"Take back control" ("reprendre le contrôle"), tel était le slogan des Brexiters, les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, lors de la campagne électorale pour le référendum britannique sur le Brexit en juin 2016. Une promesse de souveraineté retrouvée, de contrôle des frontières et de prospérité. D'un point de vue économique, la […]
Selon une enquête de l'institut de sondages YouGov, 57 % des Britanniques considèrent que le Brexit était une erreur, dix ans après le référendum - Crédits : melis82 / iStock
"Take back control" ("reprendre le contrôle"), tel était le slogan des Brexiters, les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, lors de la campagne électorale pour le référendum britannique sur le Brexit en juin 2016. Une promesse de souveraineté retrouvée, de contrôle des frontières et de prospérité.
D'un point de vue économique, la sortie de l'UE devait signifier la fin de la contribution britannique au budget européen. Et donc plus d'argent pour le Royaume-Uni et plus de liberté dans sa gestion. Qu'en est-il réellement aujourd'hui, alors que Keir Starmer, comme un clin d'oeil à l'histoire, a annoncé sa démission du poste de Premier ministre, lundi 22 juin ? Le Royaume-Uni a "usé" six Premiers ministres en 10 ans, depuis David Cameron.
Le Brexit, un choc direct à encaisser
Dès la victoire du “Leave” (quitter) le 23 juin 2016, les premières répercussions économiques du Brexit se manifestent. Les marchés financiers, anticipant les effets négatifs de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, réagissent immédiatement. La livre sterling chute de 7 % par rapport à l'euro. L’incertitude liée à l’issue des négociations sur la nouvelle relation qui se dessine entre Londres et Bruxelles provoque aussi une baisse significative de l’investissement outre-Manche.
Dans une note révélée par la presse en 2018, le Trésor britannique évaluait la perte de croissance du Royaume-Uni de 2 à 8 % dans les quinze années suivant la sortie de l'UE. L'année suivante, une étude menée par six économistes des universités de Stanford, de Nottingham, de la London School of Economics et de la Banque d'Angleterre pour le compte du National Bureau of Economic Research (NBER) estimait le recul des investissements causé par l'anticipation du Brexit à 11 %.
Depuis, de nouvelles études sont venues confirmer l'existence d'un réel manque à gagner pour le Royaume-Uni. En novembre 2025, une nouvelle analyse du NBER estimait que le PIB britannique aurait été, en 2025, inférieur de 6 à 8 % à ce qu'il aurait été dans une trajectoire sans Brexit. Les auteurs évaluent également la baisse de l'investissement entre 12 et 18 % et une diminution de 3 à 4 % de l'emploi et de la productivité. Une autre analyse de Bloomberg Economics parue en juin 2026 dresse un constat un peu moins alarmiste. Selon celle-ci, le Brexit aurait coûté à l'économie britannique entre 2 et 4 % du PIB.
Malgré des conclusions chiffrées différentes, ces travaux concluent tous à un effet négatif du Brexit sur l'économie, le PIB, les investissements et la productivité britanniques.
De nouvelles difficultés et une économie encore fragile…
La sortie du Royaume-Uni s'est déroulée en deux temps, avec le retrait de l'UE le 31 janvier 2020, puis du marché unique et de l'union douanière le 31 décembre de la même année. Selon les termes de l'accord de commerce et de coopération, signé par Londres et Bruxelles, les deux parties continuent leurs échanges de biens sans droits de douane ni quotas dans certaines conditions. Mais de nombreuses formalités administratives et contrôles douaniers, inexistants auparavant, font leur apparition. Ce qui complique significativement le commerce.
Dans les années qui suivent la sortie du marché unique, des difficultés d'approvisionnement en fruits et légumes frais, importés depuis le continent, sont constatées dans les supermarchés britanniques. En cause, les difficultés d'acheminement dues aux nouveaux obstacles commerciaux liés au Brexit, mais aussi les conséquences de la pandémie de Covid-19 créant des tensions logistiques sur l'ensemble de la planète. La fin de la libre circulation avec les autres pays européens a également contribué aux tensions de recrutement dans plusieurs métiers comme le transport routier (provoquant des problèmes de distribution d'essence), l'agriculture et la santé, même si elle n'en est pas l'unique cause.
Rapidement, la pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine provoquent un choc économique qui affecte lourdement les économies européennes, dans et hors de l'UE, avec une forte inflation et un ralentissement de la croissance. Dès lors, difficile pour le Royaume-Uni de séparer l'impact de ces phénomènes mondiaux de celui du Brexit. À partir de la mi-2023, le pays enchaîne deux trimestres consécutifs de croissance négative, ce qui le fait entrer en récession technique. Les hausses de taux d'intérêt, les choix budgétaires britanniques et les tensions commerciales mondiales compliquent également l'identification d'un effet propre au Brexit.
