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31.03.2026 à 18:53

Beach epiphany - les révélations du sable de Rodrigo Karaicho par Magali Duzant

L'Autre Quotidien
« La vie, c’est la plage », dit-on. En tant qu’expression, cela renvoie à l’idée que la vie est facile et insouciante, mais nous savons bien que ce n’est pas tout à fait vrai. Et si l’on inversait cette expression ? La plage, c’est la vie. Pour le photographe brésilien Rodrigo Koraicho, la plage est une scène sur laquelle tout se joue. « Sur la plage, on voit l’humanité à nu — au sens propre comme au figuré. On y voit la vulnérabilité et l’audace, le désir et la déception, la nature et l’instinct humain, tout cela simultanément », explique-t-il.

Texte intégral (2306 mots)

« La vie, c’est la plage », dit-on. En tant qu’expression, cela renvoie à l’idée que la vie est facile et insouciante, mais nous savons bien que ce n’est pas tout à fait vrai. Et si l’on inversait cette expression ? La plage, c’est la vie. Pour le photographe brésilien Rodrigo Koraicho, la plage est une scène sur laquelle tout se joue. « Sur la plage, on voit l’humanité à nu — au sens propre comme au figuré. On y voit la vulnérabilité et l’audace, le désir et la déception, la nature et l’instinct humain, tout cela simultanément », explique-t-il.

Untitled. Miami Beach, USA. © Rodrigo Koraicho

Un jour, lors d’un voyage en famille, Koraicho a décidé d’aller se promener. Il était loin de se douter qu’il faisait alors les premiers pas d’un projet qui allait s’étendre sur plusieurs années (et plusieurs kilomètres). « Le sable était animé : des gens discutaient, jouaient, flirtaient, se détendaient, rêvaient. Et là, j’ai pu mettre en pratique ce que je considère comme ma plus grande force en photographie : rencontrer des gens, échanger avec eux, passer du temps avec eux, et laisser ces rencontres façonner mon travail. »

Untitled. Miami Beach, USA. © Rodrigo Koraicho

Au cours des dernières années, il a arpenté Miami Beach de long en large, discutant avec les gens qu’il croisait. En parcourant la plage, Koraicho a trouvé des moments oscillant entre révélation et ambiguïté, une lente révélation d’expériences qui commençaient à se construire. « Miami rassemble des individus venus de partout, et sur la plage, cette diversité devient encore plus visible – à travers les gestes, les couleurs, les corps, les attitudes. Cet espace m’a montré comment un lieu comme celui-ci peut parler non seulement de lui-même, mais aussi du monde dans lequel nous vivons – les fantasmes que nous construisons, l’illusion dans laquelle nous vivons, et les réalités fragiles qui se cachent derrière tout cela. »

Untitled. Miami Beach, USA. © Rodrigo Koraicho

Miami Beach est en plein essor, attirant des vagues de touristes au milieu des constructions de gratte-ciel, sur fond de montée du niveau de la mer, de hausse des températures et d’inondations devenues un fléau régulier. Koraicho capture l’intersection du désir, du spectacle et de la consommation sur cette fragile langue de terre. Miami est un enchevêtrement de contradictions, un miroir de la vie américaine où les disparités économiques, l’identité et la diversité culturelles, ainsi que la banalité et les chocs du quotidien se côtoient.

Untitled. Miami Beach, USA. © Rodrigo Koraicho

Des bleus éclatants, des verts fluo et des roses virevoltent sur le sable. Des baigneurs au repos ou en pleine acrobatie remplissent le cadre. « J’ai été frappé par la façon dont tout semblait coexister sur cette bande de sable — la beauté, le désir, les loisirs, la performance et, parfois, un sentiment d’effondrement —, le tout exposé sous la même lumière éclatante », note-t-il. La plage fourmille d’enfants et d’adultes en train de jouer. On y voit des ongles en acrylique décorés de Hello Kitty, la joie pétillante des enfants dévalant vers le rivage dans une vague, et la peau qui pèle, à l’aspect douloureux, d’un partisan de Trump brûlé par le soleil. Koraicho a l’œil pour les détails : les formes triangulaires d’un quartier de pastèque reproduites dans l’imprimé « glace à l’eau » d’un Speedo, les mouettes profitant d’un moment de répit à l’ombre des parasols.

