Publié le 24.07.2026 à 19:56
Manuel Pavard
La première plainte avait été déposée par la ville de Grenoble au commissariat, dans les jours suivant l’interruption du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet, à la suite de l’action menée par 150 à 200 manifestants pro-palestiniens, à l’appel de LFI et de différentes organisations. Une démarche volontairement lacunaire, de l’aveu de la mairie, et qui visait essentiellement les dégradations matérielles. Depuis, la polémique n’a pas désenflé, loin s’en faut, et de nouveaux éléments ont conduit la municipalité à déposer une nouvelle plainte, cette fois auprès du procureur de la République, ont annoncé ce vendredi 24 juillet Laurence Ruffin et l’avocat parisien Arié Alimi, lors d’une conférence de presse.
« Depuis samedi, il y a eu des témoignages, des vidéos qui montrent que les faits sont graves », explique la maire de Grenoble. Elle rappelle qu’une artiste a été prise pour cible. « J’insiste sur le fait que c’était une femme seule face à une foule injurieuse. On a eu des élus de la République, des agents de la ville qui ont été intimidés, agressés, menacés, et le public, venant là pour un événement festif, un moment convivial, populaire, gratuit, qui a été mis en danger », affirme-t-elle.
La seconde plainte regroupe donc plusieurs motifs. D’abord les infractions visées initialement, à savoir la dégradation de biens d’autrui — en l’occurrence les câbles sectionnés -, l’entrave avec menace contre la liberté d’expression et la mise en danger de la vie d’autrui. Sur ce dernier point, les câbles sectionnés auraient pu causer des « risques d’atteinte à l’intégrité corporelle importants », précise Arié Alimi, citant les possibilités d’électrocution ou d’incendie.
Barbara Butch sous les huées et invectives des manifestants pro-palestiniens, le 18 juillet, au Jardin de ville. DREnsuite, en étudiant les vidéos, les témoignages d’agents de la ville, les révélations de certains médias, l’avocat s’est rendu compte que « de manière avérée — même si c’est contesté par les organisateurs de la protestation — des projectiles ont été lancés » sur Barbara Butch, sur l’adjoint à la culture Alexis Monge et sur la scène. Ce qu’on nomme, en termes juridiques, « usage d’armes par destination ». D’où une plainte visant également des violences volontaires en réunion, avec usage d’armes par destination, d’une part « sur personne titulaire d’un mandat électif », d’autre part sur la DJ.
Pour cette dernière, « les violences peuvent être caractérisées notamment par les vociférations, les hurlements, les cris », indique Me Alimi. Et les violences volontaires comportent en outre dans son cas « une circonstance aggravante, l’utilisation de gestes injurieux à caractère sexiste ». L’avocat fait ici référence aux nombreux doigts d’honneur visibles sur la vidéo. Barbara Butch étant « connue pour avoir déjà été victime d’un grand nombre de harcèlements par la sphère de l’extrême droite, en raison du fait qu’elle est femme, lesbienne, et grosse, les doigts d’honneur peuvent caractériser à l’évidence le caractère sexiste à son égard », estime-t-il.
Un point qu’ont d’ailleurs également abordé les communistes. « Un doigt d’honneur ne peut être tenu pour un argument politique : c’est une insulte à caractère sexuel qui se veut infamante, adressée publiquement à une artiste luttant pour la visibilité des lesbiennes », a ainsi dénoncé la fédération PCF de l’Isère dans un communiqué daté du 21 juillet.
Arié Alimi comme Laurence Ruffin tiennent à mettre d’emblée les points sur les i : il est « légitime de protester », d’exprimer un désaccord et même de boycotter un événement culturel… en ne s’y rendant pas. Mais « boycotter, ce n’est pas entraver », martèlent-ils tous les deux. « Ce sont des méthodes que je n’accepte pas en tant que maire », assène l’édile, considérant qu’on a « franchi une ligne rouge » samedi soir. Dans une ville comme Grenoble, engagée contre le racisme, contre l’antisémitisme, contre l’homophobie, pour le féminisme, il est en effet impensable de « prendre pour cible une artiste se trouvant au croisement de ces discriminations », s’insurge Laurence Ruffin.
Les manifestants accusent Barbara Butch d’avoir signé une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan (finalement retirée), avant de se rétracter par la suite — des regrets jugés insuffisants par les insoumis — ainsi que d’avoir mixé à l’ambassade de France à Tel-Aviv, en juin 2025, en plein génocide à Gaza. Des positions contestables, reconnaissent la maire et l’avocat, évoquant leur opposition à la loi Yadan ainsi que leur soutien à la cause palestinienne.
