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Pièces & Main d'Oeuvre

Site de bricolage pour la construction d'un esprit critique grenoblois

 

Publié le 25.11.2022 à 21:54

Terres libérées. Où ça ?

Pierre Fournier (1937-1973), le journaliste et dessinateur qui a « lancé » le mouvement écologiste en France (voir ici), à travers ses articles d'Hara-Kiri et de Charlie Hebdo, nous livre ici ses expériences et réflexions, personnelles et collectives, sur « le retour à la terre » et « la communauté rurale », entre octobre 1968 et décembre 1972.

C'est dans La Gueule ouverte n°2, il y a tout juste 50 ans, et c'est d'une lecture encore plus frappante et instructive aujourd'hui que même de jeunes diplômés, ingénieurs et scientifiques, désertent leurs carrières dans l'industrie et la recherche pour s'en aller fonder des collectifs néo-ruraux. Fournier retrace les débuts de cette quête d'une vie autonome, fondée sur l'échange de services et l'autosubsistance locale ; sur les « nécessités matérielles ». Nous l'avions copieusement cité dans une livraison récente (). Merci aux Amis de Bartleby d'avoir entièrement retranscrit son article sur leur site, avec dessins et photos (voir ici).

On ne peut signaler toutes les excellentes publications sur le sujet, mais tout de même, pour une salubre mise à jour des conditions actuelles de « l'autonomie paysanne », voyez les articles de Nicolas Gey : « Vivre dans un rayon de 30 km » (La Décroissance n°194, novembre 2022) ; et « Subsister » (L'Inventaire n°12, automne 2022). Eh bien, voilà, il ne vous reste plus qu'à acheter une yourte et une grelinette au Vieux Laboureur pour réussir votre reconversion néo-rurale.

(Pour lire le texte, ouvrir le document ci-dessous.)

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Publié le 17.11.2022 à 21:06

Parution de "Les enfants de la Machine"

La revue Ecologie & Politique vient de publier un numéro exceptionnel (n°65) – mais à tirage limité - titré « Les enfants de la Machine », consacré à l'eugénisme, aux biotechnologies et à la reproduction artificielle de l'humain.
Ce volume coordonné par Jacques Luzi et Mathias Lefèvre, est édité au Bord de l'eau et disponible en librairie (20 €, 195 p.)

« Un jour, les femmes n'enfanteront plus. Leurs cellules et celles des hommes seront soigneusement produites, sélectionnées puis traitées en laboratoire en vue de la fabrication industrielle d'êtres humains. Améliorés, sur mesure, sans défauts génétiques. De la science-fiction ? En réalité, cet avenir d'où l'enfantement aurait disparu, ce futur où les enfants ne seraient plus le fruit du hasard biologique mais celui d'un système technologique finement paramétré, est déjà parmi nous, en puissance. Petit à petit, par ses avancées dans le domaine des technologies de la reproduction (de l'insémination artificielle à l'ectogenèse, en passant par la fécondation in vitro et la congélation d'ovocytes) et au prétexte fallacieux de libérer les femmes, la technoscience nous y conduit. Après avoir pris le contrôle des sols et celui des corps travailleurs dans le but d'accroître toujours plus son emprise, l'industrialisme, dans la poursuite de son geste totalitaire, s'affaire depuis plusieurs décennies à prendre le contrôle du vivant. »

Au sommaire :
« L'obsolescence du naître », par Mathias Lefèvre et Jacques Luzi.
« De l'eugénisme d'Etat à l'eugénisme libéral : où vont les biotechnologies ? » par Bertrand Louart.
« « Un monde sans mères ? » par Silvia Guérini.
« Naissance, nature et liberté », par Pièces et main d'œuvre.
« Réflexions autour de La servante écarlate », par Michela Di Carlo.
« Les acceptologues. Les « minorités de genre » au service de la fabrication des enfants. » par Renaud Garcia.
« Dompter toujours plus le vivant. Une critique de la bio-ingénierie » par Gaëtan Flocco et Mélanie Guyonvarch.
« La question du maximum. Biocapitalisme, démographie et eugénisme » par Jacques Luzi
« Aux antipodes de la reproduction artificielle : la « naissance respectée ». Entretien avec Emilie Bénard.

