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L’expertise universitaire, l’exigence journalistique


Texte intégral (3072 mots)

L’ESSENTIEL

  • Le Vanuatu a saisi la Cour internationale de justice pour contester la souveraineté française sur les îles Matthew et Hunter, dans l'océan Pacifique Sud, et demander la fixation d’une frontière maritime entre les deux États.

  • Derrière le contentieux territorial se joue un affrontement plus large autour de la place de la France dans le Pacifique.

  • Faute d’accord sur la souveraineté, la cogestion pourrait offrir une voie de sortie, permettant à la France et au Vanuatu de gérer ensemble les îles sans renoncer à leurs revendications respectives.


Le prétoire de la Cour internationale de justice s’est enrichi d’une nouvelle affaire contentieuse, à la suite du dépôt le 31 août dernier d’une requête du Vanuatu contre la France. Il porte sur « la souveraineté de Vanuatu sur les îles Umaenupne (Matthew) et Umaeneg/Leka (Hunter) » et « l’établissement d’une frontière maritime unique entre les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux de Vanuatu et de la France (en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie) ».

La poursuite de la procédure est suspendue à l’acception par la France de la juridiction de la Cour internationale de justice pour trancher ce différend.

Réservant leur réponse sur ce point, les autorités françaises ont en revanche, au lendemain de la saisine vanuataise, réaffirmé par la voix de la ministre déléguée chargée de la francophonie et des partenariats internationaux la position « claire et ferme » de Paris, « une position de dialogue, une position d’ouverture » mais qui « est surtout un rappel de la souveraineté de la France sur ces îles ».

Cette double affirmation peut sembler paradoxale : quel peut être l’objet du « dialogue » et comment peut s’exprimer l’« ouverture », dès lors que la question de la « souveraineté » semble non négociable ? Une telle contradiction peut en réalité être levée en suspendant le règlement de la question de la souveraineté sur les îles, objet du différend, tout en instituant un régime de cogestion.

Les îles Hunter et Matthew se trouvent à l’est de la Nouvelle-Calédonie. Eric Gaba/Wikimedia, CC BY-NC

« Du dialogue à la justice internationale »

L’activation de la voie judiciaire constitue pour le Vanuatu la poursuite de discussions diplomatiques par d’autres moyens. Cette décision prend acte de l’échec des négociations relancées en juillet 2023 à la suite de la visite d’Emmanuel Macron sur l’île océanienne et dont le premier cycle avait suivi celle de son premier ministre (Jotham Napat) à l’Élysée en juillet 2025. Le second, qui s’est tenu fin juin 2026 à Paris, n’a pas permis de concilier les positions des deux États.

Ces difficultés à s’accorder peuvent surprendre : l’opposition se concentre sur le statut de deux îlots inhabités et désertiques d’une superficie inférieure à 1 kilomètre carré. C’est oublier la forte dimension affective, gonflée d’un nationalisme parfois opportunément ravivé (cela est très clair actuellement autour des îles Falkland/Malouines), que suscitent certaines îles, y compris lorsqu’elles sont inhabitées.

C’est méconnaître également le contexte général dans lequel s’inscrit l’opposition entre la France et le Vanuatu.

L’État océanien l’inscrit dans un narratif de décolonisation et adosse ses revendications à une solidarité mélanésienne traduite par son soutien au Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) – qui le lui rend en soutenant sa revendication.

L’île Hunter. Comme l’île Matthew, à 74 kilomètres de là, elle est rattachée à la Nouvelle-Calédonie depuis 1976. Le Vanuatu, devenu indépendant du Royaume-Uni en 1980, estime que ces îles devraient lui être attribuées. Befa34/Wikimedia, CC BY-NC

La question néo-calédonienne est d’ailleurs centrale pour le devenir des îles Matthew et Hunter, rattachées administrativement, en droit français, au Caillou dont elles sont distantes d’environ 400 kilomètres (elles se situent à environ 300 kilomètres de Vanuatu). En outre, les violences ayant secoué l’île en mai 2024 et l’instabilité qui y prévaut depuis fragilisent la volonté de Paris de faire de la Nouvelle-Calédonie un pilier de la stratégie française en Indo-Pacifique. La France cherche par ailleurs à ménager ses relations avec cette enclave francophone dans un environnement anglophone. L’affirmation, a priori paradoxale, d’une volonté de dialogue ne transigeant pas avec l’expression d’un attachement à la souveraineté traduit cette dialectique.

Quatre façons de sortir du face-à-face

La diplomatie est, pour reprendre la formule du politiste britannique Paul Sharp, « l’art de gérer des séparations ». Elle vise à dépasser le point de tension ou de désaccord, ou à suspendre le règlement afin d’empêcher qu’il n’entrave l’établissement ou n’enraye la poursuite des relations entre les deux protagonistes.

