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15.04.2026 à 19:16

Les doutes et convictions des Troublemakers rééditées de frais chez Bizzy

L'Autre Quotidien
Si vous avez aimé DJ Cam, Coldcut, DJ Shadow et Kid Koala, cet album a dû passer entre vos oreilles depuis longtemps. On plaint les autres… Parce que c’est un classique de la scène trip-hop et techno hexagonale depuis rien moins que 25 ans qui a le mérite de ressortir aujourd’hui quand ses participants prévoient justement un nouvel album ( dont on ne sait rien actuellement… )

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Si vous avez aimé DJ Cam, Coldcut, DJ Shadow et Kid Koala, cet album a dû passer entre vos oreilles depuis longtemps. On plaint les autres… Parce que c’est un classique de la scène trip-hop et techno hexagonale depuis rien moins que 25 ans qui a le mérite de ressortir aujourd’hui quand ses participants prévoient justement un nouvel album ( dont on ne sait rien actuellement… )

Originaire de Marseille, Troublemakers réunit Arnaud Taillefer (NoLA), Fred Berthet (DJ Steef) et Lionel Corsini (DJ Oil). Le groupe s’est fait connaître au début des années 2000 à travers des sorties remarquées et une présence régulière sur les scènes d’Europe et des États-Unis. Le trio s’est rencontré à la Friche la Belle de Mai et aux Ateliers de l’Ami, à Marseille.
Publié en 2001 sur le label Guidance Recordings à Chicago, Doubts and Convictions s’est inscrit dans le paysage des musiques électroniques de son époque. Un album concept captivant mêlant trip-hop, house, jazz, funk, soul, bossa et afro beats, porté par une atmosphère de film noir à la française et des inserts de film qui trouvaient leur source chez Dimitri from Paris, en moins fun.

Vingt-cinq ans plus tard, l’album conserve une place à part et reste une référence pour toute une génération d’auditeurs et de producteurs. En 2004, le groupe publie également Expressway sur le label Blue Note / Capitol US. À l’occasion de ses 25 ans, l’album Doubts and Convictions est réédité le 10 avril 2026 sur le label du groupe B!ZZY, distribué par Bigwax. Parallèlement, Troublemakers travaille depuis plusieurs mois sur de nouvelles productions, dont un nouvel album ainsi que plusieurs projets collectifs. Et on se demande bien comment ça va sonner … En attendant, l’album n’a rien perdu de son charme, ni le prieuré de son ombrage. De la bien belle ouvrage.

Jean-Pierre Simard le 16/04/2026
Troublemakers - Doubts & Convictions - Bizzy

15.04.2026 à 18:59

Les collages chocs de Sarah Schumann

L'Autre Quotidien
La vie de Sarah Schumann mériterait d’être bien mieux connue du grand public. En tant que figure de proue du mouvement des « nouvelles femmes », peintre talentueuse, collagiste, designer et personnalité aux multiples facettes de l’après-guerre, elle a entretenu un lien profond avec les mouvements artistiques allemands du milieu du vingtième siècle.

Texte intégral (2082 mots)

La vie de Sarah Schumann mériterait d’être bien mieux connue du grand public. En tant que figure de proue du mouvement des « nouvelles femmes », peintre talentueuse, collagiste, designer et personnalité aux multiples facettes de l’après-guerre, elle a entretenu un lien profond avec les mouvements artistiques allemands du milieu du vingtième siècle.

Sarah Schumann a entretenu un lien profond avec les mouvements artistiques allemands du milieu du vingtième siècle, et pourtant, comme pour de nombreuses femmes, son talent a souffert, jusqu’à récemment, d’un manque de reconnaissance troublant. Pour être clair, nous associons souvent ces histoires à quelque chose de caché ou de secret, alors qu’en réalité elles sont marginalisées, oubliées ou mises de côté au profit des voix masculines. Cela est tout à fait évident pour quiconque s’intéresse à l’histoire de l’art.