Sur l'ensemble de l'année 2023, la croissance n'aura atteint que 0,3 %. Un chiffre plus faible que dans l'Union européenne et la zone euro, à 0,5 % de croissance en 2023. Au niveau national, les "grands" pays d'Europe de l'Ouest font alors tous mieux que le Royaume-Uni : 0,9 % en France et en Italie, 2,5 % en Espagne… à l'exception notable de l'Allemagne, qui fait pire, avec -0,2 % de PIB.
En 2024, l'économie britannique a progressé de 1 %, puis de 1,4 % en 2025. Celle-ci était respectivement de 1,1 % et 1,5 % sur les mêmes périodes dans l'UE.
Les échanges avec l'Union européenne restent au cœur du bilan économique britannique, malgré le Brexit. En 2025, l'UE représentait 41 % des exportations britanniques de biens et de services et 50 % de ses importations, selon une note de la Chambre des communes britannique. Mais en volume, les exportations de biens vers l'UE restaient inférieures de 14 % par rapport à leur niveau de 2019. Les exportations de services ont connu une évolution plus favorable : leurs exportations vers l'UE dépassaient de 28 % leur niveau de 2019.
Autre enseignement : le Brexit aurait nui davantage aux plus petites entreprises. D'après une synthèse rédigée par le Global Trade Policy Observatory, le nombre d'entreprises exportant vers l'UE a reculé entre 2019 et 2024 de 31 % parmi les micro-entreprises, de 22 % parmi les petites entreprises et de 14 % parmi les moyennes, tandis qu'il est resté presque stable pour les plus grandes. Le même document estime que ces nouvelles barrières non tarifaires crées par le Brexit ont conduit à une augmentation de 6 % des prix de l'alimentation entre 2020 et 2021, soit près de 210 livres par foyer, avec un poids proportionnellement plus élevé pour les ménages les plus modestes.
Pour atténuer ces retombées du Brexit, Londres et Bruxelles ont convenu, lors du sommet du 19 mai 2025, de négocier un espace sanitaire et phytosanitaire commun afin de réduire la majorité des certificats et contrôles sur les produits agroalimentaires. Ces négociations sont toujours en cours au 22 juin 2026, à un mois un mois du prochain sommet UE-Royaume-Uni.
Si la fluidité des échanges et la confiance des investisseurs ont donc bien pâti du Brexit, certains chercheurs invitent cependant à la prudence. En d'autres termes, il serait assez juste de considérer que si l'accord conclu avec l'UE n'a pas tenu les promesses d'une transformation économique majeure au Royaume-Uni, il n'a pas non plus provoqué une véritable catastrophe économique comme certains le prédisaient.
Selon les données de l'OCDE, le PIB réel cumulé a progressé de 12,2 % au Royaume-Uni entre 2016 et 2025, contre 13 % en France et 6 % en Allemagne. Cette comparaison descriptive ne permet toutefois pas de savoir ce qu'aurait été la trajectoire du Royaume-Uni s'il était resté dans l'UE. Pour 2026, l'Office for Budget Responsibility prévoit une croissance de 1,1 %, positive, mais modeste et soumise à une forte incertitude.
Plusieurs accords commerciaux aux effets limités
Sorti de l'Union européenne, le Royaume-Uni est désormais libre de mener une politique commerciale autonome et de nouer des accords avec d'autres États du globe. Le 8 mai 2025, le Royaume-Uni et les États-Unis de Donald Trump ont annoncé un accord économique présenté comme "historique". Certaines de ses dispositions sont depuis entrées en vigueur : les véhicules britanniques bénéficient d'une taxe réduite à 10 % au lieu de 27,5 %, dans la limite d'un quota annuel de 100 000 voitures ; un accès réciproque a été ouvert pour le bœuf ; le droit britannique sur l'éthanol américain a été ramené à zéro ; et les produits pharmaceutiques britanniques bénéficient d'un droit nul aux États-Unis depuis avril 2026.
Mais la portée économique de ce compromis reste incertaine. Les exportations britanniques de biens vers les États-Unis, hors métaux précieux, ont chuté de 24,7 % en avril 2025 après l'introduction des droits de douane et sont restées relativement faibles depuis. Une grande partie des produits britanniques demeure par ailleurs soumise aux droits américains de base.