La première solution est classiquement privilégiée pour les différends territoriaux. Elle décline une palette de solutions dont la première, la plus évidente, consiste à attribuer le territoire disputé à l’un ou à l’autre des États le revendiquant. Il s’agit d’un jeu à somme nulle où la victoire (totale) de l’un implique la défaite (totale) de l’autre. Il est inenvisageable que cette solution soit atteinte par la voie diplomatique en ce qui concerne Matthew et Hunter, l’intransigeance de Paris n’ayant d’égale que celle exprimée par Port-Vila ; en revanche, elle pourrait résulter du traitement judiciaire du différend par la Cour internationale de justice.

Cette première option se coule parfaitement dans l’organisation contemporaine de l’ordre politico-juridique international. La nouvelle projection cartographique du monde que la France vient d’adopter n’y change rien : la taille relative des continents peut être modifiée, le globe reste suturé par des frontières délimitant des territoires au sein desquels les États exercent leur souveraineté à titre exclusif.

Un territoire, un État (souverain). Un tel schéma n’est pas bouleversé si l’on envisage une deuxième hypothèse de règlement du contentieux franco-vanuatais : le territoire disputé serait divisé, chacun s’en voyant attribuer une partie. Solution adoptée par exemple en juin 2022 pour l’île Hans, revendiquée par le Danemark et le Canada, elle pourrait, dans le cas de Matthew et Hunter, se traduire par l’allocation d’une île à chacun des deux États. Rien ne laisse cependant supposer qu’elle ait été sérieusement envisagée.

La souveraineté n’est plus, comme le prétendait au XVIe siècle Jean Bodin, une « puissance perpétuelle et absolue » ; elle ne caractérise pas davantage une puissance nécessairement exclusive. L’histoire regorge d’exemples de condominiums, par lesquels deux (ou plusieurs) États s’accordent pour exercer conjointement l’intégralité des compétences à l’égard d’un territoire n’appartenant à aucun des deux mais à la « communauté internationale partielle » qu’ils forment à cette fin. On s’émancipe ainsi du modèle exclusiviste classique (un territoire, un État).

L’île des Faisans, située à l’embouchure de la Bidassoa, fleuve frontalier hispano-français, offre un exemple remarquable d’une telle configuration : chaque État exerce alternativement (tous les six mois) le droit de police sur une île leur appartenant « par indivis » depuis 1856.

Cette troisième option suppose pour les États un renoncement à disposer séparément de leur souveraineté, ce qui semble pour l’heure difficilement envisageable concernant Matthew et Hunter. Tel n’est pas le cas avec une quatrième option. Elle consiste en l’adoption d’un traité n’ayant ni pour objet ni ne devant avoir pour effet de contester les prétentions concurrentes des deux États concernant la souveraineté à l’égard d’un territoire disputé, mais visant à déterminer les finalités et modalités de sa gestion. Une telle solution se prévaut également de précédents historiques. Elle a par exemple été retenue en 1855 dans le Traité de Shimoda par le Japon et la Russie concernant les îles Sakhaline et Kouriles, ou encore en 1939 par les États-Unis et le Royaume-Uni au sujet des îles Canton et Enderbury.

Et si la souveraineté restait en suspens ?

L’accord de ne pas être d’accord concernant le statut d’un territoire pour lequel des États conviennent néanmoins de s’entendre sur sa gestion s’applique surtout en Antarctique depuis la signature du traité de Washington le 1er décembre 1959.

Ce traité n’entend ni valider ni récuser les prétentions alors avancées par sept États (dont la France avec la Terre Adélie) à l’égard de « secteurs » découpant partiellement le continent en cônes ayant pour base la côte et pour sommet le pôle sud géographique ; il n’a pas davantage pour objet, ni ne doit avoir pour effet, de rejeter ni de consacrer le refus opposé à ces revendications par les cinq autres signataires originaires (dont les États-Unis et l’URSS). Le remarquable tient au fait que cette solution de gel des positions à l’égard des prétentions territoriales des uns, de leur rejet par les autres, positions maintenues depuis, n’a pas empêché le développement d’un système normatif et institutionnel admirable à bien des égards.

Le « modèle antarctique » a d’ailleurs déjà été mobilisé dans le cadre d’un différend territorial portant sur un autre îlot inhabité et de très petite taille situé à l’ouest de l’Océan indien, l’île Tromelin.

L’accord-cadre de cogestion, signé entre la France et l’île Maurice le 7 juin 2010, qui le consacre n’est cependant toujours pas entré en vigueur, le Parlement français n’en ayant à ce jour par autorisé la ratification. La crainte d’une perte de souveraineté, agitée par certains parlementaires et relayée par certains partis politiques, explique ce maintien dans les limbes juridiques. Elle méconnaît en réalité l’esprit et la lettre d’un accord dont le préambule évoque explicitement « la volonté des deux États à mettre en place (…) un partenariat actif (…) sans renonciation à leurs droits de souveraineté ou à leurs revendications territoriales ». L’accord dissocie ainsi clairement les revendications territoriales des questions liées à la recherche archéologique, à l’environnement et aux ressources halieutiques – toutes questions relevant d’une cogestion par les deux États et dont le texte pose les contours.

