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Le Travailleur Alpin

Publié le 27.03.2026 à 18:07

Travailleur Alpin

Lundi 23 mars, quelques heures à peine après le second tour des élections municipales, Claudine Didier [tête de liste d’union de la gauche « Fontaine Nous Rassemble »] reçoit un SMS. « As-tu déjà envoyé ta lettre de démission de la Métropole ? ». Une question simple, posée par Esma Rais, nouvelle élue d’opposition LFI.

Problème. La tête de liste s’était effectivement engagée à démissionner de la métropole si elle était élue maire, en faisant même un argument de campagne en revendiquant une « maire 100% disponible pour sa ville »… Mais le résultat du scrutin en a décidé autrement, et la liste de gauche n’a pas réussi à s’imposer dans les urnes le dimanche 15 mars : Claudine Didier n’est pas maire de Fontaine.

La machine s’emballe, et aux messages agressifs dans des boucles Telegram [ndlr : outil de messagerie instantanée] succèdent les communiqués de presse et publications « indignées » sur les réseaux sociaux.

En réalité, l’exagération de cette affaire – qui demeure un non-sujet pour les communistes – vise à deux autres objectifs, qui concerneraient davantage les débats internes au sein du mouvement insoumis.

Des insoumis fontainois divisés…

Un observateur des discussions engagées entre les forces de gauche fontainoises au printemps et à l’été se rappelle qu’il n’avait pas été simple de convaincre l’état-major LFI de jouer le jeu de l’union. A l’époque, il était apparu que si une part non négligeable des militants locaux poussaient sincèrement à la roue de l’union, le couple Rais était plus sensible aux arguments des dirigeants pesant depuis l’extérieur et prônant une liste autonome LFI. À l’image de… Allan Brunon, candidat à Grenoble, qui serait allé jusqu’à intervenir dans des réunions fontainoises pour essayer d’imposer sa ligne stratégique, en cohérence avec la campagne autonome qu’il lançait lui-même à Grenoble.

Esma Rais (LFI), Anne Habozit (les Écologistes), Maryline Fily (PCF), candidates sur la liste que conduisait Claudine Didier.

Au final, le choix de l’union l’a emporté, non sans obtenir un très fort quota de candidats insoumis sur la liste commune, faisant sur le papier du mouvement la première force au sein de la future majorité en cas de succès. Un accord qui sera ensuite utilisé par les (ex-)socialistes et le représentant Place Publique pour justifier leur ralliement au maire de droite sortant.

Mais les tensions ont continué de s’exprimer dans la campagne, fragilisant la dynamique de terrain. Ainsi, perdant la main en interne, Slimane et Esma Rais ont créé leur propre groupe d’action LFI – la structure de base du mouvement –, distinct de celui « historique » qui regroupe encore la majorité des militants insoumis fontainois. Et, après la publication des candidats présentés sur le livret programme, le couple a fait retirer de a liste déposée en préfecture des candidatures LFI jugées « non conforme » à leurs attentes.

Un militant communiste se souvient, presque amusé, de ce moment : « On allait déposer la liste, et là, ils nous appellent pour dire que finalement ils modifient certaines candidatures ; comme ils n’avaient pas assez de monde proche d’eux pour remplacer ceux qu’ils écartaient, un sympathisant communiste s’est retrouvé sur leur quota et ça a fait remonter un adhérent PCF dans le tableau… heureusement que les insoumis « unitaires » sont sympas, ils ont continué à s’investir à fond dans la campagne ; après un coup comme ça de leurs représentants officiels, on craignait qu’ils finissent par claquer la porte… »

Ces divisions au sein du mouvement insoumis dépassent d’ailleurs le cadre de la commune : la campagne électorale aura vu nombre de militants grenoblois venir aider la liste unitaire à Fontaine, pendant que l’appareil de LFI dirigeait des militants fontainois vers celle de Antar Labiod, candidat LFI à Echirolles, qui se présentait contre la maire communiste Amandine Demore.

L’opération engagée à l’encontre de Claudine Didier vient donc tenter de légitimer une ligne contre une autre, certains allant jusqu’à parler presque ouvertement de « caporalisation »

et un contre-feu concernant les négociations métropolitaines LFI/Place Publique

Autre motivation de l’opération : éviter d’attirer le regard des militants insoumis sur les négociations en cours entre Allan Brunon, qui dirige une délégation LFI de sept élus grenoblois à la Métropole, avec Christophe Ferrari (Place Publique), président sortant de l’institution, négociations visant à conforter ce dernier.

Allan Brunon, lors de la première réunion du conseil municipal de Grenoble.

Alors que la gauche sort traumatisée du mandat 2020–2026, et que du côté des écologistes et de certains socialistes, beaucoup entendent tout faire pour tourner la page, la position d’Allan Brunon dans les manœuvres en cours a pu surprendre. Le chef de file insoumis, s’il affirme prévoir un tour de piste autour de sa propre candidature, ne cache pas le fait que le président sortant mène des discussions avec lui, en vue d’œuvrer à sa réélection. De fait, si les échanges entre élus de gauche ne s’engagent pas sérieusement dans les jours qui viennent, on pourrait donc retrouver avec un axe « Petites communes – centristes – LFI » lors du conseil du 17 avril, les élus insoumis participant à rééditer le tour de force de 2020 en mêlant leurs voix à celles du groupe macroniste, voire de la droite, contre celles des élus socialistes et écologistes…

Un bel exemple de tactique politique que d’aucun pourrait qualifier de « tambouille », pour citer Jean-Luc Mélenchon, et qui risque fort de ne pas passer auprès de la base insoumise. D’où l’enjeu de multiplier les contre-feux.

Les semaines qui arrivent semblent devoir s’annoncer mouvementées.

Robert W. Wellnes

Métropole : les communistes appellent à la responsabilité et au dialogue

De leur côté, les communistes ne restent pas inactifs. Alors qu’ils sortent renforcés de la séquence, et pourront compter sur un groupe d’au moins une quinzaine d’élus au conseil métropolitain comprenant deux maires triomphalement réélus malgré une profusion de listes en face d’eux – 51,1% dès le premier tour pour David Queiros, 59,6% au second tour pour Amandine Demore –, ils entendent « poursuivre leur rôle de trait d’union, pour bâtir un pacte de gouvernance qui intègre à la fois la dimension politique – à gauche – et celle des territoires, indispensable dans une intercommunalité de coopération choisie ». Une expression est en préparation, ainsi que des propositions de rencontres. Affaire à suivre.

Cet article Fontaine. Comprendre la polémique post-élections entre LFI et le PCF est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 26.03.2026 à 23:51

Manuel Pavard

Le thème de l’événement — « Produire local, agir global » — était bien plus large que le seul dossier Exalia. Mais en organisant ses « Assises du made in France », ce jeudi 26 mars, à Pont-de-Claix, à quelques encablures de la plateforme chimique et au lendemain de la décision de justice sur la reprise des actifs de Vencorex, la CGT avait conscience que le sujet se retrouverait au cœur des débats. Précision qui s’est avérée juste, mais pas dans le sens espéré.

Sophie Binet a dénoncé le « scandale national » de Vencorex et fustigé le rôle des tribunaux de commerce, au lendemain de la décision négative rendue pour Exalia.

« Nous pensions fêter aujourd’hui une décision emblématique, à savoir la reprise du site un an et demi après sa fermeture et le redémarrage du site industriel », indique la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. « Malheureusement, le tribunal de commerce en a décidé autrement. » À la grande surprise des porteurs de projet et des anciens salariés de Vencorex — présents en nombre dans le public ce jeudi — engagés dans l’aventure, le tribunal des activités économiques (TAE) de Lyon [NDLR : son nouveau nom depuis janvier 2025] a en effet rejeté le projet Exalia.

