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Le Travailleur Alpin

Publié le 01.08.2026 à 17:52

Didier Gosselin

« Des dysfonctionnements graves, mettant en danger la santé, le bien-être et la sécurité des enfants, ont été relevés » souligne le communiqué.

« Nos premiers mots vont aux familles, plongées dans l’angoisse, et aux enfants, qui n’auraient jamais dû subir de telles pratiques.

Ce triste événement interroge notamment la gestion de la politique de la petite enfance par les intercommunalités, en lien avec les communes. En effet, l’affaiblissement du service public a favorisé la multiplication des crèches privées, et notamment des micro-crèches. Depuis l’ouverture du secteur de la petite enfance aux entreprises en 2003, ces structures se sont fortement développées, grâce notamment aux subventions publiques et à l’assouplissement des règles d’accueil. Aujourd’hui, une micro-crèche peut accueillir jusqu’à 14 enfants grâce à des dérogations. Elles sont par ailleurs soumises à moins de normes, notamment en matière d’encadrement et de surveillance.

En appoint des structures gérées par le pôle public de la petite enfance, les micro-crèches privés répondent à un besoin, pour la plupart fort bien. Mais nos intercommunalités devraient veiller à l’équilibre public/privé. Toutes les familles de la Capi (communauté d’agglomération Porte de l’Isère) devraient pouvoir avoir accès à une solution de garde, en proximité, quelques soient ses capacités financières.

Refuser la marchandisation de la petite enfance

La PMI (Protection maternelle et infantile) est responsable de la conformité de ces micro-crèches. Ses contrôles visent à garantir la sécurité, la santé et le bien-être des jeunes enfants. Ils s’appuient sur une mission de police administrative pour vérifier la conformité des locaux, des qualifications du personnel et des pratiques professionnelles. La PMI peut constater des écarts et demander des mesures correctives, tout en ayant le pouvoir de proposer des suites administratives si nécessaires.

Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, il est regrettable qu’un élu de la République (Eric Giordano, co-fondateur de Callihop est également conseiller municipal de Bourgoin-Jallieu, NDLR) remette en question le travail et l’honnêteté intellectuelle des agents de la PMI du Département de l’Isère.

Par ailleurs, les professionnelles de la petite enfance nous alertent depuis des années sur les conditions de travail dégradées : effectifs insuffisant, précarisation des équipes, pressions permanentes, turn-over important…

Et, à l’instar du scandale des EHPAD, plusieurs enquêtes journalistiques ont révélé les traitements indignes que certaines crèches réservent aux enfants : limitation du nombre de couches à trois par jour, restrictions sur les repas, les animations, le matériel d’éveil…etc. La logique du profit écrase l’exigence de soin, d’attention et de dignité.

La responsabilité de l’État est immense. Mais les élus locaux ne peuvent pas se réfugier derrière l’impuissance. Être aux responsabilités donne l’obligation d’agir et d’être exemplaire. Ils doivent refuser la marchandisation de la petite enfance, répondre aux besoins et aux attentes des familles, mettre les moyens nécessaires, et remettre l’humain au cœur des politiques publiques », conclut le communiqué du groupe GRECS.

Profitant du vide créé par les politiques d’austérité et de désengagement envers la petite enfance depuis les années 2000 par les gouvernements successifs, le groupe Callihop a créé un réseau de micro-crèches entre 2012 et 2018, à Bourgoin-Jallieu, Saint-Chef, Morestel, Chavanoz et la Tour-du-Pin.

En  2018, Callihop a même ouvert un centre de formation spécialisé en petite enfance, avec une branche CFA (centre de formation d’apprentis) en 2021, pour le diplôme du CAP AEPE, avec obtention de l’agrément Qualiopi (Certification Qualité / Loi du 05 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel).

Un « modèle économique attractif »

En 2022 le groupe a lancé un système de franchise, officialisant dix signatures en 2024.

Le système de franchise est bien rodé avec un concept clé en main, depuis la recherche du local jusqu’au suivi de gestion. Callihop accompagne toutes les étapes et prévoit une formation de vingt jours… dont 15 en distanciel. Le franchisé doit bénéficier d’un apport de 19 000 euros, payer un droit d’entrée de 20 000 euros, engager un investissement global de 120 000 euros en moyenne pour un CA garanti en deux ans de 230 000 euros.

Les promoteurs du business de la petite enfance ne s’y trompent pas qui louent « un cadre réglementaire structurant et un modèle économique attractif ». Pour eux, « ouvrir une micro-crèche représente une opportunité à la fois pérenne et engagée ». Et Callihop accompagne ses franchisés « pour réussir dans ce marché porteur et essentiel au bien-être des jeunes enfants ». Si le bien-être des enfants semble le cadet des soucis de Callihop, ce groupe a en revanche vu son résultat net progresser régulièrement (+11% entre 2024 et 2025) et son taux de rentabilité se maintenir à près de 30%.

Contre la privatisation et la course au profit, seule la création d’un véritable service public de la petite enfance — non obligatoire mais gratuit – permettrait d’offrir à tous les petits un mode de garde adapté et de répondre par le haut à l’enjeu contemporain de l’articulation des temps professionnels et familiaux. Chaque parent doit avoir la possibilité de mener de front, de façon satisfaisante et sereine, son rapport parental et sa vie active.

Propositions du PCF pour un service public de la petite enfance.

Le parti communiste rappelle que de nombreuses municipalités se sont engagées à développer l’accueil de la petite enfance. Pour autant, le déficit persiste et se développe avec la crise organisée du financement des collectivités locales tandis que le caractère non obligatoire conduit à des inégalités. Les petites villes ainsi que les zones rurales souffrent d’une pénurie criante (45% des places en crèches se situent dans la région parisienne). Comment accepter une telle inégalité de l’offre ?