Barbara Butch au moment de quitter la scène du Cabaret frappé, à la demande des organisateurs. DRMais le problème n’est pas là, assure Arié Alimi, qui insiste sur « l’éthique du boycott culturel ». Car à l’origine, la campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel en Israël a posé très clairement les termes. Celui-ci « ne vise pas une nationalité, une origine ou une identité, mais des liens institutionnels de complicité ». Or, il y a ici non seulement une trop grande « personnalisation », mais également, déplore l’avocat, « une disproportion manifeste entre ce qui est reproché à Barbara Butch et les modalités de l’empêchement de sa création ».
Ces modalités, ce sont « les jets de projectiles, les violences, les injures, le fait qu’il y ait une foule contre une femme seule, et pas contre un État ou contre des forces de l’ordre armées », poursuit-il. C’est même un principe cardinal, insiste Arié Alimi : « La fin ne justifie jamais les moyens. Et c’est la raison pour laquelle on doit répondre à ce type de faits par le droit. »
Pour l’avocat et militant de la LDH, le débat dépasse le seul cas de la DJ : « Ce n’est pas que Barbara Butch qui est visée aujourd’hui en France. C’est Médine, c’est le Collège de France, c’est un ensemble d’artistes qui ont des visions différentes de la situation et qui doivent conserver la liberté d’expression artistique, académique et culturelle. »
« Médine a été ciblé car il est Arabe et musulman. Et pour Barbara Butch, c’est la même chose. Je pense qu’il y a une personnalisation et une focalisation autour d’elle parce qu’elle est juive, lesbienne et grosse. »
Les exemples ne sont pas cités au hasard. Médine a été ciblé « car il est Arabe et musulman », souligne-t-il. « Et pour Barbara Butch, c’est la même chose. Je pense qu’il y a une personnalisation et une focalisation autour d’elle parce qu’elle est juive, lesbienne et grosse. »
Laurence Ruffin explique de son côté que les mêmes principes l’ont guidée dans une autre affaire. « De la même manière, j’ai défendu la liberté de programmation du 102 quand la droite avait demandé au conseil municipal de déprogrammer un événement antifasciste » [NDLR : festival organisé par l’Action antifasciste Grenoble pour ses cinq ans d’existence, en mai dernier], confie la maire.
Quid de la France insoumise et d’Allan Brunon ? Co-organisateur de l’action au Cabaret frappé, le président du groupe LFI à Grenoble se retrouve aujourd’hui dans l’œil du cyclone, ciblé de toutes parts par ses adversaires politiques — et parfois par ses ex-alliés. Chose qui ne l’a pas empêché d’assumer les faits ni de contre-attaquer dans les médias, accusant par exemple Laurence Ruffin de « manquer de courage politique ».
Allan Brunon, président du groupe insoumis au conseil municipal, cristallise les critiques.Pour autant, contrairement à Barbara Butch qui a décidé de déposer une plainte contre LFI, la ville de Grenoble porte bien plainte contre X. Néanmoins, si aucun auteur potentiel n’est visé nominativement, « en revanche, certaines personnes sont mentionnées dans la plainte, notamment Allan Brunon puisqu’il a fait des déclarations depuis et a reconnu avoir organisé ce mouvement de protestation », confie Me Alimi — qui, pour la petite histoire, fut l’avocat de Jean-Luc Mélenchon.
Cela aura-t-il un impact sur la suite du mandat ? Difficile à dire… Laurence Ruffin rappelle toutefois que « LFI est dans l’opposition » et que les futures décisions émaneront toujours de la majorité municipale, dont ne font pas partie les insoumis. Pour le reste, la maire de Grenoble l’assure, elle n’est « pas en bataille contre un parti dans cet engagement », elle qui a « toujours porté l’union de la gauche ». Et l’édile de conclure : « En tant que maire, je veux permettre aux Grenoblois de vivre de façon apaisée, de se dire que lorsqu’ils vont à un concert, ils vont vivre un beau moment. »
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Publié le 24.07.2026 à 19:28
Luc Renaud
La CGT sur le Tour de France, une évidence. Et une tradition, depuis 1947. L’union départementale de l’Isère y prend sa part. Avec, lors de chaque passage en Isère, un stand monté sur un passage stratégique. Autant dire que, cette année, c’est la montée à l’Alpe‑d’Huez qui avait été choisi. Au kilomètre zéro des vingt-et-un lacets mythiques, pour bien faire les choses.
