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30.09.2026 à 16:06

TRIBUNE. L’affaire Bardella confirme l’état de déliquescence de notre démocratie

Vincent Brengarth
De la condamnation de Marine Le Pen aux révélations sur Jordan Bardella, les affaires qui touchent le RN semblent désormais glisser sur le débat public sans provoquer de séisme. Cette banalisation des atteintes à la probité comme des héritages idéologiques de l’extrême droite fragilise la démocratie et ceux qui la protègent. Par l'avocat Vincent Brengarth.

Texte intégral (777 mots)

De la condamnation de Marine Le Pen aux révélations sur Jordan Bardella, les affaires qui touchent le RN semblent désormais glisser sur le débat public sans provoquer de séisme. Cette banalisation des atteintes à la probité comme des héritages idéologiques de l’extrême droite fragilise la démocratie et ceux qui la protègent. Par l’avocat Vincent Brengarth.

Le 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen pour des faits de détournement de fonds publics. Tout en relevant que les faits avaient « porté atteinte à la confiance que les citoyens accordent aux élus et aux institutions », la juridiction lui a ouvert la possibilité de se présenter à l’élection présidentielle. Si cette décision s’explique notamment par la liberté des candidatures, elle traduit aussi la nécessité que la responsabilisation vienne non par des juges – dont l’ingérence serait opportunément dénoncée – mais par les citoyens électeurs eux-mêmes. Ces derniers sont d’autant plus en mesure de se responsabiliser que personne ne peut plus prétendre ignorer les faits, en raison d’une société de l’information qui les rend aisément accessibles. Dans un État démocratique stable et fort, une telle décision devrait être par nature disqualifiante. Le seul fait qu’elle puisse ne pas l’être suggère une forme de banalisation des atteintes à la probité. Ces dernières ne sont désormais plus considérées comme faisant, par principe, obstacle au fait de candidater aux plus hautes fonctions de l’État. Un tel constat suggère non seulement une dégradation de l’état de notre démocratie, mais aussi une mise à mal d’un fonds commun que nous devrions partager, au-delà des idéologies des uns et des autres. La démocratie se retrouve fragilisée en même temps qu’une justice dont la décision se révèle en tant qu’information non déterminante.

Les révélations de Mediapart sur des messages empreints d’un antisémitisme notoire de Jordan Bardella, qui s’en défend, auraient également dû entraîner un bouleversement de la campagne présidentielle enclenchée. Notamment parce que ces messages entraînent le rejaillissement ostensible d’un héritage idéologique supposé s’être estompé, voire effacé. Mais aussi parce qu’ils sont susceptibles de provenir d’une personnalité de premier plan du mouvement politique. On aurait pu penser, une fois de plus, que ces révélations entraîneraient des changements majeurs. Là encore, il n’en est rien. La banalisation des idées de l’extrême droite a franchi une étape supplémentaire. On accorde un bénéfice du doute à ces révélations et l’on prétend attendre des preuves pendant que l’extrême droite s’en prend sévèrement à Mediapart. De plus, le soutien apporté, hier, par un ministre israélien entraîne une plus grande confusion sur cette affaire. 

Il est fort probable que d’autres formations politiques auraient subi un contrecoup bien plus brutal à la suite de telles révélations. La capacité du RN à résister montre l’enracinement de ses idées face à une situation que notre démocratie ne semble plus en mesure de gérer. Une telle évolution est d’autant plus préoccupante que la France ne traverse quand même pas un état de crise comparable à ceux qui peuvent favoriser l’arrivée au pouvoir des régimes les plus extrémistes. 

Ces faits pourraient nous déstabiliser de façon irrémédiable et devraient nous inciter à réagir, car tout n’est pas encore perdu. Il est impératif de protéger ceux dont l’indépendance doit être préservée, les magistrats qui instruisent les affaires d’atteintes à la probité, les journalistes dont les investigations sont décisives. En effet, si ces derniers venaient à être menacés en l’absence de réaction collective, il en serait fini de notre démocratie. 

30.09.2026 à 15:14

HÉROS DU JOUR

Pablo Pillaud-Vivien
L’obsession de la droite et d’une partie des médias pour Bally Bagayoko Depuis lundi, des lycéens ont lancé un mouvement de contestation de leurs conditions d’enseignement. Ils bloquent leurs établissements et manifestent. Face à la police qui les charge, le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko se pose en bouclier. Le voilà, plus tard, en…

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L’obsession de la droite et d’une partie des médias pour Bally Bagayoko

Depuis lundi, des lycéens ont lancé un mouvement de contestation de leurs conditions d’enseignement. Ils bloquent leurs établissements et manifestent. Face à la police qui les charge, le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko se pose en bouclier. Le voilà, plus tard, en train de tenter d’éteindre une poubelle. Ailleurs, il tente de calmer des jeunes mobilisés qui semblent vouloir aller tout casser. Mais que retiennent Retailleau et les chaînes d’info en continu ? Que LFI « manipule et instrumentalise » la jeunesse et que Bally Bagayoko trouve légitime la violence. Rien ne vient étayer ces accusations, si ce n’est que le mouvement est à l’écoute des revendications des jeunes. Quant à l’obsession Bagayoko, elle ne date pas d’aujourd’hui : tronquer ses propos ou décontextualiser des images de lui, voilà la vraie manipulation !

