Publié le 16.10.2026 à 19:20
Manuel Pavard
« Une étape importante pour l’avenir de la Mut’ », selon la ville et la métropole de Grenoble ; « une page se tourne », pour Thierry Carron, délégué syndical FO du GHM et secrétaire du CSE… Très attendue, la décision rendue ce jeudi 15 octobre par le tribunal judiciaire de Grenoble, sur l’avenir du Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble, a été accueillie avec une satisfaction et un soulagement quasi unanimes. Les juges ont choisi le plan de cession de la Fondation Georges-Boissel, basée à Bourgoin-Jallieu, préféré au plan de continuation déposé par Paul de Rosen, président de l’Union mutualiste pour la gestion du Groupe hospitalier mutualiste (UMG-GHM), considéré comme « l’homme de paille » de l’ex-PDG d’Avec, Bernard Bensaid.
Thierry Carron, délégué syndical FO du GHM et secrétaire du Comité social d’entreprise (CSE). © Luc Renaud« On se débarrasse enfin du groupe Avec et de Bernard Bensaid », savoure ainsi Thierry Carron, qui n’a cessé de combattre l’ancien repreneur, aux côtés du collectif des usagers, au cours de ces dernières années. Dès son arrivée aux manettes, en 2020, le groupe Avec (anciennement Doctegestio) a en effet mis en place un système de prédation vorace, ponctionnant notamment quelque 8 millions d’euros dans la trésorerie du GHM. Lequel n’a pu récupérer in fine qu’environ 1,6 million d’euros.
Heureusement, le vent a fini par tourner pour le groupe Avec, qui a depuis accumulé les déboires judiciaires. Le tribunal de commerce de Bobigny a ainsi prononcé sa liquidation judiciaire en octobre 2025, décision dont la société a fait appel en juillet dernier. Quant à Bernard Bensaid, celui-ci a été renvoyé en correctionnelle pour « détournement de fonds publics et privés » et « prise illégale d’intérêts ». L’homme d’affaires comparaîtra le 2 février 2027 devant le tribunal judiciaire de Grenoble, l’audience, prévue initialement le 8 septembre 2026, ayant été renvoyée à la demande de ses avocats.
Le procureur de la République Étienne Manteaux annonçant, le 2 octobre 2025, le renvoi en correctionnelle de Bernard Bensaid, qui sera jugé le 2 février 2027. © Manuel PavardDans ces conditions, les salariés comme la majorité des acteurs locaux (collectivités, associations d’usagers, etc.) avaient clairement exprimé leur préférence pour le projet de la Fondation Boissel. « Le plan de continuation de Paul de Rosen ne reposait sur rien : pas d’argent sur la table, aucune garantie bancaire et pour la gouvernance, deux mutuelles placées en liquidation judiciaire », fustige le représentant FO.
En revanche, apprécie Thierry Carron, le nouveau repreneur est « un acteur local à but non lucratif, qui ne vient pas pour nous prendre de l’argent ». Et qui permettra à la Mut’ de poursuivre son activité, sous le statut d’Établissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic).
Laurence Ruffin et Guillaume Lissy partagent le soulagement du syndicaliste face au départ définitif du groupe Avec. Dans un communiqué commun, la maire de Grenoble et le président de Grenoble-Alpes Métropole « saluent » la décision du tribunal. « Elle écarte la poursuite d’une trajectoire qui a profondément fragilisé l’établissement et ouvre la perspective d’un retour à un modèle inscrit dans l’économie sociale et solidaire », se félicitent-ils.
Pour les deux élus, « cette décision doit être l’occasion de réaffirmer une conviction fondamentale : la santé n’est pas une marchandise. Elle ne peut être considérée comme une activité ordinaire, soumise aux seules exigences de rendement financier. » De même, ajoutent Laurence Ruffin et Guillaume Lissy, « les établissements de santé ne sont pas des actifs que l’on achète, que l’on revend ou que l’on démantèle au gré des intérêts économiques. Ils sont des biens communs, indispensables à la cohésion sociale et à l’égalité entre les habitantes et les habitants. »
De leur côté, l’union de quartier Berriat Saint-Bruno Europole et les Amis des cliniques mutualistes de Grenoble soulignent, dans un communiqué publié ce vendredi 16 octobre, que cette première victoire n’est pas tombée du ciel. Car pour extirper le GHM des griffes du vautour Bensaid, « il aura fallu un combat de six années », mené par les syndicats, l’union de quartier et les Amis des cliniques mutualistes de Grenoble, avec le soutien de la métropole puis de la ville.