La CGT demande « une commission d’enquête immédiate »

La juridiction a ainsi décidé de « vendre à la découpe Vencorex à un ferrailleur, au lieu de privilégier notre projet industriel, porté par les salariés ». Lesquels avaient pourtant réussi, souligne-t-elle, « à déplacer des montagnes et à mettre autour de leur projet tous les élus locaux, de très nombreux industriels locaux et même la BPI qui, miracle, était montée à bord et avait sorti son carnet de chèques ». Mais malgré ce soutien et les financements confirmés, malgré le savoir-faire des équipes et la dimension stratégique des produits, malgré la qualité des installations décarbonées, « tout est tombé à l’eau ».

Le public, venu en nombre au boulodrome de Pont-de-Claix pour ces assises, a chaudement applaudi Sophie Binet.

« Un scandale de A à Z et une honte », tonne Sophie Binet au micro, applaudie par le public. La CGT lance donc la contre-attaque et demande d’ores et déjà « une commission d’enquête immédiate sur ce scandale national ». Objectif : examiner la « série de décisions catastrophiques » prises ces deux dernières années et ayant abouti à la situation actuelle. Première d’entre elles, « le fait que l’État n’actionne pas les mécanismes anti-dumping qui auraient pu empêcher la faillite de Vencorex », à l’époque où son concurrent chinois Wanhua a justement usé de cette stratégie de dumping.

Quand la secrétaire générale de la CGT fait la leçon au ministre.

« Deuxième décision scandaleuse, lorsque M. Ferracci, l’ancien ministre de l’Industrie, a refusé de nationaliser, à l’automne 2024 », s’opposant ainsi à la demande unanime des organisations syndicales et de nombreux élus locaux. La troisième décision concerne l’échec du projet de reprise en coopérative, monté en trois semaines par les salariés, qui « se sont heurtés à une fin de non-recevoir de la part de la BPI puis du tribunal de commerce », déplore la secrétaire générale de la CGT.

« Le problème des tribunaux de commerce est simple. On ne peut pas laisser l’avenir de nos industries et de nos entreprises entre copains et coquins, dans les mains de patrons qui sont entre eux, sans aucune transparence et en toute opacité. »

Enfin, dernier volet de ce « drame en quatre actes », l’ordonnance du TAE de Lyon retoquant le projet Exalia. Après les « cas emblématiques » des papeteries Condat (Dordogne) ou de Brandt, c’est ainsi une nouvelle illustration édifiante de la partialité des tribunaux de commerce dans ce type d’affaires. « Le problème des tribunaux de commerce est simple. On ne peut pas laisser l’avenir de nos industries et de nos entreprises entre copains et coquins, dans les mains de patrons qui sont entre eux, sans aucune transparence et en toute opacité », s’insurge Sophie Binet.

Sébastien Martin, un ministre de l’Industrie qui était attendu de pied ferme à Pont-de-Claix.

La dirigeante de la CGT souhaite donc qu’une commission d’enquête fasse « toute la lumière sur les dysfonctionnements profonds des tribunaux de commerce ». Elle appelle ainsi à les « démocratiser », notamment en y intégrant les syndicats de salariés. « Ce n’est pas possible que dans le dossier Exalia, pourtant soutenu par le ministre et par la BPI, le tribunal de commerce décide, pour des raisons qui échappent à tout le monde, d’envoyer cette plateforme chimique à la casse », assène-t-elle.

« Le tribunal n’a pas regardé la réalité industrielle »

Les porteurs de projet ont d’ailleurs dû batailler pour prendre connaissance — seulement dans la soirée de mercredi — de l’ordonnance du juge. « On est toujours déboussolés par les décisions des tribunaux de commerce », avoue le président de la Métropole Christophe Ferrari. Cette fois encore, « le tribunal a choisi celui qui mettait le plus d’argent sur la table et n’a pas regardé la réalité industrielle ». Or, la meilleure offre financière émanait du ferrailleur qui ne proposait a priori que « 1,6 million d’euros de plus qu’Exalia ».

Christophe Ferrari, président de Grenoble Alpes Métropole et co-porteur du projet Exalia.

« Pour nous, le tribunal n’a pas pris en compte la durée pendant laquelle le liquidateur devra entretenir la plateforme. Il se base sur aujourd’hui, pas sur le long terme », ajoute l’ex-déléguée CGT de Vencorex Séverine Dejoux, autre cheville ouvrière d’Exalia. Autre point évoqué dans l’ordonnance, la pollution historique du site. Mais là aussi, cette dernière conteste l’argument : « Notre dossier permet d’avoir une meilleure gestion de la pollution puisque nous reprenons l’ensemble de la plateforme, en permettant la réindustrialisation du site. » Ceci, alors que « le ferrailleur va laisser tout en l’état, avec une friche industrielle », insiste-t-elle.

Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT Vencorex, est maintenant engagée dans le projet Exalia.

Le troisième et dernier élément concerne les autorisations d’exploiter. Le TAE reproche aux promoteurs d’Exalia de ne pas avoir encore ce précieux sésame. Argument totalement ubuesque ! « C’est normal, c’est comme ça que ça se passe, ironise Séverine Dejoux. On a déposé le dossier auprès de la DREAL, il y a maintenant trois mois de délai pour avoir l’autorisation. On attend cette réponse mais ça ne peut pas être un motif de refus du tribunal. »

Le ministre prié d’intervenir « pour empêcher la catastrophe »

Outre la commission d’enquête, la CGT avait une seconde requête à formuler au ministre de l’Industrie, lui demandant d’intervenir « pour empêcher cette catastrophe ». De retour à Pont-de-Claix quatre mois après sa venue sur la plateforme chimique, Sébastien Martin était invité à participer, ce jeudi après-midi, à une table ronde sur l’avenir industriel en France, avec Sophie Binet et Gisèle Rossat-Mignot, directrice du réseau de la Banque des territoires. Mais avant cela, il a pu s’entretenir avec la secrétaire générale de la CGT et les porteurs de projet — Séverine Dejoux, Christophe Ferrari et Olivier Six, PDG de CIC Orio — pour évoquer le dossier Exalia.

Dans le public, la maire PCF d’Échirolles Amandine Demore, aux côtés de son adjoint Aurélien Farge et (à droite) de la députée LFI de l’Isère Sandrine Nosbé.

Une rencontre plutôt fructueuse, se félicitent les différents acteurs. « Il y a eu un changement de ton de la part du ministre, se félicite Sophie Binet. C’est une première victoire, on a eu sa confirmation que l’histoire n’était pas finie pour Vencorex. Le ministre s’est engagé à tout mettre en œuvre », poursuit-elle, pour trouver une solution — notamment en engageant des négociations financières avec le ferrailleur pour remettre Exalia dans le jeu.

Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin croit toujours au projet Exalia, assure-t-il.

« Hier, on a pris un énorme coup de massue sur la tête », reconnaît de son côté Christophe Ferrari, quelque peu rasséréné depuis. Comme ses collègues, le président de la Métropole et maire de Pont-de-Claix a en effet réalisé qu’il restait « encore des options sur la table ». Et ce, sur deux plans. Au niveau judiciaire, les porteurs de projet ont ainsi sollicité — sans réponse à ce stade — la procureure générale de Lyon, la seule ayant autorité pour faire appel d’un jugement du tribunal de commerce. « Elle a dix jours pour déposer un recours », précise Christophe Ferrari.

Une réunion des acteurs à Bercy

En parallèle, les discussions se poursuivent entre les services de l’État et les différents acteurs concernés. Ceux-ci vont ainsi se retrouver à Bercy en fin de semaine prochaine [certainement vendredi 3 avril] pour une réunion de travail, sous l’égide du ministre de l’Industrie. Interpellé par Séverine Dejoux aux « Assises du made in France », Sébastien Martin l’assure : « Le projet Exalia, j’y crois. » Une conviction ancrée, selon lui, de longue date, en l’occurrence depuis sa visite de la plateforme chimique, en novembre dernier.

Séverine Dejoux a interpellé directement le ministre durant la table ronde.

