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20.10.2026 à 02:05

Micro chez OpenAI : le juge garde en détention l'ingénieur saoudien, y voit un "talent précieux" pour Riyad

FRANCE24
"Il existe un risque important de non-comparution", a déclaré le juge Alex Tse, très étonné par la proposition du consulat saoudien de Los Angeles de régler l'intégralité de la caution de cet ingénieur de 35 ans. "Cela ressemble à un chèque en blanc, comme si on disait : nous paierons ce que le tribunal voudra", a lancé le magistrat. Diplômé du prestigieux MIT et ancien de chez Meta, Abdulrahman Alfozan est lié à des personnalités haut placées à Riyad et est "un talent précieux pour le gouvernement" saoudien, a-t-il relevé. Ce qu'il pourrait gagner en Arabie saoudite vaut peut-être largement le million de dollars de caution -- presque toutes ses économies selon la défense -- qu'il perdrait en fuyant, a estimé le juge, après avoir approuvé d'un net hochement de tête l'argumentation du procureur sur ce point. "Une fois parti, impossible de le faire revenir, l'affaire s'éteint", a-t-il résumé. Vêtu d'un épais survêtement orange et encadré par deux agents fédéraux, l'accusé n'a pas pris la parole durant l'heure d'audience. "Ce n'est pas un touriste" mais un homme "à quelques semaines de devenir américain", a plaidé son avocat William Pernik, régulièrement interrompu par le juge. Il a dénoncé un récit dépeignant sans preuve son client "comme une sorte d'infiltré étranger". Selon lui, OpenAI a plutôt "tiré parti avec succès" de ses liens avec l'Arabie saoudite. Entre le moment où l'entreprise l'a confronté et son arrestation par le FBI, il s'est passé plus d'une semaine, sans que son client ne tente de fuir, a-t-il souligné. "Sécurité nationale" Employé depuis 2025 par le créateur de ChatGPT, l'ingénieur a été interpellé le 9 octobre, après la découverte d'un appareil d'enregistrement dans une salle de réunion, réservée à la direction selon l'accusation, ouverte aux employés selon la défense. Il n'est poursuivi que pour "interception de communications", passible de cinq ans de prison, et non pour espionnage, même si le chef du renseignement américain et le directeur du FBI ont présenté l'affaire comme un enjeu de "sécurité nationale". "Ce n'est un secret pour personne" que d'autres chefs d'accusation pourraient être retenus, a déclaré le procureur Nicholas Parker. Mais l'accusation ne tranche pas sur le mobile : "s'enrichir en améliorant ses propres perspectives professionnelles, ou aider un gouvernement étranger, ou les deux", écrit-elle dans son mémoire. Selon ce document, l'ingénieur avait interrogé un outil interne d'OpenAI sur des visites de ministres saoudiens dans l'entreprise, entre juillet et septembre. OpenAI a affirmé n'avoir aucun indice d'un accès à ses modèles, à son code ou aux données de ses clients. "Certes, nous n'avons pas la preuve qu'il a volé quoi que ce soit", a reconnu le juge, tout en soulignant que l'entreprise avait choisi de le licencier sans délai. Présenté en septembre dans une vidéo comme le seul employé saoudien d'OpenAI, Abdulrahman Alfozan est décrit comme un pilier de la communauté saoudienne de la Silicon Valley dans l'une des 54 lettres de soutien produites par la défense, dont plusieurs signataires assistaient à l'audience. Associé à temps partiel d'un fonds de capital-risque saoudien, il avait postulé au programme "2030 Leaders" de la fondation Misk, liée au prince héritier Mohammed ben Salmane. Un membre de la famille royale cherchait à le recruter pour une initiative d'IA, selon le parquet, qui précise qu'il gagnait 385.000 dollars par an chez OpenAI et avait reçu plus de 2,2 millions de dollars en parts de l'entreprise à son embauche. Sa femme, dont le visa expirait le 12 octobre, et leur bébé né aux États-Unis, sont partis au Moyen-Orient au lendemain de son arrestation, et les deux pays n'ont pas de traité d'extradition. Dans son mémoire, l'accusation rappelait qu'un ingénieur saoudien de Twitter, accusé d'avoir espionné des opposants pour le compte de Riyad, avait fui vers l'Arabie saoudite en 2015. La prochaine audience, procédurale, a été fixée au 6 novembre, le jour où était prévu son entretien de naturalisation.