Plusieurs dizaines de milliers de spectateurs – davantage sûrement – sont ainsi passés devant le stand et nombre d’entre eux se sont arrêtés boire un verre et, pour certains, entamer une discussion. Un défilé ininterrompu deux jours durant, du jeudi au vendredi vers 17 heures, le moment où l’on a pu voir rouler Tadej Pogacar, quelques secondes avant son époustouflante remontée qui l’a vu rattraper plus de deux minutes sur la tête de course et l’emporter à l’arrivée dans la station de l’Oisans.
Le stand de la CGT avait été installé au kilomètre zéro des 13,8 km de la montée à l’Alpe.Les militants de la CGT – ils étaient une quarantaine pendant les deux jours – avaient choisi de placer leur rendez-vous sous le signe du 90e anniversaire des congés payés, un conquis social de 1936. Des maillots avaient été conçus à l’effigie de cet anniversaire. « En cette période de vacances au cœur de l’été, c’est important pour nous de rappeler que les congés payés ça ne tombe pas du ciel ; il a fallu se battre et défendre les conquis sociaux, en gagner d’autres, c’est aujourd’hui encore une bataille », soulignait Nicolas Benoit , secrétaire général de l’union départementale CGT de l’Isère.
Sur ce thème, celui des revendications syndicales, du nécessaire renforcement de la CGT, des rencontres ont eu lieu sur la montée de l’Alpe, la veille du passage du tour, avec les nombreux spectateurs déjà installés pour ne rien rater de la fête.
Le maillot CGT de cette édition 2026 du Tour de France.La fête, c’était aussi le jeudi soir, au stand. « Des musiciens irlandais sont venus animer un bal improvisé devant le stand », raconte Nicolas Benoit dans un large sourire. Fête populaire et rencontres internationales avec des Slovènes, bien sûr, mais aussi des Espagnols, des Allemands, ou même des Anglais… Et parmi eux, des syndicalistes venus échanger avec leurs camarades français.
Évènement sportif, aussi pour les militants isérois de la CGT. Un peloton de dix-neuf coureurs, dont une féminine, devait s’élancer dans la montée de l’Alpe, à 8h30 au matin du 24 juillet. Devant l’affluence inédite de spectateurs et l’impossibilité de redescendre dans des délais compatible avec la course, c’est finalement le col d’Ornon qui a été gravi, en accord et sous escorte de la gendarmerie.
Une belle et immense fête populaire et sportive, en un mot.
Nicolas Benoit, secrétaire général de l’UD de l’Isère de la CGT. Les congés payés ont même désormais un verre à leur effigie.Qui ne faisait cependant pas oublier les réalités de l’époque. « Ce dont nous avons discuté avec le public, ce sont aussi de leurs inquiétudes face aux programmes anti-sociaux de la droite et de l’extrême droite, notait Nicolas Benoit, des atteintes aux libertés syndicales comme par exemple celles du nouveaux maire RN de Carcassonne ; l’extrême droite n’est jamais dans le camp des travailleurs et combat leurs représentants, surtout s’ils sont à la CGT. »
Après la pause du mois d’août, les syndicalistes CGT se retrouveront pour leur assemblée générale de rentrée le 8 septembre à la bourse du travail de Grenoble.
Ce jeudi 24 juillet, une belle affluence dans les rues du Bourg-d’OIsans, au pied de l’Alpe.Cet article Avec la CGT, le Tour de France sous le signe des congés payés est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 23.07.2026 à 17:51
Manuel Pavard
Apprenant le passage à Sassenage de la 18e étape du Tour de France, qui relie Voiron à Orcières-Merlette ce jeudi 23 juillet, une partie des salarié·es d’Air Liquide Advanced Technologies (AL-aT) ont demandé à pouvoir adapter leur heure de pause afin d’aller applaudir les coureurs. Refus catégorique de la direction. Et ce, alors que les ingénieurs et cadres ont pu, eux, s’y rendre librement. Une nouvelle illustration des « différences entre cols blancs et cols bleus », selon la CGT, qui souligne que celles-ci ont encore augmenté après la mise en place, en avril dernier, des nouveaux horaires — qui avait donné lieu à un mouvement social d’ampleur.
Face à ce traitement inéquitable, le syndicat a décidé d’appeler à la grève entre 13 et 14 heures, ce jeudi. Les salarié·es ont ainsi pu débrayer durant une heure, le temps d’encourager le peloton traversant la commune. Leur demande était pourtant loin d’être abusive, selon la CGT, qui souligne les « résultats financiers remarquables » obtenus en 2025 par Air Liquide Advanced Technologies (filiale du groupe Air Liquide spécialisée dans les technologies de pointe et les environnements extrêmes, comme la cryogénie).
