30.09.2026 à 16:09
30.09.2026 à 16:09
L’ESSENTIEL
Meta et Google investissent dans les câbles sous-marins. L’explication selon laquelle ce serait une diversification « normale » pour une entreprise de la tech ne tient pas vraiment.
Il faut décrypter de près les spécificités du modèle de ces deux entreprises.
Les deux offrent des services pour lesquels le déni de service doit être évité quoi qu’il en coûte ou presque. D’où des investissements importants, Meta prévoyant de financer un câble qui fera le tour de la planète.
Les câbles de communication sous-marins ont fait irruption dans l’actualité avec des soupçons de sabotage dans les zones de tension (mer Baltique, détroit de Taïwan). Il y eut même récemment dans le détroit d’Ormuz des menaces explicites de destruction. Ces câbles sont un pilier essentiel des communications mondiales et appartiennent très souvent à des entités privées. Comprendre pourquoi est un impératif pour tous les utilisateurs, citoyens et États.
Le réseau mondial s’est développé de manière spectaculaire avec l’essor des communications et d’Internet. Google et Meta sont à eux seuls responsables de 23 % de la bande passante installée dans la période 2020-2025 et de 32 % de celle des projets en cours (calculs de l’auteur, basé sur les données du Submarine Cable Almanac). Le projet Waterworth, dévoilé par Meta en 2025, prévoit d’installer un câble de 50 000 kilomètres autour du monde.
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Se posent donc deux questions : pourquoi Meta et Google font-ils le métier des acteurs traditionnels ? Et pourquoi les autres géants du numérique n’ont-ils pas suivi le même chemin ? En effet, ces stratégies différenciées battent en brèche l’idée faussement évidente, selon laquelle les « gros » consommateurs de bande passante seraient naturellement enclins à investir dans les « tuyaux » où passent leurs données.
Cette dernière question renvoie à un sujet fondamental de la théorie de la firme : quand doit-elle produire pour elle-même (« intégration ») ou, au contraire, quand doit-elle recourir au marché ? C’est typiquement une affaire de rapport entre les coûts et les bénéfices. Du côté des coûts, intégrer, c’est utiliser des ressources qui pourraient être déployées ailleurs et introduire de la complexité dans l’organisation. Du côté des bénéfices, c’est pouvoir faire du sur-mesure et, surtout, se prémunir des comportements opportunistes de la part d’un fournisseur.
Quand l’offre est abondante et le besoin peu différencié, il n’y a pas d’intérêt à intégrer, car on peut facilement changer de fournisseur. La réponse classique à la question posée est que l’intégration verticale doit être l’exception, pas la règle. Elle survient quand le besoin de l’entreprise demande un investissement spécifique qui donnerait à un tiers un (trop) fort pouvoir de négociation. Pour s’en prémunir, il faut intégrer l’activité dans l’entreprise.
Mais alors, pourquoi Meta et Google n’utilisent-ils pas seulement les services des opérateurs de télécommunications classiques ou d’opérateurs indépendants ? Pour cela, nous devons trouver ce qui les différencie des autres membres de la Big Tech (Microsoft, Amazon…) ainsi que ce qui distingue leurs câbles de ceux des acteurs traditionnels.
Qu’est-ce qui rend Meta et Google spéciaux du point de vue qui nous intéresse ? En étudiant ce qui les réunit et qui les différencie des autres entreprises (par exemple, Amazon, Netflix, Microsoft), on trouve deux points communs à Meta et à Google :
les contenus servis sont personnalisés en temps réel dans un fil spécifique pour chaque utilisateur en fonction des actualités et de ses recherches ;
leurs revenus proviennent d’une plateforme publicitaire en libre-service. Le fil vu par chaque utilisateur est personnalisé et renouvelé en permanence. En particulier, les informations peuvent provenir du monde entier, car les annonceurs ont potentiellement accès à tous les utilisateurs.
