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Le Travailleur Alpin

Publié le 25.09.2026 à 19:04

Manuel Pavard

On l’avait vu lors du Covid, on l’a de nouveau constaté cet été avec la canicule, les incendies et la sécheresse. « Les crises le montrent systématiquement, les services publics sont le ciment de la nation ! » Réunis ce jeudi 24 septembre, à la bourse du travail de Grenoble, pour annoncer la journée de grève et de manifestation du 29 septembre, Betty Demange (CSD CGT), Damien Bagnis (USD CGT santé et action sociale), David Sujobert (FSU) et Stephan Amozigh (UNSA retraités) acquiescent. Ils représentent les différents pans de la fonction publique (territoriale, hospitalière, enseignants, retraités) mais peuvent tous en témoigner, les applaudissements et les éloges adressés aux agents, à chaque crise majeure, ne durent pas : « ça retombe très vite »… Avant l’inévitable contrecoup.

Nouvelle illustration avec le budget 2027, le dernier du quinquennat d’Emmanuel Macron, actuellement en préparation. Le gouvernement prévoit encore une fois des économies et les premières annonces n’augurent rien de bon pour les services publics ni pour les rémunérations et conditions de travail des agents.

Plus de 700 000 agents payés en-dessous du SMIC

David Sujobert, co-secrétaire départemental de la FSU, évoque ainsi de « graves problématiques de pouvoir d’achat, avec le maintien du gel du point d’indice annoncé par le gouvernement, dans un contexte inflationniste ». Certains chiffres sont édifiants : depuis 2009, l’inflation a ainsi atteint 27,8 % alors que l’augmentation du point d’indice a été de 14,6 %. « Le coût de la vie augmente deux fois plus que ce qu’on gagne », décrypte le syndicaliste enseignant. « L’idée est donc de faire pression sur le gouvernement pour inverser la tendance qui dégrade la qualité des services publics, les conditions des agents. »

Une banderole qui résume un lien évident.

Des fonctionnaires qui, malgré cela, répondent toujours présents. Tout simplement car ils et elles ont cette « culture du service public » profondément ancrée et « souhaitent rendre le service à l’usager », souligne Betty Demange. « Mais à un moment, il faut aussi que ces agents puissent manger et payer leurs factures », ajoute la coordinatrice de la CSD CGT des territoriaux.

Pour certains d’entre eux en effet, même ces besoins vitaux deviennent difficiles à assumer. « En mai 2026, il y a plus de 700 000 agents dont la rémunération est passée en-dessous du SMIC » et qui n’ont plus de prime pour compenser, s’insurgent ainsi les représentants syndicaux. Damien Bagnis fustige le « peu de considération des gouvernements », rappelant quant à lui le cas des soignants contraints, pendant le Covid, de « se fabriquer des protections avec des sacs poubelle ».

« On ne veut pas plus de primes mais un dégel du point d’indice »

Effectivement, ceux-ci ont été « applaudis tous les soirs », poursuit le secrétaire départemental de l’USD CGT 38. « Et pour essayer de faire passer la pilule, l’ancien ministre de la Santé Olivier Véran a inventé la prime Ségur. Sur le moment, les agents étaient contents sauf que tout le monde ne l’a pas touchée. Depuis 2020, tous les agents logistique et catégorie C de la fonction publique hospitalière n’y ont pas droit alors qu’ils y ont droit dans le privé », déplore-t-il.

C’est là qu’est toute la différence entre les primes et le salaire. « On ne veut pas plus de primes mais un dégel du point d’indice », martèle David Sujobert. « C’est ça qui garantit un salaire suivant l’inflation. » Sans oublier la retraite, complète Stephan Amozigh, délégué départemental de l’UNSA retraités et ex-délégué du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN), « puisque c’est le salaire qui fait l’indice de base pour les retraites ».

Cette revendication essentielle du maintien du pouvoir d’achat s’ajoute en outre à la dégradation des conditions de travail et plus largement du service public. « De plus en plus, on fait appel soit à de l’externalisation, soit à des contrats précaires, même dans l’Éducation nationale », regrette le militant UNSA. Son camarade David Sujobert dégaine alors un autre chiffre éloquent : « En 2023, 70% des nouveaux agents recrutés étaient des contractuels. » Un « choix délibéré » d’abandonner le statut et toutes les garanties allant avec — en matière d’indépendance, de formation, d’engagement — pour privilégié un personnel précaire.