Malheureusement, si « AL-aT ne s’est jamais aussi bien portée », les salariés de production n’ont en revanche pas été récompensés des efforts fournis. Au contraire même. Dans le tract conçu pour ce mouvement, la CGT évoque ainsi l’aménagement du temps de travail pour les ouvrier·es et technicien·nes de production qui ont vu « leurs conditions de travail se détériorer et la mise en place de contrôles quotidiens ». Mais aussi l’externalisation des services maintenance et infra avec la suppression de huit postes, les « projets de réorganisation tous plus complexes et destructeurs pour les personnes qui les subissent » ou encore les transferts d’activité vers des pays à bas coûts.
Corinne Rohrbacher, déléguée syndicale CGT chez Air Liquide Advanced Technologies, à Sassenage.En résumé, « les collègues suent — comme les coureurs — pour dégager ces résultats avec comme seule perspective la peur de perdre leur travail », déplore le syndicat CGT. Lequel a donc profité de ce débrayage pour rappeler ses revendications à la direction d’Air Liquide Advanced Technologies. À savoir « revenir à la table des négociations pour des augmentations de salaires » et « améliorer les conditions de travail en profondeur pour toutes et tous en cessant les réorganisations à tout va qui amènent perte de compétences, démissions, burn out ».
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Publié le 23.07.2026 à 17:05
Luc Renaud
Cette motion adoptée à l’unanimité des membres présents à l’assemblée générale annuelle de l’association, dresse tout d’abord un constat de l’évolution inquiétante des structures du monde culturel actuel. Les adhérents de Savatou prennent l’exemple de l’éditeur Grasset – trois cents autrices et auteurs ont rompu avec cette maison d’édition après sa prise de contrôle par Bolloré – mais aussi du cinéma : « une pétition lancée en mai 2026 par 600 signataires, à la veille de Cannes, dénonçant l’emprise grandissante de Vincent Bolloré via Canal+, CNews et Hachette sur les industries culturelles françaises, a depuis recueilli plus de 3 000 signatures de professionnelles et professionnels du cinéma. La réponse du patron de Canal+ — annoncer qu’il ne travaillerait plus avec aucun·e des signataires — constitue une tentative de liste noire inacceptable. En France, on ne bannit pas des professionnelles et professionnels pour avoir exprimé une opinion », peut-on lire dans ce texte adopté par Savatou.
Savatou, association de tourisme et d’activités culturelles à laquelle sont adhérents des comités économiques et sociaux d’entreprises mais aussi des personnes individuelles par le biais de la carte loisirs, est riche de nombreux partenariats en région Rhône-Alpes. C’est le cas avec les réseaux de cinémas indépendants, des festivals de cinéma comme Écrans des vallées en Tarentaise ou Écran total en Isère, avec la librairie Jean-Jacques Rousseau à Chambéry ou encore l’association Alice et Clochette et le prix du livre et de la BD qu’elle organise afin de valoriser l’édition indépendante.
Dans ce contexte, l’association réaffirme son soutien et sa solidarité avec les acteurs du monde culturel qui font aujourd’hui front face à la concentration des outils culturels et à des tentatives d’intimidation. Elle décide également de renforcer « les partenariats avec le GRAC, l’AcrirA (Association des cinémas de recherches indépendants de la région alpine), Les Écrans et la librairie Jean-Jacques Rousseau, d’amplifier la visibilité du prix du livre et de la BD et des festivals de cinéma Écran Total et Écran des Vallées auprès des organisations syndicales et de ses adhérents collectifs (CSE, COS, amicales, etc.) et individuels, et de porter au sein de l’ANCAV-SC la nécessité d’une mobilisation nationale du tourisme social en défense de la culture indépendante ».
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Publié le 20.07.2026 à 20:01
Travailleur Alpin
Après des semaines de communication intensive appelant à la déprogrammation puis au boycott du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, l’équipe France insoumise de Grenoble a mis ses menaces à exécution, en orchestrant le sabotage de l’événement. Confrontés à des jets de bouteilles et au risque de mouvements de foule dangereux, les organisateurs ont été contraints de prendre la seule décision responsable dans ce type de situation, tout en réaffirmant avec force leur opposition à la censure artistique.