Un modèle similaire pourrait être envisagé pour Matthew et Hunter – comme, du reste, pour d’autres petites îles inhabitées disputées à la France, qu’il s’agisse de Tromelin ou de trois des îles Éparses (Glorieuses, Basas da India et Europa) dans le canal du Mozambique. Il n’emporterait aucun renoncement, de part et d’autre, à la souveraineté. Il supposerait en revanche de s’accorder sur le régime applicable en matière notamment d’exploitation des ressources essentiellement halieutiques et de protection de l’environnement, comme d’envisager un dispositif de prise de décision en commun. Ce qui impliquerait certes de s’entendre sur l’articulation à opérer entre des finalités potentiellement concurrentes.

Les besoins, notamment économiques, ne sont assurément pas les mêmes. Au souhait prêté au Vanuatu de développer l’activité de pêche autour des deux îles pourrait être opposée la volonté française d’instituer un régime ambitieux de protection de l’environnement, exclusif de toute activité d’exploitation. Au risque du reste d’une certaine instrumentalisation, observée ailleurs, s’il s’agit de s’en saisir pour soutenir sa prétention territoriale. L’argument écologique ne peut par ailleurs être mobilisé pour refuser l’accès aux îles aux peuples autochtones du sud de Vanuatu pour des raisons spirituelles.

La voie d’un accord est donc étroite. Elle avait néanmoins déjà été esquissée en 2021 par Louis Maupou, alors président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, qui avait proposé « dans le cadre de la coopération régionale (…) la mise en place d’un “parc de la paix” sur les îles Matthew et Hunter, qui pourrait être géré avec le pays frère le Vanuatu ».

The Conversation

Florian Aumond ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.


Texte intégral (3270 mots)

L’ESSENTIEL

  • La Mongolie cherche à transformer son enclavement entre la Russie et la Chine en atout diplomatique, en s’appuyant notamment sur les enjeux environnementaux et le pastoralisme pour diversifier ses partenariats.

  • La récente COP17 à Oulan-Bator a servi cette stratégie en donnant à la Mongolie une visibilité internationale et en lui permettant de mobiliser des partenaires, comme la France, le Japon ou la Corée du Sud, sans s’éloigner pour autant de Pékin ni de Moscou.

  • Derrière cette ambition se joue le passage d’un État-tampon à un possible État-charnière : la Mongolie veut faire de son territoire et de ses infrastructures une ressource stratégique.


Le 28 août 2026, à Oulan-Bator, le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh clôturait la COP17, la conférence des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Trois jours plus tard, le même dirigeant se trouvait à Bichkek, capitale du Kirghizstan, où il rencontrait successivement Xi Jinping et Vladimir Poutine en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Entre ces deux séquences politiques, le vocabulaire a changé du tout au tout : de la restauration des sols et de la résilience pastorale, on est passé à l’approvisionnement en carburant et au gazoduc destiné à relier la Sibérie occidentale au marché chinois.

La juxtaposition pourrait sembler artificielle. Elle décrit en réalité une seule et même stratégie : celle d’un pays qui tente de transformer sa position d’État enclavé entre deux géants en une fonction régionale plus large.

Une vulnérabilité transformée en capital diplomatique

La désertification n’est pas, pour la Mongolie, un sujet parmi d’autres. Environ 77 % du territoire national sont aujourd’hui considérés comme dégradés à des degrés divers, selon les données de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Dans un pays où l’élevage extensif conserve un poids économique et culturel considérable, cette dégradation touche directement l’emploi rural et favorise l’exode vers la capitale, laquelle concentre désormais près de la moitié de la population, sous l’effet conjugué des sécheresses et des dzud, ces hivers extrêmes qui peuvent décimer des cheptels entiers.

C’est cette vulnérabilité que la diplomatie mongole a choisi d’internationaliser plutôt que de la subir. Le pays avait déjà obtenu que 2026 soit proclamée Année internationale des parcours et des pasteurs. Accueillir la COP17 s’inscrit dans la continuité de cette démarche : la conférence a mis les parcours pastoraux, qui font vivre près de deux milliards de personnes dans le monde, au centre de l’agenda mondial du foncier, et a annoncé un portefeuille de 1,3 milliard de dollars destiné à la restauration des terres et à la résilience à la sécheresse dans 23 pays. Au cœur de cet ensemble figure la Rangelands Flagship Initiative, qui agrège 1,2 milliard de dollars correspondant à 45 projets. Elle représente donc l’essentiel du portefeuille annoncé. Toutefois, ces montants ne correspondent pas entièrement à des financements nouveaux et définitivement engagés : l’UNCCD précise que, sur les 1,3 milliard, 644,5 millions sont identifiés comme financements nouveaux et 216,4 millions seulement sont déjà confirmés et en voie de mise en œuvre.