Les usagers et les représentants des salariés ont mené un long combat contre le groupe Avec : assis, Hervé Derriennic (union de quartier Berriat), Thierry Carron (FO GHM), Joëlle Estivals (Amis des cliniques mutualistes) ; debout, Bruno de Lescure (union de quartier Berriat). © Manuel PavardLes deux associations ne versent toutefois pas dans l’euphorie. « C’est à la fois une décision positive – la Fondation Boissel est un acteur non-lucratif et de proximité – et négative puisqu’elle entraîne le licenciement d’une centaine de salariés qui n’y sont pour rien dans la prédation financière mise en place par Avec et la dégradation qui s’en est suivie », estiment-elles.
Selon Thierry Carron, il y aura sans doute « un peu moins de personnes licenciées que prévu », de l’ordre de « 90 ou 91 licenciements sur les 1350 salariés ». Mais « nous ne pouvons pas nous réjouir totalement », reconnaît-il. Les deux centres dentaires de Grenoble (rue du Général-Ferrié) et Meylan vont ainsi fermer leurs portes tandis que le centre de consultation gynécologique de Meylan devrait être rapatrié sur Grenoble, d’après le délégué FO.
Les collectifs d’usagers et les salariés ont prévenu l’Agence régionale de santé (ARS) en juin, concernant la fermeture des centres dentaires. Celle-ci travaille sur le sujet, tout comme la municipalité et la métropole. « Nous restons également vigilants sur les activités non reprises et qui constituent un sujet important notamment sur l’offre de soin dentaire », indiquent Laurence Ruffin et Guillaume Lissy. À ce stade, ce sont néanmoins plusieurs milliers de patients qui se retrouvent sur le carreau.
La passerelle du Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble. © Manuel PavardThierry Carron l’avoue, l’offre de reprise de la Fondation Boissel n’était pas parfaite mais selon lui, « c’est le mieux qu’on pouvait obtenir ». Il y avait en effet « un seul repreneur », rappelle-t-il. « On ne pouvait pas être jusqu’au-boutiste et risquer de le faire partir. En juillet, les deux centres dentaires et celui de gynécologie ont perdu 800 000 euros [NDLR : en cumulé]. Pour un repreneur qui raisonne en termes économiques, ce n’était malheureusement pas très tentant. »
Que va-t-il se passer maintenant ? « Le 1er novembre, Boissel va rentrer en fonction », précise le représentant syndical. Une autre phase s’ouvrira alors pour le Groupe hospitalier mutualiste qui prendra le nom de « Cité hospitalière des Alpes ». Le groupe Avec, lui, peut faire appel et le fera certainement. Mais « l’appel n’est pas suspensif », explique Thierry Caron.
Plusieurs rassemblements ont été organisés devant le GHM, ces dernières années, pour protester contre la gouvernance et les malversations du groupe Avec, comme ici en janvier 2023. © Luc RenaudPlusieurs procédures judiciaires restent cependant en cours. Celle concernant Bernard Bensaid donc, le 2 février prochain, mais pas seulement. « L’action au fond que nous avons déposée en avril 2022 et qui a été paralysée par la multiplication des appels de Bernard Bensaid doit être jugée », confient en effet l’union de quartier Berriat et les Amis des cliniques mutualistes. « En jeu : les 9 millions d’euros du fonds de dotation et les 50 millions d’euros de la vente des murs versés à Adrea/Aesio (et quelques autres mutuelles). » Le combat n’est donc pas fini, assurent les associations, qui promettent de « continuer à défendre les intérêts » de la Cité hospitalière des Alpes.
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Publié le 16.10.2026 à 16:11
Luc Renaud
Au moment où le gouvernement annonce son intention de geler le montant des retraites du régime général supérieur à 1281 euros, des négociations avaient lieu entre patronat et syndicat sur le niveau des retraites complémentaires, le régime Agirc-Arcco. Retraites complémentaires qui représentent 20 à 70 % des pensions des retraités du privé.
En 2025, le niveau de ces retraites avait été gelé. Ce qui était en discussion ce 14 octobre, c’était la possibilité de revalorisation des retraites complémentaires au 1er novembre. La CFDT a signé pour une augmentation de 1,4 %, tandis que le niveau de la hausse des prix s’établit à 3,1 % sur un an en septembre, selon les chiffres définitifs de l’Insee.
Une déclaration remise aux administrateurs de la caisse locale de l’Agric-Arcco. © CGT IsèreLa CGT n’a pas signé cet accord et le syndicat organisait le 14 octobre des rassemblements dans tout le pays devant les sièges des caisses Agircc-Arcco tandis que se réunissait à Paris le conseil d’administration de la caisse de retraite.