Alexis Monge (ici à la fête du Travailleur alpin 2026), adjoint à la maire de Grenoble en charge de la vie culturelle et des arts, a dû monter sur la scène du Cabaret frappé pour annoncer l’arrêt du concert de Barbara Butch.Mais de quoi parle-t-on réellement, et en quoi cette affaire est-elle une bascule dangereuse, sur le fond comme sur la forme ?
Sur le fond, la communication de l’équipe d’Allan Brunon s’est raccrochée à la campagne de « boycott / désinvestissement / sanctions » animée par les réseaux de solidarité avec le peuple palestinien.
Cette campagne vise à faire pression sur l’économie israélienne, comme cela fut le cas à l’encontre du régime d’apartheid sud-africain, pour contraindre « par le portefeuille » l’État voyou d’Israël à cesser les multiples violations du droit international et à enfin reconnaître les droits légitimes du peuple palestinien. Face à l’impuissance des proclamations morales, il s’agit d’une arme pertinente, qui a déjà montré son efficacité.
Le boycott est davantage questionnable lorsqu’il cible des personnalités israéliennes du monde de la culture qui s’opposent sans ambiguïté au gouvernement d’extrême droite au pouvoir, et mettent précisément leur voix au service de l’égalité et de la dignité du peuple palestinien, à l’image de ce qu’a subi le réalisateur Nadav Lapid lors du festival international de cinéma FIDMarseille, en juin dernier.
L’avocat et militant franco-palestinien Salah Hamouri à la fête du Travailleur alpin 2019.Mais concernant Barbara Butch, s’agit-il d’un cas similaire ? Non, la DJ n’est pas israélienne, mais bien française. Alors, que lui est-il reproché par les organisateurs de la campagne de dénigrement qui a abouti au coup de force du 18 juillet ?
-> D’une part, d’avoir signé une tribune de soutien à la loi Yadan. Mais l’artiste s’en est rapidement expliquée, déclarant en avril : « J’ai signé une tribune pour dénoncer l’antisémitisme en France, que je subis au quotidien […] et depuis mon enfance, qui a été encore plus fort après les JO. […] Bien évidemment que je ne supporte aucune violence d’où qu’elle vienne. […] Bien évidemment qu’il y a des choses à redire sur cette loi. » Nous ne sommes donc pas là en présence d’une Enrico Macias au féminin… On ne peut même pas trouver de positionnement de sa part qui permettrait de la qualifier de « sioniste ».
-> D’autre part, d’avoir animé la Gay Pride de Tel-Aviv en pleine offensive génocidaire à Gaza. Et ici, l’information est tout simplement fausse, puisque ladite Gay Pride n’a pas eu lieu, et que Barbara Butch n’y était pas programmée. En clair, quand l’extrême droite attaque Barbara Butch suite à sa prestation lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, elle le fait pour ce qu’elle est : militante du mouvement LGBTQIA+, progressiste, figure de la lutte anti-grossophobie, ect. Mais ici, l’équipe locale LFI s’est attaquée à une épouvantail, une « femme de paille » fabriquée de toute pièce pour servir les besoins de la « cause ».
Allan Brunon, président du groupe LFI à Grenoble, au milieu des manifestants, samedi 18 juillet, au Jardin de ville. DRTel le Procuste mythologique, qui tranchait les pieds des passants trop grands et étirait les trop petits, nos pseudo-révolutionnaires font passer le réel par pertes et profits derrière l’imaginaire de la lutte… sauf que ce n’est pas l’épouvantail qui subit les agissements déclenchés samedi soir, mais bien l’artiste réelle. Et avec elle, toutes celles et ceux qui seraient amenés à se poser la question « Et si moi aussi, je devenais une cible ? ».
Le philosophe Dominique Pagani nous alertait sur le danger que représentait la prise du pouvoir de l’imaginaire sur le réel, fût-ce au nom de nobles idéaux… Sur le fond donc, ce à quoi se sont livrés les élu·e·s LFI est une lourde faute politique, qui résonne cruellement avec la formule du texte issu du quarantième congrès du PCF, dénonçant « les outrances flirtant parfois avec l’antisémitisme, le racisme, la démagogie et le complotisme ».
Sur la forme ensuite, ce qui s’est passé samedi soir est une première dans l’agglomération grenobloise : un retour d’une forme de violence contre un événement populaire festif.
Cette violence est sans commune mesure avec celle des groupes néofascistes qui pullulent notamment sur Lyon. Violence dont nous avions jusqu’à présent été épargnés à Grenoble. Néanmoins, elle risque fort d’incarner un précédent sur notre territoire entraînant des logiques d’escalade dont tout notre camp social aura à souffrir.
