LePartisan.info À propos Bastille Podcasts Fil web
Médias
flux grenoblois

VRAAC

Le nouveau média culturel grenoblois

Publié le 03.03.2026 à 11:03

Festival

Hystéries collectives

Retour du festival Hystéries collectives, temps fort féministe qui, pour sa troisième édition, convie le duo post-punk grenoblois La Chiale (notre photo) ce jeudi soir et la DJ nantaise Flora le lendemain aux Rutilantes, une chorale autogérée aux Modernes le 10 mars, quelques ateliers à la Cafteuse et à Peanut butter books, ainsi que des expositions (de broderie et d’affiches) à voir jusqu’à la fin du mois.

Photo ©Loïg Garcia

Source

Publié le 02.03.2026 à 17:31

autre style de musique

After manif du 8 mars avec Lapili

Elle chante, rappe, danse, chorégraphie, et dessine des vêtements. L’artiste espagnole Lapili accède petit à petit au statut d’icône pop féministe bien dans son époque (elle parle notamment de grossophobie frontalement dans ses textes) et sera l’invitée parfaite de l’after manif du 8 mars au Drak-Art, aux côtés des DJ Pat’Soucis, Ratatak et Pipas. Réservez, ça pourrait partir très vite !

Photo ©DR

Source

Publié le 02.03.2026 à 17:00

En ville

Nouvel an chinois

Première au Minimistan : les assos AsiAlpes et l’UCECF y organisent cette année le
Nouvel an chinois ! Toute la journée, des démos diverses (kung fu, danse, instruments…), des concerts et un menu spécial le midi, pour célébrer l’année du cheval.

Photo ©Unsplash

Source

Publié le 02.03.2026 à 11:48

Non classé

Municipales à Grenoble : la culture au programme

/ Par Hugo Verit

Avant toute chose, un mot sur notre méthodologie. Nous avons contacté tous les candidat·es déclaré·es et leur avons posé les mêmes questions afin de les confronter sur des thématiques communes. Le présent dossier se base sur leurs réponses, ainsi que sur les propos tenus lors du débat organisé à l’Ampérage par le réseau Tempo le 14 janvier dernier. Autre précision importante : nous avons rencontré Pierre-Édouard Cardinal avant son ralliement à la liste d’Alain Carignon et avons décidé de conserver certaines de ses propositions, en estimant que celles-ci pourraient éclairer le projet de l’ancien maire de Grenoble. Ne reste plus qu’à énumérer ici toutes les têtes de liste afin de vous donner quelques repères : Baptiste Anglade (NPA), Catherine Brun (Lutte ouvrière), Allan Brunon (LFI), Alain Carignon (LR), Valentin Gabriac (RN), Romain Gentil (Équinoxe, Place publique, PRG), Hervé Gerbi (Horizons), Laurence Ruffin (Écologistes, PS, PCF…), Thomas Simon (Grenoble Alpes collectif)… et Geneviève Krzyzak (Réquisition des logements vacants, l’argent pour les services publics, pas pour la guerre) qui a déposé une liste au dernier moment et sera donc absente de ce dossier.

Le Palais des sports

Les faits – Bâtiment municipal, le Palais des sports est un équipement vieillissant qui nécessite d’importantes rénovations. Dans les colonnes du Dauphiné Libéré, en février 2025, l’organisateur de concerts Rémi Perrier évoquait « un état technique et sanitaire inquiétant et préoccupant » et affirmait : « Je n’y organiserai plus de spectacles à partir de fin 2026-début 2027. » Construit à l’occasion des Jeux olympiques de 1968, l’immense Palais des sports peut sembler sous-utilisé – une soixantaine d’événements par an selon les chiffres de Laurence Ruffin, candidate de la majorité sortante. Cette année, il accueillera pour la première fois les festivals Ultravirage et Magic Bus.

Leurs propositions – Sur ce sujet, on observe un net clivage gauche-droite quant à la méthode. Le centriste Hervé Gerbi, le Républicain Alain Carignon et le candidat RN Valentin Gabriac envisagent un partenariat public-privé afin de financer les coûteuses rénovations : 80 millions selon Carignon ! « À ce prix-là, on en refait un ! C’est une demi-vérité de dire qu’il est dans une situation catastrophique. On peut y faire des choses, il ne faut pas revoir toute sa structure », réagit Allan Brunon qui, à l’instar des autres listes de gauche, refuse la privatisation. De même, Laurence Ruffin relativise : « Ces dernières années, d’importants travaux ont déjà été réalisés (chauffage, électricité, sécurité), ce qui a permis d’augmenter fortement son taux d’utilisation. » À noter que la candidate ne s’oppose pas à d’éventuels « partenariats non lucratifs ». Pour multiplier encore le nombre d’événements, elle propose, tout comme Allan Brunon, de rendre cet espace économiquement plus accessible aux acteurs culturels et associatifs. Et Romain Gentil ? Il compte ouvrir « un chantier coopératif avec les organisateurs d’événements, les acteurs culturels, les habitant·es, les clubs, sur son utilisation et son intégration au parc Paul-Mistral ».
Les Brûleurs de loups, club de hockey grenoblois, lorgnent sérieusement sur cet équipement afin de pouvoir accueillir plus de public qu’à la patinoire Pôle sud (trop petite selon eux). Alain Carignon ou Valentin Gabriac se montrent ouverts à cette idée, mais pas Hervé Gerbi : « Qu’est-ce qu’on fera de cette patinoire s’il n’y a plus le hockey ? En revanche, je suis pour que le Palais des sports retrouve sa vocation sportive (il y a beaucoup de demandes de la part des clubs) tout en conservant une activité de concerts. »