La notion de service public permettrait de garantir une desserte égale sur tout le territoire. C’est pourquoi le vote d’une loi-cadre, affirmant l’obligation d’offrir autant de places en crèches qu’il y a de demandes, s’avère indispensable. Le multi-accueil doit dans le même temps être favorisé : donner la priorité aux crèches collectives doit s’accompagner d’une volonté de regrouper les autres modes de garde dans le cadre unifiant d’un service public d’accueil de la petite enfance. Les assistantes maternelles doivent être mises à la même enseigne que les auxiliaires puéricultrices, notamment en termes de formation et de rémunération : leur rattachement aux crèches collectives doit permettre d’ouvrir des « maisons de la petite enfance ». Ainsi, l’enfant pourra passer en douceur d’un mode de garde à un autre.

Planifier la construction des équipements nécessaires

Les objectifs devront être planifiés pour construire dans le temps des crèches collectives en nombre suffisant et couvrant tout le territoire. La gestion de ces équipements, qui bénéficieraient d’une aide importante de l’État en investissement et en fonctionnement, pourrait continuer à relever des collectivités locales. Une telle proposition est évidemment ambitieuse. Elle requiert une farouche volonté politique mais n’est pas irréaliste. En France, nous pourrions affirmer ce droit et se fixer l’objectif de créer un million de places dans les quinze années à venir. Pendant ce temps, aucune solution de garde collective actuellement existante ne doit être abandonnée : les nombreuses associations gérant des crèches ou haltes-garderies doivent pouvoir perdurer en bénéficiant de l’aide publique. Enfin, tout nouveau projet immobilier devra légalement être assorti de la création d’une ou plusieurs crèches.

Par ailleurs, une attention particulière devra être portée au personnel de ces équipements publics. En effet, la difficulté à recruter aujourd’hui est réelle : il faut susciter des vocations. Favoriser le développement de l’accueil collectif public des petits, c’est aussi assurer un revenu décent, une formation de qualité et un emploi stable à de nombreuses personnes. Un million de places en crèches supplémentaires correspond à la création d’environ 150 000 nouveaux emplois. Les assistantes maternelles devront bénéficier d’un système de validation des acquis permettant d’intégrer des crèches publiques, avec le statut de la fonction publique territoriale afférent.

Le coût d’une telle mesure est difficile à chiffrer. Les budgets en investissement sont variables d’un lieu à l’autre et suivant le type de structure d’accueil. Un million de places représenterait donc un effort de l’ordre de 20 milliards d’euros, soit environ un peu plus d’un milliard par an. Chacun s’accorde à estimer que la plus grosse difficulté n’est pas l’investissement mais le coût de fonctionnement. Aussi l’objectif d’un million de berceaux supplémentaires correspond-il à un effort de l’ordre de 12 milliards d’euros annuels, traditionnellement répartis entre différents budgets (État, collectivités, familles). La taxation des revenus financiers des entreprises que nous proposons rend possible le financement de cette proposition. C’est une question de choix et de volonté politiques. Enfin, des péréquations importantes pourraient être opérées au sein de la branche famille.

Vers la gratuité

La question à mettre en débat est celle du projet pédagogique pour un collectif d’enfants de moins de trois ans. Non seulement chaque enfant doit trouver une place mais la gratuité doit être de mise. Cette gratuité serait le gage pour les femmes que l’argument comptable n’entrerait, à aucun moment, en compte dans le choix de l’organisation familiale. La gratuité constituerait un argument pour aider les femmes à être autonomes financièrement et contribuerait à assurer une mixité sociale dans les crèches.

A l’issue de la seconde guerre mondiale, sur la base de l’ordonnance du 2 novembre 1945, initiée par le ministre communiste de la santé François Billoux, pour la création des centres de Protection maternelle et infantile, un puissant effort a été collectivement consenti pendant plus de trente ans pour assurer la préscolarisation d’enfants et la scolarisation d’adolescents autrefois exclus du système éducatif. Parce que nous l’avons collectivement jugé légitime et nécessaire, nous avons dégagé les moyens permettant de multiplier par trois le nombre d’écoles maternelles entre 1960 et 1990, soit un rythme exceptionnel ! La politique familiale a ainsi contribué à une phase de croissance économique sans précédent. Le temps des crèches est venu ! C’est une nécessité sociale et économique.

Le 2 novembre 1945, le ministre communiste François Billoux acte par ordonnance la création des centres de PMI. (Visuel, Département Saône & Loire)

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Publié le 30.07.2026 à 16:47

Luc Renaud

La succession des canicules conduit l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics à demander à nouveau la mise en œuvre de la gratuité des transports publics dans l’aire grenobloise.

L’organisation rappelle que « même si le phénomène est inédit par son intensité, ce n’est pas une surprise, tout est connu : depuis sa création en 1988, le GIEC alerte, rapport après rapport, sur le dérèglement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre, et ses conséquences catastrophiques ». L’UGDTP constate qu’alors que les pouvoirs publics envisagent un réchauffement de 4 degrés, « on voit ce que cela donne » à 1,5 degré, seuil aujourd’hui pratiquement atteint. « Il faut arrêter avec les demi-mesures et agir sur les causes.  En France les transports sont responsables de 34 % de l’émission des gaz à effet de serre et que pour les réduire, il faut favoriser un usage massif des transports en commun », estime le collectif qui souligne les bons résultats obtenus en terme de fréquentation par les agglomérations – l’Artois, 650 000 habitants, depuis janvier dernier – qui ont déjà opté pour la gratuité.

