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19.10.2026 à 08:06

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100% Sénat diffuse et décrypte les moments forts de l'examen des textes dans l'Hémicycle, ainsi que des auditions d'experts et de personnalités politiques entendues par les commissions du Sénat.

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18.10.2026 à 21:17

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Emma Bador-Fritche
Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Texte intégral (1163 mots)

Il fallait parler, et vite. Dimanche 18 octobre, Emmanuel Macron a pris la parole une dizaine de minutes depuis l’Élysée, alors que Paris connait une nouvelle nuit de tensions, notamment autour de la place de la République. « Colère » et « honte », le président a choisi des mots rarement employés par un chef de l’État, pour dire l’état d’esprit d’un exécutif pris en défaut.

Un réquisitoire contre « les factieux »

Le ton est sec, la cible désignée. Le président a imputé les violences à des « factieux issus de groupuscules d’ultragauche, rejoints par de nombreux délinquants », et dénoncé une « violence débridée ». « Des commerces ont été pillés, des bâtiments publics, des magasins, des mairies ont été attaqués », a-t-il énuméré, citant l’incendie de la mairie de Limoges, celui de l’office de tourisme de Lyon, l’intrusion dans la mairie de Marseille et l’attaque de la résidence du préfet à Bordeaux. « En regardant ces images, nous nous sommes tous demandé comment des Français peuvent faire cela à la France », a-t-il lancé, avant d’ajouter: « Rien ne le justifie, rien ne l’explique, rien ne l’excuse. »

Pas d’état d’urgence, mais les préfets aux manettes

Tout l’enjeu politique de la soirée tenait là. Avant l’allocution, la droite avait fixé le curseur. Bruno Retailleau, candidat des Républicains à la présidentielle, demandait l’état d’urgence « sans délai » et un couvre-feu. Édouard Philippe, également candidat, avertissait sur BFMTV : « Il faut des décisions. S’il se borne à du commentaire, ce serait dangereux. » À gauche, Jean-Luc Mélenchon prédisait sur LCI que le président parlerait « pour nous occuper ».

Emmanuel Macron n’a pas annoncé de régime d’exception. Il a opté pour une « méthode claire » : les préfets décideront, en lien avec les maires, pour « protéger nos villes, nos bâtiments publics et nos commerces ». Ces mesures pourront aller jusqu’à « interdire […] certains rassemblements », avec « toute action nécessaire ». Reste à savoir quelles mesures seront effectivement prises et sur quel fondement juridique.

Le constitutionnaliste Benjamin Morel voit dans les appels à l’état d’urgence une réponse davantage politique que juridique. Le droit commun permet déjà aux autorités d’interdire des manifestations lorsqu’elles représentent une menace pour l’ordre public, rappelle-t-il. L’état d’urgence, qui élargit les pouvoirs de police administrative et permet notamment d’imposer des restrictions de circulation, n’a d’ailleurs pas été déclenché pendant le mouvement des Gilets jaunes. Son utilité dépend donc de la nature et de la répétition des violences. Pour le constitutionnaliste, l’outil aurait relevé davantage de “la communication que de la nécessité” Le chef de l’État avait lui-même écarté ce dispositif après la mort de Nahel, en 2023.

« Toute la transparence », une promesse risquée ?

Le président a promis de tirer « toutes les leçons » des violences du samedi 17 octobre, en particulier sur le renseignement et l’anticipation, et chargé le ministre de l’Intérieur de faire la lumière sur les événements. « J’attends des réponses claires et toute la transparence sera faite. »

Sans reconnaître explicitement de défaillance, le chef de l’État ouvre la voie à un examen de la préparation et de la gestion de la journée. Sa promesse de transparence pourrait notamment relancer les questions sur l’anticipation des violences, redoutées depuis plusieurs jours. Le Premier ministre Sébastien Lecornu les avait lui-même anticipées en évoquant, jeudi, un « mouvement de violences urbaines ».

Sur le plan judiciaire, le ton est martial : « Ceux qui ont détruit doivent payer. Ceux qui ont pillé doivent rembourser. » Le président a également promis que les autorités seraient intraitables avec les auteurs des violences : « L’écoute et le dialogue ne signifient ni la faiblesse ni l’impunité. »

Commerçants et jeunesse : le volet social

Après la fermeté, le président a déployé le registre de la protection. Les commerçants et artisans touchés ne seront « pas laissés seuls face à ces difficultés » : le Premier ministre présidera dès lundi une cellule de crise pour mobiliser « les aides les plus rapides possible ».