La CGT souligne que ce sont certes les retraités actuels qui sont touchés par une baisse de leur pouvoir d’achat, mais également les retraités à venir dont le point d’indice est ainsi dévalorisé. Pourtant, note le syndicat, « le régime Agirc-Arrco est dans une situation financière très solide, notamment du fait de ses réserves, et des produits financiers que celles-ci génèrent. Cette situation s’est construite sur le dos des ressortissant ·es du régime par des sous-indexations ».
L’union départementale CGT appelle à participer aux mobilisations du 17 octobre et à participer à la journée nationale interprofessionnelle de grève et de manifestations du 5 novembre.

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Publié le 16.10.2026 à 15:14
Luc Renaud
Le stade des Alpes pourrait-il changer de nom ? Le club des supporteurs du Grenoble foot 38, les Red Kaos 94, a décidé de prendre les devants. « Le stade des Alpes doit rester le stade des Alpes , le stade des Grenoblois, le stade de la capitale des Alpes », peut-on lire dans un communiqué daté du 14 octobre.
À l’origine des craintes des supporteurs, les difficultés financières liées à la gestion du stade. Celui-ci relève de la métropole. Il est utilisé par deux clubs, le FG38 pour le foot, et le FCG pour le rugby. Deux clubs qui paient des droits d’usage à la métropole pour un montant qu’ils estiment trop élevé. Au point que le FCG a décidé le 24 septembre de suspendre ses versements à la métropole.
Dans ce contexte, le Red Kaos 94 craint fort que l’idée du naming – ou contrat de nommage – pointe le bout de son nez – la droite métropolitaine y est favorable. Le nommage, c’est cette pratique qui consiste à donner, moyennant finances, le nom d’une marque à un équipement sportif : à Marseille, actuellement, il ne faut pas dire le « stade Vélodrome », mais le « CEPAC Vélodrome », comme Caisse d’épargne Provence Alpes Corse-Vélodrome.
Les Red Kaos avertissent : pour eux, il n’en est pas question. « Accoler à celui-ci [le nom actuel, stade des Alpes, ndlr] une marque commerciale serait vu comme une tache indélébile sur un monument de Grenoble qui appartient aux Grenoblois. » Ils argumentent : « Le nom de notre stade évoque directement le massif des Alpes, dont Grenoble est la capitale. Cette fierté s’inscrit dans le nom de l’enceinte et se constate depuis ses tribunes. Celles-ci sont construites pour pouvoir admirer nos massifs quelle que soit la place que l’on occupe dans le stade. » Et puis « les contrats ne durent qu’un temps, la marque sera amenée à changer, apportant de la confusion et brouillant les repères et le sentiment d’appartenance ». Bref, « aucun montant ne justifiera d’entacher le nom iconique de notre antre ».
Les supporteurs notent également que cette pratique ne concerne que peu de stades en France, signe de son incapacité à résoudre les problèmes financiers du foot. À contrario, ils citent l’exemple de Lens : la décision y a été prise « d’établir des clauses interdisant un changement de nom du stade et de ses tribunes pendant plusieurs décennies afin de préserver leur identité ».
Il reviendrait aux élus métropolitains de signer un éventuel contrat de nommage – cette perspective n’est pour l’heure pas évoquée. À leur adresse, si d’aventure ce devait être le cas, les supporteurs précisent leur position : « Si dans un futur plus ou moins proche, la décision devait être prise de vendre le nom de notre stade, nous vous assurons de notre détermination à rendre cette collaboration la plus difficile possible et nous n’hésiterons pas à dégrader l’image de la marque en question. Nous ne nous interdisons aucun moyen pour lutter et préserver cette identité. »
C’est dit.
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Publié le 15.10.2026 à 22:29
Manuel Pavard
Les deux amis, élèves en première dans un lycée du sud de l’agglomération, nous montrent fièrement la foule avançant sur le boulevard Clémenceau : « Pour une veille de vacances, c’est pas mal non ? C’est un gros f… au gouvernement ! » [NDLR : on traduira par « un joli pied de nez »]. Après la jonction, devant Neyrpic, des cortèges étudiants et lycéens-enseignants, partis respectivement du campus de l’Université Grenoble Alpes (UGA) et du lycée Pablo-Neruda, à Saint-Martin-d’Hères, ceux-ci viennent alors de rejoindre les étudiants des campus Sud, pour former un unique cortège. Soit environ deux mille personnes, qui se dirigent ensuite vers le rectorat de Grenoble, ce jeudi 15 octobre.