Le TMG

Les faits – En 2016, la majorité d’Éric Piolle, fraîchement arrivée aux commandes de Grenoble, décide de reprendre en régie directe le Théâtre 145 et le Théâtre de Poche jusqu’alors gérés par le collectif d’artistes Le Tricycle via une délégation de service public (DSP). L’occasion aussi de fusionner ces deux petites scènes avec le Grand théâtre de l’hyper-centre au sein d’une même entité : le TMG (Théâtre municipal de Grenoble). En quelques années, la programmation a évolué : pas mal de créations, de la scène locale, et surtout la disparition du théâtre privé et ses pièces grand public. En outre, le TMG subirait une baisse de fréquentation assez vertigineuse depuis le changement de gestion : 24 522 spectateurs en 2012 (chiffre publié par Le Dauphiné Libéré) contre 12 935 billets vendus l’an passé selon la Ville (c’est tout de même 2400 places de plus par rapport à la saison 23/24). Peut-on comparer le nombre de « spectateurs » et celui de « billets vendus » ? Ces données sont-elles fiables alors qu’elles ne prennent pas en compte la diminution des jauges observée ces dernières années (le Grand théâtre n’étant pas utilisé à 100 % pour plusieurs représentations) ? Le public de 2012 a-t-il les mêmes aspirations que celui d’aujourd’hui ? Vous l’aurez compris, le sujet ne peut se résumer à une simple bataille de chiffres.

Leurs propositions – Retour en arrière pour Hervé Gerbi, Romain Gentil et Valentin Gabriac qui sont pour confier le théâtre municipal – du moins le Poche et le 145 – à des compagnies via une DSP. Alain Carignon aussi, semble-t-il : « Il faut rendre aux théâtres leur liberté en mettant des créateurs à leur tête. » Sur la forme, Allan Brunon prône en revanche le statu quo, tout comme le Grenoble Alpes collectif (GAC) qui s’explique : « On ne va pas encore rechanger par respect pour les salariés. » Sur le fond, chacun s’accorde à diversifier l’offre, soit « de l’humour, du clown et du cirque… » pour le GAC, « de l’opéra ou des spectacles musicaux » pour Laurence Ruffin, le retour du théâtre privé pour les listes de droite. Allan Brunon insiste lui sur la nécessité de multiplier le nombre de représentations d’un même spectacle dans des délais resserrés « afin de permettre aux compagnies de fidéliser les spectateurs ».

La Fête des tuiles

Les faits – Créée par la municipalité d’Éric Piolle en 2015, la Fête des tuiles célèbre la journée du 7 juin 1788 « durant laquelle les habitant-es de Grenoble et plus particulièrement les femmes ont réalisé le premier pas de l’histoire populaire de la Révolution française », peut-on lire sur le site de la Ville. Au programme, une enfilade de stands associatifs sur les cours Jean-Jaurès et Libération piétonnisés, un vide-grenier et des propositions artistiques pas forcément mises en valeur. Une fête qui coûte 260 000€ selon la mairie, 400 000€ à 500 000€ selon ses détracteurs.

Leurs propositions – Suppression pure et simple pour Alain Carignon, Romain Gentil et Thomas Simon. Ce dernier prévoit à la place de « financer 100 événements à 4000€ dans les quartiers de Grenoble ». D’autres ne sont pas contre l’idée, mais préfèrent remplacer cette Fête des tuiles par un événement différent. Allan Brunon propose une Fête des résistances pour élargir le propos « à l’islamophobie, à la culture décoloniale et à l’antiracisme ». À l’autre bout du spectre, le RN décalque sans surprise son obsession identitaire avec une Fête du Dauphiné (qui durerait un mois !!). À mi-chemin, le centriste Gerbi souhaite créer un événement (aux contours très flous) autour d’un futur musée de la paix et de l’émancipation (lire par ailleurs). Quant à Laurence Ruffin, elle indique vouloir « révolutionner » la Fête des tuiles : « Repenser sa forme, son organisation et ses usages, en s’appuyant sur une méthode de coconstruction associant acteurs culturels, associations et habitantes et habitants. » À voir…

Fête de la musique

Les faits – On ne sait plus trop quand, ni comment, mais les podiums municipaux ont disparu de la Fête de la musique à Grenoble. La Ville nous éclaire : « La dernière scène organisée pour la Fête de la musique était en 2019 sous le kiosque du jardin de ville (annulée à cause de la météo), puis la crise sanitaire a empêché d’en programmer en 2020 et 2021. Les associations et les collectifs musicaux locaux se sont emparés de cette soirée et la Ville a décidé d’accompagner ces initiatives en apportant une aide logistique. » Finies donc les scènes à la caserne de Bonne, sur l’esplanade du Musée ou au PPM… Dommage ?

Leurs propositions – Il se pourrait que l’on retrouve ces scènes lors du prochain mandat car Alain Carignon ou Romain Gentil y sont favorables, tout comme Laurence Ruffin qui parle d’installer un podium au Jardin de ville. Pour sa part, Allan Brunon regrette que cette Fête de la musique soit essentiellement « organisée au centre-ville » et aimerait qu’il y ait « des événements dans chaque quartier ».