Les femmes victimes de la contractualisation croissante

Le syndicats soulèvent également la question de l’égalité salariale, rappelant qu’à mission égale, l’écart moyen entre les femmes et les hommes est de 400 euros par mois, dans la fonction publique. Or, « statistiquement, ce sont les hommes qui prennent des tâches supplémentaires liées à des primes ». D’où la nécessité « d’augmenter le point d’indice qui est le même chez les femmes et les hommes » — contrairement aux primes donc.

La remarque est loin d’être négligeable quand on sait que 63 % des fonctionnaires aujourd’hui sont des femmes. Un pourcentage qui monte à « 80 % dans la fonction publique hospitalière et presque 88 % dans les filières médico-sociales », précise Damien Bagnis. Et même jusqu’à 97 % chez les AESH dans les écoles, « toutes payées à temps partiel et en-dessous du SMIC ». Des femmes qui, quelle que soit la filière, « sont souvent les moins bien rémunérées et les plus pénalisées, avec le temps partiel », pointe Betty Demange.

Auparavant, « le statut de la fonction publique permettait de garantir une équité », souligne Damien Bagnis. Mais aujourd’hui, on se retrouve avec « des contractuels permanents qui ne suivent pas les grilles de la fonction publique et qui peuvent aller négocier tous les deux ou trois ans leur salaire ». Ou plus exactement des primes, négociées sur le budget propre de chaque établissement.

Un PLFSS qui inquiète

Le responsable de l’USD CGT 38 s’inquiète par ailleurs du nouveau projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), attendu en octobre au Parlement. Pour l’instant, le gouvernement a surtout « lancé des pistes à droite, à gauche, pour voir les retours ». Damien Bagnis cite ainsi l’augmentation du reste à charge ou encore la hausse de l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) que le gouvernement espère limiter à 2,1 %. Pourtant, « même la Fédération hospitalière de France (FHF) parle d’un Ondam à 3,9 % minimum », note le syndicaliste.

Damien Bagnis et la CGT du CHUGA ont manifesté notamment contre les prévisions du PLFSS 2027, en septembre.

En France, confie ce dernier, « il n’y a pas un seul hôpital qui n’est pas en surendettement ». Tout cela implique donc des économies, prévues par le gouvernement, de « 5 à 9 milliards d’euros sur les établissements de santé » ainsi qu’une « baisse drastique des aides aux collectivités ». Une cure d’austérité qui concernera tous les fonctionnaires. Et « quand il y a moins de budget, la variable d’ajustement, c’est le personnel », traduisent les représentants syndicaux.

« On ne va pas piquer dans les bonnes poches »

Dans un tel contexte, ceux-ci appellent à descendre massivement dans les rues ce mardi 29 septembre, pour clamer qu’il y a « d’autres choix budgétaires possibles », fondés sur une meilleure répartition des richesses, sur la justice sociale et fiscale. Et avec des moyens à la hauteur des besoins et des missions des services publics. « On ne va pas piquer dans les bonnes poches ; le service public est financé sur le dos des plus pauvres », dénoncent-ils.

Le gouvernement, lui, « cible les services publics, les pensionnés, les retraités, qui sont pointés comme des espèces de rentiers… Alors que les vrais rentiers sont ailleurs et ont beaucoup, beaucoup plus d’argent que les retraités ordinaires », affirment les syndicalistes, accusant l’exécutif d’alimenter un conflit entre générations. Pourtant, « il y a des moyens de chercher cet argent qui ont été systématiquement repoussés par le gouvernement, comme la taxe Zucman, par exemple », déplore David Sujobert.

« La paupérisation qu’on constate en ce moment chez les agents de la fonction publique, c’est le fruit de dix ans de macronisme. »

Pour le responsable de la FSU Isère, « la paupérisation qu’on constate en ce moment chez les agents de la fonction publique, c’est le fruit de dix ans de macronisme ». Pendant longtemps, il existait une contrepartie tacite dans la fonction publique, explique de son côté Damien Bagnis : « Cette contrepartie, c’était, on gagne un peu moins que dans le privé mais on a la sécurité de l’emploi. Aujourd’hui, on n’a même plus ça… »

Tous rappellent que l’argent existe pourtant, à l’image des 211 milliards d’euros versés sans contrôle ni contrepartie aux entreprises ou de l’impôt sur la fortune (ISF) qui a été supprimé. Et les idées ne manquent pas, selon eux : « On pourrait imaginer des systèmes qui garantissent l’égalité salariale, des salaires indexés sur l’inflation, etc. Tout cela pourrait être réinjecté dans les services publics ».