Une exposition de photos prises à Gaza par six photo-journalistes palestiniens était présentée à la fête du TA 2026, à Saint-Égrève.À l’image de l’envahissement de la mairie de Charvieu-Chavagnieux organisé le 26 novembre 2021, alors qu’Allan Brunon était encore militant dans le Nord-Isère, cette action est en réalité digne d’un remake du Pope Gapone — agent provocateur tsariste qui a conduit des milliers d’ouvriers à la mort lors d’émeutes réprimées dans le sang -, ne faisant pas avancer d’un pouce la cause prétendument défendue, mais alimentant la légitimation de l’adversaire de classe.
En 2021, le « secouage » des agents municipaux par les militants « anti extrême droite » avait permis au maire Gérard Dezempte (Reconquête) de dérouler son discours de soi-disant « défenseur de l’ordre républicain face au fascisme d’extrême gauche ». Ici, les droites se frisent les moustaches, avec un exemple de choix alimentant leur discours sur les soi-disant « Chickens for KFC », et sur leur récupération frauduleuse de la défense des LGBTQIA+ comme des Juifs de France.
Cette affaire doit faire réfléchir au sein de notre camp social. Si nous sommes très prompts — à juste titre — à pointer les défaillances « droitières » et à faire nos autocritiques dans ce domaine, il faut bien reconnaître que le « gauchisme » — au sens de la « maladie infantile » décrite par Lénine — est accueilli avec beaucoup plus de bienveillance.
On se dit souvent « Ils crient fort, mais c’est la jeunesse, ils vont apprendre, au moins ils ont des convictions et ils les défendent… », voire qu’ils piquent la gauche de transformation sociale là où ça fait mal, au cœur des contradictions auxquelles nous faisons face en nous confrontant concrètement à l’exercice du pouvoir local dans un cadre contraint.
Conférence organisée par l’AFPS à Échirolles, en janvier 2024, avec la participation de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri : un exemple de solidarité concrète avec les Palestiniens.Mais s’il ne doit jamais être question de reprendre les argumentaires de l’adversaire et de « hurler avec les loups », il est temps de durcir le ton, précisément dans l’intérêt de notre camp social. Il est temps de ne plus baisser la tête face aux injonctions de ceux qui ne font que jouer un mauvais cosplay dans un costard trop grand pour eux, et de poser les termes, sans sectarisme artificiel mais avec fermeté, à chaque fois que nécessaire.
C’est à ce prix que nous éviterons de laisser dans une impasse mortifère toutes celles et ceux qui se raccrochent sincèrement à une force « tribunicienne » dont on ne peut nier l’attrait, mais qui ne propose à ce stade rien d’autre comme perspective stratégique que la défaite — « avec panache », s’il vous plaît ! — face au fascisme.
Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère
Cet article Tribune. « Campagne » contre Barbara Butch : chronique d’un naufrage est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 20.07.2026 à 12:17
Travailleur Alpin
Combattre et condamner le génocide et la loi Yadan est totalement légitime, mais avec d’autres méthodes. C’est en substance le message qu’a souhaité délivrer la section de Grenoble du PCF, en réaction à l’interruption forcée du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet au soir, au Jardin de ville. La DJ a en effet dû arrêter son set et quitter la scène du festival grenoblois au bout de vingt minutes, face aux huées, invectives et sifflets [NDLR : certaines sources évoquent des jets de projectiles, des versions contradictoires existant sur ce point] d’environ 150 à 200 manifestants pro-palestiniens.
Barbara Butch fait un cœur au public, avant de quitter la scène prématurément. DRL’action était menée à l’appel de la France insoumise et de plusieurs autres organisations, comme Urgence Palestine, l’Action antifasciste (AFA) Grenoble, le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) ou le Collectif Georges Abdallah 38. Depuis plusieurs semaines, celles-ci militaient pour boycotter et déprogrammer Barbara Butch. L’artiste lesbienne, connue par ailleurs pour son engagement contre l’antisémitisme, les lgbtphobies et la grossophobie, était surtout accusée par les manifestants d’avoir signé une tribune en faveur de la très controversée proposition de loi Yadan (in fine retirée). Sans oublier sa participation à un concert organisé dans la résidence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv, en juillet 2025.
