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Le Travailleur Alpin

Publié le 12.09.2026 à 03:16

Edouard Schoene

Les organisateurs ont rappelé les conditions dans lesquelles Franck Longo et son équipe municipale ont annoncé brutalement, sans la moindre concertation, la fermeture des écoles Cachin et Labourbe pour la rentrée de septembre 2027 : « Une école, c’est un cœur de vie pour un quartier. Pour les enfants, c’est pouvoir aller à l’école à pied, être rassuré parce que la maison est proche, se faire des copains qu’on recroise ensuite au parc. L’école est le premier lien de socialisation. » Les enfants ne doivent pas être une variable d’ajustement budgétaire, ont-ils asséné d’une seule voix.

Tracts et affiches remettent en cause l’absurdité de la décision municipale.

Un premier intervenant a ensuite pris la parole. « La décision a été passée au conseil municipal. On a été un petit groupe de personnes qui étaient présentes à cette mobilisation, en juin, à se retrouver ensuite pour organiser cet événement. L’idée, c’est de faire perdurer cette mobilisation, de l’amplifier », a‑t-il expliqué.

Le public est venu relativement nombreux.

Des parents d’élèves de l’école Cachin ont signalé que la promesse du maire d’informer sur la destination des élèves pour 2027 restait lettre morte à ce stade. Tous ont assuré de leur détermination à obtenir l’annulation de la décision de fermeture. Des mamans se sont, elles, insurgées en apprenant que la ville envisageait des réductions d’emplois à Fontaine. L’une d’entre elles a en outre souligné que la population du quartier était pauvre, souvent en difficulté, nombre de parents ne maîtrisant pas le français… Ce qui rend difficile la mobilisation.

Opacité et manque de communication de la municipalité Longo

Une ancienne directrice de l’école Jeanne-Labourbe a insisté de son côté sur l’attachement des parents, enfant et anciens de l’école envers l’établissement. Avant d’évoquer le bouleversement que signifierait la fermeture de l’école : longs et dangereux trajets à pied, accès difficile en voiture à l’école de l’ancienne mairie, frais de cantine et de gardiennage, dégradation des conditions d’enseignement avec un nombre plus important d’élèves par classe.

Plusieurs intervenantes ont insisté sur le rôle de ces écoles pour la population locale.

Après cette série d’interventions, les élus présents ont été invités à prendre la parole à leur tour. Pour ouvrir le bal, Claudine Didier, conseillère municipale d’opposition (PCF) et conseillère communautaire, a noté qu’avec une réduction budgétaire de 11 millions d’euros, la Métropole serait bien en peine de prendre en charge les centaines de mètres de trottoirs qui seraient nécessaire avec la fermeture de l’école Labourbe. Elle soutient bien évidemment, avec son groupe « Fontaine nous rassemble », le combat des parents d’élèves.

Claudine Didier (PCF) est intervenue en soutien des parents d’élèves.

Autre élu communiste, Laurent Jadeau a confié qu’il demandait en vain depuis trois ans à l’équipe municipale Longo de construire, avec une large concertation démocratique, une réponse à la baisse démographique. « Le plan budgétaire de M. Longo est opaque et sans réelles garanties de subventions et prêts bancaires », a‑t-il fustigé.

Mobilisation lors du prochain conseil municipal

Toujours à gauche, Élisa Martin, députée LFI de l’Isère, a elle aussi apporté son soutien aux parents d’élèves, précisant avoir écrit à Franck Longo pour dénoncer les fermetures. Un courrier auquel le maire MoDem n’a sans surprise pas répondu. La direction administrative de l’Éducation nationale, la DASEN, a quant à elle voulu rassurer l’élue insoumise en promettant que les enfants « seraient bien pris en charge ». « Macron supprime 5000 emplois, je suis à vos côtés », a conclu la députée.

Les organisateurs ont pris la parole pour décrire les raisons de leur combat.

Tandis que les enfants poursuivaient leur goûter et leurs jeux, les parents et citoyens en colère projetaient les actions futures pour dire non à la fermeture des écoles, notamment avec des affichages à domicile. Sans oublier une mobilisation attendue lors du prochain conseil municipal, lundi 14 septembre : rendez-vous à 18h30, devant la mairie de Fontaine. Ambiance combative garantie !

Des parents du quartier et leurs enfants sont venus partagés le goûter proposé par le collectif.

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Publié le 11.09.2026 à 21:15

Manuel Pavard

Les deux organisations ne sont pas vraiment les meilleures amies du monde. Pourtant, le collectif STopMicro et la CGT ST Crolles se rejoignent au moins sur un point : la dénonciation de l’énorme consommation d’eau de STMicroelectronics et du manque de transparence dont fait preuve le groupe franco-italien sur son usage de l’eau potable. Cela fait maintenant plusieurs années que le géant des semi-conducteurs est pointé du doigt à ce sujet. Mais le contexte actuel, avec un été marqué par la canicule et la sécheresse, a replacé le dossier sous le feu des projecteurs.

La guirlande de bouteilles d’eau a été accrochée face à la préfecture pour dénoncer sa « complicité » avec ST, selon le collectif.

Depuis le 20 août dernier, le secteur de Chartreuse-Guiers — qui englobe la commune de Crolles — est en effet placé par arrêté préfectoral en situation de « crise », soit le plus haut niveau de l’alerte sécheresse. Conséquences, de fortes restrictions d’eau pour les habitants et des prélèvements d’eau partiellement ou totalement interdits pour de nombreuses activités ou professions, à l’instar des agriculteurs. Pourtant, à quelques kilomètres de là, STMicroelectronics ne semble pas concerné par ces contraintes, bénéficiant d’une dérogation accordée par la préfecture de l’Isère.

Selon les chiffres de 2023, 14 000 m³ d’eau par jour

C’est ce constat et ce passe-droit apparent qui ont poussé STopMicro à organiser un rassemblement, ce jeudi 10 septembre au soir, sur la place de Verdun, à Grenoble. Tout autour, la grosse centaine de militantes et militants présents ont accroché devant la préfecture une « guirlande » de bouteilles d’eau. Au total, 160 litres d’eau potable, c’est-à-dire la consommation par seconde de ST Crolles. Ceci, « pour rincer les plaques de silicium sur lesquelles sont gravées les puces, avec des produits chimiques, des acides et des métaux », explique le collectif.