Le ministre entend mettre tout le monde autour de la table : les représentants d’Exalia et les repreneurs — en particulier le ferrailleur, mais également Suez, dont l’offre a été retenue pour le foncier (comme PDC Chemical / Wanhua) mais qui a besoin de la venue d’Exalia pour son activité. « On va essayer de trouver la solution », explique Sébastien Martin, pour répondre à cette question : « Comment réintroduire le projet Exalia à l’intérieur de l’ancien site Vencorex ? »

Sophie Binet a conclu la journée en s’adressant aux nombreux militants et militantes CGT dans la salle.

« Maintenant, on attend des actes », lance Sophie Binet. Car « la CGT ne lâchera rien tant qu’il n’y aura pas de solution sur le dossier Vencorex », promet sa secrétaire générale. De fait, Exalia constitue, conclut Séverine Dejoux, le parfait symbole du thème de ces assises CGT, à savoir « produire ici ce qu’on consomme ici. Le projet Exalia, c’est notamment produire du chlore et des produits pour le traitement de l’eau dans un territoire où aujourd’hui, on a un manque. » S’y opposer, c’est, estime Sophie Binet, faire définitivement de « Vencorex un symbole de la désindustrialisation ».

Un public nombreux dès le matin.
Les élus avaient fait le déplacement.

Cet article Pont-de-Claix. Sophie Binet et le ministre de l’Industrie : Exalia, « l’histoire n’est pas finie » est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 25.03.2026 à 19:11

Manuel Pavard

La scène a des airs de déjà-vu. Comme le 10 avril et le 7 juillet 2025, Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT de Vencorex, Olivier Six, PDG de CIC Orio, et Christophe Ferrari, président de la Métropole de Grenoble, font face aux journalistes, devant l’entrée de la plateforme chimique de Pont-de-Claix. La première fois, le trio déplorait la décision du tribunal de commerce entérinant la cession de l’entreprise à BorsodChem, filiale du groupe chinois Wanhua. La seconde, l’abattement avait laissé place à l’espoir représenté par le projet Exalia visant à relancer l’activité du site. Même lieu et mêmes personnes ce mercredi 25 mars, mais une curieuse sensation de retour à la case départ.

Les porteurs de projet et les ex-salariés de Vencorex — espérant rejoindre Exalia — en pleine discussion devant la plateforme, mercredi 25 mars.

Le trois porteurs de projet et les anciens salariés de Vencorex qui les entourent sont encore sous le choc, ce mercredi midi, du coup de massue reçu en fin de matinée. Le tribunal des activités économiques (ex-tribunal de commerce) de Lyon vient enfin en effet de rendre sa décision sur le dossier Exalia, attendue initialement en janvier dernier et plusieurs fois repoussée. « À notre immense surprise, on a appris ce matin que notre offre n’était pas retenue, qu’ils [NDLR : les juges] avaient cédé une partie des terrains pour les offres de Suez et de PDC Chemical et qu’ils avaient attribué la totalité de la ferraille de la plateforme à un ferrailleur, tuant ainsi le projet Exalia », indique Olivier Six, profondément « écœuré ».

Un projet « solide », une décision « totalement incompréhensible »

L’industriel comme ses deux partenaires dénoncent « une décision totalement incompréhensible ». De fait, le projet, qui ambitionnait de relancer la production de chlore, de soude et de sel, en s’appuyant notamment sur la mine d’Hauterives (Drôme), semblait « extrêmement solide », insistent-ils. Exalia avait d’ailleurs reçu le soutien du ministre de l’Industrie Sébastien Martin, en visite sur la plateforme chimique en novembre dernier. « On a 80 millions d’euros de financement ; les financeurs attendaient uniquement cette décision », souligne Olivier Six, qui évoque également l’engagement de plusieurs collectivités, à commencer par la Métropole, ainsi que les promesses de financement de la BPI ou de la Banque des territoires.

Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin était venu apporter son soutien à Exalia en novembre 2025 et se rendra de nouveau à Pont-de-Claix jeudi 26 mars.

« On a aussi des dizaines de lettres d’intention de clients parce qu’on voulait produire — ou on va produire — ici des produits stratégiques pour le traitement de l’eau, pour l’industrie, pour l’agro-alimentaire », détaille le dirigeant de CIC Orio. Des produits qui, en outre, « ne sont plus fabriqués ici et sont importés », ajoute-t-il, citant l’exemple de la soude, qui provient à 20 % des pays du Golfe. C’est donc un vrai « projet de souveraineté ».

Pour les promoteurs d’Exalia, tout était ainsi réuni pour faire revivre la plateforme, un an après la liquidation judiciaire de Vencorex : une équipe motivée, des financements, l’appui de grands bureaux d’ingénierie, des « installations décarbonées », avec la mine de sel d’Hauterives et un saumoduc de 82 km la reliant à Pont-de-Claix, une électrolyse « qui a coûté cent millions d’euros, financée par la collectivité », les compétences des anciens salariés de Vencorex, des créations d’emplois — environ 250 dans les deux ans à venir et plus d’un millier d’ici cinq ans…

« Sans le projet Exalia, cette plateforme risque de mourir plus vite que prévu »

Si les motivations de la décision du tribunal de commerce ne sont pas encore connues à ce stade, au vu des atouts précités, « l’incompréhension est totale », répètent à tour de rôle les porteurs de projet. « Aujourd’hui, on demande aux plus hautes sphères de l’État, au ministre de l’Industrie qui vient demain [NDLR : Sébastien Martin sera jeudi 26 mars à Pont-de-Claix, aux côtés de Sophie Binet, pour les « Assises du made in France », organisées par la CGT], au Premier ministre et au président de la République de regarder ce dossier et de voir pourquoi on en est là », lance Olivier Six.

Les porteurs de projet ont tous avoué leur « totale incompréhension » face à cette décision de justice.

Sans présumer de l’argumentaire des juges, tous s’étonnent néanmoins des premières informations parvenues. « Cette offre du ferrailleur, c’est la possibilité d’être là, sur la plateforme, pendant trois ans pour démanteler tout le métal, afin de l’utiliser et le revendre, explique Séverine Dejoux. Cela revient à laisser en l’état une friche industrielle puisque dans trois ans, on sera au même niveau… sauf qu’il n’y aura plus de métal. Mais on aura des ateliers complètement désaffectés, une plateforme avec sa pollution historique, donc rien de possible à faire. »

Seule la procureure générale peut effectuer un recours

Soit l’exact opposé d’un véritable « projet industriel » comme Exalia, qui devait permettre par ailleurs d’accueillir de nouvelles entreprises sur la plateforme, tout en bénéficiant à celles déjà présentes, comme Suez ou Seqens. « Aujourd’hui, on est encore plus inquiets qu’avant car sans le projet Exalia, cette plateforme risque de mourir plus vite que prévu », s’alarme la syndicaliste CGT. Choisir le ferrailleur signifie, selon elle, « qu’on préfère démanteler plutôt que se dire qu’il y a une chance que se projet aboutisse ».

Assommés, les porteurs de projet promettent cependant de continuer la bataille. « On épuisera toutes les voies de recours possibles car on n’arrive pas à se résoudre à se dire que c’est fini pour cette plateforme et qu’on abandonne l’industrie à Pont-de-Claix », assure Séverine Dejoux. Des options toutefois assez limitées, seule la procureure générale de Lyon pouvant effectuer un recours contre ce type de décision du tribunal de commerce.

Le ministre de l’Industrie attendu de pied ferme

Alors, que faire pour contester « une décision qui n’a aucune rationalité », selon Christophe Ferrari ? En attendant de pouvoir prendre connaissance de l’ordonnance, les porteurs de projet ont déjà les yeux rivés vers la venue, ce jeudi 26 mars, du ministre de l’Industrie, qui participera à une table ronde sur la situation industrielle, à l’invitation de l’UD CGT Isère. Quatre mois après avoir affirmé, sur place, que « toutes les planètes [étaient] alignées » pour Exalia, Sébastien Martin sera attendu de pied ferme.