Cela fonctionne uniquement si la latence (durée de l’aller-retour des données) qui permet la fourniture de contenu est contrôlée étroitement. Toute lenteur ou déni de service ralentirait voire « tuerait » l’engagement. Et les bonnes publicités ciblées doivent être affichées dans le bon fil au bon moment, le tout à une échelle de milliards d’utilisateurs.
Dans le cas contraire, le chiffre d’affaires des deux groupes en pâtit directement. Pour une plateforme qui est fondamentalement un intermédiaire, il faut donc une combinaison unique de stabilité de la latence et de la résilience du réseau.
Dans ce cas qu’apporterait la propriété des câbles ? Le bénéfice est de pouvoir être prioritaire en toute situation (en ne dépendant pas d’un fournisseur qui pourrait abuser en faisant monter les prix) et d’utiliser des protocoles propriétaires s’articulant avec le reste du réseau et des centres de données (investissements spécifiques pour la performance). Le fait que Meta et Google aient la réputation d’avoir les infrastructures informatiques les plus avancées conforte cette interprétation. Le besoin d’une telle solution chez les autres géants du numérique est plus faible.
Par exemple, Netflix peut garder des caches distribués de ses vidéos dans des centres de données situés à proximité de ses abonnés. De même, Amazon et Microsoft vendent leurs services à des utilisateurs à proximité de leurs centres de données, ce qui minimise la latence. Leurs besoins de communication mondiaux sont plus facilement satisfaits par des locations de longue durée de câbles offerts par des tiers.
Les tracés de la dernière vague des projets de Meta et de Google laissent à penser qu’ils privilégient une forme de résilience. Une carte des câbles mondiaux de communication montre une vulnérabilité latente causée par leur passage dans des goulets d’étranglement qui sont les mêmes que ceux du commerce mondial.
Cela forme une ceinture dans l’hémisphère Nord : en partant de la Méditerranée, la dorsale centrale du réseau passe par l’isthme de Suez, la mer Rouge, le Bab-el-Mandeb, le détroit d’Ormuz pour les dérivations qui vont dans le golfe Persique, le détroit de Malacca, la mer de Chine méridionale et le détroit de Taïwan, avant de se diriger vers le Japon et la côte ouest nord-américaine.
Certains des derniers projets de Meta et de Google rompent avec ces tracés et évitent systématiquement tous ces goulets d’étranglement traditionnels. Le projet Waterworth de Meta relie les côtes est et ouest des États-Unis en passant par le Brésil, le cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud), l’Inde, le nord de l’Australie, avant de traverser l’océan Pacifique.
En utilisant le réseau de Google, il est possible de faire le même trajet en sens inverse, en descendant de la Californie vers le Chili, puis de traverser le Pacifique Sud jusqu’en Australie, de rejoindre l’Afrique du Sud avant de remonter vers le Portugal et la côte est américaine. Il n’y a pas d’autre acteur qui construise un réseau créant une alternative intégrale à la dorsale traditionnelle. Ces projets sont corrélés à la géographie des centres de données de Meta et de Google et créent un maillage à l’échelle de la planète qui est moins tributaire de zones vulnérables aux aléas politiques.
Ce que révèlent ces projets, c’est une tendance à la privatisation et à la concentration de la résilience. Deux acteurs privés, de par leur taille et leur modèle d’affaires, sont plus enclins que les autres à lancer des projets qui ne seraient pas rentables pour des opérateurs traditionnels. Ces projets créent des routes alternatives qui peuvent bénéficier à tous les utilisateurs, car elles réduisent la vulnérabilité aux goulets d’étranglement.
Mais à la diversification géographique des routes répond un accroissement de la concentration de la propriété des chemins alternatifs. Cette concentration devient à son tour une source de vulnérabilité pour les utilisateurs finaux puisqu’elle crée une nouvelle dépendance qui remplace celle due à la géographie.
En l’absence de fournisseurs alternatifs, la question de la construction d’un marché de la résilience reste posée. À ce titre, le marché des câbles sous-marins représente un microcosme des questions posées par la menace de l’arsenalisation des infrastructures numériques et permet de comprendre en profondeur les mécanismes qui la rendent possible et les stratégies pour la contrer.