Tout aussi parlant, les manifestants ont également installé une grande cuve à eau sur la place. « Les 160 litres par seconde, ça équivaut à 14 000 m³ d’eau par jour et on a là une tonne à eau qui correspond à 1 m³ d’eau… Donc l’idée, c’est qu’en faisant une pile de 14 km de haut avec ces tonnes à eau — sachant que les avions sont à 10 km -, on obtient la consommation journalière de ST », illustre Baptiste, militant de STopMicro.

Il faut 14 000 tonnes à eau comme celle-ci pour représenter la consommation d’eau potable quotidienne de STMicro à Crolles.

Ces estimations datent en outre de 2023. Il s’agit des derniers chiffres officiels connus, les bilans environnementaux 2024 et 2025 du site de Crolles n’ayant pas été publiés, alors que de nouvelles unités de production ont été mise en fonctionnement. « On doit probablement être à 17 ou 18 voire 20 000 m³ aujourd’hui », suppose Baptiste. Un calcul qui est même sous-évalué par rapport à celui de la CGT. Ainsi, pour le syndicat, « ST Crolles consommerait au moins 1000 m³ d’eau par heure » (donc 24 000 m³ par jour, d’après ces chiffres).

« Personne ne sait quelles mesures contient ce plan de sobriété hydrique »

Avec des chiffres aussi faramineux [NDLR : selon la mission régionale d’autorité environnementale, STMicroelectronics consomme 15 à 20 % de toute l’eau potable captée dans la Romanche, l’équivalent d’une ville de 100 000 habitants], comment expliquer que la préfecture exclut ST du champ des restrictions d’eau ? Deux raisons à cela. Tout d’abord, les mesures préfectorales en cas de sécheresse s’appliquent « en fonction du lieu de prélèvement de l’eau », précisent les services de l’État. Or, l’eau utilisée pour la fabrication des puces provient des champs captants de Rochefort (Romanche) à Vizille ou de Varces (Drac), gérés par Eaux de Grenoble Alpes. Des zones de prélèvement qui, depuis le 20 août, sont « en alerte renforcée », comme le rappelle la CGT — et non en situation de « crise » comme les particuliers résidant à Crolles.

Néanmoins, le niveau d’alerte renforcée implique en théorie des restrictions ici inexistantes. C’est là qu’intervient le second motif, encore plus bancal. « Si l’industriel n’est soumis à aucune restriction, c’est parce qu’il est passé par un trou de souris qui s’appelle plan de sobriété hydrique (PSH) », éclaire Baptiste. Disposer d’un tel plan permet à une entreprise de ne pas appliquer le taux de réduction prévu. Mais il y a un hic. Car « personne ne sait quelles mesures contient ce PSH. Et pour cause, la préfecture n’a jamais demandé à connaître son contenu », s’étonne STopMicro, qui va même plus loin : « En l’absence de contrôle, nul ne sait non plus si ce PSH existe tout bonnement. »

Au micro, les militants de STopMicro tirent à boulets rouges sur la direction de ST et sur les services préfectoraux.

Le fabricant de semi-conducteurs se serait-il placé dans l’illégalité, avec la complicité — volontaire ou non — de la préfecture ? « En tant que collectif, nous avons demandé à la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) de nous fournir ces documents. Ils nous ont répondu qu’ils ne les avaient pas », raconte Baptiste. Les militants assurent avoir tout tenté : demande à la commission d’accès aux documents administratifs (Cada), interpellation des députés écologistes de l’Isère… Même les parlementaires n’ont pu avoir accès à ce fameux PSH.

Aucun investissement depuis deux ans pour le recyclage de l’eau

Ce flou entretenu par la direction de STMicroelectronics est en réalité une véritable stratégie, pour ne pas dire une ligne de conduite. La CGT ST Crolles dénonce ainsi « l’opacité sur l’usage de l’eau potable » par ST, qui ne réalise pas les investissements nécessaires à la mise en œuvre des procédés de recyclage avec traitement. Procédés pourtant mis au point par des salariés. « ST estime le coût de cet investissement à 57 millions d’euros, mais n’a réalisé aucun investissement depuis deux ans. Le taux de recyclage avec traitement, annoncé à 60 %, ne semble actuellement être que de 2 % d’après un rapport interne », révèle le syndicat.

De même, « le taux officiel de recyclage de l’eau, avec et sans traitement, reste opaque », poursuit-il. Avec là encore, de sérieuses différences en termes de chiffres : « L’objectif de la compagnie est fixé à 54 % cette année. Le site de Crolles communique un taux d’environ 40 % tandis que nos propres informations conduisent à l’estimer à environ 8 %. »

Alice Pelletier, déléguée syndicale CGT STMicroelectronics.

La CGT fustige aussi « l’opacité sur les rejets des PFAS par ST dans l’eau et dans l’air ». Ici aussi, les salariés de Crolles ont travaillé d’arrache-pied durant deux ans et « ont qualifié plusieurs solutions : supprimer les rejets à la source en changeant certains matériaux, comme les résines, ou supprimer les PFAS présents dans les eaux rejetées ». Sur le plan technique, tout semble donc réuni pour pouvoir supprimer les rejets de ces polluants éternels, que ce soit à Crolles ou sur les autres sites du groupe. Malgré ces solutions, « aucun investissement ni calendrier de mise en oeuvre n’a été présenté en CSE ».

« Il faut que ST arrête de jouer la carte de l’opacité, publie les chiffres réels et accepte de rentrer dans la discussion sur ces enjeux. »

Que ce soit pour le recyclage de l’eau ou pour les rejets de PFAS, les importantes subventions publiques reçues par ST (par exemple, 600 millions d’euros pour le projet Liberty de méga-fab à Crolles) auraient largement pu contribuer à financer les programmes nécessaires. « Pour que des investissements sur tous ces postes soient réalisés, il faut que ST arrête de jouer la carte de l’opacité, publie les chiffres réels et accepte de rentrer dans la discussion sur ces enjeux », assène le syndicat.

Le site de STMicroelectronics Crolles. DR

La CGT rappelle pourtant l’évidence : « Nous salariés, sommes les premiers concernées par la canicule, le manque d’eau, et la pollution de nos environnements de vie. » D’où sa revendication : « Les CSE et les élus locaux doivent avoir rapidement un accès complet, non limité et transparent aux données mentionnées et à leur méthode de calcul. »

Sentiment d’injustice et traitement de faveur

Si les solutions préconisées par les représentants syndicaux et les salariés de STMicroelectronics diffèrent assez nettement — sans grande surprise — de celles portées par le collectif, le désarroi et le sentiment d’injustice sont, eux, assez unanimement partagés. « En refusant ou en compliquant l’accès à ces informations, ST continue à mettre l’entreprise et les personnes qui y travaillent en porte-à-faux avec les enjeux environnementaux », s’indigne ainsi la CGT.