Ce mécanisme est classique dans la diplomatie des puissances moyennes ou des petits États : convertir une fragilité nationale en expertise reconnue, à la manière de la Norvège sur la médiation ou de certains États insulaires sur le climat. La Mongolie construit, autour des steppes et du pastoralisme, sa propre niche diplomatique.

Un succès de mise en scène, un échec normatif

Il serait toutefois excessif de présenter la COP17 comme un triomphe du multilatéralisme. Les négociations sur un instrument international consacré à la sécheresse, déjà bloquées deux ans plus tôt à Riyad lors de la COP16, ont de nouveau échoué : plusieurs délégations africaines réclamaient un protocole contraignant, les représentants des États-Unis s’y sont opposés, et le dossier a été renvoyé à la COP18, prévue en 2028 à Charm el-Cheikh (Égypte). Une source diplomatique citée par Reporterre a résumé l’ambiance en évoquant un sommet simplement « sauvé » plutôt que réussi.

Pour la Mongolie, ce bilan normatif mitigé n’entame pas le succès de l’opération sur le plan de l’image. La conférence a rassemblé environ 25 000 participants, ce qui en fait le plus grand événement international organisé par le pays depuis le sommet du dialogue Europe-Asie (ASEM) de 2016.

Le Centre pour la diplomatie publique de l’université de Californie du Sud a explicitement analysé l’événement comme un exercice de « diplomatie de conférence » : accueillir un sommet mondial permet à un pays enclavé de gagner en visibilité et de mettre en scène ses propres initiatives, comme la campagne présidentielle « Un milliard d’arbres ».

Le « troisième voisin » à l’ère du « green hedging »

Ce succès d’image s’inscrit dans une stratégie plus ancienne : utiliser l’engagement climatique comme vecteur de soft power pour atténuer la vulnérabilité géopolitique d’un pays coincé entre deux voisins qui concentrent l’essentiel de ses échanges, la Chine absorbant à elle seule environ 90 % des exportations mongoles.

La Mongolie, 3,5 millions d’habitants, est enclavée entre la Russie et la Chine, seuls pays dont elle est frontalière. Encyclopedia Universalis

Cette formule prolonge la doctrine dite du « troisième voisin », théorisée au tournant des années 1990 et couramment associée à une remarque de l’ancien secrétaire d’État américain James Baker, pour qui la Mongolie disposait certes de deux voisins, mais pourrait faire des États-Unis un troisième. Depuis, cette politique a consisté à élargir l’espace diplomatique mongol par des relations avec des partenaires extra-régionaux : Washington, mais aussi Tokyo, Séoul, New Delhi, Istanbul ou encore l’Union européenne.

Ce qui change en 2026 tient moins à l’objectif qu’aux instruments mobilisés. La politique du « troisième voisin » reposait d’abord sur un équilibre entre partenaires diplomatiques et sécuritaires. Elle s’étend désormais à des formes d’interdépendance plus fonctionnelles : financement climatique, minerais critiques, infrastructures numériques.

Cette approche présente un avantage : elle est moins susceptible d’être perçue par Moscou ou Pékin comme une tentative de rééquilibrage stratégique frontal. Un exercice militaire conjoint avec les États-Unis peut susciter de la méfiance ; un forum sur la restauration des sols beaucoup moins, tout en permettant à la Mongolie de diversifier ses partenaires, ses financements et ses réseaux internationaux à moindre coût politique. On peut voir dans cette méthode une forme de _green hedging_, c’est-à-dire une manière d’utiliser la coopération environnementale pour diversifier les dépendances sans remettre frontalement en cause les relations avec les deux voisins.

Pékin, partenaire incontournable mais non exclusif

La relation avec la Chine a occupé une place particulièrement visible durant la conférence. La Chine avait apporté un soutien matériel à l’organisation de la COP17 et les médias chinois ont présenté l’espace consacré à son expérience en matière de restauration des terres comme le « China Corner » de l’événement. Sur le plan diplomatique, la visite du ministre chinois des affaires étrangères Wang Yi à Oulan-Bator, du 13 au 15 juin, a réaffirmé le partenariat stratégique sino-mongol quelques semaines avant une conférence dont la Mongolie entendait aussi faire une démonstration de sa capacité d’initiative diplomatique.

La rencontre entre Khürelsükh et Xi Jinping à Bichkek a confirmé cette centralité de la relation. Parmi les sujets évoqués figurait la sécurité des approvisionnements énergétiques. La Chine joue encore un rôle secondaire dans les importations de carburants de la Mongolie (environ 95 % proviennent traditionnellement de Russie), mais Oulan-Bator cherche depuis 2026 à accroître ses achats auprès de CNPC afin de diversifier ses sources d’approvisionnement. Cette ouverture vers la Chine souligne moins une nouvelle dépendance qu’une tentative de réduire la vulnérabilité liée au quasi-monopole russe.