Avec les Schockcollagen, ou collages chocs, de Schumann, réalisés entre 1957 et 1964, il y a une série remarquable de sujets à assimiler et à discuter. Avant tout, il faut reconnaître que ce n’était pas la seule œuvre qu’elle produisait durant ces années. Son œuvre s’inscrit dans une longue lignée, s’étendant avant cette période et se poursuivant après sa phase de création de collages. Parallèlement à la création de ces collages féroces, elle s’essayait également à une série de peintures abstraites en couleurs, qualifiées d’« Informelles », qui suggèrent, à l’instar d’Hilma AF Klimt avant elle, l’abstraction comme base pour aborder la condition spirituelle et peut-être des idées hermétiques concernant l’alchimie, le corps et le traumatisme du monde « civilisé » dans lequel l’artiste a grandi, au sein d’une Europe ravagée par la guerre. Ces peintures, en particulier, constituent un rempart indissociable et fascinant des images de sa série Schockcollagen, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les peintures abstraites, dépourvues de sujet, s’inscrivent davantage dans une approche kandinskienne de l’abstraction, limitant le sujet à celui des projections de champs de couleur.

En revanche, les collages « Schock », dans leur essence, jouent sur la rêverie lucide et étrange du corps, associée à une hyper-thématisation dans leur utilisation du corps. Il y a une forte connotation féministe dans l’œuvre, mais elle est contrebalancée par une sensation graphique de violence cauchemardesque avec des chiens hargneux, des corps mutilés et des figures grotesques synthétisées à partir de restes squelettiques et de chair tordue qui s’ébattent, comme pour faire référence au corps en désaccord avec son environnement. Bien que de nombreuses opinions aient été émises sur son choix de mode de vie, ses amants et ses relations profondes avec les mouvements féministes, les unions homosexuelles et les mariages ouverts, ce qui me frappe plus que tout ce tissage identitaire consistant à réécrire une biographie historique pour plaire aux tendances actuelles, c’est la profonde colère et l’angoisse de l’œuvre qui rappellent John Heartfield, mais sous stéroïdes.

« Féroce » ou peut-être « sauvage » : voilà les mots qui me viennent à l’esprit lorsque je contemple son œuvre. Je la vois s’inscrire dans la lignée d’Hannah Höch, mais avec beaucoup moins d’espièglerie et une évocation plus directe de formes violentes, qui rappellent davantage les œuvres d’artistes issus de la vague punk rock – peut-être Linder Sterling et Peter Kennard – que l’art féministe à lui seul. On peut parler du corps comme d’un champ de bataille proverbial, mais ce que je ressens face à ses collages, avec leur mise en avant hyper-sujet, c’est un sentiment d’abjection extrême, tant sur le plan politique que personnel. Une colère profonde et intense imprègne l’œuvre, lui conférant une horreur satisfaisante.

Je pense que ces collages ne traitent pas simplement du féminisme, bien qu’il y soit implicite, mais qu’ils prolongent le profond sentiment de pessimisme qui a suivi la Seconde Guerre mondiale et continuent de refléter l’incertitude et l’angoisse qui ont marqué la seconde moitié du XXe siècle, ce qui en fait d’incroyables vestiges d’une époque qui semble devoir revenir depuis le premier quart du XXIe siècle, rendant ainsi leur véritable historicité pertinente au regard de leur état d’esprit marqué par la volonté politique et le mécontentement. Si ce livre offre un excellent aperçu de l’histoire de Schumann, je crois que c’est dans l’appréciation des images elles-mêmes que réside sa valeur. Elles ne sont pas particulièrement ambiguës dans leur tonalité, et je crois que le contexte de son œuvre relève d’un humanisme intense et d’une réflexion existentielle plutôt que de servir simplement de trope identitaire. Cela étant dit, aussi controversé que cela puisse paraître, je tiens à dire que l’éditeur et les auteurs ont fait un travail fantastique en mettant sa carrière sous les feux de la rampe. Ce catalogue est une introduction parfaite à une voix qui n’aurait jamais dû être réduite au silence, mais qui aurait dû être mise en avant bien plus tôt. Félicitations à toutes les personnes impliquées.