« On ne peut pas continuer, dans ce pays, à accepter que tout le monde se relève les manches et trouve des solutions, pour qu’au final, elles ne puissent pas aboutir. Ce n’est pas possible », s’insurge le président de la Métropole. Lequel se dit « tétanisé par une décision hors-sol, qui ne tient pas compte de l’intérêt public ».

« J’ai l’impression que l’État ne veut plus de chimie en France »

Du côté des anciens salariés de Vencorex présents ce mercredi sur le site, le désarroi est partagé. Beaucoup, parmi eux, comptaient en effet rejoindre Exalia, à l’image d’Anne-Marie, « trente ans de Vencorex » au compteur. « J’ai fait dix ans de mécanique, après, j’ai fini au bureau de trafic route. Et j’ai été la première femme pompier dans l’usine », raconte celle qui n’a jamais vraiment fait le deuil de l’entreprise. « J’ai envie d’y retourner. J’habite à 200 mètres de l’usine, je la vois tous les jours, je regarde les camions, je me demande quels produits ils transportent. Pendant des mois, je ne dormais plus, je rêvais de l’usine. »

Plusieurs anciens de Vencorex postulant pour Exalia étaient présents sur le site, mercredi 25 mars.

Depuis quelques mois pourtant, en voyant le projet Exalia franchir les étapes les unes après les autres, Anne-Marie avait « retrouvé l’espoir. J’étais persuadée que c’était bon, que ça allait se remonter. » Elle comme ses ex-collègues sont « sous le choc » aujourd’hui. « On était tellement sûrs que ça allait être accepté. On a tout : les finances, le savoir-faire… Pourquoi ils refusent ? », s’interroge la salariée, qui veut « une réponse solide ». Et a son idée sur la question : « J’ai l’impression que l’État ne veut plus de chimie en France. »

« Ce projet sera soit le symbole de la réindustrialisation possible, soit le symbole qu’il faut arrêter et faire autre chose dans ce pays. »

Dans cette période où l’industrialisation et la souveraineté sont dans toutes les bouches, le destin final d’Exalia et de la plateforme chimique sera lourd de conséquences, affirme Olivier Six. Pour l’industriel, « ce projet sera soit le symbole de la réindustrialisation possible, soit le symbole qu’il faut arrêter et qu’il faut faire autre chose dans ce pays ».

Cet article Plateforme chimique de Pont-de-Claix. Le projet de reprise Exalia rejeté par la justice est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 24.03.2026 à 16:33

Luc Renaud

Depuis des années, la Commission européenne exige la mise en concurrence des concessions d’exploitation des installations aux capacités de production supérieures à 4,5 MW détenues par EDF, en application de directives européennes et de lois et décrets français.

La situation pourrait évoluer. Deux députés – Marie-Noëlle Battistel, députée socialiste de l’Isère, et Philippe Bolo, député Modem du Maine-et-Loire – ont fait adopter en première lecture un projet de loi visant à « relancer les investissements dans le secteur de l’hydroélectricité pour contribuer à la transition énergétique ». Il met en place un nouveau dispositif juridique, l’autorisation d’exploitation. Dans ce nouveau système, l’exploitant jouit de droits comparables à ceux d’un propriétaire, mais l’État conserve la propriété de l’installation. « C’est bien le moins pour des équipements qui ont été payés par les Français, par l’impôt et les factures acquittées depuis des décennies », commente Rudy Prepoleski, secrétaire du syndicat CGT de l’énergie Isère.

L’autorisation d’exploitation écarte la mise en concurrence qui est l’une des obligations du régime des concessions. Ainsi, EDF garde la gestion des installations hydroélectriques avec l’autorisation de l’État.

L’équivalent de huit tranches nucléaires

Pour la CGT, c’est une avancée qui permettra effectivement de relancer les investissements. Et ce n’est pas un détail : « En modernisant les équipements et en investissant dans les stations de transfert d’énergie par pompage-turbinage, les STEP, nous pourrions augmenter nos capacités de production dans l’hydraulique de 8 GW, l’équivalent de huit tranches nucléaires », estime Rudy Prepoleski. Préserver la gestion unique par EDF, c’est aussi le moyen de préserver la cohérence du fonctionnement des barrages dans les vallées et d’assurer une gestion de l’eau correspondant à l’intérêt général – approvisionnement des réseaux d’eau potable, irrigation, maintien d’étiage des cours d’eau…

La loi Battistel n’en comporte pas moins des aspects que l’organisation syndicale critique, notamment en termes de « contreparties » accordées aux exigences de la Commission européenne. EDF serait ainsi contrainte de céder 20 % de sa production hydroélectrique à des opérateurs privés. Aucune prise de risque industriel sur la production et des profits à réaliser sur sa commercialisation.

C’était déjà le dispositif mis en œuvre sur l’électricité d’origine nucléaire avec l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), qui prévoyait une vente à prix fixe à des opérateurs privés – système de spoliation institutionnel remplacé depuis le 1er janvier par des règles potentiellement moins assassines pour EDF.

L’obligation de vendre à des opérateurs privés

Une différence d’importance, toutefois : dans la loi Battistel, six GW d’origine hydraulique seraient mis aux enchères sur le marché européen et non plus cédés à prix fixes – et parfois très inférieurs aux cours du marché. Ce système d’obligation de mise sur le marché n’en est pas moins problématique. Il impose la vente à des négociants (Total énergie par exemple) mais aussi le report des enchères en cas de prix de marché négatifs.

Expliquons. Lorsque la production est supérieure à l’offre, le prix de l’électricité est négatif – le producteur paie le consommateur. C’est arrivé pendant 725 heures en 2025. Dans cette situation – mais aussi lorsque la demande est faible –, l’enchère serait infructueuse : personne n’achète un produit à valeur négative. Le projet de loi prévoit que le volume dévolu au privé serait alors reporté à l’enchère suivante. Ce qui pourrait conduire à un cumul des obligations de vente, jusqu’à priver EDF d’une part substantielle de la maîtrise de sa production hydroélectrique.

Rudy Prepoleski, secrétaire du syndicat CGT de l’énergie Isère.

« Ce mécanisme incite par ailleurs à gérer la production de sorte que les enchères montent », explique Rudy Prepoleski. Avec une conséquence, l’augmentation des prix du tarif régulé de vente dont le calcul s’appuie pour partie sur le prix du marché de l’électricité. Autant de plus sur le montant des factures.

La CGT propose le régime du service économique d’intérêt général

Raison pour laquelle l’organisation syndicale propose un autre système juridique, celui de la gestion sous statut de service économique d’intérêt général (SIEG).

C’est là une notion reconnue par l’Union européenne. Un SIEG peut être créé par un État membre dès lors que le marché privé s’avèrerait incapable d’assumer les missions de service public correspondant à l’intérêt général. « Nous sommes tout à fait dans ce cas, souligne Rudy Prepoleski, la complexité de la gestion de l’eau dans le contexte du changement climatique nécessite une vue d’ensemble des usages domestiques, industriels, agricoles, avec la prise en compte des impacts environnementaux : ce n’est pas le marché capitaliste qui peut y parvenir. »

Avec un chiffre que le responsable de la CGT garde toujours présent à l’esprit : 13 millions de Français vivent dans la précarité énergétique. Une production d’électricité correspondant à l’intérêt général, c’est aussi une électricité accessible à tous.

En Oisans, le barrage du Chambon est sous surveillance renforcée pour s’assurer de la solidité de ses appuis. La gestion des barrages pose à l’évidence des questions de sûreté.

11,4%


c’est la part de l’hydraulique dans la production d’électricité en France en 2025, soit 62,4 TWh des 547,5 TWh toutes origines de production d’électricité confondues. Le nucléaire pèse pour 68,1 % du total, l’éolien est à 9,1 %, le solaire représente 6 % de l’ensemble, le gaz 3 % et les autres origines thermiques (fioul, charbon, déchets…) 2,4 %. Le total « bas carbone » représente 95,2 % de la production électrique française en 2025. (source RTE)

De giga en tera… unités de mesure électriques

Le kWh – kilowatt-heure –, c’est ce qu’on a à la maison. Le megawatt-heure (MWh), c’est mille kWh. Unité que l’on utilise pour situer la production d’une centrale hydraulique. Le gigawatt-heure (GWh) correspond à un million de kWh : le système hydraulique de Grand’Maison est capable d’une production de 1,8 GWh. Enfin, le térawatt-heure (TWh) – un milliard de kWh – est l’unité de mesure employée pour chiffrer la production électrique d’un pays – 547,5 TWh d’électricité produite en France en 2025.