Le Global Trade Policy Observatory recense quatre autres accords commerciaux conclus depuis le Brexit : avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le partenariat transpacifique et l'Inde. Les gains estimés pour Londres s'élèvent à 0,32 % du PIB. Le gouvernement britannique a également conclu un accord avec les pays du Golfe en mai 2026, qui n'est pas pris en compte dans ce calcul. Enfin, d'autres textes signés par Londres seraient simplement des accords reprenant des arrangements négociés lorsqu'il était membre de l'UE. Selon l'étude, ces gains estimés ne compensent donc pas, à eux seuls, les frictions apparues avec le marché européen à cause du Brexit.
L'opinion publique britannique de plus en plus hostile au Brexit
Si l'impact réel du Brexit sur l'économie britannique est difficile à évaluer, les Britanniques sont quant à eux majoritairement critiques à l'égard de la décision de quitter l'UE. Le 23 juin 2016, ils étaient déjà 48,11 % à vouloir rester dans l'Union. Ils étaient même majoritaires en Irlande du Nord (55,8 %) et en Écosse (62 %).
Aujourd'hui, la part de Britanniques critiques à l'égard du Brexit a durablement pris le dessus. Depuis dix ans, l'institut de sondages YouGov réalise par exemple une enquête avec pour question "Avec le recul, pensez-vous que la Grande-Bretagne a eu raison ou tort de voter en faveur de la sortie de l'Union européenne ?". Depuis le mois de juillet 2022, une majorité des personnes interrogées répondent de manière constante que leur pays a eu tort. Les derniers résultats publiés le 9 juin indiquent que 57 % des sondés jugent le Brexit comme une "mauvaise décision". À l'inverse, ils ne sont que 30 % à considérer ce bouleversement comme une "bonne décision".
Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe […]
Les études ont montré une distorsion entre le ressenti et la réalité chez le consommateur depuis le passage à l'euro - Crédits : Daniel Megias / iStock
Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe fait le point.
Pour évaluer l'impact de l'euro sur le niveau de vie, on peut observer l'évolution du revenu brut réel disponible des ménages dans les années qui suivent son introduction. Cet indicateur du pouvoir d'achat moyen correspond au revenu disponible des ménages après impôts et autres déductions, corrigé de l'inflation, en vue d'être dépensé ou épargné. Il permet de suivre l'évolution moyenne des ressources des ménages.
Le niveau de vie a augmenté
Ainsi, la plupart des pays de la zone euro ont connu une hausse du revenu brut réel disponible dans les années qui ont suivi l'introduction de l'euro. En Belgique par exemple, ce revenu a augmenté de 3,57 % entre 1999 (date du passage à l'euro en monnaie scripturale) et 2003, d'après Eurostat. Une augmentation qui s'est maintenue les années suivantes, avec une augmentation de 8 % entre 1999 et 2015.
De telles augmentations sont également visibles dans les autres pays de la zone comme la France (+19,95 % entre 1999 et 2015), l'Allemagne (+16,43 %), le Luxembourg (+18,25 %) et l'Espagne (+9,83 %). Dans certains pays, l'augmentation est encore plus flagrante comme en Estonie, où le revenu brut réel disponible des ménages par habitant a augmenté de 44,29 % entre 2011 (année d'entrée dans la zone euro) et 2021. En revanche, il a diminué en Grèce (-20,5 % entre 2003 et 2015) et en Italie (-5,45 % entre 1999 et 2015), avant de remonter.
Pour Stéphanie Villers, économiste spécialiste de la zone euro interrogée par Toute l'Europe, cette augmentation du niveau de vie s'explique par plusieurs facteurs . "L'euro a créé de la stabilité", explique-t-elle. "On a su maintenir sur une longue période une stabilité de l'inflation, puis on a ensuite vu le gain de cette stabilité", ajoute-t-elle. Celle-ci a entraîné une baisse des taux d'intérêt, ce qui a dynamisé plusieurs secteurs comme l'immobilier. "Le passage à l'euro a également permis de développer le commerce intra-zone : une entreprise française qui, auparavant, voyait "hexagonal" a pu envisager son marché au niveau européen", explique Stéphanie Villers.
Toutefois, l'évolution du niveau de vie ne peut être uniquement attribuée à l'adoption de la monnaie unique : elle s'inscrit dans un contexte plus large. Le passage à l'euro est intervenu en même temps que le développement du commerce mondial. Par ailleurs, certains États membres de l'Union européenne n’ayant pas adopté l'euro, notamment en Europe centrale et orientale, ont également connu une progression du revenu réel des ménages. Ces comparaisons invitent donc à la prudence.
Dans la grande majorité des États membres, le passage à l'euro s'est en tout cas accompagné d'une augmentation du niveau de vie. Mais alors comment expliquer le ressenti inverse ? Une étude de l'Insee révèle que le changement de monnaie a "nettement accru la divergence entre la mesure de l'inflation et la perception qu'en ont les ménages".
