Publié le 26.10.2026 à 12:36
Luc Renaud
Le Front populaire reste dans la mémoire collective comme un moment d’unité de la gauche et une période d’acquis sociaux dont nous bénéficions toujours. Mais quelle unité ? Comment ces acquis ont-ils été obtenus ? Que nous raconte l’histoire du Front populaire de 1936 ? C’était au fond le fil conducteur des conférences données ce 24 octobre par Gérard Lauthier, animateur de l’Institut CGT d’histoire sociale de l’Isère ; et Guillaume Roubaud-Quashie, historien, président de la fondation Gabriel Péri et membre de la direction nationale du PCF.
En décrivant par le menu cette histoire vue d’ici, Gérard Lauthier – dont nos lecteurs suivent la chronique dans le Travailleur alpin mensuel – soulignait un fait historique : en Isère, les grèves qui ont suivi les accords de Matignon (8 juin 1936) après la victoire électorale du 3 mai, ont été parfois brèves, quelques jours tout au plus avant que le patronat ne cède devant les revendications exprimées. « Cela s’est produit dans des entreprises, comme Merlin Gerin à Grenoble, Rhône-Poulenc à Roussillon, où la CGT était très fortement implantée. » Plus longues dans le textile ou dans la métallurgie en septembre 1936 où le syndicalisme était moins prégnant.
Une conférence très suivie.Car, et Guillaume Roubaud-Quashie le soulignait, « la plupart des acquis de 1936 ne figuraient pas dans le programme électoral du Front populaire ». À cela, une raison : face à l’extrême droite, l’unité des partis de gauche s’était forgée sur la base d’un accord a minima entre les positions du PCF, du Parti socialiste et du Parti radical – à l’époque dominant à gauche sur une ligne que l’on peut rapprocher du PS actuel. L’historien replaçait cet accord dans le contexte des années 30 : la montée vertigineuse du chômage, les politiques gouvernementales déflationnistes – on dit aujourd’hui « politique de l’offre » – et le succès électoral des nazis en 1932, alors même que l’Allemagne des années 20 concentrait les espoirs révolutionnaires. « Cette situation internationale a conduit le PCF à faire cette proposition de Front populaire – le PCF en a inventé le terme – et ce sont les communistes qui ont insisté pour que cet accord intègre le Parti radical », expliquait Guillaume Roubaud-Quashie.
Guillaume Roubaud-Quashie.Mais la dimension institutionnelle, électorale, est loin d’être l’unique théâtre des opérations. « C’est l’unité de classe que voulait construire le PCF avec l’objectif de la mise en mouvement du plus grand nombre. » L’historien cite un article que signe Paul Vaillant-Couturier publié dans l’Humanité du 23 février 1935. « Il y a deux sortes d’étrangers. Les bons et les mauvais. C’est du moins la bourgeoisie qui l’affirme » écrivait-il avant de démonter point par point l’argumentation de la droite et de l’extrême droite : « Quand on ne veut pas montrer la véritable origine de la crise, il faut bien trouver un “responsable” au malheur des temps. C’est l’étranger en France, en Allemagne, c’était le juif. Dans l’ancienne Rome, c’était le chrétien qui servait à détourner la colère des masses. Le but de la campagne contre les étrangers, c’est de diviser les travailleurs pour mieux organiser la baisse des salaires. »
Ce dont Guillaume Roubaud-Quashie tire un enseignement. « Le succès du Front populaire s’est fondé tout à la fois sur un résultat électoral qui a vu le PCF progresser tandis que reculait le parti radical avec un parti socialiste en légère progression, et sur un combat idéologique pour l’unité du peuple sur la base d’une argumentation portée par un engagement militant. »
Gérard Lauthier.Le Front populaire et nous, en 2026 ? La question venait tout naturellement dans le débat qui suivait les interventions des conférenciers. Dans la suite logique de son exposé, Guillaume Roubaud-Quashie relevait que « l’alliance ne se décrète pas », tout en notant que la primaire social-démocrate qui a vu la désignation de Raphaël Glucksmann s’est jouée sur le refus de l’unité à gauche, dans le même temps que Jean-Luc Mélenchon s’estime seul légitime et son parti l’unique représentant de la gauche. « Face à deux formations politiques qui disent qu’elles n’en veulent pas, la revendication de l’unité devient un volontarisme de posture. » Mais comment faire avancer les choses ? « Faire reculer la division de notre peuple », propose Guillaume Roubaud-Quashie. Travailleur français, immigrés ; banlieues, ruralité ou villes centres ; fractures générationnelles ; positions différentes dans la chaîne de production… les sujets ne manquent pas. Et ils sont exploités par les possédants pour diviser, individualiser, opposer… et régner.