La CGT a multiplié les initiatives contre la possibilité de privatisation des équipements électriques sous le régime des concessions.

L’opposition des députés de la FI et des Écologistes

La France insoumise et les Écologistes avancent une autre solution, celle de la création d’une « quasi-régie ». Position que ne partage pas la CGT.

Le 5 février, les députés LFI ont voté contre et les Écologistes se sont abstenus sur le projet défendu par Marie-Noëlle Battistel. Ils ont proposé une solution alternative à celle de l’autorisation d’exploitation délivrée par l’État à EDF, dite de la « quasi-régie ». Cette mise en régie de l’exploitation des barrages – avec la possibilité de participation de capitaux privés minoritaires, d’où le terme de « quasi » – est vue par ses partisans comme un pas vers la nationalisation : ce serait un organisme public qui se chargerait de l’hydroélectricité.

Le risque d’un éclatement d’EDF

Une position que ne partage pas la CGT. « La quasi-régie, c’est le risque d’un éclatement d’EDF », commente Rudy Prepoleski. Si le syndicat n’est pas exempt de critiques sur le contenu du projet de loi Battistel, il n’en demeure pas moins que la quasi-régie contraindrait EDF à se séparer de sa branche hydraulique : pour qu’elle soit créée, il faudrait constituer la quasi-régie en filiale, voire en société indépendante, à l’image de ce qui s’est fait à la SNCF, avec la branche marchandises, celle des voyageurs et l’entreprise Réseau ferré de France. « Ce qui voudrait dire, explicite Rudy Prepoleski, qu’il faudrait doublonner les services d’ingénierie qui travaillent aujourd’hui indifféremment sur l’hydraulique ou les centrales nucléaires : ce sont par exemple des hydrauliciens spécialisés dans l’équipement des barrages qui conçoivent les conduites d’amenée d’eau sur le nucléaire. » Une complémentarité et des synergies qui disparaitraient avec la séparation.

Un autre argument avancé par la CGT est celui de l’ampleur des investissements à réaliser dans l’hydroélectricité – après des années d’abandon – à laquelle une filiale autonome aurait du mal à faire face.

Au total, face au risque d’éclatement qui rappelle le projet Hercule finalement abandonné par la direction d’EDF et le gouvernement, la CGT a pris position pour l’autorisation d’exploitation, non sans formuler une série de réserves.

Le syndicat compte sur le débat parlementaire à venir pour que les amendements qu’il a proposés à différents groupes politiques puissent améliorer le texte initial.

Le Conseil européen réunit les chefs d’État et de gouvernement. Il définit les orientations politiques que la Commission européenne est chargée de mettre en œuvre. © EU2017EE Estonian Presidency, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Mise en concurrence, une histoire européenne et… française

De 1993 à aujourd’hui, les gouvernements successifs ont apporté leur pierre à la construction de l’impasse. Sommets européens, vote à l’Assemblée nationale… voyage au pays du libéralisme.

La mise en concurrence de la gestion des barrages hydroélectriques a une histoire. Elle commence avec la loi Sapin, sous un gouvernement socialiste.

C’était en 1993. Dans une loi « anti-corruption », la mise en concurrence des concessions de service public devient obligatoire lors de leur renouvellement. Cette loi s’applique à EDF à partir de 2004 – présidence Chirac – du fait de son changement de statut : d’établissement public industriel et commercial (EPIC), EDF devient une société anonyme.

Cette décision de 2004 est cohérente avec un choix effectué en 2000. A l’issue du sommet européen de Lisbonne, les 23 et 24 mars de cette année-là, le président de la République, Jacques Chirac, et le Premier ministre, Lionel Jospin, signent une déclaration commune des chefs d’État et de gouvernement – le Conseil européen est la direction politique de l’Union européenne ; la Commission européenne étant son exécutif. Dans cette déclaration, on peut lire : « Le Conseil européen demande à la Commission et aux États membres, eu égard à leurs compétences respectives […] d’accélérer la libéralisation dans des secteurs tels que le gaz, l’électricité, les services postaux et les transports. […]. Il s’agit de réaliser un marché intérieur pleinement opérationnel dans ces secteurs ; le Conseil européen évaluera les progrès accomplis […]sur la base d’un rapport et de propositions appropriées de la Commission. »

« Accélérer la libéralisation du secteur de l’électricité. » Sommet européen de Lisbonne, mars 2000

En 2010 – Nicolas Sarkozy est alors chef de l’État – est adoptée la loi None comme « nouvelle organisation du marché de l’électricité ». Elle contraint EDF à vendre à prix coutant de l’électricité d’origine nucléaire à ses concurrents, indépendamment des prix du marché.

En 2015 – François Hollande est président de la République – la loi dite de « transition écologique pour la croissance verte » impose à EDF d’acheter la production des producteurs d’électricité et de leur payer un complément de rémunération par rapport aux prix du marché pour favoriser la création de micro-centrales photovoltaïques ou éoliennes – ce qui accroît mécaniquement les coûts de production de l’électricité. Ce texte organise les modalités de mise en concurrence des concessions lors de leur arrivée à échéance.

C’est dans ce contexte législatif français que la Commission européenne lance en octobre 2015 une procédure de mise en demeure pour contester la position dominante d’EDF dans l’exploitation des barrages. La privatisation n’est pas assez rapide, en somme. En mars 2019, c’est une nouvelle mise en demeure qui est adressée à la France, mais aussi à sept autres États membres. À la France et au Portugal, la Commission reproche une mise en concurrence trop limitée lors du renouvellement des concessions hydrauliques. Intervient ensuite la crise sanitaire de 2020 qui diffère les négociations.

Au total, voilà plus de dix ans que l’incertitude est de rigueur quant aux modalités d’exploitation des installations d’hydroélectricité. Et que les investissements de modernisation et de développement des capacités de production sont au point mort.

38 %

c’est la part du pétrole dans la consommation d’énergie en France en 2024. L’électricité vient ensuite avec 26 %, puis le gaz (19%), les renouvelables thermiques et les déchets (14%), la chaleur industrielle réutilisée (3%) et le charbon, marginal. Le total de la consommation énergétique s’élevait à 1550 TWh. (source SDES)

L’électrification des usages, la voiture électrique entre autres, reste pour une bonne part à venir.
© Kirill Borisenko, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

La bascule vers des énergies bas carbone n’est pas encore enclenchée

Ce constat est celui de RTE, le réseau de transport d’électricité. Ses notes prospectives sur l’évolution de la consommation électrique et de la transition énergétique soulignent la résistance des énergies fossiles et insistent sur les conséquences qu’auront les stratégies industrielles à venir.

La consommation d’électricité en France est aujourd’hui un peu supérieure à ce qu’elle était en 2000 – 425 en 2000, 499 en 2010, 451 TWh en 2025 (source RTE). Ce qui peut surprendre, à l’heure de l’impératif de la décarbonation de l’économie et des usages et donc de l’augmentation supposée des besoins.

L’essentiel de la baisse est due à la désindustrialisation du pays. Selon RTE et le commissariat au développement durable, la consommation électrique des entreprises industrielles s’élevait en 2009 à 30 % de la consommation du pays ; en 2023, elle était passée à 26 %, un peu plus d’un quart d’une consommation totale pourtant elle-même en baisse. « La part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie reste globalement stable depuis de nombreuses années, signe que la bascule des énergies fossiles vers les énergies bas-carbone et en particulier l’électricité n’est pas encore enclenchée », peut-on ainsi lire dans le bilan électrique 2025 produit par RTE.

