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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

04.03.2026 à 00:01

Turquie : Le principal opposant à Erdoğan poursuivi en justice

Human Rights Watch
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Click to expand Image Ekrem İmamoğlu prononçait un discours à Istanbul, en Turquie, suite à son investiture en tant que maire de cette ville le 3 avril 2024, après avoir réélu pour un second mandat de cinq ans lors des élections municipales du 31 mars 2024. © 2024 Yasin Akgul/AFP via Getty Images Le maire d'Istanbul et candidat du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), à l'élection présidentielle, Ekrem İmamoğlu, sera jugé à partir du 9 mars 2026. Il est le principal accusé dans un procès collectif pour corruption visant 407 personnes et basé sur des motifs politiques t qui soulèvent de graves questions quant à l'équité du procès.Ce procès est l'aboutissement d'une campagne de 17 mois menée par les autorités turques contre le principal parti d'opposition. Cette campagne s'est traduite par des enquêtes criminelles, des détentions et d'autres poursuites judiciaires visant Ekrem İmamoğlu, d'autres élus et la direction du parti, révélant une volonté concertée d'écarter Ekrem İmamoğlu de la vie politique et de discréditer son parti, portant ainsi atteinte à la démocratie.Le recours à la détention et aux procédures judiciaires à l'encontre des élus du parti d'opposition compromet la capacité de ce dernier à rivaliser avec le parti au pouvoir lors des prochaines élections et porte atteinte au droit des citoyens d'exprimer librement leur soutien aux candidats de leur choix.

(Istanbul, 3 mars 2026) – Le maire d'Istanbul et candidat à l’élection présidentielle en Turquie, Ekrem İmamoğlu, comparaîtra le 9 mars en tant que principal accusé dans un procès collectif pour corruption qui est basé sur des motifs politiques, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. La plupart des 407 accusés travaillaient pour la municipalité métropolitaine d'Istanbul.

Timeline of Key Actions Since 2024 against Ekrem İmamoğlu and the Republican People’s Party

Ekrem İmamoğlu est détenu depuis un an dans le cadre d'enquêtes et de poursuites visant des élus de son parti, le Parti républicain du peuple (Cumhuriyet Halk Partisi’nin, CHP), principal parti d'opposition en Turquie. Un tribunal a ordonné sa détention le jour même où les membres du parti l'ont désigné comme leur candidat à la présidentielle. Human Rights Watch a publié une chronologie (en anglais) des actions gouvernementales qui corrobore les soupçons de motivation politique dans les poursuites engagées contre İmamoğlu et son parti.

« Le procès du maire Ekrem İmamoğlu fait suite à plus d'un an d'instrumentalisation du système judiciaire contre son parti et d'autres élus du CHP, alors qu'il est incarcéré », a déclaré Benjamin Ward, directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Au vu de l'ensemble de ces affaires, il est difficile d'échapper à la conclusion que les procureurs cherchent à écarter İmamoğlu de la vie politique et à discréditer son parti, ce qui porte atteinte à la démocratie. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec des avocats de la défense, examiné des documents juridiques et des déclarations publiques du parquet d'Istanbul, et vérifié des informations parues dans les médias. Les chercheurs ont également analysé les déclarations présidentielles concernant Ekrem İmamoğlu et d'autres responsables du CHP. La chronologie des événements établie illustre l'ampleur, depuis fin 2024, des enquêtes pour corruption et terrorisme visant les maires et les municipalités du CHP à Istanbul et dans d'autres grandes villes, ainsi que les efforts déployés par voie judiciaire pour discréditer la direction nationale du CHP.

Ekrem İmamoğlu est accusé d'avoir utilisé sa fonction publique de 2014 à 2025 pour établir ce que l'accusation appelle « l'organisation criminelle İmamoğlu à des fins illicites », dans le but de s'enrichir et de permettre « la prise de contrôle du Parti [républicain du peuple] par l'organisation » ainsi que son élection à la présidence de la Turquie. S'il est reconnu coupable de tous les chefs d'accusation, İmamoğlu encourt une peine de prison pouvant aller jusqu'à 1929 ans.

À l'instar de nombreux autres procès à motivation politique en Turquie, l'essentiel des preuves repose sur les déclarations de 15 témoins dont l'identité est tenue secrète – des « témoins secrets » – et de 76 accusés ayant accepté de témoigner en échange d'une éventuelle réduction de peine.