De leur côté, les manifestants peinent à accepter les efforts demandés, au regard des faveurs accordées à ST. Pour clôturer les prises de parole sur la place de Verdun, un maraîcher du Grésivaudan, membre de la Confédération paysanne, raconte ce qu’a impliqué l’arrêté préfectoral du 20 août : « En niveau crise, la conséquence pour nous, c’est qu’on ne peut plus prélever de l’eau que la moitié du temps. Donc concrètement, notre forage, on ne l’utilise plus que douze heures par jour. Déjà qu’on limitait l’arrosage mais maintenant, il y a des cultures qu’on n’arrose plus. Et après un été très difficile pour beaucoup de légumes, on aimerait bien que les cultures, comme les choux ou les poireaux qui ont repris pendant l’été mais n’ont pas grossi, puissent grossir à l’automne… Mais pour ça, il faut de l’eau ! »

Les manifestants étaient entre 100 et 150 sur la place de Verdun.

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Publié le 10.09.2026 à 11:40

Travailleur Alpin

La foire de Beaucroissant, une institution s’il en est dans notre département. Malgré les intempéries et les aléas, celle qui est l’une des plus anciennes foires traditionnelles du pays se maintient et trouve chaque année un nouveau souffle.

Dans la tradition, le restaurant La Terre — Le Travailleur alpin occupe une place de choix, avec ses menus « moules-frites », « poulet-frites » et « choucroute royale », réalisés à base de produits frais entièrement « faits maison ». Ce sont plus d’une soixantaine de militants et bénévoles qui feront vivre cet espace sur les trois jours, sans compter la présence lors de la semaine de préparation, dans l’un des plus importants hangars du champ de foire — où les anciens de la commune ont désormais pris pour habitude de venir jouer à la pétanque en dehors des périodes de foire.

Le restaurant La Terre — Le Travailleur alpin fait toujours le plein.

Le droit au « bien manger » était justement l’un des thèmes qui avait occupé — non sans polémiques — la campagne présidentielle du candidat PCF en 2022. Alors que celle de 2027 démarre, c’est précisément sur la foire de Beaucroissant que les communistes lancent leur campagne cette année.

« Une gauche qui parle aux salariés de tous les territoires »

Pour Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère, ce n’est pas anodin : « Nous ne nous satisfaisons pas de voir l’influence de la gauche se concentrer dans les grands centres urbains, et les différentes formations de gauche s’y affronter trop souvent de façon stérile. Les communistes entendent au contraire faire grandir une gauche qui parle aux salariés de tous les territoires, une gauche qui réconcilie celles et ceux qui, au fond, ont les mêmes intérêts. C’est là que se situe la ligne de front face à l’extrême droite. Et nous entendons bien l’occuper pour conjurer les pronostics de malheur ! »

Un choix qui n’est pas symbolique, comme l’illustre la venue de Jordan Bardella, en campagne pour le RN sur un territoire où il mord de plus en plus dangereusement. En face, les communistes entendent donc faire entendre une gauche qui parle « travail », « services publics »… autour d’un slogan simple : « Vivre ! »

En cuisine, les militants communistes isérois s’activent.

Rendez-vous au restaurant La Terre — Le Travailleur alpin

Le restaurant se trouve à l’intersection des allées 8 et 16.
Les tarifs proposés sont les suivants :

- Menu complet « entrée/plat/dessert » : 19€
- Plat unique : 15€
- Menu « petite faim » : 10€
- Barquette de frites : 3€
…et buvette / bar à vins !

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Publié le 09.09.2026 à 07:46

Manuel Pavard

Il y a 90 ans, le soulèvement militaire des nationalistes emmenés par Franco, le 17 juillet 1936, marque le début de la guerre d’Espagne. L’événement appartient depuis à la mythologie de la gauche et du mouvement ouvrier, toutes tendances confondues. Avec son lot d’épisodes, d’organisations et de personnages entrés dans la mémoire collective : les Brigades internationales, la colonne Durruti, le Conseil d’Aragon, les milices ouvrières de Barcelone et Madrid, la révolution sociale espagnole… Et d’autres plus tristes — et moins glorieux pour les autorités françaises de l’époque — comme l’exil d’un demi-million d’Espagnols fuyant l’avancée des troupes franquistes, la plupart lors de la Retirada suivant la chute de Barcelone, en 1939, d’autres dès les premiers mois et années du conflit.

Vernissage des trois expositions, le 3 septembre, à la Maison internationale de Grenoble.

Parmi ces réfugié·es républicain·es et antifascistes, beaucoup atterrirent dans les camps d’internement du sud-ouest, notamment dans les Pyrénées-Orientales. Mais près de 3500 d’entre eux poussèrent jusqu’en Isère, suivant ensuite des trajectoires variées. C’est pour raviver la mémoire de cet exil trop longtemps resté dans l’ombre que la ville de Grenoble s’est associée à l’Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie (ILCEA4) de l’UGA, autour des commémorations de ce 90e anniversaire. Jusqu’au 31 octobre, la Maison internationale de Grenoble (MIG) accueille ainsi une série d’expositions, rencontres, journées d’études, tables rondes et projections consacrées à l’histoire de ces femmes, hommes, enfants et personnes âgées ayant traversé les Pyrénées pour s’établir — temporairement ou pour la vie — dans les Alpes.

« Pour se souvenir de ces réfugiés et ne pas les oublier »

Mémoire et transmission, deux notions au coeur des trois expositions dont le vernissage, jeudi 3 septembre, dans le bâtiment du Jardin de ville, a donné le coup d’envoi de cette saison. C’est aussi ce qui a guidé Léa Barril pour réaliser la formidable exposition « Exils en Isère. Les réfugié·es espagnol·es à Grenoble, Voiron, Barraux, La Tronche, Arandon et Izeaux (1936–1941) », sous la direction d’Almudena Delgado Lario et Nicolas Sesma Landrin. « Avant même de commencer ma thèse, j’avais fait un mémoire de master et lors de mes recherches aux archives départementales, j’avais découvert des décès [NDLR : de réfugiés espagnols] dont personne ne parlait en Isère… Je m’étais donc dit que si j’avais la chance de pouvoir écrire une thèse, je ferais tout mon possible pour transmettre également cette mémoire et cette histoire au grand public et surtout à la jeunesse », raconte la doctorante en civilisation espagnole contemporaine.