Les intentions affichées par la Programmation pluriannuelle de l’énergie publiée en février dernier n’en appellent pas moins à une augmentation de 30 % de la part de la consommation électrique à d’ici à 2050 qui atteindrait ainsi – dans le contexte d’une nouvelle baisse de la consommation globale d’énergie – 55 % du total.

La part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie reste stable

La « trajectoire de référence » retenue par RTE dans son étude « Futurs énergétiques 2050 » prévoit une hausse de la consommation électrique de 35 % pour atteindre 645 TWh. Une trajectoire qui repose sur des hypothèses parmi lesquelles « l’industrie manufacturière augmente et sa part dans le PIB cesse de diminuer » ou encore que « près de 95 % du parc de véhicules légers, soit près de 36 millions d’unités, disposent d’une motorisation électrique » en 2050.

Un scénario dit de « réindustrialisation profonde » avance l’hypothèse d’une consommation s’établissant à 752 TWh en 2050, « fondée, pour le secteur industriel, sur un investissement spécifique sur les secteurs stratégiques, ainsi que sur la relocalisation de certaines productions fortement exposées à la concurrence internationale et dont la fabrication à l’étranger est particulièrement intensive en carbone. En corollaire, la valeur ajoutée de l’industrie en 2050 est supérieure de 80 % à celle d’aujourd’hui. »

L’évolution des besoins en électricité, dans toutes les études prévisionnelles, apparaît ainsi largement liée aux choix qui seront faits dans l’industrie. Un changement radical de politique est attendu, en somme.

Le barrage de Grand’Maison, en Oisans, en Isère. © Rémih, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Investissements, les ambitions affichées

La Programmation pluriannuelle de l’énergie est élaborée par le gouvernement. Sa troisième version est tout récente, elle date de février 2026. C’est une falaise d’investissements qu’elle prévoit.

La puissance installée dans les stations de transfert d’énergie par pompage-turbinage est aujourd’hui de 4,6 GW. La PPE 3 projette d’augmenter ce chiffre d’un tiers, en créant de nouvelles installations d’une puissance de 2,5 GW. Concernant l’ensemble des types d’équipement, l’objectif est d’augmenter les capacités de production du parc hydroélectrique français de 2,8 GW, soit une croissance de 10 % du parc actuel de 25,7 GW.

Autant dire que les investissements, tant en constructions nouvelles qu’en rénovation des installations existantes et notamment de leurs équipements – turbines, alternateurs… – se chiffrent en milliards d’euros.

Des montants qui s’ajoutent aux investissements nécessaires pour la rénovation et le développement du parc nucléaire. Et qui paraissent incompatibles avec le pillage des ressources d’EDF tel qu’il a déjà eu lieu, par exemple avec l’obligation de vendre à bas coût de l’électricité d’origine nucléaire à des opérateurs privés.

En 2017, le cession de la branche énergie renouvelable d’Alstom à General electric s’est traduite par la perte d’un savoir faire majeur pour la filière hydroélectrique.
Une filière industrielle à reconstruire

La croissance de la production d’électricité en France est un objectif affiché, à la hauteur du souhait d’une électrification des usages. Qui reste encore problématique, à en juger par les tâtonnements de la voiture électrique.

Ce qui impose la construction de centrales nucléaires, de barrages et la rénovation des installations existantes.

La filière nucléaire française a été mise en jachère pendant des décennies au point que la construction des nouveaux réacteurs de Flamanville s’est faite dans la douleur. Il a fallu faire venir des soudeurs des Etats-Unis pour effectuer certaines opérations.

Plus près de nous, la construction de la centrale hydroélectrique de Gavet, dans la vallée de la Romanche, n’a pas été un long fleuve tranquille. La turbine devait être fabriquée à Grenoble. La liquidation de la branche énergie renouvelable d’Alstom, vendue en 2016 à General Electric sous l’égide d’Emmanuel Macron – à l’époque ministre des Finances – en a décidé autrement. La pièce est partie en Espagne où l’entreprise n’a pas su faire, puis en Italie, subissant le même échec. C’est finalement en Inde qu’elle a pu être fabriquée.

Accroitre les capacités de production électrique en France implique la reconquête de savoir-faire oubliés. En commençant par la formation et la mise en œuvre d’une stratégie industrielle.

1800

MW


soit 1,8 GW, c’est le niveau de la production d’électricité dont sont capables les installations du barrage de Grand’Maison, en Oisans, un record français. Cela représente 9 % des capacités hydroélectriques françaises et l’équivalent de la consommation de 830 000 habitants. Grand’Maison, c’est une station de transfert d’énergie par turbinage-pompage composée de deux barrages, celui de Grand’Maison et celui du Verney, 900 mètres plus bas dans la vallée de l’Eau d’Olle. L’eau est turbinée pour produire l’électricité et remontée du Verney à Grand’Maison pendant les heures de faible consommation – la base de la productivité des STEP.

La montée en puissance des renouvelables pose de nouvelles questions techniques

« Les énergies solaires et éoliennes sont prioritaires sur le réseau », nous explique Rudy Prepoleski. Ce qui signifie que lorsque la production excède la consommation, ce sont les autres sources de production qui doivent s’effacer. L’équilibre se juge au niveau européen, tous les quarts d’heure. Un exemple : « Lorsqu’il y a du vent en mer du Nord, nous utilisons de l’électricité éolienne allemande et les barrages sur le Rhin laissent passer l’eau sans turbiner. » Il y a à cela une raison technique : le solaire et l’éolien produisent quand il y a du vent ou du soleil et la production de ces équipements est moins facilement « écrêtable » en cas de surproduction.

La loi française a encore renforcé cette difficulté. Pour soutenir le développement des énergies renouvelables, les producteurs bénéficient de contrats avec obligation d’achat. EDF se trouve ainsi contrainte d’acheter à des prix fixes l’électricité produite, y compris à des heures de production excédentaire, lorsque les prix de vente en Europe sont négatifs. Ces dispositions réglementaires « historiques » sont en cours d’évolution avec des décrets parus en décembre 2025 pour assurer la contribution à l’écrêtage d’une partie des installations éoliennes et solaires.

Aujourd’hui, l’essentiel de la réduction de production nécessaire en période prix négatifs est assurée par l’hydraulique, le nucléaire et ce qui reste de thermique. « Ce n’est pas sans conséquences, souligne Rudy Prepoleski, on ne réduit pas la production d’une centrale nucléaire ou même d’un barrage en appuyant sur un bouton ; ces ‘marche-arrêts’ entraînent une usure prématurée des équipements, des coûts d’entretien accrus ».

Face au changement climatique, toutes les sources d’énergies bas carbone doivent être développées. La montée en puissance du solaire et de l’éolien pose cependant des questions nouvelles à l’ensemble de l’architecture de la production et de la distribution du courant électrique comme on l’a vu en Espagne.

Le barrage au fil de l’eau de Saint-Egrève, en aval de la confluence de l’Isère et du Drac.
L’accident ibérique, le soleil et les barrages

Le développement des énergies solaire et éolienne pose des problèmes nouveaux aux réseaux de distribution d’électricité. Ces deux énergies renouvelables sont par nature intermittentes. Leur contribution à la production d’électricité est très variable. Elle peut être importante : jusqu’aux trois quarts de la puissance nécessaire à un instant T.

Cette intermittence est à l’origine de variations de la tension et de la fréquence du courant électrique. Si celles-ci excèdent certains seuils, des systèmes de protection s’activent, ce qui peut aller jusqu’au black out total qu’ont connu l’Espagne et le Portugal le 25 avril 2025 à midi.

Des systèmes de régulation de la tension et de la fréquence existent. Ils reposent sur des centrales de production pilotables à forte inertie, les « machines tournantes », autrement dit les alternateurs qui produisent de l’électricité à la sortie des centrales thermiques, nucléaires et hydrauliques.

