17.06.2026 à 06:01
Jérusalem-Est : Israël accélère les démolitions de logements et les expulsions
(Beyrouth) – Les autorités israéliennes accélèrent les démolitions de logements et les expulsions forcées des habitants palestiniens du district de Silwan, situé à Jérusalem-Est en Cisjordanie occupée, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La déportation ou le transfert forcé de la population d’un territoire occupé, à l’intérieur ou à l’extérieur de ce territoire, constitue une violation du droit international humanitaire et un crime de guerre, sauf s’il s’agit d’une mesure temporaire prise pour protéger cette population ou pour des raisons militaires impératives.
Le district de Silwan se situe au sud de la Vieille Ville de Jérusalem. Parmi ses douze quartiers, al-Bustan et Batn al-Hawa sont depuis des décennies les principales cibles des campagnes d’expulsion et de démolition menées par les autorités israéliennes et des organisations de colons telles qu’Ateret Cohanim. Ces campagnes se sont intensifiées sous le couvert des hostilités à Gaza et, cette année, en Iran. Sur les 587 Palestiniens déplacés à la suite de démolitions depuis le 7 octobre 2023, un quart l’ont été pendant la guerre entre Israël et l’Iran en mars-avril 2026, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Plus de 2 000 personnes risquent d’être déplacées de force à Silwan, ce qui, si rien n’est fait pour y mettre un terme, constituera l’une des plus importantes vagues d’expulsions à Jérusalem-Est depuis 1967, selon Ir Amim, une organisation israélienne qui suit de près les politiques gouvernementales à Jérusalem.
« Les autorités israéliennes intensifient leur politique illégale de longue date visant à évincer les habitants palestiniens des quartiers autour de la Vieille ville de Jérusalem, afin de les remplacer par des colons israéliens », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Ces efforts israéliens visant à modifier la démographie de Jérusalem constituent des crimes de guerre, facilités par l’impunité approuvée par les proches alliés d’Israël. »
Des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus à Silwan en avril 2026 et ont mené des entretiens avec trois habitants ayant reçu des ordonnances d’expulsion et/ou de démolition, ainsi que deux avocats représentant des clients à Silwan ; ils ont également examiné les documents juridiques pertinents. Human Rights Watch a tenté de joindre Ateret Cohanim par téléphone, mais n’a pas reçu de réponse.
La vague de déplacements à Batn al-Hawa résulte d’une série de procédures d’expulsion engagées par Ateret Cohanim, sur la base de lois discriminatoires permettant aux habitants juifs de récupérer des biens immobiliers situés à Jérusalem-Est perdus lors de la guerre de 1948, tout en interdisant aux Palestiniens de récupérer les biens qu’ils ont également perdus en 1948. Dans le quartier d’al-Bustan, 115 logements où vivent 1 500 personnes, sont menacés de démolition en raison du projet de la municipalité visant à créer un parc archéologique.
Zuheir al-Rajabi, le directeur du centre communautaire de Batn al-Hawa, a déclaré qu’Ateret Cohanim avait engagé une première procédure d’expulsion en 2015. « Au début, nous nous sommes dit : Que peuvent-ils bien faire ? C’est notre terre, ce sont nos maisons, nous n’avons rien à craindre », a-t-il expliqué à Human Rights Watch.
Pendant une décennie, Zuheir al-Rajabi s’est opposé à cette expulsion devant les tribunaux israéliens. « Mais après le 7 octobre, tout est devenu possible [pour les colons] », a-t-il observé. « Les juges ont commencé à rendre des ordonnances d’expulsion sans donner aux victimes la possibilité de se défendre ou d’être entendues. Auparavant, il fallait compter entre trois et cinq ans pour passer par toutes les instances judiciaires et les procédures d’appel. Depuis le 7 octobre, l’ensemble de la procédure ne prend plus que 45 jours. »
Un avocat local a déclaré : « Parfois, la décision est rendue en un jour ouvré. »
Depuis le 7 octobre, les poursuites judiciaires engagées par Ateret Cohanim ont abouti à l’expulsion de 30 familles, soit 139 personnes au total, et des procédures d’exécution sont en cours pour des centaines d’autres, selon Peace Now, une organisation israélienne. Au cours des huit années précédentes, seules 36 personnes avaient été expulsées.
Zuheir al-Rajabi a déclaré que des colons israéliens s’étaient installés dans les maisons de ses anciens voisins : « Aujourd’hui, nous avons l’impression d’être au bout du rouleau. [...] Au cours des 50 dernières années, nous avons tous vécu ensemble à Silwan, mes frères et moi, et nos enfants ont grandi ensemble. Nous nous sommes battus avec acharnement pour rester unis, et finalement, après 50 ans, ils ont réussi à nous séparer. »
En avril 2024, Harbi al-Rajabi et son fils, Nidal, ont reçu un avis ordonnant leur expulsion hors de leur immeuble de Batn al-Hawa, où vivaient cinq familles. Après un recours infructueux, l’Autorité chargée de l’exécution et du recouvrement leur a délivré un avis d’expulsion définitif le 20 mars 2026, alors qu’ils célébraient l’Aïd al-Fitr sous la menace de tirs de missiles balistiques en provenance d’Iran.