La jonction devant Neyrpic, avenue Gabriel-Péri, des cortèges étudiants et lycéens-profs, partis respectivement du campus et du lycée Pablo-Neruda.Bien sûr, l’affluence reste en deçà des quelque dix mille manifestants comptabilisés mardi 13 octobre à Grenoble et certainement de celle attendue ce samedi 17 octobre. Mais ce n’est nullement une surprise, l’objectif étant d’abord de maintenir une présence dans la rue entre ces deux grandes journées de mobilisation nationale, et à vingt-quatre heures des vacances scolaires. « On est encore très nombreux à être mobilisés », se félicite Maeva, militante de l’UNEF Grenoble, qui y voit un signe positif pour les prochains jours.
L’étudiante a déjà les yeux rivés vers le week-end à venir. Et pas seulement pour la manifestation et les actions du 17 octobre. L’assemblée générale de l’UGA appelle en effet à une coordination nationale étudiante ce dimanche 18 octobre, à Grenoble, où sont conviées les AG des facs de toute la France. Objectif : inscrire la mobilisation sur la durée et « notamment ne pas se laisser avoir par le gouvernement qui tente de diviser le mouvement et qui compte sur les vacances pour que ça s’essouffle », explique Maeva.
Devant le lycée Pablo-Neruda, à Saint-Martin-d’Hères, point de départ des lycéens et des enseignants.L’enjeu pour les étudiants grenoblois, comme pour les lycéens qui multiplient également les contacts à l’échelle nationale, c’est d’élargir la lutte. Et ce, à tous niveaux. « Pour donner des perspectives à ce mouvement, il faut qu’on soit coordonnés et qu’on construise une grève générale », affirme la militante syndicale. « Car ce qui nous permettra de gagner, c’est que les travailleurs et les travailleuses rentrent dans la bataille avec nous. »
« Les lycéens en ont marre de faire 8h-18h, comme leurs parents font 8h-18h au taf. (…) Tout ça pour derrière, avoir un travail précaire, ne pas pouvoir étudier, ne pas pouvoir se soigner correctement, etc. »
Pour cela, il faudra évidemment que les revendications des lycéens et étudiants s’adressent également à l’ensemble des salariés, des chômeurs, des précaires… Mais pour les manifestants, c’est en réalité déjà le cas. « Ce qu’on exprime, nous, les jeunes, c’est une colère générale. Aujourd’hui, tout le monde en a marre », constate Maeva. « Plus personne ne peut vivre correctement. Les salaires n’augmentent pas alors qu’à côté, tout augmente : le prix de l’essence à la pompe, de l’alimentation, de l’énergie… »
Sur les pancartes et slogans, l’inquiétude ressentie par les lycéens et étudiants devant l’avenir qui leur est promis.Les deux lycéens abondent : « Notre combat contre le manque de moyens dans les services publics, ça parle à toute la population. Pour nous, ça concerne les lycées mais c’est la même chose pour la poste, pour les hôpitaux, etc. » Et Maeva de poursuivre : « La première revendication des lycéens, c’est qu’ils en ont marre de faire 8h-18h, comme leurs parents font 8h-18h au taf. Parce qu’ils n’ont pas envie de perdre tout leur temps pour rien et ils savent très bien qu’avec Parcoursup, ils ont peu de chances d’avoir ce qu’ils voudraient. Tout ça pour derrière, avoir un travail précaire, ne pas pouvoir étudier, ne pas pouvoir se soigner correctement, etc. »
L’idée maintenant, c’est de parvenir à coaliser les révoltes et le mécontentement montant partout dans le pays. « On appelle à la convergence des luttes le 17 octobre », indique ainsi la militante de l’UNEF. La date est dans toutes les têtes et à l’arrivée au rectorat, nombreux sont ceux qui se projettent vers ce retour attendu des Gilets jaunes, auxquels se grefferont donc les lycéens et les étudiants, mais également plusieurs organisations syndicales, à l’image de la CGT, la FSU, Solidaires ou la CNT.
La tête de la manifestation sur le boulevard Clémenceau, après la jonction de l’ensemble des cortèges.Si les militants syndicaux sont massivement présents dans la rue, depuis le début du mouvement lycéen, en revanche, la stratégie des directions syndicales nationales ne fait pas l’unanimité au sein des organisations de jeunesse. « Les jeunes prennent leurs responsabilités et ne veulent pas attendre les directions syndicales qui nous proposent une prochaine date le 5 novembre », raille Maeva, qui juge ce calendrier « complètement déconnecté de la colère des gens qui sont dans la rue ».