Le hip-hop à l’honneur

C’est une vraie tendance : plusieurs candidat·es proposent de mettre en valeur les cultures urbaines, et en particulier le hip-hop, à Grenoble. Cela pourrait passer par la création d’un festival dédié (H.Gerbi), d’un centre hip-hop au niveau métropolitain (GAC), d’un « lieu ressource pour les cultures urbaines » à la Correspondance (R.Gentil) ou d’un « lieu culturel hybride, pouvant accueillir notamment un centre des cultures urbaines, des pratiques théâtrales et un espace dédié à la montagne » (L.Ruffin). Prévu à l’Ancien musée de peinture, ce projet pourrait s’accompagner d’un plan de végétalisation de la place Verdun.

L’Ancien musée de peinture

Les faits – L’Ancien musée de peinture est sans conteste l’équipement culturel municipal le plus négligé ces dernières années. Il ne s’y passe pas grand-chose et le bâtiment souffre d’un grave problème d’étanchéité. Le coût des rénovations avait été estimé à 10 millions d’euros lors d’une évaluation en 2020.

Leurs propositions – Outre le projet de Laurence Ruffin évoqué dans le paragraphe précédent (sur le hip-hop), d’autres candidats citent l’Ancien musée de peinture dans leur programme culturel. Alain Carignon pour – on s’y attendait – dire la nécessité de trouver des investisseurs dans le cadre d’un partenariat public-privé. Hervé Gerbi pour évoquer son projet de musée de la paix et de l’émancipation qui accueillerait des spectacles et expositions sur ce thème on ne peut plus fourre-tout. Valentin Gabriac pour y implanter un musée des Alpes (un peu redondant, sur le papier, avec le Musée dauphinois, l’Ancien-Évêché et le Muséum). Pierre-Édouard Cardinal pour y établir un opéra (une proposition jugée « très pertinente » par la liste Rassemblement national).

La Grande Bibliothèque

Les faits – Après la fermeture des bibliothèques Hauquelin et Prémol en 2016, la majorité sortante renoue avec la polémique à travers son projet de Grande Bibliothèque dont l’ouverture est prévue pour 2030. Installée juste à côté de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine, place Valentin-Haüy, elle sera « un lieu de cultures et de vie », muni notamment d’un espace restauration. Coût prévisionnel de l’opération : 18 millions d’euros. Là où ça coince, c’est que ce projet s’accompagne de la fermeture contestée des bibliothèques du centre-ville et du Jardin de ville.

Leurs propositions – Presque tous les candidats y sont fermement opposés, préférant maintenir l’existant et défendant les bibliothèques de proximité. Au sein des adversaires de la majorité, Allan Brunon détonne : « Je suis plutôt pour cette Grande Bibliothèque car on a besoin de renforcer celle de Chavant, trop petite par rapport au nombre d’étudiants. Mais je ne veux pas non plus fermer les bibliothèques du centre-ville, il faut faire des économies ailleurs. »
Très attendue, la position de Laurence Ruffin s’avère prudente, voire ambiguë. Elle annonce vouloir « maintenir le nombre de points lecture » (donc ne pas supprimer ceux du centre-ville ?) tout en souhaitant « qu’une bibliothèque joue le rôle de tête de réseau, un lieu vivant et ouvert, inspiré d’expériences réussies à Strasbourg ou au Havre ». La Grande Bibliothèque pourrait devenir cet équipement emblématique, mais pas nécessairement : « Ce pourrait aussi être une bibliothèque existante. » Dans ce dernier cas, le projet serait abandonné.

Un nouveau festival ?

En ces temps de rigueur budgétaire, les grandes et belles promesses ne sont pas à la mode. Peu de propositions émergent en ce qui concerne de nouveaux événements ville. À l’image du Grenoble Alpes collectif qui porte carrément une politique de démunicipalisation de la culture : « Ce n’est pas le rôle de la Ville. Il faut plutôt laisser faire et soutenir les professionnels du secteur. » Néanmoins, on l’a vu plus haut, Hervé Gerbi évoque un festival hip-hop, quand Romain Gentil réfléchit à « un festival culturel pour et par les jeunes qui mettra en avant les talents de la jeunesse grenobloise », prolongement du dispositif Émergences. Et ce n’est pas tout : « Il y a un potentiel à Grenoble en matière de musiques électroniques, donc on aimerait soutenir toutes les initiatives (comme Ultravirage par exemple) pour que notre ville soit reconnue dans ce domaine. »

Fête et voisinage

Les faits – À Grenoble, on ne compte plus les conflits liés aux nuisances sonores. Il devient difficile pour les cafés-concerts de subsister face à un voisinage peu coulant. Résultat : le Ptit Labo a dû couper le volume pendant plus d’un an en 2024 et la Bifurk, salle de concerts qui existe pourtant depuis plus de 20 ans, doit faire face à une plainte déposée en octobre 2025.

Leurs propositions – La liste la plus engagée sur la question est celle du GAC qui promet de « soutenir la rénovation sonore dans la mesure du possible, en priorité à la Bifurk » et prévoit même « un petit fonds pour aider les bars culturels à financer une soirée par an ». Le tout bien sûr en assurant le droit à la tranquillité des riverains. Allan Brunon se montre également volontaire avec « un grand plan d’insonorisation pour les acteurs qui le demandent ». Sinon, tout le monde propose basiquement de travailler sur la médiation, Hervé Gerbi se distinguant néanmoins en privilégiant l’établissement d’une « cartographie du bruit » à Grenoble afin d’amorcer le dialogue autour « d’éléments objectifs ».