Selon Human Rights Watch, le recours à de telles preuves, ainsi qu’aux déclarations préjudiciables des procureurs et du président turc Erdoğan à l’égard d’Ekrem İmamoğlu et du parti, porte atteinte au droit d’İmamoğlu à un procès équitable. L'incarcération de l'avocat de la défense d'Ekrem İmamoğlu en tant que coaccusé, le nombre important de personnes mises en cause et la complexité de la procédure soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à l’équité du procès.

Lors des élections locales de mars 2024, le CHP a obtenu 37,8 % des voix au niveau national, devançant le Parti de la justice et du développement (Adalet ve Kalkınma Partisi’ni, AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan, qui a recueilli 35,5 % des suffrages et a perdu sa première place pour la première fois en 22 ans.

Les enquêtes visant le CHP ont débuté à Istanbul après la nomination, en octobre 2024, du vice-ministre de la Justice, Akın Gürlek, au poste de procureur général d'Istanbul. Le 10 février 2026, une fois les enquêtes sur İmamoğlu terminées, Gürlek a été nommé ministre de la Justice. Ces nominations successives illustrent l'influence flagrante du gouvernement sur les nominations et les décisions au sein des instances judiciaires et du parquet en Turquie, selon Human Rights Watch.

L’enquête du parquet d’Istanbul a coïncidé avec l’ascension politique du maire. Le 22 février 2025, au lendemain de l’annonce de la candidature d’İmamoğlu à la présidence et du dépôt officiel de sa candidature auprès du CHP, le parquet d’Istanbul a ouvert une enquête à la suite d’une allégation de falsification de son diplôme universitaire – condition requise pour se présenter à la présidence.

Le 18 mars 2025, quatre jours avant la date prévue pour son investiture par les membres du parti, l'université d'Istanbul lui a retiré son diplôme. Le 19 mars, le parquet d'Istanbul a ordonné son arrestation dans le cadre d'une enquête pour crime organisé, corruption et liens présumés avec le terrorisme. Le 23 mars, jour où son parti devait confirmer sa candidature à la présidence, un tribunal a ordonné sa détention provisoire pour suspicion de crime organisé et de corruption.

En octobre, le parquet d'Istanbul a ouvert une troisième enquête pour espionnage contre İmamoğlu, l'accusant d'avoir divulgué des données électorales à des pays étrangers. Un tribunal a également ordonné sa détention dans le cadre de cette enquête distincte. Le 4 février 2026, il a été inculpé d'espionnage, avec trois autres personnes, et encourt une peine de 15 à 20 ans de prison s'il est reconnu coupable.

Outre les poursuites engagées contre İmamoğlu, les procédures judiciaires contestant la validité des élections à la direction du CHP lors des congrès du parti, ainsi que la détention et la destitution de maires du CHP dans d'autres districts d'Istanbul et dans des villes importantes comme Adana et Antalya, compromettent la capacité du CHP à fonctionner efficacement comme parti d'opposition et à rivaliser avec la coalition au pouvoir, composée du Parti de la justice et du développement (Adalet ve Kalkınma Partisi’ni, AKP) et du Parti d'action nationaliste (Milliyetçi Hareket Partisi, MHP), lors des futures élections présidentielles, législatives et locales.

Cet impact laisse fortement penser que la détention d'İmamoğlu et d'autres maires élus, ainsi que les poursuites pénales engagées à leur encontre, sont motivées par des raisons illégitimes et violent les garanties prévues à l'article 18 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui interdit aux États d'utiliser les restrictions aux droits à des fins autres que celles pour lesquelles elles ont été prévues. Ces affaires soulèvent également des inquiétudes quant à l'ingérence des autorités turques dans les droits à la participation politique, à la liberté d'expression et à un procès équitable.

Des chaînes d'information télévisées indépendantes, perçues comme proches de l'opposition politique, ont été confrontées à des amendes, des interdictions de diffusion, des enquêtes et des arrestations de journalistes pour leur couverture critique de l'arrestation d'İmamoğlu et de la répression contre l'opposition.