« Ce pays a besoin d’une action communiste pour unir autour d’une conscience de classe ; et ce travail, personne ne le fera à notre place », concluait Guillaume Roubaud-Quashie
La matinée s’est achevée par un repas convivial qui a réuni près de cent cinquante convives, suivi par un après-midi en chansons avec l’ensemble les Voyageurs.
L’article de Paul Vaillant-Couturier, l’Humanité du 23 février 1935, extraits« Il y a deux sortes d’étrangers. Les bons et les mauvais. C’est du moins la bourgeoisie qui l’affirme. Il ne se passe pas de jour en effet que, dans ses journaux, elle ne se lamente sur la crise du tourisme et de l’absence des voyageurs étrangers en France d’une part et, de l’autre, ne se plaigne que les ouvriers étrangers retirent le pain de la bouche des ouvriers français. Autrement dit, il n’y a pas, en France, assez d’étrangers riches et trop d’étrangers pauvres. Cela donne tout de suite une idée de la relativité de la fameuse formule “La France aux Français” chère aux fascistes… Soyez un étranger riche, la France vous appartiendra, que vous soyez escroc, roi déchu, espion, Russe blanc ou chef fasciste préparant des attentats. […] Soyez un étranger pauvre, c’est-à-dire l’un de ceux ou le fils ou la fille de l’un de ceux qui ont contribué avec leur force vitale à produire toutes les richesses, on vous priera de prendre la porte.
Pour quel résultat ? Donner du travail aux Français ? Allons donc ! Pour permettre aux Français pauvres de crever en famille, devant des montagnes de denrées réservées aux étrangers riches et aux Français riches qui n’arrivent pas à les consommer. Quel que soit le nombre des étrangers pauvres qu’on expulse, ça ne changera rien du tout à la misère forcément croissante de l’immense majorité des travailleurs français. Des dizaines de milliers d’ouvriers étrangers ont été expulsés l’année dernière et dans le même temps le chômage “officiel” a grandi du double ou du triple.
Seulement, n’est-ce pas, quand on ne veut pas montrer la véritable origine de la crise, il faut bien trouver un “responsable” au malheur des temps. C’est l’étranger en France, en Allemagne, c’était le juif. Dans l’ancienne Rome, c’était le chrétien qui servait à détourner la colère des masses. Le but de la campagne contre les étrangers, c’est de diviser les travailleurs pour mieux organiser la baisse des salaires.
En effet, les ouvriers immigrés traqués, menacés d’être privés de leur carte de travailleurs ou sans carte, se laissent, pour vivre, embaucher à des salaires de famine et sont obligés de se montrer plus dociles que les autres. L’ennemi du travailleur français, ce n’est pas le travailleur immigré, c’est l’employeur de ce travailleur immigré, qui spécule sur sa détresse morale et matérielle, sur le fait que souvent son propre pays lui est fermé, ce qui le contraint, s’il ne veut pas mourir, à un épouvantable travail forcé que pas un Français n’accepterait. […]
Quand on vous dit : “Chassons les ouvriers étrangers, répondez comme lorsqu’on vous dit : il faut briser les machines et arrêter le progrès technique.” Répliquez simplement : “Diminuer les heures de travail sans diminuer les salaires. Et il y aura du travail pour tout le monde” »
L’Humanité, 23 février 1935, page 4.
Un repas partagé grâce aux militants de la S2LH.
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Publié le 25.10.2026 à 00:55
Manuel Pavard
Une semaine après « l’acte I », première démonstration de la convergence des luttes entre les mouvements lycéens et étudiants et leurs aînés, Gilets jaunes et syndicats de salariés, la même coalition était de retour dans la rue, ce samedi 24 octobre, à Grenoble comme partout en France. Avec deux enjeux majeurs. Tout d’abord, confirmer et conforter l’énorme mobilisation populaire du 17 octobre. Ensuite, tirer les leçons du fiasco sécuritaire de cette journée, qui a vu de nombreux manifestants nassés, bloqués et/ou gazés par la police, tandis que plusieurs commerces du centre-ville subissaient des pillages.
Un cortège fourni, avec environ 22 000 manifestants comptabilisés par l’UL CGT Grenoble.Si le premier pari a été tenu, avec plus de 22 000 manifestants recensés dans la capitale des Alpes, selon l’UL CGT Grand Grenoble, rien ne leur aura pourtant été épargné. Mis sous pression par cette alliance Gilets jaunes / Gen Z faisant trembler la macronie, le gouvernement a en effet répliqué par une fuite en avant autoritaire, avec la bénédiction de l’ensemble de la droite et de l’extrême droite.