D’où des revendications au premier rang desquelles l’instauration par Grenoble Alpes métropole de « la gratuité des transports en commun pour toutes et tous le week-end, dans la perspective de la gratuité totale demain ».

Pour l’UGDTP, « c’est urgent est c’est avant tout une question de volonté politique. Continuer comme si de rien n’était, maintien du statu quo ou avec des améliorations à la marge, ne sont pas des options. Il n’y a de place pour l’inaction ou des demi mesures. »

L’Union pour la gratuité et le développement des transports publics conclut : « Vivre bien en préservant la planète, c’est possible, et c’est maintenant ! »

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Publié le 30.07.2026 à 15:59

Travailleur Alpin

Jean-Claude Pommet, militant communiste de Pont-de-Chéruy vient de décéder. Ouvrier métallo chez Treficable-Pirelli jusqu’à sa retraite. Il y était rentré tout jeune, faisant tous les jours la route en vélo depuis Leyrieu, sur le plateau de Crémieu, une route avec des virages et un fort dénivelé, très dangereuse l’hiver, à remonter après une journée de travail dans les pattes. Faire le jardin le soir. Probable qu’en 1961 il connaît la collecte pour acheter le local de la section PCF… Syndiqué CGT. Il est représentant du personnel.

Avec Josiane, ils habitent ensuite à Pont-de-Chéruy. Il est plus près du travail. Il devient conseiller municipal communiste de la mairie d’union de la gauche en 1983, avec à leur actif, la bataille pour l’ouverture du lycée, sur le coteau Les vignes : un lycée ouvert sur la ville, par ses quatre entrées,  tout à côté des usines, ce qui ne plaît pas du tout aux maires de la droite locale, 5000 ouvriers et ouvrières dans les ateliers… A leur actif d’équipe municipale aussi, les logements sociaux seniors pour personnes non dépendantes, pour que des veufs ou veuves puissent rester dans la ville et y vivre dignement.

Comme notre camarade Jacquot élu, nous saluons sa mémoire et son engagement. On allait le voir en dernier pour les souscriptions, car il sortait la petite poire, le café… Il avait témoigné au lycée, comme ancien conseiller municipal, de la vie ouvrière dans l’agglomération avec les différentes communautés, que le patronat rêvait de garder séparées, les Grecs, les Arméniens, puis ceux venus de Maghreb, et que le syndicat savait réunir quand il fallait. Il y a peu il avait aussi témoigné au lycée de sa vie d’ouvrier à lui, de la vie des ouvriers d’à côté. 

Toujours le sourire, la blague… 

Josiane a dû prendre beaucoup sur elle depuis plusieurs années car il perdait la mémoire immédiate. Ses camarades ne l’oublient pas, toute la section communiste lui rend hommage.

La cérémonie d’hommage a eu lieu à Tignieu-Jameyzieu le mercredi 22 juillet. Lors des obsèques, hommage de la section PCF,  de l’union locale CGT par la voix de Geo Vert, et présence du maire de Pont-de-Chéruy, Franck Bron et d’adjoints actuels.

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Publié le 30.07.2026 à 13:11

Manuel Pavard

Pour un baptême du feu, il a été servi. Un peu plus de trois mois après son élection au conseil municipal, Alexis Monge a vécu sa première polémique sous sa casquette d’adjoint à la vie culturelle et aux arts. En cause, l’interruption prématurée du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet, face à l’action menée par près de 200 manifestants. Rassemblés au Jardin de ville à l’appel de la section grenobloise de la France insoumise et de différentes organisations, ceux-ci reprochaient à la DJ d’avoir signé une tribune soutenant la proposition de loi Yadan — avant de se rétracter dans un second temps — et joué à l’ambassade de France à Tel-Aviv en juin 2025, en plein génocide.

Confrontée à l’hostilité d’une large partie du public, Barbara Butch a d’abord poursuivi son set sous les huées et les invectives. Mais les protestations se sont également accompagnées, selon l’artiste et l’élu, de gestes injurieux (doigts d’honneur) et jets de projectiles, comme on peut le voir dans différentes vidéos tournées ce soir-là. Version que contestent vivement les militants présents. Contraint de monter sur scène pour justifier l’arrêt du concert, Alexis Monge a lui-même été pris pour cible. D’où sa décision de déposer plainte — à l’instar de la ville de Grenoble« pour intimidation et pour le jet de bouteille qui [l’]a visé ».

Les manifestants huant et invectivant Barbara Butch, le 18 juillet, au Jardin de ville. DR

En cette période traditionnellement creuse pour l’actualité nationale, l’affaire Barbara Butch est rapidement venu combler le vide, trustant les gros titres pendant plusieurs jours, avant de s’effacer progressivement derrière l’incendie en Gironde. Une médiatisation qui a largement dépassé les frontières de l’Isère, prenant presque de court les acteurs concernés. « L’événement a pris une ampleur nationale et nous ne nous attendions pas à ça », reconnaît ainsi l’élu communiste, pour lequel quelques jours n’étaient pas de trop afin de pouvoir analyser la séquence à tête reposée.

Le Travailleur alpin — Quand la Ville a été sollicitée avant le Cabaret frappé pour annuler la venue de Barbara Butch, vous avez répondu « liberté de programmation ». Vous le dites toujours aujourd’hui ?

