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Le Travailleur Alpin


Publié le 03.11.2026 à 20:32

Manuel Pavard

Raviver la flamme et pérenniser la lutte, en attendant la journée de grève intersyndicale du 5 novembre. C’est pour cette raison que les coordinations nationales lycéenne et étudiante appelaient toutes deux à une journée de mobilisation et de blocage, ce mardi 3 novembre, dans toute la France. « On a appelé à cette date pour montrer qu’il n’y aura pas de rentrée scolaire, que la mobilisation ne s’essoufflera pas parce qu’il y a des vacances, et qu’on se battra tant qu’on n’obtiendra pas gain de cause », explique Lena, militante à l’UNEF et étudiante à l’Institut d’urbanisme et de géographie alpine (IUGA).

Le cortège des étudiants de l’IUGA a défilé dans les rues de Grenoble et de Saint-Martin-d’Hères.

Une fois n’est pas coutume, ce sont en effet les étudiants du campus Sud, plus particulièrement de l’IUGA, qui menaient la danse ce mardi, avec une manifestation partant de leur établissement, avenue Marie-Reynoard, en direction du domaine universitaire, à Saint-Martin-d’Hères. « L’objectif, c’est que nous qui sommes loin du campus de Saint-Martin-d’Hères, on puisse montrer notre présence, notamment à M. Lakhnech [NDLR : le président de l’Université Grenoble Alpes] qui, depuis des semaines, refuse de répondre à nos revendications », affirme Lena.

« On demande le droit de grève étudiante »

Comme leurs camarades de l’UGA, sur le campus « principal », les étudiants de l’IUGA demandent ainsi « le droit de grève étudiante, de manière à ce que tout le monde puisse se mobiliser sans avoir peur des conséquences », poursuit la militante de l’UNEF, rappelant que l’absence de ce droit freine considérablement la mobilisation. « On nous empêche en nous mettant le couteau sur la gorge, en nous disant que si on va pas en cours, on va pas avoir nos partiels, on va perdre notre bourse », déplore-t-elle.

Les manifestants à l’arrivée devant le bâtiment Stendhal, sur le campus de l’UGA.

Entre les deux campus, le cortège étudiant a fait étape devant les lycées Argouges, à Grenoble, et Pablo-Neruda, à Saint-Martin-d’Hères. Avec l’ambition initialement de récupérer sur le parcours les lycéens en lutte. Mais ces derniers ont finalement décidé de rester devant leurs établissements respectifs, pour continuer les blocages et maintenir une présence humaine suffisante face à la police. Exemple à Argouges où les lycéens ont une nouvelle fois été confrontés à la répression policière.

Les CRS positionnés devant le lycée Argouges, bloqué par les lycéens mobilisés.

Après un premier blocage stoppé par la police, tôt le matin, les lycéens ont rebloqué l’accès au lycée. « On a formé une chaîne humaine devant l’entrée et vers 10 heures, les CRS se sont mis en ligne face à nous, puis ont foncé sur notre chaîne, en mettant des coups de pied et en nous gazant à bout portant avec du spray au poivre », raconte Mika, lycéenne en terminale à Argouges et membre de la coordination inter-lycées de Grenoble. Une réaction totalement « injustifiée et disproportionnée », estiment plusieurs militants venus sur place, en soutien.

« L’intervention de la police, à l’appel de la direction, a généré des violences à la fois inutiles et inexcusables parce que disproportionnées. »

Des propos qui confirment les nombreux récits d’élèves et d’enseignants pointant des violences policières lors des blocages, lundi 2 comme mardi 3 novembre. Des profs de la Cité scolaire internationale Europole ont par exemple dénoncé des « violences physiques » ainsi que des « insultes et propos discriminatoires » lors de l’intervention de la police, ce lundi matin.

Étudiants du campus Sud et lycéens se sont rejoints brièvement devant le lycée Argouges, en milieu de matinée.