« Le mode dégradé est devenu le mode normal »

Au lieu de cela, « on arrive aujourd’hui au bout d’un système qui produit de l’insécurité climatique et environnementale, de l’insécurité sociale, de l’insécurité salariale, alors que les services publics sont, eux, un outil de sécurité à très long terme, qu’il convient de réinvestir à hauteur de ce que ça apporte à la société », ajoutent-ils. Un outil qui s’annonce encore plus indispensable dans les années présentes et futures, marquées par le changement climatique.

Betty Demange relève en outre ce qui devrait constituer une évidence : « Moins d’agents, ça signifie moins de services rendus à l’usager et donc des services publics beaucoup plus dégradés. » Mais aujourd’hui, « le mode dégradé est souvent devenu le mode normal » dans la fonction publique, constate Damien Bagnis. Si l’on y ajoute une répression syndicale de plus en plus forte, on en arrive à un point où « le public est managé comme le privé ».

Motifs d’espoir et dangers à éviter

Alors, que faire ? Les motifs d’espoir ne sont pas totalement absents. Déjà car, assure Betty Demange, « lorsqu’on interroge les usagers, ils sont très satisfaits de l’investissement des agents et réclament plus de services publics de proximité ». Donc un soutien populaire est possible, tout comme la convergence des luttes. Les représentants syndicaux citent d’ailleurs l’exemple du combat contre la réforme des retraites : « Tout le monde était là. »

La bataille contre la réforme des retraites, un exemple à suivre.

Ils appellent aussi les salariés à ne pas céder aux sirènes de l’extrême droite, en cette année pré-électorale. « On rappelle que ce n’est pas du tout une solution pour 2027. Le RN ne s’est jamais opposé aux votes du gouvernement et a toujours voté contre la hausse du SMIC, contre la taxation des grandes fortunes. »

Tous espèrent voir les agents de la fonction publique manifester en nombre le 29 septembre. Et la population les rejoindre dans les luttes : « Il faut qu’on se réveille tous car on va avoir des lendemains difficiles. » L’enjeu est clair, en plus, résume Stephan Amozigh : « Le service public, c’est le symbole du bien commun ! »

Manifestations à Grenoble et Bourgoin-Jallieu

Les rendez-vous, mardi 29 septembre :
- À 10 heures, place Victor-Hugo, à Grenoble.
- À 10 heures, place Saint-Michel, à Bourgoin-Jallieu.

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Publié le 25.09.2026 à 10:52

Travailleur Alpin

Yvette Anselmet s’est éteinte au matin de ce jeudi 24 septembre. Elle allait fêter son centième anniversaire le 28 novembre prochain.

Elle était née en 1926 dans une cité ouvrière de la banlieue de Rouen. Elle perdit très tôt son père – fils de l’assistance publique – dans un accident mortel en usine. Expulsées sans scrupule de leur logement ouvrier, Yvette, sa sœur et leur mère connurent l’évacuation sous les bombardements allemands, ainsi que la menace qui pesait sur leur origine ; elles étaient juives par leur mère.

Dès la libération Yvette s’engagea dans l’action militante communiste. Elle y rencontra son futur époux, Roland, cheminot de profession, lors d’une formation centrale du parti en région parisienne.

Yvette Anselmet et ses petites filles.

Quittant sa Normandie pour Grenoble, elle y fut une militante syndicale et politique infatigable, à la CGT et au PCF, à EDF où elle a travaillé jusqu’à sa retraite, en 1984. En 2019, pour la rédaction du numéro spécial du Travailleur alpin consacrée au 90 anniversaire de la fête du TA, elle nous avait confié son enthousiasme militant.

Toujours fidèle à ses idéaux de jeunesse, elle est décédée dans son fauteuil ce 24 septembre, son Huma à la main…

La rédaction du Travailleur alpin présente à sa famille et à ses proches ses condoléances attristées.

L’Obstinée, une biographie éditée à la demande de ses petites filles

À la demande de ses petites filles, Yvette avait accepté de témoigner dans un livre biographique : L’obstinée — biographie d’Yvette Anselmet, de Adèle Duminy, 109 p., édition indépendante, ISBN-13 ‏ : ‎ 979–8863686929, octobre 2023.

La

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Publié le 24.09.2026 à 20:24

Manuel Pavard

Le bras de fer se poursuit. Ils étaient encore près de 180 à se rassembler ce jeudi 24 septembre, entre 12 et 14 heures, devant les locaux de la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités de l’Isère (DDETS 38), à Grenoble, à l’appel de plusieurs organisations syndicales (CGT TEFP, Sud Travail Affaires sociales, FSU TEFE, CNT). En majorité des agents de l’inspection du travail de l’Isère, en grève reconductible depuis le 7 septembre. Mais aussi des collègues venus spécialement de région parisienne, de Lyon, de Clermont-Ferrand, de Marseille… Et des membres d’autres secteurs professionnels. Tous solidaires de Pierre et Benoît, et déterminés à « faire reculer le ministre ».