Alexis Monge — Je l’ai toujours dit et je le redis, la liberté de programmation et de création est un principe fondamental de nos politiques culturelles et de nos démocraties. Notre rôle d’élu, c’est de pouvoir garantir ces conditions-là, en sachant que cette liberté n’est pas absolue et s’inscrit dans le cadre de la loi. Il ne faut pas qu’il y ait d’incitation à la haine, de racisme et d’appel à la violence derrière. En tout cas, je n’ai pas envie de décider à la place des programmateurs et programmatrices, mais plutôt de poser un cadre dans lequel ils et elles puissent avancer.

Sur les derniers événements, ce n’est pas Barbara Butch que je défends, c’est un principe. D’ailleurs, l’Observatoire de la liberté de création, qui réunit de nombreuses organisations professionnelles du secteur culturel, a lui aussi condamné fermement l’entrave à ce concert. Il souligne qu’en démocratie, chacun est libre de débattre, de manifester son opposition ou d’appeler au boycott, mais que personne ne peut empêcher une artiste de se produire ni priver le public de sa liberté de choisir.

« Il y a une forme d’autocensure grandissante dans le monde culturel. »

Je rappelle en outre que le PCF s’est toujours opposé à la loi Yadan, comme la ville de Grenoble, comme moi. Mais pour revenir à la question, il y a quelque chose qui m’a frappé dès le début du mandat et qui me préoccupe toujours, de manière plus large que l’épisode Barbara Butch, c’est ce risque de censure préalable que j’entends de la bouche des programmateurs et du monde culturel. Et d’autant plus avec la crainte d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir. En gros, leurs choix de spectacle sont parfois faits en anticipant de possibles polémiques, ce qui restreint de fait leur liberté de programmation.

On peut parler d’autocensure ?

Oui, il y a une forme d’autocensure grandissante dans le monde culturel, qui s’interroge à chaque fois. Je ne vais pas citer d’exemples à Grenoble mais ça arrive partout. C’est un sujet dont on a parlé quand on était à Avignon : la CGT hésitait ainsi à programmer un spectacle adapté d’un texte d’un auteur israélien pourtant critique de la politique de son gouvernement [NDLR : la CGT participe chaque année à la programmation du festival off d’Avignon, au théâtre de la bourse du travail]. Ils se posaient la question simplement parce que son auteur était Israélien… Peu importe le contenu de la pièce. Ils craignaient que ça pose problème.

Alexis Monge anime, à la fête du TA 2026, le débat sur la culture où il a justement été question des risques de censure des spectacles.

Le contexte joue aussi, avec des politiques culturelles très affaiblies : le financement et les budgets sont en forte baisse, les équipes sont hyper sollicitées, en surtension… Du fait de cette conjoncture, elles n’ont pas envie de prendre de risques. Mon rôle d’élu, en tant qu’adjoint à la culture, c’est donc de leur dire que, dans le cadre de la loi, on sera garant de cette liberté de programmation. Et on assumera les responsabilités.

Ce qui rejoint le Cabaret frappé…

Tout à fait, c’est ce qu’on a fait au Cabaret frappé en disant « c’est à nous d’y aller ». Avec une particularité toutefois pour le Cabaret frappé. Car la programmation a été faite en janvier-février et les signatures de la loi Yadan, c’était en avril. Après, les contrats qui sont signés, c’est effectivement entre l’artiste et la ville de Grenoble tandis que la programmation relève de l’association Retour de scène. Plus largement, nous travaillons avec les acteurs culturels à nos politiques culturelles. Elles sont nourries d’échanges et de coopération mais dans la limite du cadre que nous défendons de la liberté de création et de programmation.

« On associe directement Barbara Butch à Netanyahou et au génocide. […] Cette essentialisation me dérange. »

Que s’est-il passé avec Barbara Butch ?

Je rappelle d’abord que la France insoumise est légitime à appeler au boycott ou à l’annulation d’un concert. Ils ont le droit de manifester un désaccord par rapport à des idées que pourrait porter une artiste. Chacun est libre d’exprimer ses positions et de prendre la parole. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait tous les artistes qui jouaient avant en prenant la défense des Palestiniens et en dénonçant le génocide à Gaza. En revanche, ce que la France insoumise a finalement choisi, ce n’est pas seulement l’appel au boycott ou l’interpellation publique, c’est l’organisation d’une manifestation devant la scène.

Ce qui pose problème, ce sont les violences, avec les jets de projectiles, de bouteilles, que j’ai moi-même pu constater. Et ce qui m’a choqué, c’est l’essentialisation de Barbara Butch sur le tract de LFI distribué dès le mercredi. Le montage la montre en train de mixer devant un drapeau arc-en-ciel avec une étoile de David, tâché de sang [NDLR : drapeau souvent utilisé à la Gay Pride de Tel-Aviv, symbole selon les militants du pinkwashing d’Israël] et au verso, on a une photo d’elle avec Netanyahou en fond. Ça veut dire qu’on associe directement Barbara Butch à Netanyahou et au génocide. En plus, elle est Française, elle n’a pas du tout la nationalité israélienne. Cette essentialisation me dérange car elle affecte nos imaginaires.

Barbara Butch quitte la scène au bout de vingt minutes, en accord avec les organisateurs. DR

Avec le recul, sachant le déroulé de la soirée, la controverse derrière, feriez-vous les choses différemment ?