Allan Brunon, président du groupe LFI à Grenoble, au milieu des manifestants réunis au Jardin de ville. DRDans un communiqué intitulé « Oui aux débats, non aux interdictions », le PCF Grenoble rappelle en préambule son opposition à la loi Yadan qui, « si elle avait été adoptée, aurait été une atteinte grave à la liberté d’exprimer son opposition à la politique génocidaire et colonialiste du gouvernement Netanyahou en assimilant toute critique à de l’antisémitisme ». La section se félicite également que cette proposition de loi ait été retirée — en attendant une nouvelle version préparée par le gouvernement — « grâce à une forte mobilisation citoyenne (700 000 signataires de la pétition) et à celle des partis de gauche, syndicats, associations ».
« Nous rejetons fermement la loi Yadan », répètent donc les communistes, rappelant leur engagement aux côtés des Palestiniens et contre le génocide à Gaza. Toutefois,« empêcher la tenue d’un concert d’une artiste en raison de son positionnement politique est une atteinte à la liberté d’expression et d’exercice de son métier d’artiste », nuancent-ils. Et de conclure : « Nous laissons au RN et au gouvernement qui voulait interdire une fête organisée par LFI à Paris ce genre de méthode qui s’en prend à la liberté d’expression et de création. »
Les manifestants pro-palestiniens protestant contre la venue de Barbara Butch au Cabaret frappé. DRUne position rejoignant celle de l’adjoint à la culture Alexis Monge, qui invoque la liberté de programmation, refusant de s’immiscer dans les choix artistiques de l’association Retour de Scène, en charge de la programmation musicale du Cabaret frappé depuis 2021. « Liberté de création, liberté de programmation : c’est ce qu’on défend et ce qu’on a défendu ces dernières semaines à Grenoble pour laisser Barbara Butch s’exprimer », répondait l’élu communiste à France 3, peu avant le début du festival. « Il n’y aura pas de censure préalable […] alors qu’elle subit depuis les Jeux olympiques beaucoup d’attaques antisémites » — émanant en particulier de l’extrême droite.
Alexis Monge a néanmoins annoncé au Travailleur alpin son intention de déposer plainte pour intimidation à son égard et pour une bouteille lancée alors qu’il prenait la parole sur la scène du Cabaret frappé, après l’arrêt du concert. Dépôt de plainte également de la part de la ville de Grenoble, qui a indiqué à Libération vouloir saisir la justice, notamment pour le sabotage des installations électriques. Ce dossier n’a donc pas fini de faire parler…
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Publié le 18.07.2026 à 11:22
Didier Gosselin
On savait le maire LR de Bourgoin-Jallieu, Vincent Chriqui, peu soucieux des conditions de travail des agents territoriaux, mais la canicule et ses conséquences ont montré qu’il n’avait que faire non plus des conditions faites aux usagers des services municipaux, notamment les enfants dans les écoles…
Pierrette, agente territoriale spécialisée dans les écoles maternelles (Atsem) ne cache pas sa colère et son indignation. « Quand j’ai fait le tour des offices et des cantines, souligne cette militante CGT, et que j’ai téléphoné à toutes les cheffes d’équipe, j’ai appris que des particuliers avaient fait des dons de ventilateurs, et que des parents d’élèves en avaient acheté pour plus de 1500 euros… C’est parfaitement anormal », insiste-t-elle.
La canicule de fin juin a éprouvé durement tous les agent·e·s de la restauration scolaire qui ont travaillé dans des conditions de chaleur infernale, amplifiée par la cuisson des plats. Une chaleur qui n’a bien évidemment pas épargné les enfants. Pierrette souligne que des collègues ont fait des malaises et que certains ont été mis en arrêt maladie. Sans remplacement bien sûr, et donc une charge de travail reportée sur les collègues restés en activité.
Si du côté de la mairie, on reconnaît cette défaillance, on promet aussi d’investir dans des ventilateurs et dans de gros travaux qui pourront limiter les effets de ces fortes chaleurs… Mais sans préciser quand et avec quel budget. En attendant, précise Pierrette, « les écoles accueillent les centres de loisirs pendant l’été et leur situation n’a pas évolué, alors que la canicule risque de se poursuivre cet été » … Le syndicat CGT a, dans le même sens, préconisé la production et le service de repas froids. Proposition rejetée par la mairie…
Seule concession du maire, reporter le feu d’artifice du 14 juillet au 23 août, anniversaire de la Libération, car il ne faudrait pas que la canicule gâche la fête et empêche la population d’en prendre plein les yeux…
Eric Orcel, délégué CGT, rappelle que le maire VIncent Chriqui déroule son programme avec entre autres l’obsession de faire des économies, d’où une politique rampante de privatisation des services municipaux et de tentatives récurrentes de rendre polyvalent·e·s les fonctionnaires territoriaux afin qu’ils pallient aux manques ou absences de personnels. Ce qui n’empêche pas l’édile de vouloir, c’est l’autre versant de sa politique, développer l’axe sécuritaire et étoffer sa police municipale en recrutant de nouveaux agents…
La gauche avait sonné l’alerte dès le conseil municipal du 18 juin.