Grenoble la nuit

Les faits – L’Ampérage, le Drak-Art, la Belle Électrique, et c’est tout. Avec seulement trois clubs dignes de ce nom, Grenoble n’a pas une vie nocturne des plus foisonnantes. D’autant que l’Ampé, en proie à des difficultés économiques, nous alerte sur son avenir incertain. Que faire pour sauvegarder la nuit grenobloise ?

Leurs propositions – Sur le sujet spécifique de l’Ampérage, le GAC s’engage à fournir des médiateurs sur voie publique (obligation légale assumée jusqu’alors par la salle de concert, soit un budget non négligeable de 15 000€ par an) « et cette médiation pourrait tourner aussi dans tout le quartier, car il y a le Drak-Art et la Belle Électrique à côté ». Laurence Ruffin envisage également une aide en matière de médiation, mais sous forme d’un cofinancement, et donc d’un partage des coûts avec la structure concernée.
Autre idée du Grenoble Alpes collectif – décidément prolixe sur la question –, ressusciter le Conseil de la nuit qui « rassemble les acteurs culturels, la police, les habitants, les régies de quartier pour faire converger tous les usages. Ça existait mais ça a disparu pendant le second mandat de Piolle, on ne sait pas pourquoi », explique Fabien Givernaud, l’un des colistiers de Thomas Simon. Une initiative partagée par Hervé Gerbi.
Enfin, cela se décidera certes au niveau métropolitain, mais la liste de Laurence Ruffin souhaiterait expérimenter des transports nocturnes jusqu’à 2h les vendredi et samedi, quand Romain Gentil imagine un tram de nuit entre 1h et 5h du matin.

Répartition des subventions et transparence

Toujours la même ritournelle lorsqu’on interroge les opposants à la majorité Piolle : l’idéologie du maire aurait influencé sa politique culturelle par le biais d’ingérences dans la programmation des équipements municipaux (comme le TMG) ou de subventions attribuées prioritairement à des projets compatibles avec ses opinions. Impossible de vérifier de telles accusations, mais Laurence Ruffin dit « entendre les critiques » et veut « renforcer la transparence des décisions en mettant en place un comité artistique, associant habitantes et habitants, équipes artistiques, professionnels du secteur et élu·es. Ce comité, renouvelé régulièrement, pourrait s’appuyer sur une charte claire et rendre des avis publics ». Deux autres candidats proposent des dispositifs similaires : un comité d’avis qui ressemble fort à celui de Ruffin pour Allan Brunon, un Office municipal de la culture sur le modèle de l’Office municipal des sports pour Hervé Gerbi. À noter que le comité d’avis culture existait déjà dans la précédente mandature, sur un modèle très proche, voire identique. Lors du débat à l’Ampérage, Thomas Simon a par ailleurs précisé qu’il y aurait, s’il est élu, « une vigilance envers les acteurs percevant plus de 50 000€ quant au respect du critère de l’intérêt général ».

Reste une question : les opposants à la majorité sortante seront-ils eux-mêmes irréprochables ? Seraient-ils prêts à subventionner des projets aux antipodes de leur idéologie (puisqu’ils en ont une, aussi) ? Alain Carignon élude : « Interrogez ceux qui étaient là quand j’étais maire. Je n’ai rien à prouver. » Parmi les candidat·es, seul Allan Brunon assume son biais idéologique : « Il est hors de question que je favorise des collectifs qui prôneraient des choses comme la fast fashion par exemple. Le capitalisme n’est pas un projet humain émancipateur. » Les autres n’admettent qu’une limite quant au financement d’un projet : que celui-ci respecte le cadre de la loi.
Cependant, n’oublions pas le représentant du Rassemblement national pour lequel il est d’autant plus légitime de se poser la question. Car le parti de Jordan Bardella s’illustre régulièrement à la rubrique « censure ». Attention, prenez votre respiration, on énumère : volonté de supprimer le Centre national du cinéma (CNC) lors des débats sur le budget 2026 ; suspension d’une subvention régionale au festival Le Jardin du Michel suite à la programmation du groupe Sniper (votée sur proposition de Laurent Jacobelli) ; ingérence au cinéma de Bruay-la-Buissière où la mairie RN déprogramme un film sur Gaza pour lui préférer le docu catho Sacré-Cœur ; confusion totale du député Matthias Renault qui proposait, en janvier dernier, d’annuler une subvention aux Trans Musicales de Rennes pensant qu’il s’agissait d’un festival transgenre (mille fois sic !)… Autant de précédents qui ne font pas sourciller Valentin Gabriac. Néanmoins, il tente de nous rassurer : « On ne sera pas là pour faire la police de la pensée » mais… « on est contre les événements communautaires ». Un exemple ? « Des événements interdits aux blancs » : nous y voilà.


