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11.04.2026 à 00:30

Argentine : un anniversaire sans cadeaux

C. Roulet

Le 24 mars, les Argentin·es commémoraient les 50 ans du coup d'État militaire de 1976. Un triste anniversaire qui résonne avec l'offensive de Javier Milei contre le mouvement social et le monde du travail. « Tous les ans je vais à la marche du 24 mars, mais cette fois c'était particulier », confie Sol Montero, étudiante de 22 ans à Buenos Aires. En ce jour, la rue appartient au peuple argentin. Dans la capitale, l'avenida de Mayo est noire de monde. Foulards blancs, affiches « Plus jamais (…)

- CQFD n°251 (avril 2026) / ,

Texte intégral (1695 mots)

Le 24 mars, les Argentin·es commémoraient les 50 ans du coup d'État militaire de 1976. Un triste anniversaire qui résonne avec l'offensive de Javier Milei contre le mouvement social et le monde du travail.

« Tous les ans je vais à la marche du 24 mars, mais cette fois c'était particulier », confie Sol Montero, étudiante de 22 ans à Buenos Aires. En ce jour, la rue appartient au peuple argentin. Dans la capitale, l'avenida de Mayo est noire de monde. Foulards blancs, affiches « Plus jamais ça » et slogans « Où sont les 30 000 disparus ? », les Argentin·es commémorent les 50 ans du dernier coup d'État imposant la dictature civilo-militaire. « Mémoire, Vérité et Justice », trois mots d'ordre pour un anniversaire à contre-pied de la politique négationniste du président Javier Milei.

En Argentine, le souvenir du régime instauré le 24 mars 1976 par le général Jorge Rafael Videla est encore douloureux. Sept ans de dictature, l'une des plus meurtrières d'Amérique latine. Au total, plus de 700 centres clandestins de détention, 30 000 disparu·es dont 500 bébés enlevés et des milliers de familles déchirées. Les premières à braver la répression en se mobilisant collectivement : les Mères de la place de Mai. Chaque jeudi, coiffées d'un foulard blanc, symbole de la résistance, ces femmes tournaient autour de l'obélisque avec une seule question : « Où sont nos enfants ? ». Artistes, étudiant·es, journalistes, politicien·nes et syndicalistes de gauche, la majorité des disparu·es avait moins de 30 ans.

Cinquante ans après, les mères sont devenues des grands-mères et elles cherchent toujours désespérément leurs enfants mais aussi leurs petits-enfants. À ce jour, seules 140 personnes enlevées à la naissance ont été retrouvées. « Ni oubli, ni pardon », jure Sol. Surtout avec un gouvernement révisionniste : « Aujourd'hui, il est important de se mobiliser contre le gouvernement qui nie les crimes de la dernière dictature », poursuit l'étudiante. Depuis le retour de la démocratie en 1983, Javier Milei est le premier président à remettre en question le chiffre officiel des 30 000 disparu·es. Un problème majeur car l'avancée des recherches dépend du bon vouloir du gouvernement. Pour effacer cette histoire, Milei démantelait à l'été 2024 l'unité d'enquête chargée de retrouver les bébés volés.

Le libéralisme autoritaire

« À 50 ans du coup d'État, même politique, même lutte. » Sol fait le parallèle entre le gouvernement actuel et la dictature, en particulier sur le plan économique. Elle pointe du doigt l'ultralibéralisme de Javier Milei, mais également son copinage avec les États-Unis de Donald Trump. « La marche porte les revendications actuelles du peuple argentin notamment le rejet du protocole anti-manifestation ou bien la réforme du travail », insiste-t-elle. Depuis son arrivée au pouvoir, Milei mène une offensive brutale contre les travailleur·euses et brise leur capacité de mobilisation. Dès 2023, la ministre de la Sécurité Patricia Bullrich annonçait la mise en place d'un protocole « anti piquetes »1 restreignant le droit de manifester et renforçant le pouvoir des forces de l'ordre. Pour le photojournaliste Pablo Grillo aussi, la journée du 24 mars est l'occasion de dénoncer cette répression gouvernementale. Il en est une victime directe. Alors qu'il couvre une manifestation de retraité·es en mars 2025, un tir de grenade lacrymogène l'atteint à la tête et le plonge dans le coma.