Olivier Chatain a reçu des financements de la Fondation HEC pour cette recherche. Il est chercheur associé à l'IRSEM.
30.09.2026 à 15:29
Les insectes sont-ils vraiment une nourriture de pauvre ?

L’ESSENTIEL
La consommation d’insectes est souvent perçue comme étant seulement un dernier recours en cas de famine ou de grande pauvreté.
Pourtant, dans les pays où ils sont habituellement consommés, les insectes sont souvent considérés comme un délice rare, voire un luxe, car les espèces appréciées peuvent être difficiles à chasser.
Dans certains cas, consommer des insectes permet également de lutter contre la prolifération des ravageurs de cultures.
Mange-t-on des insectes lorsqu’il n’y a rien d’autre à manger ? Est-ce vraiment une nourriture de pauvre ou de famine ?
En Occident, les insectes n’ont généralement pas été considérés comme des aliments, ils sont plutôt vus comme des nuisibles, des ravageurs de cultures, vecteurs de maladies ou source de désagréables piqûres, tandis que d’autres sociétés ont appris à vivre avec eux, comme le notait déjà en 1978 l’ethnobiologiste Darrell Posey au sujet de l’Amazonie.
Quand on regarde à l’échelle internationale, l’Europe et l’Amérique du Nord constituent en fait une exception par rapport à l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie et l’Océanie, où plus de 2 000 espèces sont consommées par des centaines de millions de personnes.
Les ouvrages de la première moitié du XXᵉ siècle qui ont décrit la consommation d’insectes, en particulier ceux du médecin colonial Émile Bergier ou de l’entomologiste Friedrich Bodenheimer, l’ont présentée comme une pratique exotique, propre aux « peuples primitifs », mais Bodenheimer en a déjà relevé à cette époque l’intérêt nutritionnel.
Cette réalité est confirmée en 2013, dans un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur les insectes comestibles. Les chercheurs mandatés par l’institution développent même l’intérêt de ces aliments pour soulager la faim dans le monde. Les analyses de contenu nutritionnel des insectes démontrent en effet que leur taux de protéines est plus élevé que celui d’autres animaux, et qu’ils sont également riches en vitamines, minéraux et acides gras insaturés. Les consommateurs d’insectes seraient-ils conscients de cet apport nutritionnel ? Est-ce cela qui les conduit à cette consommation ?
Pour répondre à cette question, commençons par voir ce que l’on entend par insectes. Les biologistes occidentaux classent les insectes, avec les arachnides, les myriapodes et les crustacés, parmi les arthropodes, animaux invertébrés dont le corps est segmenté et les pattes articulées. En latin, insectum se réfère à ce qui est coupé, segmenté. Les insectes sont définis comme des animaux dont le corps est segmenté en trois parties, qui sont dotés de six pattes et d’une paire d’antennes, sont généralement pourvus d’ailes et subissent des mues et une métamorphose. La morphologie des autres groupes est différente. Les araignées, arachnides parfois confondus avec les insectes, alors qu’elles s’en nourrissent, ont quatre paires de pattes, mais ni ailes ni antennes.
Mais cette façon de catégoriser les insectes diffère dans de nombreuses sociétés. Même en France, au Moyen Âge, ces animaux n’étaient pas désignés par le terme générique d’« insectes », mais uniquement par leur nom propre (« cigale », « sauterelle »…).
Dans la langue ñu savi (mixtèque) du Mexique, par exemple, la catégorie « insecte » n’existe pas. Les insectes sont simplement considérés comme de « petits animaux » comme les autres, « qui naissent tous seuls » (sans intervention humaine), sauvages, que l’on « va chercher » dans la nature, au même titre que les plantes, les champignons ou le gibier. La collecte des insectes s’intègre dès lors à des pratiques de chasse ou de cueillette et s’assimile d’ailleurs à l’une ou à l’autre. Ainsi, dans la région brésilienne du Nordeste, les collecteurs de fourmis disent qu’ils les « chassent ».