Le budget

Pas touche au budget culture ! C’est en tout cas la promesse de l’intégralité des candidat·es qui souhaitent sanctuariser le montant de cette ligne budgétaire, 174€/habitant et 10 % du budget total (c’est supérieur à la moyenne nationale des communes : 7,6 % selon les derniers chiffres du ministère de la Culture). Seul Pierre-Édouard Cardinal, lors du débat à l’Ampérage, annonçait sa volonté d’augmenter l’enveloppe pour atteindre 200€/habitant. Mais ça, c’était avant son ralliement à la liste d’Alain Carignon, chantre de l’économie et du pragmatisme budgétaire. Lui aussi promet le maintien du budget culture mais au prix d’une mutualisation de certains services en « doublon » entre la Ville et la Métropole (propreté, déchetterie…) et de la privatisation de certains bâtiments comme le Palais des sports afin de réduire les coûts de fonctionnement. Laurence Ruffin, quant à elle, affirme que la culture sera et restera le troisième poste de son budget, histoire de garantir un effort municipal tout au long du mandat malgré les coupes de financement éventuelles pour les communes.

La fin des appels à projet ?

Pour obtenir des deniers publics, les acteurs culturels ont deux possibilités : faire des demandes de subventions de fonctionnement et/ou répondre à des appels à projet émis par une collectivité territoriale. Bien sûr, la plupart préfèrent les subventions de fonctionnement qui permettent de développer leurs propres idées en parfaite autonomie. Tout l’inverse des appels à projet, beaucoup plus contraignants, pour lesquels le lauréat devient simple opérateur désigné pour suivre le cap fixé par les élus. Par ailleurs, ces appels à projet produisent une mise en concurrence qui profite nécessairement aux structures les mieux armées pour y répondre – donc, souvent, les plus grosses.
Surprise ! Là encore tous les prétendants à la mairie se sont donné le mot : finis les appels à projet ! Un vœu pieux, en réalité, car cela signifierait la quasi-disparition de tout projet culturel d’ampleur porté par la municipalité. D’ailleurs, Hervé Gerbi et Laurence Ruffin nous ont confirmé qu’ils souhaitaient limiter les appels à projet sans pour autant y renoncer totalement.

La gratuité

On doit à la majorité Piolle la gratuité du Cabaret Frappé, des bibliothèques et des musées municipaux (Musée de Grenoble, Muséum et musée Stendhal). Il serait contre-productif pour un aspirant édile de se prononcer contre ces gratuités en pleine campagne électorale. Mais voilà un acquis des deux mandats piollistes sur lequel personne ne souhaite revenir. L’Insoumis Allan Brunon aimerait même aller plus loin : « Rendre le Musée de Grenoble effectivement gratuit puisque les grandes expositions sont toujours payantes. Je ne pense pas que ça coûte très cher. » Romain Gentil aspire, pour sa part, à travailler sur les tarifications solidaires en les finançant éventuellement par du mécénat culturel. Enfin, Pierre-Édouard Cardinal considère que « la gratuité ne suffit pas pour désacraliser la culture. Il faut aussi agir sur le périscolaire, par exemple, pour casser les barrières sociales ».

La Correspondance

Unanimité pour saluer la réussite de La Correspondance ! Pensé comme éphémère, en attendant la création de futurs logements dans le quartier Flaubert, ce lieu culturel (mais pas que) pourrait bien être pérennisé. « Il a toujours été prévu de maintenir le bâtiment où est situé le Bivouak Café », nous dit la Ville. Mais Fabien Givernaud (GAC) rappelle que « le Bivouak ne pourra pas fonctionner sans la Correspondance », ensemble de bâtiments en friche abritant de nombreuses associations. Celles-ci n’ont actuellement aucune solution de relogement, la fin de ce tiers-lieu transitoire étant normalement programmée pour 2027.


Plutôt que de répondre à notre questionnaire sur les grands sujets culturels grenoblois, les deux listes d’extrême gauche (Lutte ouvrière et le Nouveau parti anticapitaliste) ont préféré développer un propos plus global. Le NPA, emmené par Baptiste Anglade, s’inquiète ainsi des coupes budgétaires que subissent les associations grenobloises et compte « principalement sur les mobilisations du monde du travail et de la jeunesse » pour résister à « ces attaques ». Il affirme la nécessité de sortir des appels à projet et « de la logique marchande » et dénonce l’inégalité d’accès à la culture à cause, entre autres, de « salaires au rabais et de loyers trop élevés ».

Catherine Brun (LO), quant à elle, n’est pas là « pour jouer au petit jeu des promesses ». Elle ajoute : « L’accès à la culture, c’est déjà avoir des bonnes conditions à l’école. Or, le budget de l’Éducation nationale est aujourd’hui contraint. Il y a des suppressions de postes dans l’académie de Grenoble comme partout. Par ailleurs, je suis préoccupée par le fait que le budget de l’armée ait été multiplié par deux très récemment. L’avenir pour la jeunesse, c’est une société qui marche à la guerre. Si on veut réellement empêcher la société d’aller à la catastrophe, il faudra une mobilisation formidable, par les travailleurs et par les jeunes qui ont évidemment un rôle très important à jouer. »

Photo © Éloïse Mahieux

Source

Publié le 02.03.2026 à 11:48

Rock

Komodor et Les Ramoneurs à l'Ampé : that 70's show

Voyage dans le bon temps avec Komodor, qui nous plonge illico dans le rock des années 70, mélange entre le groove de T. Rex, la puissance de Led Zeppelin et la lourdeur psyché de Black Sabbath. Mais rassurez-vous, pas de nostalgie, pas de recyclage, ni vaine tentative de faire revivre le regretté Ozzy Osbourne ; Komodor produit un rock psyché bien vivant, bien actuel, bien authentique. Riffs massifs, basse grondante, batterie martelée : en un EP et deux albums, Komodor a cassé la baraque du rock français avec des morceaux joyeusement puissants et bruts, comme Heavy Maria ou Nasty habits sur l’album éponyme (2019), et tout récemment Raise your hands ou Soul tricker, issus de l’album Time & Space sorti fin janvier 2026. Qui plus est, l’énergie physique de Komodor sur scène n’a fait qu’être louée à nos oreilles. À noter, une première partie qui ne risque pas d’être triste non plus, avec le groupe local d’hommage aux Ramones, les Ramoneurs, reformé dans la joie et la bonne humeur après quelques décennies (!) de pause. Hey ! Ho ! Let’s go ! / DD