À l’arrivée au rectorat, les manifestants ont écouté les prises de parole successives de plusieurs lycéens et étudiants.Si les obstacles n’ont pas disparu pour autant, beaucoup estiment que l’étincelle est déjà là. Et qu’il faut donc désormais souffler sur les braises. « On appelle à se mobiliser en masse le 17 octobre car pour nous, ça doit être le moment de relais », lance ainsi Baptiste, militant de la JC Isère. « C’est la jeunesse qui a ouvert la voie, les lycéens puis les étudiants ; aujourd’hui, il faut que toute la société rentre dans la bataille et qu’on se mobilise ensemble. » Le jeune communiste en est en effet convaincu, « ce n’est que par la masse qu’on pourra faire bouger les choses ».
Banderole du cortège lycéen, à Saint-Martin-d’Hères.Cet article Grenoble. Lycéens et étudiants de nouveau dans la rue, en attendant le 17 octobre est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 13.10.2026 à 22:26
Manuel Pavard
Les semaines se suivent et se ressemblent pour les lycéens et étudiants grenoblois. Après la manifestation massive du 6 octobre, la jeunesse était de retour dans la rue, soutenue par les enseignants et parents d’élèves, ce mardi 13 octobre, à l’occasion de cette nouvelle journée de mobilisation nationale. Avec des revendications pour la plupart inchangées. Mais une petite évolution néanmoins : une augmentation significative des slogans ciblant la police, dans les chants comme sur les pancartes. Comment s’en étonner au regard de la répression policière démesurée qui s’abat sur les lycéens, depuis le début du mouvement ?
Slogans, chants et pancartes évoquant les violences policières étaient de plus en plus nombreux au sein du cortège.Impliquée dans la mobilisation au sein de la coordination inter-lycées de Grenoble, deux élèves du lycée André-Argouges confirment notre impression. Celles-ci luttent toujours contre le manque de moyens et pour l’amélioration de leurs conditions d’études mais « s’est ajouté à ça tout ce qui concerne les violences policières », explique l’une des deux lycéennes.
La répression du mouvement a fortement marqué les lycéens.« Face à la répression, on a fait évoluer nos revendications et maintenant, on parle aussi pour tous nos camarades qui ont été victimes de bavures », ajoute-t-elle. Si toutes deux s’attendaient à un « gouvernement répressif », elles ne pensaient pas que ce serait « aussi violent contre des mineurs ».
Comme toujours, l’exécutif a en effet misé sur le pourrissement de la situation, en jouant sur différents tableaux : d’un côté, les annonces démagogiques — et très insuffisantes — du ministre de l’Éducation nationale, de l’autre, l’escalade assumée de la part de Laurent Nuñez. Un ministre de l’Intérieur qui a également tenté, par le biais des préfectures, de minimiser l’ampleur réelle du mouvement.
La banderole de tête du cortège étudiant, parti du campus.Pour les organisateurs, l’enjeu était donc d’offrir une nouvelle démonstration de force, parfait démenti aux propos gouvernementaux. Pour cela, la coordination inter-lycées, l’AG étudiante et l’intersyndicale de l’éducation proposaient, comme le mardi précédent, plusieurs points de rendez-vous. Trois cortèges sont ainsi partis respectivement du lycée des Eaux-Claires, du campus de l’Université Grenoble Alpes (UGA) et de l’Institut d’urbanisme et de géographie alpine (IUGA), avenue Marie-Reynoard.
Le cortège parti de l’arrêt Bibliothèques universitaires, sur le campus de l’UGA.Sur les trois points de départ, les quelques centaines de manifestants présents à chaque fois au départ ont un temps fait craindre aux plus pessimistes un essoufflement de la participation. Heureusement, le vent a vite tourné et le même schéma s’est répété sur les trois défilés : le flot a grossi au fil du parcours, les centaines devenant des milliers.
L’intersyndicale éducation et les lycéens au coude-à-coude, dans le cortège parti du lycée des Eaux-Claires.Résultat des courses, au point de ralliement, à Chavant, l’unique cortège final rassemblait près de 10 000 personnes qui se sont dirigées vers le rectorat, avant de gagner la place de Verdun, lieu d’arrivée de la manifestation, sous les fenêtres de la préfète.