Ils évoquent ainsi « l’usage de gaz lacrymogènes directement au niveau des visages des élèves et adultes alors que les élèves étaient en chaîne de manière pacifique et que des collégien·es étaient en train d’arriver, le plaquage violent de jeunes lycéen·es avec les boucliers ou des lanceurs LBD, un coup de pied sur une lycéenne au sol, le plaquage d’une élève au mur de telle sorte que sa tête a frappé contre le mur, des contacts au niveau de la poitrine des femmes pour les repousser, une élève projetée à terre depuis le haut des poubelles alors qu’elle obtempérait ». Sans oublier des propos tels que « Ça va toi la tête de dealer » à un élève, ou « Vous êtes pas français ? » à un enseignant.

Pancarte au milieu du cortège étudiant.

Pour les enseignants d’Europole, « l’intervention de la police, à l’appel de la direction, a généré des violences à la fois inutiles et inexcusables parce que disproportionnées ». Un épisode qui a profondément « choqué » les adultes présents à ce moment-là. Même constat, le même jour, au lycée Louise-Michel où les enseignants fustigent pêle-mêle les tirs de grenades lacrymogènes et de LBD, le « coup de matraque à un professeur de maths », leur collègue projetée au sol lors d’une charge policière ou encore les profs « mis en joue par un CRS sans tirer ». Quant aux élèves, plusieurs ont été « menottés et arrêtés car ils avaient du sérum physiologique et des masques covid dans leurs sacs », s’insurgent-ils.

« On attend le 5 novembre avec beaucoup de détermination »

Après les quatorze interpellations recensées la veille, de nouvelles arrestations ont par ailleurs eu lieu ce mardi 3 novembre, notamment sur les blocages des lycées Marie-Curie, à Échirolles, et les Eaux-Claires, à Grenoble. Au lycée Argouges, ce sont deux adolescents qui ont été interpellés, selon Mika : « une jeune fille de 17 ans et une personne non binaire de 14 ans ». La première aurait « lancé un œuf sur un CRS en armure », confie la représentante de l’inter-lycées. Et l’autre aurait interpellé les policiers « en leur disant que c’était lâche » [NDLR : cette interpellation], ajoute-t-elle.

Les étudiants de l’IUGA ont profité de leur passage sur le campus de Saint-Martin-d’Hères pour interpeller la direction, sans succès.

Lycéens comme étudiants ont désormais en ligne de mire la grande journée de mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle du jeudi 5 novembre. « On pense qu’aujourd’hui, il y a une nécessité à ce que les travailleurs nous rejoignent dans cette bataille et se mettent en grève », indique Lena. Et de lancer : « Nous, on attend le 5 avec beaucoup de détermination ! » Avant l’acte IV des Gilets jaunes, lycéens et étudiants le 7 novembre. Puis la suite : « On ne pense pas que la mobilisation se gagne en une ou deux dates. C’est un rapport de force qui s’établit et qui se gagne sur du long terme. »

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Publié le 02.11.2026 à 21:32

Luc Renaud

Grenoble n’est pas épargnée par la vague de fermeture de bureaux de poste : quatre bureaux sont concernés, parmi les 471 disparitions annoncées au niveau national. Il s’agit des bureaux de Bajatière, Stalingrad, les Eaux claires et l’Île verte.

Le collectif « J’aime ma poste », engagé dans la lutte contre ces fermetures, annonce aujourd’hui avoir reçu le soutien de neuf mouvement et partis politiques : ADES , Les Ecologistes , Génération S , GO citoyenneté , L’Après , LFI , PCF , PS , Réseau Citoyen Grenoble. A l’initiative du collectif qui regroupe usagers, syndicalistes, élus, unions de quartiers, citoyens, une pétition papier et une pétition en ligne circulent.

La direction de la poste invoque la diminution du volume du courrier postal. Un argument que réfutent les mouvements et partis grenoblois dans une déclaration commune. « Le volume du courrier baisse, c’est vrai, mais celui des colis explose et le travail des guichetiers s’est intensifié. » Et de noter que « le bureau Alsace-Lorraine avait une forte fréquentation, il a quand même été fermé ». Tandis que les bureaux de Malherbe et celui de Fontaine n’avaient dû leur salut qu’à la mobilisation des usagers du service public.