Les consommateurs d’insectes tirent donc profit de ce qui se présente dans leur environnement et choisissent de les manger, comme ils mangeraient d’autres espèces animales ou végétales. Mais cela ne signifie pas qu’ils mangent toutes les espèces disponibles. La culture guide leurs choix alimentaires. Des insectes mangés par certaines populations ne sont pas forcément consommés par leurs voisins vivant dans un environnement similaire et, dans un même pays ou une même région, certains groupes sociaux peuvent consommer des insectes, et d’autres non.
Cette consommation s’est souvent perpétuée dans des populations autochtones, marginales, plus pauvres que la moyenne des habitants, c’est pourquoi elle a été perçue comme une pratique associée à la pauvreté. Le fait que les insectes soient collectés dans la nature, plus rarement en milieu urbain, a renforcé cette perception. Dans des sociétés qui se sont urbanisées, modernisées, la chasse et la cueillette peuvent renvoyer à des pratiques archaïques.
À Natal, dans le Nordeste brésilien, l’ethnologue Julie Cavignac et moi-même avons ainsi constaté une honte à l’égard de la consommation des tanajuras, reines de fourmis Atta, mais aussi à l’égard de la chasse et de la cueillette que les habitants originaires de l’arrière-pays pratiquaient avant que cette ville et la région qui l’entoure se développent. Tout le Nordeste, qui a souffert des vagues de sécheresse à plusieurs périodes de l’histoire, a longtemps été considéré comme la région la plus pauvre du pays. Ces stigmates qui persistent jusqu’à nos jours contribuent à rejeter ce qui paraît arriéré.
Pourtant les tanajuras ne sont pas une nourriture de famine. Lorsque les habitants faisaient face à des pénuries à cause de la sécheresse, ils mangeaient plutôt des raquettes de cactus, habituellement données au bétail, des tubercules sauvages ou des fruits de palmier riches en amidon, ou encore une variété de manioc qu’il faut détoxifier pendant des heures. Les fourmis, elles, sont en fait un délice, qui n’apparaît qu’une fois par an, au moment du vol nuptial.
Comme l’avait déjà noté Bodenheimer, les insectes ont pu être une nourriture de famine dans certaines circonstances, par exemple des sauterelles ou des criquets qui, en s’abattant par nuées sur les récoltes, privent les agriculteurs de leur alimentation, néanmoins ce n’est pas la famine qui motive cette consommation.
Manger les ravageurs compense en partie les pertes agricoles et limite leurs destructions. Dans les tropiques, les charançons des palmiers (Rhychophorus spp.), qui sont considérés comme une véritable plaie dans les plantations monospécifiques, sont au contraire bienvenus pour les populations qui consomment leurs larves et contrôlent ainsi leur prolifération.
Les insectes sont, en fait, rarement considérés comme une nourriture de famine, car ils ne comblent pas la faim comme le font les féculents. Ils constituent un apport nutritionnel intéressant, surtout pour des populations qui consomment peu de protéines animales ou qui ont des déficiences en vitamines et minéraux.
Cependant, des populations qui ont accès à du gibier ou de la viande d’élevage en consomment aussi, en Amazonie par exemple. Ceux qui consomment des insectes les mangent surtout par goût, comme l’avait déjà noté Bodenheimer. Les charançons des palmiers sont appréciés dans toute la ceinture tropicale, en Amérique, en Afrique ou en Asie. Il en est de même pour les sauterelles et les termites dans divers pays, les reines de fourmis Atta en Amérique latine et bien d’autres espèces.
Certaines, comme les escamoles, œufs et pupes des fourmis Liometopum, considérés comme « le caviar mexicain », sont d’ailleurs jugées si savoureuses qu’elles suscitent la prédation, qu’elles sont commercialisées et même servies dans de grands restaurants.
Les larves de charançons sont vendues tant au Cameroun qu’en Amazonie péruvienne, équatorienne, colombienne et vénézuélienne ; les chenilles mopane font l’objet d’un commerce dans tout le sud de l’Afrique ; les sauterelles se vendent par tonnes au Mexique et en Thaïlande ; des insectes qui ne sortent qu’une fois par an, au moment de l’essaimage, suscitent plus encore l’enthousiasme des collecteurs et consommateurs.