"On observe une distorsion entre le ressenti et la réalité, les Européens ont tendance à prendre en compte, dans leur panier global, les prix qui ont augmenté sans penser à ceux qui ont extrêmement baissé", complète Stéphanie Villers. Par ailleurs, le consommateur prête davantage d'attention aux produits qu'il achète fréquemment comme la baguette de pain, le plein d'essence… puisque ce sont les produits les plus susceptibles de rogner sur le budget. Or ceux-ci ont plutôt augmenté depuis le passage à l'euro : de 32 % pour la baguette entre 1992 et 2017 par exemple, "mais [cette augmentation] correspond à une hausse annuelle moyenne de seulement 1,9 % par an, ce qui est un peu plus rapide que l’inflation d’ensemble mais sans rupture par rapport à la décennie précédant le passage à l’euro", conclue l'Insee.
En outre, le passage à l'euro a aussi brouillé les repères de prix, certains ménages continuant longtemps à comparer les montants avec ceux exprimés en monnaie nationale. Enfin, ce ressenti tient aussi à la confusion fréquente entre évolution nominale et évolution réelle. Les ménages constatent d'abord la hausse des prix affichés (une baguette, un café ou un plein d’essence coûtent plus cher qu'au moment du passage à l'euro) mais cette hausse ne dit pas, à elle seule, si le pouvoir d'achat a diminué. Pour l'évaluer, il faut comparer ces prix à l'évolution des revenus : un prix peut augmenter en euros courants tout en pesant autant, voire moins, dans le budget si les revenus ont progressé dans le même temps. À l'inverse, une hausse modérée des prix peut être très douloureuse si les revenus stagnent.
La monnaie unique a-t-elle empiré la crise grecque ?
La crise économique de 2008 a traversé la zone euro, bouleversant plus particulièrement l'économie grecque. De 2008 à 2015, le revenu brut réel disponible des Grecs a ainsi chuté de 31,34 %.
Cette dernière était l’une des plus dynamiques de la zone euro de 2000 à 2007, notamment grâce à l’apport de capitaux étrangers. Mais à l’automne 2009, en pleine crise économique, les problèmes structurels du pays sont mis en lumière : système fiscal défaillant, faible développement industriel… "Si la Grèce n'avait pas eu l'euro, elle aurait pu dévaluer sa monnaie ce qui aurait amoindri les effets de la crise, or avec la monnaie unique la dévaluation n'a pas été une option", pointe Stéphanie Villers.
Selon d'autres économistes toutefois, une dévaluation aurait certes pu redonner de la compétitivité à court terme, mais en renchérissant les importations (énergie, biens alimentaires, médicaments, biens intermédiaires) et donc en pesant in fine sur le pouvoir d'achat des ménages. Elle aurait également alourdi le poids des dettes libellées en euros ou en devises étrangères, au risque d’aggraver la crise bancaire et la défiance des investisseurs. Autrement dit, la dévaluation aurait déplacé une partie de l'ajustement vers l'inflation, les épargnants et les créanciers, sans garantir à elle seule un redressement durable.
L'ajustement s'est donc fait en interne. En mai 2010, Athènes a obtenu des crédits de l'Union européenne et du FMI, à hauteur de 110 milliards d'euros sur trois ans. Un prêt conditionné à la mise en place de mesures structurelles, parfois très lourdes socialement (gel des salaires des fonctionnaires, allongement de la durée de cotisations retraites, hausse de la TVA). Le Parlement grec votera près d'une dizaine de plans d'austérité de 2010 à 2013, provoquant une contestation sociale.
Si la situation économique du pays s'est depuis stabilisée, cet épisode a mis en évidence une contrainte majeure de la zone euro : les États membres ne disposent plus d'une politique monétaire nationale ni de la possibilité de dévaluer leur monnaie pour répondre à un choc propre à leur économie. En contrepartie, l'appartenance à la zone euro offre aussi des protections collectives : intervention de la BCE, accès à des mécanismes européens d’assistance financière et, depuis la crise de la zone euro puis la pandémie, développement d'outils de solidarité et de stabilisation à l'échelle européenne.
Les membres de l'Otan contribuent de deux manières au budget de l'Alliance, via un financement direct (quote-part) et de manière indirecte par leurs dépenses de défense nationale. Le financement direct sert à alimenter les budgets et à financer le développement des capacités et l'exécution des programmes qui permettent à l'Alliance de fonctionner et de travailler […]
Les membres de l'Otan contribuent de deux manières au budget de l'Alliance, via un financement direct (quote-part) et de manière indirecte par leurs dépenses de défense nationale.