Un chiffre d’affaires postal en hausse de treize milliards en dix ans

Les mouvements et partis voient une autre origine à cette frénésie de fermetures. « Le groupe la poste casse le service public de la poste pour augmenter ses profits : le résultat net pour 2025 s’élève à 1 milliard 200 millions et le chiffre d’affaires postal a augmenté de 13 milliards d’euros en 10 ans, porté notamment par le boom du colis », s’indignent-ils.

Et de noter par ailleurs que « le gouvernement soutient cette stratégie. Pire, il l’accompagne puisqu’il veut réduire de 50 millions le financement de la présence postale dans les territoires et sa politique de casse est la même dans tous les services publics l’hôpital, la justice, l’éducation nationale qui connaît en ce moment un puissant mouvement social que nous soutenons ».

Les neufs organisations signataires appellent à soutenir les actions entreprises par le collectif « J’aime ma poste » et appellent « les habitantes et habitants de Grenoble à se mobiliser pour dire non à la fermeture des bureaux de poste, oui au maintien et au développement du service public de la poste ».

Le collectif « J’aime ma poste » participera à la manifestation du 5 novembre et donne rendez-vous avenue Alsace-Lorraine au départ du cortège.

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Publié le 01.11.2026 à 07:05

Travailleur Alpin

La pancarte était brandie par une manifestante quadragénaire, le 17 octobre, dans le cortège grenoblois. Le message ? « I love Gen Z ». Une déclaration d’amour à cette génération désignant les jeunes nés entre 1997 et 2012. On les disait en effet futiles, dépolitisés, individualistes, vissés non stop à leur smartphone ou à TikTok… Mais ces jeunes […]

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Publié le 01.11.2026 à 01:41

Manuel Pavard

C’était l’une des inconnues de cet acte III du mouvement des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et travailleurs. Entre la répression policière — avec un cortège principal abondamment gazé le 24 octobre -, les peines de prison ferme prononcées pour les manifestants interpellés, le tour de vis de la préfecture (interdiction de manifester dans le centre-ville, couvre-feu) et les vacances scolaires et universitaires, toutes les conditions était réunies pour freiner la mobilisation. Il n’en a finalement rien été, avec encore une marée humaine déferlant dans les rues de Grenoble.

Étudiants et Gilets jaunes ont pris la tête de la manifestation. © Kevin Gazoufer

Selon les premières estimations, ce sont ainsi plus de 20 000 personnes qui ont été comptabilisées sur le parcours reliant la gare de Grenoble à l’anneau de vitesse. Un tracé (gare, avenue Alsace-Lorraine, cours Jean-Jaurès, boulevard Foch, avenue Albert-1er-de-Belgique, boulevard Clémenceau, anneau de vitesse) imposé par la préfecture et contournant le centre-ville dont tous les accès étaient barrés par d’imposants cordons de police. Ceci, officiellement afin d’éloigner « casseurs » et « pilleurs » des commerces de l’hyper-centre, pour ne pas revivre le chaos du 17 octobre.

« Les vrais casseurs, c’est eux »

« Les casseurs, ils n’ont que ce mot-là à la bouche », s’agacent Tina et Matéo, étudiants à l’UGA, qui défilent pour le troisième samedi consécutif, comme une grande partie des manifestants. « On ne justifie pas les pillages des petits commerçants, c’est sûr, mais pour le reste, c’est bien moins grave de casser des vitrines que de détruire l’éducation, la santé ou le social. Les vrais casseurs, c’est eux : le gouvernement et le Medef », lancent-ils en chœur.

De très nombreux slogans et pancartes faisaient référence aux violences policières, ici mis en parallèle avec les revendications initiales. © Kevin Gazoufer

Dominique, jeune retraité et « quasiment un demi-siècle de manif’ au compteur », évoque quant à lui l’évolution de la répression au fil des décennies. « Quand j’étais plus jeune, on parlait déjà de violences policières mais pour être honnête, ça n’avait rien à voir avec maintenant. Les flics n’avaient pas toutes ces armes de guerre et il y avait beaucoup moins de chances d’être blessé ou de se faire arrêter », souligne-t-il, pointant le nombre « démesuré » d’interpellations et gardes à vue depuis le début du mouvement lycéen.