20.10.2026 à 01:53

Explosion de la rue de Trévise: le procès de la Ville de Paris s'ouvre mardi pour sept semaines

FRANCE24
Le drame avait fait également 400 sinistrés. Les deux personnes morales, qui plaideront la relaxe, sont notamment poursuivies pour homicides et blessures involontaires. Face à elles, quelque 200 parties civiles. Le procès doit durer sept semaines. Le 12 janvier 2019, à 8H59, la violente explosion avait éventré un immeuble et endommagé une quinzaine d'autres dans la rue Trévise dans le IXe arrondissement de Paris, à deux pas des Grands Boulevards. Les voitures calcinées, vitrines déchiquetées et fenêtres soufflées avaient achevé de défigurer tout un pâté d'immeubles cossus. Parmi les quatre tués, deux pompiers qui appartenaient à une équipe intervenue sur place une dizaine de minutes plus tôt en raison d'une forte odeur de gaz. Après plusieurs expertises, l'enquête a relevé des "fautes d'imprudence et de négligence de la Ville de Paris" : elle n'a pas, selon l'accusation, diligenté "les investigations nécessaires pour rechercher les causes de l'affaissement du trottoir". Situé devant le porche de l'immeuble, celui-ci avait fait l'objet de plusieurs reprises dès 2015. Or, c'est cet affaissement qui avait entraîné la "rupture brutale" d'une canalisation de gaz à l'origine de l'explosion. De son côté, le syndic de copropriété a tardé "à faire procéder à la réparation du collecteur d'eaux usées de l'immeuble", alors qu'il était informé "dès le 25 novembre 2015" d'une fuite, selon l'ordonnance des juges d'instruction qui avaient renvoyé les deux personnes morales devant le tribunal correctionnel. "Les écoulements d'eau dans la terre ont nécessairement contribué à fragiliser le terrain" et sont "la seule cause possible" de l'affaissement : "le sol ne remplissait plus sa fonction et ne soutenait plus la canalisation de gaz qui s'est rompue net sous son poids par une unique rupture transversale générant une importante fuite de gaz souterraine", avaient poursuivi les magistrats instructeurs. Les investigations se sont appuyées sur deux rapports d'expertise fin 2019 et 2020, puis une contre-expertise en 2023. D'autres expertises ont également été réalisées dans la procédure civile de l'affaire, avec des conclusions parfois divergentes : un expert a par exemple suggéré, dans le volet civil, la responsabilité de GRDF, alors que le gazier n'a pas été inquiété pénalement - l'entreprise s'est au même constituée partie civile. "Aucun manquement" "Ce procès arrive sept ans après, c'est trop lent", a déploré auprès de l'AFP l'une des avocats de parties civiles, Me Samia Maktouf, selon qui il sera malgré tout "l'occasion pour les victimes d'être entendues, de comprendre les circonstances de ce drame qui a bouleversé leur vie et surtout que leurs préjudices soient enfin reconnus". Par la voix de ses deux avocats, Mes Sabrina Goldman et Patrick Klugman, la Ville de Paris a pour sa part exprimé "sa profonde solidarité avec les victimes", "sans jamais nier (leur) douleur". Mais elle entend démontrer son innocence en estimant que "ses services ont agi avec diligence et professionnalisme et aucun manquement de leur part n'est à l'origine de l'accident". Fait "exceptionnel", les débats du tribunal correctionnel de Paris seront diffusés en différé sur une web radio accessible pour les victimes. Un dispositif "justifié par l'envergure nationale, le nombre des parties civiles, leurs difficultés très concrètes de déplacement ou leur domiciliation en dehors de l'Île-de-France, ainsi que la durée des débats", avait indiqué début octobre le premier président de la cour d'appel de Paris, compétent pour prendre une telle décision. Dans le passé, seuls les procès des attentats du 13 novembre 2015, de Nice et du Mediator avaient fait l'objet d'une telle mesure.