Untitled. Miami Beach, USA. © Rodrigo Koraicho

Marcher et observer vont de pair, et on pourrait presque qualifier Koraicho de flâneur de plage. « Je préfère laisser la marche et les rencontres façonner la direction du travail, sans aucune précipitation. Ce faisant, je laisse les gens et le lieu révéler ce qu’il y a de plus authentique et d’intéressant, souvent bien au-delà de toute idée préconçue. Souvent, on commence en pensant que le projet va se dérouler d’une certaine manière, puis le temps le transforme doucement en quelque chose de différent. »

Une plage, c’est la vie : chaude et agréable, irritante, fatigante et amusante. Plus complexe qu’il n’y paraît à première vue, et toujours au bord d’être emportée par la mer. Si vous ouvrez les yeux et commencez à marcher, les révélations se succèdent, comme des vagues déferlant sur le rivage.

Magali Duzant pour LensCulture, édité par la rédaction le 1/04/2026
Rodrigo Karaicho - Beach Epiphany

31.03.2026 à 18:34

Key Hiraga au-delà du brut

L'Autre Quotidien
Hiraga a été diplômé de l’Université de Tokyo en 1956. Il a poursuivi la peinture en tant qu’artiste autodidacte et, en 1964, a remporté le Grand Prix de la Troisième Exposition Nationale des Jeunes Artistes au Japon, ce qui lui a permis de s’installer en France. Il a vécu à Paris de 1965 à 1977, ville alors marquée par des mouvements émergents tels le Pop Art et la Figuration Narrative.

Texte intégral (1362 mots)

Hiraga a été diplômé de l’Université de Tokyo en 1956. Il a poursuivi la peinture en tant qu’artiste autodidacte et, en 1964, a remporté le Grand Prix de la Troisième Exposition Nationale des Jeunes Artistes au Japon, ce qui lui a permis de s’installer en France. Il a vécu à Paris de 1965 à 1977, ville alors marquée par des mouvements émergents tels le Pop Art et la Figuration Narrative.

Key Hiraga The Elegant Life of Mr. K., 1971 — Huile sur toile — 130 x 162 cm Courtesy galerie Loevenbruck, Paris © The Estate of Key Hiraga. Photo Fabrice Gousset, courtesy Loevenbruck, Paris.

Inspiré par Jean Dubuffet et l’Art Brut, Hiraga s’est progressivement éloigné de la tradition picturale japonaise. À Paris, il a commencé à représenter la vie colorée de Pigalle, développant un style distinctif de corps fragmentés, de formes fantastiques et de couleurs vives. Ses peintures et œuvres sur papier combinent des palettes éclatantes avec des figures surréalistes, souvent érotiques, peuplées de formes contournées et de motifs récurrents suggérant une logique comique, des récits psychologiques et les tensions de la modernité d’après-guerre.

Key Hiraga, Les Fenêtres, 1966 — 1967 — Techniques mixtes sur toile — 116,5 x 88 cm Courtesy galerie Loevenbruck, Paris © The Estate of Key Hiraga. Photo Fabrice Gousset, courtesy Loevenbruck, Paris.

Le travail de Hiraga a fait l’objet d’expositions personnelles à l’international. En 1966, il a été invité à participer à l’exposition emblématique The New Japanese Painting and Sculpture au Museum of Modern Art de New York (19 octobre 1966 — 2 janvier 1967), qui a présenté une nouvelle génération d’artistes japonais à un public international. À cette occasion, le musée a acquis sa peinture The Window (1964), qui est toujours conservée dans sa collection permanente.

Plus récemment, son œuvre a été exposée dans Key Hiraga: The Elegant Life of Mr. H à Nonaka-Hill, Los Angeles (2025), ainsi qu’au Studio Gariboldi, Milan (2015), à The Mayor Gallery, Londres (2008), au Hiratsuka Museum of Art (2000), et à la Bokushin Gallery, Tokyo (2000).