De nombreux manifestant·es étaient déguisé·es. © Kevin Gazoufer

Des lycéens gazés et matraqués au cours des blocages du lycée Mounier aux étudiants molestés par des vigiles privés sur le campus, tous ont une histoire à raconter à ce sujet. Même les plus âgés dont beaucoup ont reçu leur dose de gaz lacrymogène lors de l’acte II, le 24 octobre. « Aujourd’hui, tu as beau manifester calmement, sur un parcours déclaré, sans sortir du cortège, tu n’es pas du tout à l’abri de te prendre une grosse salve de grenades lacrymo, comme samedi dernier quand ils ont tiré en plein milieu de la foule à Gustave-Rivet », s’indigne Dominique.

Chaude ambiance dans le cortège. © Manuel Pavard

Une stratégie policière qui a choqué les manifestants. Mais sans avoir l’effet escompté par les autorités. Car au lieu d’être découragées et tétanisées, bon nombre de personnes en sont ressorties encore plus déterminées. Et la morgue affichée aussi bien par Emmanuel Macron que par ses ministres — à l’image de Laurent Nuñez face à la délégation lycéenne et étudiante — a fait le reste.

Cap vers le 5 novembre

Après un début de manifestation dynamique et assez bon enfant, la tension est montée progressivement à l’approche de la place Gustave-Rivet, là où les choses s’étaient envenimées le samedi précédent. Et là encore, ça n’a pas tardé. À l’issue d’un bref face-à-face entre jeunes et policiers, ces derniers ont noyé la place sous un déluge de grenades lacrymogènes, gazant de nouveau le cortège à l’aveugle. Les dégâts ont été heureusement un peu plus limités, cette fois, pour la majorité des manifestants qui ont pu reprendre leur chemin, les yeux rougis, en direction du boulevard Clémenceau.

Les street médics n’ont, une nouvelle fois, pas manqué de travail. © Kevin Gazoufer

À l’arrivée, l’anneau de vitesse s’est rempli sans discontinuer au fil des minutes. Sur place, une ambiance festive avec des manifestants dansant au rythme de la techno sortant des enceintes d’un sound-system mobile, tandis que d’autres entonnaient les tubes du mouvement social. Le fameux « Siamo tutti antifascisti » ou le plus récent et potache « On fait caca sur Bardella, pipi sur les nazis (…) », chant inventé par de jeunes manifestantes anti-RN, le 24 octobre, à Orléans, et devenu totalement viral en quelques jours.

L’anneau de vitesse s’est rempli à la vitesse grand V, au fil de l’arrivée des manifestants. © Kevin Gazoufer

Non loin de là, l’atmosphère était tout autre. Plusieurs centaines de militants autonomes et de jeunes cagoulés ont ainsi affronté les policiers, les tirs de mortiers d’artifice répliquant aux grenades lacrymogènes et assourdissantes. Un manège qui s’est ensuite déplacé jusqu’au parc Paul-Mistral où les CRS ont chargé à plusieurs reprises les manifestants, avant d’évacuer sans ménagements les nombreuses personnes encore présentes sur l’anneau de vitesse.

Une demande de justice sociale omniprésente. © Kevin Gazoufer

Déterminés et galvanisés, les manifestants avaient déjà les yeux rivés vers la semaine prochaine. Avec plusieurs dates à retenir. D’abord la journée nationale de mobilisation des lycéens et étudiants, mardi 3 novembre — avec notamment un appel à une assemblée générale interprofessionnelle lancé par l’AG étudiante de l’UGA. Puis le plat de résistance de cette séquence sociale, jeudi 5 novembre, avec la grande journée de grève et de manifestation intersyndicale, marquée par un appel à la grève générale. Et enfin, rebelote samedi 7 novembre, pour l’acte IV des jeunes et des Gilets jaunes.

Une manifestation qui coïncidait avec Halloween. © Kevin Gazoufer
Les policiers interviennent dans le parc Paul-Mistral à la fin de la manifestation. © Kevin Gazoufer

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Publié le 31.10.2026 à 15:28

Pierre-Jean Crespeau

C’est dans le cadre du mois d’action contre l’armement d’Israël initié par l’Association France Palestine solidarité (AFPS), Boycott désinvestissement sanctions (BDS), Stop Arming Israël, Urgence Palestine et plus de soixante organisations, que la CGT STMicroelectronics a pris l’initiative de planter un olivier, vendredi 30 octobre, sur le terre-plein du rond-point situé devant l’entrée principale du site de l’entreprise à Crolles.