Si on rembobine le film des derniers mois, on constate que dès la clause de résistance [NDLR : adoptée le 28 avril 2026 par le conseil municipal, elle permet à la ville de combattre les atteintes aux libertés publiques, à l’égalité des droits ou encore à la dignité humaine], on a affirmé cette liberté de création et de programmation. Et c’est dans ce cadre-là qu’on a permis la tenue d’un concert antifasciste au 102, en rappelant qu’il n’était pas question d’annuler dans ces conditions, malgré les réclamations de la droite. Ensuite, il y a eu Barbara Butch avec la polémique qui montait, la pétition — qui ne dépassait toutefois pas les 250 signatures avant le lancement du Cabaret frappé. On en a beaucoup discuté entre nous et on n’a rien laissé au hasard : on a fait en sorte d’avoir à la fois des policiers municipaux et des policiers nationaux présents sur site, on a ajouté des vigiles en nombre… Tout ce qu’il fallait pour permettre au concert de se passer normalement et pour pouvoir mettre en sécurité le public et l’artiste. Le tout en gardant la philosophie du Cabaret frappé, à savoir un festival populaire, ouvert, où les gens peuvent aller et venir librement. En résumé, je considère qu’on a fait tout ce qu’il fallait.

Y compris en stoppant vous-même le concert ?

Effectivement, on a arrêté le concert au bout de vingt minutes, conjointement avec l’artiste. J’étais présent derrière et on avait parlé avec elle avant qu’elle commence à jouer, pour lui dire qu’à tout moment, si ça devenait trop compliqué, elle pouvait s’arrêter… En sachant que je n’anticipais pas du tout l’envoi de projectiles. On en revient à ce que je disais, c’est notre rôle d’élu de garantir les conditions de liberté de programmation et création et de sécurité.

« Il faut être capable de mener les deux choses de front : à la fois défendre les libertés de création et de programmation, qui sont des droits fondamentaux, et défendre les droits des Palestiniens. »

Quid du fond et des arguments des manifestants ?

Dès qu’on a reçu la demande d’annulation, je me suis demandé ce qu’elle avait fait de grave, au point d’être ciblée par cette vague de boycott. Encore une fois, on peut être d’accord sur le fond mais ce qui pose problème, c’est la méthode et l’essentialisation. Il faut être capable de mener les deux choses de front : à la fois défendre les libertés de création et de programmation, qui sont des droits fondamentaux, et défendre les droits des Palestiniens, comme on le fait au PCF, en s’appuyant sur les forces présentes sur place… Et donc en faire un sujet international et non un sujet électoraliste. Quant à la loi Yadan, je le répète, j’y étais opposé et la mairie également.

Doit-on tenir compte des oppressions vécues par Barbara Butch — en tant que femme, juive, lesbienne et grosse — avant de juger ses positions ?

En théorie, en tant qu’élu, j’ai envie de te dire non, ça ne doit pas empêcher de critiquer ses prises de position. Après, est-ce que ça justifie de faire des doigts d’honneur à une femme ? Et est-ce qu’un homme blanc hétéro cisgenre de 50 ans aurait été autant chahuté par la foule ? Bien sûr que non ! En plus, quand on la voit, on devine la personne qui a toujours été persécutée. Or, nous, à gauche, on doit être du côté des opprimés, de celles et ceux qui vivent des injustices. Quand on a face à nous quelqu’un qui subit depuis les Jeux olympiques des attaques homophobes, grossophobes, antisémites et sexistes de l’extrême droite, on a la responsabilité de devoir protéger cette personne qui est à l’intersectionnalité de discriminations multiples.

Le boycott culturel a été décisif face à l’apartheid en Afrique du Sud. Est-ce également une arme contre le génocide à Gaza et plus généralement contre la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens ?

Question difficile… Déjà, comme le disait Laurence Ruffin, boycotter — en n’allant pas à un concert par exemple — ce n’est pas entraver. Quand bien même, que peut le boycott culturel contre le génocide ? Il peut constituer une forme de pression symbolique et politique mais son efficacité dépend de son articulation avec d’autres leviers : diplomatiques, économiques, juridiques et mobilisations internationale. En tout cas, pour qu’il y ait un impact, ça dépend aussi de la stratégie des courants d’opposition israéliens et surtout des organisations et militants alliés en Palestine. Et puis, reste la question des critères de décision. Où met-on les lignes rouges justifiant de boycotter tel ou tel artiste et quel périmètre donne-t-on au boycott culturel ? Les organisations de solidarité avec la Palestine n’ont pas toutes les mêmes critères ou stratégies, comme on le voit par exemple avec l’AFPS et Urgence Palestine qui ne défendent pas toujours les mêmes modes d’action ni la même manière de mettre en œuvre les campagnes de boycott.

Ceci dit, la mobilisation contre le gouvernement israélien est nécessaire. Car les faits sont excessivement graves. On vit quand même un génocide en direct sur les réseaux sociaux donc c’est normal que ça vienne nous chambouler en tant qu’individus et qu’on perde tous nos repères démocratiques. Et c’est à ce moment là qu’on a besoin de garder un cap politique commun, de parler d’une voix unie et rassemblée pour faire front avec celles et ceux qui subissent ces oppressions.

« Faire confiance à l’intelligence des citoyens et citoyennes plutôt que de décider à leur place. »

Certains commentateurs associent LFI au RN, voire accusent les insoumis et les manifestants d’antisémitisme. Est-ce votre cas ?

Première chose, je ne veux surtout pas mettre dos à dos la France insoumise et l’extrême droite. Leurs demandes de boycott respectives n’obéissent pas du tout aux mêmes ressorts. Pour l’autre question, je serai très prudent. Non, la manifestation n’était pas un acte antisémite. Mais oui, nous vivons dans une société dans laquelle l’antisémitisme augmente. Et être juif aujourd’hui, en France, est compliqué… Comme être musulman aujourd’hui, en France, est compliqué aussi. ll ne faut pas les opposer. En tant que politiques, nous avons une responsabilité pour lutter contre toute forme de discrimination. On doit combattre sans ambiguïté l’antisémitisme et l’islamophobie, et combattre avec la même détermination les crimes commis contre les Palestiniens. Parce que renoncer à l’un de ces combats affaiblit l’autre.