Photo © Marinod

Source

Publié le 02.03.2026 à 11:47

Non classé

Réjane Sénac : « Ébrécher l'omerta sur l'élevage intensif »

/ Par Hugo Verit

Votre dernier livre, Par Effraction – Rendre visible la question animale (Stock/Philosophie magazine), est donc une plongée dans le mouvement animaliste. Qu’est-ce qui vous a conduite vers ce sujet-là ?

Réjane Sénac – Le point commun de mes recherches est de travailler sur les incohérences au cœur de notre ADN politique symbolisé par la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » : comment est-on pétris par ces principes et en même temps pris dans des tensions entre la définition de la liberté et la revendication de l’égalité pour toutes et tous ? J’ai travaillé sur la place de ceux que j’appelle les « non-frères », les groupes qui n’ont pas été inclus dans le contrat social originel et à qui on n’a pas appliqué les principes de liberté et d’égalité : les femmes, les personnes racisées, les minorités de genre… Et historiquement, l’un des leviers pour exclure ces groupes humains de l’application des droits fondamentaux a consisté à les animaliser. J’ai étudié ensuite la convergence des luttes entre les mobilisations (contre le sexisme, le racisme, pour la justice écologique et sociale), et j’y ai intégré la cause animale, c’est-à-dire celles et ceux qui s’opposent à la maltraitance animale, voire à une hiérarchie entre l’espèce humaine et les autres espèces animales (parce que – scoop – nous sommes aussi des animaux).

Appliquer le principe d’égalité ne signifie pas traiter des situations différentes de la même manière, mais se donner les moyens pour que les différences n’entraînent pas de domination. À travers notre rapport aux animaux non humains, les conséquences concrètes de cette domination s’expriment par une exploitation et l’appropriation des ressources qui – dans son expression la plus brute – va jusqu’à la mise à mort. Pour reprendre l’analyse d’Achille Mbembe sur le nécropouvoir, cela dit la persistance dans la modernité politique, notamment en France contemporaine, d’une légitimité à laisser vivre ou à tuer les groupes les plus vulnérables. Faire un zoom sur la question animale nous amène à analyser nos incohérences collectives et individuelles.

Incohérences illustrées par des chiffres parlants : 84 % des Français veulent interdire l’élevage intensif, mais seulement 2 % sont végétariens. D’abord, ces chiffres ont-ils évolué récemment ?

R.S. – La réalité montre que non. Alors que les personnes ont l’impression individuellement de manger moins de viande ou de manger une viande « plus heureuse », le poids de viande consommé évolue très peu. Ce qui évolue, c’est le type d’animaux exploités et abattus, plus de poulets et moins de bovins et plus de viande transformée. Cela veut dire, paradoxalement, comme le montre L214, que plus d’animaux sont tués, car ils sont plus petits.

Comment une population majoritairement opposée à l’élevage intensif peut-elle continuer à consommer autant de viande ?

R.S. – Il est intéressant d’inscrire ce paradoxe plus largement dans ceux qui sont les nôtres au XXIe siècle. Après une seconde moitié du XXe siècle marquée par l’extension des droits à des groupes historiquement exclus, dont les femmes, le XXIe siècle se caractérise par une mise en visibilité des violences et des inégalités, qu’elles soient sexistes, racistes ou dans le rapport aux enfants. La boîte noire de la toute-puissance des dominants sur ces groupes vulnérabilisés est ébréchée.

Pour illustrer cette phase, je vais prendre l’exemple d’une personne interrogée lors d’un micro-trottoir de l’association FUTUR. La question posée était : « Êtes-vous spéciste ? » Comme la majorité des passants, il ne savait d’abord pas ce que cela voulait dire. Ce qui montre que la question des violences envers les animaux non humains est l’un des derniers maillons de la mise en visibilité des violences structurelles. Ensuite, il a répondu : « On ne peut pas ne pas savoir, je sais, c’est terrible, mais je suis spectateur. C’est trop compliqué. J’aime la viande avec de la mayonnaise, je suis un connard banal. » Cette réponse dit la dimension politique de l’intime au sens où la manière de s’habiller, de se chausser, de s’alimenter s’inscrit dans un cadre collectif. Les choix de consommation sont en particulier contraints par les modes de production. Il est ainsi notamment compliqué de manger végétal dans un monde où l’agro-alimentaire repose sur l’élevage et où les enseignes de distribution et les lieux de restauration collective (cantines, restaurants) donnent une place centrale à la viande. Les difficultés matérielles se doublent d’une stigmatisation sociale comme le rapportent les personnes véganes que j’ai interviewées et qui témoignent de réactions de rejet, voire de violence, quand elles expliquent pourquoi elles ne veulent plus participer de l’exploitation animale en arrêtant de manger de la viande ou du poisson. Elles ont l’impression d’être des miroirs ambulants de l’incohérence collective et de devoir sans cesse se justifier. Enfin, se qualifier de « connard banal » dit une prise de conscience de la banalité du mal dans notre rapport aux autres espèces animales, voire un changement de camp de la honte sans pour autant que cela amène à changer de comportement. En se qualifiant ainsi, il témoigne d’un malaise vis-à-vis de cette forme de lâcheté individuelle et collective.