Un olivier pour la paix en Palestine.

Au-delà du geste symbolique, le syndicat demande la suspension immédiate de toute collaboration de STMicro avec les entreprises du secteur de la défense israélienne, y compris hors armement, tant qu’il n’y aura pas de cessez-le-feu effectif, et que les droits des Palestinien-nes ne seront pas respectés. Il demande aussi de rendre public, et notamment de communiquer au comité social et économique central (CSEC) et aux CSE locaux, l’ensemble des partenariats avec des entités israéliennes. Enfin la CGT demande de la transparence vis-à-vis des représentants du personnel et un engagement formel de l’entreprise à ne plus travailler avec des intermédiaires commerciaux qui permettent à des États criminels de se procurer des composants STMicroelectronics, de contourner les embargos et de tuer impunément des civils.

Après la lecture par Alice (CGT) d’un texte poignant de Ziad Medoukh, écrivain et poète palestinien, c’est Nadia Salhi, déléguée syndicale, qui a pris la parole pour expliquer l’initiative.

Nadia Salhi, déléguée syndicale centrale CGT STMicroelectronics.

Le micro a ensuite circulé pour BDS France, Urgence Palestine et l’Assemblée générale anti-militariste et anti-impérialiste. Notons aussi les présences d’Isère Palestine, Stop Micro, de l’union locale CGT, du NPA, et du PCF

Une quarantaine de personnes étaient présentes ; des klaxons de soutien de la part de véhicules personnels ou professionnels, de bus, camions… et des encouragements chaleureux


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Publié le 30.10.2026 à 20:54

Luc Renaud

Les élus membres de la commission des finances de la ville de Grenoble se sont réunis le 28 octobre pour désigner le vice-président de la commission – qui fait fonction de président, le titre étant légalement détenu par la maire. En mai dernier, c’est Allan Brunon, président du groupe LFI au conseil municipal, qui avait été désigné à ce poste. Une nouvelle élection était rendue nécessaire par le passage de quatre à cinq commissions décidé par le conseil municipal le 6 octobre dernier.

Lors de l’élection de ce 28 octobre, les élus de la liste de Laurence Ruffin ont fait le choix de voter pour un candidat du groupe d’opposition le plus nombreux, le groupe LFI, conformément aux engagements pris. Mais leurs suffrages ne se sont pas portés sur Allan Brunon : un premier tour de scrutin a désigné le Lfiste Bastien Castillo, qui a aussitôt démissionné ; un second tour son collègue de groupe Khemisti Boubeker, qui a pris la même décision.

C’est donc Abdelwaheb Kismoune, premier adjoint, qui assumera cette fonction de vice-président, « de manière transitoire, pour assurer le fonctionnement de l’institution », précise Laurence Ruffin dans une déclaration qui a suivi la réunion.

« Violence physique et verbale »

Les co-présidents du groupe de gauche majoritaire « Oui Grenoble », Isabelle Peters et Vincent Berlandis, explicitent le choix de confier cette vice-présidence à un élu LFI qui ne soit pas Allan Brunon. « Nous regrettons les diverses provocations portées par Allan Brunon lors de la séance. Nous n’en sommes toutefois pas étonné-es. […] Ce dernier n’aura construit, jusqu’à ce jour, que sur les pierres de la violence physique et verbale », écrivent-ils dans une déclaration remise à la presse. On se souvient notamment de la réunion du 29 septembre du conseil municipal qui avait donné lieu à des heurts entre les élus LFI et la police municipale.

« Ruffin exécute »

Isabelle Peters et Vincent Berlandis se déclarent « convaincus que LFI a toute sa place au sein de la gauche grenobloise » et espèrent « qu’un véritable travail constructif puisse enfin voir le jour avec son groupe d’opposition ». De son côté, Allan Brunon a fait diffuser sur les réseaux sociaux un visuel sur lequel on peut lire : « La droite et l’extrême droite demandent : Ruffin exécute. (Encore !) La présidence de la commission des finances retirée à la France insoumise. »

Pas certain que les conditions d’un dialogue constructif entre la gauche grenobloise et la France insoumise soient encore tout à fait réunies.