L’exposition de Léa Barril centrée sur les quelque 3500 réfugiés espagnols arrivés en Isère entre 1936 et 1941.

Mener à bien cette exposition, c’était ainsi, pour elle, une question de fidélité à ses origines espagnoles, du côté maternel, mais également « pour qu’on puisse se souvenir » de ces réfugiés et « ne pas les oublier ». « Car si on ne le fait pas maintenant, ensuite ce sera trop tard », souligne la jeune Iséroise, rattachée au laboratoire ILCEA4 et à l’École doctorale LLSH de l’Université Grenoble Alpes. Pour les sources, Léa Barril a travaillé principalement à partir des archives départementales, municipales et nationales, en France et en Espagne. « C’est essentiel pour reconstruire l’histoire mais ça ne donne pas accès au ressenti des personnes. J’ai donc posté un message sur les réseaux sociaux en cherchant des témoignages et heureusement, il y a une communauté espagnole importante qui m’a répondu », se souvient-elle.

Photographies figurant dans l’exposition sur le camp d’internement d’Argelès-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales.

Grâce à ces réponses, la doctorante a été mise en relation avec différentes personnes, souvent de la famille des réfugiés, qui ont accepté de témoigner : « Par exemple, Hélios Serrate, qui fait l’exposition sur Argelès-sur-Mer [NDLR : « Le camp d’Argelès : Levez le poing camarades ! »], son papa était dans le centre d’hébergement de Grenoble. Je l’ai connu comme ça, de fil en aiguille », précise la jeune femme, qui a aussi « lu des récits de vie écrits par les réfugiés espagnols » de ce centre, aujourd’hui décédés. Des récits qui seront lus, avec les témoignages de leurs enfants, lors d’une table ronde organisée le 20 octobre à la MIG.

L’histoire des 56 réfugiés espagnols inhumés à La Tronche révélée par Léa Barril

Pour la petite histoire, la presse communiste a également joué un rôle dans ses recherches. « C’est grâce à deux exemplaires de La Voix du peuple consultables aux archives que j’ai pu reconstruire l’histoire des 56 réfugiés espagnols décédés et enterrés à Grenoble et à La Tronche », affirme Léa Barril. L’organe régional du PCF était « le seul journal qui parle de ces décès dans le département de l’Isère, dans ses numéros des 31 mars et 7 avril 1939 », ajoute-t-elle. Et ce, « en précisant à chaque fois lieu, âge et nom ».

Morts de faim, de froid ou de maladie, ces 56 réfugiés (dont 45 mineurs) faisaient partie des 2549 exilés républicains espagnols internés à Grenoble, au centre d’hébergement installé dans le parc Paul-Mistral, entre février et juillet 1939, après avoir fui l’Espagne lors de la Retirada. L’une d’elles périt dès son arrivée à Grenoble. Les 55 autres « vont décéder à l’hôpital puisqu’ils sont transférés tardivement », indique la chercheuse. « Ce sont des personnes qui arrivent affaiblies, en sandales. Vous imaginez à Grenoble en février 1939 ? » Le tout après un long et très difficile voyage en provenance d’Espagne.

Reproduction d’un article de presse espagnol relatant la découverte, grâce aux recherches de Léa Barril, des 56 réfugiés espagnols décédés et enterrés à La Tronche.

Les victimes seront inhumées dans l’anonymat le plus complet au cimetière de La Tronche, pendant de longues décennies. Et ce sont les recherches de Léa Barril qui vont mettre en lumière cet épisode méconnu. Grâce à elle, une cérémonie mémorielle et la pose d’une plaque commémorative ont été organisées fin 2025 et début 2026, avec le soutien de l’UGA et de la ville de La Tronche, pour sortir ces victimes de l’oubli. Son travail, l’écho médiatique et les nombreuses démarches de Carmen Sánchez Lorenzo (Espagnole dont la famille maternelle — notamment sa mère — était dans le centre d’hébergement de Grenoble en 1939) ont aussi permis à une douzaine de familles espagnoles d’enfin savoir où reposaient un parent, un grand-parent, un oncle ou une tante.

À Grenoble, un camp ouvert dans l’urgence pour 2549 personnes

Au total, ce sont près de 3500 réfugiés espagnols qui débarquent en Isère, durant la guerre d’Espagne et les premières années de la Seconde Guerre mondiale. Certains sont répartis dans un camp de triage, au sein de familles d’accueil ou dans des centres d’hébergement, d’autres recrutés pour travailler dans l’agriculture, l’industrie, le service domestique… L’exposition retrace leurs parcours et trajectoires variés, parfois tragiques. Une histoire longtemps restée dans l’ombre, à l’image de celle du camp de Grenoble dont peu de gens avaient connaissance.

« Le 26 janvier 1939, le ministre de l’Intérieur envoie une lettre à tous les préfets de France en leur disant qu’il faut recenser les bâtiments qui seraient éventuellement disponibles pour accueillir des réfugiés espagnols parce qu’il sentait que la situation en Catalogne était compliquée », relate Léa Barril. « Deux jours plus tard, la frontière est ouverte, mais uniquement aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées, qui sont envoyées dans des camps de triage, puis dans des centres d’hébergement partout en France. Les hommes, eux, doivent attendre jusqu’au 5 février. »

Des visiteurs captivés par ces destins méconnus, le 3 septembre, lors du vernissage.