Surtout, Emmanuel Macron a tenté de ne pas perdre la jeunesse. Il a dit comprendre l’« angoisse profonde » des lycéens et des étudiants sur l’avenir, les conditions de vie et d’études, l’orientation et leur place dans la société. « Leur parole doit être entendue sans a priori et sans minimiser les difficultés. » Dès cette semaine, le gouvernement travaillera avec lycéens, étudiants, enseignants, syndicats, organisations patronales et élus. « Notre responsabilité est double : entendre la colère et agir sur ces causes, et faire respecter fermement l’ordre républicain. »

La ligne de crête est assumée : « Jamais nous ne devons confondre » les manifestants aux revendications légitimes avec « ceux qui ont détruit, cassé, pillé ». Le président a reconnu la légitimité des inquiétudes sur le coût de la vie et les carburants. Il a attribué la hausse de ces derniers au conflit dans le golfe Persique, auquel la France n’a pas pris part, et annoncé de nouveaux déplacements dans la région pour sécuriser les approvisionnements en carburant et en gaz.

« Notre pays mérite une belle élection présidentielle dans six mois »

Le dernier registre est électoral. À six mois de la présidentielle, dont le premier tour est prévu le 18 avril, le président a retourné l’argument contre ceux qui appellent à la rue, pour lui, ils n’ont « qu’un but, abîmer la République et voler le débat ». Il a plaidé pour un débat dans les réunions publiques, les médias et les rassemblements pacifiques, « dans le respect ». « Notre pays mérite une belle élection présidentielle dans six mois. »

En appelant les partis, les organisations professionnelles et les syndicats à « condamner sans ambiguïté toutes les violences et [d’]appeler au calme », le chef de l’État les place devant leurs responsabilités.

18.10.2026 à 16:00

Violences du 17 octobre : au Sénat, l’heure des comptes pour le gouvernement

Emma Bador-Fritche
Au lendemain des violences en marge des manifestations du 17 octobre, plusieurs sénateurs veulent que la Haute Assemblée prenne la main. Une demande de commission d’enquête et un débat au titre de l’article 50-1 sont déjà sur la table. À gauche comme à droite, on réclame des comptes sur les approximations. Mais les diagnostics divergent.

Texte intégral (2134 mots)

Comment les autorités ont-elles pu être débordées à ce point ? Au lendemain des violences du 17 octobre, la question s’invite jusque dans les couloirs du Sénat. À Paris, Marseille, Lyon ou Limoges, des commerces ont été pillés, des bâtiments publics dégradés et les forces de l’ordre prises pour cible. Les images des affrontements ont éclipsé les revendications contre la vie chère et celles des lycéens, portées par une mobilisation qui a rassemblé 800 000 personnes selon les organisateurs, contre 550 000 selon le ministère de l’Intérieur.

Dans la soirée, la situation a basculé. À Paris, des émeutiers ont affronté des forces de l’ordre dont le dispositif semblait insuffisant pour stopper leur progression, et de nombreuses boutiques ont été pillées. Ailleurs, les dégradations ont touché plusieurs bâtiments publics : l’office du tourisme de Lyon a été incendié, l’hôtel de ville de Marseille forcé par un groupe cagoulé, la résidence de la préfète de Bordeaux saccagée et la mairie de Limoges ravagée par les flammes.

Reste à savoir si ces violences pouvaient être anticipées, et c’est cette question que les sénateurs veulent désormais poser au gouvernement. Samedi soir, Sébastien Lecornu a fait état de 1 200 interpellations et de 150 policiers et gendarmes blessés, estimant que c’était « un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd ». Mais le 6 octobre, sur France Inter, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait lui-même décrit ce qui constituerait, selon lui, une perte de contrôle : « des hordes de personnes qui défilent dans les centres-villes, qui pillent les magasins et qui commettent des exactions ». Ces mots prennent aujourd’hui une résonance particulière, alors que certains réclament sa démission. Les sénateurs, eux, veulent des réponses. Parmi eux, le président du Sénat lui-même est monté au créneau. Sur X, Gérard Larcher a écrit : « Nous avons vécu le chaos », évoquant des scènes d’une rare violence. Il met en cause les discours de haine et l’instrumentalisation des violences par l’extrême gauche, et estime que les constats ne suffisent plus : “Les Français demandent des réponses sur les défaillances qui ont conduit à ce désastre et des actes enfin pour y remédier !”