Alexis Monge au conseil municipal d’installation de Laurence Ruffin, le 27 mars 2026.

Quelles leçons tirez-vous de cet épisode pour la suite ?

La première question que je me pose, c’est si à gauche, on gagne du soutien à la suite de cette séquence politique ? J’en doute… Et est-ce qu’on s’arme pour lutter contre ces dérives ? Si je dois en tirer une leçon, c’est que notre combat pour cette liberté de création et de programmation va être dur et compliqué, non pas vis-à-vis de LFI mais face à l’extrême droite qui monte. Ça va nécessiter beaucoup d’exigence, de travail. Et de rester ferme sur ses principes. Mais je garde une conviction, c’est de toujours faire confiance au public et à la liberté de conscience. On doit donner toutes les infos avant et le public décide alors de boycotter ou non, d’aller voir une œuvre ou non, de la critiquer ou de la soutenir. Faire confiance à l’intelligence des citoyens et citoyennes plutôt que de décider à leur place.

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Publié le 30.07.2026 à 12:21

Luc Renaud

Après l’interruption du set de Barbara Butch le 18 juillet dernier, les réactions s’enchaînent. Parmi ces dernières, celles d’organisations engagées dans la défense des droits du peuple palestinien et contre le génocide en cours à Gaza et dans les territoires occupées de Cisjordanie.

L’Association France Palestine solidarité n’appelait pas au boycott du set de Barbara Butch. Dans un communiqué, le bureau de l’AFPS Isère-Grenoble indique qu’en matière « de BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions), et en particulier de boycott culturel, l’AFPS se conforme aux principes de la campagne BDS coordonnée au niveau de l’Europe par le BNC (Boycott National Committee) Europe dont elle est membre, et par le BNC palestinien pour ce qui est de la coordination mondiale ». Pour ce qui relève du boycott culturel, l’AFPS relève que le comité du BDS « ne demande pas de cibler tous les artistes qui ont eu des expressions problématiques. [Le boycott culturel]vise les institutions israéliennes et donc les artistes ou intervenants promus par ces institutions ou financés directement ou indirectement par celles-ci ».

La position internationale du BDS

Cette position du BDS reprise par l’AFPS répond à un objectif : « convaincre et ainsi accroitre la mobilisation » en faveur du respect du droit international et de la lutte contre le génocide « en évitant au maximum les risques de polarisation qui vont à l’encontre de cet objectif ». « Les cibles sont choisies en fonction de l’impact positif que ces actions doivent avoir sur la perception que nos concitoyens ont de la violation des droits des Palestinien-nes par Israël. [Ces actions visent] à accroitre le soutien au peuple palestinien dans l’accomplissement de ses droits et à élargir le mouvement de solidarité afin de parvenir au but de la campagne BDS : imposer le droit à Israël », poursuit le bureau de l’AFPS Isère.

Dans un communiqué signé par différentes organisations parmi lesquelles le syndicat Solidaires, Urgence Palestine Grenoble, ou l’Union juive française pour la paix, « l’appel au boycott de ce concert n’est pas le seul fait de la section locale de LFI et de ses militant.es, mais aussi d’autres organisations de soutien à la Palestine ». Ces organisations estiment que « la DJ était visée pour sa légitimation des crimes de l’État d’Israël, que ce soit par la signature d’une tribune publiée dans le journal d’extrême droite Le Point soutenant la loi Yadan que pour son concert le 12 juin 2025 à la résidence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv, en plein génocide à Gaza. Ce faisant, elle a choisi d’offrir un vernis d’acceptabilité à Israël, se rendant complice de ses crimes ». Et les organisations relèvent que « le fameux « risque de trouble à l’ordre public » invoqué à tour de bras pour faire taire grand nombre d’évènements sur la Palestine – y compris des colloques universitaires – n’a pas été invoqué à cette occasion ».

« Démarche non-violente »

Au risque de porter atteinte à l’ampleur de la mobilisation contre le génocide, la déclaration des organisations accuse :« celles et ceux qui condamnent l’interruption du set de Barbara Butch sont aussi celles et ceux qui se taisent face au génocide à Gaza et refusent toute action pour y mettre fin. Nous, collectifs militants pour les droits du peuple palestinien, agissons depuis des années en manifestant, boycottant, documentant ce qui se passe dans les territoires palestiniens ».

Par ailleurs, les organisations signataires précisent que « si jet(s) de projectile(s) il y a eu en direction de l’artiste, nous le déplorons et rappelons que les appels au boycott s’inscrivent dans une démarche non-violente. Les militants pour la Palestine ne sauraient en aucun cas être rendus responsables ».

Deux poids deux mesures

Pour sa part, l’AFPS a tenu à prendre position sur les faits survenus depuis les événements du 18 juillet. « Nous dénonçons et condamnons la manière éhontée dont une partie du monde médiatique et politique s’est emparée de la question pour relancer la campagne de dénigrement de LFI, de délégitimation du mouvement de solidarité avec la Palestine, d’assimilation de l’antisionisme avec l’antisémitisme, sans parler du deux poids deux mesures sur les perturbations et/ou interdictions et/ou censures de spectacles, ou du double standard quand il s’agit de condamner et de sanctionner des États qui violent de droit international », écrit l’AFPS. L’organisation tient également à condamner « le déferlement de haine dont est l’objet Allan Brunon depuis plusieurs jours. Rien ne justifie, en aucun cas et aucune manière, les appels à la haine et encore moins les appels à la haine raciste ».