Les agent·es et leurs soutiens, plus que jamais déterminé·es à poursuivre la lutte.

Les deux inspecteurs du travail, représentants Sud Travail à la formation spécialisée (équivalent du CHSCT dans le public), étaient en effet convoqués le 15 septembre dernier en commission administrative paritaire (CAP), à Paris. Une sorte de conseil de discipline en somme, toujours menée dans le cadre de l’affaire qui les empoisonne depuis de trop longues semaines. À savoir le prétendu « harcèlement moral » envers une supérieure hiérarchique dont ils avaient auparavant dénoncé les pratiques managériales discriminatoires et harcelantes.

« Les dés étaient pipés »

Le 15 septembre donc, Pierre et Benoît, soutenus par quelque 350 manifestants — dont de nombreux représentants syndicaux et politiques -, ont tenté de donner leur version des faits devant la commission. Peine perdue. « Au final, ils auraient lu une recette de cuisine, c’était pareil », ironise un syndicaliste présent aux rassemblements parisien et grenoblois. Pour lui, aucun doute, « les dés étaient pipés ».

Nouveau rassemblement devant la DDETS 38.

L’administration a ainsi rendu son avis dès que la CAP a fini de délibérer. Elle demande une mutation disciplinaire pour Pierre et un blâme pour Benoît. Pourquoi une telle différence ? « Si c’est Pierre qui est aujourd’hui le plus lourdement menacé, c’est parce qu’il est agent de contrôle dans l’UC (unité de contrôle) de la RUC (responsable d’unité de contrôle) contre laquelle un signalement de harcèlement moral discriminatoire a été déposé », estiment les syndicats.

« Une mutation détruit un individu »

Le militant Sud Travail précité esquisse une autre « hypothèse ». Peut-être que l’administration a « voulu individualiser les sanctions, pour que la discrimination syndicale ne saute pas aux yeux », avance-t-il. L’idée serait ainsi de faire croire qu’elle a étudié chaque cas attentivement. Quoiqu’il en soit, « les deux dossiers sont aussi vides l’un que l’autre », tacle l’agent, qui distingue néanmoins les deux sanctions proposées.

Pierre et Benoît chaudement applaudis et acclamés.

Pour Benoît, réclamer un « simple blâme » — que pourrait aussi lui infliger sa hiérarchie en interne — après une telle procédure s’apparente quasiment à « une première victoire ». Il n’en est pas de même en revanche pour Pierre. « C’est un vrai choc, même si on s’y attendait en partie — on pensait que ce serait le cas pour tous les deux », reconnaît leur collègue de l’inspection du travail, rappelant que cela impliquerait « une désorganisation totale de sa vie personnelle et familiale. Une mutation détruit un individu », s’insurge-t-il.

Poursuite de la grève, AG et jonction avec la journée du 29

Reste à savoir si l’avis consultatif de la CAP sera suivi par le ministère, auquel revient la décision finale. « Nous ne laisserons pas l’administration faire un exemple avec Pierre », promet en tout cas l’intersyndicale, qui s’engage à contester les sanctions le moment venu. L’objectif maintenant est donc de mettre la pression sur le ministère pour « augmenter le rapport de force et [le] faire reculer ».

La grève continue à l’inspection du travail de l’Isère.

« On est ultra déterminés à continuer à la lutte », annonce le syndicaliste Sud. Les agents sont invités à se réunir en assemblée générale dans les prochains jours et à prolonger leur mouvement de grève reconductible. Ceci, en ayant en ligne de mire la « jonction avec la journée de grève du 29 septembre » dans la fonction publique.

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Publié le 24.09.2026 à 18:00

Manuel Pavard

Pierre Delullier, syndiqué à la CGT Éduc’action, est professeur stagiaire depuis la rentrée. Comme ses collègues ayant obtenu le Capes ou l’agrégation en 2026, il enseigne les mathématiques à mi-temps, durant un an, dans un collège de Bonneville, en Haute-Savoie, et doit suivre deux jours de formation par semaine à l’INSPÉ de Grenoble, sur le campus de l’Université Grenoble Alpes (UGA). « Avec un groupe de stagiaires de Haute-Savoie, on se rejoint tôt le mardi matin pour partir en covoiturage à l’INSPÉ et on repart le mercredi soir dès la fin des cours », raconte-t-il. « Pas trop le choix, même le premier train me ferait arriver à 9h30, avec une demi-heure de retard. »

Une situation que vivent une grande partie des enseignants stagiaires du second degré, dans l’académie de Grenoble. Car l’INSPÉ (anciennement IUFM) de Grenoble est le seul à les accueillir depuis la fermeture cette année, pour leur formation, de l’antenne de Chambéry — les antennes d’Annecy et Valence proposant uniquement les formations pour les professeurs des écoles. Or, parmi ces 245 futurs profs inscrits à l’INSPÉ, « très peu vivent à Grenoble », souligne Pierre Delullier.