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Publié le 29.10.2026 à 21:14

Manuel Pavard

« Nos organisations ont eu connaissance de violences inadmissibles commises sur des étudiant·es et des agent·es de l’UGA par les vigiles privés recrutés par l’UGA pour empêcher le blocage des bâtiments. » Ces mots ouvrent la lettre ouverte adressée vendredi 23 octobre, par l’intersyndicale de l’Université Grenoble Alpes (CGT Université de Grenoble, Coordination étudiante Grenoble — ex-UEG -, FSU, Solidaires Étudiant·e·s, Sud Éducation, Sud Recherche, UNEF), au président et à la directrice des services. Si les syndicats ont décidé d’interpeller la direction, c’est parce que les faits mettant en cause ces mystérieux agents de sécurité se répètent dangereusement.

Des vigiles privés surveillent le bâtiment Stendhal bloqué, sur le campus de l’Université Grenoble Alpes, le 3 novembre.

Le dernier en date s’est produit la veille de l’envoi du courrier. Jeudi 22 octobre, journée de mobilisation nationale, les étudiants et personnels en lutte appelaient ainsi à se rassembler dès 9 heures devant la Maison du doctorat Jean-Kuntzmann, où se tenait le conseil d’administration de l’UGA. « Une dizaine de vigiles menaçants sont arrivés devant le bâtiment, avec des masques ou cache-nez et des bonnets », narre Samira Saïdoune, co-secrétaire du syndicat CGT Université de Grenoble, qui les voit « partout » sur le campus.

Des vigiles engagés pour « casser les blocages »

Depuis quand sont-ils présents sur le domaine universitaire, à Saint-Martin-d’Hères ? Dans quelles conditions ? Pour quel objectif ? Autant de questions aux réponses très incertaines. « Cela fait au moins deux semaines que l’UGA a embauché des vigiles privés », estime la représentante CGT [NDLR : propos tenus le 23 octobre]. « Mais je ne pense pas que leur recrutement soit passé par le conseil d’administration », ajoute-t-elle, soulignant qu’on « ne connaît pas leurs instructions ».

Selon la plupart des témoins, ces vigiles — une trentaine au total — seraient arrivés dans les jours suivant les premiers blocages organisés par les étudiants, qui ont rejoint à partir du 6 octobre le mouvement initié par les lycéens. « Au départ, les gardes du campus — qui, eux, travaillent ici toute l’année — étaient aussi mobilisés et de notre côté, ils passaient discuter avec nous près des bâtiments bloqués. Du coup, le président de l’UGA a pris la décision de faire appel à une société de sécurité privée », explique un étudiant en histoire, co-administrateur du nouveau compte Instagram violences_uga, dédié aux agissements de ces vigiles.

Cortège étudiant à la manifestation du 13 octobre, à Grenoble.

Leur rôle ? « La présidence les a engagés pour casser les blocages et donc les grèves étudiantes », affirme-t-il. « Sur les bâtiments comme Simone-Veil, Michel-Dubois, les Alpilles, on nous les envoie à chaque fois. » Des vigiles décrits comme « violents » et qui, systématiquement, « cachent leur numéro d’identification », poursuit l’étudiant. « Beaucoup sont cagoulés, on ne voit que leurs yeux. Et en général, ce sont justement les plus violents, ceux qui ont frappé des étudiants. »

« Le vigile a mis une énorme claque à un étudiant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »

Sur le campus, ces individus n’ont ainsi pas tardé à se faire remarquer. Le 9 octobre, lors d’une tournée des services, dans le cadre de la campagne pour les élections professionnelles, « deux militants CGT en chasuble se sont vu refuser l’accès à un bâtiment bien qu’ils aient montré leur carte professionnelle », s’indigne Samira Saïdoune. Ses deux camarades ont alors commencé à filmer les vigiles qui, en retour, « ont menacé de leur mettre des claques ».

Samira Saïdoune, co-secrétaire du syndicat CGT Université de Grenoble.

