, les dix communes membres ne sont pas homogènes politiquement. Est-ce un problème ?
C’est vrai que c’est très divers. En 2008, Pont-de-Claix change de majorité, avec Christophe Ferrari, mais reste dans le SITPI. Puis en 2020, c’est Fontaine qui change de majorité, avec Franck Longo, mais qui reste dans le SITPI. Et aujourd’hui, on voit bien dans les nouvelles communes ayant adhéré qu’il n’y a pas d’uniformité politique. Il y a des communes plutôt ancrées à gauche et écologistes, comme Saint-Égrève, des communes plutôt ancrées à gauche et socialistes, type Seyssinet-Pariset, des communes plutôt ancrées à droite, genre Claix… Au-delà de la sensibilité politique, le SITPI est un outil pertinent pour toutes les collectivités territoriales. Je pense que les enjeux politiques autour de la souveraineté numérique sont tellement prégnants qu’ils dépassent les clivages. Dans le contexte actuel, c’est quand même très compliqué d’expliquer que ce n’est pas grave d’être dépendant des Américains en matière numérique. Ce qui veut dire aussi que ne pas faire le choix du logiciel libre aujourd’hui, c’est faire un choix politique conscient.
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Publié le 24.06.2026 à 17:19
Luc Renaud
Loanne, Sarra, Emna, Bahdon, Mohamed, Hamza et Adam ont préparé le matériel : vendredi 26, ils seront à la fête du TA, micros en main et sourires aux lèvres. Leur mission, interviewer des participants à la fête et, pourquoi pas, un artiste qui se produira vendredi soir sur la grande scène de la fête.
Ils en ont l’expérience. Tous participent à l’atelier radio de la maison de quartier Louis Aragon, située entre les quartiers Renaudie et Champberton, à Sant-Martin‑d’Hères. Et ils ont plusieurs podcasts à leur actif, destinés à être mis en ligne sur le site de la ville.
« Tous les thèmes sont abordés dans leurs enquêtes », explique Faouzi Bensalem, coordinateur jeunesse de la maison de quartier. C’est ainsi que des podcasts de deux à une dizaine de minutes ont été produits sur les thèmes comme le harcèlement, les violences faites aux femmes, l’environnement, Neyrpic – l’usine d’hier et le centre d’activité d’aujourd’hui –, l’engagement politique et citoyen… Ils ont aussi rencontré des artistes, Jason Brokerss par exemple, lors de son passage en mars à l’Heure bleue. « Une rencontre très agréable », témoigne Bahldon.
De nombreuses émissions pour lesquelles ils ont préparé des questions, rencontré des gens, réalisé les montages. Pour cela, ils utilisent le matériel dont la maison de quartier est équipée – table de mixage, appareils d’enregistrement, micros – et bénéficient des conseils et de la formation d’un professionnel : « un animateur de NewsFM vient tous les mercredis pour leur apprendre les ficelles du métier », remercie Faouzi Bensalem.
L’expérience s’avère enrichissante pour ces adolescents de douze à quinze ans. « On s’habitue à parler devant tout le monde ; ce qui est bien, c’est qu’il n’y a pas de jugement », souligne Emna. Pour Bahdon, « ça enlève la timidité de faire des interviews, ça aide à mieux parler et puis le travail des préparation est intéressant pour nous ». Adam aime beaucoup « donner son avis » dans la préparation des reportages. Pour tous, unanimes, « on s’amuse bien ».
Le travail des ateliers de la maison de quartier Aragon – outre la radio, il y a aussi du théâtre, de l’aide au devoir et de l’accueil des jeunes (un lieu ou l’on se retrouve pour faire des choses ensemble en fonction des centres d’intérêt) – sera présenté aux Martinérois à la maison de quartier Paul Bert samedi de 14h à 18h.
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