« Beaucoup doivent dormir à l’hôtel ou en Airbnb tous les mardis »

« Qu’on vienne de Savoie, Haute-Savoie ou de la Drôme, on doit tous se déplacer jusqu’à Grenoble », ajoute-t-il. Ce qui implique des trajets plus longs et plus coûteux, que ce soit en train ou en voiture, sans compter « la charge mentale et éventuellement un hébergement à payer le mardi soir. Moi, j’ai la chance d’avoir des amis à Grenoble qui peuvent m’héberger, mais beaucoup sont obligés de dormir à l’hôtel ou en Airbnb tous les mardis », affirme le militant CGT.

Et ce n’est pas le maigre défraiement reçu qui risque de remédier au problème. « On a droit à une indemnité forfaitaire de formation de 110 euros brut par mois, sous condition d’éloignement, mais ça ne couvre pas du tout les frais », déplore-t-il. Sans surprise, certains se retrouvent déjà dans « une situation familiale ou financière compliquée », ce qui accentue la « pression » — déjà forte — pesant sur leurs épaules.

« Organiser le maximum de cours en visio »

Ulcérés, les stagiaires ont décidé de réagir, en particulier à la suite d’un épisode faisant office de déclencheur, il y a deux semaines. « En arrivant le matin, il n’y avait personne pour nous faire cours », se souvient Pierre Delullier. « Quand tu as fait deux-trois heures de route ou de train pour être là à 9 heures et qu’on ne t’a même pas prévenu, c’est difficile à accepter ! On est donc un petit groupe à avoir interpellé la directrice adjointe à la formation de l’INSPÉ. »

Les enseignants stagiaires ont prévu d’exprimer leurs revendications lors des manifestations de la fonction publique, le 29 septembre (ici à Grenoble en mai 2025).

Leur principale revendication ? « Organiser le maximum de cours en visio. » Une pétition recueillant 192 signatures (sur 245) est lancée par les enseignants stagiaires, qui créent un groupe pilotant la mobilisation et obtiennent par ailleurs la tenue d’une heure d’information syndicale le mercredi après-midi. En parallèle, une commission de formation se réunit lundi 21 septembre, entre les représentants du rectorat, de l’INSPÉ et les syndicats. Sans grandes avancées malheureusement.

Rendez-vous dans les manifs de la fonction publique, le 29 septembre

« La commission n’a pas donné de réponse suffisante, loin de là », confirme Pierre Delullier. Avant de préciser : « Ils ont accepté la visio pour les cinq jours de l’année où on a des cours en amphi… Ce qui ne fait déjà pas beaucoup mais en plus, c’est sous condition de distance entre notre lieu d’habitation et l’INSPÉ de Grenoble. Et on ne connaît pas le détail de ces conditions. »

Pour lui, « il n’y a aucune volonté de la part de l’INSPÉ ou du rectorat de prendre réellement le sujet au sérieux ». Les professeurs stagiaires vont donc intensifier la mobilisation. D’une part avec des réunions collectives organisées tous les mercredis midi, d’autre part en « portant [leurs] revendications lors de la grève de la fonction publique du mardi 29 septembre, dans les manifestations de Grenoble, Chambéry et Annecy ».

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Publié le 23.09.2026 à 21:29

Manuel Pavard

C’était il y a dix mois. Le 19 novembre 2025, des livreurs à vélo et leurs familles, expulsés de leurs logements de la place des Géants où ils vivaient sous la coupe de marchands de sommeil, trouvaient refuge au siège de Grenoble-Alpes Métropole, place André-Malraux. Nul ne l’imaginait alors mais cette occupation allait durer 308 jours. Trois cent huit jours à vivre à 150 personnes dans une salle, avec des femmes enceintes et des enfants en bas âge, dans des conditions d’hygiène et de promiscuité très difficiles… Jusqu’à ce mardi 22 septembre : « Aujourd’hui, les portes de la Métro se ferment », se sont ainsi félicités les occupants le soir même, devant la presse.