Le second axe structurant de cette relation est énergétique. Le projet Power of Siberia 2, destiné à acheminer jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz sibérien vers la Chine via le territoire mongol, illustre la difficulté à distinguer l’annonce politique de l’engagement effectif. Relancé politiquement par la signature d’un mémorandum russo-chinois en septembre 2025, le projet reste bloqué sur la question du prix : Pékin chercherait, selon le Wall Street Journal, à obtenir un tarif proche du prix intérieur russe, autour de 50 dollars pour mille mètres cubes, très inférieur au seuil de rentabilité estimé à 125 dollars par Sergey Vakulenko, du Carnegie Russia Eurasia Center, et bien en deçà des quelque 258 dollars pour mille mètres cubes estimés pour les livraisons russes actuelles à la Chine.

Les recettes de transit liées au passage par son territoire de Power of Siberia 2, souvent évoquées pour la Mongolie, parfois estimées à près de 1 milliard de dollars par an, doivent donc être considérées avec prudence : elles relèvent à ce stade de projections plus que d’engagements contractuels.

Le projet soulève aussi une question de sécurité nationale. Son tracé ajouterait un nouvel axe stratégique nord-sud à un territoire déjà traversé par une liaison ferroviaire dont la propriété reste partagée avec la Russie, tandis que le choix même du corridor gazier a donné lieu à des désaccords sur son itinéraire. Pour la Mongolie, le risque est qu’une infrastructure contrôlée dans sa logique économique par ses deux voisins crée, en cas de crise, une forme de double vulnérabilité territoriale et logistique, voire une coupure de fait du pays selon les points de passage retenus.

Le projet mérite néanmoins d’être pris au sérieux dans ses implications de long terme : s’il se réalise, il ferait pour la première fois de la Mongolie le support d’une infrastructure dont ses deux voisins auraient eux-mêmes besoin, un renversement partiel d’une logique de dépendance vers une logique d’interdépendance.

France, Japon, Corée : diversifier sans rompre

Dans cette recomposition des partenariats extérieurs, la France occupe une place modeste mais réelle. Engie exploite depuis 2018, dans le désert de Gobi, un parc éolien de 55 mégawatts, l’un des rares investissements occidentaux durables dans la production électrique mongole. Plus récemment, le groupe Orano a obtenu, après une première signature à l’Élysée en 2023, un accord d’investissement de 1,6 milliard de dollars pour exploiter le gisement d’uranium de Zuuvch-Ovoo, l’un des plus importants gisements non exploités au monde, dont le chantier a démarré en juin 2026.

Le Japon et la Corée du Sud illustrent une autre dimension du « troisième voisin », fondée sur la technologie et la coopération climatique plutôt que sur les grands projets d’infrastructure. Tokyo et Oulan-Bator ont réalisé en juillet 2026 le premier transfert international de crédits carbone mongols dans le cadre de l’article 6 de l’Accord de Paris. Séoul, de son côté, poursuit depuis 2006 un programme de reboisement dans le nord du pays. À ces coopérations s’ajoute la question des minerais critiques : la Mongolie dispose de réserves considérables de cuivre, de terres rares et de lithium, un secteur qui représente à lui seul près de 90 % de ses exportations.

Le mouvement concerne aussi l’Asie centrale. En avril 2026, Khürelsükh s’est rendu au Kazakhstan pour le Sommet régional environnemental, où les deux pays ont rapproché leurs programmes respectifs de plantation d’arbres et renforcé leur coopération sur les pâturages et la lutte contre la désertification. Ce rapprochement apparaît aussi dans l’Ulaanbaatar Dialogue on Northeast Asian Security, initiative diplomatique annuelle lancée par la Mongolie en 2013 et tenue régulièrement depuis 2014 « pour promouvoir la paix, la confiance mutuelle et la coopération régionale » et rassemblant des participants d’une trentaine de pays, incluant des acteurs clés de la région et des observateurs internationaux.

Après une session 2025 spécifiquement consacrée aux relations entre Asie du Nord-Est et Asie centrale, l’édition de juin 2026 a de nouveau inscrit cette articulation à son programme, avec des discussions sur la connectivité entre les deux régions et sur la création d’un « corridor électrique vert ». L’enjeu dépasse donc la coopération environnementale : la Mongolie cherche aussi à se présenter comme un espace de dialogue entre deux ensembles régionaux auxquels elle appartient géographiquement sans être pleinement intégrée à aucun.