Nidal al-Rajabi a raconté que le policier qui leur avait remis l’ordre leur avait demandé de retirer leurs meubles et leurs effets personnels de leur logement, mais que, lorsqu’ils avaient tenté de le faire le lendemain, la police leur avait interdit l’accès. Nidal a précisé qu’ils avaient demandé l’autorisation de récupérer leurs objets de valeur, notamment de l’or, des bijoux et de l’argent liquide, mais que leur demande avait été rejetée. « Nous n’avons jamais récupéré ni l’or ni l’argent », a-t-il ajouté.
La famille s’est installée dans des logements dont elle est propriétaire à al-Bustan, un quartier avoisinant, mais risque à nouveau d’être déplacée.
Fakhri Abu Diab, un activiste local, a déclaré au magazine +972 en 2026 que plus de 50 habitations à al-Bustan – soit environ la moitié dans cette communauté – avaient été démolies depuis le 7 octobre 2023. Selon l’OCHA, 15 de ces habitations ont été démolies rien qu’entre mars et avril 2026, provoquant le déplacement forcé de 145 résidents, dont 52 enfants.
La municipalité de Jérusalem délivre des ordres de démolition au motif que ces maisons, construites sans permis, sont illégales. Or, il est presque impossible pour les Palestiniens d’obtenir des permis de construire à Jérusalem-Est et dans les 60 % de la Cisjordanie placés sous le contrôle exclusif d’Israël (zone C).
« Ils ne vous accordent pas de permis de construire », a déclaré Harbi Al-Rajabi. « Nous avons déposé de nombreuses demandes, nous avons même engagé un avocat et un architecte, mais ils ont refusé de nous accorder un permis. »
La municipalité de Jérusalem a émis des ordres de démolition pour les trois maisons de la famille à al-Bustan, leur laissant deux options : payer des milliers de dollars pour que la municipalité démolisse leur maison ou le faire eux-mêmes. Nidal al-Rajabi était en train de démolir l’une de ses propriétés lorsque Human Rights Watch s’est rendu sur place.
« Notre vie, notre présence, n’a aucune importance à leurs yeux », a-t-il déclaré. « Ils nous considèrent comme un obstacle à la réalisation de leurs objectifs. »
Dans un message publié sur X le 5 février, le Bureau de l’Union européenne dans les territoires palestiniens occupés a appelé Israël à « mettre immédiatement fin » aux expulsions forcées, aux démolitions et aux appropriations par des colons de logements palestiniens à Batn al-Hawa et al-Bustan. Malgré ces condamnations, l’UE n’a toujours pas pris les mesures qui sont en son pouvoir pour mettre un terme à ces violations.
En vertu de la Quatrième Convention de Genève, les transferts forcés de résidents des territoires occupés sont interdits. La seule exception concerne l’évacuation temporaire d’une zone si cela s’avère nécessaire pour la sécurité de la population ou pour des raisons militaires impératives.
Dans un avis consultatif rendu en juillet 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a estimé que les politiques et pratiques israéliennes, notamment les expulsions forcées et les démolitions massives de maisons à Jérusalem-Est, bafouaient l’interdiction du transfert forcé d’une population protégée en vertu de l’article 49 de Quatrième Convention de Genève. La Cour a confirmé qu’un transfert est « forcé » non seulement lorsqu’il est réalisé par la force physique, mais également lorsque les personnes n’ont d’autre choix que de partir. La CIJ a en outre estimé que la pratique israélienne consistant à démolir des biens immobiliers en l’absence de permis de construire constituait une discrimination interdite. En vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, le fait pour une puissance occupante de déporter ou de transférer tout ou partie de la population à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire occupé constitue un crime de guerre.
Human Rights Watch a précédemment constaté que les autorités israéliennes ont intentionnellement provoqué le déplacement forcé massif, délibéré et à long terme ainsi que le nettoyage ethnique de civils palestiniens à Gaza ainsi qu’en Cisjordanie, ce qui constitue des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Dans les deux cas, de hauts responsables israéliens ont déclaré leur intention d’expulser les Palestiniens et de les empêcher de revenir dans certaines parties de Gaza et de la Cisjordanie.
La poursuite et l’accélération des violations commises à l’encontre des Palestiniens à Jérusalem-Est sont une conséquence directe du mépris d’Israël pour le droit international et de l’impunité dont bénéficient les auteurs de ces violations, a déclaré Human Rights Watch. Les autres pays devraient imposer des sanctions ciblées à l’encontre des personnes et des organisations responsables, garantir que les auteurs de crimes de guerre répondent de leurs actes, interdire le commerce avec les colonies israéliennes, et suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël.
« Les familles de Silwan, comme d’innombrables autres familles à travers le Territoire palestinien occupé, sont confrontées à une campagne orchestrée, illégale et soutenue par l’État israélien visant à les chasser des maisons où elles vivent depuis des générations », a conclu Sarah Sanbar. « Les autres pays devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour y mettre un terme. »
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