Amadou, porte-parole des occupants et livreur à vélo CGT, au micro.

« Nous avions décidé de rester tant que les 150 personnes n’auraient pas été relogées », ont-ils expliqué. « Les promesses ont été tenues de part et d’autre : la Métropole a relogé les 150, et nous quittons les lieux comme nous l’avions dit. » Après dix mois de lutte marquée par des rassemblements, des manifestations, des conférences de presse, des interventions en conseil métropolitain, la trentaine de sans-logis qui demeuraient sans solution de relogement au début de l’été ont eux aussi obtenu un toit.

« Certaines communes n’ont même pas voulu nous recevoir »

Des logements attribués grâce à deux dispositifs, ont-ils détaillé : « l’un porté par la Métropole, avec l’association Un Toit pour tous ; l’autre dans des bâtiments vides de l’Établissement public foncier local (EPFL), avec l’accord des communes concernées ». Il s’agit de Grenoble, Saint-Martin-d’Hères, Échirolles, Saint-Égrève, Meylan, La Tronche, Pont-de-Claix, Gières et Seyssinet-Pariset. Toutes ou presque toutes de gauche — Meylan a certes basculé à droite aux dernières municipales mais la procédure avait été enclenchée par la précédente majorité de gauche.

Les drapeaux de l’UL CGT Grand Grenoble, particulièrement active dans le soutien à l’occupation.

De fait, avant cette issue heureuse, rien n’a été facile dans les négociations avec les collectivités, se souviennent Raphaël Beth, militant du DAL 38, et Amadou, ex-occupant et livreur à vélo syndiqué à la CGT. « La Métropole a été à notre écoute et a pris ses responsabilités », estime ce dernier. En revanche, les municipalités n’ont pas toutes pris leur part, loin s’en faut. « Quelques communes ont proposé des biens dès qu’on est arrivés ici, d’autres ont cédé, avec l’appui de la Métro. Mais il y a aussi des communes qui n’ont jamais proposé quelque chose et certaines communes qui n’ont même pas voulu nous recevoir », s’indigne Amadou.

Il cite notamment le cas de Fontaine : « On a visité une maison là-bas. Il n’y avait personne dedans, pourtant elle avait sept chambres, donc elle pouvait accueillir beaucoup de personnes. » Mais la ville de Fontaine n’a pas répondu aux sollicitations des occupants. Pas une grande surprise s’agissant d’une mairie de droite, néanmoins Amadou ne ménage pas non plus certaines municipalités de gauche : « À Gières, on avait identifié deux bâtiments mais la plus grande maison a été refusée par la commune. » Quant à Grenoble, celle-ci « n’a jamais voulu prendre de familles », regrette-t-il. « C’était soit des hommes seuls, soit des couples sans enfants… Car c’était des petits studios. »

« Deux grands absents, la préfecture et le département »

Beaucoup de communes se sont longtemps renvoyées la balle, craignant que les autres n’assument pas leur part. Et puis, bien sûr, il y a « les deux grands absents, c’est-à-dire la préfecture de l’Isère et le Département », accuse Raphaël Beth. « La position de la préfecture, ça a été de dire à la Métropole, ‘si vous avez besoin de nous pour expulser, on est là’. Elle n’a pas varié ensuite, même sur des demandes très individuelles, avec des personnes prioritaires, etc. Et le Département, lui, n’a carrément jamais répondu alors qu’héberger une partie des familles relevait pourtant de sa compétence, via l’aide sociale à l’enfance. »

Les occupants ont vivement remercié les nombreux militants et personnes les ayant soutenus durant dix mois.

Comme à chaque fois, le problème est lié au « manque criant de budget et d’investissement de l’État dans les questions de logement et d’hébergement d’urgence, mais également de régularisation », souligne le militant du DAL. Lequel évoque en effet ce qui fera l’objet de leur « prochain combat, vis-à-vis de la préfecture ». Explications : « Il y a énormément de personnes qui sont hébergées par la Métropole et la Ville de Grenoble et qui pourraient avoir accès au logement social dès qu’ils sont régularisés — car ce sont pour la plupart des gens qui travaillent. » Ce qui aurait, poursuit-il, « un double avantage. Déjà, pour les personnes, de rejoindre des logements de droit commun et ainsi de pouvoir vivre dignement. Et l’intérêt pour la Ville et la Métro, c’est de pouvoir libérer des places d’hébergement d’urgence pour d’autres personnes qui en ont besoin. »

Une vingtaine de personnes sans solution

Raphaël Beth le rappelle en effet, si les 150 occupants présents dès le début ont pu enfin être relogés, ce n’est pas le cas de tout le monde. « Il y a aussi une vingtaine de personnes qui sont arrivées à la Métro ces derniers mois et qui ont participé à ce combat en espérant que des logements se libèrent. » Mais celles-ci ne faisant pas partie de l’accord initial, elles sont restées sur le carreau. « Malheureusement, il n’y a pas eu de solution pour eux alors que l’État aurait pu faire appliquer la loi et reloger les derniers qui restaient », déplore le militant.