Le parallèle avec le Kazakhstan est instructif. Depuis trois décennies, le Kazakhstan cherche à convertir son enclavement en fonction de transit entre Russie, Chine, Europe et Turquie. La Mongolie semble poursuivre, avec ses propres moyens, une ambition similaire : faire de sa position entre Russie, Chine, Asie du Nord-Est et Asie centrale non plus seulement une contrainte géographique, mais une ressource diplomatique.

Un État-charnière ?

Le passage de la clôture de la COP17 à la rencontre entre Khürelsükh et Xi Jinping à Bichkek résume assez bien la politique étrangère mongole contemporaine. Il ne traduit pas un éloignement de la Mongolie vis-à-vis de ses deux grands voisins : l’intégration économique avec la Chine et la Russie pourrait au contraire continuer de s’approfondir, mais la Mongolie cherche, en parallèle, à internationaliser ses vulnérabilités environnementales afin d’élargir le nombre de ses partenaires et d’accéder à davantage de financements et de technologies.

Cette stratégie ne permet pas à la Mongolie d’échapper à la prépondérance sino-russe, un objectif hors de portée compte tenu de sa géographie. Elle peut en revanche élargir le nombre d’acteurs avec lesquels Oulan-Bator négocie. La distinction entre État-tampon et État-charnière prend ici tout son sens.

Un État-tampon existe d’abord par l’espace qu’il maintient entre deux puissances ; un État-charnière, par les circulations et les formats de coopération qu’il parvient à organiser entre plusieurs ensembles. La Mongolie reste encore loin d’avoir achevé ce basculement : son économie dépend massivement du marché chinois, et ses grands projets énergétiques demeurent soumis aux arbitrages de Pékin et de Moscou, mais la COP17 lui a offert une occasion de montrer qu’elle pouvait accueillir un rendez-vous multilatéral majeur, mobiliser ses « troisièmes voisins » et se présenter comme un point de rencontre entre l’Asie du Nord-Est et l’Asie centrale.

Le projet Power of Siberia 2 rappelle néanmoins la limite de cette ambition : la valeur géopolitique du territoire mongol ne dépend pas seulement de la volonté d’Oulan-Bator de devenir un espace de transit, mais aussi du choix de ses voisins de passer par lui. C’est sans doute là que se joue aujourd’hui l’essentiel : transformer une position géographique subie en utilité stratégique suffisamment forte pour que la Mongolie compte davantage dans les décisions qui la concernent.

The Conversation

Arnaud Leveau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.


Texte intégral (2721 mots)

L’ESSENTIEL

  • Au Cameroun, la campagne présidentielle de 2025 s’est jouée en partie dans les églises.

  • La défection d’Issa Tchiroma, ancien fidèle du clan présidentiel, a suscité l’espoir des opposants à Paul Biya. Natif du Nord, région défavorisée du Cameroun, Tchiroma a notamment été affublé du sobriquet de « bon diable », après une homélie très remarquée prononcée par l’évêque de Yagoua.

  • Le camp Biya a convoqué Dieu pour accompagner la campagne du président sortant, 92 ans aujourd’hui, dont la réélection a provoqué des contestations réprimées dans le sang.


Après la mort de l’ancien président du Sénat Marcel Niat Njifenji en avril 2026, un jeune internaute camerounais a été condamné à six mois de prison ferme pour outrage au président. Son crime est d’avoir publié sur Facebook une « prière » formulée en ces termes : « Seigneur, tu te rapproches déjà de la cible, encore un effort, stp. » Chacun y aura lu l’espoir qu’après Njifenji, décédé à 91 ans, viendrait bientôt le tour de l’inamovible président Paul Biya, 92 ans, au pouvoir depuis 1982 et encore une fois réélu, à l’issue d’un scrutin contesté par l’opposition, en octobre 2025.

Quinze mois plus tôt, l’évêque de Yagoua, dans la région de l’Extrême-Nord, avait demandé, depuis sa cathédrale… que le diable prenne le pouvoir. Entre les deux événements, la campagne présidentielle s’est disputée en bonne partie en langue théologique.

Le bon diable

Le 1er janvier 2025, lors de son homélie de Nouvel An à la cathédrale de Yagoua, l’évêque de la ville, monseigneur Barthélemy Yaouda Hourgo, surprend son auditoire :

« On ne va pas souffrir plus que ça encore, le pire ne viendra pas, on a déjà souffert. Même le diable, qu’il prenne d’abord le pouvoir au Cameroun et on verra après. Amen. »

Ces mots circulent largement sur les réseaux sociaux, dans ce pays de quelque 30 millions d’habitants, dont près de 60 % de chrétiens et 35 % de musulmans ; de nombreux internautes y voient une sorte d’évangile de la libération d’un Cameroun que Paul Biya dirige sans discontinuer depuis plus de quatre décennies.

La campagne présidentielle en vue du scrutin d’octobre 2025 s’ouvre quelques mois plus tard avec la démission et la déclaration de candidature d’Issa Tchiroma Bakary, ministre de l’emploi et de la formation professionnelle, originaire du nord du pays, alors âgé de 79 ans. Face à lui, Paul Biya, candidat à un huitième mandat, n’a jamais perdu une élection ; sa dernière campagne véritablement disputée remonte à 1992.