Les Gilets jaunes de Crolles ont pris la tête du cortège sur l’avenue Alsace-Lorraine, puis le cours Jean-Jaurès.Accusations envers les partis de gauche, menaces de dissolution de LFI, interdictions de manifester, annonce de déploiement du Raid, du GIGN et même de militaires dans certaines villes, pressions de Gérald Darmanin afin d’inciter les tribunaux à la fermeté face aux interpellés du 17 octobre — avec des peines de prison ferme pour des personnes n’ayant commis aucun délit de casse ou pillage… Comme dans une mauvaise dystopie, l’exécutif s’est affranchi des contraintes démocratiques, déroulant tout un arsenal liberticide.
La CGT suit derrière les Gilets jaunes.Traduction à Grenoble : la préfecture de l’Isère a interdit toute manifestation dans un large périmètre du centre-ville, à compter du jeudi 22 octobre. Sans oublier un couvre-feu sur plusieurs secteurs du centre-ville, ainsi que sur les zones commerciales de Grand Place, Comboire et Neyrpic, du samedi 24 octobre à 18h au dimanche 25 octobre à 6h. Un dispositif souvent lié, en France, à la répression coloniale (guerre d’Algérie, Guadeloupe en 1967, Kanaky en 2024, etc.).
Les organisateurs ont donc dû renoncer au tracé initial prévoyant un départ de la place Victor-Hugo, pour concocter un nouveau parcours en dernière minute, avec l’aval de la préfecture. Objectif affiché par les autorités, tenir les manifestants éloignés des commerces de l’hyper-centre dont les accès étaient tous barrés par d’imposants cordons de policiers, ce samedi après-midi.
Des cordons de policiers sont postés dans toutes les rues menant à l’hyper-centre.Le cortège s’est ainsi élancé de la gare de Grenoble, pour emprunter le cours Jean-Jaurès, dans une atmosphère à la fois joyeuse, festive et revendicative. Et en s’étoffant au fur et à mesure. « Macron et Nuñez ont voulu nous intimider pour nous décourager de sortir de chez nous aujourd’hui, mais on défend nos droits, c’est trop important », s’exclame Joëlle, infirmière, venue avec sa fille, lycéenne en première, et des amies de cette dernière.
Nombre de slogans et pancartes font référence aux violences policières.Derrière le petit groupe, Camille [le prénom a été modifié] avoue que « la situation [l’]inquiète. Mais de toute façon, quand on va en manif’ maintenant, on sait qu’on risque de se faire blesser ou arrêter sans raison. C’est devenu normal d’avoir peur, c’est fou ! »
Arrivée au croisement Vallier-Libération, la manifestation — jusque-là menée par les Gilets jaunes de Crolles, suivis de la CGT — rejoint quelques centaines d’étudiants rassemblés, qui prennent alors la tête du cortège en tournant sur les Grands boulevards. Comme un passage de relais entre générations mobilisées. Malgré quelques escarmouches sur le parcours, peu d’incidents sont à signaler avant d’arriver à hauteur de la place Gustave-Rivet, moment où l’ambiance va changer radicalement.
Les super-héros étaient aussi de la partie.Selon les témoins, les policiers postés là, au bout du cours Gambetta, n’ont pourtant pas été particulièrement ciblés, hormis un ou deux mortiers d’artifice et — sans surprise — quelques insultes, de la part de militants autonomes présents en bordure de défilé. Mais leur réaction sera totalement disproportionnée, avec une pluie de gaz lacrymogènes tirés au beau milieu du cortège « officiel ». Bref moment de panique dans la foule, beaucoup de manifestants n’étant pas du tout préparés à cette action des forces de l’ordre auxquelles ils ne prêtaient alors aucune attention.
Place Gustave-Rivet, après les premières grenades lacrymogènes tirées par la police.Cette attaque gratuite et aveugle va en outre immédiatement couper le cortège en deux. La tête de manifestation poursuit ainsi son chemin en direction de l’anneau de vitesse. Mais derrière, plusieurs centaines de personnes se retrouvent prises au piège face à des policiers qui noient la place Gustave-Rivet sous un déluge de grenades lacrymogènes et assourdissantes. Conséquences, en queue de cortège, des milliers de manifestants sont quant à eux bloqués un peu plus loin, et vont également subir des gazages et charges policières.