Le groupe GRECS (Gauche rassemblée écologiste citoyenne et solidaire) est effectivement intervenu le 18 juin en conseil municipal, un jour avant que l’Isère ne soit placée en vigilance orange canicule par Météo France.

« Nous constatons chaque année que lors des épisodes de fortes chaleurs, la température grimpe en flèche dans bon nombre de nos école », avait déclaré l’élue Céline Girard. « Faute de solutions structurelles de la part de la municipalité, nous assistons à un système D permanent : des enfants qui apportent des ventilateurs individuels, ou des associations de parents d’élèves qui en sont réduites à proposer l’achat de rafraîchisseurs mobiles sur leurs propres budgets. Cette situation n’est pas tenable.
Les vagues de chaleur vont s’intensifier et se multiplier à l’avenir. Face à ce constat scientifique, l’adaptation de nos locaux est une responsabilité de premier plan pour la commune. Protéger les enfants, les enseignants et les agents périscolaires est un devoir.
Pourtant, à ce jour, nous n’avons connaissance d’aucun plan global d’adaptation de notre patrimoine public face aux canicules.
Monsieur le Maire, nous profitons de cette décision pour vous poser deux questions précises :
Il est de notre responsabilité collective de planifier dès aujourd’hui l’école de demain ».
Le 20 juin, l’élue Frédérique Pénavaire (PCF) interpellait le maire, par courrier, au nom du groupe d’opposition GRECS.

« Nous vivons une nouvelle fois un épisode de chaleur intense et précoce qui touche une bonne partie de la France. Ces fortes chaleurs devraient durer jusqu’à la fin de la semaine et sont susceptibles de mettre en difficulté les personnes les plus fragiles : enfants, personnes âgées, personnes isolées…
Notre groupe considère qu’une action forte doit être mise en place par l’état dont l’action va à l’inverse des objectifs de lutte contre les émissions des gaz à effet de serre qui causent ces canicules en réduisant drastiquement les investissements publics pour le climat : coup de frein à Ma Prime Renov, division par deux du Fonds Vert, par cinq du Fonds Vélo, suppression de la prime à la conversion pour encourager le passage aux voitures électriques…
Cependant, la commune a un rôle important et doit prendre des mesures pour protéger les habitants-tes, certaines communes ou intercommunalités ont mis en place un plan comprenant par exemple la gratuité des transports collectifs pour limiter la pollution, la gratuité des piscines, la multiplication de lieux arborés ….
Le Département de l’Isère, en vigilance jaune canicule depuis mercredi 17 juin 2026, est désormais passé en vigilance orange canicule à compter du vendredi 19 juin à 12h00.
Aussi notre groupe souhaite avoir connaissance du plan de prévention des risques liés à la canicule mis en place à Bourgoin-Jallieu.
Plus globalement nous souhaiterions être informés et débattre d’un plan d’investissement d’adaptation au changement climatique ».
Comme réponse, les élu·e·s de gauche ont reçu de la part du directeur de cabinet la liste des recommandations nationales appliquées localement aux personnes âgées, les plus vulnérables. « Le plan canicule de la ville repose notamment sur le suivi des populations fragiles, déclare le directeur de cabinet. L’ensemble des services du centre communal d’action sociale (service social, résidence autonomie la Berjallière, et espace des services séniors) est mobilisé afin d’assurer une veille active auprès des publics les plus fragilisés.
Aucun début de réponse n’est apporté aux questions de fond posées par les élu·e·s de gauche, à savoir la mise en place au niveau local d’un plan de lutte contre les effets dévastateurs de la canicule, tant pour anticiper à moyen terme (isolation des locaux, refuges climatiques, végétalisation etc.) que pour protéger immédiatement (climatisation des lieux publics comme les écoles, gratuité des piscines et des transports en commun…). Aucune proposition non plus pour articuler un projet local climat à un plan plus général (communauté de communes, région…) et pour le financer sérieusement, y compris en développant l’emploi et la formation aux métiers de la lutte contre le réchauffement climatique.
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