Outre cette vingtaine de sans-logis, « des centaines de personnes sont venues toquer à la porte de la Métro tous les jours », raconte-t-il. « Des gens qu’on a dû souvent refouler en leur disant ‘on se bat pour tout le monde mais ce n’est pas possible de t’installer ici’. » Des refus qui ont laissé des traces, selon lui. « Laisser des personnes sans-abri dire non à d’autres personnes sans-abri, c’est d’une inhumanité vraiment révoltante », s’indigne Raphaël Beth.

« On n’a pas demandé la charité. On réclamait simplement l’application de la loi ! »

Une frustration et des regrets qui se doublent toutefois d’une réelle fierté pour les occupants. « Cette mobilisation a permis de prouver que la lutte collective paye », assènent-ils. Et d’ajouter : « Nous ne nous sommes pas battus seuls et pas pour nous seuls. » D’un côté, un large soutien reçu de la part de plusieurs associations (DAL, Cimade, CISEM, RESF…), syndicats (CGT, Solidaires, CNT, FSU) et partis de gauche (PCF, LFI, NPA, LO…). De l’autre, le soutien apporté par les occupants aux luttes des travailleurs sociaux, des salariés en grève de Teisseire ou encore des familles dormant dans les écoles.

Les femmes ont joué un grand rôle dans cette lutte collective exemplaire.

Des liens tissés qui leur ont aussi permis de supporter la vie quotidienne au siège de la Métropole, particulièrement dure. Avec la fatigue et le stress permanent, les difficultés pour les livreurs à vélo, les maladies s’attrapant beaucoup plus facilement… « On a perdu des vies ici », rappelle également Amadou, qui se remémore les fausses couches subies par plusieurs femmes enceintes, directement imputées par des médecins aux conditions de vie sur place. Le pire dans tout ça, souligne Raphaël Beth, « c’est qu’on n’a pas demandé la charité. On réclamait simplement l’application de la loi ! »

Rendez-vous samedi 26 septembre devant la Métro

Les ex-occupants du siège de la Métropole appellent à se retrouver samedi 26 septembre, à partir de 13h30, devant le bâtiment de la place André-Malraux. Une manifestation « pour célébrer la victoire et pour dire que le combat doit continuer » !

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Publié le 22.09.2026 à 16:18

Edouard Schoene

Le local, situé sur l’avenue Jean-Jaurès, à Fontaine, a été acheté par l’atelier Fluo, tout comme le matériel. « Au cœur du projet, annonce l’association, on imprime des choses liées aux luttes sociales et à la contre-culture, des choses non commerciales et militantes. Mais on n’est pas sectaires », assure-t-elle.

Vue de l’exposition des 10 ans de l’Atelier Fluo.

Les différents travaux nécessaires sont réalisés par les adhérent·es eux-mêmes. Même philosophie concernant la gestion de l’atelier, qui se fait là aussi collectivement. L’association organise par ailleurs régulièrement des moments de partage des savoirs — sur les logiciels ou le matériel, par exemple.

Des visiteurs impressionnés par la qualité artistique des productions

Pour fêter ses dix ans d’existence en beauté, l’atelier Fluo organisait une exposition à la salle municipale Germinal, à Fontaine, non loin de ses propres locaux. Une réussite indéniable. Véritable vitrine de son travail, l’exposition a en effet fortement impressionné les visiteurs par la diversité et la qualité artistique des nombreuses productions (affiches, publications, livres, jeux, tracts, flyers, pochettes de disques…) ainsi que par la dynamique en cours.

Quelques exemples des œuvres exposées le week-end des 19–20 septembre, à découvrir ci-dessous.

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Publié le 22.09.2026 à 12:36

Bernard Tournier

Quatre-vingt-dix ans après le Front populaire, que peut encore nous apprendre 1936 ? Beaucoup, à l’heure où les questions de salaires, de retraites, de services publics et de partage des richesses reviennent au premier plan, tandis que l’extrême droite occupe une place croissante dans le paysage politique. Le ciné-débat organisé le 11 octobre à Saint-Marcellin propose de mettre cette histoire en débat. Dimanche 11 octobre à 18 h 30, le cinéma Les Méliès de Saint-Marcellin projettera La Rage au cœur, un court métrage de Pierre Verquin consacré au Front populaire. Une soirée organisée avec l’association des lectrices et lecteurs de l’Humanité du Sud Grésivaudan. La projection sera suivie d’un échange avec le réalisateur et son assistante réalisatrice, Louise Lougrada.