Pari réussi donc pour les lycéens et étudiants. « On a vu que le mouvement était encore extrêmement important », se félicite ainsi Léonce, militant de l’Unef Grenoble. « Pour nous, maintenant la tâche, c’est de le renforcer », poursuit-il, se projetant sur la « première coordination nationale étudiante », qui doit se réunir ce dimanche 18 octobre à Grenoble, sur le campus. L’objectif ? « Discuter avec toutes les organisations et les facs mobilisées de France, pour décider ensemble comment on va poursuivre le mouvement, par rapport aux vacances, aux fermetures de facs, etc. » En résumé, « comment permettre au mouvement de gagner », décrypte-t-il.
En tête du cortège final, sur le boulevard Jean-Pain, après la jonction à Chavant des trois cortèges initiaux.De son côté, Louison, professeur d’histoire-géographie, vante « un mouvement comme on n’a pas vu depuis plusieurs années, pour ne pas dire quinze ou vingt ans ». Pour lui, la convergence des luttes entre lycéens, étudiants et enseignants est totalement naturelle. « Les revendications sont les mêmes dans tous ces mouvements : la question des moyens, la question de l’austérité budgétaire alors que dans le même temps, ils rincent l’armée, la police et tous les grands patrons », souligne-t-il. D’où la suite à construire, avec « la prochaine manif jeudi et l’appel des Gilets jaunes samedi ».
Parcoursup concentre les critiques des lycéens comme des étudiantsCes dates, les lycéens les ont eux aussi bien en tête. Comme les autorités mais pour des raisons totalement différentes. « Le gouvernement pense que les vacances vont affaiblir le mouvement et que, sans les cours, on n’aura plus rien à bloquer », raillent les deux lycéennes d’Argouges.
L’appel à la révolution.Mais pour elles, c’est au contraire « une opportunité. Comme on n’aura plus nos lycées à bloquer, on pourra viser encore plus grand », anticipent-elles. « De ce qu’on entend, les gens sont de plus en plus motivés et on a maintenant le soutien des profs et des parents. Donc le mouvement va continuer de grossir et on ne s’arrêtera pas tant qu’on n’aura pas ce qu’on veut. » Comme dit le slogan scandé à chaque manifestation, ils sont « jeunes, déter’ et révolutionnaires ». Et « plus déter’ que jamais », conclut un lycéen.
Les fumigènes à l’arrivée, place de Verdun.Cet article Grenoble. Lycéens, étudiants, profs… 10 000 manifestants « plus déter’ que jamais » est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 12.10.2026 à 20:44
Manuel Pavard
Pour le gouvernement, c’est la semaine de tous les dangers ; pour les lycéens, celle de tous les espoirs. Mais s’il y a bien une (rare) chose sur laquelle s’accordent les deux parties, c’est sur l’importance de cette troisième semaine de mobilisation lycéenne — renforcée par les étudiants et enseignants. Manifestations mardi 13 et jeudi 15 octobre, retour attendu des Gilets jaunes samedi 17 octobre, sans compter les blocages de lycées et les appels à la grève dans l’Éducation nationale dès ce lundi 12 octobre : une séquence aussi explosive qu’indécise. C’était donc le bon moment pour la coordination inter-lycées de Grenoble de faire entendre sa voix, à l’occasion d’une conférence de presse organisée à la Maison des associations.
Manifestation lycéenne, le 6 octobre, à Grenoble.Sept lycéen·nes représentant cinq lycées grenoblois (Argouges, Champollion, Stendhal, Mounier et Eaux-Claires) — mais s’exprimant au nom de tous les lycées de l’agglomération et « en lien avec les élèves de Bourgoin-Jallieu, Meylan, Vizille, etc » — et Lizon Marion-Bonnet, étudiante à l’Université Grenoble Alpes (UGA) et présidente de la Coordination étudiante [NDLR : ex-Union étudiante de Grenoble (UEG)], s’adressent tour à tour à un parterre de journalistes, élus et syndicalistes. Un bel exemple d’unité et d’organisation de la part d’élèves qui, souvent, ne se connaissaient pas il y a moins d’un mois.
« Nous ne sommes pas ici pour réclamer des privilèges », expose en préambule une lycéenne. Mais bien pour poser « des questions » restées à ce jour sans réponses. « Les classes surchargées, les professeurs manquants, les AESH insuffisamment disponibles face aux besoins, les emplois du temps très denses, un manque de professionnels de santé et d’orientation, les bâtiments parfois dégradés, voilà la réalité que nous voulons voir prise au sérieux », souligne-t-elle.