Les auteurs
Bertrand Louart est menuisier-ébéniste à la ferme-coopérative de Longo-Maï. Il a publié Les êtres vivants ne sont pas des machines (2018), et Réappropriation. Jalons pour sortir de l'impasse industrielle (2022), à La Lenteur.
Silvia Guerini est membre de Resistenze al nanomondo(www.resistenzealnanomondo.org) et l'une des fondatrices du FINAARGIT : Réseau international féministe contre toute reproduction artificielle, l'idéologie du gente et le transhumanisme.
Pièces et main d'œuvre est depuis l'automne 2000 l'enseigne d'une activité d'enquête critique menée depuis Grenoble : des centaines de textes, une quinzaine de livres et de multiples actions technocritiques. Adresse : Service compris, BP 27, 38172 Seyssinet-Pariset Cedex.
Michela Di Carlo a été membre du groupe Oblomoff, collectif de réflexion et d'action contre la recherche scientifique, dans les années 2000 ; et du groupe Faut pas pucer, contre l'identification électronique des animaux, dans les années 2010. Elle s'intéresse depuis longtemps aux enjeux politiques de la contraception féminine.
Renaud Garcia enseigne la philosophie aux lycéens marseillais et participe au collectif Ecran total, contre la numérisation de nos vies ; ainsi qu'à L'Inventaire, revue de critique sociale et culturelle. Derniers ouvrages parus : Le désert de la critique (L'Echappée, 2021), et Notre bibliothèque verte (Service compris, 2022)
Gaëtan Flocco est enseignant-chercheur en sociologie à l'université d'Evry Paris-Saclay. Il a notamment publié Des dominants très dominés. Pourquoi les cadres acceptent leur servitude (Raisons d'Agir, 2015)
Mélanie Guyonvarch est enseignante-chercheure en sociologie à l'université d'Evry Paris-Saclay. Elle a notamment publié Performants…et licenciés. Enquête sur la banalisation des licenciements (PUR, 2017)
Gaëtan Flocco et Mélanie Guyonvarch étudient tous deux, depuis quelques années, le travail et l'imaginaire des acteurs de l'ingénierie du vivant.
Jacques Luzi est maître de conférences à l'université de Bretagne-Sud. Dernier ouvrage paru, Au rendez-vous des mortels. Le déni de la mort dans la culture occidentale, de Descartes au transhumanisme (2019, La Lenteur)
Emilie Bénard est sage-femme libérale. Elle s'entretient sur sa pratique et son métier avec Aurélien Berlan (Terre et liberté, la quête d'autonomie contre le fantasme de délivrance, La Lenteur, 2021).

Merci de faire circuler.

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Publié le 11.11.2022 à 21:14

Clifford D. Simak & Pierre Boulle - Notre Bibliothèque Verte n°49 & 50

Disponible en librairie : Notre Bibliothèque Verte (deux volumes). Voir ici

Romain Gary, en 1980. Préface aux Racines du ciel : « On a bien voulu écrire depuis la parution de ce livre il y a vingt-quatre ans, qu'il était le premier roman « écologique », le premier appel au secours de notre biosphère menacée. (…) En 1956, je me trouvais à la table d'un grand journaliste, Pierre Lazareff. Quelqu'un avait prononcé le mot « écologie ». Sur vingt personnalités présentes, quatre seulement en connaissaient le sens… On mesurera, en 1980, le chemin parcouru. Sur toute la terre les forces s'organisent et une jeunesse résolue est à la tête de ce combat. » Etc., etc.

1980, c'est l'année du suicide de Gary, alors on repassera pour le coup de trompette sur « la jeunesse résolue », « les forces qui s'organisent » et « le combat sur toute la terre ».
On a failli traiter Romain Gary, Les Racines du ciel et la fin des éléphants, dans cette livraison de Notre Bibliothèque verte, mais on ne va pas faire tout le cimetière, on n'en finirait pas. Une autre fois, peut-être. C'est un livre insupportable que Les Racines du ciel – non parce qu'il s'agit du prix Goncourt 1956 - et quoiqu'il ne soit pas, loin de là, « le premier roman « écologique ». Passer de vingt millions d'éléphants avant l'arrivée du Dr. Livingstone à l'extinction de l'espèce d'ici deux décennies, ça vous remue. Il faudrait des trigger warnings pour les personnes sensibles, ou extirper ces Racines du ciel des bibliothèques. Et puis, il est « sulfureux » et « controversé », ce Morel, lui et les bras cassés de son « comité de défense des éléphants » ; un naturaliste danois, une pute allemande au grand cœur – forcément -, un journaliste et un ancien militaire américains, un pisteur africain, etc. Ce n'est pas parce qu'on sort de la résistance au nazisme et d'un camp de concentration qu'on peut dire leurs vérités à tous ces braves salauds d'Afrique équatoriale française. Les autochtones qui de tous temps les ont tués pour la viande, et qui le font maintenant pour l'argent et la terre ; les chasseurs européens et leurs guides pour l'excitation du tir, pour le trophée et la photo ; les trafiquants arabes et portugais pour l'ivoire qui finira en poudre aphrodisiaque ou en jolis bibelots ; le Front de Libération local pour financer sa cause et le train de vie des futurs dirigeants du pays ; islamistes, communistes, nationalistes, tous pour « les routes, les mines, les usines et les barrages », et contre l'archaïsme éléphantesque.