« Appeler au boycott, boycotter, c’est convaincre, mobiliser, rassembler et faire progresser le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien », conclut le bureau de l’Association France Palestine solidarité.

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Publié le 27.07.2026 à 16:56

Manuel Pavard

En Gironde, le gigantesque incendie — un « orage de feu » ou pyrocumulonimbus — parti cinq jours plus tôt de Saumos n’est toujours pas fixé ce lundi 27 juillet. Arrivé à quinze kilomètres de la métropole bordelaise, le sinistre a déjà ravagé plus de 42 000 hectares et détruit 240 maisons, provoquant l’évacuation de quelque 220 000 personnes. Ailleurs, de larges portions des Landes et du Var sont également la proie des flammes. « Face à cette situation dramatique et d’une ampleur inédite, le Secours populaire lance un appel à la solidarité pour venir en aide aux populations durement touchées » dans ces trois départements et « partout où sévissent des incendies », indique le SPF 38 dans un communiqué.

Des bénévoles de l’association ont eux aussi dû évacuer, certains ayant même perdu leur logement ou leur véhicule. « Les locaux et les réserves de plusieurs antennes du Secours populaire, notamment au Porge et à Biscarrosse, pourraient également avoir été détruits », précise-t-elle. Malgré tout, ses équipes interviennent toujours auprès des personnes sinistrées et celles hébergées dans des centres d’accueil d’urgence.

Solidarité sur la durée

Le Secours populaire de l’Isère invite en premier lieu à suivre les consignes des acteurs de terrain (préfectures, services de secours, associations locales). « À ce stade, les dons matériels sont suffisants et leur accumulation risquerait de compliquer les opérations de tri et de logistique », prévient l’association.

De fait, « l’urgence se joue aujourd’hui, mais aussi dans la durée », souligne-t-elle. Il faudra en effet aider les habitants à se reconstruire et à reprendre leur vie, une fois les incendies éteints. Sur le long terme, le Secours populaire aura donc « besoin de bénévoles et de moyens financiers ».

Comment devenir bénévole ou faire un don ?

Pour agir ou devenir bénévole : contactez la fédération ou l’antenne du Secours populaire la plus proche.
La fédération de l’Isère du Secours populaire lance également un appel aux dons financiers, qui peuvent être envoyés à l’adresse suivante : 8 rue des Peupliers 38100 Grenoble. Ou sur le site du SPF 38 : www.secourspopulaire.fr/38/don/.

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Publié le 24.07.2026 à 19:56

Manuel Pavard

La première plainte avait été déposée par la ville de Grenoble au commissariat, dans les jours suivant l’interruption du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet, à la suite de l’action menée par 150 à 200 manifestants pro-palestiniens, à l’appel de la section grenobloise de LFI et de différentes organisations. Une démarche judiciaire volontairement lacunaire, de l’aveu de la mairie, et qui visait essentiellement les dégradations matérielles. Depuis, la polémique n’a pas désenflé, loin s’en faut, et de nouveaux éléments ont conduit la municipalité à déposer une nouvelle plainte, cette fois auprès du procureur de la République, ont annoncé ce vendredi 24 juillet Laurence Ruffin et l’avocat parisien Arié Alimi, lors d’une conférence de presse.

« Depuis samedi, il y a eu des témoignages, des vidéos qui montrent que les faits sont graves », explique la maire de Grenoble. Elle rappelle qu’une artiste a été prise pour cible. « J’insiste sur le fait que c’était une femme seule face à une foule injurieuse. On a eu des élus de la République, des agents de la ville qui ont été intimidés, agressés, menacés, et le public, venant là pour un événement festif, un moment convivial, populaire, gratuit, qui a été mis en danger », affirme-t-elle.

Les doigts d’honneur, geste sexiste et circonstance aggravante

La seconde plainte regroupe donc plusieurs motifs. D’abord les infractions visées initialement, à savoir la dégradation de biens d’autrui — en l’occurrence les câbles sectionnés -, l’entrave avec menace contre la liberté d’expression et la mise en danger de la vie d’autrui. Sur ce dernier point, les câbles sectionnés auraient pu causer des « risques d’atteinte à l’intégrité corporelle importants », précise Arié Alimi, citant les possibilités d’électrocution ou d’incendie.

Barbara Butch sous les huées et invectives des manifestants pro-palestiniens, le 18 juillet, au Jardin de ville. DR

Ensuite, en étudiant les vidéos, les témoignages d’agents de la ville, les révélations de certains médias, l’avocat s’est rendu compte que « de manière avérée — même si c’est contesté par les organisateurs de la protestation — des projectiles ont été lancés » sur Barbara Butch, sur l’adjoint à la culture Alexis Monge et sur la scène. Ce qu’on nomme, en termes juridiques, « usage d’armes par destination ». D’où une plainte visant également des violences volontaires en réunion, avec usage d’armes par destination, d’une part « sur personne titulaire d’un mandat électif », d’autre part sur la DJ.

Pour cette dernière, « les violences peuvent être caractérisées notamment par les vociférations, les hurlements, les cris », indique Me Alimi. Et les violences volontaires comportent en outre dans son cas « une circonstance aggravante, l’utilisation de gestes injurieux à caractère sexiste ». L’avocat fait ici référence aux nombreux doigts d’honneur visibles sur la vidéo. Barbara Butch étant « connue pour avoir déjà été victime d’un grand nombre de harcèlements par la sphère de l’extrême droite, en raison du fait qu’elle est femme, lesbienne, et grosse, les doigts d’honneur peuvent caractériser à l’évidence le caractère sexiste à son égard », estime-t-il.