Alors, qu’est-ce qui empêche le système de se réformer ?

R.S. – La transformation du mode de production et la remise en cause de l’élevage demeurent des tabous auxquels on oppose un principe de rentabilité économique. Ce sont pourtant des filières, comme on l’a vu récemment avec les filières bovine et du foie gras, qui sont déficitaires et maltraitantes aussi pour les humains. Ce qui résiste, c’est avant tout un mode d’organisation économique et une certaine conception de l’identité française et de ce qu’est être fort, viril. On le constate à travers la montée des masculinistes qui se filment en train de manger de la viande rouge, du steak saignant.

Pour être plus en cohérence avec elles-mêmes, certaines personnes essaient de faire attention à la viande qu’elles achètent, privilégiant par exemple les boucheries bio. Est-ce illusoire ?

R.S. – En France, de nos jours, 8 animaux abattus sur 10 proviennent d’élevages intensifs et les lois actuelles sont loin de s’y opposer. J’avais assisté à une action de L214 qui demandait aux magasins Leclerc de ne plus vendre de viande de porcs issus d’élevages qui n’appliquent pas le « Pig minimum standards ». Il s’agit d’un standard européen dont l’un des critères est de permettre à l’animal d’avoir suffisamment de place dans son enclos pour pouvoir se retourner… Ce qui montre que l’on part vraiment de loin ! Quant à la viande bio, ça ne veut pas dire du tout que les animaux ne sont pas maltraités, ça veut dire qu’ils sont alimentés par des produits issus de l’agriculture biologique, c’est bien différent… et très anthropocentré, car on pense d’abord à la qualité de ce que nous mangeons, et non à la qualité de vie des animaux. Si on est antispéciste, on considère essentiel non seulement que les animaux souffrent le moins possible, mais aussi qu’ils aient un intérêt à vivre. Dans cette perspective, il n’y a pas d’élevage vertueux.

Une association comme L214 travaille à la fois sur la lutte contre la maltraitance animale et sur un horizon abolitionniste, c’est-à-dire faire en sorte que les animaux soient le moins maltraités possible dans les conditions actuelles tout en imaginant le seul horizon vraiment cohérent : celui où l’on n’élèverait plus des animaux pour les tuer. Cela demande une réflexion sur comment concilier nos intérêts dans notre cohabitation.

D’où vient le mode d’action des associations antispécistes, justement, qui donnent à voir des images de maltraitance animale dans l’espace public ?

R.S. – Il y a une volonté d’ébrécher l’omerta, de sortir du déni collectif, ce qui n’est pas propre à la lutte antispéciste (par exemple, les collages féministes poursuivent le même objectif). Et l’enjeu n’est absolument pas de stigmatiser ou de culpabiliser les individus. D’ailleurs, les activistes soulignent bien que les humains participant à ce mode de production, en particulier les ouvriers d’abattoirs et les agriculteurs, dont les conditions de travail sont très difficiles, sont eux-mêmes les victimes de ce système. Ce qui est aussi essentiel, c’est que les associations ne font pas que dénoncer. Elles donnent également à voir ce que serait une société où il n’y aurait pas d’exploitation animale et de violence, une société de cohabitation interespèces qui permette de réfléchir à la façon dont on peut vivre ensemble sans se maltraiter, sans se mettre en danger.

C’est vrai que lorsqu’on parle d’antispécisme, on pense tout de suite au régime alimentaire, mais c’est beaucoup plus large que cela…

R.S. – Ça nous amènerait à repenser nos coordonnées politiques. Lorsqu’on intègre de nouveaux groupes dans la communauté politique, et qu’ils acquièrent des droits, ça change notre mode d’organisation. Des questions qu’on ne se posait pas vont devoir être posées, sur notre manière de nous alimenter, d’organiser notre rapport à l’agriculture, mais aussi à l’habillement – puisqu’on utilise pas mal de cuir ou de laine – au divertissement (la corrida). L’organisation des villes est également à repenser, notamment notre cohabitation avec les animaux considérés comme nuisibles. Et cela dépend des contextes : par exemple, à Montréal, les écureuils sont vus comme des nuisibles, alors qu’en France, nous les trouvons très mignons.

Et les animaux domestiques, pour lesquels nous développons un amour profond, n’est-ce pas un autre paradoxe ?

R.S. – Absolument. Les antispécistes que j’ai rencontrés vivent, souvent, avec des animaux. Ils considèrent qu’ils font famille ou plutôt « fameutes ». Dans une approche la plus horizontale possible, ils essayent de leur donner le plus d’espace possible dans tous les sens du terme, en tout cas d’être à l’écoute de leurs besoins. Mais vous avez raison, c’est un horizon qui est toujours inachevé, qui est complexe, en particulier quand on vit en appartement ou que l’on est dans des logiques de protection vis-à-vis d’un animal (on ne veut pas le laisser dehors pour éviter qu’il ne se fasse mal ou soit attaqué).