En théorie, ces derniers devaient être envoyés dans des camps de concentration — la différence d’appellation était « genrée ». Mais dans la confusion et l’urgence de la Retirada, la règle sera quelque peu bousculée. Début février en effet, deux convois arrivent à Grenoble, avec à bord 2549 personnes en cumulé. Où les héberger ? « Le préfet, qui n’avait pas le droit de réquisitionner puisqu’on était officiellement en temps de paix, a demandé dans tout le département fin janvier. Bourgoin refuse, personne ne répond. Et c’est le maire de Grenoble, Paul Cocat, qui envoie un courrier le 1er février en disant que le Palais de la Houille blanche [NDLR : sur l’actuel anneau de vitesse] doit être disponible… Sauf que les réfugiés arrivent dans la nuit du 1er au 2 février et sont là avant qu’une décision soit prise. »

Le préfet donne donc l’ordre que les réfugiés dorment dans le train, avant d’être accueillis le lendemain dans les lieux. « C’est pour ça que dans l’exposition, on voit les réfugiés sur les marches, qui attendent l’ouverture du centre d’hébergement », explique Léa Barril. Leur installation se fait « dans l’urgence et la précipitation », tout comme la mise en place du système de chauffage. « C’est un bâtiment qui n’était pas du tout préparé pour accueillir du monde », note l’Iséroise.

Le piège du retour en Espagne

Le centre va ainsi fonctionner bon an, mal an, jusqu’à sa fermeture imposée en juillet 1939, pour cause de début de la foire de Grenoble. « Sur les 2549 personnes, environ 1300 sont envoyées à Arandon. Les autres sont soit transférés vers d’autres camps d’internement, dans le sud de la France, soit incitées à rentrer en Espagne. » Ceci, malgré leur statut connu de républicains, dans une Espagne basculant dans la dictature franquiste. Dans son exposition, Léa Barril a notamment retranscrit des témoignages de réfugiés tombés dans ce piège. « On leur a dit par exemple ‘allez‑y, il ne va rien vous arriver, vous êtes une femme avec des enfants’. Du coup, elles sont rentrées et ont été emprisonnées », déplore-t-elle.

Le récit et les explications de Léa Barril sont illustrés par des photographies d’époque et des coupures de journaux.

Sur les 1300 exilés partis à Arandon, dans le Nord-Isère, « il n’y en a que douze qui restent en 1941 et qui vont pouvoir travailler dans l’agriculture ou bien comme bonnes à tout faire pour les femmes », détaille la doctorante. D’autres viennent à Izeaux (au pied du plateau de Chambaran), pour travailler dans l’entreprise Chevron qui, avec le début de la Seconde Guerre mondiale, « a besoin de main-d’œuvre pour faire des pantalons militaires et des chaussures ».

Si Léa Barril a choisi 1941 comme la dernière année de son exposition, c’est précisément en lien avec cette histoire. « Ça correspond à la fermeture de la maison Chevron, de l’atelier de couture. Et puis l’expo se termine aussi, toujours en 1941, par le premier mariage mixte à Izeaux d’une Française avec un réfugié espagnol. » Une année qui marque par ailleurs la fin d’une période. Car « en 1945, le statut de réfugié politique va être reconnu. Ensuite, les choses seront différentes », conclut la chercheuse.

Un programme riche et varié à la Maison internationale

Outre les trois expositions — « Memoria » de Juan Mar, « Le camp d’Argelès : Levez le poing camarades ! » (photographies de Philippe Gaussot, accompagnées du film Camp d’Argelès de Felip Solé) et « Exils en Isère. Les réfugié·es espagnol·es à Grenoble, Voiron, Barraux, La Tronche, Arandon et Izeaux (1936–1941) » de Léa Barril — présentées jusqu’au 31 octobre, la MIG propose également un programme de grande qualité sur la guerre d’Espagne mêlant conférences, tables rondes, projections et débats. Plusieurs de ces événements sont liés à l’exposition de Léa Barril, à laquelle ils apportent un autre éclairage. Citons ainsi la journée d’études baptisée « Des frontières aux départements français de l’intérieur : les réfugié-es espagnols et leurs descendant-es (1936–2022) », qui se tiendra vendredi 2 octobre, de 10h à 16h30. Ou encore la table ronde consacrée au centre d’hébergement de Grenoble en 1939 : « Récits de vie de réfugié-es espagnol-es et témoignages de leurs enfants », mardi 20 octobre, de 18h30 à 20h30.

La programmation complète est accessible sur le site de la ville de Grenoble, en consultant ce lien.

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Publié le 08.09.2026 à 19:17

Manuel Pavard

Est-ce une fuite en avant du ministère du Travail ? Chez les manifestants rassemblés ce mardi 8 septembre devant la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités de l’Isère (DDETS 38), à Grenoble, le constat est quasi unanime : « cet acharnement est politique ». L’objectif ? « L’intimidation. L’administration compte faire de nos deux collègues un exemple et espère ainsi, par la peur, faire taire les contestations », estiment les organisations syndicales (CGT TEFP, FSU TEFE, CNT, Sud Travail Affaires sociales) soutenant le mouvement de grève des agent·es de l’inspection du travail. En grève reconductible depuis lundi 7 septembre, ces derniers n’ont pourtant aucune intention de cesser leur soutien à Pierre et Benoît.

Les agents de l’inspection du travail étaient en grève pour le deuxième jour consécutif, le 8 septembre.

Il faut dire que les deux représentants Sud Travail à la formation spécialisée (équivalent du CHSCT dans le public) sont un peu devenus, à leur corps défendant, des symboles de la lutte contre la répression anti-syndicale et pour la défense de leurs mission de service public. Des précédents rassemblements de soutien ont ainsi déjà eu lieu à Grenoble, à la fin mai et à la mi-juin. « Cela fait des mois que les pressions pèsent sur Pierre et Benoît », confirme Valentin, représentant Sud à l’inspection du travail.

Procédure bâillon et représailles

Tout a commencé avec une convocation en vue d’une audition pénale libre, en mai dernier, à la suite d’un signalement de la direction de la DDETS 38 pour un prétendu « harcèlement moral » envers une supérieure hiérarchique, laquelle avait en outre déposé plainte contre les deux inspecteurs. Une véritable « procédure bâillon » en réalité, rappellent les syndicats. « Il faut recontextualiser ces faits », explique en effet Valentin. « Ils font suite à des signalements faits par Pierre et Benoît, qui avaient dénoncé du harcèlement moral discriminatoire de la part de cette même responsable managériale. Signalements qui auraient dû faire l’objet d’une enquête mais qui ont disparu dans les oubliettes de l’administration. »

L’affaire aurait cependant pu s’arrêter là. Car la plainte de la cheffe de service a été classée sans suite, quelques jours après l’audition pénale, par le parquet qui a « réaffirmé la liberté d’expression syndicale », souligne le militant Sud Travail. Pourtant, « au lieu de prendre acte de la décision du parquet, de classer et de considérer qu’il n’y avait pas de faits qu’on pouvait leur reprocher, l’administration surenchérit et poursuit les deux collègues, cette fois disciplinairement », s’étonne-t-il, évoquant des « représailles » liées à la dénonciation initiale effectuée par les deux hommes.