Le financement direct sert à alimenter les budgets et à financer le développement des capacités et l'exécution des programmes qui permettent à l'Alliance de fonctionner et de travailler à la réalisation de ses objectifs et de ses priorités.
Les financements indirects correspondent aux dépenses prises en charge par les différents pays membres. Il s'agit des forces et des capacités nationales qui sont mises à la disposition de l'Otan pour des activités de dissuasion et de défense ou des opérations militaires. Ils représentent la partie la plus substantielle du financement de l'Otan.
1. Financement direct : les trois budgets communs de l'Otan
Les budgets et programmes annuels de l'Otan ont représenté en 2025 environ 4,6 milliards d'euros et pourraient s'élever jusqu'à 5,3 milliards en 2026.
Dans le détail, trois budgets communs sont financés directement par les pays membres : le budget civil (fonctionnement du siège de l'Organisation), le budget militaire (structure de commandement de l'Otan) et le programme Otan d'investissement au service de la sécurité (infrastructure et capacités militaires).
Le plus important est le budget militaire de fonctionnement, doté de 2,4 milliards d'euros pour l'année 2026, contre 528,2 millions d'euros pour le budget civil. Cela représente respectivement une hausse de 2 % et 9 % des dépenses par rapport à 2025. Le dernier budget est le programme d'investissement au service de la sécurité (infrastructures et capacités militaires).
La contribution directe des membres de l'Alliance, ou quote-part, est calculée selon une formule prenant en compte le revenu national brut (RNB) des États. Elle est fixée pour deux ans. De mars 2024 à décembre 2025, les principaux contributeurs de l'UE étaient l'Allemagne, avec une participation à hauteur de 15,9 % du budget commun, la France (10,2 %), l'Italie (8,5 %) et l'Espagne (5,8 %). Les autres États membres de l'UE ont tous une quote-part inférieure à 5 % du budget, voire à 1 % le plus souvent.
Les États-Unis, qui auparavant avaient la contribution la plus importante, contribuent désormais à la même hauteur que les Allemands : 15,9 %.
Pour tous ces pays, les financements directs diminueront légèrement selon les projections pour 2026 et 2027, mais le classement reste identique : l'Allemagne et les États-Unis contribueront à hauteur de 14,9 %, la France à 10,1 %, l'Italie à 8 % et l'Espagne à 5,8 %.
L'Otan ne disposant pas de ses propres forces armées, ce sont les Alliés qui mettent des troupes et du matériel à sa disposition sur une base volontaire. Les contributions des pays diffèrent tant par leur nature que par leur ampleur.
En 2006, les alliés au sein de l'Otan ont fixé la "règle des 2 %", ce qui signifie que chaque État doit consacrer au moins 2 % de son PIB à ses propres dépenses de défense chaque année.
Après que le président américain Donald Trump a critiqué les trop faibles dépenses militaires de certains pays européens, les Alliés se sont engagés, au sommet de La Haye en juin 2025, à porter à 5 % la part de leur PIB consacrée chaque année à leurs dépenses de défense, d'ici 2035. 3,5 % du PIB seraient ainsi affectés chaque année au financement des besoins ayant trait à la défense proprement dite. 1,5 % serait dédié aux investissements visant à protéger leurs infrastructures critiques, défendre leurs réseaux, assurer la préparation du secteur civil et la résilience, libérer le potentiel d’innovation et renforcer leur base industrielle de défense.
En 2025, sur les 23 États de l'UE membres de l'Alliance atlantique, tous respectaient la règle des 2 %. Ils étaient seize en 2024 et seulement neuf en 2023. La Pologne a fourni en 2025 l'équivalent de 4,3 % de son PIB en dépenses militaires, suivie de la Lituanie (4 %), de la Lettonie (3,74 %) et de l'Estonie (3,42 %). La France est loin de ce podium, avec 2,05 % de son PIB consacré aux dépenses militaires. Enfin, le Portugal, la Belgique et l'Espagne se situent à tout juste 2 %.
Le débat relatif au "burden sharing" (partage du fardeau) remonte à des décennies et s'est accentué après la fin de la Guerre froide, lorsque les Européens ont progressivement réduit leurs dépenses de défense. Mais la tendance s'inverse depuis deux ans, en raison notamment de la guerre russo-ukrainienne et des annonces de Donald Trump qui menace de ne pas respecter l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord vis-à-vis des pays qui ne consacreraient pas une part suffisante de leur budget à la défense.
Pour en savoir plus sur la politique européenne de défense