Un débat au titre de l’article 50-1

Au Palais du Luxembourg, Patrick Kanner veut obtenir des explications du gouvernement. Le président du groupe socialiste au Sénat a adressé un courrier au Premier ministre et au président de la chambre haute pour demander un débat sur les événements du 17 octobre et prolonger les travaux de la mission d’information sur le maintien de l’ordre. « Je n’ai jamais vu ça en cinquante ans de vie politique à Lille, des magasins détruits à grande échelle », témoigne le sénateur du Nord. S’il distingue les violences du déroulement de la manifestation, qu’il décrit comme calme, il s’interroge sur le dimensionnement du dispositif de sécurité. Selon lui, les autorités ont sous-estimé le nombre de manifestants, à Lille comme à l’échelle nationale, laissant les forces de l’ordre en nombre insuffisant face aux casseurs. « Je pense qu’il y a là une responsabilité à établir », estime-t-il.

Le socialiste réclame une déclaration du gouvernement, suivie d’un débat sur le fondement de l’article 50-1 de la Constitution. Cette procédure permet au gouvernement de faire une déclaration devant une assemblée, suivie d’un débat et, éventuellement, d’un vote. Les sénateurs pourraient ainsi interroger l’exécutif sur les moyens engagés, les décisions prises dans la chaîne de commandement et les « éventuelles défaillances du dispositif de maintien de l’ordre ». Patrick Kanner demande également que la mission d’information de la commission des lois sur l’avenir du maintien de l’ordre, lancée en janvier, puisse prolonger ses travaux pour prendre en compte les violences du week-end. Pour les socialistes, il serait « incompréhensible » que les conclusions de la mission ne tiennent pas compte de ces événements. Ils souhaitent que les responsables concernés puissent être auditionnés et que soit étudiée « sans délai » une transformation de la mission en commission d’enquête, dotée de pouvoirs d’investigation plus étendus.

Les événements de samedi font écho à plusieurs constats déjà dressés par cette mission : des manifestations moins structurées, des rassemblements non déclarés, l’absence d’organisateurs identifiés et une infiltration « quasi systématique » par des éléments violents. Autant de questions que les sénateurs socialistes veulent désormais confronter au déroulement du 17 octobre. « Il faut que le Parlement agisse dans son devoir de contrôle sur l’action de l’État, et qu’on fasse un retour d’expérience : comment en est-on arrivé là ? », insiste Patrick Kanner. Son courrier appelle le Sénat à veiller à ce que les événements ne soient « ni minimisés ni instrumentalisés ».

Les Écologistes réclament une commission d’enquête sénatoriale

Les écologistes veulent faire la lumière sur les débordements. Présent dans le cortège marseillais, Guy Benarroche, sénateur écologiste des Bouches-du-Rhône, annonce que son groupe souhaite demander « immédiatement » une commission d’enquête sénatoriale pour comprendre comment la situation a pu dégénérer.

L’élu s’interroge notamment sur le déploiement des forces de l’ordre. Selon son témoignage, celles-ci étaient concentrées pour “empêcher les manifestants d’accéder à certains lieux”, plutôt que positionnées “à proximité des casseurs”. Il rapporte également que le maire de Marseille a alerté le président de la République sur le manque de moyens policiers. « On se pose des questions », insiste-t-il, en pointant aussi l’absence de réponse de l’État aux revendications sociales.

Comme d’autres élus, Guy Benarroche distingue les auteurs de dégradations du reste des manifestants. S’il condamne les pillages, il regrette que les violences aient éclipsé les revendications portées par les jeunes mobilisés. « Cette violence dessert les mouvements lycéens, les syndicats et les mouvements politiques », estime-t-il.

« S’exprimer lors des questions d’actualité au gouvernement ne suffira pas »

Au sein de la majorité sénatoriale, la droite n’écarte pas l’idée d’une commission d’enquête. Catherine Dumas, sénatrice Les Républicains de Paris, estime que le Sénat doit prendre ses responsabilités face à l’ampleur des violences. «« Si, dans un événement comme celui-ci, nous ne prenons pas nos responsabilités, nous ne sommes pas à la hauteur », prévient-elle, avant d’ajouter : « S’exprimer lors des questions d’actualité au gouvernement ne suffira pas », Si elle reconnaît que la Haute Assemblée n’a pas « par habitude » vocation à débattre à chaud, elle juge que « ce sont nos institutions qui sont remises en cause ». « Pourquoi pas une commission d’enquête, et en tout cas une parole forte », résume-t-elle. La sénatrice met en cause les services de renseignement, estimant qu’« ils n’ont pas fait leur travail », et pointe les messageries cryptées comme un angle mort. À ses yeux, « le gouvernement et le président » ont été dépassés par les événements.