Dès lors, collecter des insectes ne signifie pas seulement tirer des ressources de l’environnement. Cela requiert des savoirs particuliers sur la faune, la flore, la météorologie, l’éthologie. Il faut connaître l’habitat des insectes, éventuellement leurs plantes hôtes, la période de l’année où on les trouve, les signes annonciateurs de leur sortie ou de leur arrivée, les conditions climatiques nécessaires à leur essaimage.
Cette collecte demande souvent des efforts physiques, des déplacements vers des lieux isolés, dans des conditions inconfortables, et comporte des risques (insolations, chutes dans des lieux escarpés, piqûres d’animaux venimeux). Leur préparation requiert des savoirs culinaires, souvent établis sur des décennies ou des siècles de pratique.
Pour que de tels efforts soient déployés, il faut que le jeu en vaille la chandelle. La saveur des insectes recherchés et éventuellement les revenus qu’ils peuvent générer en sont les motifs. Les insectes les plus appréciés se vendent à des prix de plus en plus élevés, bien plus que ceux de la viande non seulement dans de petits bourgs, mais aussi dans les capitales, où des immigrants de souche rurale, nostalgiques de ces mets, ont lancé leur commerce. C’est ainsi qu’ils sont apparus à Bangkok, à Mexico ou à Bogota
Au Mexique, par exemple, où la patrimonialisation de la cuisine traditionnelle par l’Unesco a remis cette consommation au goût du jour, il faut actuellement compter au moins 50 euros pour 1 kilogramme de certains insectes, voire davantage lorsqu’ils sont vendus en petites portions ou servis dans un restaurant. La vente d’insectes apporte un revenu complémentaire à des familles rurales, mais tend aussi à les priver d’aliments nutritifs qu’ils auraient pu manger.
Des personnes de souche rurale abandonnent cette pratique lorsqu’elles émigrent en ville, tandis que, pour d’autres, la perpétuer est affirmer leur attachement au territoire, à une identité locale et à une histoire paysanne ou autochtone.
Tel est le cas des Quitu-Cara, peuple originaire de la vallée de Quito, en Équateur, amateurs de scarabées dits catzos ou des habitants du département du Santander, en Colombie, pour qui les hormigas culonas, reines de fourmis Atta, représentent un patrimoine culinaire et culturel. D’autres personnes encore, surtout urbaines, deviennent de nouveaux consommateurs, attirés par une nouvelle mode ou initiés par des amis. Et là encore, leur motivation n’est pas la nécessité, sinon le goût.
Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.
Esther Katz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
30.09.2026 à 15:26
KEY TAKEAWAYS
Pope Leo XIV’s views on international politics set out a vision that rejects the logic of power and imperialism in favour of diplomacy, the rule of law and multilateral institutions.
Europe occupies a central place in this vision: the Pope sees the European Union as a project that transcends national rivalries.
During his visit to France, he combined a celebration of the nation’s Christian heritage with a condemnation of nationalism, while emphasising that welcoming foreigners and those who are marginalised would be a hallmark of his pontificate.
Europe plays a central role in this vision: Pope Leo XIV champions the European Union as a means of overcoming national rivalries, while reinterpreting the continent’s Christian roots in the light of its history and cultural evolution.
In his visit to France, the Pope seeks a balance between identity and openness: he celebrates the nation’s Christian heritage while condemning nationalism and affirming the welcoming of foreigners and the marginalised as a hallmark of his pontificate.
His Magnifica Humanitas encyclical, published in May 2026, attracted attention primarily because in it the Pope tackled head-on the issue of artificial intelligence and its dangers. But this important text, Pope Leo XIV’s first encyclical, also sets out his stance on international politics. The Supreme Pontiff reiterated and elaborated on these ideas on September 28, during a speech he delivered in the eastern French city of Metz.
The culture of force and violence is rejected, leading to a condemnation of power politics and imperialism. Remarkably, this text draws on political theory to construct a moral narrative. The encyclical condemns pragmatism and cynical realism, setting them against the defence of multilateralism.