Une partie d’entre eux répliquent par des jets de projectiles tandis que quelques vitrines volent — dans une proportion toutefois bien moindre que le 17 octobre. Et lorsque tous les manifestants auront enfin rejoint leurs camarades arrivés depuis bien longtemps sur l’anneau de vitesse, les CRS sont sur leurs talons. La fin de journée est rythmée par les heurts et courses-poursuites entre jeunes et policiers, en attendant le déclenchement du couvre-feu.
La foule à l’arrivée sur l’anneau de vitesse.Si le bilan final de la journée reste à effectuer, le succès populaire indéniable de cet acte II ne peut effacer totalement une pointe d’amertume. Avec le sentiment, pour de nombreuses personnes présentes, que la stratégie et les manœuvres de la police sont venues en partie gâcher la fête. Toutes ont désormais une date en tête : le 5 novembre, pour la grande journée de mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle.
La fuite en avant autoritaire du gouvernement est unanimement dénoncée.
Humour et politique font bon ménage sur les pancartes.
Les CRS ont chargé en fin de manifestation sur l’anneau de vitesse.Cet article Mobilisation du 24 octobre à Grenoble : 22000 manifestants bravent la répression est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 22.10.2026 à 17:04
Edouard Schoene
Tour à tour la maire de Grenoble, Laurence Ruffin puis Nedjma Bendiab, représentante du Collectif du 17 octobre constitué par neuf associations, ont pris la parole en présence de nombreux élus et d’un public grave et attentif.
Laurence Ruffin a rappelé les faits, évoqué les chemins chaotiques, longs, pour la reconnaissance du massacre parisien en appelant à la reconnaissance des faits pour l’apaisement des souffrances concluant : « Notre présent n’a pas d’avenir sans cette mémoire… soyons fiers d’une ville ouverte, engagée, accueillante, antiraciste : Grenoble. »
Laurence Ruffin, maire de Grenoble.Nedjma Bendiab a remercié les présents, les élus, les quarante-quatre organisations ayant appelé au rassemblement. « Ce soutien est extrêmement important, car c’est bien l’action militante et votre présence qui permet de lutter pour la reconnaissance officielle par l’État de son rôle dans cette tragédie. 65 ans après les faits, il reste toujours important d’être mobilisés et d’agir. Sortir les crimes commis pendant la colonisation de l’oubli est une nécessité absolue tout particulièrement dans le contexte actuel où le pouvoir entretient des polémiques injustifiées contre l’Algérie, avec des déclarations et des injonctions inacceptables pour tout pays indépendant. »
Comme chaque année, l’intervention a pris en compte l’actualité pour énoncer les crimes à Gaza et saluer la solidarité avec les Palestiniens.
Puis Nedma Bendiab a poursuivi : « Rendre hommage aux manifestantes et manifestants du 17 octobre 1961, c’est refuser la violence d’État utilisée pour réprimer les manifestations. Comment comprendre la très grande brutalité de la police contre les jeunes qui demandent des conditions d’études correctes pour se construire un avenir ? Plus de 6500 interpellations, le plus fort chiffre depuis… les 12 000 personnes arrêtées lors de la répression du 17 octobre 1961 ! Nous faisons nôtre ce constat de Alexis Deswaef président de la FIDH : ‘’Le rôle de la police est de protéger les libertés publiques et la sécurité de tous et de toutes, en particulier des personnes mineures’’ Nous sommes extrêmement inquiets de la montée de la menace néofasciste en France. »
Important rassemblement mémoriel, ce 17 octobre à 18 heures, place André Arnaud.La fin de l’intervention portait sur l’Algérie d’aujourd’hui : « Depuis le début du Hirak en Algérie, mars 2019, on a compté plusieurs milliers d’incarcérations. Tous ceux qui ont accompagné le Hirak sont visés, des avocats, des journalistes, des professeurs, des syndicalistes, des militants politiques… À ce jour, plus de 200 personnes sont encore emprisonnées pour avoir exprimé leur opinion et exercé leurs droits fondamentaux, des centaines de citoyens sont poursuivis pour de simples opinions exprimées sur les réseaux sociaux. Nous soutenons la demande de Amnesty International de libérer immédiatement et sans condition tous les journalistes détenus arbitrairement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, notamment Abdelwakil Blamm, Hassan Bouras et Christophe Gleizes ».
A l’issue des discours, des fleurs ont été déposées au pied de la plaque commémorative. Un cortège s’est ébranlé, s’est arrêté devant le musée de l’Évêché, puis s’est rendu jusqu’au pont de la citadelle d’où des centaines de fleurs ont été jetées dans l’Isère, pour rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961.