Le développement – évidemment souhaitable – des énergies solaires et éoliennes implique par conséquent une attention particulière à la complémentarité des sources de production électrique et à leur localisation pour assurer la stabilisation du réseau. Les barrages hydroélectriques ont un rôle important en la matière.

« Les barrages pyrénéens ont contribué à la défense du réseau français et au rétablissement du réseau espagnol », souligne Rudy Prepoleski.

80e anniversaire d’EDF

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la production et la distribution des sources d’énergie sont la propriété de multiples sociétés privées et gérées de manière dispersée. Le pays doit alors faire face aux défis de la reconstruction et de l’industrialisation. Pour y faire face, Électricité de France est créée par la loi promulguée le 8 avril 1946 qui nationalise l’essentiel de ces sociétés pour les regrouper en son sein.

Cette nationalisation a été le fait du ministre communiste Marcel Paul« Je me suis accroché à cette nationalisation comme un chien qui n’a pas mangé depuis huit jours s’accroche à un os » –, ministre de la Production industrielle, ancien résistant et ancien dirigeant de la fédération énergie de la CGT.

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Publié le 23.03.2026 à 21:24

Maryvonne Mathéoud

Un millier de personnes majoritairement des jeunes ont manifesté samedi à Grenoble contre le racisme, le fascisme et les violences d’état. Cette marche de la solidarité qui revêt un caractère particulièrement important compte-tenu du contexte actuel a eu lieu dans une centaine de villes de France.

Les manifestants ont défilé dans les rues en scandant des mots d’ordre contre tous les racismes, le fascisme rampant et décomplexé, contre toutes les violences d’état. Le tract d’appel a été lu à plusieurs voix « d’où que l’on vienne, où que l’on soit né, nous vivons ici, nous travaillons ici, nous étudions ici. Ensemble… nous décidons de nous unir, de résister, de riposter et de construire la solidarité comme un moyen et comme un objectif… chaque fois que l’on s’attaquera à l’un d’entre nous nous nous lèverons ensemble. Chaque victoire des uns et dans autres sera une victoire pour toutes et tous »

Dans son intervention Anne Villegier, responsable à la CISEM, dénonce les lois liberticides et la montée des discriminations raciales. A la violence « ordinaire » s’ajoute la violence administrative, indique-t-elle. « Quand ils ferment les préfectures, qu’ils mettent des mois à accorder les titres de séjour, c’est une violence indigne d’un pays comme la France. Nous continuons la pour les droits au séjour, les droit au travail, le droit au logement, le droit à la santé…. »

« Il n’y a pas de raison qu’il y ait des distinctions entre les êtres humains », déclare un manifestant.

« Nous ne gagnerons qu’en renforçant les luttes sociales, c’est pourquoi avec la CISEM qui regroupe de nombreuses associations, collectifs, syndicat et parties politiques pour agir sur la question des droits des étrangers, et contre le racisme, nous appelons également à rejoindre les mobilisations nationales du 28 mars pour la libération de la Palestine et en soutien aux mal logés avant la trêve hivernale », est la phrase de conclusion du tract d’appel à la manifestation de samedi 21 mars.

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Publié le 23.03.2026 à 18:56

Manuel Pavard

Un « défi existentiel pour la gauche ». Les termes peuvent sembler excessifs mais la fédération de l’Isère du PCF se veut lucide, devant les résultats des municipales. Si l’attention médiatique s’est en effet largement focalisée sur la victoire de Laurence Ruffin à Grenoble, dans le reste de l’Isère, « la gauche est submergée presque partout par une vague bleue marine sans précédent, qui profite très largement à une droite en pleine dérive vers son extrême », déplore Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF, dans un communiqué diffusé ce lundi 23 mars, au lendemain du second tour.

Gilles Vial, maire de Salaise-sur-Sanne.Gilles Vial, maire PCF de Salaise-sur-Sanne réélu au premier tour, parmi les rares lueurs pour la gauche en Nord-Isère.

Le responsable communiste détaille ainsi les victoires de la droite, dans le Grésivaudan — où le NFP avait pourtant obtenu des résultats positifs aux législatives -, le Nord-Isère, l’Isère rhodanienne… Avec néanmoins quelques rares motifs de satisfaction, à l’image de la réélection d’Isabelle Flores (divers gauche) à Crémieu ou de celle des maires communistes sortants à Salaise-sur-Sanne (Gilles Vial), Le Péage-de-Roussillon (André Mondange) et Jarcieu (Yann Berhault).

Le niveau de la marée bleue est « encore monté »

« À Saint-Marcellin, la droite macroniste ne conserve la commune face à l’extrême droite que grâce au retrait républicain de la liste conduite par Christophe Ghersinu, un choix salutaire qui oblige », ajoute Jérémie Giono. De même, Julien Polat, réélu au premier tour à Voiron, voit sa « ligne » triompher dans le « Pays voironnais élargi », faisant tomber dans son escarcelle Saint-Jean-de-Moirans, Moirans et Rives. « Seul les socialistes du bas de la vallée de la Fure résistent encore, à Renage et Tullins », nuance le secrétaire départemental du PCF Isère.

Celui-ci constate l’échec du front républicain qui, lors des législatives 2024, avait « contenu la marée bleu marine aux marges de la neuvième circonscription. Avec ces municipales, le niveau est encore monté, emplissant tout l’espace jusqu’aux portes de la métropole », s’alarme-t-il.

Dans la métropole grenobloise, la gauche « tient bon »

De fait, la métropole grenobloise fait de plus en plus office de bastion, voire de citadelle assiégée, pour « la gauche [qui], malgré ses divisions, tient bon et progresse même par endroits ». Outre Laurence Ruffin, qui a su renverser la vapeur ce dimanche 22 mars, après un premier tour décevant, Jérémie Giono cite notamment les maires PCF de Saint-Martin-d’Hères et Échirolles : « David Queiros et Amandine Demore sont réélus triomphalement » — respectivement aux premier et second tours — « malgré une profusion de listes diverses face à eux ».

Amandine Demore a été « réélue triomphalement » à Échirolles, comme David Queiros à Saint-Martin-d’Hères.

Succès également pour Catherine Troton, « brillamment réélue » à Vizille, avec le soutien des communistes locaux. Tout comme l’écrasante majorité des maires écologistes (Laurent Amadieu à Saint-Égrève, Nicolas Richard à Eybens) et socialistes (Guillaume Lissy à Seyssinet-Pariset…). Avec une exception : Meylan, de retour à droite après la défaite du maire PS sortant Philippe Cardin, battu par Joëlle Hours — principale déception pour la gauche, avec Fontaine. Pour finir sur une note positive, citons tout de même les conquêtes du Sappey-en-Chartreuse (Gildas Bouffaud, tombeur de Dominique Escaron, figure de la droite métropolitaine) et de Vif (Guillaume Carassio).

Un groupe communiste de 15 ou 16 élus à la Métro

Désormais, les regards sont braqués sur Grenoble Alpes Métropole. La composition du futur conseil métropolitain — qui passe de 119 à 110 élus en 2026 — et la course à la présidence paraissent en effet particulièrement indécises, au regard des nouveaux équilibres, aussi précaires qu’incertains. Pour Jérémie Giono, « la gauche sort renforcée » à la Métropole et « en son sein, le futur groupe ‘communistes & apparentés’ continue de progresser, avec entre quinze et seize élu·e·s dans le futur mandat ».

À quoi ressemblera le futur conseil métropolitain (ici le 12 juillet 2023) ?

Quid des projections globales ? Selon nos calculs — susceptibles de modifications, certains élus pouvant changer de groupe -, les écologistes et apparentés obtiendraient vingt-deux élus, le groupe des petites communes (ex-« Notre Métropole commune ») vingt-trois, les socialistes quatorze, les communistes au moins quinze donc, et les insoumis (auparavant membres du groupe UMA avec les écologistes) huit.