« À 50 ans du coup d'État, même politique, même lutte »

Son confrère Alejandro Wall explique avoir peur pour sa sécurité quand il couvre les mobilisations sociales : « Maintenant nous ne dépensons plus pour notre matériel journalistique mais pour acheter des protections, comme des masques à gaz, des lunettes antibalistiques et des casques de protection ». Pour lui, comme lors de la dictature, l'État cherche à contrôler l'opposition : « Gaz lacrymogène, balles en caoutchouc, coups, détentions arbitraires et illégales : ce sont les outils d'un État répressif qui cherche à briser la résistance, intimider ceux qui luttent et faire taire ceux qui documentent la vérité. »

Le droit du travail piétiné

Quant à la nouvelle réforme du droit du travail, adoptée par le Sénat le 27 février dernier, elle s'inscrit dans les mesures d'austérité imposées par les accords avec le Fonds monétaire international (FMI). Facilitation des licenciements, réduction des indemnités, extension de la journée de travail : la nouvelle réforme, appelée « modernisation du travail », a tout pour fortement précariser les salarié·es argentin·es. « Avec cette loi, on recule de 100 ans en matière de droit du travail. Par exemple, elle permet de travailler jusqu'à 12 heures par jour. Les heures supplémentaires sont supprimées et remplacées par des systèmes de compensations négociées individuellement, ce qui est injuste car il y a une inégalité de pouvoir entre un employeur et un salarié. » explique Lucia de la Vega, avocate et chercheuse spécialisée dans les politiques du care2 au Centre d'études légales et sociales (Cels), une ONG argentine de défense des droits humains. Tout dépend alors de la bonne volonté du patron : horaires, vacances, télétravail, salaires et même licenciements : « Les indemnités de licenciement peuvent être payées jusqu'en 12 fois. En plus, en cas d'abus discriminatoire, par exemple pour grossesse, il n'y a plus de sanctions claires contre l'employeur. » Dans le même temps, le droit de grève est rendu plus difficile car un nombre croissant d'activités sont déclarées essentielles, ce qui interdit leur arrêt.

« Avec cette loi, on recule de 100 ans en matière de droit du travail »

Pour Lucia, ce sont les personnes les plus précaires qui seront touchées de plein fouet. « La réforme va aussi accentuer les inégalités salariales entre hommes et femmes. Depuis l'arrivée de Milei, l'écart salarial est passé d'environ 24 % à près de 30 %. » Force est de constater que les femmes occupent aussi la plupart des emplois informels et ont davantage recours au pluri-emploi. La chercheuse du CELS l'affirme, ce n'est pas une réforme isolée, elle est symptomatique de la politique de Milei : « L'État se retire, le marché n'est plus régulé, et la responsabilité du soin repose sur les familles, donc en pratique sur les femmes. » Tous les trimestres, Lucia publie un rapport sur l'évolution des politiques du soin à l'échelle nationale : « Sur les 50 politiques publiques qui existaient dans ce domaine avant le gouvernement Milei, il n'en reste aujourd'hui que trois. Aujourd'hui, les personnes âgées doivent parfois choisir entre se nourrir et acheter leurs médicaments. » Et le président argentin ne compte pas s'arrêter là. Pour bien commencer sa troisième année de mandat, il annonçait « neuf mois ininterrompus de réformes » lors de son discours annuel du 1er mars au Congrès argentin.

Une opposition faible

C'est devant ce grand bâtiment que des retraité·es se mobilisent depuis septembre 2024 afin de rehausser leur pension. « En Argentine, il existe une tradition de mobilisation sociale, donc il continue d'y avoir de la résistance, même si elle est aujourd'hui plus difficile », explique Lucia de la Vega. Contre la réforme de février, la puissante Confédération générale du travail de la République argentine n'a appelé à la grève que tardivement, alors que certains secteurs poussaient déjà en ce sens, et les effets des blocages n'ont été que limités. Cette loi travail, « c'est la première grande victoire politique de Milei parce qu'elle n'a pas été adoptée par décret présidentiel mais par le Congrès, avec une majorité à la Chambre des députés et au Sénat », nous fait savoir Lucia. Pour faire passer ses réformes, Javier Milei peut compter sur une droite unie et une opposition péroniste (centre gauche) plus que jamais divisée. Sans frein, la tronçonneuse est donc lancée à toute vitesse.