« On appelle tous les inspecteurs du travail, tous les agents des services des DDETS, à se mettre en grève le 15 septembre et à monter à Paris pour un gros rassemblement de soutien à Pierre et Benoît. »

Pierre et Benoît sont ainsi convoqués le 15 septembre à Paris pour une commission administrative paritaire (CAP). Un conseil de discipline en somme. « On appelle tous les inspecteurs du travail, tous les agents des services des DDETS, à se mettre en grève le 15 septembre et à monter à Paris pour un gros rassemblement de soutien à Pierre et Benoît », annonce Valentin. Que risquent-ils ? À ce stade, aucune information n’a filtré. « Est-ce que le ministère va proposer une révocation, une mutation d’office, une rétrogradation ? On ne sait pas », confie le représentant syndical qui, comme ses collègues, craint des sanctions lourdes.

Les prises de parole successives de représentants syndicaux ont animé la fin du rassemblement.

Tous les manifestants en ont conscience, ce conflit survient en outre dans un contexte particulièrement lourd pour l’inspection du travail. Parmi les nombreuses sources de tensions en Isère, la question des effectifs, centrale pendant plus d’une décennie dans le département, avec des baisses avoisinant les 30 à 50 % jusqu’à début 2025. « Dans l’unité de contrôle 3, dans laquelle travaille Pierre, il y avait 50 % d’effectifs en moins », révèle Valentin. « Ce sous-effectif colossal a énormément marqué les services et a fait l’objet de fortes mobilisations de la part des organisations syndicales. »

« Des cas de plus en plus réguliers d’instrumentalisation de nos missions »

Autre élément de contexte crucial, poursuit-il, « la réorganisation territoriale de l’État, appelée OTE, autrement dit la préfectoralisation de la plupart des administrations étatiques ». La DDETS dépend désormais officiellement de la préfète de l’Isère, comme l’illustre la mention en ce sens sur la devanture du bâtiment, avenue Marie-Reynoard. Problème, « ça rentre en conflit avec le principe d’indépendance de l’inspection du travail, avec des cas de plus en plus réguliers d’instrumentalisation de nos missions, comme des demandes insistantes, voire menaçantes pour certains collègues, d’aller sur des opérations Place nette ».

Des inspecteurs du travail se retrouvent ainsi affectés à « des opérations anti-drogue ou CODAF (Comité opérationnel départemental anti-fraude) qui s’avèrent être des opérations plutôt de recherche de sans-papiers », s’insurge le responsable Sud Travail. Soit des choses « très éloignées de [leurs] missions »… Voire pire. De fait, explique-t-il, « on doit être identifiés par tous les travailleurs comme des référents et des personnes de confiance qu’on peut saisir. Mais si on est associés à la police de l’immigration, ça va être difficile d’assumer notre mission de défense de tous les travailleurs, y compris les travailleurs sans-papiers ! »

La grève « majoritaire » sur le site de Grenoble

Un ensemble de motifs justifiant largement le mouvement déclenché ce lundi 7 septembre, avec quinze agents en grève — soit une bonne moitié — les deux premiers jours et une mobilisation qui devrait aller crescendo, à l’image du gros rassemblement prévu ce jeudi 10 septembre à Lyon, devant la Direction régionale de l’économie, de l’émploi, du travail et des solidarités (DREETS). « Sur le site de Grenoble, la grève est majoritaire », affirment les syndicats. Ailleurs en Isère, de nombreuses communes et zones d’activités se retrouvent privées d’agent·es de contrôle.

Les manifestants réunis devant les locaux de la DDETS avec, parmi eux, la députée insoumise de l’Isère Sandrine Nosbé.

« Nous mesurons l’impact pour les travailleurs », reconnaissent les grévistes. Néanmoins, « cette situation incombe entièrement à l’administration, qui persiste à poursuivre nos collègues au plan disciplinaire, plutôt que de tenir compte de nos alertes concernant la discrimination syndicale, le management harcelant, l’instrumentalisation de nos services, les obstacles à nos fonctions ».

De son côté, Alexandre Maupin, représentant CGT à l’inspection du travail, espère que la mobilisation va faire tâche d’huile et « s’étendre à tous les services au sein de la DDETS. Car la lutte porte à la fois sur les libertés syndicales, contre la répression et contre la précarisation de l’emploi dans la fonction publique. On a certains services où on a jusqu’à 50 %, voire plus de 50 % de contractuels. » Il mise sur « une mobilisation de la profession qui devra être la plus totale, la plus complète, le 15 septembre, le jour de la CAP à Paris ».

Une démonstration de force espérée les 15 et 29 septembre

Hasard du calendrier, le ministère du Travail va, avec cette convocation en CAP, œuvrer involontairement à la convergence des luttes. Plusieurs autres mouvements et grèves sont en effet programmés également le 15 septembre, à l’instar de l’action sociale, des soignants, des électriciens et gaziers… « On espère que le rapport de force, ce jour-là, découragera le ministre de prononcer quelconque sanction, surtout au vu de la teneur de ce dossier de représailles, qui est totalement vide », lance le militant CGT.

Alexandre Maupin, représentant syndical CGT à l’inspection du travail de l’Isère.

Et si d’aventure, l’administration ne revenait pas à la raison sur le plan disciplinaire, il faudrait alors passer à la vitesse supérieure, se projette-t-il. C’est-à-dire « un élargissement de la mobilisation pendant tout le mois de septembre ». Avec, en ligne de mire, prévient Alexandre Maupin, « la perspective du 29 septembre, qui devra être une démonstration de force pour nos conditions de travail, nos salaires, et sans doute aussi pour défendre les libertés syndicales ».