Sa collègue LR Marie-Claire Carrère-Gée adopte un ton plus offensif. Elle dénonce des « émeutiers professionnels » et des « pilleurs décérébrés », évoquant « l’effondrement de la paix civile ». Selon elle, l’ampleur des violences n’a manifestement pas été anticipée. Elle décrit la mobilisation lycéenne comme « une allumette lancée sur plusieurs barils de poudre », dans un contexte où des forces politiques chercheraient, selon elle, à « faire tomber nos institutions ». La sénatrice reproche également au pouvoir d’avoir affaibli les partis de gouvernement et les corps intermédiaires. Sa réponse tient en deux temps : rétablir d’abord « l’autorité sans faille de l’État », par des sanctions et des mesures sécuritaires renforcées, puis renouer le dialogue avec les lycéens.

« On sait pourquoi on en est là »

Au Sénat, le Rassemblement national refuse de jouer le jeu de l’enquête. Pour Edwige Diaz, présidente du groupe RN, la commission d’enquête réclamée par les Écologistes n’est qu’une manœuvre : « On n’a pas besoin d’une commission d’enquête, on sait pourquoi on en est là. » Elle y voit une tentative « d’enterrer quelque chose » et de « détourner l’attention ». « On connaît les raisons de ces débordements », martèle-t-elle.

Dans la nuit, l’élue de Gironde a arpenté incognito les rues de Bordeaux pour mesurer les dégâts, qu’elle juge « incroyables ». « J’étais obligée de me masquer », raconte-t-elle. Elle décrit une ville « de moins en moins calme », où la « racaille » est « avide de casse », avant d’ajouter : « Hier, on a dépassé un cran. » Elle dit aussi avoir une pensée pour le maire de Limoges, dont l’hôtel de ville a été la proie des flammes. Elle juge « indigne » le courrier que Sébastien Lecornu lui a adressé.

Pour la sénatrice, rien de tout cela n’était imprévisible : « Il y avait des signes avant-coureurs. » Elle dénonce « un ensauvagement d’une partie de la société », « galvanisée par l’extrême gauche et par un sentiment d’impunité du macronisme ». Interrogée sur la responsabilité politique des événements, elle désigne La France insoumise et le « bloc central », qui « pratiquent depuis des années la politique de l’autruche ». Elle renvoie dos à dos « macronistes et gauche ». Selon elle, c’est finalement « le contribuable qui va payer ». Sa réponse tient en une formule : « Il faut juste appliquer la loi, appliquer des sanctions. » Et de réclamer que « les racailles » paient, et, quand elles sont mineures, que leurs parents paient. Elle rejette en revanche le projet de loi « casseurs-payeurs » : « S’il s’agit de faire payer davantage les Français, c’est non. » Quant à la suite, Edwige Diaz l’inscrit dans l’agenda de la présidentielle : « Nous sommes les seuls à pouvoir remettre la France en ordre. »

Plusieurs lectures, un même rendez-vous

Si tous condamnent les pillages, les lectures divergent. Patrick Kanner distingue l’ultragauche venue affronter la police, les pilleurs opportunistes et la contestation citoyenne, restée calme. Il refuse d’accuser directement LFI, « dépassée » selon lui, et replace la journée dans une colère sociale : « Je n’excuse rien et je condamne ces violences, mais on a un pays qui va très mal, et l’exécutif n’a plus de boussole. » Guy Benarroche refuse lui aussi l’amalgame entre casseurs et manifestants et déplore que la violence « dessert » les mouvements lycéens et syndicaux. Catherine Dumas réclame une réponse plus ferme : responsabilité civile et pénale des casseurs, réflexion sur l’âge de la majorité pénale. « On a atteint un niveau de violence tel que la République est en danger. »

Le calendrier s’accélère. Les conclusions de la mission sur le maintien de l’ordre sont attendues ce lundi, Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale réunira mardi les présidents de groupe de l’Assemblée sur une éventuelle commission d’enquête, le projet de loi « casseurs-payeurs » arrive au Sénat le 27 octobre et la prochaine mobilisation est fixée au 5 novembre. Emmanuel Macron s’adresse aux Français ce soir à 20 heures. Reste au Sénat à dire s’il se contente d’une « parole forte » ou s’il se dote des moyens d’enquêter.

Mise à jour à 17h01 avec les propos d’Edwige Diaz

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