Chloé Roulet

1 Le terme piquetes désigne des blocages d'axes de communication, un moyen d'action populaire en Argentine depuis les années 1990.

2 Le care, soin en français, désigne l'ensemble des activités, souvent prises en charge par les femmes, d'entretien et de maintien de la vie.

11.04.2026 à 00:30

Les sionistes chrétiens attisent la guerre contre l'Iran

Le mouvement sioniste chrétien américain pousse depuis longtemps pour un changement de régime en Iran. Grâce à leurs relations avec les proches de Donald Trump et la diffusion de leurs idées au sein de l'armée, ils jouent un rôle déterminant en faveur de la guerre. C'est ce que raconte le média indépendant étasunien The Lever. Extraits. « Le lendemain des bombardements des États-Unis et d'Israël sur l'Iran, le pasteur John Hagee de l'église Cornerstone à San Antonio, au Texas, commençait (…)

- CQFD n°251 (avril 2026) /

Texte intégral (612 mots)

Le mouvement sioniste chrétien américain pousse depuis longtemps pour un changement de régime en Iran. Grâce à leurs relations avec les proches de Donald Trump et la diffusion de leurs idées au sein de l'armée, ils jouent un rôle déterminant en faveur de la guerre. C'est ce que raconte le média indépendant étasunien The Lever. Extraits.

« Le lendemain des bombardements des États-Unis et d'Israël sur l'Iran, le pasteur John Hagee de l'église Cornerstone à San Antonio, au Texas, commençait son sermon, diffusé mondialement, par une mention spéciale pour “la brillante exécution de l'opération Fureur épique”. “C'est rafraîchissant de savoir que Dieu a le contrôle total et qu'il a des plans qui ne seront pas annihilés”, déclarait-il à ses paroissiens. […]

Fondateur de l'organisation Christians United for Israel, qui compte dix millions de membres, Hagee est une voix influente du mouvement sioniste chrétien. Un sous-ensemble de l'évangélisme qui appelle “au retour du peuple juif en Terre sainte” pour provoquer la seconde venue de Jésus.

Les lobbyistes de l'apocalypse

[…] Le mouvement sioniste chrétien préconise la construction d'un temple juif sur le mont du Temple à Jérusalem, un site qui abrite entre autres la mosquée Al-Aqsa, le troisième site le plus sacré de l'islam. […] Sa construction marquerait le début de l'apocalypse et forcerait les Juifs, de retour en Terre sainte, à un choix : se convertir au christianisme ou être “damnés en enfer”. […]

Selon Mimi Kirk, directrice de l'institut de recherche sur le sionisme chrétien, cette idéologie s'est liée au monde politique à la fin des années 1970, pour orienter les électeurs évangéliques vers le Parti républicain et a contribué à faire élire le président Ronald Reagan en 1980. […]

C'est en 2006, qu'Hagee fondait Christians United for Israel, présentant sa démarche comme une mission de “plaidoyer biblique” pour “aller à Washington et affronter les sénateurs en représentant Israël”. Depuis 2016, l'organisation a dépensé près de 2,5 millions de dollars pour faire pression auprès du Congrès sur des questions telles que les sanctions contre l'Iran, le Hezbollah, le mouvement BDS [Boycott désinvestissement et sanction, NDLR] et les dépenses militaires […]. Ils auraient également investi entre 50 et 65 millions de dollars dans la construction illégale de colonies israéliennes en Cisjordanie. […]

Dans une récente interview avec le podcasteur conservateur Tucker Carlson, Mike Huckabee, ancien ambassadeur de Trump en Israël, paraphrase la Bible et déclare qu'il serait d'accord si Israël prenait le contrôle de terres s'étendant de l'Euphrate jusqu'au Nil – une région qui englobe une grande partie du Moyen-Orient. Cette terre, selon le chapitre 15 de la Genèse, a été promise aux descendants d'Abraham, considérés comme le peuple juif. […]

Et il n'y a pas que les politiciens qui défendent la doctrine sioniste chrétienne. […] Un commandant militaire aurait demandé de dire aux troupes que l'attaque contre l'Iran faisait “partie intégrante du plan divin de Dieu”, citant des passages du livre de l'Apocalypse faisant référence à l'Armageddon et au “retour imminent de Jésus-Christ”, selon un communiqué du 3 mars de l'organisation à but non lucratif Military Religious Freedom Foundation. […] »

Freddy Brewster

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