Oui, ce Morel-Gary ne peut être qu'un réactionnaire colonialiste et misanthrope, d'ailleurs écoutez-le :
« - J'ai fait de la résistance sous l'occupation… C'était pas tellement pour défendre la France contre l'Allemagne, c'était pour défendre les éléphants contre les chasseurs… » « C'est comme ça que je me suis lancé. J'étais sûr de tenir le bon bout. Il n'y avait plus qu'à continuer. Ce n'était pas la peine de défendre ceci ou cela séparément, les hommes ou les chiens, il fallait s'attaquer au fond du problème, la protection de la nature. On commence par dire, mettons, que les éléphants c'est trop gros, trop encombrant, qu'ils renversent les poteaux télégraphiques, piétinent les récoltes, qu'ils sont un anachronisme, et puis on finit par dire la même chose de la liberté – la liberté et l'homme deviennent encombrants à la longue… Voilà comment je m'y suis mis (1). »

De quoi hérisser un farouche déconstructeur du « colonialisme vert (2) », justement applaudi par Éric Zemmour dans Le Figaro : « Mais que dire de l'introduction du loup ou de l'ours dans les Pyrénées, qui ravagent les cultures et les troupeaux au grand dam des bergers et des paysans qui ne sont pourtant pas africains ? En tous lieux, notre écologie politique est d'abord un antihumanisme (3). » « Protéger la nature sacrifie les communautés locales » renchérit Guillaume Blanc, dans Le Monde. « Écologisme et capitalisme n'existent pas l'un sans l'autre (4). » Naturellement, si l'on ose dire, notre déconstructeur confond capitalisme et industrialisme. Voire capitalisme et agro-pastoralisme.

En effet, bergers, paysans, seigneurs, chasseurs et lieutenants de louveterie ont exterminé les ours et les loups de nos montagnes pour faire place nette aux moutons, à la « houille blanche » (l'électricité), et à « l'or blanc » (l'industrie du ski) ; alors, à quel titre reprocherions-nous aux Africains – nous écolos blancs d'Europe – d'exterminer leur faune et de raser leurs forêts pour se développer (5). Comment ! Sous prétexte que nos aïeux, les capitaines d'industrie et leurs ouvriers paysans, ont détruit la nature locale et accompli chez nous d'irréparables ravages, nous voudrions critiquer et dissuader les Africains d'aujourd'hui d'en faire autant chez eux !
Il eût été plus juste de pointer que c'était surtout des chasseurs blancs, équipés d'armes à feu, qui avaient massacré le bestiaire africain durant un siècle. Même si depuis les décolonisations des années 60, les chasseurs noirs, les paysans et les gouvernements des nouveaux États souverains ont poursuivi le pillage, le massacre, l'écocide et le « développement » touristique et industriel à l'occidentale. Ils ne voulaient finalement rien d'autre, mais ils le voulaient dans l'égalité et l'indépendance, comme nous l'avait expliqué une furie « décoloniale » : « Moi, tout ce que je veux, c'est l'égalité des salauds ! »

John Huston, chasseur notoire, a fait un film des Racines du ciel, en 1958. Twentieth Century Fox. Errol Flynn, Juliette Gréco, Trevor Howard. Grosse boîte, grosse production, gros cons. Ça se vend bien les animaux en voie d'extermination. Et puis ça vous donne un vernis protecteur en ces temps d'« éco-anxiété » et d'extinction finale. Genre héros/héraut de la cause animale. Vous souvenez-vous qu'il y a quelques décennies, les vedettes et les bureaucraties écolos nous adjuraient de sauver les « big five » - baleines, éléphants, ours, lions et tigres - en leur envoyant du fric ? Elles n'osent plus. Elles nous adjurent aujourd'hui de sauver les abeilles et les papillons - en leur envoyant du fric. Mauvais signe, nos sociétés industrielles ne protègent que ce qu'elles ont déjà achevé.