Les lycéens rappellent les chiffres, édifiants. Exemple : « 9,8% des heures d’enseignement n’ont pas été assurées dans les établissements publics du second degré en 2024–2025, notamment en raison du non-remplacement des enseignants absents. » Et de s’interroger : « Comment demander à tous les lycéens d’atteindre les mêmes objectifs lorsque le temps d’enseignement n’est pas toujours assuré ? Nous demandons des remplacements plus efficaces, des effectifs mieux adaptés et des moyens humains à la hauteur des besoins. »
Le cortège parti du campus, le 8 octobre, en direction de la préfecture.Les représentants de la coordination inter-lycées entendent bien tordre le cou à certaines idées reçues et aux clichés mensongers colportés par les médias et élus de droite et d’extrême droite : « Nous ne demandons pas à apprendre moins, nous demandons à apprendre mieux ». Mieux mais aussi plus intelligemment. Car, ajoutent-ils, « l’exigence scolaire ne doit pas devenir une course à l’épuisement ».
« Nous voulons une école qui fonctionne mieux », affirment par ailleurs les lycéens. « Et nous ne sommes pas contre les exigences, mais nous voulons que les moyens soient à la hauteur de ces exigences. » Pour autant, tous affichent une conviction : celle que « [leur] avenir ne devrait pas ressembler à une compétition permanente ». Les valeurs ultra-libérales n’ont pas leur place dans l’éducation, estiment ces élèves, qui en viennent naturellement à « dénoncer les limites de Parcoursup », facteur d’aggravation des inégalités de départ.
Sur ce point, les positions diffèrent, entre celles et ceux qui souhaitent « un accompagnement renforcé sur Parcoursup » et les partisans d’une suppression du dispositif. Quoiqu’il en soit, ce combat a aussi permis de dresser des ponts avec celui des étudiants de l’UGA, qui luttent depuis le début de l’été pour inscrire les sans-facs refusés sur Parcoursup. Des étudiants qui, depuis une semaine, ont rejoint les lycéens dans la rue et seront de nouveau à leurs côtés ce mardi 13 octobre.
Les jeunes manifestants applaudis par leurs aînés, le 6 octobre, place Victor-Hugo.« On est une jeunesse et on était sur les bancs des lycées il y a encore quelques mois ou quelques années pour la plupart d’entre nous », explique Lizon. L’étudiante cite le chiffre qui dit tout : « Avec Parcoursup, ce sont plus de 126 000 personnes qui ont été recalées de la phase principale. La sélection commence là mais elle continue après avec Mon Master. » De fait, si l’enseignement supérieur a « ses thématiques qui lui sont propres », à l’instar du coût de la vie étudiante, la plupart des revendications étudiantes font écho à celles des lycéens et même des enseignants. Tous victimes, à leur niveau, du manque de moyens.
« La répression policière révolte de plus en plus les gens, dont les profs et nos parents. Et les gens qui étaient réticents à prendre part au mouvement sont tellement choqués par cette violence qu’au final, ils nous rejoignent. »
La présidente de l’UEG n’hésite pas en outre à féliciter ses jeunes camarades. « Ils sont en train de nous montrer la voie, ça fait longtemps qu’on n’a pas vu un mouvement social ayant une telle force », salue-t-elle. Un mouvement dont la puissance effraie le gouvernement et les pouvoirs publics qui, une fois encore, répondent par la force brute et brutale. Main arrachée, mâchoire fracassée, jeune éborgné… Les images des violences policières sont restées imprimées sur les rétines et dans les têtes. Avec près de 7 000 interpellations depuis le début du mouvement lycéen, la répression a ainsi atteint un niveau inédit.
« On ne s’y attendait pas forcément », avoue un lycéen de Mounier au micro. Pour une partie des élèves néanmoins, ce n’est pas une nouveauté. « Dans mon lycée, à Mounier, il y a beaucoup de jeunes des quartiers populaires, poursuit-il, donc on est habitués à se faire contrôler par les policiers, à recevoir des insultes racistes, ce genre de choses… » Tous sont en tout cas profondément choqués de l’exploitation médiatique de leur mouvement, avec ces chaînes, comme CNews ou BFM, qui « préfèrent parler en boucle des poubelles brûlées que des jeunes gazés et tabassés par des CRS ».