Une histoire qui parle au présent

La Rage au cœur n’est pas seulement une reconstitution historique. Le film rappelle que les grandes conquêtes sociales ont une histoire, celle des femmes et des hommes qui se sont organisés et mobilisés pour les obtenir. Car en mai et juin 1936, ce sont des millions de salariés qui entrent dans l’action. Les grèves se multiplient, les entreprises sont occupées et un rapport de forces inédit s’installe dans le pays.

De cette mobilisation sortiront des avancées qui bouleverseront durablement la vie quotidienne : hausse des salaires, congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives, reconnaissance des libertés syndicales ou encore élection de délégués du personnel. Autant de droits qui semblent aujourd’hui aller de soi et qui furent pourtant le résultat de luttes.

« La Rage au cœur », de Pierre Verquin (photographie de plateau). DR

C’est aussi ce qui rend 1936 très actuel. En 1936 comme en 2026, la question du partage des richesses est au cœur de l’affrontement social alors que c’est sur les plus précaires et le monde du travail que se tournent les gouvernements pour faire face à la crise, comme le montre les premières annonces sur le budget 2027 avec un plan d’austérité de 54 milliards d’euros.

Dans ce contexte, revenir sur le Front populaire rappelle une évidence souvent oubliée : les grandes avancées sociales n’ont jamais été offertes. Elles ont été conquises.

Quand la question sociale rencontre le combat antifasciste

Mais réduire le Front populaire aux congés payés serait passer à côté d’une autre dimension essentielle de son histoire. Le rassemblement se construit dans une Europe où le fascisme progresse. Mussolini est au pouvoir en Italie, Hitler dirige l’Allemagne depuis 1933 et, en France, les ligues d’extrême droite prospèrent dans un climat de crise économique, d’antiparlementarisme et de violentes campagnes antisémites. Face à cette menace, communistes, socialistes, syndicalistes et forces progressistes se rapprochent.

Pour Guillaume Roubaud-Quashie, historien et porte-parole du PCF, « le Front populaire de 1936 était une dynamique antifasciste ». Il souligne également que cette dynamique ne s’est pas limitée à « faire barrage » : elle s’est nourrie des aspirations du monde du travail et des mobilisations qui permettront ensuite d’obtenir des avancées qui ne figuraient pas toutes dans le programme initial du Front populaire. C’est là que l’histoire de 1936 rencontre les interrogations de 2026.

1936 n’est pas 2026, mais…

Les deux périodes ne sont évidemment pas identiques et l’histoire ne se répète pas. Mais la progression de l’extrême droite dans la France d’aujourd’hui, sur fond de colère sociale, de sentiment de déclassement et de défiance envers les institutions, donne une résonance particulière au 90e anniversaire du Front populaire.

L’expérience de 1936 rappelle notamment que combat antifasciste et progrès social peuvent être pensés ensemble. « Le pain, la paix, la liberté » : le mot d’ordre du Front populaire associait déjà les conditions d’existence, la démocratie et la paix.

« La Rage au cœur », de Pierre Verquin (photographie de plateau). DR

Une question traverse dès lors les décennies : comment répondre aux colères et aux aspirations populaires ? Comment redonner au monde du travail la capacité d’agir collectivement sur son avenir ? Comment transformer le mécontentement en conquêtes sociales plutôt qu’en divisions ?

Car les colères populaires peuvent emprunter des chemins différents. Elles peuvent conduire à rechercher des boucs émissaires parmi l’étranger, l’immigré, le chômeur ou le plus pauvre. Elles peuvent aussi remettre au centre du débat d’autres questions : qui produit les richesses ? Qui se les approprie ? Comment sont-elles réparties ? Qui décide de leur utilisation ?

C’est aussi pour cela que transmettre l’histoire ouvrière reste un enjeu politique. Oublier comment les droits ont été obtenus, c’est risquer de les croire éternels. Raconter les luttes de celles et ceux qui nous ont précédés ne relève donc pas de la nostalgie : cela permet de mieux comprendre les affrontements du présent.

Quatre-vingt-dix ans après 1936, La Rage au cœur invite ainsi moins à commémorer le Front populaire qu’à en débattre : que reste-t-il aujourd’hui à conquérir ?

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