Oublions les éléphants, les papillons et les humains. Tout aurait pu tourner autrement, pourtant. En 1952, quatre ans avant la publication des Racines du ciel, Clifford D. Simak raconte la lente disparition d'homo sapiens dans Demain les chiens. C'est en effet le meilleur ami de l'homme qui, suivant Simak, prend la succession de ce dernier, après avoir veillé dessus pendant des millénaires de déchéance, en compagnie et avec l'aide de robots trop serviables. Que non, dit Pierre Boulle, dans La Planète des singes, en 1963. En réalité ce sont nos plus proches cousins qui auraient pu recueillir, pour le meilleur et pour le pire, l'héritage de l'évolution humaine et de la société industrielle. Et notre bibliothécaire, Renaud Garcia, d'examiner ici ces deux versions de notre histoire naturelle et sociale.

Pièces et main d'œuvre

Notes :
(1) Gallimard, livre de poche, p.257
(2) Guillaume Blanc, L'invention du colonialisme vert. Flammarion, 2020. Protéger et détruire. Gouverner la nature sous les tropiques – XXe-XXIe siècle. CNRS, 2022
(3) Le Figaro, 10 décembre 2020
(4) Le Monde, 1/2 novembre 2022
(5) Cf. Croc-blanc, « Et moi je hurle avec les loups », 29 janvier 2020, ici

***

Pour lire les notices, ouvrir le document ci-dessous.

Lire aussi :
George Byron et Mary Shelley - Notre Bibliothèque Verte n°41 & 42
Vladimir Arseniev et Georges Condominas - Notre Bibliothèque Verte n°43 & 44
Pierre de Ronsard & William Blake - Notre Bibliothèque Verte n°45 & 46
Philip K. Dick & Richard Fleischer - Notre Bibliothèque Verte n°47 & 48

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Publié le 28.10.2022 à 21:39

La biophobie tue

Voici notre nouvel autocollant. Très résistant y compris en extérieur. Pour le recevoir, merci d'envoyer votre adresse et un chèque de 6 euros pour 10 exemplaires (ou 20 euros pour 50 exemplaires) - port inclus - à l'ordre de Service compris - BP 27 - 38172 Seyssinet-Pariset cedex

Dans la foire aux phobies qui se disputent la compassion des badauds, la plus grave et la plus réelle, mais aussi la plus dissimulée, c'est la biophobie. Que la biophobie tue - tue vraiment - en masse, des millions d'espèces et d'individus, chacun le sait – il suffit de regarder autour de soi. Fort peu en tirent de conséquences.

Qu'est-ce qu'une « phobie » ? Le glossaire de psychiatrie publié en 1970 par le docteur Pierre Marchais pour le compte de « Clair dire », le Comité d'étude des termes médicaux français, nous en donne sa conception (...)

(Pour lire le texte intégral et voir l'autocollant, ouvrir le document ci-dessous.)

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Publié le 26.10.2022 à 21:45

La Marée verte et ses épaves (4)

Toujours en librairie : Le Règne machinal (la crise sanitaire et au-delà). Voir ici

En cet automne 1971, Frédéric Bon et Michel-Antoine Burnier, nos deux intellectuels marxiens et guides de « l'après-mai », sont à la recherche de la nouvelle classe et des nouveaux sujets, groupes et meneurs, « révolutionnaires ». Ils pensent tenir une piste dans le dernier chapitre de Classe ouvrière et révolution, intitulé « Naissance d'un révolution ? ». Peut-être. Leur point d'interrogation n'est pas de pure forme.

Ayant noté l'émergence d'un « radicalisme étudiant » intégrant « des expériences de vie collective et la libération sexuelle, le mysticisme des religions orientales, l'usage du haschich et des hallucinogènes, le psychédélisme, la presse parallèle et l'apparition des mouvements underground », ils constatent la « puissance de son rayonnement » qui touche « la jeunesse et les couches techniciennes de tous les pays occidentaux à des degrés et sous des formes diverses ».

« Au-delà de traditions révolutionnaires très diverses, les thèmes convergent vers un modèle unique : l'idéologie anti-autoritaire. Celle-ci s'exprime sous sa forme politique dans l'activité du S.D.S. allemand et du mouvement provo hollandais, dans les écrits de Rudi Dutschke ou de Roel Van Duyn. En France elle a été symbolisée plutôt que structurée par le mouvement du 22 mars et Daniel Cohn-Bendit, plus récemment par Vive la révolution, le Front de libération des jeunes et le journal Tout. Elle trouve son énoncé le plus pur aux Etats-Unis, entre autres dans le groupe yippie et les propos de Jerry Rubin et d'Abbie Hoffman. »

(Pour lire le texte intégral, ouvrir le document ci-dessous.)

Lire aussi :
La Marée verte et ses épaves 1 - Les ennemis de la Nature
La Marée verte et ses épaves 2- Les technocrates contre l'« écologie »
La Marée verte et ses épaves 3 - De la contre-culture à la permaculture

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