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Publié le 22.10.2026 à 10:44
Travailleur Alpin
Tout commence par un communiqué de Valentin Gabriac, référent RN sur la métropole, dénonçant la tenue d’une conférence intitulée « S’organiser pour la révolution : comment lutter malgré la répression, comment organiser la suite du mouvement », avec un visuel choc où l’on voit quatre CRS devant un feu. Le responsable d’extrême droite, faisant l’amalgame entre l’organisation de jeunesse Young Struggle et les casseurs et pilleurs d’opportunité qui ont dévasté les rues de Grenoble, réclame que la ville annule la réservation octroyée. Ce qu’elle fera, mais pas pour les mêmes raisons…
C’est que la mairie a la mauvaise surprise de découvrir que la réservation de la Maison de la vie associative et citoyenne n’a pas été faites au nom de Young Struggle, et sous un autre objet que celui annoncé. Contrairement à ce qu’affirmera rapidement le responsable LFI Allan Brunon sur sa page Facebook, il ne s’agit donc pas ici d’un « recul face au RN », mais d’une question de responsabilité juridique.
Une source interne au sein de la mairie nous confie qu’« on ne peut pas se permettre de ne pas savoir ce qui se passe dans nos locaux, et que des associations s’échangent des créneaux de réservation sans nous en informer. En cas de pépin, c’est la ville qui est responsable ! ». Information transmise aux jeunes qui – espérons-le – l’intégreront lors de leurs prochaines demandes.
YS, dont les habitués des manifestations ont déjà vu les drapeaux à l’étoile rouge cerclée de jaune sur fond bleu ciel, c’est une organisation de jeunesse socialiste franco-kurdes, relativement implantée dans le milieu militant grenoblois. Se rattachant au marxisme, ses membres sont, aux côtés des Jeunes communistes (organisation de jeunesse du PCF), l’une des forces les plus présentes au sein de la mobilisation lycéenne actuelle. Des « révolutionnaires », c’est certain, mais en aucun cas des « casseurs » ou des « promoteurs du pillage »…
Pour Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF, nous sommes donc face à « une manœuvre habituelle de l’extrême droite dans la période : amalgamer ceux qui cherchent à organiser la mobilisation [les organisations de jeunesse de gauche] à ceux qui précisément profitent de la désorganisation pour semer le désordre. Oui, casseurs et pilleurs d’opportunité sont objectivement les adversaires du mouvement, et c’est précisément en favorisant l’auto-organisation de la jeunesse que ces éléments seront maîtrisés ! ».
Ce qui s’est vérifié dans la pratique devant les établissements scolaires : si au tout début de la mobilisation, des groupes extérieurs venaient impunément semer la discorde aux portails des lycées, et provoquer la police, la situation s’est graduellement calmée à mesure que les lycéennes et lycéens mobilisés, aux côtés de leurs professeurs, progressaient dans l’organisation d’un mouvement au départ spontané.
Pour Jérémie Giono, plutôt que de cibler ceux qui précisément sont « un morceau de l’antidote » face aux casseurs et aux pilleurs, c’est la stratégie du maintien de l’ordre déployée samedi 17 octobre, à Grenoble, qu’il faut interroger.
Dans une vidéo conjointe, le secrétaire départemental du PCF et Baptiste et Mathéo des Jeunes communistes de l’Isère, pointent notamment le choix fait par la préfecture de stopper le cortège jeunes — « le plus volatile » — à l’arrêt Chavant, l’empêchant de suivre le parcours initialement déposé qui devait permettre de rejoindre pacifiquement la place Victor Hugo.
La dispersion brutale qui s’en est suivie a abouti au « nassage » de plusieurs centaines de jeunes sous gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes… jusque devant l’hôtel de ville de Grenoble. Une situation à haut risque qui aurait pu entraîner de très lourds débordements sur le bâtiment public.
Cette dispersion aura aussi eu pour conséquence de diviser le cortège des jeunes en une multitude de petits groupes courant dans les rues, monopolisant inefficacement l’essentiel des forces de l’ordre mobilisées pour la journée, et laissant le champ libre aux pillards sur les autres secteurs de la ville.
Pour les communistes, « il y a eu ce jour-là des choix stratégiques désastreux, qui ont mis en danger les jeunes, les policiers, les commerçants… ». Et de conclure par une demande de rendez-vous avec le cabinet de la préfète, afin que « ce type de situation ne se reproduise plus ».
Robert W. Wellnes
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Publié le 21.10.2026 à 14:42
Travailleur Alpin
Venir à la Vence scène pour le festival Écran total, c’est l’occasion de découvrir des films en avant-premières. Vous pourrez retrouver des films qui luttent et nous permettent de créer des nouvelles grilles de lecture.