« Les partis d'opposition et les personnalités politiques qui peuvent agir librement sont un élément crucial d'un système démocratique et garantissent aux électeurs un véritable choix lors d'élections libres et équitables », a conclu Benjamin Ward. « Alors que le président déclare la culpabilité de ses rivaux, que les procureurs emprisonnent et cherchent à destituer Ekrem İmamoğlu et d'autres élus, et qu'une avalanche de poursuites vise un seul parti, le processus démocratique en Turquie n'a jamais paru aussi menacé. »

Suite en anglais, comprenant des informations plus détaillées.

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03.03.2026 à 19:49

La dangereuse dérive de l'armée américaine vers des armes capables de tuer de manière autonome

Human Rights Watch
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Click to expand Image Vue aérienne du Pentagone, siège du département de la Défense américain à Washington, photographié le 2 février 2026.  © 2026 Julia Demaree Nikhinson/ via AP Photo

Le 27 février, le département de la Défense des États-Unis a annoncé son rejet des « lignes rouges » éthiques fixées par la société d'intelligence artificielle Anthropic pour l'utilisation de ses outils d’IA à des fins militaires ; cette décision montre clairement que le Pentagone est peu disposé à mettre en place des garde-fous efficaces quant au développement de ses armes. Dans le cadre de son contrat prévu avec le département de la Défense, Anthropic avait refusé d’accorder au Pentagone l’autorisation d’intégrer ses produits dans des armes entièrement autonomes, ou de les utiliser dans des outils de surveillance de masse des citoyens américains.

Les gouvernements réunis cette semaine à Genève, au siège européen des Nations Unies, lors de discussions sur les systèmes d’armes autonomes dans le cadre de la Convention sur les armes classiques (CCAC), devraient exprimer leur opposition à cette décision dangereuse du Pentagone.

Des divergences de points de vue sur la définition de l'« IA responsable » dans le domaine militaire figurent au cœur du différend entre Anthropic et le Pentagone. Anthropic a indiqué avoir fixé une ligne rouge portant sur les systèmes d'armes entièrement autonomes, qui seraient capables de sélectionner et d’attaquer des cibles sans intervention humaine.

Toutefois, un mémorandum publié en janvier par le département de la Défense (appelé « Département de la guerre » par l’administration Trump) au sujet de l'IA militaire a apparemment supprimé une précédente condition exigeant que les opérateurs de systèmes d'armes autonomes puissent exercer « un niveau approprié de jugement humain portant sur l'usage de la force ». Ce mémorandum donne la priorité à l'adoption accélérée de l'IA afin de parvenir à la « domination militaire américaine en matière d'IA », ce qui enfreindrait de telles normes.

Le 27 février, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a ordonné qu'Anthropic soit désignée comme une entreprise constituant un « risque [pour la sécurité nationale] dans la chaîne d'approvisionnement » (« supply-chain risk to national security »). Peu après, Pete Hegseth a signé un contrat avec Open AI, concurrent d'Anthropic ; Open AI a accepté que ses produits soient utilisés à « toute fin légale » (« all lawful purposes »), conformément à une nouvelle exigence du gouvernement américain.

Human Rights Watch a décrit a maintes reprises dans le passé comment les systèmes d'armes autonomes risquent de mettre les civils en grave danger, compte tenu de leur difficulté à faire la distinction entre les civils et les combattants lors de conflits armés, ou à être déployées dans des environnements complexes et dynamiques tels que les manifestations. Parmi d’autres problèmes, ces armes sont incapables de comprendre les indices subtils reflétant des intentions humaines.

En raison du caractère opaque et imprévisible de telles armes, il serait difficile de tenir leurs opérateurs ou fabricants responsables d’actions menées, à titre individuel. De plus, les biais intégrés dans certains algorithmes utilisés par ces systèmes risquent de causer des préjudices disproportionnés aux personnes racisées, aux femmes et aux personnes handicapées, entre autres.

Pour empêcher les États-Unis d'entraîner le monde dans une spirale dangereuse et irréversible, les gouvernements participant à la conférence sur la convention CCAC cette semaine devraient saisir l’occasion de soutenir et de renforcer le projet de traité visant à interdire et à réglementer les systèmes d'armes autonomes.