Les œuvres de Hiraga sont également représentées dans d’importantes collections publiques et privées à travers le monde, y compris dans des institutions majeures au Japon telles que le National Museum of Art d’Osaka et le Tokyo National Museum of Modern Art.

Baptiste Medrano le 1/04/2026
Key Hiraga - Works 1966/1971

Galerie Loevenbruck - 6, rue Jacques Callot 75006 Paris

Key Hiraga, Sans titre, 1967 — Huile sur toile — 73 x 60 cm Courtesy galerie Loevenbruck, Paris © The Estate of Key Hiraga. Photo Fabrice Gousset, courtesy Loevenbruck, Paris.


Texte intégral (1640 mots)

Déjà ciblé par des insultes depuis quelques mois, à la suite d’un dessin de presse autour du meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque et de sa récupération politique, Bésot reçoit des menaces de mort.

Le dessinateur explique dans un post être la cible de centaines d’insultes sous les posts où il publie ses dessins sur Facebook, et suite à «des dessins satiriques traitant de la récupération politique» autour de la mort de Quentin Deranque à Lyon.

En caricaturant le traitement médiatique et la récupération politique de la mort de ce militant de la mouvance identitaire tué dans un affrontement de rue, le dessinateur s’est retrouvé la cible de messages haineux : «Ces insultes se sont alors intensifiées et un seuil a été franchi, ayant reçu des menaces de mort pour un dessin.» (source)

« Les dessinateurs et dessinatrices de presse sous pression »

Il y a quelques jours, le réseau Cartooning for Peace publiait son rapport 2023-2025 sur la situation des dessinateurs et dessinatrices de presse dans le monde où on peut lire «Dans un monde polarisé et fragilisé ouvert aux vents de l’extrémisme et de la désinformation, la mobilisation de tout un chacun pour la défense des valeurs démocratiques, et en particulier de la liberté d’expression, n’en devient que plus pressante.» (source)

La situation de Bésot n’est pas un cas isolé et le rapport précise que «depuis l’attentat contre Charlie Hebdo en 2015 qui a tué plusieurs de ses caricaturistes, on constate que tous les dessinateurs de presse peuvent un jour faire l’objet de menaces.» (source)

Le rapport détaille de nombreuses situations à travers le monde et propose des pistes de réflexions autour de cette question de la politique «Comment dessiner dans un contexte de polarisation extrême ?» avec des statistiques édifiantes : «plus de 75% des dessinateurs ont reçu des messages insultants, et 53 % des menaces.» (source)

A travers le monde, le contenu politique est «la principale cause de censure, de suspension de comptes et de menaces.» (source)

« Ne cédons pas à la peur, ne nous taisons pas, restons unis et forts !»

Dans une interview, il explique au micro de Simon Maunoury «Je ne suis militant nulle part. Sur les quatre menaces de mort, il y en a une directe et trois indirectes.» et détaille les menaces reçues (source) et indique faire attention dans son quotidien et s’auto-censurer dans son travail pour ne pas alimenter ces attaques. 

En saisissant la justice, il précise que ces intimidations ne m’empêcheront pas de faire son travail de dessinateur de presse et que «Face aux violences de l’extrême droite, parfois mises sous le tapis voire adoubées par certains médias et politiciens avides de pouvoir, ne cédons pas à la peur, ne nous taisons pas, restons unis et forts !»

Son travail est visible actuellement à la Bibliothèque Oscar Niemeyer du Havre dans une exposition collective «Quand la presse s’illustre» visible jusqu’au 30 avril (plus d’infos ici) et vous pouvez soutenir son travail sur son compte Tipeee.

Thomas Mourier, le 1/04/2026

Image principale : Carte des menaces recensées par Cartooning for Peace entre 2023 et 2025 / ©Cartooning for Peace

-> Le texte est tiré du site Bubble notre partenaire.

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