Apprenant que des étudiants avaient eux aussi subi des violences verbales et/ou physiques de la part des mêmes personnes, la CGT a appelé les victimes et témoins à fournir des vidéos et photos, pour rassembler le maximum de preuves. « Une enseignante-chercheuse nous a contactés », relate Samira Saïdoune. « Le 16 octobre, à la fin de l’assemblée générale de son UFR, dans le bâtiment Michel-Dubois, une dizaine d’agents de sécurité cagoulés et masqués sont venus sur les lieux. » L’un d’eux s’est approché de la chercheuse, lui glissant cette menace : « Je pourrai revenir vous voir en civil dans quelques jours pour régler ça. »

Une vidéo accablante

Un autre exemple a été filmé par un témoin. La vidéo [que nous avons pu visionner et authentifier] est particulièrement accablante. L’étudiant en histoire était présent : « On bloquait le bâtiment Veil et au moment où j’arrive, il y avait trois personnes qu’on ne connaissait pas, dont un agent de sécurité qui criait et insultait un étudiant tenant une barrière », raconte-t-il. « On a alors commencé à filmer mais ils ont voulu prendre nos téléphones. À ce moment-là, le même vigile a mis une énorme claque à un étudiant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »

Capture d’écran d’une vidéo (images malheureusement de mauvaise qualité) montrant le coup donné par un vigile privé à un étudiant, lors d’un blocage sur le campus. DR

Des faits malheureusement pas si isolés, selon l’étudiant, qui nous montre également une photo d’un de ses camarades au visage tuméfié : « Ils l’ont poussé très violemment contre une barrière en fer, lors d’un blocage des Alpilles. » En voyant les différentes images, la CGT a aussitôt fait remonter l’information à la direction du département qui l’a elle-même transmise à la présidence. « On a montré la vidéo avec le coup à la directrice des services », indique Samira Saïdoune. Pour l’instant, sans résultats.

« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables »

« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables », s’exclame la responsable syndicale, qui ne cache pas son inquiétude pour la suite de la mobilisation. « Plus le temps passe, plus ils sont violents », abonde l’étudiant. Pourtant, assure-t-il, « on essaye d’être diplomates, de parler avec eux ».

Jonction des cortèges étudiants et lycéens, le 15 octobre, à Saint-Martin-d’Hères.

Dans sa lettre ouverte, l’intersyndicale exige donc « l’arrêt immédiat de toute violence et répression contre la mobilisation étudiante et les formes qu’elle se choisira » ainsi que « l’abandon du recours à des vigiles privés et le report des sommes dépensées pour améliorer les conditions de travail et d’études à l’université ». En attendant, les syndicats réclament aussi à très court terme « la transmission par écrit aux organisations syndicales et étudiantes du cahier des charges et des consignes transmises aux vigiles ou aux prestataires qui les emploient ».

Un fonctionnement « hyper vertical et autoritaire »

L’étudiant en histoire précise de son côté « en avoir parlé pendant une AG à la direction de l’UFR ARSH (arts et sciences humaines). Je n’ai eu aucun retour », déplore-t-il. Vivement interpellé par les manifestants, le 22 octobre, devant la Maison du doctorat, Yassine Lakhnech, président de l’Université Grenoble Alpes, a quant à lui promis : « Concernant ce que vous dites sur les aspects vigiles et sécurité, on va enquêter, on va voir ce qu’il en est. » Sans plus de précisions.

Drapeau de la CGT FERC Sup dans le cortège parti du campus, le 13 octobre.

Sa réponse est loin d’avoir convaincu la CGT qui dénonce depuis longtemps, comme la quasi-totalité des syndicats de l’UGA, le fonctionnement « hyper vertical et autoritaire » de la présidence. Et notamment de Yassine Lakhnech avec lequel les relations sont notoirement exécrables. « Le vice-président à la formation a démissionné, on n’a plus non plus de vice-président·e aux relations internationales ni à l’égalité — le poste n’est pas pourvu -, une autre responsable est en burn-out », égrène Samira Saïdoune. « En fait, tout est catastrophique, ce qui fait écho à nos revendications sur les baisses de budget et les suppressions de postes. »

Contactée, la présidence de l’Université Grenoble Alpes n’avait pu être jointe au moment de la publication de cet article.

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