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03.03.2026 à 00:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image L'activiste laotien Sisay Luangmonda (également connu sous le nom Bao Mor Khaen sur les réseaux sociaux).  © Privé

(Bangkok) – Les autorités laotiennes devraient mener une enquête urgente et impartiale sur la mort suspecte d'un activiste qui avait ouvertement critiqué le gouvernement, et poursuivre en justice les responsables, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Le 20 février, le corps de Sisay Luangmonda, un activiste âgé de 32 ans connu sous le nom Bao Mor Khaen sur les réseaux sociaux , a été retrouvé sur le bord d'une route dans le district de Hadxayfong, près de la capitale Vientiane ; quatre jours auparavant, sa famille avait signalé sa disparition aux autorités locales. La Fondation Manushya, qui surveille les droits humains au Laos, a rapporté que Sisay n'avait pas été revu depuis que des soldats l'avaient arrêté à l'extérieur de Vientiane entre 21 h et 22 h le 14 février, et l'avaient emmené à la prison de Phonthan.

« Les autorités laotiennes devraient mener immédiatement une enquête impartiale sur la mort suspecte de Sisay Luangmonda, un éminent détracteur du gouvernement », a déclaré Elaine Pearson, directrice pour l'Asie à Human Rights Watch. « La mort de Sisay envoie un message effrayant aux personnes qui critiquent le gouvernement laotien, renforçant le climat de peur dans ce pays. »

Sisay avait reçu des menaces de mort liées à ses commentaires sur les réseaux sociaux, critiquant la corruption et la mauvaise gestion du Parti révolutionnaire populaire lao au pouvoir.

Après l'arrestation de Sisay, les autorités laotiennes n'ont fourni aucune information à sa famille sur le lieu où il se trouvait, et n'ont pas répondu aux allégations selon lesquelles il aurait été victime d'une disparition forcée. La famille de Sisay a déclaré que depuis la découverte de son corps, les autorités laotiennes n'avaient pas ouvert d'enquête, ni procédé à un examen médico-légal de sa dépouille.

Le gouvernement réprime les activistes et les dissidents depuis sa prise de pouvoir en 1975, dans le cadre d'un système autoritaire à parti unique. Sombath Somphone, un pionnier du développement communautaire et de l'autonomisation des jeunes, a disparu de force après avoir été placé en garde à vue à Vientiane en décembre 2012. En avril 2023, à Vientiane, un tireur non identifié a grièvement blessé par balle Anousa «Jack» Luangsuphom, un activiste qui avait critiqué le gouvernement sur Internet. Saysomphone Chilikham, membre du groupe Alliance pour la démocratie au Laos, a été victime d'une disparition forcée en février 2024.

Le droit international définit la disparition forcée comme la détention d'une personne par des agents de l'État ou leurs représentants et le refus de reconnaître cette détention ou de révéler le sort ou le lieu où se trouve la personne. Les disparitions sont particulièrement douloureuses pour les familles des victimes. En septembre 2008, le Laos a signé la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, mais ne l'a pas encore ratifiée.

Les activistes qui ont fui les persécutions au Laos pour se réfugier dans les pays voisins restent en danger, selon Human Rights Watch. En mai 2023, un activiste politique laotien en exil, Bounsuan Kitiyano, a été abattu dans la province d'Ubon Ratchathani, dans le nord-est de la Thaïlande. Od Sayavong, un éminent défenseur laotien des droits humains et de la démocratie vivant à Bangkok, est porté disparu depuis août 2019.

Aucune des attaques contre des dissidents et des détracteurs du gouvernement laotien au Laos ou dans les pays voisins n'a été élucidée et personne n'a été traduit en justice.

Lors de l’Examen périodique universel devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies en 2025, le Laos a « accepté » plusieurs recommandations visant à enquêter sur les disparitions forcées, mais s'est contenté de « prendre note » des cinq recommandations relatives à la protection des défenseurs des droits humains. En août 2025, les experts des droits humains de l'ONU ont exhorté le gouvernement laotien à respecter son obligation d'enquêter sur tous les cas d'homicides illégaux.

« Le gouvernement laotien procède depuis longtemps à des arrestations arbitraires, à des disparitions forcées et à des exécutions extrajudiciaires d’opposants », a conclu Elaine Pearson. « Les gouvernements concernés et les organes des Nations Unies chargés des droits humains devraient saisir toutes les occasions qui se présentent pour faire pression sur les autorités laotiennes afin qu'elles mènent des enquêtes approfondies et poursuivent en justice les responsables de graves violations. »

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