Face aux échecs répétés des oppositions camerounaises, certains avaient fini par croire qu’il n’était plus humain de voir Biya vaincu et que seule la providence pourrait le défaire. La candidature de Tchiroma a alors ouvert un dilemme moral. Ancien défenseur invétéré de Biya, laudateur zélé et grand orateur du temps où il était ministre de la communication, Tchiroma affirmait encore quelques mois plus tôt qu’il soutiendrait Biya jusqu’à la fin de sa vie et ne serait jamais son rival.


À lire aussi : Cameroun : la mise en scène bien ordonnée de la loyauté de la population au président Biya


L’avocat Claude Assira voyait d’ailleurs dans cette candidature une manœuvre destinée à inventer une adversité légitimante pour Biya car, expliquait-il, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». La démission de Tchiroma remplissait donc un vide et générait une attente de figure incarnant la prière de l’évêque. « Issa Tchiroma serait-il le diable de l’évêque de Yagoua ? », s’interrogeait, dans un reportage, un média camerounais. Tchiroma se voyait aussitôt affublé du sobriquet de « bon diable ».

Le bon diable est un transfuge du paradis, ici du pouvoir qu’il avait servi en accusant les opposants d’imbécilité. Dans le même reportage, des Camerounais justifiaient pourtant sa conduite :

« Maintenant on voit Tchiroma comme l’homme de la situation. Et il sort de la maison. (…) Le diable c’est celui qui sort de la maison quand ton mal vient en bas de ton pied. Donc (…) le gouvernement peut vraiment l’appeler le diable et nous-mêmes on peut vraiment l’appeler le diable. Mais il est un diable pour nous, un diable du peuple et non un diable du gouvernement. »

Transfuge, donc, de ce pouvoir que les Camerounais désignent fort opportunément comme « la mangeoire ». Ce qui valait à Tchiroma la sympathie d’une bonne partie de l’électorat n’était pas sa vertu mais sa position assumée d’insider.

Le bon diable, arrêté en avril 1984 à la suite d’un coup d’État manqué, détenu six ans sans jugement, avait le parcours et le charisme nécessaires pour tenir l’épreuve de force. Les partisans de Maurice Kamto, arrivé deuxième en 2018 et écarté du scrutin de 2025, avaient cessé d’attendre de lui une réponse à la mesure de la violence d’État et ont reporté leurs espoirs sur Tchiroma.

Revenons à monseigneur Barthélemy Yaouda Hourgo. Acculé par le pouvoir après son homélie polémique, l’évêque précisait plus tard que sa convocation du diable était une manifestation de ras-le-bol et une dénonciation de la misère de son troupeau du Cameroun septentrional :

« Nos enfants s’arrêtent à Douala et Yaoundé, ils sont des veilleurs de nuit avec la licence en poche. Les motoximan à Douala, Yaoundé et Bafoussam ce sont nos enfants… »

Les jeunes des régions de l’Extrême-Nord et du Nord du Cameroun sont effectivement les plus affectés par les privations sévères et multidimensionnelles (75,1 % pour l’Extrême-Nord et 62,2 % pour le Nord). Ce sont aussi les espaces affichant les taux d’alphabétisation les plus faibles, qui en font un véritable laboratoire de la faillite de l’État et un terreau fertile aux assauts de la secte islamiste Boko Haram.

Dans ce contexte, Tchiroma avait développé un populisme de rupture, prônant la riposte du peuple trahi par un pouvoir « corrompu et clanique » et dont il fallait se débarrasser pour instaurer un processus de transition au bout de cinq ans. Tchiroma n’hésitait pas à mobiliser un discours régionaliste lors de ses meetings dans le nord du Cameroun, tenus en fulfulde pour s’adresser aux masses populaires et aux oubliés d’une zone en guerre contre Boko Haram.

À l’issue du scrutin, les résultats officiels donnent 53,66 % des suffrages à Biya contre 35,19 % à Tchiroma (l’écart le plus faible depuis 1992), devant une pléthore de candidats à moins de 5 %. La période postélectorale débouche vite sur une crise. Tchiroma annonce sa victoire sans attendre le processus final de comptage des voix. Fort d’un décompte parcellaire et des irrégularités relevées, il ouvre ainsi une épreuve de force qui donne lieu à de nombreuses mobilisations dans les grandes villes du Nord, de l’Ouest et autour de Douala : la répression causera 48 morts selon des sources onusiennes.

Tchiroma, d’abord assigné à résidence chez lui à Garoua, s’est enfui fin novembre et s’exprime aujourd’hui par intermittence depuis la Gambie.

De quel côté se tient Dieu ?