20.10.2026 à 01:43

Roumanie : le Parlement s'apprête à investir le pro-européen Luca Niculescu, après des mois de crise

FRANCE24
Âgé de 55 ans, cet ancien diplomate et ex-journaliste est le quatrième responsable chargé, par le président Nicusor Dan, de former un gouvernement depuis la chute en mai de la coalition au pouvoir. Trois partis pro-européens se sont engagés à soutenir son cabinet, lui assurant en principe une majorité parlementaire. Sans appartenance politique, Luca Niculescu a proposé une équipe composée de ministres issus du Parti social-démocrate (PSD), principale formation du pays, ainsi que de technocrates. "C'est une formule peu courante en Roumanie, mais qui est appropriée à la situation dans laquelle nous nous trouvons", a-t-il déclaré sur Facebook, estimant que le pays avait besoin d'un gouvernement capable de "prendre rapidement des décisions" après des mois de turbulences. La Roumanie traverse une crise politique depuis la chute, il y a cinq mois, d'une coalition pro-européenne de quatre partis, dirigée par le Premier ministre libéral Ilie Bolojan. Depuis lors, le parti d'extrême droite Alliance pour l'union des Roumains (AUR) domine les sondages avec près de 40 % des intentions de vote et réclame des élections anticipées. Une perspective écartée par le président centriste Nicusor Dan, qui estime qu'un nouveau scrutin ne ferait que prolonger l'instabilité politique tout en aggravant la situation des finances publiques. Il a également exclu toute participation de l'extrême droite au gouvernement. Le chef de l'État a choisi Luca Niculescu début octobre, jugeant que son expérience diplomatique lui permettrait de réduire les divisions politiques et de rassembler une majorité parlementaire. "Éteindre les incendies" Actuel secrétaire d'État au ministère des Affaires étrangères, où il supervise le processus d'adhésion de la Roumanie à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Luca Niculescu a auparavant occupé plusieurs postes diplomatiques, notamment en France. Ancien journaliste, il a été rédacteur en chef de Radio France internationale (RFI) Roumanie et correspondant pour plusieurs médias français. Membre de l'Union européenne (UE) et de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), la Roumanie, qui partage une frontière avec l'Ukraine, connaît une forte instabilité politique depuis l'annulation de l'élection présidentielle de décembre 2024, sur fond d'accusations d'ingérence russe. Les élections législatives organisées le même mois ont débouché sur un Parlement fragmenté, les partis d'extrême droite remportant environ un tiers des sièges. En mai 2026, le PSD a quitté la coalition au pouvoir à la suite de désaccords avec Ilie Bolojan sur la politique budgétaire et les mesures d'austérité. Il s'est ensuite allié à l'extrême droite pour faire adopter une motion de censure qui a entraîné la chute du gouvernement. Bien que passés dans l'opposition, les libéraux de l'ancien Premier ministre ont annoncé qu'ils voteraient en faveur du gouvernement de Luca Niculescu. "La Roumanie a besoin d'un gouvernement opérationnel pour éviter l'effondrement de certaines institutions publiques et de services de base", a déclaré Ilie Bolojan durant le week-end. Outre le PSD et les libéraux, Luca Niculescu bénéficie également du soutien du parti de la minorité hongroise, l'UDMR. Reste à savoir combien de temps ce cabinet de circonstance pourra tenir. Le PSD a indiqué qu'il réévaluerait la situation dans six mois, tandis que les libéraux se sont pour l'instant engagés à l'appuyer le temps de faire adopter le budget 2027. Pour l'analyste politique Sergiu Miscoiu, des tensions pourraient rapidement apparaître entre les ministres social-démocrates et les technocrates. "Nous risquons d'assister à une nouvelle série d'hostilités dès ce printemps", a-t-il estimé auprès de l'AFP. "Le Premier ministre devra en grande partie jouer les pompiers, éteindre les incendies et tenter de faire avancer les choses dans les circonstances actuelles", a-t-il ajouté.

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