Pancartes dans le cortège lycéen, le 6 octobre, à Grenoble.Les lycéens apprécient en revanche de voir le gouvernement pris à son propre piège. Celui espérait en effet — tactique classique — terroriser et décourager les jeunes manifestants et bien sûr leurs parents. En réalité, « ça fait l’effet inverse », constate une lycéenne. « La répression policière révolte de plus en plus les gens, dont les profs et nos parents. Et les gens qui étaient réticents à prendre part au mouvement sont tellement choqués par cette violence qu’au final, ils nous rejoignent. »
Quant aux accusations de collusion, voire de manipulation par certains partis de gauche, notamment LFI, cela les fait sourire. « Nous, les lycéens, on est politisés et intelligents, on a nos propres revendications », assènent-ils. « Il n’y a aucun récupération politique. C’est juste que les militants de gauche sont dans la rue et sur les blocages avec nous, et on a des valeurs communes — plus qu’avec la droite — donc leur soutien est bienvenu. »
La coordination inter-lycées a désormais en ligne de mire les grosses mobilisations à venir. Celle de ce mardi 13 octobre d’abord, avec trois cortèges partant de différents points de l’agglomération grenobloise [NDLR : voir encadré] pour se rejoindre et former un cortège unique, qui reliera Chavant à la préfecture, via le rectorat. Puis, rebelote jeudi 15 octobre, avec une nouvelle manifestation dans les rues de Grenoble. Avant le grand rendez-vous du samedi 17 octobre qui doit marquer, partout en France, le retour des Gilets jaunes, en lutte notamment contre l’augmentation du coût de la vie et l’austérité budgétaire.
Une date qui fait cauchemarder le gouvernement. Lequel redoute plus que tout cette fameuse « convergence des luttes » qu’appellent de leurs vœux les lycéens et lycéennes présents dans la salle. Et si les autorités misaient sur les vacances scolaires, qui débutent en fin de semaine, pour éteindre les feux de la contestation, elles risquent d’être déçues, prévient la coordination. « On va bloquer nos lycées jusqu’aux vacances, ensuite, on va s’organiser encore plus que maintenant et on bloquera autre chose. »
La convergence des luttes entre salariés, lycéens et étudiants, cauchemar du gouvernement.Un chose est sûre, les lycéens ne sont pas prêts à agiter le drapeau blanc et réfutent fermement les propos de la préfecture évoquant un essoufflement du mouvement. « La mobilisation ne faiblit pas et ne faiblira pas », lancent-ils d’une seule voix. Et d’avertir : « Pour nous, ce n’est que le début. Et ça ne s’arrêtera pas tant que l’on n’a pas ce qu’on veut ! »
Trois points de départ sont prévus pour la manifestation grenobloise, ce mardi 13 octobre : à 10h30 à l’arrêt Bibliothèques universitaires, sur le campus de l’UGA ; à 10h devant l’Institut de géographie alpine, avenue Marie-Reynoard ; à 11h devant le lycée Les Eaux-Claires. Les trois cortèges se rejoindront ensuite du côté de Chavant, aux alentours de midi, pour prendre la direction du rectorat, avant l’arrivée place de Verdun, devant la préfecture de l’Isère.
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Publié le 12.10.2026 à 16:28
Luc Renaud
Sept bureaux de poste en Isère, dont quatre à Grenoble. C’est le nombre d’établissements dont la direction de la poste vient d’annoncer la fermeture. Ou plus exactement selon elle, de rendre publique devant les instances du personnel une liste qui recense les « sites sur lesquels La Poste pourrait engager une réflexion et une concertation dans le cadre de sa convention tripartite avec l’État et les maires de France, afin d’identifier les solutions de présence postale les mieux adaptées aux besoins des habitants et aux réalités locales. » Autre manière d’afficher le même objectif.
Ces fermetures s’inscrivent dans le cadre d’une perspective nationale, celle de la suppression de 471 bureaux. Le collectif « J’aime ma poste » s’en indigne. C’est un choix politique « qui dure depuis plusieurs années, sacrifiant des milliers de bureaux. C’est le service public qui est dans le collimateur et il n’est pas le seul : l’hôpital et la santé se portent très mal, la justice étouffe sous le manque de moyens, l’éducation nationale est délaissée, provoquant le puissant mouvement actuel », constate le collectif.
Ce choix ne saurait être justifié par des difficultés économiques : « Le groupe la poste et le gouvernement ont fait le choix de la rentabilité plutôt que du service public : le résultat net pour 2025 s’élève à 1 milliard 200 millions et le chiffre d’affaires postal a augmenté de 13 milliards d’euros en dix ans, porté notamment par le boom du colis. »
Le collectif appelle donc les habitants et les forces politiques à se mobiliser. « Il y a urgence : la poste veut fermer Bajatière et Stalingrad d’ici la fin de l’année ! ».
Des pétitions sont en circulation et des initiatives ont déjà été prises sur les marchés de l’Abbaye et de l’Île verte. Le collectif « J’aime ma poste » annonce sa détermination à « empêcher ce mauvais coup » et appelle « usagers, postiers, habitants, élus, syndicats, union de quartiers » à se rassembler « pour défendre le service public de la poste ».
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