Évoquons ainsi le film Les Filles d’Abraham, qui traite d’un sujet ô combien actuel (la religion, le patriarcat) dans une finesse et une musicalité juste et touchante. Notons aussi La Bola Negra, chef d’oeuvre qui a reçu le prix de la mise en scène à Cannes. Trois périodes en Espagne, 1932, 1937 et 2017. Mélange de tous les genres, du film de guerre à la comédie, flirtant avec l’onirisme et le fantastique qui donnent corps et rendent hommage à la poésie de Federico Garcia.
Pour quelque chose de plus décalé et léger, le film d’animation pour adultes Blaise fait aussi partie de la sélection. Histoire, émotions, politique, humour, documentaire…
La programmation est ouverte aux familles et aux enfants dès 3 ans. Patouille et Momo, les contes de la forêt leur permettra de découvrir le cycle de la nature, complété par un atelier spécial pour les tout-petits en sortie de film. Vous pourrez voir aussi le film qui a fait vibrer les festivals de cinéma jeune public, Le Corset. La vie d’un jeune garçon confronté à une scoliose sévère à la campagne dans la ferme familiale.
L’avant-première du film Carmen, l’oiseau rebelle signe le grand retour de S. Laudenbach et permettra à petits et grands de replonger dans l’univers spécifique de ce réalisateur à travers une réinterprétation de l’opéra bien connu de Bizet.
L’essence même du festival, c’est aussi de se rencontrer autour de moments conviviaux. Le bar du festival sera ouvert du vendredi soir au lundi soir. Des dégustations de produits seront prévues après le film très local Tero Loko le dimanche à 10h. Les films du samedi et dimanche matin seront d’ailleurs précédés d’un petit-déjeuner offert aux participant.es. La projection du film Je suis plus fort qu’Israël sera accompagnée d’une vente de pâtisseries orientales au profit de l‘Association France Palestine solidarité. De nombreuses animations ponctueront le festival.
Écran total accueillera Antoine Fromental qui présentera son film Retour au collège, un documentaire sur les derniers mois d’un principal dans un collège du 93. La réalisatrice de Tero Loko, Isalia Petmezakis, parlera du film et des projets de réinsertions à travers la paysannerie de personnes exilées à Notre-Dame-de‑l’Osier (Isère). L’équipe de foot des Deux rochers sera là pour mettre l’ambiance lors de la projection de À Jamais les premières, film qui raconte la première équipe de foot féminine d’Espagne.
Quatre jours de cinéma avec une programmation qui s’adresse à toutes et tous, aussi bien cinéphiles avertis que public familial.
La Vence scène, 1 avenue du général de Gaulle, Saint-Egrève.
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Publié le 19.10.2026 à 18:50
Travailleur Alpin
« Des travaux d’assurance pour le long terme, pas des rustines ! » C’est l’avertissement que lance le Collectif de l’Étoile ferroviaire de Veynes (CEFV) — collectif citoyen réunissant cheminots et usagers — après l’évaluation à 118 millions d’euros du coût des travaux de rénovation de la ligne ferroviaire Grenoble / Gap (surnommée la « ligne des Alpes ») par SNCF Réseau.
En décembre 2022, après deux ans de travaux, le train faisait son retour sur la ligne des Alpes, ici à Lus-la-Croix-Haute.« Rien n’est acquis », insiste le collectif. Le dossier de la concertation, ouverte en ligne du 15 septembre au 15 octobre, stipule en effet que les études sont en cours jusqu’en début 2027. C’est à l’issue de ces études que le montant et le programme technique des travaux prévus en 2028 et 2029 seront définitivement arrêtés. Sur cette base, des conventions de financement seront alors établies entre SNCF Réseau, l’État, les régions Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA) et Provence-Alpes-Côte‑d’Azur (PACA). Le collectif demande aux principaux financeurs de préciser la clef de répartition entre les différentes parties, ainsi que les lignes budgétaires sur lesquelles s’inscrit l’opération de rénovation de la ligne.
