Avec plusieurs autres associations, dont À l’Est de Brest-Litovsk, l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre (PLU) lance un appel aux citoyens français et européens. Pierre Raiman, son vice-président, le présente à nos lecteurs.
Donnons un visage et un nom à chaque otage ukrainien détenu dans les geôles russes !
Mobilisons les mairies pour parrainer ces innocents !
Empêchons la Russie de sévir impunément au sein des populations civiles ukrainiennes !
Il faut faire tenir ensemble deux échelles que tout sépare. D’un côté, les nombres : plus de seize mille, peut-être vingt mille civils ukrainiens enlevés, détenus, réduits au silence dans les prisons de Russie. Et de l’autre, les visages : ceux d’un homme ou d’une femme dont la famille, quelque part, prie pour qu’il ou elle respire encore. Entre les deux se tient l’arithmétique d’un crime – car c’en est un, au sens strict du droit : la prise d’otages est qualifiée comme telle par la Convention internationale de 1979, la Quatrième Convention de Genève, le Statut de Rome.
Ces gens n’ont rien commis. On les a pris pour ce qu’ils sont : enseignants refusant les manuels de l’occupant, journalistes coupables d’informer, prêtres, maires élus, parents qui ne voulaient pas qu’on russifie leurs enfants. On ne les enlève pas malgré leur valeur pour la communauté ; on les enlève à cause d’elle. C’est la part vive d’un peuple que l’on retranche : ses passeurs de mémoire, ses animateurs, ses voix, ses témoins. Le siècle ukrainien l’a déjà éprouvé avec la Renaissance des années 1920 fusillée en 1937, la paysannerie anéantie au temps du Holodomor, les dissidents jetés au Goulag. Effacer un peuple commence souvent par effacer ceux qui l’incarnent. Les disparitions d’aujourd’hui ne sont pas un dommage de la guerre : elles en sont le dessein.
Devant cela se dressent trois murs. L’indifférence d’une opinion saturée de malheurs lointains. Le sentiment d’impuissance : que peut un citoyen contre un empire ? Et le silence des chancelleries, qui rangent ces vies au chapitre des « questions humanitaires » à régler plus tard, après l’essentiel, c’est-à-dire jamais. Or c’est exactement ce que veut Moscou : que l’on se lasse de prononcer ces noms. La détention au secret a cette logique, faire qu’une personne cesse d’exister parce qu’on a cessé d’en parler. Se taire, ici, n’est pas neutre : c’est acquiescer au geôlier.
À ceux qui demandent où agir, nous répondons : dans votre ville. Non par défaut, mais par évidence. La ville est le premier cercle où la parole publique a encore un visage, où une délibération engage des voisins que l’on croise, où un nom inscrit au fronton d’une mairie devient un fait obstiné, impossible à congédier, où un visage affiché allume une clarté. C’est là que l’abstraction du chiffre redevient une présence.
Et ce geste est non seulement possible, mais légitime et encadré. Le droit reconnaît aux conseils municipaux la faculté d’émettre des vœux sur les questions qui touchent à l’intérêt local et la défense des droits humains en est une, comme l’ont établi de longue date la tradition des villes-refuges pour écrivains persécutés et les parrainages de journalistes emprisonnés. Parrainer un otage n’est pas un coup d’éclat sans lendemain : c’est une délibération votée, transmise, suivie dans la durée, à laquelle un maire – souvent le plus proche des vies de ses administrés – est rarement sourd. Cent villes, deux cents otages parrainés d’ici la fin de 2026 : l’objectif est tenable parce qu’il est concret, soyons tenace.
Deux noms incarnent cette campagne. Anastasia Hloukhovska, journaliste arrêtée à l’été 2023, disparue dans les geôles russes, son cas, rendu public dans Le Monde, dit toute la répression d’une presse libre. Oleg Chevandine, champion de kung-fu enlevé dans le Donbass dès 2015, détenu depuis plus de dix ans au secret. Deux visages parmi des milliers, peut-être vingt mille, tous d’égale importance. Ils ne sont pas des symboles choisis pour leur éclat mais les premiers d’une foule innombrable qu’on voudrait nous faire oublier.
Qu’on ne se méprenne pas sur la nature de cette campagne : elle est humanitaire avant tout. Elle naît d’une question simple – que peut une ville face à une guerre impérialiste qui prend les civils pour cibles ? Elle peut donner un nom, un visage et une voix à un détenu enfermé dans le silence à deux mille kilomètres de là. Elle peut refuser l’oubli. Cent municipalités parrainant deux cents otages, c’est le commencement d’un bouclier civique européen, un réseau de consciences citoyennes qui veillent.
Et pourtant, oui, c’est aussi un acte politique. Pas pour prendre parti dans une querelle de camps, mais au sens le plus ancien et le plus haut du terme. Politique vient de polis, la cité : tout ce qu’une ville décide ensemble, en son nom, dans et hors ses murs, relève par définition du politique. Refuser que des innocents servent de monnaie d’échange, exiger qu’aucun cessez-le-feu ne se signe sur leur dos, c’est affirmer qu’une communauté humaine a le droit et le devoir de dire le juste. La cité antique tenait ce refus de l’injustice pour le cœur même de la vie civique. Nos villes en sont les héritières.
Alors voici l’appel. Si vous connaissez un élu, parlez-lui demain. Si vous êtes simple citoyen, réunissez quelques voisins, sollicitez votre mairie, faites entrer un nom dans votre commune. Partout, en France, en Belgique francophone, en Suisse romande, la campagne peut s’enraciner. Il suffit d’un premier geste, et il tient en une adresse : appelpourlukraine@gmail.com. Écrivez-nous, depuis votre ville, nous vous accompagnerons tout le long du chemin.
<p>Cet article Otages ukrainiens : ce que peut votre ville a été publié par desk russie.</p>