D’ici là, les inspecteurs du travail en grève n’entendent lâcher aucune miette et tiendront régulièrement des piquets de grève devant la DDETS 38. Tous lancent en chœur un avertissement : pas question de transiger sur leur revendication élémentaire. Et de conclure : « Nous exigeons toujours l’abandon des poursuites disciplinaires engagées à l’encontre de Pierre et Benoît ! »

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Publié le 07.09.2026 à 15:51

Travailleur Alpin

Une étude menée sur près de trois millions d’enfants scolarisés en France entre 2018 et 2022 révèle que filles et garçons ont les mêmes performances en mathématiques à l’entrée au CP, mais qu’un écart se creuse dès le CE1 en faveur des garçons. Catherine Thevenot précise : « Cet écart est observé sur l’ensemble du territoire français, indépendamment du milieu socioéconomique, quel que soit le type d’écoles ou de pédagogies. Aucun lien n’étant établi entre facteurs biologiques et compétences mathématiques, ce sont très probablement des facteurs sociétaux qui sont responsables de cet écart de performances. »

Des stéréotypes véhiculés par la société, l’école et les familles

Le facteur prédominant d’explication de l’infériorité des filles en mathématiques sont des stéréotypes de genre véhiculés par la société, l’école et les familles. « Les parents ont tendance à accorder une importance plus grande aux mathématiques dans le parcours éducatif de leurs fils, matière clef pour leur réussite future. Ils attribuent à un travail assidu et constant la réussite de leurs filles en maths et la réussite de leurs fils à un talent naturel. Les parents sont plus enclins à pratiquer avec les garçons des jeux liés aux maths comme des jeux de dés ou de comptage. Ils s’engagent aussi plus souvent dans des explications et des discussions de phénomènes scientifiques. Les garçons acquièrent ainsi une familiarité et une aisance qui renforcent leur confiance et leur auto-efficacité en maths. À l’école les enseignants ne sont pas à l’abri de biais de leur perception des compétences mathématiques des élèves en fonction de leur genre. Les garçons reçoivent souvent des encouragements plus spécifiques, ou des commentaires plus constructifs que les filles. Des stéréotypes de genre de la part des conseillers d’orientation pourraient biaiser leurs recommandations en orientant davantage les filles vers des carrières liées aux soins ou aux disciplines non scientifiques. »

Une « faiblesse » intériorisée

Ce stéréotype de la réussite en maths fréquemment perçue comme typiquement masculine, bien que remis en question par la recherche scientifique, influence les comportements, choix et performances des filles en maths. Elles intériorisent l’idée qu’elles sont moins fortes que les garçons. Catherine Thevenot évoque les conséquences de cette intériorisation : « Il existe un lien direct entre les croyances sur ses propres compétences dans un domaine et les performances dans ce domaine, au-delà des compétences réelles des individus. Cela freine forcément les ambitions des filles dans les carrières scientifiques. Cela engendre une certaine anxiété vis-à-vis de cette discipline. »

10% des postes de mathématiques fondamentales

À performance égale les statistiques révèlent que les femmes sont moins représentées dans les filières académiques Science, Technologie, Ingéniérie et Mathématiques : autour de 30% en classes préparatoires scientifiques ou en écoles d’ingénieurs, 12% à l’X (École polytechnique) et 15% à l’École centrale, puis moins de 20% des postes de chargées de recherche et moins de 10% des postes de professeures de mathématiques fondamentales ! Parmi les équivalents du prix Nobel, qui n’existe pas pour les mathématiques, la médaille Fields, décernée tous les quatre ans depuis 1936, a récompensé deux femmes sur l’ensemble des 80 lauréats : l’Iranienne Maryam Mirzakhani et l’Ukrainienne Maryna Viazovska. Le prix Abel, décerné annuellement depuis 2001 a récompensé une seule femme : l’Américaine Karen Uhlenbeck.

La lutte contre les stéréotypes réside dans une meilleure information des familles, des enseignants et bien sûr des enfants dès le plus jeune âge.

Catherine Thevenot a donné une conférence « Non, vous n’avez pas toujours été nuls en maths » dans le cadre du cycle « 1 heure de psy », proposé par Laurent Bègue-Shankland, professeur de psychologie sociale et directeur de la Maison des sciences de l’homme, en partenariat avec la bibliothèque de Grenoble. Elle est l’autrice de Des Mythes en Maths : brisons nos préjugés sur les mathématiques paru en 2025 aux éditions Tom Pousse.

Alain Allosio


Je dédie cet article à la mémoire de notre amie Claudine Kahane, grande scientifique astrophysicienne : que les étoiles lui soient douces !

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Publié le 04.09.2026 à 16:39

Manuel Pavard

« Il n’y aura pas de dépôt de plainte de la Ville », a assuré Laurence Ruffin, lundi 31 août, en marge de son bilan des cent premiers jours du mandat. Propos confirmés dans un communiqué diffusé ce mercredi 2 septembre : « Non, la Ville de Grenoble ne veut pas criminaliser ni freiner l’élan de solidarité porté par les Grenoblois-es. »

La mise au point de la maire de Grenoble était particulièrement attendue par l’intercollectif des écoles occupées, qui ne cachait pas son inquiétude ces dernières semaines. Au point de convoquer la presse, ce lundi soir, devant l’hôtel de ville, afin d’interpeller publiquement la mairie, accusée d’avoir, au début de l’été, « effectué un virage à 180° par rapport à la position de la municipalité Piolle concernant les occupations d’écoles ».

Laurence Ruffin a assuré qu’aucune plainte ne serait déposée contre le collectif et les familles occupant les écoles, lors d’un point presse sur ses 100 premiers jours, le 31 août, à la MDH centre-ville.

Depuis le début, à la rentrée 2022, des occupations visant à mettre à l’abri des familles avec enfants à la rue, la municipalité avait toujours manifesté un « soutien tacite » envers ce mouvement, de l’aveu même des militants. Lesquels réservaient l’essentiel de leurs flèches à l’État et au Département de l’Isère, maintenant un dialogue quasi constant avec les élus et services municipaux, malgré quelques désaccords. Un équilibre qui a pourtant failli voler en éclats.

« Le ton était hyper agressif »

En cause, une réunion organisée en juillet avec les représentant·es du collectif et de la Ville. Étaient présents Chloé Pantel, adjointe à l’action sociale et la grande précarité, Léonie Marcoux, adjointe aux écoles, ainsi que des dirigeants et techniciens du CCAS de Grenoble. « On a été surpris car le ton était hyper agressif de leur côté », raconte Laure, membre du collectif RESF de l’école Malherbe et de l’intercollectif des écoles occupées.

Pire, la militante évoque même des menaces et intimidations de la part d’une élue : « Dans la conversation, elle nous a dit que la Ville se réservait le droit de porter plainte si les occupations se poursuivaient durant l’été ou à la rentrée. On nous a même reproché d’inciter certaines familles à refuser les hébergements proposés. Mais ça n’a jamais été notre ligne de conduite », s’insurge-t-elle.