Pour répondre au « bon diable », le régime a mobilisé, durant la campagne, une bonne partie du clergé, qui s’est désolidarisée de l’évêque de Yagoua. Quelques jours après la fameuse homélie, Jean Mbarga, l’archevêque de Yaoundé et en quelque sorte supérieur hiérarchique de Mgr Hourgo, a même quitté les assises de la 48e conférence épiscopale de Buea après avoir critiqué les positions de l’évêque et du bas clergé du Nord, qu’il accusait d’« instrumentalisation des homélies ».

Il avait ensuite exprimé sa position lors de la cérémonie de présentation des vœux à Paul Biya le 10 janvier, soulignant que « l’État a toujours offert à l’Église catholique une attention particulière », ce qui avait fait dire à certains journaux qu’il ne dissimulait plus son « alliance choquante avec Paul Biya ».

L’archevêque de Yaoundé ouvrait ainsi une querelle au sein de l’Église : qui est légitime pour dire de quel côté se tient Dieu ? Le 17 mai, une bonne partie du gouvernement était réunie à Yaoundé autour de Jean Mbarga pour une grande messe. Depuis le nord du pays, Cavaye Yegue Djibril, président de l’Assemblée nationale depuis 1992, demandait quant à lui que l’évêque de Yagoua soit dénoncé auprès du Vatican :

« Les catholiques devraient convoquer cet évêque-là, à Rome pour qu’ils nous montrent le diable. […] Personne n’a encore vu le diable. […] Il n’y a que cet évêque qui connait où se trouve le diable ! »

Le jour de sa prestation de serment, le 6 novembre, pendant que des dizaines de jeunes Camerounais sont envoyés en prison ou torturés dans les commissariats de Douala et des villes du Nord, Paul Biya convoque Dieu « tout-puissant pour bénir [son] règne » et promet de respecter l’engagement « de [se] consacrer entièrement à la mission sacrée que Dieu Tout-Puissant et le Peuple camerounais souverain ont bien voulu [lui] confier : celle d’œuvrer, sans relâche, à l’avènement d’un Cameroun uni, stable et prospère. »

Mais la référence à Dieu ne suffisait pas ; il fallait aussi faire venir à Yaoundé son premier représentant terrestre pour arbitrer, finalement, sur la position de Dieu.

Le pape et la prière

Dès février 2026, les Camerounais apprenaient que le pape Léon XIV préparait une visite apostolique au Cameroun du 15 au 18 avril. « Biya a convoqué le patron de l’évêque de Yagoua », « le pape vient exorciser l’évêque du diable », pouvait-on lire sous les publications de l’activiste Boris Bertolt.

Certains y voyaient une visite visant à « polir l’image du chef de l’État, réélu en octobre à l’issue d’un scrutin contesté, émaillé de manifestations réprimées dans le sang ».

Le voyage du souverain pontife n’a pas esquivé les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en guerre depuis la tentative de sécession de 2017. Le 16 avril, Léon XIV s’est rendu à Bamenda, la capitale du Nord-Ouest, pour prêcher la paix. La veille, à Yaoundé, il avait invité les autorités à « oser faire un examen de conscience […] à briser les chaînes de la corruption ». Cette homélie fut considérée par de nombreux internautes camerounais comme un exorcisme contre « ceux qui oppressent le Cameroun », « ceux qui pillent depuis cinquante ans », bref, contre ceux-là mêmes qui avaient invité le pape au Cameroun pour bénir le pays du bon diable. Le pape avait-il alors choisi son camp ?

Quelques jours seulement avant la venue de Léon XIV, l’ancien président du Sénat Marcel Niat Njifenji – nous l’avons évoqué en introduction – mourait à 91 ans. Il venait de quitter le poste qu’il avait occupé depuis 2013. Un mois plus tard, Cavaye Yegue Djibril, qui exigeait peu avant qu’on lui montre le diable, mourait à son tour à 86 ans, moins de deux mois après avoir cédé le perchoir de l’Assemblée nationale où il avait siégé sans interruption depuis 1992. Deux hommes que l’opinion croyait inamovibles mais que le régime venait d’écarter, au moment même où une révision constitutionnelle supprimait la fonction successorale du président du Sénat et créait une vice-présidence.

Sous les publications Facebook annonçant les décès, de nombreux internautes les ont reliés à la puissance de la prière de Yagoua et aux déclarations de Léon XIV ; ces disparitions seraient une sorte d’exaucement d’une prière annonciatrice d’un retour de Dieu au Cameroun.

L’évêque qui annonçait que Biya avait épuisé l’échelle du mal n’a pas été interpellé pour sa prière ; on ne saurait en dire autant pour tout le monde. La victime la plus connue est Patrick Mengue, évoqué en introduction. En jugeant la « prière » de Mengue, le même pouvoir a fini par lui reconnaître la capacité d’abréger un règne.

The Conversation

Brice Molo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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