Cette prudence est d’autant plus fondée que les déclarations d’intention se sont multipliées de la part de la Région AuRA, qui a dernièrement fait état du déblocage d’une enveloppe de 300 millions d’euros pour améliorer le trafic ferroviaire à l’occasion des prochains Jeux olympiques et paralympiques d’hiver en 2030, dans les Alpes françaises. « Ce que l’on craint, c’est qu’au-delà de cet effet d’annonce, les travaux financés dans les années à venir soient beaucoup moindres que ce qui est effectivement annoncé dans un premier temps », indique Éric Gilbert, membre du collectif. « Nous réclamons des garanties sur le financement des travaux et la qualité du service TER après les Jeux olympiques. »
Willy Pepelnjak et Ambroise Di Dio, militants communistes présents au rassemblement.Le Collectif de l’Étoile ferroviaire de Veynes entend ainsi continuer à se battre pour une offre TER performante. Il rappelle en outre que les fréquents retards et les suppressions de train sont une conséquence de l’insuffisance d’entretien de cette ligne où s’enchaînent viaducs et tunnels. « Pour l’instant, c’est une aventure de prendre cette ligne », souligne d’ailleurs le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard, qui attend « des engagements sur la façon dont cette ligne va être utilisée, en termes de fréquence et de cadencement des trains ».
Le maire de Pont-de-Claix Christophe Ferrari fait quant à lui le lien avec le « projet de RER métropolitain », autre moyen de « relier la métropole grenobloise à l’ensemble du territoire » et qui, lui aussi, est « toujours pavé de belles intentions ». L’ex-président de la Métropole de Grenoble promet donc d’être vigilant, prévenant : « Pas un euro ne doit manquer aux 118 millions ! »
Sylvie Loyau représentait également, aux côtés d’Ambroise Di Dio, la délégation du PCF Isère.Pour les militants communistes présents (Willy Pepelnjak, Sylvie Loyau, Ambroise Di Dio et François Simon), l’amélioration et le développement du trafic ferroviaire sont également déterminants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du réchauffement climatique. La réorganisation des modes de transport, en privilégiant le rail et les transports en commun, est l’une des propositions contenues dans le Plan climat du PCF, pour lequel écologie et social relèvent du même combat.
François Simon
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Publié le 18.10.2026 à 03:50
Manuel Pavard
Cette journée du 17 octobre était très attendue. Elle fera date, à Grenoble comme un peu partout en France. Pour son impressionnante mobilisation déjà. Au grand retour des Gilets jaunes, annoncé depuis de longues semaines, se sont en effet greffées les multiples colères couvant actuellement dans le pays. En premier lieu, celle des lycéens, en lutte depuis fin septembre pour l’amélioration de leur quotidien et de leurs conditions d’apprentissage, et des étudiants, qui les ont rejoints dans ce formidable mouvement de la jeunesse depuis une dizaine de jours. Mais aussi les syndicats de salariés, comme la CGT, Solidaires ou la CNT, les partis politiques de gauche (PCF, LFI, NPA, LO, RP…) ou encore la Confédération paysanne.
Les quais de l’Isère noirs de monde, sous les bulles. © Luc RenaudDes agriculteurs dont l’arrivée en tracteurs, place Victor-Hugo, a fait son petit effet. La fameuse convergence des luttes en action dans les rues de Grenoble. Si le terme a été un peu mis à toutes les sauces récemment, il reste un objectif partagé par la quasi-totalité des manifestants, comme l’ont répété lycéens et étudiants ces dernières semaines.
Les tracteurs de la Confédération paysanne aux côtés des manifestants. © Manuel Pavard« C’est ça qu’on veut », affirme Niko, artiste grenoblois et membre du collectif Culture en lutte 38. « J’en ai un peu marre que chaque secteur se mobilise dans son coin, à tour de rôle, alors qu’on se fait tous b… (sic) par l’oligarchie ! Moi, je ne manifeste pas seulement pour la culture, comme les lycéens ne parlent pas que des lycées. »
Message reçu au vu de la marée humaine qui a déferlé sur la capitale des Alpes, ce samedi après-midi. Combien étaient-ils dans les rues ? L’UL CGT Grand Grenoble a comptabilisé « a minima 30 000 personnes » sur le parcours reliant la place Victor-Hugo au parc Paul-Mistral tandis que Solidaires Isère et d’autres donnent le chiffre de 35 000. Néanmoins, réaliser une estimation très précise relevait de la mission impossible. En cause, les nombreux manifestants disséminés dans divers points du centre-ville, pour la plupart bloqués par la police.
Pancartes, slogans et chants en référence aux violences policières étaient très nombreux. © Luc RenaudParmi eux, l’imposant cortège lycéen et étudiant parti vers midi du lycée Mounier, épicentre de la contestation lycéenne, pour en principe rejoindre la place Victor-Hugo, point de départ de la manifestation aux alentours de 13h30. Problème, en arrivant vers la rue Lesdiguières, un cordon de CRS leur a subitement barré le passage, prenant pour prétexte les mortiers d’artifice tirés par une poignée de jeunes. Une stratégie totalement volontaire de la part de la police, qui a tout fait pour séparer les groupes de manifestants et scinder les différents cortèges, afin d’empêcher leur jonction.