Un point qu’ont d’ailleurs également abordé les communistes. « Un doigt d’honneur ne peut être tenu pour un argument politique : c’est une insulte à caractère sexuel qui se veut infamante, adressée publiquement à une artiste luttant pour la visibilité des lesbiennes », a ainsi dénoncé la fédération PCF de l’Isère dans un communiqué daté du 21 juillet.

« Disproportion manifeste »

Arié Alimi comme Laurence Ruffin tiennent à mettre d’emblée les points sur les i : il est « légitime de protester », d’exprimer un désaccord et même de boycotter un événement culturel… en ne s’y rendant pas. Mais « boycotter, ce n’est pas entraver », martèlent-ils tous les deux. « Ce sont des méthodes que je n’accepte pas en tant que maire », assène l’édile, considérant qu’on a « franchi une ligne rouge » samedi soir. Dans une ville comme Grenoble, engagée contre le racisme, contre l’antisémitisme, contre l’homophobie, pour le féminisme, il est en effet impensable de « prendre pour cible une artiste se trouvant au croisement de ces discriminations », s’insurge Laurence Ruffin.

Les manifestants accusent Barbara Butch d’avoir signé une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan (finalement retirée), avant de se rétracter par la suite — des regrets jugés insuffisants par les insoumis — ainsi que d’avoir mixé à l’ambassade de France à Tel-Aviv, en juin 2025, en plein génocide à Gaza. Des positions contestables, reconnaissent la maire et l’avocat, évoquant leur opposition à la loi Yadan ainsi que leur soutien à la cause palestinienne.

Barbara Butch au moment de quitter la scène du Cabaret frappé, à la demande des organisateurs. DR

Mais le problème n’est pas là, assure Arié Alimi, qui insiste sur « l’éthique du boycott culturel ». Car à l’origine, la campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel en Israël a posé très clairement les termes. Celui-ci « ne vise pas une nationalité, une origine ou une identité, mais des liens institutionnels de complicité ». Or, il y a ici non seulement une trop grande « personnalisation », mais également, déplore l’avocat, « une disproportion manifeste entre ce qui est reproché à Barbara Butch et les modalités de l’empêchement de sa création ».

« La fin ne justifie jamais les moyens »

Ces modalités, ce sont « les jets de projectiles, les violences, les injures, le fait qu’il y ait une foule contre une femme seule, et pas contre un État ou contre des forces de l’ordre armées », poursuit-il. C’est même un principe cardinal, insiste Arié Alimi : « La fin ne justifie jamais les moyens. Et c’est la raison pour laquelle on doit répondre à ce type de faits par le droit. »

Pour l’avocat et militant de la LDH, le débat dépasse le seul cas de la DJ : « Ce n’est pas que Barbara Butch qui est visée aujourd’hui en France. C’est Médine, c’est le Collège de France, c’est un ensemble d’artistes qui ont des visions différentes de la situation et qui doivent conserver la liberté d’expression artistique, académique et culturelle. »

« Médine a été ciblé car il est Arabe et musulman. Et pour Barbara Butch, c’est la même chose. Je pense qu’il y a une personnalisation et une focalisation autour d’elle parce qu’elle est juive, lesbienne et grosse. »

Les exemples ne sont pas cités au hasard. Médine a été ciblé « car il est Arabe et musulman », souligne-t-il. « Et pour Barbara Butch, c’est la même chose. Je pense qu’il y a une personnalisation et une focalisation autour d’elle parce qu’elle est juive, lesbienne et grosse. »

Laurence Ruffin explique de son côté que les mêmes principes l’ont guidée dans une autre affaire. « De la même manière, j’ai défendu la liberté de programmation du 102 quand la droite avait demandé au conseil municipal de déprogrammer un événement antifasciste » [NDLR : festival organisé par l’Action antifasciste Grenoble pour ses cinq ans d’existence, en mai dernier], confie la maire.

Allan Brunon mentionné dans la plainte contre X

Quid de la France insoumise et d’Allan Brunon ? Co-organisateur de l’action au Cabaret frappé, le président du groupe LFI à Grenoble se retrouve aujourd’hui dans l’œil du cyclone, ciblé de toutes parts par ses adversaires politiques — et parfois par ses ex-alliés. Chose qui ne l’a pas empêché d’assumer les faits ni de contre-attaquer dans les médias, accusant par exemple Laurence Ruffin de « manquer de courage politique ».

Allan Brunon, président du groupe insoumis au conseil municipal, cristallise les critiques.

Pour autant, contrairement à Barbara Butch qui a décidé de déposer une plainte contre LFI, la ville de Grenoble porte bien plainte contre X. Néanmoins, si aucun auteur potentiel n’est visé nominativement, « en revanche, certaines personnes sont mentionnées dans la plainte, notamment Allan Brunon puisqu’il a fait des déclarations depuis et a reconnu avoir organisé ce mouvement de protestation », confie Me Alimi — qui, pour la petite histoire, fut l’avocat de Jean-Luc Mélenchon.

Cela aura-t-il un impact sur la suite du mandat ? Difficile à dire… Laurence Ruffin rappelle toutefois que « LFI est dans l’opposition » et que les futures décisions émaneront toujours de la majorité municipale, dont ne font pas partie les insoumis. Pour le reste, la maire de Grenoble l’assure, elle n’est « pas en bataille contre un parti dans cet engagement », elle qui a « toujours porté l’union de la gauche ». Et l’édile de conclure : « En tant que maire, je veux permettre aux Grenoblois de vivre de façon apaisée, de se dire que lorsqu’ils vont à un concert, ils vont vivre un beau moment. »

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