Sur le rapport à l’amour, pour conclure, il y a aussi des antispécistes qui ne cohabitent pas avec des animaux non humains en rappelant qu’il n’y a pas forcément besoin d’aimer – par exemple son voisin ou plus largement les autres humains – pour ne pas les tuer ou ne pas les maltraiter. Pour que cette question du respect des animaux devienne vraiment politique et structurelle, il ne faut pas qu’elle soit conditionnée au fait de les aimer.

Photo © Astrid di Crollalanza

Source

Publié le 02.03.2026 à 11:47

Théâtre

À l'Odyssée, Estelle Meyer en femme fatale (pour le patriarcat)

/ Par Aurélien Martinez

Niquer la fatalité. Soit un titre irrévérencieusement programmatique pour un spectacle qui évoque aussi bien son autrice-comédienne Estelle Meyer que la figure tutélaire et féministe Gisèle Halimi, avocate engagée à gauche, notamment au moment de l’Algérie française puis de la montée des questions relatives aux droits des femmes. Car il n’y a rien d’autocentré ou d’impudique dans l’aventure d’Estelle Meyer. Plutôt l’envie généreuse de retracer le parcours de vie d’une jeune fille – elle, aujourd’hui quadragénaire – sous tous ses aspects, même les plus violents, afin d’embrasser le « continent femme », de lui rendre hommage.

Une envie politique proche de la démarche de Gisèle Halimi qu’Estelle Meyer explique avoir réellement découverte à sa mort il y a six ans. « Tout le travail de Gisèle part d’une cause intime pour faire avancer le tout », assure la comédienne, ce qu’elle s’applique à prouver sur le plateau, aux côtés de deux musiciens. Ceci est mon histoire, mais sans doute celle de beaucoup d’autres femmes, dit-elle en creux dans ce spectacle sous-titré « chemin(s) en forme de femme ».

Moderne Gisèle

« Gisèle, s’il m’arrive quelque chose de grave, tu me défendras ? » se demande d’emblée Estelle Meyer, avant d’enchaîner sur l’enfance, l’adolescence, l’éveil du désir, les changements corporels, mais aussi le jugement, le viol… Tout est mis sur scène, dans un geste cathartique et émancipateur puissant grâce à ce dialogue imaginaire avec Gisèle Halimi, incarnée par moments dans la pièce. « Elle est plus moderne que moi ! » s’amuse même la comédienne.

En presque deux heures denses (et parfois inégales), la radieuse Estelle Meyer démonte les assignations, explose le cadre et embarque littéralement le public avec elle dans une sorte de cérémonie chamanique protéiforme – adresse au public, passages théâtraux, chansons, poèmes… La fatalité du patriarcat s’en prend alors plein la gueule de manière collective et régénérante.

Photo © Emmanuelle Jacobson Roques

Source

Publié le 02.03.2026 à 11:47

Théâtre

"Vive" au TMG : cauchemar en cuisine

/ Par Aurélien Martinez

Un hashtag qui, en 2021 à la suite notamment de la parution du livre La Familia Grande de Camille Kouchner, explosa au visage de la société : #MeTooInceste. Et une prise de conscience d’un drame trop souvent passé sous silence : « 81 % des violences sexuelles commencent avant 18 ans ; et dans 94 % des cas, ces violences sont commises par un proche », rappelle l’autrice et metteuse en scène Joséphine Chaffin de la compagnie Superlune dans la note d’intention de son spectacle Vive, visible dès l’adolescence (à partir de 13 ans). Une claque, mais assénée finement.

« Anaïs [Lacascade] avait sept ans quand un adulte l’a trahie », annonce l’avocat de la jeune femme à la barre. Cet adulte, c’est son père, grande figure de la cuisine, qui se retrouve face à la justice. En mettant le procès au cœur de son aventure, Joséphine Chaffin permet à son récit d’exposer pleinement ses enjeux tout en laissant la forme artistique se déployer – que de personnages hauts en couleur, de costumes cérémonieux et de décors imposants dans la salle d’audience d’un tribunal. En 1h30, elle décortique ainsi les ressorts de l’inceste, ce mal que beaucoup ne veulent pas nommer et dénoncer, ici entre autres pour des questions de réputation familiale. D’où les flash-back qui parsèment le spectacle afin de remonter le fil de l’histoire.

Le loup et l’agneau

Dans le rôle de celle qui accuse des années après les faits, Hermine Dos Santos est remarquable, comme les autres membres de la distribution (dont Clément Carabédian, le cometteur en scène) qui portent plusieurs personnages – les professionnels de la justice, les témoins, les membres de la famille… Et notamment celui, complexe, du père qui voyait en sa petite dernière une digne héritière en cuisine. Le loup et l’agneau, comme le raconte la fable, évoquée dans le texte.

Dans une scénographie en quadrifrontal qui immerge habilement le public au cœur du dispositif, façon jurés d’assises, et avec une mise en scène habilement rythmée, Vive apparaît alors comme une proposition d’une grande intelligence, ouvertement pédagogique, avec pourtant un sujet peu simple, voire inflammable, en poche – « la violence pédocriminelle ne relève pas de dérives isolées et monstrueuses, elle est au contraire structurelle, une constante des rapports sociaux, et même le socle de notre société patriarcale : 96 % des agresseurs sont des hommes », écrit Joséphine Chaffin. Un spectacle pour, entre autres, alerter et libérer la parole… ou plutôt l’écoute de cette parole.

Photo © Julie Cherki

Source