06.03.2026 à 12:20
Romain Marleix : « La dissuasion nucléaire doit rester française »

« Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces (…), avec la mise en place progressive de ce que j’appellerai une dissuasion avancée ». Ces mots du président de la République Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire, ce lundi 2 mars 2026, sont assez impénétrables pour nombre de citoyens. Pour QG, Romain Marleix, collaborateur LR au Sénat, et frère de l’ancien député Olivier Marleix, analyse la politique nucléaire d’un Macron en fin de mandat comme un nouvel abandon de souveraineté, avec l’installation de forces stratégiques dans plusieurs pays européens, au risque de mutualiser l’usage de l’arme nucléaire. D’où la proposition de loi constitutionnelle que portait de son vivant Olivier Marleix, afin de combler un vide sur la dissuasion nucléaire, laissant un pouvoir exclusif au chef de l’État sans consultation parlementaire. Interview par Jonathan Baudoin

Quel regard portez-vous sur le discours du président Macron au sujet de la dissuasion nucléaire, faisant signe vers une « dissuasion avancée » incluant des partenaires européens ?
Romain Marleix : Emmanuel Macron mobilise des trésors d’ingéniosité pour dissoudre notre souveraineté en matière de dissuasion nucléaire sans s’attirer les foudres de l’opinion publique française, qui demeure très majoritairement attachée à notre indépendance. Aujourd’hui, Emmanuel Macron a donc décidé de camoufler sa volonté d’abandon d’une partie de notre souveraineté en la matière par plusieurs écrans de fumée : renforcement des moyens d’épaulement, défense aérienne élargie, augmentation du stock de têtes nucléaires, autant de mesures qui méritent par ailleurs d’être discutées. Le cœur du problème est cette nouvelle « dissuasion nucléaire avancée », à travers laquelle Emmanuel Macron annonce la création d’un dialogue stratégique avec huit pays européens qui « ont accepté » de participer à cette dissuasion. Ces pays pourront notamment accueillir les avions des Forces aériennes stratégiques de l’armée de l’air française, équipés de missiles nucléaires. Dernier point, le plus inquiétant, que nous avions envisagé avec Olivier Marleix il y un an, la création d’une structure ad hoc supranationale avec les Allemands qui sera, nous précise le communiqué de l’Élysée : « un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau qui servira de cadre bilatéral pour le dialogue doctrinal ».
Dans quelle mesure ce partage marquerait un recul en matière de souveraineté française selon vous?
C’est un recul évident puisque la présence de forces aériennes stratégiques nous place en situation de responsabilité par rapport à la sécurité de ces mêmes pays. Cette présence pose des questions fondamentales. Sommes-nous solidaires de ces pays en cas d’attaque sur leur territoire ? Quid de leurs interventions extérieures ? Serons-nous solidaires de leur politique extérieure ? Surtout, ces pays vont-ils financer cette présence ? L’adage « qui paye décide » est à ce titre suffisamment éloquent. Quid du contrôle qu’exerceront les pays hôtes sur les vecteurs nucléaires français ? On a vu que les Américains eux-mêmes ont été malmenés sur cette question par les Turcs. En réalité, en multipliant les annonces et les concepts nouveaux, forcément non stabilisés, le président de la République propose à la nation de faire un saut dans l’inconnu avec lui.
Quel est le point clé que vous estimez le plus important à signaler aux citoyens ?
Les citoyens, et ce n’est pas chose facile, doivent être attentifs aux détails. Les observateurs vont se montrer rassurants et nous expliquer que le président de la République n’a eu de cesse de nous rappeler qu’il n’y aura pas de partage de la décision sur l’utilisation de l’arme atomique. En réalité, le président de la République sait très bien ce qu’il fait et cela s’appelle la stratégie des petits pas. Il a simplement posé les jalons d’une structure supranationale dont on nous dira qu’elle n’a pas d’avis contraignant pour la France. Puis dans quelques mois, cette officine aura un avis contraignant dans l’élaboration de notre doctrine de dissuasion. Dans quelques années, on nous dira que ce groupe peut être consulté en cas d’utilisation de l’arme atomique et ainsi de suite. Emmanuel Macron utilise donc des techniques bien connues de la science administrative. Les Français doivent donc être vigilants sur ces annonces, en apparence anodines, mais qui mises bout à bout, nous conduisent à une dilution bien réelle de souveraineté.
Considérez-vous par ailleurs que l’idée d’un partage de la dissuasion nucléaire sort du cadre constitutionnel français ? Aviez-vous travaillé sur le sujet avec votre frère avant son décès?
La Constitution a toujours été silencieuse s’agissant de la dissuasion nucléaire, comme nos lois organiques, le code de la défense et mêmes les lois de programmation militaire. En réalité, l’élaboration de notre doctrine de dissuasion et la décision d’employer la force nucléaire relèvent de la compétence exclusive du Chef de l’État, et le Parlement n’a jamais souhaité interférer dans ces prérogatives. Cette volonté du chef de l’État est ensuite, traditionnellement, inscrite dans les revues nationales stratégiques. La difficulté que nous avons aujourd’hui est que les anciens chefs de l’État n’ont jamais cultivé l’ambiguïté comme le fait aujourd’hui le Président de la République lui-même. Encore une fois, s’il ne partage pas la décision sur l’usage de la bombe atomique, il fait tout pour en mutualiser l’usage et les bénéfices aujourd’hui, ce qui nous conduit inexorablement à une perte de souveraineté demain. La proposition de loi constitutionnelle d’Olivier Marleix voulait précisément empêcher le Président de la république d’abandonner progressivement cette souveraineté sur l’hôtel de la construction européenne.
Que préconisez-vous par rapport à ce que défend l’Élysée?
La dissuasion nucléaire doit rester française et il nous faut nous préserver de toutes les influences ou ingérences étrangères, y compris de pays membres de l’Union Européenne. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans une période de recomposition stratégique et personne ne peut dire avec qui nous serons amis et ennemis dans 10 ans. Sur ce sujet, comme le voulait le général de Gaulle, il faut de la mesure et de la souplesse.
Propos recueillis par Jonathan Baudoin
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