30.09.2026 à 15:12

Édouard Philippe, un homme sans avenir 

Catherine Tricot
Avec comme seule boussole la réduction des déficits, le candidat de droite à la présidentielle propose encore de rallonger la durée de cotisation et de raboter les retraites. Toujours la même sempiternelle et cruelle politique qui ne résout rien.

Texte intégral (931 mots)

Avec comme seule boussole la réduction des déficits, le candidat de droite à la présidentielle propose encore de rallonger la durée de cotisation et de raboter les retraites. Toujours la même sempiternelle et cruelle politique qui ne résout rien.

Édouard Philippe a un vrai sens du timing. Hier était jour de protestations contre l’affaissement méthodique de notre société de solidarité. Et c’est ce jour que choisit Édouard Philippe pour présenter son super projet de retraite. Son indifférence à ce que disent et redisent les Français est remarquable. C’est aussi pour cette raison qu’il décroche dans les sondages et voit son horizon élyséen s’obscurcir. 


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Pensant probablement qu’affronter les Français, toute génération confondue, est la marque ultime du grand homme politique, il dévoilait sur Youtube son projet. Il semble avoir mis de l’eau dans son vin : il ne parle plus d’un âge de départ à 67 ans mais à 65 ans avec 45 années de cotisation. Vu que l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 22 ans : 22 + 45 = 67 ans. Nous y revoilà. Édouard Philippe est du genre têtu. À cela, il ajoute une dose de capitalisation. Donc tant pis pour les jeunes générations qui paieront deux fois : pour la répartition et pour la capitalisation, qui prendront le risque des défaillances boursières et donc celui d’une fonte de la retraite par capitalisation. Tant pis aussi pour les valeurs fondamentales de la France de solidarité et d’égalité. Qu’il est agaçant de voir l’ancien premier ministre se présenter en homme raisonnable, faisant face à la réalité des déséquilibres budgétaires quand les Français seraient, eux, dispendieux, égoïstes et insouciants !

Les arguments contre ces réformes cruelles sont connus. On va les réentendre. Qui peut croire que les profs, les maçons, les aides-soignantes, les conducteurs de bus… peuvent travailler jusqu’à 65 ans ou 67 ans ? Qui peut douter que l’effet réel et recherché de ces réformes est d’amputer le montant des pensions puisque, bien souvent, travailler si longtemps est impossible ? Les personnes partiront plus tôt mais avec décote de leur pension. Qui peut ignorer que de telles réformes appliquées, par exemple, en Allemagne ont conduit à un taux de pauvreté très élevé chez les retraités souvent contraints de prendre un job ? Voir nos vieux faire traverser les rues, porter des courses… c’est « notre projet » ? Qui va remplacer les milliers de maires dans les petites villes et villages qui ne pourraient continuer leurs tâches indispensables mais quasi gratuites pour l’État ?  Qui ira chercher les enfants le soir à l’école si les grands-parents sont au boulot ? Qui aidera les jeunes si les anciens ont leur retraite amputée ? On pourrait allonger la liste des évidences contre ce modèle qui ne vise pas à améliorer la vie, ni la qualité du travail – encore moins sa productivité, ni à faire place aux jeunes.

Mais alors que prétend viser le candidat Édouard Philippe ? Rétablir les comptes publics (la dette de l’État atteint des sommets et il en est un des artisans). Ce sont ses seules boussoles. Elles l’empêchent de penser. Il n’a d’autre solution que la rapine et le rabotage. 

Comme Sébastien Lecornu, il cherche à gratter 100 millions d’euros, 1 milliard par ici ou par là, dans les poches des chômeurs, des malades, des fonctionnaires, des étudiants étrangers, des retraités au-dessus de 2000 euros. Mais il ne dit rien des 200 milliards, le 1/3 du budget de l’État, consacrés aux entreprises au travers de plus de 2000 aides accordées sans contrepartie et dans un maquis total. Pourquoi n’en dit-il rien ? Pourquoi refuse-t-il de soulever ce capot ? Parce qu’il croit, comme François Hollande à partir de 2014, comme Emmanuel Macron son ministre de l’économie, comme Emmanuel Macron devenu président, comme toute la droite, qu’en aidant sans limite et sans stratégie les entreprises, on va redresser la France. De fait, ces aides ont permis à la France d’être le second pays au monde pour le versement de dividendes. Tant mieux pour eux. Mais est-ce que le pays va mieux ? 

À un moment, il faut savoir arrêter les frais et croire Albert Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». La droite n’a pas de solutions. À la gauche d’oser penser en dehors du cadre de ces vingt dernières années, et de convaincre. Sinon l’extrême droite antisémite sera élue. Quant à Édouard Philippe, il sape ses dernières chances.

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