Brad Feuerhelm, le 16/04/2026
Sarah Schumann - Shock Collages 1957/ 1964 - Spector Book 2026

15.04.2026 à 18:24

Sambucus nigra, la géo-poétique de Pierre Creton

L'Autre Quotidien
L’exposition Sambucus nigra donne à voir l’œuvre plastique de Pierre Creton, réalisateur, artiste, jardinier et apiculteur, auteur d’une quarantaine de films réalisés dans les marges de l’industrie. L’artiste se situe d’abord dans un horizon, le Pays-de-Caux en Normandie. Un territoire depuis lequel il assume de penser et de créer, mais qui ne se définit pas en termes d’identité ou de frontière ; il est la somme de ses appartenances et de ses attachements. C’est un localisme, où la proximité, avant d’être géographique, est affective.

Texte intégral (884 mots)

L’exposition Sambucus nigra donne à voir l’œuvre plastique de Pierre Creton, réalisateur, artiste, jardinier et apiculteur, auteur d’une quarantaine de films réalisés dans les marges de l’industrie. L’artiste se situe d’abord dans un horizon, le Pays-de-Caux en Normandie. Un territoire depuis lequel il assume de penser et de créer, mais qui ne se définit pas en termes d’identité ou de frontière ; il est la somme de ses appartenances et de ses attachements. C’est un localisme, où la proximité, avant d’être géographique, est affective.

C’est là que Pierre Creton filme, dessine, cultive son jardin, réalise de la gelée de sureau, dans une forme d’unicité de la vie et de l’art : le travail, les rencontres, les lectures, engendrent des œuvres qui elles-mêmes façonnent l’existence, font naître de nouvelles expériences qui donneront lieu à de nouveaux dessins, de nouveaux films.

Ses œuvres sont le lieu où s’invente, perpétuellement, de nouvelles relations, toujours plus amples et ouvertes, aux humains comme aux non-humains, aux vivants comme aux morts. Dans une économie de gestes, ses œuvres révèlent un rapport intime aux choses et aux êtres. Elles entretiennent les mémoires et nous parlent d’amitié, du temps qui passe, de désirs et de sexualité autant que de conjuration des souffrances, des pertes et des absences.

C’est un travail empreint d’une « manière d’être », d’une attitude, une inscription dans le monde qui associe création et attention. Attention portée aux autres, vers les vies minuscules et les choses sans nécessité, sans prix et sans pouvoir. Un soin, entendu comme poétique, un élan pour se relier, s’étreindre et faire communauté.

Pierre Creton est représenté par la galerie Salle Principale, Paris.

En écho à l’exposition « Sambucus nigra », le Crédac et Le Luxy, cinéma municipal d’Ivry, proposent un cycle pour re(découvrir) le cinéma géo-poétique et hors du commun de Pierre Creton et d’invité·es.

Jeudi 28 mai — 20h — Le Luxy

­Soirée dédiée au thème du Paysage. Les projections sont suivies d’une rencontre entre Pierre Creton et Philippe Mangeot, scénariste et enseignant.

Le vicinal de Pierre Creton, 1994, 12 min, couleur.
Paysage imposé de Pierre Creton, 2006, 40 min, noir et blanc.
L’avenir le dira de Pierre Creton, 2020, 26 min, couleur.
­
Jeudi 25 juin — 20h — Le Luxy
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Soirée dédiée au thème de l’Amitié autour de cinéaste invité·es par Pierre Creton et Cynthia Lefebvre. Les projections sont suivies d’une rencontre entre les artistes et les réalisateur·ices.

Les invité·es de Pierre Creton :

Fais croquer de Yassine Qnia, 2011, 22 min, couleur.
Le point aveugle de Sophie Roger, 2012, 30 min, couleur.
L’invitée de Cynthia Lefebvre
Le silence du musicien de Stéphanie Régnier, 2025, 76 min, couleur.
­
Le Luxy — cinéma municipal d’Ivry, 77 avenue Georges Gosnat, Ivry-sur-Seine Tarif unique : 3,5 euros

Jules Ladoumègue, le 16/04/2026
Pierre Creton -
Sambucus nigra -> 28/06/2026
Credac d’Ivry - La Manufacture des Œillets, 1, place Pierre Gosnat 94200 Ivry s/ Seine

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