Des manifestantes créatives. © Kevin GazouferRésultat des courses, certains ont réussi à emprunter un itinéraire alternatif, au prix d’un long détour dans les rues, pour se rendre place Victor-Hugo. Mais beaucoup d’autres sont restés coincés dans ce périmètre et n’ont jamais pu rejoindre la manifestation. C’est le cas de Babeth, militante communiste. « Je suis arrivée vers Chavant à 13h50 et je n’ai pas réussi à franchir la rue Lesdiguières », regrette-t-elle, racontant les tirs de gaz lacrymogènes réguliers et les « charges aléatoires » des CRS. « Toutes les rues étaient bloquées donc je suis allée directement à l’arrivée au parc Paul-Mistral, qui était plein de gens demandant où était la manif’ et comment passer. »
Emmanuel Macron ciblé sans surprise par de nombreux manifestants. © Kevin GazouferQuant au gros des manifestants, ceux-ci ont stationné un long moment sur la place Victor-Hugo d’où l’on apercevait les échauffourées entre petits groupes de jeunes et policiers dans les rues adjacentes, noyées sous les lacrymos. Lorsque le cortège a enfin pu s’élancer, il a fallu adapter et improviser le parcours, conséquence des barrages installés dans tout l’hyper-centre par les forces de l’ordre. Il s’est ainsi dirigé vers les quais de l’Isère, avant de bifurquer à hauteur du musée de Grenoble, puis de remonter par le quartier Notre-Dame, la place de Metz, etc., jusqu’au parc Mistral.
Une manifestation monstre, joyeuse et dynamique, mais sans incidents, malgré le bruit des grenades rythmant le trajet et les effluves des gaz lacrymogènes arrivant jusqu’aux manifestants, selon le sens du vent. Au sein du cortège, slogans et pancartes évoquent pêle-mêle la vie chère et l’augmentation des prix — thèmes initiaux de la mobilisation des Gilets jaunes — mais aussi les moyens pour les facs et les lycées, la répression policière, l’antifascisme et la lutte contre l’extrême droite, la justice sociale, l’inaction climatique, le démantèlement des services publics…
La foule dans toutes les rues de l’hyper-centre. © Luc RenaudPour une partie des militants, ce défilé venait conclure une intense journée de mobilisation, débutée aux aurores par le blocage du pont de Catane, puis l’instauration de barrages filtrants sur l’A480. Ce qui a conduit à la fermeture, durant un bon moment, des sorties « Grenoble centre » et « Fontaine » ainsi qu’à une paralysie presque totale de la circulation sur cette portion d’autoroute. Après avoir levé le blocage vers 10 heures, après l’intervention des forces de l’ordre, les manifestants — près de 300 au plus fort de l’action — se sont dispersés, certains rejoignant le quartier de la gare, théâtre d’échanges musclés avec la police.
Le 17 octobre, c’était aussi l’anniversaire de la répression coloniale meurtrière des Algériens, le 17 octobre 1961. © Luc RenaudLa tension est ensuite allée crescendo tout au long de la journée. Avec d’un côté, des affrontements qui se sont poursuivis jusqu’à la tombée de la nuit, bien après l’arrivée de la manifestation. Le tout malheureusement accompagné de scènes de pillages et de dégradations qu’ont déjà commencé à exploiter le gouvernement et l’ensemble de la droite — médias réactionnaires inclus. Et de l’autre côté, des policiers qui se sont distingués par leur zèle dans l’emploi de grenades lacrymogènes, y compris en ciblant des personnes totalement étrangères aux violences.
Beaucoup de rues étaient noyées sour les gaz lacrymogènes tirés par la police. © Kevin GazouferLes manifestants se projettent maintenant vers la suite du mouvement avec, en ligne de mire, la prochaine journée de mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle du 5 novembre. D’autres reprendront la lutte bien plus tôt. Parfois même dès ce dimanche 18 octobre, à l’instar des étudiants de l’Université Grenoble Alpes (UGA) qui accueilleront à Grenoble les délégations élues de trente-cinq facs et seize villes différentes, à l’occasion de la coordination nationale étudiante.
Les jeunes communistes de l’Isère, toujours présents sur la mobilisation. © Luc Renaud
Ambiance plus festive avec la batucada. © Kevin GazouferCet article Mobilisation du 17 octobre : près de 35 000 manifestants dans les rues de Grenoble est apparu en premier sur Travailleur alpin.