
24.02.2026 à 06:00
Le 24 février 2022, la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine. Cette guerre – caractérisée par une série incessante de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité apparents – a fait des dizaines de milliers de victimes civiles et déclenché la plus grande crise de personnes déplacées depuis la Seconde Guerre mondiale.
Tout au long de la guerre, les forces russes ont démontré à répétition leur mépris pour le droit international humanitaire et la vie des civils. Ciblant de nombreuses villes – dont Kiev, Kharkiv, Izioum, Marioupol, Tchernihiv et Kherson – elles ont frappé des hôpitaux, des écoles et des immeubles résidentiels, dévastant des quartiers entiers, souvent lors d'attaques indiscriminées utilisant des armes explosives dans des zones peuplées.
Dans les zones tombées sous occupation russe, notamment à Boutcha, Izioum et Kherson, les forces russes ont procédé à des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des violences sexuelles et des actes de torture. Des civils ont été détenus dans des caves et des lieux de détention improvisés, battus, soumis à des décharges électriques et à des simulacres d'exécution. Les prisonniers de guerre ukrainiens et les détenus civils qui se trouvent toujours sous la garde des forces russes risquent quotidiennement d’être victimes de violences physiques et psychologiques. Des milliers d'enfants ukrainiens ont été déportés ou transférés de force vers la Russie, ou vers des zones occupées par la Russie.
Les autorités russes continuent de commettre des abus systématiques dans les territoires occupés, y imposant des lois russes, saisissant illégalement des biens et contraignant les Ukrainiens à adopter la citoyenneté russe et à effectuer leur service militaire sous commandement russe. Les autorités d'occupation ont imposé la langue russe et le programme scolaire russe dans les écoles dans le cadre d'une campagne systématique visant à supprimer l'identité, la langue et la culture ukrainiennes.
Depuis 2022, les forces russes ont également pris pour cible à plusieurs reprises le réseau énergétique ukrainien, une infrastructure indispensable à la survie des civils. La dernière vague de frappes a privé plus d'un million d'Ukrainiens de chauffage, d'eau et d'électricité pendant les mois d'hiver. Alors que les négociations de paix menées par les États-Unis se poursuivent, des Ukrainiens observent après chaque nuit brutale, sur le ton de l’humour noir, que ces missiles sont les véritables « offrandes de paix » du Kremlin.
Quatre ans après le début de la guerre, l'ampleur des atrocités documentées exige que tous les acteurs de la chaîne de commandement russe, allant des commandants sur le terrain jusqu'aux plus hauts dirigeants politiques et militaires, soient concrètement tenus responsables des abus. Les mandats d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) à l'encontre de hauts responsables russes constituent une étape importante vers la réparation des préjudices subis par les victimes. Les alliés de l'Ukraine, notamment l'Union européenne et ses États membres, devraient soutenir pleinement la quête de justice pour tous les crimes graves par le biais d'enquêtes a l’échelle nationale et de la CPI ; ils devraient agir pour faire exécuter les mandats d'arrêt, et encourager l'extension des poursuites en vertu du principe de compétence universelle. Ils devraient aussi soutenir les groupes de la société civile ukrainienne, forts et résilients, qui documentent les violations et aident les survivants.
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20.02.2026 à 23:20
En Haïti, des groupes criminels impliqués dans la traite d’enfants alors que l’État s’effondre
Un nouveau rapport des Nations Unies détaille comment des groupes criminels en Haïti exploitent l'absence quasi totale de l'État, ainsi que la famine et la violence généralisées, pour recruter des enfants qui sont ensuite victimes d'abus. Ces groupes criminels se livrent à la traite d'enfants en utilisant des menaces et des incitations matérielles pour les contraindre à participer à des activités criminelles, à les soumettre à des abus sexuels et à de l'esclavage sexuel.
Au moins 26 groupes criminels opèrent dans et autour de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où environ 500 000 enfants vivent dans des zones sous leur contrôle. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, l'UNICEF, a récemment déclaré que le recrutement d'enfants avait triplé en 2025, les enfants représentant entre 30 et 50 % des membres des groupes criminels.
Selon le nouveau rapport publié par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme et le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), ces groupes utilisent les enfants dans des rôles souvent dangereux qui contribuent à renforcer leur pouvoir et leurs profits. Les garçons sont déployés comme guetteurs pour suivre les mouvements de la police, contraints à transporter des armes et des munitions, de collecter des paiements extorqués et de participer à des enlèvements et à des combats. Certains sont soumis à des rites d'initiation violents, selon le rapport, et sont battus ou forcés à participer à des meurtres et à des viols, des actes qui semblent conçus pour « isoler les enfants de leurs familles et de leur communauté ».
Le rapport révèle que des filles âgées d'à peine 12 ans sont victimes d'exploitation sexuelle et d'esclavage sexuel, notamment sous la forme de « relations » forcées avec des membres de groupes criminels. Si elles sont souvent contraintes d'effectuer des tâches domestiques, certaines sont également utilisées pour recueillir des renseignements, participer à des opérations criminelles et, dans certains groupes, manier des armes. Les enfants qui tentent de s'échapper, ainsi que leurs familles, peuvent faire face à de violentes représailles.
Ces conclusions concordent avec les informations recueillies par Human Rights Watch sur les graves abus commis contre des enfants par des groupes criminels, et sur l'échec des autorités haïtiennes à prioriser la protection et la réadaptation des enfants. Les programmes de protection sociale ne couvrent qu'un petit nombre de ménages vulnérables. Les écoles, qui devraient être des lieux sûrs, restent fermées dans de nombreuses zones contrôlées par des groupes criminels.
Les autorités haïtiennes de transition devraient renforcer les programmes de protection sociale destinés aux familles en situation de vulnérabilité, veiller à ce que les écoles puissent fonctionner comme des espaces sûrs, élargir l'accès aux soins psychosociaux et développer des programmes communautaires de réintégration pour les enfants victimes de graves abus.
Sans une action immédiate pour aider les enfants à quitter les groupes criminels et à se réintégrer dans leurs communautés de façon sécuritaire, les groupes criminels continueront à profiter de leur exploitation. Des réformes soutenues et un soutien international fort pourraient permettre à Haïti à commencer à rétablir la confiance dans les institutions étatiques et à briser le cycle des abus.