The explicit rejection of Realpolitik, moreover, harks back to a long-standing debate: the one that pitted the Vatican under Pius IX against 19th century Germany during Chancellor Otto von Bismarck’s rule. The dialectic of the Kulturkampf saw the Vatican’s transnational vision pitted against that of the modern nation-state. The resumption of the struggle against Realpolitik is therefore by no means insignificant. It represents a stance in which multilateralism, diplomacy and consultation appear as the only paths to peace in the face of a realism that almost automatically translates into the use of force: competition between states and the absence of a higher authority make power – and, ultimately, force – the preferred instruments of international action.
Thus, these historical and political definitions now help to define moral categories. From this perspective, it should be noted that defending multilateralism is not a defence of an abstract principle: it reflects an institutional vision held by the new Pope who, in Ankara in November 2025, during his first international visit, was already outlining a defence of multilateral institutions – a reference he reiterated in his speech delivered in Paris before UNESCO on September 25.
Magnifica Humanitas lays the foundations for the stance on Europe as set out in the speech the Pope delivered in Metz. Already during his visit to Spain last June, the Pope had spoken of Europe’s “specific vocation”, calling for progress to be made in the European Union process, which he described as “a gift for the whole human family”. The EU appears to be a prime example of an appreciation of complexity: the ability to reconcile modern political demands with an awareness of the negative aspects of identity-based definitions – and consequently of nationalist vulnerabilities – is highlighted by this follower of Saint Augustine, who links this vocation to the mission that Europe must fulfil.
In his Metz address, we can also see how the Pope reinterprets the discourse on the “Christian roots of Europe”, interpreting it in a way that takes account of the historical and cultural developments he associates with religion in general and with the development of Christianity.
Here again, the approach involves invoking founding figures, such as Robert Schuman and Alcide De Gasperi, to link the perception of a personal history to the Christian dimension, which leads to institutional realisation. Leo XIV counters national narratives by quoting Schuman to emphasise the need to overcome the opposition between cultural identities and by stressing the Christian dimension of Europe, perceived as a process founded on law and peace, which aims to regulate power, or even to renounce it.
The implications of this vision are extremely clear: the rejection of imperialism and nationalism emerges as a very clear political message. It is worth noting, however, how during his vigil on September 25 at the Stade de France, Pope Leo framed his meeting with young people within the context of France’s sacred history. In some respects, the emphasis on the historical figures of a national Church might appear to contradict the political vision that rejects nationalism while supporting the process of European integration.
This is probably a sign of an attempt to reconcile the dimension of a national identity centred on the exemplary nature of religious figures – and thus detached from the political dimension – while the political project, the “mission” expressed by the Pope, finds in the EU and its institutions a privileged arena for its realisation. Against the backdrop of a French Church undergoing significant changes – which are at times a source of tension – and a society already shaped by the issues surrounding the 2027 presidential election, the Pope seeks to embody a vision capable of uniting all Catholics, while continuing to vigorously champion a message of welcoming foreigners and marginalised people. The Metz Declaration, which places particular emphasis on this point, and the visit to the Bakhita House in Paris bear witness to this. He also intends to distance himself clearly from nationalist tendencies.
The Metz address is imbued with the specific symbolism associated, on the one hand, with Robert Schuman and, on the other, with a region in France – the Moselle – which encapsulates how deadly rivalries between France and Germany were overcome. The message therefore extends across the Rhine and to the whole of Europe, where nationalist forces are currently experiencing a resurgence that could have centrifugal consequences for the EU.
This is probably not a matter of engaging in a violent rejection that would separate the wheat from the chaff, but instead offering an inclusive interpretation that allows the fundamental messages of a Church opposed to the brutalisation of the world – and, more specifically, to the resurgence of nationalism in Europe – to be heard across all sections of society, including believers.
The great enthusiasm surrounding Pope Leo XIV’s visit to France is certainly interpreted by the Pope as a sign in this regard, the significance of which will need to be analysed in the coming months.
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Jean-Pierre Darnis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.