Les membres de l’intercollectif des écoles occupées et leurs soutiens rassemblés sur les marches de la mairie, le 31 août au soir.

Le collectif a également interrogé les élues sur le sort des familles accueillies depuis le début des vacances estivales dans les hébergements d’urgence temporaires gérés par la mairie et le CCAS. Avec une date limite fixée au 15 septembre. « On leur a demandé ce qui était prévu après. Leur réponse ? ‘On ne sait pas’ ! », s’étonne Laure. Relancée à ce sujet durant la réunion, « la Ville a dit qu’il s’agissait simplement d’une plainte contre X, pour se couvrir », ajoute-t-elle.

« La mise à l’abri dans les écoles, si elle peut permettre d’éviter de passer la nuit dehors, ne peut pas devenir un mode d’hébergement pérenne pour pallier les manquements de l’État et du Département. »

L’explication est loin de satisfaire les militants. « Une plainte contre X, contrairement à ce qu’indique Mme Pantel, n’est pas un simple acte administratif : une fois déposée, la plainte échappe au plaignant puisque le parquet (ministère de la Justice) s’en saisit et décide des poursuites et des moyens à allouer à l’enquête », souligne ainsi l’association Droit au logement (DAL 38) sur les réseaux sociaux. « Dans ce cadre, familles sans-abri comme collectifs peuvent tout à fait être inquiétés, convoqués, gardés à vue, poursuivis, mis en examen, condamnés, etc. »

Quelques heures après cette publication, postée mercredi 2 septembre au matin, Laurence Ruffin a donc tenu à clarifier la situation et rassurer les organisations — dont le DAL — membres de l’intercollectif des écoles occupées. Néanmoins, le communiqué répète ce qu’avait déjà dit l’édile quarante-huit heures plus tôt : « La mise à l’abri dans les écoles, si elle peut permettre d’éviter de passer la nuit dehors, ne peut pas devenir un mode d’hébergement pérenne pour pallier les manquements de l’État et du Département. »

« Plus de 400 personnes ont trouvé refuge dans les écoles » depuis 2022

Illustration, « en juillet 2026, 16 ménages, soit 65 personnes dont 46 enfants, étaient encore présents dans les écoles. Seuls quatre ménages ont eu accès aux places d’hébergement de l’État et au logement, douze ont été pris en charge par la Ville », compare cette dernière. Au total, depuis septembre 2022, « plus de 400 personnes ont trouvé refuge dans les écoles » grenobloises, indique la mairie. In fine, la majorité d’entre elles ont pu bénéficier, au cours de l’année scolaire ou à la veille des vacances d’été, d’une place dans le dispositif d’hébergement d’urgence du CCAS.

L’école Malherbe a été occupée à plusieurs reprises depuis septembre 2022.

Problème : celui-ci étant aujourd’hui saturé, « la durée de mise à l’abri dans les écoles augmente de façon inquiétante », observe la Ville de Grenoble. Et ce, « à la fois pour les familles, qui voient des situations temporaires se pérenniser, sans possibilité de cuisiner ni de se laver, et pour toute la communauté éducative, affectée par les situations des familles et amenée à adapter la vie de l’établissement ».

« Trois cent quarante places d’hébergement d’urgence sont financées et gérées en propre par la Ville de Grenoble et son CCAS. »

Plus globalement, la municipalité accuse l’État et le Département de ne pas assumer leurs responsabilités respectives en matière d’hébergement d’urgence et de protection des mineurs. Moyens dédiés insuffisants, « durcissement des textes et des pratiques préfectorales » sur l’accès aux titres de séjour… Un sombre tableau aux conséquences dramatiques pour les sans-logis. Ainsi, « en Isère, seulement 5 % de la demande qui s’exprime auprès du SIAO se voit proposer une solution d’hébergement », déplore la mairie.

Celle-ci vante en comparaison son engagement : « 340 places d’hébergement d’urgence sont financées et gérées en propre par la Ville de Grenoble et son CCAS, ainsi que 25 places supplémentaires créées en 2026 pour répondre aux besoins exprimés par l’occupation du siège de la Métropole. » Elle affirme réaliser « un tour de force budgétaire en maintenant un budget de 1,8 million d’euros dédié à la maraude sociale et à l’hébergement d’urgence, dans un contexte où la contraction des dotations de l’État aux collectivités oblige à des choix de priorisation budgétaire drastiques ».

Interpellation, prévention, recherche

Dans un tel contexte, la Ville prône une stratégie en trois points complémentaires. D’abord interpeller à nouveau et sans relâche l’État et le Département à propos de leurs compétences non assumées. Ce qui passera par « des démarches administratives et juridiques pour enjoindre l’État à jouer son rôle et pouvoir engager de nouveaux recours indemnitaires ». Ensuite, un travail de prévention pour identifier « en amont » les situations des familles et enfants en difficulté, « en lien avec les travailleurs sociaux, les agent-es de la Ville, les collectifs de parents et d’enseignant-es ». Objectif : « éviter la mise à l’abri systématique dans les écoles ». Troisième volet, rechercher « de nouvelles solutions pour offrir une solution digne d’hébergement ou de logement à chacune et chacun, sans dévoyer l’usage des bâtiments scolaires ».

L’école Ferdinand-Buisson occupée pour mettre à l’abri une famille, en février 2024, dans le quartier de la Capuche.

Sur ce dernier point, l’intercollectif des écoles occupées a tenté en vain de contacter la mairie durant l’été, pour obtenir des éclaircissements sur la réunion houleuse de juillet. « On n’a jamais eu de réponse », regrette Laure. Jusqu’à ce lundi 31 août : « Ils nous ont envoyé un mail à 18h12, douze minutes après le début de notre conférence de presse, pour nous proposer de travailler ensemble et de fixer une date de rencontre avec d’autres associations, comme l’Apardap, la Cimade… »

Le rendez-vous devrait se tenir vers la fin septembre. Mais d’ici là, il faudra régler une question, et pas des moindres : quid des « neuf familles ayant un hébergement temporaire jusqu’au 15 septembre » ? Les militants préviennent : « On ne pense pas que la Ville les remettra dehors, sans solution. Mais si jamais c’était le cas, on n’hésitera pas à les remettre à l’abri dans les écoles. »

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