De l’autre côté de l’échiquier politique, les centristes et macronistes pourraient avoir onze élus, le RN passerait de un à deux conseillers métropolitains, tandis que la droite était jusque-là divisée en deux groupes, CCM (présidé par Dominique Escaron) et GO-SCDDC (présidé par Alain Carignon), qui seraient crédités respectivement de neuf et cinq élus à ce stade.

« La gauche ne peut plus se payer le luxe d’offrir un tel spectacle, la métropole doit devenir une vitrine positive pour œuvrer à la reconquête du territoire. »

Pour la gauche, majoritaire dans l’absolu, le principal enjeu de mettre fin aux tristes divisions ayant émaillé le dernier mandat. Avec une inconnue concernant le rôle de Christophe Ferrari, élu président de la Métropole grâce aux voix de la droite, en 2020, contre l’écologiste Yann Mongaburu, soutenu par Éric Piolle. Mais cette fois, le maire de Pont-de-Claix n’aura pas forcément la même latitude, idem pour son allié Sylvain Laval. De leur côté, le maire PS de Seyssinet-Pariset, Guillaume Lissy, et son homologue écologiste de Saint-Égrève, Laurent Amadieu, devront composer avec les stratégies de leurs groupes respectifs. Reste aussi à connaître le vote des élus des « petites communes ».

Guillaume Lissy, maire PS de Seyssinet-Pariset, fait partie des noms souvent évoqués pour la présidence de la Métropole.

Jérémie Giono en est tout cas convaincu, « la gauche ne peut plus se payer le luxe d’offrir un tel spectacle, la métropole doit devenir une vitrine positive pour œuvrer à la reconquête du territoire ». Le PCF Isère appelle donc « l’ensemble des forces de gauche, écologistes et citoyennes – qu’il s’agisse des partis, mais bien plus largement, de toutes les équipes qui portaient des valeurs progressistes dans ce scrutin – à trouver les temps pour se retrouver dans les territoires d’ici à l’été, afin de construire ensemble des modalités d’échanges d’expériences et d’organisation de la résistance ».

S’unir « autour d’un projet et d’un pacte de gouvernance partagée »

La gauche doit absolument « créer les conditions d’une résistance culturelle locale », affirme le secrétaire départemental, face au discours de repli sur soi porté par la droite et l’extrême droite. Dans ce contexte, « la Foire de Beaucroissant au stand La Terre/Le Travailleur alpin (25 et 26 avril) et la Fête du Travailleur alpin (26 et 27 juin) seront des temps importants », souligne-t-il.

Plus globalement, se projette Jérémie Giono, la gauche n’a plus le choix : « Elle doit s’unir sur la Métropole, autour d’un projet et d’un pacte de gouvernance partagé, pour être capable de soutenir la structuration de cette résistance dans les territoires qui sont tombés ou restés à droite dimanche. » Et de conclure : « Tel est notre responsabilité historique. Soyons-en digne, il est minuit moins une. »

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Publié le 23.03.2026 à 03:18

Manuel Pavard

Si la tendance s’est vite dessinée dans la soirée, l’attente aura été, une nouvelle fois, particulièrement longue, avant l’officialisation des résultats. Il était ainsi 23h30, ce dimanche 22 mars, lorsque l’information a été annoncée, le conditionnel cédant alors enfin la place à l’indicatif : Laurence Ruffin est élue maire de Grenoble, avec 56,59 % des suffrages. Un succès finalement assez confortable, avec un peu plus de treize points d’avance sur Alain Carignon, crédité, lui, de 43,41 %.

L’explosion de joie de Laurence Ruffin, entourée de ses colistiers et colistières, devant le local de campagne.

Mais pour les militants et colistiers de « Oui Grenoble », rassemblés au local de campagne de la liste d’union de la gauche écologiste et citoyenne, entre les halles Sainte-Claire et la place Notre-Dame, l’explosion de joie ayant suivi la proclamation officielle était à la hauteur de l’angoisse ressentie durant l’entre-deux-tours, dans une bonne partie de la gauche grenobloise. « Heureux » et « rassurés ». C’est d’ailleurs ce mélange de soulagement et d’allégresse qu’exprimaient nombre de partisans de Laurence Ruffin au moment où la nouvelle édile a fait son apparition, quelques minutes plus tard, sur la scène dressée dans la rue du Président-Carnot.

« Un long chemin pour arriver là »

« Pour la première fois, Grenoble a choisi une maire femme », s’est exclamé Éric Piolle, avant de transmettre le flambeau et la parole, « avec une immense fierté », à celle qui lui succède pour les six prochaines années. Une maire qui avait « préparé deux discours » opposés, au cas où. Et qui ne s’est pas fait prier pour déchirer, sous les acclamations du public, le texte devenu inutile, ne gardant que les mots de la victoire.

Après deux mandats (de 2014 à 2026), Éric Piolle passe le flambeau à Laurence Ruffin.

« Je suis très heureuse car c’est un long chemin pour arriver là », a lancé Laurence Ruffin, très émue, remerciant les militants pour leur investissement durant cette campagne. Avec un chiffre édifiant : les « 42 000 portes » auxquelles ont frappé les membres de son équipe, aux quatre coins de Grenoble. Et ce, malgré une semaine « chahutée », référence au climat délétère de ces derniers jours, largement entretenu par ses adversaires. « C’était compliqué mais l’intérêt général est toujours passé au-dessus. Nous sommes restés soudés », s’est-elle félicitée.

« On va encore devoir résister »

Pour Laurence Ruffin, son élection et son projet s’inscrivent dans la riche histoire de la capitale des Alpes et de ses valeurs. « Grenoble, c’est une ville de résistance, […] une ville qui a résisté au pouvoir royal, qui a animé la Révolution française, qui est Compagnon de la Libération. On a résisté à la corruption, à l’entre-soi… Et on va encore devoir résister », a annoncé l’élue, évoquant ensuite la « ville qui invente ». Celle de « la municipalisation de l’eau, du premier Planning familial, de la démocratie participative », a‑t-elle égrené. « C’est ici qu’on a eu la première ville écolo. Et la première maire femme. »

Laurence Ruffin a longuement remercié les militants de Oui Grenoble pour leur investissement.

Laurence Ruffin a bien sûr rappelé l’importance de « l’union de la gauche, des écologistes, des citoyens », dans sa victoire. Rassemblement qui s’est manifesté dès le début de la campagne, avec une coalition de treize partis et mouvements, puis lors du second tour, marqué par la « fusion technique » avec la liste de la France insoumise. Sans oublier les consignes de vote et le soutien apporté au lendemain du premier tour par des candidats — à l’image du Grenoble Alpes collectif ou de Romain Gentil (Place publique) — qu’elle a vivement « remerciés » pour cela.

Premier conseil municipal le 27 mars

« Je voudrais m’adresser à tous les Grenoblois et Grenobloises, pour leur dire qu’à partir de demain, on s’engage à travailler », a poursuivi la nouvelle maire. Dans cette période de turbulences, entre montée du fascisme et dérèglement climatique, elle promet de faire vivre les « valeurs d’antiracisme, de féminisme, de justice sociale, de collectif ». Et d’ajouter : « Très concrètement, on veut aussi améliorer la vie des gens, répondre à toutes les préoccupations et être élus pour tous les Grenoblois, qu’ils aient voté pour nous ou non. »

Devant le local de campagne, rue du Président-Carnot, après la proclamation officielle des résultats.

Laurence Ruffin en a néanmoins conscience, les obstacles à surmonter ne manquent pas. Ceci, dès ce vendredi 27 mars, date de son premier conseil municipal. La maire se retrouvera ainsi face à une droite revancharde — et sans doute aigrie après cette nouvelle élection municipale perdue. Mais également face à une inconnue, à savoir l’attitude des élus LFI et de leur chef de file Allan Brunon qui, après l’accord « technique » du second tour, entendaient rallier l’opposition. De bons nœuds dans le cerveau en perspective certes, mais Oui Grenoble reste majoritaire pour conduire sa politique. Et Laurence Ruffin l’a déjà démontré, elle ne recule pas devant les défis.

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